Missing : New York

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Missing : New York
Don Winslow
Le Seuil policiers
Roman
traduit de l’anglais (USA) par Philippe Loubat-Delranc
300 p., 21,50 €
ISBN: 9782021213119
Paru en mars 2015

Où?
L’action est située aux Etats-Unis, principalement à Lincoln dans le Nebraska et à New York, mais aussi dans de nombreux endroits que traverse Frank Decker tout au long de sa traque comme Reno, Las Vegas, Los Angeles, Sacramento, Stockton, Portland, Seattle, Spokane, Sandpoint ou encore Little Rock, Dallas, Houston, San Antonio, Austin, La Nouvelle Orléans, Memphis, Davenport, Jamestown et les Hamptons.

Quand?
Ce roman policier est situé de nos jours, dans un laps de temps qui court sur plus d’une année entre le début et l’épilogue.

Ce qu’en dit l’éditeur
La première enquête de Frank Decker
Frank Decker, sergent de police à Lincoln, Nebraska, capte sur sa radio de service un « Code 64 », soit un avis de disparition : Hansen, Hailey Marie. Afro-américaine. Âgée de cinq ans. Un mètre six. Seize kilos huit. Cheveux bruns, yeux verts.
Personne n’a rien vu, rien remarqué, rien entendu.
Près de la moitié des enfants assassinés par leur ravisseur sont tués dans l’heure qui suit leur enlèvement et Decker sait juste que Hailey s’est volatilisée avec Magique, son petit cheval en plastique.
Fouilles et interrogatoires, brigade cynophile, battues avec l’aide des flics des comtés voisins : la police fait de son mieux.
Jusqu’à un certain point. Car personne ne l’admet, mais on remue ciel et terre pour retrouver les petites filles blondes, pas les enfants métis de mère modeste et alcoolique.
C’est alors que Decker donne sa démission, fait son sac et part sur les routes à la recherche de Hailey.
Une quête désespérée et solitaire de plusieurs mois, de motels en stations-service, jusqu’à New York et son annexe pour VIP, les Hamptons.
Et là, tout bascule…

Ce que j’en pense
***

« Cheryl Hansen était rentrée pour aller chercher ses cigarettes, laissant Hailey jouer dans le jardin avec son petit cheval en plastique. À son retour, Hailey avait disparu. Cheryl était retournée dans la maison au cas où Hailey y serait, puis partie dans la rue en criant son nom. À ce moment-là, certaines mères du voisinage étaient sorties, et Hailey n’était chez aucune d’elles à jouer avec leurs gamins. » La disparition d’un enfant est sans doute l’un des thèmes les plus émotionnels que peuvent choisir les auteurs de polars et celui-ci ne rate pas son coup. Dès le début, on comprend la difficulté de la tâche confiée à un sergent de police de Lincoln, Nebraska : pas de témoins, pas de trace, pas de revendication. Un peu comme si cette petite fille n’avait jamais existé.
L’auteur de La Griffe du chien réussit, avec cette première enquête confiée à Frank Decker, une sorte de road-movie du désespoir. Obsédé par cette enquête, il quitte sa femme et démissionne pour pouvoir prendre la route et tenir la promesse faite à la mère désespérée : retrouver son enfant. Une mission qui tient du vœu pieux, mais qu’un coup de fil va finir par débloquer, après des semaines d’errance.
Même s’il y a encore loin d’un témoignage un peu flou à la découverte de la vérité, Frank Decker ne va plus lâcher le fil qu’il a pu attraper, même s’il va se mettre lui-même en danger. Sur ses pas, le lecteur n’aura guère d’autre choix que de suivre à son tour la piste et frissonner à chaque nouveau rebondissement. Avec cette question lancinante : Hailey est-elle toujours en vie ?
Un vrai suspense qui ravira tous les amateurs du genre.

Autres critiques
Babelio
Le Figaro
Journal de Montréal
Blog Black Novel 1

Extrait
« J’avais trente cinq ans, j’étais seul, aussi loin de retrouver Hailey qu’au premier jour et, sans que je m’en rende compte, le printemps était arrivé.
Ce fut aux Quad Cities, au Motel 6 de Davenport, Iowa, que, pour la première fois, j’envisageai sérieusement de tout laisser tomber. Notre anniversaire de mariage approchait, et si je roulais vite, c’était jouable et j’aurais même le temps d’acheter des fleurs.
Et ensuite quoi ?
Me pointer à la porte, un bouquet ridicule à la main ? Arguer d’un coup de folie, implorer le pardon, voir si je pouvais recoller les morceaux de mon mariage et de ma vie ? Le moment était-il venu d’accepter le fait de plus en plus évident que Hailey Hansen était morte et que je ne le retrouverais jamais ?
Je me couchai avec ces pensées là, à moitié décidé à ce qu’à mon réveil, le lendemain matin, je parte vers l’ouest par la I-80 et retourne chez moi.
Mais le téléphone sonna. » (p. 108-109)

A propos de l’auteur
Né à New York en 1955, Don Winslow a étudié l’histoire à la fac avant d’exercer divers métiers : acteur, gérant de cinéma, guide de safari et détective privé — le plus formateur pour l’auteur de thrillers qu’il est devenu. Parmi ses seize romans, on compte le chef-d’œuvre La Griffe du chien, et Savages, porté à l’écran par Oliver Stone. Il vit aujourd’hui à San Diego. (Source : Editions du Seuil)

Site Wikipédia de l’auteur

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Le jour où j’ai appris à vivre

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Le jour où j’ai appris à vivre
Laurent Gounelle
Kero
Roman
288 p., 19,90 €
ISBN: 9782366580983
Paru en janvier 2015

Où?
L’action se déroule aux Etats-Unis, principalement à San Francisco, mais également en Californie, comme à Big Sur.

Quand?
Le roman est situé de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Et si tout commençait aujourd’hui ?
Imaginez : vous vous baladez sur les quais de San Francisco un dimanche, quand soudain une bohémienne vous saisit la main pour y lire votre avenir. Amusé, vous vous laissez faire, mais dans l’instant son regard se fige, elle devient livide. Ce qu’elle va finalement vous dire… vous auriez préféré ne pas l’entendre. À partir de là, rien ne sera plus comme avant, et il vous sera impossible de rester sur les rails de la routine habituelle.
C’est ce qui va arriver à Jonathan dans ce nouveau roman de Laurent Gounelle. À la suite de cette rencontre troublante, il va se retrouver embarqué dans une aventure de découverte de soi ponctuée d’expériences qui vont changer radicalement sa vision de sa vie, de la vie. Ce roman, dont l’intrigue est basée sur des expériences scientifiques réelles, éclaire d’une lumière nouvelle notre existence et nos relations aux autres, et apporte un souffle d’air pur dans notre vie.
Un nouveau roman lumineux et positif de Laurent Gounelle par l’auteur de L’homme qui voulait être heureux, Les dieux voyagent toujours incognito et Le philosophe qui n’était pas sage.
Les romans de Laurent Gounelle sont tous des best-sellers, traduits dans le monde entier.

Ce que j’en pense
***

Il y a du Guillaume Musso dans ce nouvel opus de Laurent Gounelle. On pourrait même dire que, comme le ferait un grand chef sûr de sa technique, il suffit d’utiliser les bons ingrédients pour réussir le plat. A commencer par situer l’action aux Etats-Unis, peut être parce que l’on imagine que là bas tout est possible. A moins que, au pays du New Age, les personnages ne soient plus réceptifs aux prédictions.
Ensuite, il convient de mettre en scène un personnage relativement banal mais qui a déjà un certain vécu. Ici, il s’agit de Jonathan, un agent d’assurances, qui a fondé sa société avec un ami et son ex-épouse. Si tous trois ont connu des hauts et des bas, l’affaire a continué à prospérer. Bref tout va bien jusqu’au moment où arrive l’épisode qui va remettre en cause le train-train quotidien.
Chez Laurent Gounelle, il s’agit de la rencontre avec une diseuse de bonne aventure. Cette dernière va tout simplement lui annoncer sa mort prochaine.
Même si vous êtes persuadé qu’une telle déclaration n’a aucune valeur scientifique, elle vous ébranlera sans doute un peu.
L’agent manquant d’assurance, il va décider de quitter ce métier de rapace pour chercher un nouveau sens à cette existence désormais limitée.
Pour faire monter la mayonnaise, il manque toutefois encore un ingrédient, celui qui fera le liant. Il prend cette fois la forme d’une tante philosophe qui semble avoir trouvé la sérénité et va le guider sur ce nouveau parcours.
Vient enfin, pour le lecteur peu prompt à avaler les gros caillloux semés tout au long de cette quête un argument de poids : « l’intrigue est basée sur des expériences scientifiques réelles ! »
Disons le tout net : même avec les grosses ficelles, on se laisse prendre au jeu pour peu que l’on soit un optimiste invétéré et que l’on aime cette idée de la rédemption vers laquelle on suit Jonathan. Il faut aussi aimer les quelques vérités toujours bonnes à dire (voir citations ci-dessous) et les feel-good stories.

