Le bonheur national brut

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Le bonheur national brut
François Roux
Albin Michel
Roman
688 p., 22,9 €
ISBN: 9782226259738
Paru en août 2014

Où?
En France, principalement à Paris, mais avec de nombreux aller-retour avec la Bretagne d’où sont originaires tous les personnages principaux.

Quand?
Du 10 mai 1981 au 6 mai 2012.

Ce qu’en dit l’éditeur
Le 10 mai 1981, la France bascule à gauche.
Pour Paul, Rodolphe, Benoît et Tanguy, dix-huit ans à peine, tous les espoirs sont permis. Trente et un ans plus tard, que reste-t-il de leurs rêves, au moment où le visage de François Hollande s’affiche sur les écrans de télévision?
« Le bonheur national brut » dresse, à travers le destin croisé de quatre amis d’enfance, la fresque sociale, politique et affective de la France de ces trois dernières décennies. Roman d’apprentissage, chronique générationnelle : François Roux réussit le pari de mêler l’intime à l’actualité d’une époque, dont il restitue le climat avec une sagacité et une justesse percutantes.

Ce que j’en pense
****

Une grande fresque qui s’étend du premier au dernier président socialiste de la Ve République, de François Mitterrand à François Hollande. Un voyage dans le temps qui n’est pas seulement destiné à la génération Mitterrand, même si tous les personnages au cœur de ce roman arrivent au bac au moment où « le pays était bel et bien coupé en deux », à l’image de la famille du narrateur qui « le lendemain de l’élection de Mitterrand, a fait construire dans sa cave un putain de garde-manger qu’elle a entièrement rempli de bouffe au cas où les rouges reviendraient, une famille catho tellement arriérée que deux mille ans après elle en veut toujours aux juifs d’avoir dézingué leur idole. » Autant dire que son homosexualité va être un lourd secret à porter pour lui. Fort heureusement, son père ambitionne d’en faire un médecin et va l’envoyer chez une tante à Paris, afin qu’il exauce le souhait parternel. Mais Paul, outre la découverte de sa sexualité, a envie de devenir acteur.
Son ami Rodolphe s’engage quant à lui dans la politique au sein d’un parti socialiste qui a alors le vent en poupe. Son ambition n’est peut être pas de changer le monde, mais de changer son coin de Bretagne. Au fil des années, c’est bien lui qui va surtout changer.
Tanguy, le troisième larron, a avant tout l’ambition de gagner de l’argent et de de s’élever socialement. L’argent constitue pour lui « le rempart le plus efficace contre la hantise du manque qui le poursuivait depuis la mort de son père. »
Quant à Benoît, c’est l’artiste de la bande. Pour lui, pas question de quitter la Bretagne et un poste de correspondant pour le journal local lui suffit. D’autant qu’il peut ainsi s’adonner à la photographie.
On suit les quatre garçons au début de leur parcours. On les croise au début de leur carrière professionnelle, dans leurs histoires et déboires sentimentaux, dans leurs conflits familiaux.
« Bientôt, Rodolphe serait empêtré dans les rouages du monde politique, Tanguy dans ceux de l’entreprise, Benoît et moi dans ceux de l’art et de la culture. Chacun de nous devrait batailler, contre les autres mais surtout contre lui-même. Chacun de nous pour tenter de survivre – pour tâcher d’être heureux ? –, s’efforcerait à sa façon d’enfouir les monstres cachés qui n’avaient cessé de nous poursuivre depuis l’enfance. Pour le moment nous étions morts de rire, et cela nous suffisait amplement. » (p. 335)
La seconde partie, à compter de 2009, nous permet de retrouver les quatre amis au moment d’un premier bilan, trente années après. Un bilan plutôt sombre : « Trois décennies de cauchemar économique, de trahison, de rêves inaboutis où l’idée même de justice sociale avait été sacrifiée sur l’autel de la performance et de la rentabilité. » Du coup, ce fameux bonheur – auquel tous aspiraient – se dissolvait au fil des ans. Prenons l’exemple de Tanguy, le 11 septembre 2011. Père divorcé, il rentre seul dans son appartement et regarde sur CNN des reportages sur la commémoration des attentats (reportages qui, par parenthèse, servent aussi de fil rouge à mon premier roman et que je vous conseille bien entendu de lire aussi). « Il vivait à New York à cette époque là et il se souvint aussitôt, avec une précision diabolique, du moindre événement qui avait jalonné cette journée de stupeur et d’incompréhension. Alors, quelque chose se passa dans sa tête, un sursaut mental de l’ordre du déclic. »
Avec beaucoup de brio, François Roux a construit un livre-miroir qui met tous les quinquagénaires en face de leur propre existence. Ponctué de quelques pierres blanches inscrites dans la mémoire collective, son récit offrira ainsi à tous les lecteurs une bonne occasion de tracer, en parallèle au vies de Paul, Rodolphe, Benoît et Tanguy, leur propre récit. Avec peut-être une conclusion ouverte : réussir sa vie est encore possible…

