De ce pas

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De ce pas
Caroline Broué
Sabine Wespieser
Roman
176 p., 17 €
EAN : 9782848051994
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule notamment en Afrique du Sud, au large de Gansbaaï, dans le Languedoc-Roussillon, pays d’Uzès, village de Montaren-et-Saint-Médiers, dans un autre petit village, près de Limoges, à New York, en Italie sur l’île de Panarea, à Madrid, Londres, Florence, au Portugal, dans un coin perdu au sud de Lisbonne, à Paris, en Chine à Hengduan, au Maroc à Ouarzazate, ainsi que des évocations du Cambodge, de Phnom Penh et de l’Ardèche, entre Aubenas, Saint-Sauveur-de-Montagut, Saint-Julien-du-Gua et Saint-Michel-de-Chabrianoux, Chambon-de-Bavas, Antraigues.

Quand?
L’action se situe de nos jours, principalement de 1975 à 2015.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Envoûtée, comme enivrée, Marjorie l’était à nouveau en regardant l’homme et la femme onduler sous ses yeux. Leurs bras chantaient en canon. Leurs mains se croisaient à intervalles réguliers. Le mouvement était répété plusieurs fois, puis la musique s’emballait, et leur pas de deux se terminait par un porté de haute volée. Pour Marjorie, qui parlait la danse mieux que personne, la signification était très claire. Après une phase d’atermoiements, de faux-fuyants et de méfiance, l’homme et la femme faisaient le choix de la concorde, de l’harmonie. Ensemble, ils effaçaient le temps de l’incertitude. Ou, mieux, ils l’oubliaient. »
Ancienne danseuse étoile, Marjorie a fait ses adieux à la scène au moment où elle admire ce pas de deux. Elle vit avec Paul, une petite fille est née, et elle s’interroge sur son avenir.
Toute la tension dramatique de ce premier roman remarquable de concision est contenue dans la description du couple dansant : après l’éblouissement de la rencontre, le temps pour Marjorie et Paul est aux faux-fuyants. L’un et l’autre ont voulu croire qu’ils pourraient faire fi de leur passé : Marjorie de ses origines cambodgiennes ; Paul, un protestant ardéchois, des névroses familiales. Leurs deux silences, qui leur furent d’abord un refuge, s’entrelacent jusqu’à les éloigner.
Par-delà l’histoire de Marjorie et de Paul, Caroline Broué, en de brèves séquences syncopées, scrute les doutes d’adultes de quarante ans aujourd’hui : ceux que la vie oblige à prendre leur destin à bras-le-corps et dont c’est le tour d’entrer en scène. De ce pas est un très beau roman sur le temps qui passe, et sur ses bienfaits.

Ce que j’en pense
***
L’alchimie de la rencontre. Un jour peut-être les chimistes découvriront par quel processus chimique deux solitudes finissent par se retrouver, deux histoires par se mêler pour n’en faire plus qu’une. C’est la nécessité plutôt que le hasard qui a mis Paul sur le chemin de Marjorie. Elle est danseuse, il est artiste : «Paul avait beau être photographe, quand ils étaient ensemble, la main du peintre rejoignait le bras du danseur. Ce qui réunissait Paul et Tin, fondamentalement, c’était le silence. Le silence de l’art. Ils se trouvaient précisément à la jonction de deux axes complémentaires : celui du peintre dansant sur sa toile et celui du danseur composant les couleurs de sa chorégraphie.» De cette fusion naîtra une fille, marqueur d’un amour qui va commencer par s’étioler.
Caroline Broué réussit parfaitement à dépeindre cette période charnière, quand arrive la quarantaine, que l’on commence à se retourner sur le chemin parcouru et que l’on peut encore construire un avenir. Ce moment où le passé resurgit, par exemple sous la forme d’une exposition consacrée au Cambodge des Khmers Rouges qui replonge Marjorie dans les affres de sa fuite du pays en 1975. Ou encore sous la forme d’un avis de décès qui conduit Paul à retourner dans son Ardèche natale où s’est construite l’histoire familiale. «Il sait que les souvenirs vont s’entrechoquer et que toute sa douleur va remonter.»
La danseuse étoile arrive au bout de son parcours, le Protestant se demande pourquoi il a choisi de partir avec fracas. Du coup, ce n’est plus une histoire commune qui se construit, mais deux histoires qui, au fil des pages, essaient de trouver leur cohérence. Et séparent le couple.
Construit en courts chapitres, ce beau roman fait la part belle à la mélancolie, celle d’une génération qui, pour avancer encore, doit se réconcilier avec son passé.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les jardins d’Helene

Autres critiques
Babelio
Le Monde des livres (Florence Bouchy)
Elle (Pascale Frey)
Blog Les mots de la fin

Extrait
« Paul avait beau être photographe, quand ils étaient ensemble, la main du peintre rejoignait le bras du danseur. Ce qui réunissait Paul et Tin, fondamentalement, c’était le silence. Le silence de l’art. Ils se trouvaient précisément à la jonction de deux axes complémentaires : celui du peintre dansant sur sa toile et celui du danseur composant les couleurs de sa chorégraphie. Leurs vies s’entremêlaient, et ce mariage impromptu transcendait leurs différences. Ils n’avaient plus besoin de se parler pour se comprendre. L’entente entre eux était tacite. Ils s’accordaient d’un regard furtif. D’un geste de la main. Loin de tout bavardage, de tout mot superflu, leur mode d’être et de relation relevait de l’implicite, de l’entendu avant même d’être dit. »