Autres critiques

Babelio
Metronews
RTS (Radio La Première, podcast audio)
Blog Les lectures de Lily

Citations
« Si chacun de nous était conscient de l’immense valeur qui est la sienne, c’est toute la face du monde qui serait changée. Mais on vit dans une société où l’on dit rarement aux gens le bien que l’on pense d’eux. On a beaucoup de pudeur à l’exprimer et, finalement, beaucoup de retenue : chacun garde secrètement en soi ses opinions positives comme des graines qu’on laisserait se dessécher au fond de sa poche au lieu de les semer ou de les confier au souffle du vent, à la terre et à la pluie. »

« Nous sommes des êtres complets et la nature nous amène à le ressentir profondément, alors que la société crée en nous le manque. Elle sait nous faire croire et nous faire ressentir qu’il nous manque quelque chose pour être heureux. Elle nous interdit d’être satisfaits de ce que nous avons, de ce que nous sommes. Elle ne cesse de nous faire croire que nous sommes incomplets. »

« Notre voie apparait à nous quand s’évanouissent nos illusions, qui nous trompent sur notre direction, et que notre conscience s’éveille. Et tu sais, ce qui est troublant dans la vie, c’est que tout ce qui nous arrive, en positif comme en négatif, en joies comme en drames, sert secrètement un seul but: éveiller notre conscience, car c’est seulement là que nous devenons pleinement nous-mêmes. »

« Pour bien vivre sa vie, reprit Margie, il est nécessaire d’être à l’écoute de ce qui vient du plus profond de nous-même. Entendre les messages chuchotés par notre âme. Mais notre âme est comme un ange qui murmure d’une voix si douce, si faible, qu’il faut tendre l’oreille. Comment veux-tu la percevoir dans le brouhaha incessant ? Comment veux-tu y prêter attention quand ton esprit est accaparé par des milliers de choses en dehors de toi-même ? » (page 79)

« Le monde est la résultante de nos actes individuels. Se changer soi-même est la seule voie vers un monde meilleur. Un monde meilleur où il fait bon vivre. »

« Mais il le savait : il ne sert a rien de regretter des choix passées. La vie est ainsi,elle est jalonnée d’erreurs,et sans doutes ces erreurs ont-elles leur raison d’être,sans doute nous apportent-elles quelque chose malgré tout .Accepter. La philosophie de Margie finissait par passer.
L’acceptation est un art de vivre. »

A propos de l’auteur
Laurent Gounelle est né le 10 août 1966 de mère catholique et de père protestant. Originaire des Cévennes, de l’Ardèche et de Venise par son père, de l’Aisne, de la Hollande et de la Belgique par sa mère dont la famille a vécu un quart de siècle en Cochinchine. A la maison, l’influence asiatique se ressentait jusque dans les habitudes culinaires… Il reçoit une éducation assez stricte dans une ambiance sérieuse dont il s’évade par la rêverie, la lecture, et l’observation du monde.
A 17 ans, il veut devenir psychiatre, mais en est dissuadé par le médecin de famille — un pessimiste invétéré convaincu que ce métier n’a pas d’avenir. Son père, professeur et chercheur en physiologie, avait quant à lui peu d’estime pour les « sciences molles »…
Poussé par ses parents à faire des « études sérieuses », il entreprend alors un cursus de sciences économiques à Dauphine dont il sort diplômé en 1988, complété par un troisième cycle à la Sorbonne.
Son bac + 5 en poche, il se retrouve à 23 ans propulsé dans le monde de l’entreprise, jeune cadre promis à un avenir sans encombre. Et pourtant, c’est le choc. Il se retrouve confronté à une crise existentielle, son métier n’ayant pas de sens profond à ses yeux. « Ce n’est pas la vie que je voulais », réalise-t-il brutalement. S’en suivent alors quelques années pendant lesquelles il se cherche, un parcours erratique qu’une journaliste de Libération qualifiera plus tard de « trajectoire de poulet fraîchement décapité ».
Mais sa passion très tôt manifestée pour l’être humain ne le lâche pas. Il se jette corps et âme dans les sciences humaines et notamment la psychologie et la philosophie, à travers des lectures puis des formations de plus en plus pointues aux Etats-Unis, en Europe et en Asie. Il fait des voyages initiatiques. Il rencontre des sages.
Désireux de faire de sa passion son métier, il devient consultant en relations humaines, métier qu’il exercera pendant 15 ans. En France puis à l’international, des entreprises lui confient des missions de conseil et de formation qui gravitent autour de l’amélioration des relations entre les gens, l’épanouissement au travail, la recherche de sens.
En 2006, au cours d’une année chargée en émotions (mort de son père quelques mois après son mariage, naissance de son premier enfant, mort de son meilleur ami…), Laurent Gounelle prend la plume pour écrire une histoire qui permettrait de partager des idées qui lui tiennent à cœur sur la vie et la recherche du bonheur. « L’homme qui voulait être heureux » est publié en 2008 et devient un best-seller mondial, traduit en 25 langues, n°1 des ventes en France.
En 2010, Laurent Gounelle publie « Les dieux voyagent toujours incognito » qui prend tout de suite la tête des listes de meilleures ventes et devient également un best-seller en Espagne et dans la plupart des pays d’Amérique du sud. L’adaptation cinématographique de ce roman est actuellement en préparation.
En 2012, Laurent Gounelle publie « Le philosophe qui n’était pas sage » dans une co-édition Plon / Kero, un roman en forme de satire de la société occidentale moderne, qui devient à son tour un best-seller et est en cours de traduction dans de nombreux pays.
En 2014, Laurent Gounelle publie « Le jour où j’ai appris à vivre », un roman sur la découverte de soi et du sens de la vie, qui se placera dès sa sortie dans toutes les listes des best-sellers. Ce roman est en cours de traduction dans de nombreux pays. (Source : Site internet de l’auteur)

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Le Maître

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Le Maître
Patrick Rambaud
Grasset
Roman
240 p., 19 €
ISBN: 9782246855774
Paru le 2 janvier 2015

Où?
L’action se déroule en Chine, « au pays de Song, entre le Fleuve Jaune et la rivière Houaï » ainsi qu’au pays de Ts’in, « qui commençait entre le Fleuve Jaune et les montagnes, dans la haute vallée de la Wei, ainsi qu’au royaume de Ts’i à Lin-Tsö la capitale du royaume et dans la ville de Mong.

Quand?
Nous sommes cinq siècles avant Jésus-Christ.

Ce qu’en dit l’éditeur
« C’était il y a vingt-cinq siècles dans le royaume de Song, entre le Fleuve Jaune et la rivière Houaï : Tchouang naquit les yeux ouverts et sans un cri. Il était froissé, édenté, chauve, puisque les nouveau-nés ressemblent aux vieillards : les hommes entrent en scène aussi démunis qu’ils en sortent… »
Bienvenu dans la Chine du Vème siècle avant Jésus-Christ. Un monde poétique et violent, où « tombe » soudain cet enfant, fils du Surintendant des présents et cadeaux. Dans ce royaume gigantesque, l’or est partout, la faim aussi, les princes et les rois ont des esclaves, des éléphants, des nains, ils écoutent des poèmes, font commerce de femmes et d’épices, lisent Confucius….
Avec son immense talent, Patrick Rambaud nous conte la vie de cet enfant, curieux, libre, attentif à la vie, aux métiers, à la pratique du monde ; bientôt inventif et sage ; au plus près du peuple. C’est ainsi qu’il deviendra le plus grand philosophe chinois, Tchouang Tseu, donnant son nom à son livre légendaire, suite magnifique d’histoires vivantes, où l’on croise des bouchers, des seigneurs, des tortues, des faux sages…
C’est un destin inouï que nous raconte le grand romancier de La Bataille – à mi-chemin de la fable et de la philosophie. On rit, on apprend, on découvre, on s’étonne, dans ce monde dont le vrai prince est un philosophe…

Ce que j’en pense
***

Je ne sais si ce roman est celui de la sagesse, comme le promet le bandeau de couverture, mais ce qui est sûr, c’est qu’il permet de passer un bon moment avec ce Maître et ses pensées très libres. Il n’est du reste absolument pas nécessaire d’adhérer à la philosophie de cet ancêtre chinois pour se réjouir de cette pochade. Car si Patrick Rambaud a voulu s’offrir une récréation après ses chroniques du règne de Nicolas Ier, le lecteur partage ce récit jubilatoire.
Nous voici donc il y quelque vingt-cinq siècles sur les pas de Tchouang, de sa naissance à sa fin. Esprit aussi vif que rebelle, il va commencer par apprendre « beaucoup de ses maîtres et des conversations chuchotées qu’il avait la nuit avec l’esprit de son défunt grand père. »
Si bien qu’« A dix ans, Tchouang avait saisi les fondements de la pensée chinoise, laquelle reposait sur des principes simples. Oui et non n’existaient pas à l’état naturel. Il n’y avait pas de contraires mais des contrastes ; le monde était une somme d’impressions. Les forces complémentaires se combinaient, se succédaient, permutaient, s’alliaient, s’harmonisaient, se remplaçaient comme le yin et le yang, la nuit et le jour, l’ombre et la lumière, la femme et l’homme. »
Mais au lieu d’une sorte de résumé des philosophies taoïstes ou confucianistes, Patrick Rambaud choisit ‘école buissonnière. Car Tchouang doute et se révolte.
« Tchouang voulait vivre désormais à l’écart pour ne pas avoir honte de vivre. »
Aucun des modèles proposés ne lui convient, à commencer par celui de l’homme de cour. Il déteste le pouvoir qui avilit et n’entend pas se mettre au service du prince ou d’une cause. Au long de ses pérégrinations, il finira aussi par éconduire tous ceux qui voient en lui «Le Maître». Ni ses disciples, ni son épouse Chao-Yun, Nuage du matin, n’auront raison de sa soif de dénuement et sa volonté de simplicité. Quand il assène des vérités telles que « ce que l’homme ignore excède ce qu’il connaît », ou encore que « La durée de nos existences n’est rien comparée au temps où nous n’existons pas » et enfin « laisse l’or dans les montagnes et les perles dans les eaux ! », on se dit que l’auteur de La Bataille a réussi son coup. Cette farce n’est rien d’autre qu’un viatique pour les ambitieux, les avides de pouvoir et les stressés d’aujourd’hui.

