Berlinoise

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Berlinoise

Wilfried N’Sondé
Actes Sud
Roman
176 p., 18 €
ISBN: 9782330038861
Paru en janvier 2015

Où?
L’action se déroule en Allemagne, principalement à Berlin, Iéna et aux monts Métallifères, avec un départ de région parisienne et une belle escapade en Grèce sur l’île de Naxos.

Quand?
Le récit débute le 30 décembre 1989 pour s’achever le 17 juin 1991.

Ce qu’en dit l’éditeur
30 décembre 1989. Stan et Pascal arrivent à Berlin pour y passer le réveillon. Au pied du mur, que Berlinois et visiteurs sont occupés à détruire dans la liesse générale, ils rencontrent une fille à la peau brune et aux yeux vairons, Maya, qui subjugue immédiatement Stan. Déjà installés tous deux dans des vies grises malgré leur âge, Stan et Pascal sont conquis par la ferveur d’un peuple vivant une formidable réconciliation nationale. Ils décident de rester dans cette ville où tout paraît possible.
Texte solaire et sensuel, Berlinoise est un hymne au désordre, à la poésie des corps, à l’ardeur et à la candeur, dans lequel Maya la femme et Berlin la ville sont comme deux incarnations jumelles de l’utopie. Porté par un air de blues qui raconterait l’apprentissage de la désillusion, ce roman d’une éducation politique et sentimentale compose tout à la fois une déclaration d’amour et une lettre d’adieu à la folle jeunesse.

Ce que j’en pense
***

Parmi les événements qui ont marqué la fin du XXe siècle, la chute du mur de Berlin occupe – au moins pour de nombreux Européens – une place à part. C’est l’un de ces rares moments où chaque individu à pu sentir qu’il tutoyait l’Histoire, celle avec un grand «H». C’est sans doute ce qui a motivé Stan, professeur d’allemand en région parisienne, à faire le voyage avec un ami pour fêter le nouvel an 1989 dans la ville réunifiée.
Mais dès les premières lignes, on comprend que l’intime va sans doute prendre la place, ou du moins se mêler à la politique (voir extrait ci-dessous).
Maya est la Berlinoise qui donne son titre au livre, artiste peintre qui découvre la liberté, après avoir vécu sa jeunesse sous le régime de la RDA et la stasi. « Quand elle a compris que j’étais fraîchement arrivé dans la ville, Maya s’est proposée de me servir de guide et s’est mis en tête de me détailler la situation.»
L’ambiance festive d’une part, mais sans doute aussi la curiosité qui les entraîne l’un vers l’autre, vont faire de ces vacances un moment inoubliable.
Car ils sont à l’unisson de ce que vivent tous les Berlinois, à ce moment charnière où tout est possible. Où rêves les plus fous dominent les futures désillusions.
Berlin en 1989, c’est une histoire d’amour qui commence. Comme celle de Stan et Maya, elle est intense, joyeuse et libre de toutes contraintes. C’est si fort qu’il devient vite évident qu’il est impossible de prendre le chemin du retour. Rester pour jouir encore. « Quand arriva le mois de mars, j’ai prié pour que se multiplient les jours de pluies glacées qui nous dissuadaient de sortir, nous restions des week-ends entiers collés l’un à l’autre sous les draps. » explique le narrateur, qui sent en même temps que la situation est exceptionnelle et qu’elle ne peut continuer éternellement.
Les premières illusions laissent place aux regrets et à la frustration : «de retour à Berlin vers la fin de l’été, nous sommes entrés dans l’automne et sa grisaille. Les semaines se succédèrent, avec elles d’autres bouleversements. »
Wilfried N’Sondé a trouvé à la fois le ton juste et la meilleure construction qui soit pour rendre compte de l’intensité puis du déchirement, de la ferveur puis du désenchantement qui – à l’image du couple formé par Stan et Maya – frappe tous les Berlinois en ce XXe siècle finissant.
Déjà s’annoncent les périls : attaques racistes, foyer de demandeurs d’asile incendié, assassinat d’un jeune mozambicain par un groupe de skinheads. La belle parenthèse se referme, mais elle restera un épisode inoubliable pour les acteurs. Et pour le lecteur.

Autres critiques
Babelio
Le Monde
France Culture (Wilfried N’Sondé lit les première spages de son livre)
Culture Box
Les Inrocks (Entretien avec l’auteur)

Extrait (les premières lignes)
« J’ai rencontré Maya le 30 décembre 1989. Pascal et moi étions arrivés à la gare de Berlin Zoologischer Garten le matin même, la mine pâteuse, le cerveau encore embrumé par des effluves d’alcool, survoltés malgré la fatigue après une courte nuit passée dans le train en compagnie d’autres touristes impatients de participer à la fête. Les bouteilles de bière, de vin et de mousseux avaient circulé entre les compartiments et les wagons dès la frontière belge. Nous avions communié car nous croyions tous à l’illusion d’un rendez-vous du monde entier sur la scène de l’Histoire. Berlin l’exubérante ressuscitait, elle portait des habits d’apparat, une sorte de carnaval improvisé au rythme cacophonique des masses et des maillets contre le béton, la liesse et une réelle insouciance partout dans les artères de la ville en pleine effervescence, dans les bars et les cafés, un bouillonnement, une excitation juvénile dans l’atmosphère. Nous nous sommes tout naturellement mêlés à l’allégresse générale, pourquoi ne pas arracher quelques morceaux de ciment graffités à emporter comme autant de trophées pour dire fièrement, plus tard, que nous avions été de la partie. » (p. 11)

A propos de l’auteur
Wilfried N’Sondé est musicien, il vit à Berlin. Il est l’auteur de trois romans chez Actes Sud : le très remarqué Le Cœur des enfants léopards (2007, prix des Cinq Continents de la francophonie et prix Senghor de la création littéraire ; Babel n° 1001), Le Silence des esprits (2010) et Fleur de béton (2012). (Source : Editions Actes Sud)

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Trois fois dès l’aube

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Trois fois dès l’aube
Alessandro Baricco
Gallimard
Nouvelles
128 p., 13,50 €
ISBN: 9782070142378
Paru en février 2015

Où?
Pour les lecteurs de Mr Gwyn, précédente œuvre d’Alessandro Baricco, il ne fait pas de doute que l’action se situe quelque part en Grande-Bretagne, disons à Birmingham, avec une escapade vers la mer.