Autres critiques
Babelio
L’Express
Culturebox
Le Point
Ouest-France

Citations

« Nous sommes bien sur les fossoyeurs des Trente Glorieuses, les enfants de la crise, du chômage, de la surconsommation, de la mondialisation, de la croissance molle, de l’argent roi soudain devenu argent fou, mais nous sommes, avons tout les enfants du doute et de l’incertitude. Depuis trente ans, nous naviguons à vue, perplexes, indécis, vers un but que ce monde, lui-même déboussolé, nous a clairement désigné en le survendant : être heureux malgré tout et -son corollaire- réussir sa vie. C’est en tout cas ce que l’on n’a cessé de nous refourguer, partout et en tout lieu : le concept du bonheur. Le bonheur comme un indice de notre succès ou un curseur établissant la limite de notre prospérité, le bonheur comme une marchandise, un vulgaire bien matériel que l’on pourrait se procurer à force de volonté, d’argent ou d’efforts, la jouissance des biens apparaissant comme très largement supérieure à la patience à l’ardeur pour les obtenir, et même à la sagesse suprême de ne rien vouloir obtenir du tout. N’avons-nous pas tous pensé que nous serions heureux le jour où nos rêves d’enfants seraient enfin accomplis? »

« – Pierre, tu étais un petit con dans ton enfance. Tu es devenu un sale con en grandissant, et je présume que dans peu de temps tu deviendras un vieux con. En fait, tu auras passé ta vie à être un con sous toutes les formes possibles. »

A propos de l’auteur
François Roux est réalisateur de films publicitaires, de documentaires et de vidéo-clips. Il a également réalisé plusieurs courts métrages de fiction, sélectionnés dans de nombreux festivals, en France comme à l’étranger. Il est par ailleurs auteur et metteur en scène de théâtre : il a écrit et mis en scène Petits Meurtres en famille (2006) et est l’auteur de deux autres pièces, À bout de souffle (2007) et La Faim du loup (2010). Son premier roman, La Mélancolie des loups, a été publié en 2010 aux Éditions Léo Scheer. (Source : Editions Albin Michel)
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Le Tabac Tresniek

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Le Tabac Tresniek
Robert Seethaler
Sabine Wespieser Editeur
Roman
256 p., 20 €
ISBN: 9782848051673
Paru en octobre 2014

Où?
Le roman est situé en Autriche, principalement à Vienne, avec des réminiscences à Nussdorf, le village natal du narrateur dans le Salzkammergut.

Quand?
L’action se déroule principalement de 1937 à 1939. Les dernières pages se situant dans l’immédiat après-guerre.

Ce qu’en dit l’éditeur

En août 1937, le jeune Franz Huchel quitte ses montagnes de Haute-Autriche pour venir travailler à Vienne avec Otto Tresniek, buraliste unijambiste, bienveillant et caustique, qui ne plaisante pas avec l’éthique de la profession. Au Tabac Tresniek, se mêlent classes populaires et bourgeoisie juive de la Vienne des années trente.
Si les rumeurs de la montée du national-socialisme et la lecture assidue de la presse font rapidement l’éducation politique du montagnard mal dégrossi, sa connaissance des femmes, elle, demeure très lacunaire. Ne sachant à quel saint se vouer avec Anezka, la jeune artiste de cabaret dont il est éperdument amoureux, il va chercher conseil auprès du « docteur des fous », Sigmund Freud en personne, client du tabac et grand fumeur de havanes, qui habite à deux pas. Bien qu’âgé et tourmenté par son cancer de la mâchoire, le professeur va finir par céder à l’intérêt tenace que lui témoigne ce garçon du peuple, vif et curieux.
Mais les temps ne sont guère propices aux purs et, dès mars 1938, l’Anschluss va mettre un terme brutal à l’apprentissage de Franz et à sa prestigieuse amitié. Otto Tresniek, peu disposé à boycotter sa clientèle juive, s’attire les foudres de la Gestapo, tandis que Freud se résigne à émigrer en Angleterre.
Par la grâce d’une langue jubilatoire, d’une intrigue où la tension ne se relâche pas, et de personnages forts et attachants, voici un roman qui se lit d’un trait. L’humour viennois d’Otto Tresniek et de Freud est la politesse du désespoir dans une société déboussolée où ils ne trouvent plus leur place. Pas plus que leur protégé, plein de vie et de poésie, qui tentera pourtant, fidèle à leur enseignement, de nager à contre-courant.