Autres critiques
Babelio
L’Express
Le Point
Les Echos (Thierry Gandillot)
Le Nouveau Cénacle (Revue participative)
Blog MicMélo Littéraire

Extrait
« – Maître, disait-il, vous nous enseignez que la tradition est barbare…
– C’est la tradition qui nourrit les guerres, la tradition qui force les hommes à des travaux épuisants, la tradition qui creuse le fossé entre riches et pauvres, la tradition encore qui invente des cultes pour séparer les hommes. N’est-ce pas de la barbarie ?
– Qu’appelez-vous précisément la tradition ?
¬¬– Ce sont les règles de vie, édictées par on ne sait plus qui, ou par une divinité malfaisante à tête de crapaud. Les gens s’y habituent, ils y croient, ils l’appliquent sans jamais la remettre en question. Personne ne se lève et dit : « Cette règle est idiote ! » Je vais vous donner un exemple. Un jour, une secte décide qu’il ne faut pas manger de potiron. Les potirons sont donc bannis. Ils causent même l’effroi des spectateurs. « Tu as mangé une bouchée de potiron ? malheureux ! Tu vas périr dans d’affreuses souffrances ! Vite, recrache pendant qu’il est temps et jure de ne pas recommencer ! » De l’autre côté de la rivière, imaginons une tribu d’adorateurs du potiron. Que vont-ils faire ? Vont-ils traverser la rivière pour hacher menu ceux qui identifient le potiron au mal absolu ? Sans doute. Les guerres n’ont pas d’autres origines. Chacun reste emmuré dans ses croyances, qui vont à l’encontre des croyances du voisin. Ne pensez-vous pas que c’est stupide ?
– Stupide, Maître, mais aussi mortel.
¬– Eh oui, Lin-lei. Je vous engage tous à étudier ce que préconisent les sectes : leurs interdits ne sont que de signes de reconnaissance. Entre eux ils s’appellent frères. Tous les autres, ils les rejettent. Cette détestation des uns pour le potiron, elle vient peut-être d’une indigestion, puis ces maux de ventre alimentent une croyance, et la croyance engendre des maux encore plus grands. Tse-loi, va nous cueillir un potiron. »

« – Maître Tchouang, quand votre souffle s’envolera, que préférez-vous ? Qu’on vous enfouisse ou qu’on vous abandonne la face au ciel ?
– M’en fous. Enterré, je ferai le délice des asticots, exposé au soleil je serai la proie des vautours. Pourquoi privilégier l’une de ces bêtes au détriment de l’autre ?
Un matin il se fit porter sur la plate-forme qui dominait la vallée, en laissant dans sa cabane tout ce qu’il possédait, une natte, un bol et une statuette en jade blanc. Il s’étendit dans l’herbe qui sentait le frais. Il demanda qu’on le laisse tranquille, ce que comprirent même les deux musaraignes qui s’étaient hasardées à le renifler. Tchouang ferma les yeux et attendit sa mort qu’il devinait imminente. C’était une journée majestueuse. Il attendit des heures sans bouger, parfaitement calme. Vers le soir il sentit une goutte d’eau sur sa paupière, une autre sur son front. Il tâtonna des doigts dans l’herbe, récupéra son bâton, l’empoigna, se leva à demi et se pressa vers l’abri du kiosque aux écritures : « Zut ! la pluie… » »


A propos de l’auteur

Ecrivain précaire né à Paris en 1946. On lui doit entre autres, chez Grasset, une suite romanesque consacrée à la fin de l’Empire : La Bataille (Grand prix du roman de l’Académie française et prix Goncourt), Il neigeait, L’Absent et Le Chat botté (2006). (Source : Editions Grasset)
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Ciel d’acier

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Ciel d’acier
Michel Moutot
Arléa
Genre
528 p., 22 €
ISBN: 9782363080714
Paru en janvier 2015

Où?

Le roman est situé au Canada et aux Etats-Unis, notamment à Kahnawake, Québec et Montréal ainsi qu’à Sausalito (CA), Chapell Hill (NC) et principalement à New York.

Quand?
Partant du 11 septembre 2001 l’auteur remonte dans l’histoire des protagonistes sur plus d’un siècle et nous mène jusqu’à l’inauguration de la Liberty Tower fin 2014.

Ce qu’en dit l’éditeur
New-York, 11 septembre 2001, début de matinée. John LaLiberté, dit Cat, indien mohawk et ironworker (monteur d’acier), travaille au sommet d’un nouveau building à Manhattan. Le rugissement d’un Boeing au-dessus de sa tête, l’impact contre la première des tours jumelles, l’effondrement des Twin Towers : il assiste à la pire catastrophe de l’histoire américaine. Il en devient l’un des acteurs : il se précipite, comme des dizaines d’ironworkers, chalumeaux en main, pour participer, aux côtés des sauveteurs, au déblaiement des gravats, à la recherche de survivants, dans l’enfer de Ground Zero.
Les indiens mohawks, canadiens ou américains, vivent dans des réserves près de Montréal ou à la frontière avec les États-Unis. Lors de la construction en 1886 d’un pont sur le Saint-Laurent, ils ont appris et aimé ce métier qui les a conduits sur tous les ponts, les gratte-ciel, les buildings du continent. Depuis six générations, ils construisent l’Amérique. La légende, fausse bien sûr, veut qu’ils ne connaissent pas le vertige. Certains marchent comme des chats sur des poutres de trente centimètres de large à des hauteurs vertigineuses. Ils ont appris de père en fils à apprivoiser la peur, à respecter le danger, à vivre et travailler là où les autres ne peuvent pas s’aventurer.
Tous les Mohawks ont grandi « dans l’ombre des Twin Towers », comme disent les anciens dans la réserve de Kahnawake, près de Montréal. Mais John plus que tout autre : Jack LaLiberté, dit Tool, son père, est mort en les construisant, au printemps 1970, frappé par la foudre, précipité dans l’abîme. Ses amis ont caché au sommet de la tour Nord sa clef à mâchoire, son outil, son tomahawk. Dans l’effroyable magma de métal et de feu, John va partir à sa recherche.
Dès lors, le fil du passé se dévide, nous remontons le temps, pénétrons dans l’histoire des Mohawks, du premier rivet porté au rouge dans un brasero de charbon jusqu’à la construction de la Liberty Tower, qui remplace aujourd’hui le World Trade Center. Embrassant plus d’un siècle, ce roman polyphonique nous présente l’épopée de cette tribu indienne, la seule à avoir gagné, par son travail et son courage, sa place dans le monde des Blancs, sans renier ses croyances et ses traditions. Sur les traces d’une famille d’ironworkers de légende, Michel Moutot, après un extraordinaire travail de documentation, croise les destinées de plusieurs générations d’ironworkers mohawks, bâtisseurs de l’Amérique.