Quand?
A quelques détails, on peut situer ces trois nouvelles de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Deux personnages se rencontrent à trois reprises.
Un homme commence à parler avec une femme dans le hall de son hôtel et, quand celle-ci a un malaise, il l’héberge dans sa chambre. Leur conversation se poursuit, l’homme s’ouvre à elle mais mal lui en prend.
Un portier d’hôtel aide une jeune cliente à s’enfuir afin d’échapper à son compagnon, un individu violent et dangereux. Plus âgé qu’elle, il lui révèle qu’il a passé treize ans en prison à la suite d’un meurtre.
Malcolm, le personnage de la première rencontre, est encore enfant quand ses parents meurent dans l’incendie de leur maison. Pour le soustraire aux suites de ce drame et l’emmener dans un endroit sûr, une inspectrice de police le conduit chez un de ses amis.
Trois histoires nocturnes qui se concluent à l’aube et qui marquent, chacune à sa façon, un nouveau départ. Trois facettes qu’Alessandro Baricco rassemble en un récit hypnotique et puissant, non dépourvu d’élégance et même de sensualité.

Ce que j’en pense
****

Impossible de commencer cette chronique sans évoquer la genèse de ces trois nouvelles, tant elle est constitutive du travail de l’écrivain, pour ne pas dire de ses obsessions. Dans son précédent roman, Mr Gwyn*, il mettait en scène un écrivain britannique qui décidait de mettre un terme à sa carrière. Il était, sous le nom d’Akash Narayan, l’auteur de Trois fois dès l’aube. Alessandro Baricco a voulu savoir ce que contenait ce livre imaginaire, une sorte de défi qu’il a lancé à lui-même et qu’il relève haut la main.
A tel point même qu’il est quasi impossible, une fois entré dans le premier récit, d’en ressortir sans avoir terminé ce délicieux petit livre. L’envie pourra même vous prendre de le relire, tant la virtuosité des dialogues a quelque chose d’addictif.
Une femme entre dans le hall d’un hôtel. Il est quatre heures du matin. Dans le hall, un homme est assis dans un fauteuil, prêt à entamer sa journée de travail. « Quelle fatigue. Cela vous ennuie si je m’assieds un moment ? » Sauf à être un goujat, on n’imagine pas une autre réponse que celle de ce fabricant de balances, surtout quand votre interlocutrice est une belle femme en longue robe de soirée jaune. Disant « Je vous en prie », il ne se rend pas compte que le piège se referme sur lui. Il ne va pas pouvoir sortir de ce dialogue, malgré un rendez-vous important et sa propension à tout régler avec minutie. Sans dévoiler la fin de l’histoire, disons que cette femme qu’il ne connaissait pas quelques minutes plus tôt se retrouvera quasi nue dans son lit. Un destin peut dès lors basculer.
Il n’en ira pas autrement dans les deux autres nouvelles qui sont situées à peu près à la même heure et au même endroit, c’est-à-dire dans le hall d’un hôtel. Il y a d’une part le concierge qui viendra au secours d’une femme, afin qu’elle trouve « quelqu’un de moins enclin à la vulgarité et à la violence » que cet homme qui l’accompagne.
Il y a d’autre part cette femme, inspecteur de police, chargée d’accompagner un enfant qui vient de voir sa maison et sa mère brûler et qui décide que cet endroit n’est pas le plus approprié à la situation.
La photo de couverture de ce livre, œuvre de Richard Tuschman, est tirée d’une série baptisée Hopper Meditations. Elle illustre parfaitement l’ambiance du livre. Lorsque le temps est suspendu, lorsque tout est possible, lorsque le destin peut basculer. Ce petit livre est un grand livre !

* Signalons à ce propos qu’il n’est pas nécessaire de lire
Mr Gwyn pour apprécier ce livre, mais pour ceux qui auront envie de le découvrir, la version poche vient de paraître.

Autres critiques

Babelio
Culture box
Télérama
Les Echos
Le JDD (Chronique de Bernard Pivot)

Extrait

« C’était un hôtel, d’un charme un peu suranné qui avait su probablement, par le passé, tenir certaines promesses de luxe et de raffinement. Par exemple, il avait une belle porte à tambour en bois, un détail toujours propice aux fantasmes.
C’est par là qu’une femme entra, à cette heure étrange de la nuit, apparemment perdue dans ses pensées, à peine descendue d’un taxi. Elle portait juste une robe du soir jaune, plutôt décolletée, sans l’ombre d’un châle sur les épaules : cela lui donnait l’air intrigant de ceux à qui il est arrivé quelque chose. Il y avait une élégance dans ses mouvements, mais on aurait dit aussi une comédienne regagnant les coulisses, libérée de la contrainte du jeu et renouant avec une partie d’elle-même, plus sincère.. » (p. 17)

A propos de l’auteur

Alessandro Baricco est né à Turin le 28 janvier 1958. Il est écrivain, musicologue et homme de théâtre italien contemporain.
Après des études de philosophie et de musique, Alessandro Baricco s’oriente vers le monde des médias en devenant tout d’abord rédacteur dans une agence de publicité, puis journaliste et critique pour des magazines italiens. Il a également présenté des émissions à la télévision italienne (RAI) sur l’art lyrique et la littérature. Il est un des collaborateurs du journal La Repubblica où il a publié en 2006 un feuilleton, intitulé « I Barbari » (Les Barbares).
En 1991, il publie, à 33 ans, son premier roman « Châteaux de la colère », pour lequel il obtient, en France, le Prix Médicis étranger en 1995. Il a également écrit un ouvrage sur l’art de la fugue chez Gioacchino Rossini et un essai, « L’Âme de Hegel et les Vaches du Wisconsin » où il fustige l’anti-modernité de la musique atonale. En 1994, avec quelques amis, il fonde et il dirige à Turin une école de narration, la Scuola Holden – ainsi nommée en hommage à un personnage de J. D. Salinger – une école sur les techniques de la narration, où l’on peut « apprendre à écrire » dans un premier temps et à « écrire comme lui » dans un second temps.
Passionné et diplômé en musique, Alessandro Baricco invente un style qui mélange la littérature, la déconstruction narrative et une présence musicale qui rythme le texte comme une partition. Sa traductrice, Françoise Brun, écrit, à propos de son style : « Mais ce qui n’appartient qu’à lui, c’est l’étonnant mariage entre la jubilation de l’écriture, la joie d’être au monde et de le chanter, et le sentiment prégnant d’une fatalité, d’un destin. »
Désireux de mêler ses textes à la musique pour les enrichir (puisqu’il les construit dans cet esprit), il demande au groupe musical français Air de composer une musique pour « City » (2001). Il s’en suit un concert dans lequel Air joue la musique en live et Baricco lit ses textes en public. (Source: Babelio)

Site Wikipédia de l’auteur

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L’invention des ailes

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L’invention des ailes
Sue Monk Kidd
Jean-Claude Lattès
Roman
450 p., 22 €
ISBN: 9782709646574
Paru en janvier 2015

Où?
L’action se situe aux Etats-Unis, à Charleston en Caroline du Sud, avec des escapades dans le Nord où les idées abolitionnistes gagnent du terrain.