Ce que j’en pense
****

On pourrait résumer ce roman d’initiation à la rencontre entre un jeune Autrichien et Sigmund Freud à Vienne en 1937. Ce serait toutefois s’en tenir à l’anecdote et oublier l’incroyable densité dramatique de ce récit qui, comme le souligne l’éditeur, se lit d’un seul trait.
On s’attache en effet très vite au jeune Franz Huchel, orphelin de père et que sa mère décide d’envoyer à Vienne en apprentissage chez le buraliste juif Otto Tresniek. C’est au contact de ce vieil homme bourru qu’il va faire bien plus que l’apprentissage du métier de buraliste. Il va faire l’apprentissage de la vie, découvrir les plaisirs et les affres de l’amour. Mais, même au sommet de la grande roue du Prater, il ne pourra échapper aux soubresauts de l’Histoire. L’ex-peintre en bâtiment autrichien qui vient de conquérir la chancellerie allemande est de plus en plus menaçant et le pantin qui gouverne à Vienne ne fera rien de plus que de se coucher face à la montée des périls.
Quand la police vient arrêter son patron et que ce dernier succombe aux traitement que ses tortionnaires lui font subir, il va se retrouver d’un jour à l’autre en charge de l’établissement.
Quant au célèbre psychanalyste, client du tabac Tresniek, il va se prendre d’affection pour le jeune homme épris de découvertes et soucieux de comprendre comment fonctionne ce monde. Mais le vieil homme ne pourra l’accompagner que durant quelques mois, car la pression sur lui et sa famille se fait de plus en plus forte. Il n’aura vite guère d’autre choix que de fuir. Voilà à nouveau Franz seul face à son destin. A la lumière de sa correspondance avec sa mère, on suit les étapes de son développement intellectuel et on aimerait lui insuffler la phrase de Nietzche : « Tout ce qui ne tue pas rend plus fort » pour être sûr que son avenir sera heureux.
Avec beaucoup de brio Robert Seethaler parvient à peindre cette époque troublée et à rendre compte de la tension qui régnait alors et qui broyait les êtres dans une sorte d’indifférence. Un roman pour ne jamais oublier, mais surtout pour prendre conscience de la fragilité de nos démocraties.

Autres critiques
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Femina
Le Monde
Lire
Le Figaro Magazine

Citations
« Un dimanche de la fin de l’été 1937, s’abattit sur le Salzkammergut un orage d’une violence inhabituelle, qui allait amener dans la petite vie tranquille de Franz Huchel un revirement aussi décisif qu’inattendu. Aux premiers grondements du tonnerre dans le lointain, Franz avait couru se réfugier dans la cabane de pêcheur qu’il occupait avec sa mère à Nussdorf, un village situé au bord de l’Attersee. Tapi dans la chaleur de la couette, il épiait du fond de son lit le vacarme terrifiant des éléments déchaînés. La tempête ébranlait la cabane de toute part. Les poutres gémissaient, les volets claquaient et les bardeaux moussus clapotaient bruyamment sur le toit. Les rafales de vent jetaient une pluie cinglante contre les vitres, devant lesquelles une poignée de géraniums décapités se noyait dans ses bacs. »

A propos de l’auteur
Robert Seethaler, 46 ans, également acteur et scénariste, vit entre Vienne et Berlin. Le Tabac Tresniek, son quatrième roman, a remporté dans les pays germanophones un grand succès. À l’automne paraîtra à Berlin son nouveau livre, Une vie entière, que publiera également Sabine Wespieser éditeur, à l’horizon 2015. (Source : Sabine Wespieser Editeur)

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L’Île du Point Némo

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L’Île du Point Némo
Jean-Marie Blas de Roblès
Roman
Zulma
464 p., 22,50 €
ISBN: 9782843046971
Paru le 22 août 2014

Où?

L’action se situe un peu partout dans le monde, mais elle emmène le lecteur principalement de France, dans le Périgord en Ecosse, puis à bord du transsibérien, en Australie et enfin vers l’île du Point-Némo.