Ce que j’en pense
****

Cette «épopée familiale quasi légendaire se déroulant sur plusieurs générations», pour reprendre la définition du mot saga, est d’abord un formidable roman, avec tous les ingrédients susceptibles de nous envoûter : du sang et des larmes, de l’amour et de la rivalité, de l’injustice et de la rédemption, de l’étrange et du factuel. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître !
Michel Moutot a choisi le 11 septembre 2001 comme point de départ de cette histoire séculaire. Le narrateur, John LaLiberté, est monteur d’acier. Quand il aperçoit ce matin là les avions s’encastrer dans les tours jumelles, il comprend immédiatement ce qu’on attend de lui : «Le World Trade Center, c’était un squelette de milliers de tonnes de métal. Je ne sais pas ce qu’il en reste, mais je sais que, pour avancer dans les décombres à la recherche des survivants, pompiers et secouristes vont avoir besoin de nous. Car, si depuis un siècle nous éditions ponts et gratte-ciel, nous construisons l’Amérique, c’est aussi nous qui les démontons, les découpons. Quand il doivent disparaître pour faire place à autre chose dans une ville et un pays qui se réinventent sans cesse, les règlements prescrivent que c’est à nous, monteurs d’acier, qu’il faut faire appel. »
En expliquant les raisons qui ont conduit la tribu des Mohawk à devenir le peuple des monteurs d’acier, en détaillant le rôle que ces «ironworkers» ont joué dans la construction des infrastructures qui ont permis le développement économique du Canada et des Etats-Unis, en montrant le tribut qu’ils ont dû payer au fil des ans, l’auteur réussit le tour de force de donner de la chair à ces ponts et à ces gratte-ciel.
Avec John LaLiberté et ses compagnons, le lecteur est convié à vivre des épopées et des drames, des combats et des trahisons, des histoires d’amour et de mort. Dès lors, le plaisir de la lecture et de la découverte ne la lâchera plus tout au long des quelque 500 pages du livre.
C’est très solidement documenté, superbement bien écrit – sans pathos et sans fioritures inutiles – et formidablement bien construit. On découvrira par exemple que les sauveteurs n’étaient pas seuls à fouiller les décombres et que la recherche des survivants n’était pas le seul motif pour atteindre au plus vite les étages inférieurs. Ou encore qu’un tel chantier doit aussi apprendre à se structurer et que certaines décisions trop hâtives ont sûrement entrainé la destruction de preuves, voire d’ADN. On saura enfin quels rites et quelles croyances – les Indiens n’ont pas le vertige – ont construit la légende des Mohawks (les plus anciens se rappellerons à ce propos de John l’Enfer de Didier Decoin, Prix Goncourt 1977). Gageons que vous ne regarderez plus les gratte-ciel de New York de la même manière après avoir refermé ce superbe roman.

Résonances
Ajoutons que si je tiens ce roman en si haute estime, c’est aussi parce qu’il vient conforter mon travail sur le 11 septembre, la documentation que j’ai amassée et les témoignages que j’ai recueillis. Dans mon premier roman, le 11 septembre joue un rôle non négligeable puisqu’il cristallise les ambitions de Fabrice Le Guen, jeune journaliste-animateur qui part à New York pour réaliser plusieurs émissions spéciales commémorant le premier anniversaire des attentats.
Si ce «Valmont» d’aujourd’hui se sert de l’événement pour impressionner, il n’en effectue pas moins des repérages et cherche lui aussi à rendre compte de ce qu’à pu être ce traumatisme pour toute une ville, un pays, voire par toute la planète.
Si vous voulez en savoir plus sur Liaisons, un clic suffit !

Autres critiques
Babelio
Télérama
Le Parisien
Blog encres vagabondes
Blog Au Monts D’Ottans

Les premières pages du livre :

« La sueur me brûle les yeux. Je ne supporte plus ces lunettes de soudeur, ce masque, j’étouffe. Mais si je les enlève Dieu sait ce que je vais avaler. Cette poussière, ces fumées sont toxiques. Elles étaient farcies d’amiante et de saloperies ces tours. Mon oncle disait que les structures d’acier étaient recouvertes de flocage et de peinture au plomb. Il y avait des cabinets de dentistes dans les étages, des stocks de produits chimiques dans les sous-sols du World Trade Center, le gaz fréon des climatiseurs géants, le kérosène des avions. On respire du poison.
Mais s’il y a des survivants dans ce magma, ce mikado d’enfer, c’est le seul moyen de les trouver. Découper l’acier, sectionner les poutres, ouvrir des passages, faire des voies, des tunnels pour avancer, explorer les cavités, peut-être des refuges. Encore cinq minutes. Cinq minutes et J aurai fini de brûler cette section de métal. Je pourrai accrocher le câble et la grue la soulèvera. Attention aux éboulements. Où est le crochet ?
Les fumées s’épaississent, l’odeur est atroce, je vois à peine mes mains. Les rampes d’éclairages lèvent un halo de poussière lumineuse. La poutre sur laquelle je suis en équilibre tremble, elle est chaude, je sens la chaleur à travers mes chaussures, les semelles fondent. Il faut bouger de là. Andy devrait être sur ma droite mais dans ce brouillard je ne le vois plus. Je l’entends. Le souffle du chalumeau, là derrière, les étincelles, ce doit être lui. Merde ! La flamme de ma torche à découper faiblit… Plus d’oxygène !… Bon, j’enlève le masque. Le ciel pâlit sur l’Hudson, c’est bientôt l’aube.
Hier matin, je suis arrivé tôt sur le chantier d’un hôtel à la pointe sud de Manhattan. Pour nous, les ironworkers – les Québécois disent monteurs d’acier -, qui connectons entre elles les structures des gratte-ciel, le travail était presque terminé. Quelques poutres à boulonner et souder, les dernières, tout en haut, et, dans une semaine, ce devait être la cérémonie d’achèvement du squelette de l’immeuble, le topping-out. Un autre gratte-ciel sur la ligne d’horizon à Manhattan.
Et sur celui-ci, comme sur tous les géants de la ville, nous sommes là. Indiens mohawks : Canadiens ou Américains, descendus de nos réserves près de Montréal ou sur la frontière avec les États-Unis. New York est monté à l’assaut du ciel grâce à la sueur et au sang de nos pères. Pas un chantier en hauteur, pas un pont métallique ou un grand building sans que ne résonnent, là-haut, ordres, consignes ou jurons dans notre langue. Pour leur bravoure, leur expérience, leur fiabilité, les charpentiers du fer mohawks sont réputés dans toute l’Amérique du Nord et au-delà.
À quarante-trois ans je suis la sixième génération de monteurs d’acier. Je m’appelle John LaLiberté, dit Cat. Mon vrai nom : O-ron-ia-ke-te, «Il porte le ciel. »

A propos de l’auteur
Michel Moutot, né à Narbonne en 1961, est journaliste à l’Agence France Presse (AFP). Correspondant à New York en 2001, il reçoit le prix Louis Hachette pour sa couverture des attentats du 11 septembre. En 1999 il remporte le prix Albert Londres, le plus prestigieux de la presse française, pour son travail sur la guerre du Kosovo. Correspondant à Lyon, Beyrouth, Nairobi et New York, il a couvert une quinzaine de conflits, dont les guerres du Golfe et d’ex-Yougoslavie. Il est reporter au siège de l’AFP à Paris, spécialiste des questions de terrorisme international, rentre d’Ukraine. (Source : Editions Arléa)

Site Wikipédia de l’auteur

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Ground zero

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Ground zero
Jean-Paul Chaumeil
Rouergue Noir
Thriller
220 p., 19 €
ISBN: 9782812607448
Paru en janvier 2015

Où?
L’action se situe principalement à New York, avec des épisodes situés en Italie entre Milan et Naples, au Mexique du côté de Ciudad Juarez ainsi qu’à Samarkand.

Quand?
Si le roman se déroule principalement le 11 septembre 2001 et les jours suivants, il fait aussi référence à des faits situés en 1979 et 1980.

Ce qu’en dit l’éditeur
Il s’appelle Walter ou William. Peu importe. Ceux qui l’ont formé à Naples, dans les années 1980, des types farouchement anticommunistes du Gladio, l’appellent W. Et aujourd’hui, le rock dur et ample d’un groupe de Minneapolis dans les oreilles, il se rend au World Trade Center pour y exécuter un contrat. Aujourd’hui, 11 septembre 2001. Une cible unique. Une mallette à récupérer. La routine pour un professionnel comme lui. Mais d’une, il a une drôle de baby-sitter à ses trousses. Et de deux, voilà que la tour se met à trembler comme si un géant l’avait secouée. Commence pour W une cavale dans une ville jetée tout entière dans le grand incendie. Du sang plein les oreilles et des tueurs en planque où qu’il aille. Des tueurs qu’il a déjà croisés. Dans d’autres vies. Celles où il s’appelait William ou Walter. Peu importe.
Dans ce premier roman, Jean-Paul Chaumeil nous emporte dans un monde parallèle, celui des factions qui s’affrontent dans les coulisses de l’économie ultralibérale, un monde qui a inventé sa propre réalité, hors de la loi commune, et qui mène une guerre sans fin.