Quand?
Le roman débute en 1803 pour se terminer à la fin des années trente.

Ce qu’en dit l’éditeur
Caroline du Sud, 1803. Fille d’une riche famille de Charleston, Sarah Grimké sait dès le plus jeune âge qu’elle veut faire de grandes choses dans sa vie. Lorsque pour ses onze ans sa mère lui offre la petite Handful comme esclave personnelle, Sarah se dresse contre les horribles pratiques de telles servilité et inégalité, convictions qu’elle va nourrir tout au long de sa vie. Mais les limites imposées aux femmes écrasent ses ambitions.
Une belle amitié nait entre les deux fillettes, Sarah et Handful, qui aspirent toutes deux à s’échapper de l’enceinte étouffante de la maison Grimké. À travers les années, à travers de nombreux obstacles, elles deviennent des jeunes femmes avides de liberté et d’indépendance, qui se battent pour affirmer leur droit de vivre et se faire une place dans le monde.
Une superbe ode à l’espoir et à l’audace, les destins entrecroisés de deux personnages inoubliables !

Ce que j’en pense
***

Après le succès de La Vie secrète des abeilles, qui traitait de la ségrégation raciale dans les Etats du Sud, Sue Monk Kidd revient avec un roman basé sur l’histoire vraie des sœurs Grimlé. Sarah (1792–1873) et sa sœur Angelina (1805–1879) furent parmi les premières féministes américaines, mais elles s’engagèrent surtout pour l’abolition de l’esclavage. Une position que relevait à l’époque dans le Sud des Etats-Unis pour un sacrilège, surtout venant de l’une des familles les plus en vue de Charleston, «possédant» de nombreux esclaves.
La construction du roman est particulièrement habile, car l’auteur a eu l’idée de donner tour à tour la parole à Sarah et à Handful, la jeune esclave qui lui est offerte pour son onzième anniversaire. Du coup, l’histoire que nous raconte la première – ses difficultés à se réaliser en tant que femme dans une société où on ne lui reconnaît guère d’autre rôle que celui de diriger la maison et de trouver un bon parti – et celle qui est proposée par la seconde – les brimades et les châtiments infligés à ceux que l’on considère comme des êtres corvéables à merci – vont se heurter et se compléter par la relation qu’entretiennent les deux narratrices. « Je n’aurais pas sur dire de façon certaine si les sentiments de Miss Sarah étaient de l’amour ou de la culpabilité. Je n’aurais pas non plus su dire si les miens venaient de l’amour ou d’un besoin de protection. Elle m’aimait et elle avait pitié de moi. Et moi je l’aimais et je me servais d’elle. Il n’y avait rien de simple dans cette histoire. »
Sarah aimerait suivre les traces de son père et devenir avocate. On lui interdira non seulement de suivre cette voie, mais aussi l’accès à la bibliothèque familiale. Puis on essaiera de lui trouver un mari et enfin on tentera de lui éradiquer ses idées émancipatrices. Du coup, le rapprochement avec sa compagne d’infortune est presque «naturel». Car Handful vit aussi dans une prison, avec la charge supplémentaire de porter la douloureuse histoire familiale, la séparation entre sa mère, alors qu’elle est enceinte, esclave à la ville et son père esclave à la plantation, qui mourra quelques temps plus tard sans voir sa fille. Et ce rêve d’émancipation qui se heurte à la violence et aux lois érigées par et pour les grandes familles de Charleston. On torture et on tue. Aussi faut-il bien du courage pour se rebeller et pour essayer de fuir…
Une page d’histoire américaine qui entre en résonance avec les débats actuels sur l’obscurantisme religieux. Une raison supplémentaire de se plonger dans ce roman très bien documenté et tout aussi émouvant.

Autres critiques

Babelio
Blog «A fleur de mots»
Blog «Au boudoir écarlate»

Extrait
« Je veux que tu le saches, ton papa il était bon comme le bon pain. Il s’appelait Shanney. Il travaillait dans la plantation de massa Grimké. Un jour Missus a dit qu’il fallait que je vienne coudre pour elle à Charleston. J’ai dit d’accord mais prenez Shanney, c’est mon mari. Elle a dit Shanney c’est un esclave des plantations et peut-être que je le reverrai quand je viendrai en visite. Tu étais déjà dans mon ventre et personne ne le savait. Shanney est mort d’une blessure à la jambe avant même que tu aies un an. Il a jamais vu à quoi tu ressembles. » (p. 76)

A propos de l’auteur
Née dans l’État de Géorgie, Sue Monk Kidd est l’auteur du best-seller La Vie secrète des abeilles, immense succès traduit dans trente-six langues. Elle a également écrit plus récits autobiographiques salués par la critique littéraire. Sue Monk Kidd vit aujourd’hui en Floride. (Source : Editions Jean-Claude Lattès)

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Trompe-la-mort

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Trompe-la-mort
Jean-Michel Guenassia
Albin Michel
Roman
396 p., 22 €
ISBN: 9782226312464
Paru en janvier 2015

Où?
En Inde, à New Delhi pour les premiers chapitres du livre, puis en Grande-Bretagne, notamment à Londres, Greenwich et Lympstone, ainsi que dans quelques points chauds de la planète tels que l’Irlande, l’Irak ou l’Afghanistan. Retour en Inde pour la troisième partie, notamment à Delhi, à l’ashram de Manjoor dans le Kerala et à Poojapura, la prison de Trivandrum.

Quand?

L’action se situe principalement de 1969, date de l’arrivée du père du narrateur à New Delhi, à nos jours, en passant par le 5 février 2004 à 7 h 35 du matin et le 19 décembre 2013 à 7 h 43.