Quand?
Si on en croit les moyens utilisés, on peut situer l’action dans un futur proche

Ce qu’en dit l’éditeur
Roman d’aventures total, tourbillonnaire, conquérant, véritable machinerie de l’imaginaire où s’entrecroisent et se percutent tous les codes romanesques, la littérature populaire, entre passé historique et projection dans le futur, nos hantises programmées et nos rêves d’échappées irrépressibles.
Martial Canterel, richissime opiomane, se laisse interrompre dans sa reconstitution de la fameuse bataille de Gaugamèles par son vieil ami Holmes (John Shylock…). Un fabuleux diamant, l’Anankè, a été dérobé à Lady MacRae, tandis que trois pieds droits chaussés de baskets de marque Anankè échouaient sur les côtes écossaises, tout près de son château… Voilà donc Holmes, son majordome et l’aristocratique dandy, bientôt flanqués de Lady MacRae et de sa fille Verity, emportés – pour commencer – dans le Transsibérien à la poursuite de l’insaisissable Enjambeur Nô.
Par une mise en abyme jubilatoire, cette intrigue rebondissante vient s’inscrire dans les aléas d’une fabrique de cigares du Périgord noir où, comme aux Caraïbes, se perpétue la tradition de la lecture, à voix haute, des aventures de Jean Valjean ou de Monte-Cristo. Bientôt reprise par Monsieur Wang, voyeur high-tech, et fondateur de B@bil Books, une usine de montage de liseuses électroniques…
Avec une ironie abrasive, ce roman-tsunami emporte toutes les constructions réalistes habituelles et ouvre d’extraordinaires horizons de fiction. Cette folle équipée romanesque est aussi la plus piquante réflexion sur l’art littéraire, doublée d’une critique radicale des idéologies et de la gouvernance anonyme, tentaculaire, qui nous aliène jusque dans notre intimité.

Ce que j’en pense
****

« Si l’on y réfléchit un peu, tout livre est l’anagramme d’un autre. Peut être même de plusieurs. Il n’appartient qu’au lexique d’être celui de tous les autres. C’est ce qui a guidé notre choix. » Voilà un quelque sorte le credo de Jean-Marie Blas de Roblès. Il nous livre ici un superbe hommage aux romans d’aventure et de suspense qui ont bercé sa jeunesse en nous permettant de repartir pour une expédition qui convoque tous les maîtres du genre. On se régale à suivre un groupe aussi disparate que celui du voyage autour du monde sur la trace d’un assassin et de voleur de haut-vol, celui de plus gros diamant du monde.
Tout au long de ce grand Barnum imaginé par l’auteur, on pourra croiser des personnages et des situations qui rappelleront entre autres Conan Doyle, Dumas, Defoe, Melville, Verne ou encore Swift. Comme l’auteur le souligne lui-même, parlant du Conte de Monte-Cristo : « cette conjonction n’a rien à voir avec le hasard ; cet homme est une bibliothèque vivante, un lecteur qui doit à certains livres choisis d’être resté debout. (…) C’est cela le vrai trésor, la source de vie que l’abbé Faria va transmettre à Edmond Dantès, oralement, jour après jour, pendant des années… »
Le plaisir que l’on prend sur les pas de notre groupe hétéroclite jusqu’à cet île du Point-Nemo, « le joli nom donné par les scientifiques au « pôle maritime d’inaccessibilité », l’endroit de l’océan le plus éloigné de toute terre émergée. » n’est pas étranger à ces clins d’œil qui parsèment le récit. Mais il tient aussi au style plein d’inventivité et de brio qui mêle de courts télégrammes qui témoignent de l’absurdité du quotidien à un second récit, sorte de fable de la mondialisation, qui fait du Périgord le lieu de production de liseuses électroniques supposées offrir le meilleur de la littérature …
Voilà un roman à conseiller à tous ceux qui ont envie d’un peu d’évasion en cette période difficile. Même si, au détour d’une phrase, ils songeront peut-être à l’équipe de Charlie Hebdo : « Le jour où vous comprendrez qu’il vaut mieux mourir en essayant de changer le monde, plutôt que de vieillir en le regardant agoniser, vous me rejoindrez ».

