La carte des Mendelssohn

MEUR_La_carte_des_Mendelssohn

La carte des Mendelssohn
Diane Meur
Sabine Wespieser Éditeur
Roman
496 p., 25 €
ISBN: 9782848051918
Paru en août 2015

Où?
L’action se situe principalement en Allemagne, berceau de la famille Mendelssohn, à Dessau, «petite capitale du Duché d’Anhalt», à Berlin, Potsdam, Weimar, Iéna, Cologne, Francfort, Mayence, Aix-la-Chapelle, Leipzig, Bad Pyrmont, Bad Reinerz, Bad Doberan, Hanovre, Hambourg, Altona, Neustrelitz, Sigmaringen. La famille se retrouve également dans les principales capitales européennes : Londres, Paris, Vienne, Rome, Zurich, parcourt la Suisse et l’Italie, tandis qu’une autre branche émigre aux Etats-Unis et au Canada.

Quand?
Le roman se déroule du XVe siècle à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Je savais que Felix Mendelssohn le compositeur (1809-1847) était le petit-fils de Moses Mendelssohn le philosophe (1729-1786), et longtemps je n’en ai pas pensé grand-chose. Un jour pourtant, j’ai pensé à l’homme qui avait été le père du premier et le fils du second. Quel merveilleux sujet de roman, m’étais-je dit alors. D. M.
Au retour d’un séjour marquant à Berlin, Diane Meur, fidèle à son goût pour les filiations, décide de mener l’enquête sur Abraham Mendelssohn, banquier oublié de l’histoire, qui servit de pont entre le Voltaire allemand et un compositeur romantique plus précoce encore que Mozart. Mais comment ne pas remonter d’abord à l’origine, à Moses, le petit infirme du ghetto, qui à onze ans maîtrisait Torah et Talmud, à quatorze ans partit seul sur les routes rejoindre à Berlin un professeur bien-aimé ? Comment, en pleines années 2010, ne pas se passionner pour cet apôtre de la tolérance, grand défenseur de la liberté de culte et d’opinion ? Et, accessoirement, père de dix enfants dont le banquier Abraham n’était que le huitième…
Happée par son sujet, l’auteur explore cette descendance, la voit s’étendre au globe entier et aux métiers les plus divers, jusqu’à une ursuline belge, des officiers de la Wehrmacht, un planteur de thé à Ceylan. Même quand on est, comme elle, rompue aux sagas familiales d’envergure, impossible de tenir en main cette structure : l’arbre généalogique se transforme en carte, La Carte des Mendelssohn, qui envahit d’abord la table de son salon, puis le projet lui-même.
Le roman devient dès lors celui de son enquête, une sorte de Vie mode d’emploi où la famille tentaculaire apparaît comme un résumé de l’histoire humaine. La romancière nous enchante par ses libres variations sur les figures les plus tragiques ou les plus excentriques, tout en nous dévoilant ses sources, sa chronologie, et en mêlant sa propre vie à la matière de son livre.
Tour de force d’un écrivain qui jamais ne perd le nord, La Carte des Mendelssohn finit par mettre à mal toute idée de racines, et par donner une image du monde comme un riche métissage où nous sommes tous un peu cousins.
Il est urgent de lire Diane Meur.

