Aux Animaux la guerre

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Aux animaux la guerre
Nicolas Mathieu
Actes Sud
Thriller
368 p. 22,50 €
ISBN: 9782330030377
Paru en mars 2014

Où?
L’action se déroule en France, principalement dans les Vosges, «dans un tout petit patelin situé quelque part entre Bruyères, Corcieux et Saint-Dié», à mi-chemin entre Arches et Dinozé, vers Guménil, Géroménil, avec des escapades à Nancy et Strasbourg.

Quand?
Le roman est situé de nos jours

Ce qu’en dit l’éditeur
Une usine qui ferme dans les Vosges, tout le monde s’en fout. Une centaine de types qui se retrouvent sur le carreau, chômage, RSA, le petit dernier qui n’ira pas en colo cet été, un ou deux reportages au 19/20 régional et puis basta.
Sauf que les usines sont pleines de types dangereux qui n’ont plus rien à perdre. Comme Martel, le syndicaliste qui planque ses tatouages, ou Bruce, le bodybuilder sous stéroïdes. Des types qui ont du temps et la mauvaise idée de kidnapper une fille sur les trottoirs de Strasbourg pour la revendre à deux caïds qui font la pluie et le beau temps entre Épinal et Nancy. Une fille, un Colt .45, la neige, à partir de là, tout s’enchaîne.
Aux animaux la guerre, c’est le roman noir du déclassement, des petits Blancs qui savent désormais que leurs mômes ne feront pas mieux et qui vomissent d’un même mouvement les patrons, les Arabes, les riches, les assistés, la terre entière. C’est l’histoire d’un monde qui finit. Avec une fille, un Colt .45, la neige.

Ce que j’en pense
****

Nicolas Mathieu est un digne héritier des Manchette, Fajardie, Jonquet, Daeninckx, Pouy ou encore Marc Villard. Dans la meilleure veine du polar social, il nous décrit le quotidien sinistré d’une vallée vosgienne à l’heure de la désindustrialisation.
Pour son premier roman, il a choisi une construction audacieuse, en donnant tour à tour la parole à différents protagonistes.
La scène d’ouverture, qui se déroule à des centaines de kilomètres de là, donne le ton. Nous sommes en Algérie, pendant la sale guerre. C’est-à-dire à une époque où presque chacun pouvait tuer son voisin, quand la fin justifiait les moyens. Pierre Duruy est venu tenter d’exorciser les fantômes de cette époque sous le rude climat lorrain. Mais le traumatisme reste malheureusement bien vivant. Face à «l’horreur économique» qu’ils subissent, la plupart de ses voisins et collègues doivent aussi vivre avec leurs névroses.
Car tout le monde sait que l’usine – la seule industrie du coin – est en sursis. Martel, le syndicaliste et secrétaire du comité d’entreprise, est peut être le mieux placé pour comprendre ce qui se trame. C’est aussi la raison pour laquelle il essaie d’améliorer l’ordinaire avec des combines peu reluisantes. Un moyen comme un autre d’asseoir son autorité, par exemple sur Bruce, que l’on pourrait qualifier de sombre brute. Et dont la recette contre le désespoir est un cocktail composé d’alcool, d’anabolisants et de différentes drogues.
Rita fait en quelque sorte le lien entre le monde ouvrier et les dirigeants. Cette inspectrice du travail qui essaie de tirer un trait sur une vie de couple ratée est le témoin de l’exploitation des plus pauvres par tous ceux qui ont un peu ou beaucoup de pouvoir. Réaliste, elle sait toutefois qu’il ne sert à rien de pousser le bouchon trop loin, de peur de voir les emplois – si fragiles soient-ils – disparaître pour de bon.
Autour d’eux, la génération suivante, leurs enfants, n’est guère mieux lotie.
C’est dans ce contexte que l’idée de se rapprocher de la pègre pour faire bouillir la marmite entraîne les malheureux prolétaires dans une expédition à Strasbourg. Leur but ? Enlever une prostituée. L’opération va tourner au fiasco. Rita va recueillir la pute qui s’est échappée presque nue dans la neige…
Grâce à la construction choisie, qui donne la parole successivement aux principaux personnages, on vit littéralement au cœur de l’action et on comprend, si on ne les partage pas forcément, les raisons qui poussent les uns et les autres agir dans un univers aussi glauque qu’impitoyable. Une belle réussite pour un premier roman

