Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier

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Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier
Patrick Modiano
Editions Gallimard
Roman
Littérature française
ISBN Papier: 2070146932

Où?
L’action se déroule comme souvent chez Modiano à Paris.

Quand?
Le roman est situé de nos jours avec quelques retours vers le passé.

Ce qu’en dit l’éditeur
« – Et l’enfant? demanda Daragane. Vous avez eu des nouvelles de l’enfant?
– Aucune. Je me suis souvent demandé ce qu’il était devenu… Quel drôle de départ dans la vie…
– Ils l’avaient certainement inscrit à une école…
– Oui. À l’école de la Forêt, rue de Beuvron. Je me souviens avoir écrit un mot pour justifier son absence à cause d’une grippe.
– Et à l’école de la Forêt, on pourrait peut-être trouver une trace de son passage…
– Non, malheureusement. Ils ont détruit l’école de la Forêt il y a deux ans. C’était une toute petite école, vous savez…»

Ce que j’en pense
***

S’agissant de Patrick Modiano, Prix Nobel de littérature, on serait tenté de dire que chacun de ses livres est abondamment commenté par les critiques et qu’il n’est guère besoin d’en rajouter. Il me semble pourtant que la plupart des articles que j’ai lu sur son dernier roman puisent dans la même encre: ils se contentent souvent de dire que Modiano fait du Modiano, qu’il écrit toujours le même livre? Que «Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier», ressasse jusqu’à la perfection les thèmes et la fameuse musique modianesques. Ce n’est certes pas faux, mais cela occulte d’après moi l’aspect le plus passionant de ce 28e opus, à savoir celui de la technique littéraire.
En lisant ce livre on comprend en effet très bien comment Modiano travaille et pourquoi il lui aurait été très difficile d’écrire un autre livre. Prenons l’argument de départ, la perte de son carnet d’adresses par le narrateur, un romancier ayant une certaine notoriété. Comme il n’a guère l’usage de ce carnet, il est surpris qu’on puisse l’appeler pour lui rendre. L’écrivain a alors deux possibilités. Il peut envisager d’une part que cette personne veuille simplement lui rendre service, mais alors l’histoire s’arrête là. Reste alors la seconde possibilité: que la personne profite de sa découverte pour tenter de s’immiscer dans sa vie. C’est évidemment ce qui arrive. Son interlocuteur devient du coup un importun qui tente de s’inscruster. Il affirme connaître l’une des personnes mentionnées dans le carnet et veut en savoir plus. Il est aussi assez malin pour intégrer sa compagne dans le jeu, histoire de ne pas concentrer sur lui les foudres du romancier.
Voilà du coup l’écrivain pris au piège: il n’a pas d’autre choix que de s’interroger sur ce qu’il sait de cette personne. Pourquoi ce nom figure-t-il dans son carnet? Comment se sont-ils connus? Quelle place occupe encore le personnage dans sa vie? Et voilà l’écheveau des souvenirs qui se déroule…
Les lieux, les personnes, les objets, les odeurs. Et cette bataille entre ce qui a vraiment existé et ce que l’imagine en a fait. Du coup, il est bien secondaire de savoir si ce garage a bien existé à tel endroit où si ce restaurant comporte bien une arrière-salle. Non, ce qui compte, c’est bien la musique qui se dégage de ces pages, symphonie toujours inachevée, mais que l’on conserve longtemps en tête après avoir refermé le livre.

Autres critiques
Babelio
Telerama
Le Figaro
L’Express
Les Inrocks
Libération

Citations
« Cet après-midi de l’année dernière, le 4 décembre 2012 – il avait noté la date sur son carnet – , l’embouteillage se prolongeait et il demanda au chauffeur de taxi de prendre à droite la rue Coustou. Il s’était trompé quand il croyait voir de loin l’enseigne du garage, puisque le garage avait disparu. Et aussi, sur le même trottoir, la devanture de bois noir du Néant. Des deux côtés, les façades des immeubles paraissaient neuves, comme recouvertes d’un enduit ou d’une pellicule de cellophane d’un blanc qui avait effacé les fissures et les taches du passé. Et, derrière, en profondeur, on avait dû se livrer à une taxidermie qui achevait de faire le vide. Rue Puget, un mur blanc remplaçait les boiseries et le vitrail de l’Aero, de ce blanc neutre couleur de l’oubli. Lui aussi, pendant plus de quarante ans, il avait fait un blanc sur la période où il écrivait ce premier livre et sur l’été où il se promenait seul avec dans sa poche la feuille pliée en quatre : POUR QUE TU NE TE PERDES PAS DANS LE QUARTIER. »

A propos de l’auteur
L’académie suédoise a décerné, le 9 octobre 2014, le prix Nobel de littérature à Patrick Modiano « pour son art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l’Occupation».
Patrick Modiano est né à Boulogne-Billancourt le 30 juillet 1945. Il passe son enfance dans divers pensionnats à Biarritz, Jouy-en-Josas et en Haute-Savoie. Ses parents étant souvent absents, il est très tôt livré à lui-même. Il entretient ainsi des rapports privilégiés avec son jeune frère Rudy, qui disparaît à l’âge de dix ans. Ce drame hantera son œuvre. Il termine ses études à Paris au lycée Henri-IV et passe son baccalauréat. Il ne fait pas d’études universitaires et se consacre directement à l’écriture. Patrick Modiano compte à cette époque, parmi ses proches amis, l’écrivain Raymond Queneau, qui sera témoin à son mariage. Il poursuit une quête d’identité à travers un passé douloureux ou énigmatique dès son premier livre La Place de l’étoile paru en 1968. Il a reçu le prix Goncourt en 1978 pour Rue des boutiques obscures . Auteur d’une vingtaine de romans et de recueils de nouvelles chez Gallimard, il a coécrit les scénarios de Lacombe Lucien de Louis Malle et de Bon voyage de Jean-Paul Rappeneau. Il est également l’auteur de Catherine Certitude , illustré par Sempé et publié en 1988, aux Éditions Gallimard Jeunesse.
Patrick Modiano a reçu le Grand prix national des Lettres (1996), le Grand prix de littérature Paul-Morand (2000) et le Prix mondial Cino Del Duca pour l’ensemble de son œuvre (2010). [Source: Editions Gallimard]

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