Ce que j’en pense
****
Ce qui rend le roman aussi fascinant, c’est la façon dont chaque lecteur s’en empare et ce qu’il en fait. Grâce à la construction de son roman, Diane Meur nous offre au moins deux possibilités, toutes aussi passionnantes, de nous approprier la dynastie familiale.
Il y a d’une part le récit historique, biographe qui commence avec Moses Mendelssohn en mai 1761 pour s’achever avec les descendants encore en vie aujourd’hui. Un matériau aussi riche que varié, qui nous donne à vivre au-delà de la destinée familiale, l’évolution historique, culturelle et politique de la vieille Europe.
Il y a d’autre part le récit de l’enquête généalogique. Ce roman dans le roman est tout aussi intéressant, notamment pour qui ont déjà tenté de retracer leur généalogie ou qui envisagent de le faire. Cela commence souvent par une information fragmentaire, sinon par une intuition : «Je savais que Felix Mendelssohn le compositeur (1809-1847) était le petit-fils de Moses Mendelssohn le philosophe (1729-1786), et longtemps je n’en ai pas pensé grand-chose, car le compositeur n’était pas vraiment de mes préférés ; quant au philosophe, quoiqu’il ait servi de modèle à Nathan le Sage dans la pièce de Lessing, je ne l’avais guère lu. Un jour pourtant, j’ai pensé à l’homme qui avait été le père du premier et le fils du second. Quel merveilleux sujet de roman, m’étais-je dit alors.»
Le temps passe. Puis comme souvent le hasard et la chance (mais le hasard existe-t-il vraiment ?) vont donner ce petit coup de pouce au destin, déclencher l’envie de s’y mettre vraiment. À l’occasion d’un séjour à Berlin « ce petit filet d’eau qui se refusait à grossir depuis cinq ou six ans, s’est soudain élargi en rivière. Puis en torrent.» Quelques livres, un CD contenant une généalogie des Mendelssohn sur plusieurs générations, une exposition, des documents et des témoignages : presque jour qui passe apporte son lot d’informations, quelques surprises et de nouvelles pistes à explorer.
Une fois dessiné le portrait de l’ancêtre Moses, parlé de sa vie et de son œuvre, Diane Meur se heurte très vite à une question de méthode. Comment embrasser une aussi riche descendance sans s’y perdre pour autant ? Elle choisit de relire quelques livres : Cent ans de solitude, Joseph et ses frères, Danube, La Vie mode d’emploi, notamment pour chercher à partir de quel moment elle perd le fil de ces différents récits.
Outre la rédaction d’un aide-mémoire, la romancière-biographe-généalogiste, va s’atteler à la construction de cette carte des Mendelssohn qui donne son titre au livre. À l’aide de papier, carton, colle et ciseaux elle va tenter de rassembler tout ce petit monde. Sabine Wespieser, son éditrice, a eu la bonne idée de nous offrir cette carte en ligne , nous donnant par la même occasion une bonne idée du travail de fourmi que cela représente. L’occasion aussi de comprendre la réaction de la famille devant cette réalisation qui «mange» tout le salon, mais dont le code-couleur fascine tout autant
Le Mendelssohn-Komplex, comme diane Meur appelle joliment cette généalogie, peut maintenant être détaillé, mais surtout élagué. Pour que le lecteur – mais aussi l’auteur en premier lieu – ne se perde pas dans les quartiers, ne s’enlise pas dans les problèmes de création romanesque, il fallait en effet supprimer tous ceux qui viendraient alourdir inutilement le récit, les enfants mort-nés ou n’atteindraient pas l’âge adulte, les branches «sans histoire», les descendants dont il ne reste qu’une documentation lacunaire.
Et vogue le beau navire… Au fil des siècles, on voit défiler la vie culturelle et artistique Felix compose pour le grand explorateur Alfred von Humboldt, qui débat avec des mathématiciens, des zoologiques. Au détour d’un voyage, il croise Chopin, rencontre Berlioz, se lie avec Horace Vernet où il peut admirer les fresques de son cousin Philipp (de la branche anglaise).
Si l’on se régale des grandes idées et notamment de la question religieuse – au milieu d’une famille qui s’est beaucoup convertie – l’auteur n’oublie pas les anecdotes qui font aussi le sel de ce roman, les histoires de cœur, de jalousie.
«L’histoire d’une famille ne m’intéresse que si elle devient l’histoire du monde, et c’est de plus en plus le cas.» Et c’est très réussi !