Extraits
« C’était ça l’usine, un monde de peine et de réconfort, un monde qui n’avait cessé de rapetisser d’ailleurs, passant de plus de deux cent cinquante bonshommes à trois fois rien. Quarante qu’ils étaient désormais. Patrick aimait mieux ne pas penser à ce qu’il adviendrait si l’usine devait fermer. Les gars se connaissaient tous depuis l’enfance ou quasiment. Certains ouvriers avaient vu leur père travailler là avant eux, d’autres passaient la main à leurs fils. Par le passé, les patrons venaient vous cueillir à la sortie du collège, après le certif’, et il arrivait qu’on s’engouffre là-dedans jusqu’à la retraite. L’usine avait dévoré des générations complètes, survivant aux grèves, nourrissant les familles, défaisant les couples, esquintant les corps et les volontés, engloutissant les rêves des jeunes , les colères des anciens, l’énergie de tout un peuple qui ne voulait plus d’autre sort finalement. »

« Finalement Bruce eut un coup de pot. À moins que ce coin du monde soit si petit, ratatiné, consanguin qu’on ne puisse rien y perdre sans finir par retomber dessus. C’était déjà son sentiment quand il allait à Leclerc. On arrivait toujours par tomber sur une connaissance, un ancien copain d’école, une bonne femme qui connaissait votre mère, n’importe quoi. Ce bled n’avait pas de porte de sortie. » (p. 171)

Autres critiques
Babelio
L’Express
Paris-Match
Le Monde magazine
Cercle Polar (Audio)
Quatresansquatre

A propos de l’auteur
Nicolas Mathieu est né à Épinal en 1978. Après des études d’histoire et de cinéma, il s’installe à Paris où il exerce toutes sortes d’activités instructives et mal payées. Aujourd’hui, il écrit pour un site d’infos en ligne. Aux animaux la guerre est son premier roman.
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Le dernier banquet

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Le dernier banquet
Jonathan Grimwood
Fayard
Roman
340 p. 20 €
ISBN: 9782824605043
Paru en septembre 2014

Où?
Le roman se déroule en France, les pérégrinations du narrateur le menant de la région angevine, à Sainte-Luce sur Loire, à Brienne-le-Château, à Rennes, au Mont-Saint-Michel, à Dijon, Lyon, au Château de Saulx et celui d’Aumout (du nom donné par l’auteur au personnage principal), à Versailles, à Paris ainsi qu’en Corse.

Quand?
L’action débute en 1723, le narrateur a alors cinq ans, et se poursuit tout au long du siècle jusqu’en 1790.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un enfant crasseux mange des scarabées à côté d’un tas de fumier, il a cinq ans et ses parents sont morts. Il s’appelle Jean-Charles d’Aumout et c’est un noble sans le sou qui va connaître un destin exceptionnel. Dans la France du XVIIIe siècle, l’orphelin devenu cadet à l’Académie militaire va, grâce à un mariage, grimper les échelons de la société. Soldat, diplomate, espion, amant : Aumout est tout cela à la fois. Sa vie est remplie de passion et d’intrigues, mais cela ne lui suffit pas. Il n’a qu’une seule obsession : l’art culinaire qu’il porte à son paroxysme. Alors que la société agonise sous les coups de la Révolution, tel un alchimiste prêt à toutes les expériences, Aumout cherche le goût parfait, absolu. Mais en cuisine, pas plus qu’en politique, la perfection n’est de ce monde…