Ce qu’en dit l’éditeur
Tom Larch est-il vraiment immortel ? Aucun être humain n’aurait pu survivre aux accidents dont il s’est tiré. A-t-il un secret qui le protège des coups du sort ? Ou un ange gardien qui veille sur lui ? Est-ce le hasard ou son instinct de vie qui lui permet de s’en sortir à chaque fois ? Obligé de quitter New Delhi pour Londres à huit ans, Tom est depuis toujours écartelé entre ses deux cultures. Celle de sa mère, indienne, et celle de son père, ingénieur anglais. A dix-huit ans, il s’engage dans les Royal Marines, et devient un héros, malgré lui. Rendu à la vie civile, il devra affronter ses propres démons quand l’un des hommes les plus riches du monde lui demandera d’aller en Inde à la recherche de son fils, que Tom est le seul à pouvoir retrouver.
Formidable conteur, Jean-Michel Guenassia nous entraîne à la suite de Tom Larch dont le destin se mêle aux tumultes de l’Histoire. Comme dans Le Club des incorrigibles optimistes, il convoque avec maestria dans ce roman magistral tout ce qui fait notre XXIe siècle.

Ce que j’en pense
****

Tommy, le narrateur de cet excellent roman, est le fils d’un Anglais et d’une Indienne. Informaticien, son père commence une carrière prometteuse d’informaticien à New Delhi. C’est là qu’il va rencontrer une collègue, qui passe encore davantage de temps que lui devant son ordinateur. Unis dans un même projet professionnel, le couple décide de se marier. Malgré l’hostilité de la famille qui avait déjà arrangé une union avec un jeune homme de la même caste, comme il est de tradition en Inde.
Après avoir bravé l’interdit, le couple se retrouve très vite sans famille. Après la naissance de Tommy, ils vont bien essayer de renouer des liens, mais sans le moindre succès. Si bien que la famille décide de quitter le pays pour retourner en Angleterre.
Pour l’enfant, le choc est rude : « En Inde, les gens étaient colorés, de toutes les nuances, ici ils étaient blanchâtres, comme des coquilles d’œuf, ou ils étaient gris, comme les murs et les imperméables, le gazon et le ciel, et je ne sentais que l’odeur du saindoux des fish and chips. Même leur thé était fade. Le pire, c’était le silence, on n’entendait pas la pluie tomber, une pluie sournoise qui s’infiltrait dans les os. »
Pour quelques temps, il trouve refuge auprès d’amis immigrés, pratique le cricket et tombe amoureux d’une Indienne qui va se voir confronter aux mêmes règles et conventions que ses parents. C’est l’époque où commence une série d’accidents auxquels il va réchapper : il passe à travers une verrière, est coincé dans sa chambre alors que sa maison brûle, reste enseveli dans une avalanche à Kitzbühel. Mais il ne devra son surnom de Trompe-la-mort que plus tard, après avoir choisi de s’engager dans l’armée et d’avoir été victime d’un attentat dont il sera le seul survivant. Une journaliste, Helen McGunis, s’intéresse à son cas et réalise un documentaire qui va le propulser au rang de vedette. S’il n’aime pas trop la façon dont elle s’est appropriée son histoire, il se consolera dans ses bras.
Le couple emménage dans un appartement trop petit pour deux. Il se révélera aussi trop petit pour trois et causera leur séparation.
La vie ordinaire du père divorcé va pourtant basculer une fois de plus, quand l’une des plus grosses fortunes du pays engage Tom pour retrouver son fils en Inde, pays qu’il avait juré de ne plus revoir. Sur les terres de son enfance, Trompe-la-mort va enfin réussir à boucler la boucle, mais au bout d’un étonnant périple.
Une bonne dose d’exotisme, la confrontation de deux cultures, une quête du père, sans oublier une pincée piquante de culte du héros au temps de la télé-réalité : voilà les ingrédients qui font de ce roman une excellente chronique des relations du dernier demi-siècle entre l’Inde et l’Angleterre. Mais c’est aussi grâce à ce chassé-croisé que l’on ne s’ennuie pas une seconde et qu’on suit avec plaisir le narrateur dans ses pérégrinations.

Autres critiques
Babelio
L’Express
Télérama
Les Echos
L’Opinion
Toute La Culture
Entre les lignes (émission Radio Espace 2)

Extrait
« La vie est une maladie incurable, Tommy. On n’arrive jamais à s’en remettre. On voudrait qu’elle soit conforme à nos rêves, on se bat pour l’apprivoiser et la dominer mais nous ne faisons qu’obéir, contraints et forcés, comme des esclaves désobéissants. Nous sommes obsédés par la mort alors que nous ne devrions penser qu’à la vie. A chaque jour qui nous est donné. Parce que c’est la seule chose dont nous soyons absolument certains. La seule vérité sur cette terre, c’est que nous sommes là, toi et moi, et que nous nous aimons. Tout le reste n’est qu’illusion. »

A propos de l’auteur
Jean-Michel Guenassia est aussi l’auteur de deux best-sellers, Le club des incorrigibles optimistes, le roman phénomène – tant critique que public ¬– de la rentrée littéraire 2009, récompensé par le Goncourt des lycéens et La vie rêvée d’Ernesto G. en 2012. (Source : Editions Albin Michel)

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L’assassin à la pomme verte

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L’assassin à la pomme verte
Christophe Carlier
Serge Safran
Roman
178 p., 15 €
ISBN: 9782298072426
Paru en août 2012
Editions Pocket, janvier 2014
156 p., 5,80 €
ISBN: 2266237853

Où?
Le roman est situé à Paris, principalement dans l’hôtel de luxe Paradise.

Quand?
Le livre est situé de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« J’éprouvais pour Elena une tendre reconnaissance. J’avais toujours voulu tuer quelqu’un. Pour y parvenir, il me manquait simplement de l’avoir rencontrée » songe Craig, fraîchement débarqué des États-Unis comme Elena d’Italie. Tous deux se trouvent pour une semaine au Paradise : un palace, vrai monde en soi, où l’on croise parfois au bar d’étranges clients. Par exemple cet homme de Parme, mari volage et volubile, découvert assassiné au lendemain de leur arrivée. Entre Craig et Elena naît un sentiment obsédant, fait d’agacement et d’attirance, sous l’œil impitoyable du réceptionniste, auquel rien n’échappe. Ou presque.
Dans cette envoûtante et spirituelle fiction à plusieurs voix, chacun prenant à son tour la parole, chacun observant l’autre, épiant son voisin, amour et meurtre tendent à se confondre. En émule d’Agatha Christie et de Marivaux, Christophe Carlier prouve avec maestria que l’accidentel, dans le shaker du grand hôtel, a partie liée avec l’imaginaire. Et qu’un assassin peut être aussi discret que l’homme à chapeau melon de Magritte, au visage dissimulé à jamais derrière une pomme verte.