Ce que j’en pense
***

Après Du sang sur la glace de Jo Nesbo, voici un nouveau thriller mettant en scène un tueur à gages. Cette fois, nous avons affaire à un esprit vif, sans états d’âme, sûr de son fait et de son combat. Car dans les années 80, quand il a été recruté, il s’agissait d’éliminer des ennemis du système en marquant les esprits : « On serait en quelque sorte les exécutants d’une espèce de renaissance démocratique en marche dans l’Italie moderne, mais qu’il fallait par moments secouer le peuple pour qu’il comprenne mieux et plus vite quel était son intérêt. » Depuis l’époque du Gladio, celui que l’on appellera Walter aura eu le temps de s’aguerrir et de se rendre compte que son éthique n’était peut-être pas aussi irréprochable qu’il l’avait imaginé. Mais peu importe. « C’était pas tant le côté services rendus à l’État que la possibilité qui m’était offerte de passer de l’autre côté. Là où il n’y a que les règles qu’on se forge soi-même en négociant au plus près avec ceux qui détiennent le pouvoir.»
Ce matin du 11 septembre 2001, il s’agissait de descendre un type au 37e étage du World Trade Center, de s’emparer d’une mallette et de disparaître dans la nature. Du banal, en quelque sorte. Sauf que le grain de sable qui vient cette fois enrayer la machine est de taille considérable. Au moment d’ajuster sa cible, les murs tremblent. Un avion vient de heurter la tour n°1.
Avec brio Jean-Paul Chaumeil décrit alors les minutes qui suivent, lorsqu’il faut essayer de comprendre ce qui se passe et que la réalité n’est tout simplement pas concevable. La raison laisse alors place à l’instinct de survie. Walter accomplit sa mission non sans avoir enregistré quelques bizarreries et essaie de gagner la sortie, sa mallette sous le bras. Le thriller prend alors une toute autre dimension : le tueur est à son tour une cible et le contenu de la mallette s’avère explosif puisqu’il s’agit de rapports faisant état de risques potentiels d’attentats, notamment au WTC ainsi que de transactions financières suspectes, en particulier les 9 et 10 septembre.
Pour reprendre l’un des morceaux de la bande-son qui accompagne Walter tout au long du récit, c’est l’heure de la course poursuite et du Struggle for life.
On ne dévoilera bien entendu pas la fin de cette course-poursuite. Mais en conclusion, on laissera la parole au narrateur, le tueur-philosophe : « La vie, c’est drôle, ça se déroule rarement comme t’as prévu et, en même temps, t’es bien content que ça se soit passé autrement que tu l’avais envisagé. »

Autres critiques
Babelio
La Cause littéraire
Blog Quatre sans quatre (avec la playlist du livre)
Blog Action-Suspense
Blog Collectif Polar Bibliothèque
Blog Lecturama (Interview de l’auteur)

Extrait
« Dans notre job la règle est simple : quelqu’un passe commande, il paye, on exécute. États d’âme s’abstenir ou passer son chemin. ainsi, il avait un contrat sur moi, commandité par ceux qui m’avaient recruté et formé. Comme moi, me dis-je, j’en avais eu un Samarkand sur un ex-crâne rasé lui aussi recruté et entraîné par Dan est sa bande.
J’ouvris à nouveau le téléphone mais plus rien n’était accessible et le réseau était saturé ; je le mis sous mon pied, me levai et l’écrasai consciencieusement. Je n’avais qu’une chose à faire, continuer à vivre avec les atouts à ma disposition : j’avais un gros avantage, j’étais vivant et ils ne le savaient pas encore, moi si, ça me donnait quelques longueurs d’avance, après on verrait. » p. 54

A propos de l’auteur
Jean-Paul Chaumeil vit à Bordeaux. Ground Zero est son premier roman. (Source : Editions du Rouergue)

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Entre mes mains le bonheur se faufile

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MARTIN-LUGAND_Entre_mes_mains-pocket

Entre mes mains le bonheur se faufile

Agnès Martin-Lugand
Michel Lafon
Roman
333 p., 16,95 €
ISBN: 9782749922096
Paru en juin 2014
Version poche parue en mai 2015

Où?
L’action se situe principalement à Paris et dans une ville de province qui n’est pas nommée, située à trois heures de distance.

Quand?
Le roman se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Depuis l’enfance, Iris a une passion pour la couture. Dessiner des modèles, leur donner vie par la magie du fil et de l’aiguille, voilà ce qui la rend heureuse. Mais ses parents n’ont toujours vu dans ses ambitions qu’un caprice : les chiffons, ce n’est pas « convenable ». Et Iris, la mort dans l’âme, s’est résignée.
Aujourd’hui, la jeune femme étouffe dans son carcan de province, son mari la délaisse, sa vie semble s’être arrêtée. Mais une révélation va pousser Iris à reprendre en main son destin. Dans le tourbillon de Paris, elle va courir le risque de s’ouvrir au monde et faire la rencontre de Marthe, égérie et mentor, troublante et autoritaire…
Portrait d’une femme en quête de son identité, ce roman nous entraîne dans une aventure diabolique dont, comme son héroïne, le lecteur a du mal à se libérer.

Ce que j’en pense
****

Cela commence un peu comme pour Emma Bovary : une jeune femme s’ennuie dans sa province et cherche à s’émanciper de sa routine habituelle. Toutefois, nous ne sommes plus au temps de Flaubert et il y a une autre voie pour s’épanouir que de trouver un amant : suivre son rêve de jeunesse et créer des robes.
Mais pour démissionner d’un travail alimentaire et s’inscrire dans une école de couture à Paris, il faut un électrochoc. C’est lors du sempiternel repas dominical chez les parents qu’il se produit. Iris apprend presque fortuitement que ses parents, qui voyaient d’un mauvais œil ce choix de carrière, lui ont caché qu’elle avait été acceptée dans l’école pour laquelle elle avait postulé afin qu’elle intègre plutôt une école de commerce. « J’avais trente et un ans, un mari bien plus préoccupé par sa carrière que par sa femme – qui venait de se rappeler que nous devions avoir une famille nombreuse ; un travail dont le seul mérite était de m’empêcher de tourner dingue, seule et perdue dans ma grande maison vide. Je n’étais que la femme de Pierre. Rien d’autre.»
Vient alors l’heure de la révolte. Sans avertir personne, Iris trouve une école prête à l’accueillir, démissionne et se trouve une chambre de bonne à Paris. Une remise en cause totale qui, on s’en doute, va déstabiliser tout le monde.
Pour Pierre, on le découvrira bien plus tard, les choses ne sont pas aussi difficiles qu’il veut le faire croire. Quant à Iris, ses premiers succès auront vite fait de compenser ses angoisses. Car Marthe, la responsable et propriétaire de l’école, va non seulement assurer sa formation mais aussi lui montrer comment prendre sa place dans le milieu parisien. Et puis, il y a Gabriel, beau jeune homme chargé par feu le mari de Marthe de gérer ses affaires. Séducteur invétéré, il va tenter de conquérir le cœur d’Iris. Qui sait jusqu’où elle peut aller dans le marivaudage…
Après le formidable succès de Les gens heureux lisent et boivent du café dont on devrait voir bientôt l’adaptation au cinéma, le second livre d’Agnès Martin-Lugand (qui vient de paraître en poche) confirme son talent de romancière. On n’a aucune peine à s’identifier aux personnages et aux situations, car on a tous vécu ou été témoin de ce genre de conflits familiaux, voire de problèmes conjugaux. Quand après les premières années, la routine s’installe. Quand, en faisant le point sur son existence, on se dit que la réalité n’est pas vraiment en conformité avec ses rêves de jeunesse.
Il y a cependant une autre voie que celle de la résignation, celle que choisit Iris. Certes risquée et même dangereuse, mais ô combien plus enrichissante. Et qui, en offrant d’autres perspectives, va aussi lui permettre de se (re)construire un avenir. Si vous vous demandez quoi lire cet été, ne cherchez plus !

Autres critiques
Babelio
Paris Match (Valérie Trierweiler)
La Presse
Blog Livr’heure de mots

Extrait
« On s’en va, dis-je à Pierre.
— Bien sûr, rentrons à la maison.
— Oh Iris, reste là, c’est bon, me dit mon frère.
— Ils ont tout foutu en l’air. Je n’ai plus rien à faire dans une maison, une famille où personne ne me respecte ! Vous n’êtes que des…
— Des quoi ?
— Vous êtes petits, coincés, à l’esprit étriqué. Je la dégueule, votre vie… Bande de réac’ !
Mon père se leva brusquement.
— Ne compte pas revenir ici sans t’être excusée.
Je le regardai bien droit dans les yeux. Pierre me fit reculer et me glissa à l’oreille de ne pas aller trop loin.
— Ça n’arrivera jamais, ce n’est pas à moi de m’excuser.
— La colère d’Iris est légitime, renchérit mon mari.
Soutenue par lui, je quittai peut-être pour toujours la maison de mon enfance. Pourrais-je jamais leur pardonner ? J’en doutais.

Une fois dans la voiture, je fondis en larmes. Pierre me prit dans ses bras par-dessus le levier de vitesse. Il frottait mon dos et me murmurait des paroles de réconfort.
— Tu m’aurais laissée faire mon école ? lui demandai-je en reniflant.
— Mais oui, me dit-il après un petit temps. Allons-y, ne traînons pas là.
Il me lâcha, je repris ma place, et il démarra. Je regardai par la vitre sans rien distinguer. Qu’aurais-je vu de toute manière ? Une ville bourgeoise un dimanche après-midi, autant dire une ville fantôme. J’essuyai rageusement mes larmes. Le sentiment d’injustice, l’indignation prenaient le dessus. Je bouillonnais de l’intérieur. J’avais envie de tout casser, de tout envoyer promener. Pourquoi mes parents s’étaient-ils toujours acharnés après moi ? Que leur avais-je fait pour mériter ça ? Ils avaient été incapables d’écouter mes envies, d’entendre que je souhaitais être première d’atelier de couture. Quel mal y avait-il à ça ? J’avais passé mon temps à me battre contre eux, à chercher à leur prouver que je pouvais y arriver. J’avais continué de coudre, même lorsqu’ils avaient refusé que je fasse un CAP, même lorsqu’ils avaient décidé de mes études supérieures. Je les avais nargués des années durant en installant ma machine à coudre sur la table de la salle à manger, en portant exclusivement des vêtements de mon cru, en évoquant les commandes que me passaient mes amies, leurs mères… »

A propos de l’auteur
Agnès Martin-Lugand est l’auteur des best-sellers Les gens heureux lisent et boivent du café et Entre mes mains le bonheur se faufile. Le premier s’est vendu à plus de 300 000 exemplaires en France et sera bientôt adapté au cinéma. La vie est facile, ne t’inquiète pas en est la suite. (Source : Editions Michel Lafon)
Site Wikipédia de l’auteur
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Du sang sur la glace

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Du sang sur la glace
Jo Nesbø.
Gallimard Série noire
Thriller
154 p., 14,90 €
ISBN: 9782070145225
Paru en mars 2015

Où?
Ce roman est situé à Oslo, en Norvège.