Ce que j’en pense
***

On se souvient du succès mérité du Parfum de Patrick Süskind, qui retraçait le parcours de Jean-Baptiste Grenouille, meurtrier aux capacités olfactives hors-normes, dans la France du XVIIIe siècle. Jonathan Grimwood choisit la même période pour situer son roman. Son personnage s’appelle cette fois Jean-Charles d’Aumout. Il est pour sa part obsédé par la nourriture et les saveurs.
Mais le parallèle s’arrête là. Disons-le d’emblée, Le dernier banquet ne parvient pas à se hisser au niveau du Parfum, mais il n’en est pas moins intéressant pour au moins trois raisons.
Tout d’abord pour son aspect historique. En suivant l’ascension de Jean-Charles et ses pérégrinations dans le royaume, on découvre le fossé qui existait entre le peuple et la noblesse et, par quelques scènes bien détaillées, que les ferments de la Révolution ne demandent qu’à croître : « L’atmosphère rance de Versailles s’est répandue sur la France tel un brouillard nauséabond et nuisible.»
Ensuite parce que ce roman est aussi un livre de recettes et un traité sur l’alimentation. Après la scène d’ouverture sur la dégustation des scarabées et leur goût particulier, Jean-Charles va poursuivre sans relâche sa traque de tout ce qui se mange, goûtant des aliments très particuliers et consignant le tout par écrit, de façon quasi scientifique. Il dresse des tableaux suivant les saveurs à la manière d’un chimiste et n’hésite pas à demander aux conseillers du roi la faveur d’héberger chez lui les animaux qui, après avoir intéressé quelque temps le roi et sa cour, se meurent à Versailles. Il installe toute une ménagerie aux abords de son château et nous fait découvrir, par exemple, la langue de flamant rose ou le ragoût d’alligator.
Enfin parce que ce roman est aussi celui de l’ascension sociale d’un orphelin décidé d’abord à survivre puis sauvé par sa curiosité. Si on le remarque, c’est parce qu’il est habité par sa quête. S’il sauve la fille de celui qui deviendra son protecteur, c’est parce qu’il est bien décidé à goûter de la viande de loup. Si on lui confie une mission en Corse, c’est parce que l’on sait que son esprit en constamment en éveil et que pour atteindre son but il sait habilement négocier.
Malgré quelques longueurs, Le dernier banquet mérite le détour.

Citations
« Ce que nous consommons influence nos humeurs. Cette idée la fait rire. Elle m’accuse de vouloir jouer les alchimistes et ne comprend pas en quoi cette idée me blesse. Je peine à lui expliquer que je ne veux rien transformer, mais cataloguer tout ce que je goûte.
Je lui montre mes nouveaux tableaux, où j’ai regroupé les aliments en plusieurs catégories – sucrés, aigres, amers, salés – à la manière dont les chimistes groupent les éléments en gaz, métaux, non-métaux et solides. Je lui explique la coagulation des œufs, la caramélisation du sucre, et qu’un goût ajouté à un autre en synthétise un troisième, qui peut être sucré, aigre, amer ou salé. Les aliments peuvent modifier l’humeur des gens. Une femme peut devenir plus frivole, un homme, plus belliqueux ou plus clément suivant les saveurs qu’il a consommées. » (p. 280)

« Dites-moi ce que vous mangez, je vous dirai qui vous êtes … Cette phrase que j’ai écrite dans l’une de mes lettres à Jérôme, qui se vantait du boeuf et de tubercules de sa Normandie, est devenue un bon mot qui a circulé à Versailles et dont la paternité a été réclamée par d’autres.»

Autres critiques
Babelio
Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Les Rockalouves
Le choix des libraires

A propos de l’auteur
Jonathan Grimwood est romancier, auteur d’une dizaine de livres. Il est également journaliste pour différents quotidiens britanniques notamment le Times et le Guardian. Le Dernier Banquet est un best-seller traduit dans de nombreux pays. (Source : Editions Terra Nova)

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LoveStar

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LoveStar
Andri Snær Magnason
Zulma
Roman
432 p., 21,50 €
ISBN: 9782843047008
Paru en janvier 2015

Où?
Principalement en Islande avec des escales à Paris ou à Chicago.