Autres critiques
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L’Express
Le Point
L’Humanité

Citations

« C’est étrange la manière dont l’imagination fonctionne, et comme elle s’apparente au rêve. On prend un bec par ici, une patte par là, un plumage, des écailles luisantes, et une machine en nous les recompose pour en faire une créature nouvelle, un collage monstrueux de bribes, de choses vues, de lectures oubliées, de peurs enfantines, qui reviennent, s’agglomérèrent la nuit pour former des îles, des continents noirs. De l’aléatoire programmé, du factice. Strictement rien qui ne naisse d’un recyclage, d’une laisse de mer sur la grève.
Nous sommes agis par des marées que nous ne maîtrisons pas, mais de temps à autre il en advient un bois flotté dont l’énigme semble avoir la puissance de modifier le monde. »

« — Vingt dieux ! dit-il, fronçant les sourcils. L’Enjambeur Nô !
— Oui, confirma Grimod. C’est sa marque.
— Mais de qui parlez-vous ? demanda Clawdia.
— Du plus sinistre des assassins, fit Holmes avec une voix de basse. Nul n’a jamais aperçu son visage, mais il n’y a pas un crime crapuleux, pas une faillite, pas une escroquerie défrayant la chronique, sans que son nom ne soit prononcé à un moment ou un autre. – Ou plutôt son surnom, reprit Canterel, car on ne connait pas son identité. Les ares fois où il a été aperçu, on l’a vu enjamber sa victime, s’immobiliser au-dessus d’elle dans une pose maniérée, comme un acteur de théâtre nô, puis fourrager son entrejambe pour en arracher les poils pubiens. Il décore de ces trophées affreux les lieux où il séjourne. Dans la seule cache qu’il n’ait pas eu le temps de déménager avant de disparaître, la police a retrouvé aussi des masques confectionnés à partir de visages humains…
— Et, Dieu me pardonne, continua Holmes, un exemplaire du Tarot comme grammaire du monde relié en peau de seins ! »

A propos de l’auteur
Né en 1954, il est l’auteur, chez Zulma, du monumental Là où les tigres sont chez eux (Prix du Roman Fnac, Prix Giono et Prix Médicis 2008). (Source : Editions Zulma)
Site Wikipédia de l’auteur

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L’odeur du minotaure

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L’odeur du minotaure
Marion Richez
Sabine Wespieser
Roman
128 p., 14 €
ISBN: 9782848051666
Paru en août 2014

Où?
Les lieux ne sont pas clairement définis, à part Paris où la narratrice suit des études, puis travaille dans un ministère.

Quand?

L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
De la blessure que lui firent les fils de fer barbelés, alors qu’elle s’élançait, confiante, dans un champ où broutaient des vaches, la petite fille n’a gardé qu’une trace sur le bras. Elle qui ne voulait pas grandir a réussi un parcours sans faute. Son enfance terne, sa première histoire d’amour avec un jeune homme aussi rangé qu’elle, elle les a remisées bien loin. Marjorie, après de brillantes études, est devenue la « plume » d’un ministre. Caparaçonnée dans ses certitudes, belle et conquérante, elle se joue des hommes et de son passé.
Mais le numéro qui s’affiche sur l’écran de son téléphone portable tandis qu’elle s’apprête à rejoindre son ministère, elle le reconnaîtrait entre mille, bien qu’elle ne l’ait plus composé depuis longtemps : sa mère l’appelle au chevet de son père mourant. Quand, au volant de sa puissante voiture, elle quitte l’autoroute qui la conduisait chez ses parents, pensant prendre un raccourci, un choc violent la fait s’arrêter net. Elle vient de heurter un animal. Bouleversée, tremblante dans la nuit de la forêt, elle recueille le dernier souffle du grand cerf qu’elle a tué. Et c’est à ce moment que sa vie bascule.
L’Odeur du Minotaure, comme les contes initiatiques auxquels il s’apparente par l’extrême concision de sa langue et la simplicité de sa structure, est un beau roman de la métamorphose.

Ce que j’en pense
***

Un court roman, mais qui se compose de superbes tableaux qui impressionnent le lecteur comme du papier photographique lorsque la lumière paraît. Il y a d’abord l’enfance et l’adolescence. A dix-sept ans, Marjorie rencontre Thomas et, illusion d’un premier amour, s’imagine partager une nouvelle liberté alors qu’elle n’est que soumise aux désirs du mâle dominant. Le couple s’installe à Paris où, il l’a décidé, elle s’inscrit à Sciences Po. Au fil des semaines ses yeux se dessillent et la rupture sera à la hauteur de la frustration accumulée : brutale et violente.
A ce choc vient s’ajouter celui de l’annonce soudaine que son père va mourir. Aussi, c’est presque dans un état second qu’elle prend la route pour retrouver la maison familiale. Le troisième choc arrive en pleine nuit : sa voiture heurte un grand cerf, encore un mâle dominant. Tout comme l’est le ministre qui viendra compléter le tableau suivant.
Marion Richez parvient avec délicatesse à nous entraîner dans la descente aux enfers de cette jeune fille partie pour réussir, s’émanciper et s’installer dans la meilleure société. « Ils avaient vu partir une battante, ils retrouvaient une loque » dit-elle en parlant de l’accueil de ses collègues du ministère. S’en sortira-t-elle ? Tout est l’enjeu de ce roman qui se prend comme un coup de poing.