Ce que j’en pense
***

Ce premier roman nous entraîne dans un palace parisien, le Paradise, sur les pas de Craig l’Américain, Elena l’Italienne et son compatriote parmesan. Ce dernier n’aura guère le temps de faire jouer son charme et son compte en banque, car il est retrouvé assassiné dans sa suite.
L’enquête peut commencer et les hypothèses prendre forme. À la version d’Elena répond celle de Craig, bientôt contredit par Sébastien le réceptionniste qui observe le drôle de ballet qui se déroule sous ses yeux. Dans cette ambiance particulière, Craig se dit qu’il peut profiter de l’occasion pour se rapprocher de très très près d’Elena.
On se régale de ce pas de trois dans ce « bateau immense, industriel et poétique, qui s’est échoué par hasard sur une rive de la Seine ».
L’éditeur se réfère à Agatha Christie et à Marivaux pour présenter le livre. Se faisant, il donne peut être trop d’importance à l’enquête, qui devient vite secondaire, et limite le propos à du marivaudage, léger et sans conséquences.
Il faut plutôt rechercher du côté de Choderlos de Laclos, comme dans mon premier roman, pour décrire les intrigues et manigances qui se trament ici. La dissimulation – comme ce visage caché par une pomme verte – fait ici partie du jeu. Plutôt que de chercher la vérité, on cherche à l’adapter a ses desseins. C’est subtil et, par petites touches, teinté d’un humour froid. Bref, l’idéal pour passer un bon moment.

Autres critiques
Babelio
BibliObs
20 minutes
Biblioblog

Extrait
« L’assassin devait avoir de solides raisons de haïr sa victime. À mon sens, il l’a assommée par colère. Il a tranché sa gorge pour se donner le frisson de l’arme blanche. Et, comme le sang continuait de couler, l’a finalement étouffée. Assommé comme un boeuf, saigné comme un porc, contraint d’ingurgiter sa cravate comme on ravale ses ambitions, ce client riche mais infortuné a dévalé en un instant toutes les marches du piédestal où le sort l’avait placé. Difficile d’imaginer autre chose qu’une vengeance, dont l’exécution a été rapide comme l’éclair et facile comme un pied de nez.
C’est un criminel au cœur léger qui a dû quitter la suite 205. Aurait-il croisé quelqu’un dans l’ascenseur que son front lisse et sa mise impeccable n’éveillaient aucun soupçon. Il devait être aussi anonyme que l’homme à chapeau melon dont Magritte dissimule le visage derrière une pomme verte. Je l’imaginais, méticuleux, irréprochable, les traits absolument masqués par la rondeur et la couleur du fruit. Seule certitude : l’assassin à la pomme verte n’a pu quitter l’hôtel, lundi soir, qu’en passant devant la réception. J’ai donc nécessairement vu glisser sa silhouette devant le comptoir où je suis assigné à résidence. » (p. 75)

A propos de l’auteur
Christophe Carlier, né en 1960, a publié Lettres à l’Académie française (Arènes 2010) et divers autres essais dont plusieurs consacrés aux contes et aux mythes. L’Assassin à la pomme verte est son premier roman. (Source : Editions Serge Safran)
Site Wikipédia de l’auteur

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L’enfer de Schongauer

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L’enfer de Schongauer
Jean-Marie Stoerkel
Editions du Bastberg
Polar
292 p., 14 €
ISBN: 9782358590600
Paru en mars 2015

Où?
L’action se déroule en France, Allemagne et Suisse et plus précisément à Strasbourg, Mulhouse, Colmar, Fribourg-en Brisgau et Bâle. Des épisodes sont également situés dans de hauts-lieux touristiques alsaciens tels que Ungersheim, le Haut-Koenigsbourg, l’abbaye de Murbach, Neuf- et Vieux-Brisach ou encore Le Mont-Saint-Odile.

Quand?
Le récit se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Quel lien mystérieux relie Martin Schongauer, le génial peintre et graveur colmarien qui a été copié notamment par Michel-Ange, et un terrifiant tueur en série qui sévit en Alsace ?
Cet assassin abat une touriste devant la cathédrale de Strasbourg. Il poursuit son itinéraire criminel sur le carreau de l’ancienne mine Rodolphe, près de l’Écomusée d’Alsace, puis entre la Volerie des Aigles et le château du Haut-Koenigsbourg, avant de tuer un prêtre à Ingersheim, une écrivaine-éditrice à Strasbourg, un vieux politicien au mur païen du mont Sainte-Odile, un avocat général à Colmar, un artiste peintre à Waldighoffen…
Qu’a donc à voir dans cette effrayante odyssée le séduisant professeur de l’université de Fribourg-en-Brisgau Volker Grass ? Est-ce seulement un hasard s’il écrit un livre sur Martin Schongauer, avec l’aide de son ancienne étudiante alsacienne Annabelle Kleinpeter, qu’il entraîne aussi dans une romance sadomasochiste ?
Ce suspense palpitant tient le lecteur en haleine jusqu’à l’explosion finale, au milieu de l’extraordinaire confrontation, dans l’église des Dominicains à Colmar, entre La Vierge au buisson de roses et le retable d’Issenheim.