Quand?
Le roman est situé dans un futur non déterminé.

Ce qu’en dit l’éditeur

« Peu de temps après que les mouches à miel eurent colonisé Chicago, les papillons monarques furent saisis d’un étrange comportement. […] Au lieu d’aller vers le sud rejoindre leurs quartiers d’hiver, ils se dirigèrent vers le nord. » C’est ainsi que s’ouvre le roman, fable imaginative et pourtant étrangement familière, tenant à la fois de Calvino et des Monty Python.
Face à la soudaine déroute de toutes sortes d’espèces volantes, le génial LoveStar, vibrionnant et énigmatique fondateur de l’entreprise du même nom, invente un mode de transmission des données inspiré des ondes des oiseaux, libérant d’un coup l’humanité, pour son plus grand bonheur, de l’universelle emprise de l’électronique. Et développant au passage quelques applications aussi consuméristes que liberticides… Avec des hommes et des femmes ultra connectés payés pour brailler des publicités à des passants ciblés, le système ReGret, qui permet « d’apurer le passé », ou le rembobinage des enfants qui filent un mauvais coton. Autre innovation, et pas des moindres, en faveur du bonheur humain : les âmes sœurs sont désormais identifiées en toute objectivité par simple calcul de leurs ondes respectives.
Quand Indriði et Sigríður, jeunes gens par trop naïfs et sûrs de leur amour, se retrouvent « calculés », ils tombent des nues : leur moitié est ailleurs. Les voilà partis, Roméo et Juliette postmodernes contrariés par la fatalité, pour une série de mésaventures cocasses et pathétiques, jusqu’à ce que leur route croise celle de LoveStar lui-même, en quête de son ultime invention…

Ce que j’en pense
***

Au moins depuis le lancement de la première bombe atomique on sait que le progrès et la science ne sont pas forcément synonymes de bienfait pour l’humanité. Après les attentats terroristes contre Charlie Hebdo, on a pu constater combien l’internet pouvait aussi servir aux criminels de tout poil. Ne vous fiez pas au titre de ce roman d’anticipation islandais, car LoveStar est une société et un personnage qui entend proposer des solutions aux calamités du monde, alors qu’ils ne sont que des apprentis sorcier.
Mais, si j’ose dire, n’anticipons pas et commençons par le début. Face à la soudaine déroute des oiseaux, insectes et autres papillons qui ne savent plus s’orienter en raison de la multiplication de signaux en tous genres, le monde scientifique cherche la parade.
En Islande, on finit pae découvrir comment transmettre des données sans recourir à des lourdes infrastructures électroniques. LoveStar, tel un Steve Jobs de cette nouvelle ère, entrevoit immédiatement les usages possibles de cette découverte et crée une société qui ne va pas tarder à dominer la planète. Car, une fois maîtrisée cette nouvelle connectivité, une multitude d’applications vont pouvoir être envisagées : la publicité ciblée adressée par des « aboyeurs », le ReGret qui permet de réécrire un CV, LoveMort qui entend remplacer les enterrements par des étoiles filantes (les cadavres sont envoyées dans la stratosphère avant de retomber sur terre en se consumant) et une sorte de réseau Meetic infaillible puisqu’il accouple les gens en fonction de la compatibilité de leurs ondes. Sans compter quelques autres idées…
Seulement voilà, Indriði et Sigríður s’aiment et ne veulent pas être séparés par une application, aussi géniale soit-elle…
Avec une sorte de détachement, d’humour froid, Andri Snær Magnason entraîne ses lecteurs dans une réflexion aussi implacable que salvatrice sur l’avenir qui nous attend, si nous cessons d’être vigilants et si nous laissons les graines dépérir. Il n’y a pas que de bons auteurs de polars en Islande, en voici la démonstration éclatante.

