Juste ciel

CHEVILLARD_Juste_ciel

Juste ciel
Éric Chevillard
Minuit
Roman
144 p., 13,50 €
ISBN: 9782707328618
Paru en mars 2015

Où?
Le roman se déroule principalement « là-haut », mais de nombreux lieux sont évoqués dans le bureau des élucidations et l’observatoire : Paris, Marseille, Sète, Toulouse, Oulan-Bator, Draguignan, New York, Talence, Barcelone, Remilly-en-Montagne, Vezins, entre Le Vigen et Solignac, Saint-Ouen, Lille, Antibes, au Sahara, en Maine-et-Loire, en Guadeloupe, en Sibérie, dans la mer des Caraïbes, sur le sentier de Pointe-Fleury et dans le Nebraska. Quant aux ponts transbordeurs, dont s’occupait Albert Moindre, il se situent à Biscaye, Osten, Rendsburg, Newport, Middlesbrough, Rochefort, Warrington ou encore Buenos Aires.

Quand?
L’action, en l’occurrence le décès d’Albert, se situe à notre époque.

Ce qu’en dit l’éditeur
Voici venue l’heure du verdict, l’heure des révélations. Albert Moindre est mort et il découvre l’au-delà, ce qu’il en est, ce qui s’y passe. Sommes-nous vengés ? Sommes-nous punis ? À quoi ressemble le Royaume des cieux ? Ce témoignage de première main apporte des réponses à nombre de nos interrogations anciennes. On le lira si ces questions nous tourmentent, pour être fixés une bonne fois.

Ce que j’en pense
****
Jamais peut-être l’expression «à mourir de rire» n’a mieux convenu que pour ce roman délicieux même s’il ne tient pas forcément ses promesses. Car en refermant le livre, on continue à ses perdre en conjectures sur « comment furent créés le monde, la vie, comment tout cela prendra-t-il fin, quelle est la fonction du Mal… »
En revanche, je peux vous promettre que vous passerez un très agréable moment à lire les réflexions post-mortem d’Albert Moindre, spécialiste des ponts transbordeurs (autre espèce en voie de disparition).
Il vous sera par la même occasion donné de réfléchir sur des notions telles que l’intuition, le destin (c’était écrit), le libre arbitre, voire même sur la vie après la mort. Autrement dit, derrière cette joyeuse fantaisie, on finit par toucher ces choses essentielles qui font de l’homme un roseau pensant.
Mais avant cela, il aura bien fallu comprendre par quel concours de circonstances on est passé de vie à trépas et en quoi consiste cette «nouvelle vie». Quiproquo, voire incompréhensions ne sont alors pas inhabituelles, surtout lorsqu’on ne trouve pas d’interlocuteur capable d’apporter les bonnes réponses aux questions légitimes qui se posent : « Albert ne s’attendait pas à toute cette bureaucratie. On se croirait au dernier étage du gratte-ciel, dans les locaux vitrés d’une administration tatillonne. »
Voilà qui change des représentations du paradis laissées par les écrits religieux ou par des peintres ne manquant pas d’imagination. Même si le narrateur se demande si en fait, nous aimerions vraiment passer l’éternité dans des « vallons herbus, entouré d’oiseaux blancs, d’agnelets et de buissons fleuris. »
N’oublions pas l’aspect inéluctable d’un décès. Du moins, c’est ce que l’on peut penser avant d’atteindre la page 140. Là, suivant le point de vue, les choses se compliquent ou s’éclaircissent. On y apprend que notre héros est en fait déjà mort plusieurs fois, mais que son caractère et son savoir-faire allaient devoir encore servir.
« Rien ne sera jamais définitif tant que nous n’aurons pas aboli la dimension temporelle dans laquelle s’inscrivent toutes ces histoires. » Comme dans le meilleur des romans de H.G. Wells, « on » a choisi de remonter le temps avant la morsure de vipère fatale, voire même avant la cérémonie des obsèques.
Du coup, l’histoire n’est plus la même. Ni pour Albert, ni pour ses proches, ni pour Miss Colorado 1931, ni même pour le lecteur. Qui peut ainsi continuer à se régaler de ce roman tout simplement vertigineux !

Autres critiques
Babelio
Libération
L’Obs (Jérôme Garcin)
L’Humanité
Le Temps (quotidien Suisse)
Blog Charybde 27
Blog Avis du public.net (Frederic Mouries)

Extrait
« Sans doute les âmes étaient-elles orientées dès leur arrivée vers de petites unités distinctes, en fonction de critères précis. Quels étaient-ils ? Encore un mystère. Les amateurs d’énigmes seront aux anges.
Or il y était et ne l’était pas. Il pensa d’abord qu’il pouvait s’agir d’un classement au mérite qui entérinait les hypothèses des théologiens, ce qu’il en restait du moins dans les rudiments de catéchisme que sa mémoire avait conservés. Mais, à la réflexion, ça ne tenait pas. Là encore, ils auraient été plus nombreux dans son groupe, les modestes pécheurs de son acabit devaient constituer le plus gros du contingent quotidien des trépassés. Albert Moindre ne s’était pas illustré par sa piété ni par sa grande moralité. Il en convenait, il avait failli à bien des commandements ; sa vie ne ferait jamais l’objet d’un chapitre nouveau de La Légende dorée. Il ne bousculerait pas la hiérarchie des saints. D’un autre côté, il ne s’était rendu coupable d’aucun crime digne de ce nom, d’aucun préjudice grave. Ses exactions manquaient
d’ambition, ou de moyens, mais enfin, les faits étaient là qui plaidaient plutôt en sa faveur. » (p. 15-16)

A propos de l’auteur
Éric Chevillard est né à la Roche-sur-Yon (Vendée) en 1964. Il est l’auteur de plus de vingt romans. (Source : Editions de Minuit)

Site Wikipédia de l’auteur
Site réalisé par Even Doulain consacré à l’œuvre d’Éric Chevillard
Blog d’Éric Chevillard (L’autofictif)
Page Facebook administrée par deux lecteurs assidus d’Éric Chevillard, Dimitry et Clément (L’auteur n’y est pas affilié)

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3 réflexions sur “Juste ciel

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