Ce que j’en pense
***

Le nouveau polar de l’ancien spécialiste des faits divers du quotidien régional L’Alsace est sans doute le moyen le plus agréable de découvrir les hauts lieux touristiques de la région et l’histoire de l’un de ses artistes le plus célèbre, mais aussi le plus mystérieux : Martin Schongauer. Attardons-nous quelques instants sur cet homme qui donne son titre à l’ouvrage. Né entre 1445 et 1450 à Colmar, décédé le 2 février 1491 à Vieux-Brisach, il fut très apprécié puisqu’au XVIe siècle, Vasari, un historien de l’art, rapporte que Michel-Ange conservait un exemplaire de l’une de ses œuvres, La Tentation de Saint-Antoine, dans son atelier florentin. Si c’est principalement à Colmar que l’on peut découvrir ses pièces maîtresse telles que La Vierge au buisson de roses, retable sur bois de 1473, il sera aussi beaucoup question dans le livre des fresques du Jugement dernier, découvertes en 1885 lors de la rénovation de l’église saint Etienne de Vieux-Brisach. Si la plus grande peinture à fresque de Moyen Age au nord des Alpes est aujourd’hui malheureusement très dégradée par des couches successives de blanchissement, elle n’en demeure pas moins remarquable par sa facture et sa puissance évocatrice.
Volker, professeur à l’Albert-Ludwigs-Universität de Fribourg-en-Brisgau, en est un grand spécialiste. En parfait pédagogue, il n’aura aucun mal à persuader l’une de ses étudiantes, Annabelle, de l’aider dans ses recherches en vue de publier un ouvrage sur «Hübsch Martin» (le beau Martin) et de devenir sa maîtresse.
Mais vous m’objecterez que le suspense promis est bien loin de ces considérations… N’ayez crainte, si je puis dire, car un tueur en série vient perturber Volker et Annabelle en signant chacun de ses meurtres par une reproduction du peintre médiéval avec cette inscription laissée sur ou à proximité des cadavres : «Ceci est une œuvre de Martin Schongauer».
C’est sur le parvis de la cathédrale de Strasbourg qu’il commet son premier forfait, bientôt suivi par une demi-douzaine d’autres homicides. Non loin de l’écomusée de Haute-Alsace, à Ungersheim, il connaîtra un semi-échec en ne réussissant pas à brûler le véhicule dans lequel il avait séquestré un jeune couple.
La police et la presse locale sont sur les dents, mais leur enquête s’annonce difficile. D’autant que le meurtrier décide de s’attaquer désormais à des personnalités : après un curé, ce sont une éditrice, un homme politique et un avocat général qui y passent.
L’occasion pour l’auteur de revenir sur quelques faits divers, mais aussi de placer assez subtilement quelques messages à des amis et de nous faire découvrir quelques bonnes adresses au fil des besoins de l’enquête.
On ne dévoilera pas le dénouement, mais on saluera la belle érudition et l’humour de ce polar aux cinquante nuances d’Alsace.

Autres critiques
Babelio

Extrait
« Mais maintenant, il lui fallait marquer encore plus fort les esprits. Il ne devait plus se satisfaire de choisir uniquement les endroits de ses crimes et d’y tuer la première proie repérée. Le jeu devenait trop facile. Prendre une victime au hasard devenait indigne de lui. Sa notoriété lui requérait de faire toujours mieux. Il rêvait de voir et d’entendre les médias dire à son propos qu’il commettait des crimes comme aucun autre tueur en série ne l’avait encore jamais fait avant lui. Il devait devenir comme un peintre »

A propos de l’auteur
Jean-Marie Stoerkel est né à Ingersheim, dans le Haut-Rhin. Il a effectué une carrière de journaliste à L’Alsace à Mulhouse, où il était chargé de la rubrique faits divers et justice. Il est l’auteur de onze précédents livres – documents, récits et romans policiers – souvent inspirés de ses enquêtes. (Source : Éditions du Bastberg)

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Les Amazoniques

DOKMAK_Les_Amazoniques

Les Amazoniques
Boris Dokmak
Ring
Thriller
430 p., 19,95 €
ISBN: 9791091447294
Paru le 2 avril 2015

Où?
Le roman est situé principalement dans la forêt amazonienne, dans la région du Bulchara, au sud-ouest de la Guyane française, ainsi qu’à Kourou et à Paris.

Quand?

L’action se situe de nos jours, avec des retours en arrière en 1955 et les années suivantes, ainsi qu’un épisode parisien en 1967.

Ce qu’en dit l’éditeur
Été 1967. Un ethnologue est accusé de meurtre. Il vit retiré au fin fond de la Guyane, dans une zone non cartographiée, territoire inconnu des perdidos dégénérés retournés à la vie sauvage et d’Indiens cannibales. Pour le lieutenant Saint-Mars, qui sillonne la jungle infernale à sa recherche, le crime cache des motivations qui vont bien au-delà de l’étude d’un nouveau peuple.
En mars 2014, un Indien agonisant, rongé par un mal étrange, surgit de la forêt guyanaise. Il était le dernier représentant de sa tribu, éteinte depuis cinquante ans. Sa découverte révèle l’existence du monstrueux projet Sunshine, plus grand scandale sanitaire et humain ignoré du XXe siècle, nom de code d’une expérience scientifique authentique jusqu’alors restée secrète et toujours réfutée par le gouvernement américain.
Magnétique et bestial, Les Amazoniques confirme l’entrée tonitruante de Boris Dokmak dans le cercle fermé des géants du polar.