Quand?
L’action est située il y a quelques années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Quand on gagne sa vie en supprimant des gens, il peut être compliqué, voire dangereux, d’être proche de qui que ce soit.
Olav est le tueur à gages attitré d’un gangster qui règne sur la prostitution et le trafic de drogue à Oslo.
Lorsqu’il tombe enfin sous le charme de la femme de ses rêves, deux problèmes de taille se posent.
C’est la jeune épouse – infidèle – de son patron.
Et il est chargé de la tuer…

Ce que j’en pense
****

Comment peut-on éprouver de l’empathie pour un tueur à gages qui élimine tous ceux qui se mettent sur la route de son patron qui règne la prostitution puis le trafic de drogue à Oslo ? Voilà la question à laquelle vous ne couperez pas en ouvrant ce court polar qui fête à sa manière les 70 ans de la Série noire. Car Jo Nesbø oublie Harry Hole, l’inspecteur de la police d’Oslo qui était au cœur de ses précédents livres, pour une histoire plus noire. Un hommage aux maîtres du genre (Thompson, Goodis), en quelque sorte.
Au moment où débute le livre, Olav vient d’achever une mission et de laisser un nouveau cadavre sur le pavé. De la belle ouvrage, comme d’habitude. Aussi Daniel Hoffmann lui en confie directement un autre mandat, un peu particulier. Il s’agit cette fois d’éliminer son épouse, une belle plante qui le trompe apparemment.
Or, si le propre de ce genre de métier est de n’avoir aucun état d’âme, voici Olav en proie au doute. D’autant qu’il n’est pas insensible aux charmes de la maîtresse du patron. Bien entendu, c’est à partir de ce moment que les ennuis commencent et que le lecteur va de plus en plus se rapprocher d’Olav. Car il a les sbires de son ex-patron à ses trousses ainsi qu’une seconde équipe dont il comprend très vite les intentions. La course-poursuite commence et on imagine qu’elle ne sera pas de tout repos.
Si on entre très vite dans le roman et qu’on ne le lâche plus jusqu’à la fin, c’est que Jo Nesbø a trouvé le truc pour nous attraper : faire d’Olav le narrateur. C’est ce que donne au récit sa nervosité et comme pour les machines à café, cet arôme bien serré. La lecture idéale pour passer un passer un bon moment.

Autres critiques
Babelio
RTL («C’est à lire» de Bernard Poirette)
Quatre sans quatre
Blog Du Noir Du Polar
Blog Encres Vagabondes
Blog Le Bouquineur

Extrait
« Je ne sais pas exactement ce qui dans l’Angleterre fascinait ainsi Hoffmann, mais je sais qu’il y avait effectué un bref séjour d’études et en était rentré avec une valise pleine de costumes en tweed, d’ambition et d’affectations de langage en anglais d’Oxford avec accent norvégien. Mais sans diplôme ni connaissances, à part que c’est l’argent qui décide. Et que si l’on veut réussir dans les affaires, il faut miser là où la concurrence est la plus faible. Ce qui à l’époque, à Oslo, était le marché des putes. Je crois bel et bien que son analyse avait été aussi simpliste. Et Daniel Hoffmann avait compris que dans un marché gouverné par des charlatans, des imbéciles et des amateurs, même une médiocrité pouvait devenir altesse royale. La question était juste de savoir si l’on avait la flexibilité morale requise pour, au quotidien, recruter des jeunes femmes et les envoyer dans la prostitution. Et après s’être tâté un peu, Daniel Hoffmann avait conclu qu’il l’avait. Quand, quelques années plus tard, il s’était étendu au marché de l’héroïne, il était déjà un homme se considérant lui-même comme une réussite. Et comme le marché de l’héroïne à Oslo avait jusqu’alors été gouverné par des gens qui non seulement étaient des charlatans, des imbéciles et des amateurs, mais en outre des camés, et qu’il s’avéra que Hoffmann avait aussi la flexibilité morale d’envoyer de jeunes gens dans l’enfer de la drogue, ce fut un nouveau succès. » (p. 17)

A propos de l’auteur
Né à Oslo en 1960, Jo Nesbø a tout d’abord été journaliste économique avant de devenir auteur-compositeur-interprète du groupe de musique pop norvégien Di Derre très connu de 1993 à 1998. Il publie son premier roman et premier tome des aventures de Harry Hole, L’Homme Chauve-Souris en 1997 et obtient son premier grand succès en tant qu’auteur. Souvent comparé à Michael Connelly et son Harry Bosch, il est moins politiquement correct et Harry Hole dépasse souvent la ligne jaune aussi bien dans son métier que dans sa vie. Martin Scorcese devrait réaliser une adaptation cinématographique du Bonhomme de Neige (Série Noire Gallimard 2008). Police, toujours dans La Série Noire/Gallimard, le dernier opus des aventures de Hole fut un immense succès en 2014. (Source : Notice bio du site «Quatre sans quatre»)
Site Wikipédia de l’auteur

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La revanche de Kevin

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La revanche de Kevin
Iegor Gran
P.O.L
Roman
192 p., 15 €
ISBN: 9782818035610
Paru en février 2015

Où?
L’action se déroule principalement à Paris, mais aussi en banlieue, par exemple à Meudon.

Quand?
Le roman est situé de nos jours, avec quelques retours en arrière jusqu’en 1979.

Ce qu’en dit l’éditeur
Quand on s’appelle Kevin, un prénom dont on dit qu’il fleure la beaufitude, marqueur social des années boys band, donné à plus de 14 000 bébés nés en France en 1991 puis tombé peu à peu en désuétude sous les commentaires dédaigneux de celles et ceux qui portent des prénoms plus distingués, quand on porte le même prénom que Kevin Costner, élu pire acteur de la décennie aux Razzie Awards, que l’on se moque de vous à l’école et que, plus tard, pour peu que vous travailliez dans un milieu intellectuel, on vous jauge de haut avec un regard entendu, il est possible que l’on se mette à couver un méchant complexe.
Dur dur d’être un Kevin, pourrait-on chanter avec un certain sadisme, tant notre héros a accumulé de petites humiliations. Qu’elles soient souvent imaginaires ne les rend pas moins blessantes – la malédiction de Kevin, comme de tout complexé, est de voir des anguilles sous les roches, obsessionnellement. Précisons qu’il travaille à la radio, où il côtoie de bien médiocres mandarins qui ne font que saler la plaie.
Pour se venger de ces prétentieux et du monde intellectuel en général, Kevin se livre à un petit jeu. Il traîne aux salons littéraires en se faisant passer pour un éditeur. Forcément, des écrivains en manque de débouchés finissent par lui envoyer des textes. Kevin fait semblant d’entrer en pâmoison, promet des merveilles éditoriales, fait mariner le naïf, avant de disparaître, laissant derrière lui un désordre de vanités froissées. C’est potache et cruel, mais ça soulage.
Avec La Revanche de Kevin, Iegor Gran poursuit donc l’exploration, commencée avec L’Ambition, des postures et des impostures propres à notre époque. Roman sur les faux-semblants littéraires, la vacuité du milieu éditorial, le snobisme des temples où l’on s’assied sur l’humain au nom de la culture, La Revanche de Kevin est aussi un périple dans les arcanes de la frustration comprimée. Qui ne s’est jamais retrouvé dans une situation où, par politesse calculée ou par peur de paraître inculte ou ringard, on masque ses opinions et ses goûts ? Comment ne pas sentir alors le Kevin trépigner au fond de soi ? Comment ne pas chercher la revanche ?
Le scalpel de l’écrivain reste l’ironie froide et dévastatrice ; on y ajoute une véritable tension narrative. Car il y a quelque chose d’inquiétant au royaume de Kevin. Tirées d’une enquête de police, quelques notes de bas de page, posées çà et là, font comprendre dès le début qu’il se trame une abomination, sans que l’on puisse définir précisément à quoi tient le malaise. L’angoisse se nourrit de détails d’apparence insignifiante qui révèlent soudain leur vraie nature – l’art de prendre le lecteur à contre-pied se pratique ici avec gourmandise. Pêle-mêle, parmi les éléments de narration qui cachent bien leur jeu, citons une armoire où l’on stocke des fournitures de bureau, un accident de ski, une jolie stagiaire, une belle-maman un peu trop mère-poule, un vieux livre de Junichirô Tanizaki. Pour sûr, la revanche n’est pas celle que l’on croit.