Autres critiques
Babelio
L’Express
Chronicart
Café Powell

Citations
« Face à la bêtise de la population, les savants hochaient tristement la tête. Il n’avait jamais été prouvé que les ondes eussent le moindre effet sur la santé, déclaraient les médecins. Quant aux scientifiques sérieux, ils refusaient de se laisser entraîner sur un terrain réservé aux hurluberlus.
Dans un hangar désaffecté de l’aéroport de Reykjavík s’était en revanche réuni un groupe international constitué d’ornithologues, de spécialistes en aérodynamique et en chimie organique qui s’était fixé pour objectif de se pencher d’un peu plus près sur les ondes. Jour et nuit, ils travaillaient à disséquer et analyser des sternes, des
colombes, des frelons, des saumons et des papillons monarques. Animés d’une foi inébranlable, ils avaient la certitude qu’il était possible de découvrir le secret régissant le sens de l’orientation. L’entreprise avait été baptisée LoveStar. C’est
également sous ce nom qu’on connaissait son directeur. Aucune précision ne fut communiquée sur le choix de cette dénomination. »

A propos de l’auteur
Andri Snær Magnason est né à Reykjavík en 1973. Poète, dramaturge, essayiste, nouvelliste remarqué très tôt, il est aussi l’auteur d’un livre pour la jeunesse, les Enfants de la planète bleue (Gallimard, 2003), traduit en vingt-six langues. LoveStar est son premier roman. Il a déjà été publié en Allemagne et aux États-Unis. (Source : Editions Zulma)
Site Wikipédia de l’auteur
Site officiel de l’auteur (en anglais)

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Notre vie antérieure

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Notre vie antérieure
Anne-Sophie Brasme
Fayard
Roman
162 p., 15 €
ISBN: 9782213681306
Paru le 15 octobre 2014

Où?
L’action se déroule principalement à Paris, entre rue de Solférino, rue Soufflot et la Bretagne sur l’île d’Oléron ainsi que quelques voyages en Lorraine, du côté de Metz.

Quand?
Le roman est scindé en deux parties, la première située en 1990-1991 et la seconde quarante ans plus tard, du 8 mai au 16 octobre, autant dire vers 2030 ( !).

Ce qu’en dit l’éditeur
Bertier aimait Laure, Laure aimait Aurélien et Aurélien aimait la vie. Ils étaient jeunes et sans doute pouvaient-ils encore espérer qu’avec le temps ce triangle amoureux revisité finisse par trouver son équilibre. Il n’en fut rien.
Devenue écrivain, Laure n’a pourtant jamais évoqué dans son œuvre cette période de sa vie. Dix-sept romans, mais pas une ligne sur les nuits blanches à Saint-Germain-des-Prés, les après-midis studieux à la bibliothèque Sainte-Geneviève, les interminables journées de vacances sur l’île d’Oléron.
Que s’est-il passé qui justifie ce blanc laissé au milieu des centaines de pages qu’elle a noircies depuis ?
A bientôt soixante-cinq ans, Laure Narsan entame ce qui sera sans doute son dernier livre. Et accepte enfin de revenir sur cet événement qu’il lui aura fallu quarante ans et dix-sept succès de librairie pour oser affronter.