Ce que j’en pense
****

Si le nouveau Thriller de l’auteur de La Femme qui valait trois milliards n’était qu’un bon suspense, il vaudrait sans doute déjà le détour. Mais il est bien plus que cela. A la manière d’un mille-feuilles, il se double d’un grand roman d’aventure qui nous fait découvrir un pan de la grande forêt amazonienne, se triple d’un récit d’espionnage où les services secrets américains mènent des expériences aussi secrètes que dangereuses, se quadruple d’une réflexion sur la pureté des peuples et sur leur droit de vivre selon leur culture et se quintuple par un reportage, puisque le faits divers retracé ici est inspiré d’une histoire vraie. Autrement dit, un sacré bon livre !
L’histoire commence au Centre Spatial Guyanais, lorsqu’un Indien surgit subitement devant une femme qui faisait son jogging et meurt à ses pieds. Dans ses mains, un immense couteau et un carnet noir bien mystérieux. Très vite les autorités locales vont se perdre en conjectures quant à la signification de ce carnet, mais aussi quant à l’identité de la victime. L’Indien semble en effet devoir appartenir à une tribu, les Arumgaranis, qui semblait avoir disparu. Pour essayer de démêler cet imbroglio, un baroudeur venu de métropole débarque. Il s’agit de Saint-Mars « type nimbé d’une sorte de mystère à la mords-moi-le-nœud, genre barbouzard béni et protégé – on parlait de clandestinité, d’OAS, des mains sales de la République ».
Seulement voilà, les règles de la jungle amazonienne peuvent dérouter le plus aguerri des officiers. D’autant que Saint-Maris, ou S.M., ne sait pas vraiment par quel bout prendre son enquête. « On lui avait seulement communiqué un dossier d’une page et demi sur lequel apparaissait un extrait de P.V. mentionnant un certain Matéo qui avait témoigné du meurtre de McHenry, citoyen américain, par Georges Loiseau, à l’arme blanche au beau milieu de la forêt sauvage. »
En essayant de monter une expédition pour retrouver la trace de ce crime sans témoin, sans corps, sans arme, sans preuve et sans coupable, il va comprendre qu’il n’est pas vraiment le bienvenu et qu’une expédition parallèle menée par des Américains se prépare.
A l’image de cette forêt dans laquelle il va s’enfoncer, le mystère ne va cesser de s’épaissir et les pièges de se dresser, de plus en plus menaçants. Entre les moustiques et tous les autres insectes et animaux avides de chair fraîche, il va très vite se sentir épié de toutes parts. Les Indiens n’entendent pas laisser impunément violer leur territoire, les Américains ne souhaitent pas que l’on découvre le projet qu’ils ont mené au cœur de la forêt. S.M. manque à plusieurs reprises d’y laisser sa peau, y compris lorsqu’il découvre un produit radioactif dans une bâtisse délaissée.
Boris Dokmak parvient avec maestria à décrire cette ambiance particulière, cet enfer vert régi par ses propres règles. Que viennent faire des notions telles que le droit ou la morale sous de tels cieux ? Si S.M. parviendra à s’extirper de la jungle et le lecteur à découvrir la clé de ce mystère, ni l’un ni l’autre ne seront vraiment intacts au bout de cette route. Mais c’est une raison supplémentaire pour découvrir Les Amazoniques.
(Je tiens à remercier ici Laura Magné qui m’a fait découvrir ce livre).

Autres critiques
Babelio

Extrait
« Saint-Mars, le bec dans le sable, parce qu’il n’est pas le dernier des crétins, retient trois informations et développe autant de questionnements : primo, il faut faire gaffe en choisissant son campement et éviter les fourmilières et autre tanière de bestioles rampantes. Interrogation : Y a-t-il un endroit dans cette fichue forêt qui échappe aux insectes les plus sordides ? Deuxio, les Indiens et Loiseau sont visiblement comme cul et chemise ; mieux, les sauvages lui mangent dans la main. Qulle influence réelle a-t-il sur eux ? Tertio, Loiseau sait désormais qu’il n’a pas les intentions les plus aimables à son encontre. Quelle va être son opposition ? Car c’est une chose de venir mettre les menottes aux poignets de Loiseau, pour peu qu’il soit réellement coupable, c’en est une autre de l’exfiltrer d’une forêt où des Indiens féroces et sanguinaires lui sont dévoués et soumis. » (p. 311)

A propos de l’auteur
Né en 1967 à Kiev, Boris Dokmak est agrégé de philosophie. Acclamé dès son premier roman La Femme qui valait trois milliards (Ring 2013), il est considéré comme un des prodiges du thriller français. (Source : Editions Ring)

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Amours

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Amours
Léonor De Récondo
Sabine Wespieser
Roman
280 p. 21 €
ISBN: 2848051736
Paru en janvier 2015

Version poche parue en mai 2016.

Où?
Le roman est situé en France, dans le Cher et plus précisément dans un bourg baptisé Saint-Ferreux-sur-Cher.

Quand?
L’action débute en 1908 et va se dérouler durant les mois et années qui suivent.

Ce qu’en dit l’éditeur
Nous sommes en 1908. Léonor de Récondo choisit le huis clos d’une maison bourgeoise, dans un bourg cossu du Cher, pour laisser s’épanouir le sentiment amoureux le plus pur – et le plus inattendu. Victoire est mariée depuis cinq ans avec Anselme de Boisvaillant. Rien ne destinait cette jeune fille de son temps, précipitée dans un mariage arrangé avec un notaire, à prendre en mains sa destinée. Sa détermination se montre pourtant sans faille lorsque la petite bonne de dix-sept ans, Céleste, tombe enceinte : cet enfant sera celui du couple, l’héritier Boisvaillant tant espéré.
Comme elle l’a déjà fait dans le passé, la maison aux murs épais s’apprête à enfouir le secret de famille. Mais Victoire n’a pas la fibre maternelle, et le nourrisson dépérit dans le couffin glissé sous le piano dont elle martèle inlassablement les touches.
Céleste, mue par son instinct, décide de porter secours à l’enfant à qui elle a donné le jour. Quand une nuit Victoire s’éveille seule, ses pas la conduisent vers la chambre sous les combles…
Les barrières sociales et les convenances explosent alors, laissant la place à la ferveur d’un sentiment qui balayera tout.

Ce que j’en pense
****

Le livre s’ouvre sur un premier chapitre très fort. Anselme, le maître de maison y viole Céleste, sa bonne. Quelques pages plus loin, on comprendra que cette scène est celle de la conception d’Adrien, l’enfant qui est bien involontairement le déclencheur de cette histoire.
Nous sommes en 1908, à un moment où les droits des femmes étaient balbutiants, pour ne pas dire inexistants. Le droit de cuissage sur le «petit personnel» faisait partie de ces règles non-écrites, y compris en province. Ce qui pourrait donc être considéré comme un faits divers banal va prendre sous la plume de Léonor de Récondo, une toute autre dimension. Car Victoire, la femme délaissée, va se rapprocher de Céleste. L’une et l’autre vont découvrir que leur corps peut être autre chose qu’un outil de travail, qu’il peut aussi être vecteur d’émotions : « L’amour est là, où il ne devrait pas être, au deuxième étage de cette maison cossue, protégé par la pierre de tuffeau et ses ardoises trop bien alignées, protégé par cette pensée bourgeoise qui jusque là les contraignaient, et qui, maintenant leur offre un écrin. »
Pour quelques instants, le désir balaie la morale. Victoire décide d’adopter l’enfant, se remet au piano, part à Paris s’acheter une toilette et se fait accompagner par Céleste.
Mais cette liberté nouvelle est menacée. Le poids des conventions, le regard des autres, l’impossibilité de vraiment s’émanciper vont conduire au drame.
Mais au-delà de ce récit, c’est pour son style qu’il faut se plonger dans ce roman. Léonor de Récondo cisèle ses phrases, les travaille et retravaille jusqu’à ce que sa petite musique soit parfaitement harmonieuse. C’est bien simple, il est très difficile de ne pas quitter le livre jusqu’à la fin. Et il ne s’agit pas ici d’une formule. A l’image de cette clairière vers laquelle Céleste part se réfugier, on trouve dans ces pages une beauté envoûtante.