Ce que j’en pense
***

Depuis le Comte de Monte-Cristo, on sait que la vengeance peut être une excellente matière pour un roman. Iegor Gran nous en apporte une nouvelle illustration dans ce roman qui, après le Truoc-nog (entreprise de démolition du Prix Goncourt) revient à l’un de ses sujets de prédilection : le milieu littéraire parisien. Une corporation aux règles bien étranges et qui fabrique à longueur d’année des frustrés : tous ces auteurs dont on ne sélectionne pas le manuscrit, alors même qu’il s’agit de l’œuvre de leur vie, d’un texte qui aurait mérité d’être porté à la connaissance du plus grand nombre.
Kevin, modeste employé d’une station de radio, décide de s’occuper d’eux. Sous le pseudonyme d’Alexandre Janus-Smith – car on se doute bien qu’un Kevin n’a aucune crédibilité – il parcourt les salons du livre et se fait passer pour un agent littéraire. Avec un art consommé de la négociation, avec un bagout stupéfiant, il promet monts et merveilles à ces auteurs à la recherche d’une reconnaissance éclatante. « Qui n’a jamais rêvé d’être représenté par un prestigieux agent littéraire avec d’alléchantes perspectives de publication ? Pour y résister, il faudrait être un misanthrope flegmatique ou un moine. »
Le canular serait amusant s’in n’était pas mortel. Car la farce vire au drame. François-René Pradel n’a pas supporté de se faire rouler dans la farine. Il voulait croire qu’enfin son talent allait être reconnu. Quand il comprend que pendant des mois il a espéré, presque touché son rêve de gloire et que tout cela n’était qu’un leurre, il met fin à ses jours. Un suicide que sa fille était de comprendre en découvrant la correspondance de son père avec le soi-disant agent.
Peu à peu le filet se resserre sur Kevin. Mais nous n’en dirons pas plus afin de ménager le suspense.
Saluons en revanche cette belle leçon à l’usage de tous ceux qui rêvent d’un destin littéraire. Avec la dose de cynisme nécessaire, Iegor Gran les met en garde contre ces mœurs bizarres, ce panier de crabes duquel il est bien difficile d’émerger. Et de sortir indemne : « S’il est vrai que le parcours d’un écrivain aujourd’hui est un tissu de déceptions, la tienne était en tout point la plus urticante, la plus lâche aussi. Un rêve brisé qui laisse de gros morceaux coupants. »

Autres critiques
Babelio
Culture Box
BibliObs
La Croix
Blog Clara et les mots

Extrait
« La France commence à produire des Kevin au début des années 1970, au rythme d’une centaine de naissances par an. (…) Au début de la décennie suivante, on compte déjà 1500 nouveaux spécimens annuels, cette multiplication des Kevin accompagnant la mode soudaine pour tout le fatras néoceltique, où l’on fourre aussi bien la légende arthurienne que les sagas scandinaves, popularisées par les premiers jeux de rôle.
Notre Kevin appartient à cette génération. Conçu à l’arrière d’une Talbot Horizon GLS millésimée 1979, né à Meudon, d’un père technico-commercial chez IBM et d’une mère employée dans une agence de voyages où s’est noué le flirt initial, à la faveur d’un déplacement de papa Kevin à une convention informatique à Houston. Pour le prénom, cherchant une consonance plutôt américaine, ils hésitent entre Ronald, Benjamin, Jimmy. Le patron de la division machines à composer d’IBM, très bel homme et promis à un avenir professionnel radieux, leur suggère Kevin. Pour une fille, ils ont prévu Allison.
À la fin des années 1980, quand notre héros court déguisé en Spiderman dans un jardin à Meudon, l’usine à Kevin s’emballe. » (p. 32-33)

A propos de l’auteur
Naissance à Moscou. A 10 ans, sa famille s’installe en France. Aucune notion de français à l’époque. Problèmes de scolarité.
Par désespoir, fait l’École Centrale. Par goût, fait autre chose. Iegor Gran a déjà publié plus de dix romans. (Source : Editions P.O.L)

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Fantaisie-sarabande

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Fantaisie-sarabande
Héléna Marienské
Flammarion
Roman
297 p., 19 €
ISBN: 9782081314160
Paru en janvier 2014

Où?
Le roman est situé principalement en France, à Paris, mais aussi à Metz et sa banlieue, à Cannes, à Millau, avec des escales à Clermont-Ferrand, à Neussargues, à Bazeuges, à Nissan-lez-Ensérune, à Bazeuges-sur-Cirq avec quelques escales exotiques en Amérique latine et en Asie.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Peut-on supporter d’un mari avare et volage qu’il vous empoisonne la vie ? Non : on le tue. Peut-on, lorsqu’on est belle à se damner, supporter de vivre au sein d’une famille de nazillons misérable et malodorante dans les friches de la Lorraine ? Non: on profite de sa beauté pour s’en sortir. Angèle la meurtrière, Annabelle la prostituée de luxe ont dit non. Elles se rencontrent : coup de foudre. Elles disent alors oui, oui à l’amour, la déraison, la passion. Oui, la femme est clairement l’avenir de la femme. Si ce n’est qu’un flic enquête sur le meurtre du mari d’Angèle. Une comédie réjouissante qui mêle fantaisie policière, romance et pornographie débridée.

Ce que j’en pense
***

Parmi les livres que j’ai sélectionné l’an passé figurait ce roman que j’ai failli oublier. J’aurais eu tort!
Cela pourrait ressembler à un polar, à moins que ce ne soit un roman d’initiation ou encore un manifeste féministe. A moins que ce ne soit tout simplement une plongée dans la France d’aujourd’hui. En fait cette fantaisie est un peu tout cela, qui fait se confronter le destin de deux femmes et nous entraîne dans cette sarabande endiablée.
Il y a d’un côté Angèle, l’épouse délaissée d’un pianiste de renom, qui ne supporte plus les humiliations à répétition. Pour régler son problème, elle débite son mari en morceaux et va en composter les morceaux du côté de Millau. De l’autre côté, la jeune Annabelle qui, sur le chemin du collège, préfère l’auto-stop au bus de ramassage et en profite pour arrondir ses fins de mois tout en s’initiant au plaisir tarifé. Elle entrevoit alors une issue à la misère sociale : devenir pute de luxe.
Si les deux femmes se croisent, c’est d’abord à cause d’un cliché dans un magazine people où l’on voit «La jet-setteuse Annabelle Mansuy batifoler avec le pianiste Louis Guillomettaz». Si vous imaginez la femme trompée se venger en s’attaquant à la maîtresse, c’est que vous connaissez mal Héléna Marienské. Depuis Rhésus (de l’influence des bonobos sur le comportement sexuel des pensionnaires d’une maison de retraite), elle nous avait habitué à ce type de rebondissements : Angèle va enfin trouver l’amour avec Annabelle. Cet amour qui se partage comme une offrande, mais laisse à chacun vivre sa vie. Celle de la veuve joyeuse d’une part, entretenant une relation particulière avec le policier chargé de faire la lumière sur la disparition de son mari et celle de l’escort girl de luxe, partant satisfaire les fantasmes des riches aux quatre coins de la planète, tout en n’oubliant pas sa première amie.
C’est gai, quelquefois très cru, mais c’est sans doute une excellente définition du plaisir. Que demander de plus ?

Autres critiques
Babelio
Elle
L’Express
Les Echos
On l’a lu (Sylvie Tanette)

Extrait
« Elle chasse Juno dehors, pose à plat dans l’entrée trois sacs-poubelles de cent litres qui forment un éphémère tapis gris de deux mètres carrés, ouvre la valise, sort les avant-bras, la cuisse droite, le côté droit puis le côté gauche du torse parsemé de poils pâlis et strié de coups de fouet, le pied droit, et voici la tête salement amochée, sang craché, grand front studieux cabossé, yeux bleus exorbités qui sans regard la regardent, joues tuméfiées presque arrachées, rire macabre des lèvres ouvertes sur une dentition lacunaire, langue violacée sortie de la bouche. La fossette du menton, si jolie, a disparu, remplie de glaires virides. Puis les deux mains, importantes les mains, car Angèle a l’idée qu’elles peuvent toujours faire de l’usage. L’index droit, notons nous, est malpropre, comme gainé d’une épaisse poussière.
On continue, la cuisse gauche, les deux bras, les mollets et merde, il manque un pied.
Elle retourne la valise dans tous les sens.
Rien.
Elle pousse un cri rauque, qu’elle étouffe de ses deux mains. Pourpre, elle tente de ne pas s’égarer, d’agir méthodiquement ; descend dans la salle de bains où elle gobe trois Tranxène de vingt milligrammes, remonte examiner le mystère. Ignore la puanteur cruelle, fouille, jure, envoie valser de droite et de gauche demi-membres,
tête et mains, et finit par trouver, sous le torse gauche, un peu enfoncé dans l’abdomen et ses entrailles, le pied farceur. » (p. 26-27)