Autres critiques
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Extrait
« Des commencements à cette histoire, on pourrait encore en trouver des dizaines. L’histoire de Moses Mendelssohn commence très exactement en mai 1761, lorsqu’il se met à signer ses lettres MOSES MENDELSSOHN, un nom qu’il s’est choisi et transmettra à ses enfants, ouvrant la voie à l’histoire que j’essaie d’écrire : celle des Mendelssohn. Mais, sous un angle plus intellectuel, son histoire commence peut-être avec celle de Baruch Spinoza, le philosophe excommunié dont il admirait tant l’œuvre. Si ses coreligionnaires en détresse le voient comme un second Moïse, lui craint surtout de devenir un second Spinoza, et dans la chronologie qui me sert ici de base, élaborée grâce à de patientes compilations et courant jusqu’au début du XXIe siècle, j’ai donc fait figurer, bien avant sa naissance, 1656, 27 juillet : la communauté juive d’Amsterdam excommunie Spinoza. Date qui est loin d’y être la première. L’histoire des Mendelssohn ayant fini par être celle d’une illustre famille protestante de Prusse, j’ai cru bon d’ajouter 1517, veille de la Toussaint : Martin Luther affiche ses 95 thèses sur la porte de l’église du château, à Wittenberg. Et s’il s’agissait là de faits avérés et datables, je n’aurais pas hésité à mettre au tout début : Moïse, selon les sources un enfant hébreu trouvé ou un bâtard égyptien de sang royal, traverse à pied sec la mer Rouge avec le peuple dont il a pris la tête. » (p. 16-17)

A propos de l’auteur
Diane Meur est née en 1970 à Bruxelles et vit à Paris.
Pendant ses études secondaires au lycée français de Bruxelles, elle prend l’initiative d’apprendre l’allemand.
Après deux années de classes préparatoires au lycée Henri IV de Paris, elle intègre l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, en section lettres modernes. Hésitant entre germanistique, lettres modernes et histoire, très vite elle se lance dans la traduction.
Elle a notamment traduit Musique et société de Hanns Eisler (éditions de la Maison des Sciences de l’homme, 1998), les Écrits sur Dante d’Erich Auerbach (Macula, 1999), Léthé. Art et critique de l’oubli de Harald Weinrich (Fayard, 1999) et, aux éditions du Cerf en 2001, de Heinrich Heine, Nuits florentines, précédé de Le Rabbin de Bacharach et de Extraits des mémoires de Monsieur de Schnabeléwopski.
Après de longs mois consacrés à Heine, à un livre sur les techniques mnémoniques au Moyen Âge (Mary Carruthers, The Book of Memory, Macula) et à Figura d’Erich Auerbach (sur l’interprétation « figurative » de la Bible par les chrétiens médiévaux et le rapport complexe qu’elle établit avec le judaïsme, Macula), elle se lance dans La Vie de Mardochée de Löwenfels écrite par lui-même (Sabine Wespieser éditeur, 2002), son premier roman, qu’elle achève à la naissance de son troisième enfant.
Depuis lors, elle a publié trois romans chez Sabine Wespieser éditeur, Raptus (2004), Les Vivants et les Ombres (2007) et Les Villes de la plaine (2011), tous distingués par des prix et traduits dans plusieurs pays. En septembre 2015 paraît La Carte des Mendelssohn, magistral et tentaculaire roman épousant trois siècles de l’histoire allemande. Avec ce cinquième roman, conjuguant érudition, fantaisie et subversion, elle donne une nouvelle preuve de l’amplitude de son talent.
Elle a aussi poursuivi son travail de traductrice, notamment de Paul Nizon (La Fourrure de la truite et le Journal, Actes Sud, 2006 ; Le Livret de l’amour. Journal 1973-1979, Actes Sud, 2007 ; Le Ramassement de soi. Récits et réflexions, Actes Sud, 2008 et Les Carnets du coursier. Journal 1990-1999, Actes Sud, 2011), de Tariq Ali (Un sultan à Palerme, 2007 et Le Livre de Saladin, 2008, chez Sabine Wespieser éditeur), de Robert Musil (La Maison enchantée, nouvelles et fragments, Desjonquères, 2010), de Stefan Zweig (Lettre d’une inconnue, Flammarion, 2013 ; Amok, Flammarion, 2013 ; Vingt-quatre heures dans la vie d’une femme, Flammarion, 2013 ; Le Joueur d’échecs, Flammarion, 2013 et Romans, nouvelles et récits, Tomes I et II, La Pléiade, 2013) et de Tezer Özlü (La Vie hors du temps, Bleu autour, 2014). (Source : Sabine Wespieser Éditeur)

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