Autres critiques

Babelio
Page des libraires
Remue.net
Encres vagabondes

Citations
« Moi j’apprends à ne pas répondre à mes voix. C’est dur. Elles disent que j’ai tué, que je ne vaux rien. Que le mieux est d’en finir. Je serre les draps dans mes poings. J’appelle le grand cerf, J’appelle mon père. J’appelle Dieu. Enfin, j’appelle l’infirmière, et elle me donne un calmant qui me terrasse. Les voix sont bien obligées de disparaître avec moi. » (p. 86)

A propos de l’auteur
Née dans le Nord en 1983, Marion Richez grandit à Paris puis dans la Creuse ; elle y prend goût au théâtre par la Scène nationale d’Aubusson. Reçue à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, agrégée de philosophie, elle prépare un doctorat à Paris-Sorbonne IV sur la conscience corporelle. Ses recherches universitaires s’inscrivent dans une quête générale du mystère du corps et de l’incarnation, qui l’ont amenée à devenir l’élève de la comédienne Nita Klein. Elle a plusieurs fois collaboré à l’émission « Philosophie », diffusée sur Arte, sur les thèmes du corps et de la joie. En 2013, elle a également participé au long métrage documentaire consacré à Albert Camus, Quand Sisyphe se révolte.
En août 2014, paraît son premier roman, L’Odeur du Minotaure, chez Sabine Wespieser éditeur. (Source : Sabine Wespieser Editeur)
Site de l’auteur

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L’aménagement du territoire

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L’aménagement du territoire
Aurélien Bellanger
Gallimard
Roman
480 p., 22 €
ISBN: 9782070146079
Paru le 21 août 2014
Version poche
ISBN : 9782070468096
Paru le 14 janvier 2016

Où?
Si le récit fait le tour de la planète, son épicentre est situé à une dizaine de kilomètres de Laval dans un village appelé Argel et qui rappelle Argentré.

Quand?

De la naissance du monde à aujourd’hui, mais principalement durant les trente dernières années.

Ce qu’en dit l’éditeur
La France est devenue un paysage lointain.
Dans un village oublié par l’histoire, un château se délabre au bord d’une rivière.
Les travaux d’une ligne à grande vitesse vont pourtant réveiller quelque chose qui sommeillait ici depuis la nuit des temps. Une machination secrète que chacun va chercher à faire jouer en sa faveur.
Le village devient alors le théâtre d’une lutte acharnée entre les opposants au projet et ses promoteurs.
D’autres entrevoient, derrière le passage du train, des enjeux plus complexes. Un capitaine d’industrie croit discerner les frontières de son futur empire. Un préfet retraité est admis dans une société secrète. Un activiste solitaire rêve d’un événement qui relancerait l’histoire. Un vieil aristocrate défend d’étranges théories. Un archéologue est confronté à la plus grande découverte de sa carrière.
Les intérêts, les complots, les temps s’entremêlent et menacent de se neutraliser.
Tout peut encore advenir.
Bientôt, le TGV viendra sceller l’énigme.

Ce que j’en pense
***

Porté par une belle ambition, faire d’un coin perdu de la Mayenne le centre du monde, l’auteur de la Théorie de l’information, nous entraîne dans l’aventure de L’aménagement du territoire. Car ce terme, à bien y réfléchir, rassemble à lui tout seul le rêve des hommes d’apprivoiser leur environnement. Dès la préhistoire, il s’est agi de trouver les moyens de survivre sur un territoire donné, de se déplacer, de trouver aussi des règles à la vie en groupe. Au fil des ans et des progrès techniques, cet espace s’est agrandi et la population a crû. Mais, de découverte en découverte, l’homme s’est aussi trouvé confronté à de nouveaux défis. Voilà la géographie qui se heurte à l’histoire. Quand les frontières doivent être dessinées, puis défendues. Quand les déplacements doivent être plus rapides. Quand il faut trouver les moyens d’un développement économique, politique et social.
Après la guerre, Marcel Taulpin sera l’un des principaux acteurs de cette formidable mutation. Si les champs de bataille lui ont appris à détester la terre, il va se consacrer à la reconstruction, laissant l’agriculture à l’autre branche familiale. Depuis sa Mayenne natale, il va rapidement devenir le chef de tous les grands chantiers. Si l’on reconnaît le groupe Bouygues derrière l’entreprise au logo orange, ce n’est qu’anecdotique. En revanche quelques règles érigées par le patron de l’entreprise de BTP, comme sa confrérie et son système de récompenses, vont permettre à aurélien Bellanger de donner un tour ésotérique à sa démonstration. Légendes de Bretagne, sociétés secrètes, et luttes de pouvoir vont se greffer sur le récit très documenté.
Notre-Dame-des-Landes puis l’arrivée de la ligne à grande vitesse entre Paris et Rennes vont permettre de cristalliser l’affrontement entre l’agriculture et la technique, le tout se terminant dans un final pour le moins explosif.
Si l’on regrette quelques longueurs, on appréciera l’érudition de l’auteur et le côté jeu de piste de ce roman qui permet d’apprendre des tas de choses en s’amusant.