A propos de l’auteur
Caroline Broué est productrice depuis 2010 de l’émission « La Grande Table » sur France Culture, le magazine quotidien de la mi-journée qui entremêle la culture et les idées. Diplômée de Sciences politiques et de Lettres modernes, elle est entrée à France Culture en 1998. Productrice adjointe des « Matins de France Culture » de 2002 à 2007 avec Nicolas Demorand puis Ali Baddou, elle y a produit de nombreuses émissions d’entretiens, de débats, de documentaires. Elle a par ailleurs été conseillère éditoriale pour des émissions de télévision (« Le Bateau Livre » sur France 5, « Ce soir ou jamais » sur France 3), responsable de collection (Terrail photo/Magnum) et a collaboré à plusieurs journaux de presse écrite (Le Monde 2, Les Inrockuptibles). En 2008, ses entretiens avec Françoise Héritier ont paru sous le titre L’Identique et le Différent (L’Aube/Radio France).
De ce pas est son premier roman. (Source : Éditions Sabine Wespieser)

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Focus Littérature

Ester ou la passion pure

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Ester ou La passion pure
Lena Andersson
Autrement
Roman
Traduit du suédois par Johanna Brock et Erwan Seure-Le Bihan
218 p., 17 €
ISBN: 9782746740303
Paru en mars 2015

Où?
L’action se situe en Suède, notamment à Malmö, Leksand, Borås, Stockholm ainsi qu’à Paris.

Quand?
Le roman se déroule de nos jours

Ce qu’en dit l’éditeur
« Elle se dit : c’est le moment de dire non et de m’éloigner la tête haute.
Elle se dit : c’est le moment de partir sans me retourner.
Elle lui emboîta le pas. »
Pourquoi n’appelle-t-il pas ? Est-il submergé de travail ? Est-il chez l’autre femme, celle de Malmö ?
Depuis sa rencontre avec Hugo Rask, un artiste célèbre, Ester Nilsson ne dort plus, ne lit plus, ne vit plus. Elle attend. Son cerveau enfiévré analyse, encore et encore, chacune de ses actions. Elle est incapable de faire face aux situations les plus anodines : peut-elle inviter Hugo à dîner même si elle n’a qu’une seule et unique chaise ?
Doit-elle enlever son manteau quand elle passe chez lui à l’improviste ?
Tout semble lui échapper, pourtant une chose est sûre : la raison est soluble dans la passion.

Ce que j’en pense
***
«Ester Nilsson, qui d’habitude se méfiait des honneurs autant que du déshonneur, deux sources d’asservissement au jugement des autres, en était à se demander dans quelle mesure ôter ou non son manteau risquerait de trahir son amour.» Voilà un roman tout entier construit sur ces détails qui, si on n’y prend pas garde, font basculer une vie. Quoi de plus banal que d’enlever son manteau en entrant chez quelqu’un. Seulement voilà, ce geste va être interprété. Peut-être mal. C’est pourquoi, quand on veut être parfaite, quand la soif d’amour motive chacun de ses gestes, on arrive vite à de telles situations. De celles qui vous paralyse, vous anéantit.
Le célèbre artiste Hugo Rask est l’objet des tourments d’Ester. C’est pour lui qu’elle éprouve cette passion pure. Mais là où elle met sa vie en jeu, lui ne voit qu’un jeu. Quand il s’absente, elle s’angoisse, se pose mille questions, se dit qu’elle ferait mieux de capituler, qu’elle n’en peut plus.
Quand il revient et lui propose de dîner, quand elle le retrouve, sa passion se retrouve intacte, instantanément.
«Lorsqu’on aime et que l’on sait l’amour réciproque, le corps est léger. Mais si l’on doute de cette réciprocité, un kilo en pèse trois.»
Tandis qu’Ester se consume, Hugo n’éprouve que l’envie de «se débarrasser des chaînes dont elle l’enserrait».
Cette nouvelle variation sur la relation amoureuse dans un couple qui n’est pas sur la même longueur d’onde a quelque chose de vertigineux. Car cette liaison – on le sent très vite – devient vite dangereuse. Mais comment raisonner une femme amoureuse ?

Autres critiques
Babelio
Blog Mediapart
Toute la culture
Sens critique
Le Temps (Quotidien Suisse)

Extrait
« Elle répondait au nom d’Ester Nilsson. Elle était poète et essayiste avec déjà, à trente et un ans, huit publications conséquentes à son actif. Dogmatiques selon certains, spirituelles selon d’autres. La plupart des gens n’avaient jamais entendu parler d’elle. Sa clarté d’esprit lui faisait percevoir la réalité avec une exactitude dévastatrice, et elle voulait croire que le réel était tel qu’elle le ressentait. Ou plus exactement que les êtres humains sont aptes à saisir le monde tel qu’il est, à condition d’être suffisamment perspicaces et de ne pas se mentir à eux-mêmes. Le subjectif est objectif et l’objectif est subjectif. C’était ainsi, en tout cas, qu’elle s’efforçait de vivre. Elle n’ignorait pas que la recherche de cette même exactitude dans le langage s’apparentait à un enfermement, mais elle la poursuivait quand même. Toute autre aspiration intellectuelle facilite trop la vie des tricheurs et des paresseux de l’esprit, peu soucieux de précision quant à l’articulation des phénomènes entre eux et leur transcription dans la langue. » (p. 5)

A propos de l’auteur
Lena Andersson est née en 1970. Elle est critique littéraire pour le Svenska Dagbladet et éditorialiste pour le Dagens Nyheter – les deux quotidiens suédois les plus importants. Ester ou la passion pure, son cinquième roman, a reçu le prix August en 2013 et s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires en Suède. (Source : evene.lefigaro.fr/)

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