« Pourquoi lui est-il devenu insupportable à ce point? Elle hausse les épaules, sourit dans le vague. Les voyages en Smart, et les huit heures de train pour rentrer à Millau, et le viaduc multihaubané visible depuis la terrasse, et la misère de l’hiver qui dure et qui s’installe et s’insinue partout, et la solitude qu’elle supporte de moins en moins, et l’Inspiration en berne, congelée dans la cuvette de Millau, et les frasques du vieux qui fait le joli cœur, et le tintouin avec ses donzelles, et sa radinerie qui tournait à la folie, plus il vieillissait plus il était pingre, tout le cirque de la déconsommation, parlez lui de la déconsommation, et les salades de pissenlit et les plâtrées de tofu, et le panier désolant de l’Amap… Et les toilettes sans chasse d’eau, DEHORS! Les toilettes à litière bio maîtrisée dans le jardin où l’on meurt de froid l’hiver et de chaud l’été, ne parlons pas des mouches. (…) Et l’impression d’être faite comme un rat, alors qu’elle est encore jeune, merde! Quel cauchemar… Tout cela est terminé ou peu s’en faut. » (p. 57-58)

A propos de l’auteur
Héléna Marienské est l’auteur de Rhésus (2006), premier roman couronné par de nombreux prix, d’un recueil de pastiches, Le Degré suprême de la tendresse aux Editions Héloïse d’Ormesson et du roman Fantaisie-sarabande chez Flammarion. Agrégée de lettres, elle a enseigné le Français et se consacre désormais à l’écriture. Elle vit entre Paris et l’Auvergne. (Source : Editions Héloïse d’Ormesson, Editions Flammarion)

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La gaieté

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La Gaieté
Justine Lévy
Stock
Roman
216 p., 18 €
ISBN: 9782234070264
Paru en janvier 2015

Où?
L’action se déroule principalement à Paris, avec l’évocation de deux épisodes traumatisants, l’un à Kuala Lumpur, le second au camping de Locmariaquer.

Quand?
Le roman est situé de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« C’est le paradis, c’est mon paradis, je ne sais plus rien de la politique, des livres qui paraissent, des films, des projets de Pablo, de l’autre vie, la leur, c’est comme un jeûne, une ascèse puéricultrice, c’est comme si j’avais été opérée de ma vie d’avant, je ne sais pas si ça reviendra, je ne sais même pas si je le souhaite, j’adore cette nouvelle vie de mère de famille un peu débile mais résignée, les jours cousus les uns aux autres par l’habitude et la routine, je me voue tout entière à mes enfants, je les tiens fort dans mes bras, je les tiens fort par la main, et bien sûr qu’eux aussi me tiennent et qu’ils m’empêchent de tomber, de vriller, bien sûr qu’eux aussi me rassurent, me comblent, me protègent et me procurent cette joie bizarre, assez proche de la tristesse peut-être, parce que je vois bien que ce n’est plus seulement de l’amour, ça, au fond, c’est de l’anéantissement. »

Ce que j’en pense
****

Commençons par un souvenir. Il y vingt ans je rencontrai Justine Lévy pour m’entretenir avec elle de son premier roman Le Rendez-vous. Ce qui m’avait alors séduit chez cette jeune femme, c’était cette écriture sans fioritures et cette franchise qui sourdait de longues phrases qui avaient l’air de mordre le papier, comme une urgence, comme une envie irrépressible, viscérale.
Je me souviens aussi avoir beaucoup lu à l’époque de nombreux articles qui mettaient de côté l’aspect littéraire pour s’attarder au fait que les parents de Justine étaient Bernard-Henri Lévy et Isabelle Doutreluigne, mannequin en vogue dans les années 70. Il en a été de même pour les ouvrages suivants où les journalistes en mal de sensation glosaient sur Raphaël Enthoven, son père et Carla Bruni. Or, si Justine Lévy fait partie de ces romanciers qui puisent dans leur expérience personnelle la matière romanesque, elle sait transcender ses malheurs de petite fille riche, ses tourments amoureux et aujourd’hui son désarroi de mère pour en faire une radiographie de l’époque. Ses traumatismes passés et ses angoisses d’aujourd’hui nous offrent d’abord un morceau de bravoure littéraire, avec des formules qui font mouche (j’en ai rassemblé un petit florilège ci-dessous).
Nous retrouvons donc Louise (son double littéraire) avec son mari Pablo et ses deux enfants Angèle et Paul. Nous retrouvons aussi le portrait en creux de sa mère, car quand on devient mère, on pense toujours à sa propre génitrice. En l’occurrence la grand-mère que ses enfants ne connaîtront jamais.
Si le père et le grand-père assument et rassurent, il en faut bien plus à Louise pour affronter son nouveau rôle, pour trouver sa place, pour exister. On a beau décréter que dorénavant, la gaieté remplacera les soucis, les chagrins et les angoisses, la vie aura tôt fait de tirer un trait sur cette belle résolution.
C’est tour à tour émouvant, triste et quelquefois très drôle, révoltant et quelquefois parfaitement gratuit. En un mot, c’est juste. C’est très juste, Justine.

Autres critiques
Babelio
Télérama
L’Express
Le Figaro

Extrait
« Une guerrière aux yeux humides qui vient la nuit, toutes les nuits, plusieurs fois par nuit, surveiller leur sommeil, toucher leurs cheveux, effleurer leurs joues rebondies, leurs fossettes sur les mains. Une guerrière niaise qui se pose des questions niaises, comment je vais faire quand ils seront grands, et qu’ils pueront des pieds, et qu’ils me fermeront la porte de leur chambre au nez et qu’ils me vireront de leurs amis Facebook et qu’ils m’excluront de leurs fêtes d’anniversaire, comment je vais faire quand ils auront honte de moi, de la façon dont je m’habille, dont je me maquille, honte de me voir danser, honte aussi de ma manière de parler, honte de mon parfum, de mes Nicorette qui me font zozoter, de mes livres, de ma timidité, honte d’être mes enfants, honte d’avoir cette mère-là sur le dos, je sais que ce jour arrivera et je m’y prépare et je m’en attriste déjà, mais c’est pas encore ça le pire, le pire c’est quand on sera des presque étrangers, que je ne saurai plus rien de leurs vies et de leurs nouveaux sentiments et de leurs fiancés et fiancées, et qu’ils se débrouilleront sans moi avec des existences dont je n’ai même pas idée, je sais bien que c’est pour ça qu’on élève des enfants, pour qu’ils puissent un jour se passer de vous, mais comment je vais me passer d’eux, moi? »

Un petit florilège
« On se connaissait depuis quoi ? trois, quatre jours ? et Pablo m’a dit qu’il voulait un enfant, un chien, une maison et une bière bien fraîche, là, maintenant, tout de suite. (…) Pablo a siroté sa bière tiède, mais il ne ma lâchait pas du regard, il attendait la suite, il attendait que je lui sorte le chien, l’enfant et la maison, hop, comme le lapin du chapeau, comme si tout était simple…

D’ailleurs ce n’est pas moi qui porte mon futur enfant, c’est lui qui me porte, me soulève, c’est lui qui me guide vers une vie nouvelle, ritualisée, concrète, une vie de famille de publicité.

C’est si bizarre un vide qui pèse si lourd.

Si vous aussi vous voulez avoir peur, peur tout le temps, peur à vomir, une peur bien épaisse, bien collante, eh bien faites des enfants.

L’ironie c’est le cercueil du rire

Je les regarde, leur peau douce, leurs cheveux en bataille, leur totale absence de cynisme, leur joie solide et sans sous-entendu, je les trouve tellement parfaits que ça me rend triste, zut, voilà la sale tristesse qui revient, je suis triste du jour où ils seront moins gais, je voudrais les y préparer, leur inoculer de la tristesse à petites doses, à l’homéopathie, je voudrais les vacciner contre la vie, les mithridatiser contre le chagrin,

Les mères sont des foldingues qui vous refilent leurs névroses en douce.

J’ai trop peur de glisser sur mes larmes, de m’étaler dans la tristesse et de ne plus pouvoir me relever

La peur est livrée avec les enfants, ça fait partie du lot, c’est dans le paquet cadeau, on peut contenir la tristesse, la maintenir dans un endroit clos, les mains sur les oreilles et sur les yeux, mais on ne peut pas guérir de la peur

Je sais bien que ça ne veut rien dire, être heureux, est-ce qu’on a déjà vu quelqu’un heureux plus d’un quart d’heure?

ce qui me rapproche le plus d’elle c’est le manque, c’est le vide, c’est cette absence énorme et qui envahit tout, c’est l’absence angoissante de quand elle était vivante et c’est l’absence horrible de maintenant, elle me manque même si elle n’a jamais été là.

Je suis aux commandes d’un navire qui ne doit pas être trop chargé pour ne pas prendre l’eau et arriver au bon port de la gaieté. »

A propos de l’auteur
Justine Lévy est l’auteur du Rendez-vous, de Rien de grave, et de Mauvaise fille. (Source : Editions Stock)
Site Wikipédia de l’auteur

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