Autres critiques

Babelio
BibliObs
Le Point
L’Usine nouvelle
Le Magazine littéraire

Citations
« Mais l’ennemi auquel Peltier faisait face était en réalité plus dangereux encore que le jacobinisme. Ce n’était pas un ennemi loyal, qui avait une vision métaphysique du monde différent de la sienne, tout en restant accessible à la négociation. Ce n’était pas la droite contre la gauche, ni un modèle de développement concurrent du sien. Il n’y avait de complot contre l’état lui même, et celui-ci avait été parfaitement monté grâce au recours à un partenariat public-privé : ces trois mots alignés représentaient pour Peltier la formule même de la dissolution de l’Etat derrière des intérêts particuliers, son inféodation paradoxale à l’un de ses vassaux, l’abandon de sa puissance, de sa capacité à financer l’avenir et à maitriser le temps pour devenir, en son cœur régalien, là où les grands projets d’infrastructure avaient jadis projeté ses territoires dans la dimension souveraine du Plan, le débiteur d’un groupe toxique et déterritorialisé. »

A propos de l’auteur

Aurélien Bellanger est né à Laval le 20 avril 1980. Il est philosophe de formation et ancien libraire. Il a publié un essai sur Michel Houellebecq, « Houellebecq écrivain romantique », aux éditions Leo Scheer en 2010. Il a écrit quelques poèmes, publiés sur son blog, Hapax. Il est critique de philosophie pour nonfiction.fr depuis octobre 2007.
En 2012, il publie chez Gallimard son premier roman La Théorie de l’information. La biographie de son personnage principal, Pascal Ertanger, est largement inspirée de la vie du PDG de Free. Le prix de Flore, qui fête son vingtième anniversaire, lui a été attribué en 2014, au premier tour, pour son deuxième roman, L’aménagement du territoire. (Source : Editions Gallimard)
Site Wikipédia de l’auteur

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Trente-six chandelles

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Trente-six chandelles
Marie-Sabine Roger
Editions du Rouergue
Roman
280 p., 20 €
ISBN: 9782812606816
Paru en août 2014

Où?
Le roman se situe à Paris, avec un court voyage à Rennes et un long voyage à New-York.

Quand?
L’action est située de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Mortimer s’est préparé à mourir le jour de ses 36 ans, comme cela a été le cas pour tous ses ascendants mâles. Il a quitté son travail, rendu son appartement et vendu sa voiture, mais la malédiction ne s’abat pas sur lui. Que reste-t-il à faire, lorsque la mort attendue ne vient pas ? Il faut apprendre à vivre vraiment ! Après ses précédents succès, notamment La tête en friche et Bon rétablissement, tous deux adaptés au cinéma par Jean Becker, Marie-Sabine Roger revient avec un roman plein d’humanité, aux personnages émouvants, croqués avec humour et justesse. Une belle réflexion sur le sens de la vie !