Ce que j’en pense
***

Le hasard des lectures m’a fait découvrir ce court roman après «Les rumeurs du Nil», le pavé de Sally Beauman. Mais quelquefois le hasard fait bien les choses, car les deux auteurs s’y prennent de la même manière pour mettre en scène leur récit. Il font alterner d’une part le regard de l’écrivain aujourd’hui sur l’épisode qui a le plus profondément marqué leur vie et la narration de cet épisode lui-même, au moment où les personnages le vivent. Une technique qui permet d’une part de conserver la fraîcheur du récit et ses zones d’ombre et d’autre part d’effectuer une analyse introspective et d’éclairer le chemin parcouru.
Nous sommes au début des années 90, au moment où Laure, la narratrice, rencontre Aurélien et Bertier, venus étudier comme elle à Paris. C’est une période à la fois insouciante et studieuse, légère et grave. L’avenir est devant eux, sans pour autant pouvoir deviner de quoi il sera fait. La liberté a un doux parfum, mais il s’évapore bien vite devant les contingences matérielles. L’amour est encore un jeu, mais il peut très vite tourner au casse-tête. Comme par exemple si le délicat équilibre du trio est rompu. C’est ce qui arrive sur l’île d’Oléron où la famille d’Aurélien possède une maison de vacances. Laure va se jeter dans les bras d’Aurélien alors que Bertier est amoureux d’elle.
Mais comme dans les tragédies grecques, Thanatos va donner rendez-vous à Eros : Aurélien va faire une mauvaise chute sur les rochers au bord de la plage et meurt quelques jours plus tard.
C’est l’écrivain Laure Narsan, près de quarante ans plus tard, qui va nous dire ce qu’il est advenu alors. Il serait bien entendu dommage de déflorer ici la fin du roman. Disons simplement qu’Anne-Sophie Brasme a parfaitement su rembobiner le fil de son histoire. Les tourments de l’âme sont servis par une écriture limpide, ce qui permet au lecteur de ne pas croire le personnage-écrivain quand il affirme que son œuvre est somme toute plutôt banale. L’auteur-écrivain nous prouvant le contraire, page après page.

Autres critiques
Babelio
Le Républicain Lorrain
Cultur’elle
Salon littéraire

Extrait
« Naïvement, je croyais qu’il suffisait de revenir ici pour retrouver Aurélien. Faire cinq cent kilomètres en voiture et me retrouver sur une plage d’Atlantique, pour le ramener à la vie. Cela paraissait si simple. Presque à portée de main. Brusquement, je reçois au visage cette réalité : je ne reviendrai jamais. Tous ces lieux sont restés les mêmes ; mais ce que j’y ai vécu l’été de mes vingt ans, je ne le ressusciterai pas. Le silence de la plage me rappelle qu’Aurélien est mort il y a longtemps et que je suis peut être la seule à me souvenir de lui. »

A propos de l’auteur
Anne-Sophie Brasme est née en 1984. Elle étudie les lettres modernes à la Sorbonne. En 2001, elle publie son premier roman, Respire (Fayard, 2001), qui reçoit le prix du premier roman de l’Université d’Artois. Depuis, elle a publié Le Carnaval des monstres, également chez Fayard, en 2006. (Source : Editions Fayard)
Site Wikipédia de l’auteur

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L’ Écrivain national

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L’Écrivain national
Serge Joncour
Flammarion
Roman
390 p., 21 €
ISBN: 9782081249158
Paru en août 2014

Où?
L’action se situe en France dans une cité du Morvan de 2000 habitants que l’auteur appelle Donzières.

Quand?
Le roman se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
L’écrivain national Le jour où il arrive en résidence d’écriture dans une petite ville du centre de la France, Serge découvre dans la gazette locale qu’un certain Commodore, vieux maraîcher à la retraite que tous disent richissime, a disparu sans laisser de traces. On soupçonne deux jeunes « néoruraux », Aurélik et Dora, de l’avoir tué. Mais dans ce fait divers, ce qui fascine le plus l’écrivain, c’est une photo : celle de Dora dans le journal. Dès lors, sous le regard de plus en plus suspicieux des habitants de la ville, cet « écrivain national », comme l’appelle malicieusement monsieur le Maire, va enquêter à sa manière, celle d’un auteur qui recueille les confidences et échafaude des romans, dans l’espoir de se rapprocher de la magnétique Dora. Dans une atmosphère très chabrolienne, Serge Joncour déroule une histoire à haute tension : les quelques semaines de tranquillité que promettait ce séjour d’écriture se muent, lentement mais sûrement, en une inquiétante plongée dans nos peurs contemporaines.