Le travail de l’écrivain
Ce fut un véritable plaisir de rencontrer l’auteur lors de son passage à Mulhouse. En présentant «Amours», elle a aussi parlé de son travail d’écrivain qui, chez elle, complète sa passion pour la musique (elle est violoniste) : « Je n’écris le livre que lorsqu’il est complet dans ma tête. Mais le travail en amont est très important. Je me documente beaucoup. J’ai lu beaucoup d’ouvrages sur cette période, sur la domesticité ainsi que des recueils de lettres, ce qui me permet de m’imprégner du sujet. Je mets aussi plusieurs mois à incarner mes personnages et, quand la structure est là, j’écris. Je ne rédige qu’un chapitre par jour, e qui explique aussi qu’ils soient relativement courts et qu’ils aient presque tous la même longueur. En revanche, je retravaille beaucoup le texte. Je veux que ma phrase soit fluide, que la lecture soit harmonieuse. »

Extrait
« C’est un feu de joie, ils sont tous excités de voir les flammes s’élever. Même Huguette, qui avait du mal à cacher son désaccord tant cette idée lui paraissait saugrenue, se prend à sourire. C’est la première à applaudir lorsque Victoire, dans un geste énergique, lance un corset dans le feu.
– Ah vraiment, bravo, madame ! Vous faites bien. Vous allez enfin pouvoir respirer !
– Et je vais surtout pouvoir m’habiller toute seule !
Pierre observe Victoire. Il réalise que cette femme si élégante qui, d’une certaine manière régit leurs vies, est à la merci des mains de sa femme. Comme une enfant, chaque matin, elle a besoin d’elle pour se vêtir. Leurs existences à tous sont finalement étrangement imbriquées, c’est ce qu’il comprend tandis qu’elle jette un deuxième corset dans un grand éclat de rire. Ils sont tous dépendants les uns des autres, chacun à sa manière, liés aux us et coutumes, liés à leur rang social. »

« Sous les tuiles en ardoise de la maison bourgeoise, quatre personnes sont couchées, seul l’enfant dort. Les autres gardent les yeux grands ouverts. Chacun dans sa pièce, chacun dans sa solitude profonde, hanté par des rêves, des désirs, des espoirs qui ne se rencontrent pas, qui se cognent au murs tapissés, aux taffetas noués d’embrasses – métrages de tissu qui absorbent les soupirs, pour n’en restituer qu’un écho ouaté. » (p. 218)

Autres critiques
Babelio
L’Express (François Busnel)
Télérama
BibliObs
RTL (avec Interview-vidéo de l’auteur)

A propos de l’auteur
Léonor de Récondo, née en 1976, débute le violon à l’âge de cinq ans. Son talent précoce est rapidement remarqué, et France Télévisions lui consacre une émission alors qu’elle est adolescente. À l’âge de dix-huit ans, elle obtient du gouvernement français la bourse Lavoisier qui lui permet de partir étudier au New England Conservatory of Music (Boston/U.S.A.). Elle devient, pendant ses études, le violon solo du N.E.C. Symphony Orchestra de Boston. Trois ans plus tard, elle reçoit l’Undergraduate Diploma et rentre en France. Elle fonde alors le quatuor à cordes Arezzo et, grâce au soutien de l’association ProQuartet, se perfectionne auprès des plus grands maîtres du genre (Quatuor Amadeus, Quatuor Alban Berg). Sa curiosité la pousse ensuite à s’intéresser au baroque. Elle étudie pendant trois ans ce nouveau répertoire auprès de Sigiswald Kuijken au Conservatoire de Bruxelles. Depuis, elle a travaillé avec les plus prestigieux ensembles baroques (Les Talens Lyriques, Le Concert d’Astrée, Les Musiciens du Louvre, Le Concert Spirituel). De 2005 à 2009, elle fait partie des musiciens permanents des Folies Françoises, un ensemble avec lequel elle explore, entre autres, le répertoire du quatuor à cordes classique. En février 2009, elle dirige l’opéra de Purcell Didon et Enée mis en scène par Jean-Paul Scarpitta à l’Opéra national de Montpellier. Cette production fait l’objet d’une tournée. En avril 2010, et en collaboration avec la chanteuse Emily Loizeau, elle crée un spectacle mêlant musique baroque et musique actuelle.
Léonor de Récondo a été premier violon sous la direction de Vincent Dumestre (Le Poème Harmonique), Patrick Cohën-Akenine (Les Folies Françoises), Enrico Gatti, Ryo Terakado, Sigiswald Kuijken. Elle est lauréate du concours international de musique baroque Van Wassenaer (Hollande) en 2004.
Elle fonde en 2005 avec Cyril Auvity (ténor) L’Yriade, un ensemble de musique de chambre baroque qui se spécialise dans le répertoire oublié des cantates. Un premier disque de l’ensemble paraît chez Zig-Zag Territoires autour du mythe d’Orphée (plusieurs fois récompensé par la presse), un deuxième de cantates de Giovanni Bononcini en juillet 2010 chez Ramée.
Léonor de Récondo a enregistré une quinzaine de disques (Deutsche Grammophon, Virgin, K617, Alpha, Zig-Zag Territoires) et a participé à plusieurs DVD (Musica Lucida).
En octobre 2010, paraît son premier roman, La Grâce du cyprès blanc, aux éditions Le temps qu’il fait. Chez Sabine Wespieser éditeur, elle publie en 2012 Rêves oubliés, roman de l’exil familial au moment de la guerre d’Espagne. Pietra viva (Sabine Wespieser éditeur, 2013), plongée dans la vie et l’œuvre de Michel Ange, rencontre une très bonne réception critique et commerciale.
Avec Amours, son nouveau roman paru le 8 janvier 2015, Léonor de Récondo, dont on retrouve la phrase juste et précise qui conduit le lecteur au plus près de ses émotions, fait exploser les cadres de la conformité bourgeoise pour toucher à l’éclosion du désir, la prise de conscience de son propre corps, la ferveur et la pureté d’un sentiment qui balayera tout, et impressionne par l’amplitude de ses sources d’inspiration.. (Source : Sabine Wespieser Editeur)

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