Ce que j’en pense
****

Un livre sur la mort qui met de bonne humeur, à moins qu’il ne s’agisse d’un livre sur la vie et la façon que nous avons de la gérer… Marie-Sabine Roger a cet art délicat de raconter des histoires profondes sans en avoir l’air, avec un humour construit sur l’absurdité de quelques situations et quelques métaphores bien senties.
L’histoire de Mortimer Decime commence alors qu’il s’apprête à mourir. Une malédiction familiale a, en effet, depuis l’arrière-grand-père, conduit tous les hommes aux trépas à 36 ans le jour de leur anniversaire.
Mais à l’heure fatidique, Paquita, sa meilleure amie vient lui proposer de prendre un café. L’heure tourne et la fin redoutée n’arrive pas.
Une rémission qui soulève bien des questions et entraîne Mortimer dans une sorte d’enquête pour découvrir le pourquoi du comment. Car désormais il a la vie devant lui, même s’il a bien pris soin de rendre son appartement, vendre sa voiture, quitter son emploi. Nassardine et Paquita ont bien une hypothèse. S’il n’est pas mort, c’est qu’il n’est pas le fils de son père. Mais ils font fausse route, comme sa tante va le lui révéler. On comprend alors que « Les secrets de famille sont de noires araignées qui tissent autour de nous une toile collante. Plus le temps passe, plus on est ligoté, bâillonné, serré dans une gangue. Incapable de bouger, de parler. D’exister. » Et que pour s’en sortir, il faut essayer de s’émanciper de ce passé. C’est ce que Mortimer va parvenir à faire après quelques épisodes loufoques et plus de deux ans de tergiversation. Mais peut être faut-il tout de temps pour se rendre qu’il y a quelqu’un qui vous attend quelque part. Voilà en tout cas une belle pilule anti-déprime !

Autres critiques
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Citations
« Je m’étais levé plus tôt que d’habitude. Six heures du matin. La journée était importante, et je savais déjà que je n’irais pas jusqu’au bout.
Je suis allé chercher des croissants à la boulangerie, je me suis fait un café. J’ai regardé mes albums de photos. J’ai repassé un petit coup de chiffon inutile sur ma cuisinière impeccable, j’ai essayé de regarder un film, de lire, sans succès. J’ai consulté deux cents fois la pendule. C’est curieux comme le temps semble se ralentir, à l’approche d’un rendez-vous. Les heures deviennent visqueuses, s’étirent en minutes élastiques et gluantes comme un long fil de bave sous la gueule d’un chien. J’attendais ce moment final depuis tellement longtemps. Je n’irai pas jusqu’à dire que je m’en faisais une fête, mais j’étais curieux de savoir ce qui allait se passer. J’étais simplement contrarié que ça se passe ici. Au cours des dernières années, j’avais échafaudé mille projets insolites ou grandioses : tirer ma révérence au fin fond de la Chine, dans une fumerie d’opium ; chez les Aborigènes, au son mélancolique d’un vieux didgeridoo. Sur les pentes d’un volcan. Dans les bras de Jasmine, en plein cœur de Manhattan. Je n’avais rien fait de tout ça, évidemment. En bon procrastinateur que je suis, j’avais perdu mon temps à remettre au lendemain le choix de ma destination finale. Résultat, je n’avais pris aucune décision, et je mourrais chez moi, comme n’importe qui. Cette ultime matinée était très décevante, il me tardait d’en voir la fin. » (p. 13-14)

« Pourtant, grâce à Bubulle, mon poisson rouge, j’avais été très jeune confronté à la mort. Je devais avoir dans les quatre ou cinq ans lorsqu’un matin, je l’avais retrouvé en train de faire la planche au milieu de son bocal. J’avais eu beau lui faire la respiration artificielle avec une paille, ça n’avait rien donné du tout.
Bubulle était cassé.
Je l’avais apporté à mon père, persuadé qu’il pouvait le refaire marcher, car il était très bricoleur. Mon père l’avait considéré d’un oeil trouble, avant de conclure :
– Il est mort, ton poisson.
J’avais demandé:
– Ça va durer longtemps?
Il avait répondu:
– Ça va durer toujours.
Puis il l’avait jeté dans les toilettes – soi-disant qu’il allait retourner à la mer. J’avais regardé Bubulle partir dans le tourbillon de la chasse. Mourir, c’était donc ça: un truc définitif et plutôt emmerdant. » (p. 93-94)

A propos de l’auteur
Née en 1957 près de Bordeaux, Marie-Sabine Roger vit désormais en Charente. Depuis quinze ans, elle se consacre entièrement à l’écriture.
Auteur jeunesse important, avec plus d’une centaine de livres à son actif, elle accède à la notoriété en littérature générale avec La Tête en friche, publié en 2008 dans la brune, adapté au cinéma par Jean Becker, avec Gérard Depardieu dans le rôle principal. Son deuxième titre publié au Rouergue, Vivement l’avenir(2010), a obtenu le prix des Hebdos en région et le prix Handi-livres, son troisième, Bon rétablissement, a reçu le prix des lecteurs de l’Express. (Source : pagedeslibraires.fr)
Site Wikipédia de l’auteur

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