Adieu aux espadrilles

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Adieu aux espadrilles
Arnaud Le Guern
Le Rocher
Roman
150 p., 15,50 €
ISBN: 9782268080437
Paru en septembre 2015

Où?
Le roman se déroule principalement en France, d’abord à Évian-les Bains où le narrateur passe la plus grande partie de ses vacances, d’où il part quelquefois pour Lausanne ou Genève, mais il évoque aussi de séjours à Trouville, Vienne, Honfleur, Fès, Saint-Malo, Bandol, Sanary, Saint-Tropez, Nice, Menton, Cannes, Megève, Dax et même Bénodet. Quand il n’est pas question de vacances, on parle de Sartrouville, Saint-Germain-en-Laye et Paris

Quand?
L’action se situe de nos jours avec des retours en arrière jusqu’en 1948, année où le grand-père posait ses valises à Évian. Les souvenirs d’enfance, à 2 ans, 5 ans, 8 ans, 11 ans (les premières espadrilles !), 14 ans marquent la fin des années 70 et les années 80.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Finalement, il n’y a toujours eu que nos étés…
J’avais envie de te raconter ce que tu sais déjà. Nos semaines plein soleil, les jours et les nuits où nous n’en faisons qu’à notre fête. La légèreté des petits matins, la plage des Mouettes, les baignades, les terrasses ombrées, les caresses sous l’oeil de la lune. Après, il sera trop tard. La lourdeur des feuilles mortes écrase la douceur des choses. Écrire, ce devrait être ça. Pas de scoops, d’enfants cachés, de cadavres en carton-pâte. Juste les minutes fugitives d’une saison belle comme la porcelaine de Mort Shuman chantée par Sophie Barjac. »

Ce que j’en pense
***
« Enlacés, nous laissons infuser une unique certitude: l’été, c’est l’amour une fin d’après-midi, au retour de la plage, nos corps fatigués de n’avoir rien fait, sinon nager, lire et bronzer. » Prends garde à la douceur des choses. S’il n’avait été déjà pris par Raphaële Billetdoux, ce titre aurait parfaitement convenu à ce bref roman qui fleure bon la légèreté, l’insouciance des périodes estivales, la nostalgie des beaux jours, mais qui au final est plutôt au chant de désespoir, une ode à la vie perdue et qui ne reviendra jamais, même si « les villas conservent encore les traces du monde d’avant ».
Le narrateur, écrivain en veine d’inspiration, à moins qu’il ne soit un procrastineur invétéré, passe ses étés dans une villa familiale sur les bords du Léman. Après avoir beaucoup papillonné et goûté aux relations sans lendemain avec les femmes « qui avaient dans les yeux l’éclat des bulles de champagne qui pétilleraient sous peu. », il croise Mado, une étudiante en histoire de 20 ans, spécialiste de l’antisémitisme français, qui accepte de partager un bout de sa vie. Malgré les félicitations du jury pour son mémoire de DEA, elle ne sait pas de quoi son lendemain sera fait et entend partager ses dernières heures d’insouciance avec ce jeune dandy obsédé par Lindsay Lohan. Il sera cependant fait beaucoup plus état d’autres actrices tout au long du récit, la Romy Schneider des films de Sautet – qui a sûrement servi à prénommer l’enfant de 1979 – Sophie Barjac ou encore Sonia Petrova et Jacqueline Sassard, oubliées depuis bien longtemps.
Les nostalgiques auront du reste l’occasion de se régaler de ces références cinématographiques, musicales et littéraires. La bande-son du livre mêle les jazzmen Monk, Miles et Mingus, Ferré et Nougaro ou encore Barbara, même si l’on pense souvent à Souchon.
Les romans que l’on découvre sont signés par Dorothy Parker, Dominick Dunne ou encore Régine Deforges qui débute avec La bicyclette bleue sa grande fresque historique. Mais là encore, on pense plus à Chardonne, Morand, Paul-Jean Toulet (dont la biographie rédigée par Frédéric Martinez s’intitule justement Prends garde à la douceur des choses) ou encore Pierre de Régnier.
Si la belle Mado, dont « la légèreté des parures est la signature de l’été » s’amuse de ces références, on sent davantage de gravité chez le narrateur qui aimerait tant inscrire son nom à la suite de cette prestigieuse lignée. Pour ce faire le dandy invente quelques néologismes ticheurtes, ouèbe, ouiquendes, coquetèles, et s’imagine dans une BD de Loustal… Encore un effort et le passé sera définitivement son avenir.

Autres critiques
Babelio
Libération
Causeur.fr
Blog Salon littéraire
Blog De nécessité vertu
Blog Les lectures d’Isabel & Leo
Blog Picard (Les dessous chics – Philippe Lacoche)

Extrait
« J’ai esquissé tes boucles qui, au soleil, prennent des reflets blonds. Suivi la ligne de ton front, l’invisible cicatrice au-dessus de ta paupière gauche, le bout de ton nez, ta bouche. J’ai caressé ta nuque, ton cou, tes épaules sculptées par la danse et la gymnastique. Embrassé tes seins aux pointes sombres, tes hanches, ton ventre, tes reins, ton cul, tes cuisses, jusqu’aux fines attaches de tes chevilles, à la cambrure de tes pieds.
Tes soupirs faisaient écho à ceux d’Adrianna et Sandy. Les filles jouissaient l’une sur l’autre. Tu t’es enroulée autour de moi alors que Mélanie Coste faisait son apparition.
Il n’y a pas plus belle actrice porno. Ta main a tenté de me détourner d’elle. Mélanie ôtait sa robe noire. Vous possédez la même nuque, le même dos, des fesses identiques.
Mélanie semblait inquiète. D’un souffle cavalier, tu as protesté : « Tes caresses me rendent folle… » J’ai oublié Mélanie, j’ai glissé sur toi. Nous n’avons pas vu la fin du film. C’est une habitude. Ta jouissance avait un parfum de soleil, de nuit et de Monoï.
Ne pas se méprendre, l’été ne se réduit pas à Une nuit au bordel, à l’amour au mois d’août. Nous ne sommes ni juillettistes ni aoûtiens. L’été n’est pas les congés payés ou les RTT. Beurk. L’été, Évian devient le palace de nos envies.
La ville balnéaire prend la forme de nos intimes virées. Dix minutes de déambulation paresseuse autour des Clématites. D’un côté, la plage des Mouettes, les Cygnes ; de l’autre, la rue Nationale. Ne jamais quitter, surtout, les bords du lac. L’été, c’est une certaine idée de la dolce vita : petits luxes, alcools et volupté. » (p. 16-17)

A propos de l’auteur
Éditeur et flâneur non salarié, Arnaud Le Guern a notamment publié Stèle pour Edern (Jean Picollec), Du soufre au cœur (Alphée) et, en 2012, un récit très « Nouvelle Vague » autour de Paul Gégauff : Une âme damnée (Pierre-Guillaume de Roux).

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