Ce que j’en pense
****

« – Je vous demande de réserver un accueil chaleureux, je dirais même triomphal, à celui que je me permets d’appeler Notre écrivain, oui de dis Notre écrivain, car pendant plus de trois semaines il sera à vous, à vous tous, et en votre nom je tiens à le remercier de ce temps précieux qu’il va nous accorder, d’ailleurs je le lui dis en face, merci, merci à vous d’être venu, nous sommes fiers, croyez le bien, d’inaugurer cette session de résidence d’auteurs avec un écrivain national, et je compte bien que vous parliez de Donzières dans votre prochain roman, que vous montriez notre ville sous son meilleur angle, du reste elle n’en a pas d’autres… » (p.36)
Le contrat est affiché dès la réception à l’hôtel de ville pour l’écrivain national : faire de ce rituel des lettres françaises un hymne à la gloire de la commune d’accueil, voire une ode à la gloire de la municipalité et aux projets du maire.
Si Serge Joncour réussit très bien son coup dans ce roman, c’est parce qu’il va faire exploser complètement ce mandat, en nous dévoilant ce qui ce cache derrière les volets de cette agréable cité du Morvan.
Parachuté depuis Paris par la grâce du rencontre avec un couple de libraires passionnés qui se démènent pour faire vivre leur librairie et promouvoir les auteurs, l’écrivain est accueilli avec curiosité. Entre réceptions, ateliers d’écriture, séance de signatures, exposé dans des écoles, son programme va être un peu chamboulé par un faits divers : la disparition d’un retraité et l’arrestation de l’un de ses voisins, soupçonné du meurtre. Si notre écrivain est attiré par cette histoire, c’est qu’il sait pertinemment que si la réalité dépasse souvent la fiction « elle est bien moins bavarde, bien plus dissimulée. »
Voulant en avoir le cœur net, il va se rendre dans la ferme ou vivent Aurélik, qui est derrière les barreaux, et Dora. Une belle jeune femme pleine de mystères, qui va très vite la fasciner et l’obséder : « Au-delà de ses traits, cette fille m’attirait parce qu’elle était dans une situation impossible et qu’elle se hissait au rang supérieur de ces humains qui bataillent avec le tragique. » (p. 78)
Une opinion que sont bien loin de partager les habitants pour qui, « Aurélik et Doro, en plus de ne pas être d’ici, portaient tous les maux de la terre. »
Mais le bon écrivain – comme le bon enquêteur – se reconnaît à son sens de l’observation, à sa capacité à remettre en question les vérités établies et à déjouer les préjugés. Dire que Serge Joncour y parvient admirablement, c’est à la fpis lui tresser des lauriers bien mérités et promettre au lecteur quelques rebondissements dont il se régalera. Ah, si toutes les résidences de littérature pouvaient donner d’aussi belles œuvres !

Autres critiques
Babelio
Télérama
Le Magazine littéraire
Libération
Le Figaro

Citations
« Les autres, on les croise toujours de trop loin, c’est pourquoi les livres sont là. Les livres, c’est l’antidote à cette distance, au moins dans un livre on accède à ces personnages irrémédiablement marqués dans la vie, ces intangibles auxquels on n’aura jamais parlé, mais qui, pour peu de se plonger dans leur histoire, nous livrerons tout de leurs plus intimes ressorts, lire, c’est plonger au cœur d’inconnus dont on percevra la plus infime rumination de leur détresse. Lire, c’est voir le monde par mille regards, c’est toucher l’autre dans son essentiel secret, c’est la réponse providentielle à ce grand défaut que l’on a tous à n’être que soi. » Page 104

A propos de l’auteur

Serge Joncour est l’auteur de dix livres, parmi lesquels UV (Le Dilettante, 2003), L’Idole, Combien de fois je t’aime, L’Homme qui ne savait pas dire non et L’Amour sans le faire (Flammarion, 2005, 2008, 2010 et 2012). Ses romans sont traduits en quinze langues. (Source : Editions Flammarion)
Site Wikipédia de l’auteur

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