Rien que des mots

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Rien que des mots
Adeline Fleury
Éditions François Bourin
Roman
184 p., 20 €
EAN : 9791025201602
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule dans un endroit situé «face à la mer» qui n’est pas nommé ainsi qu’à Paris, Fontenay-aux-Roses ou Cachan.

Quand?
L’action se situe dans un futur proche.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans un avenir qui ressemble à notre futur proche, Adèle a décidé de tenir son fils Nino éloigné de la lecture. Privée dans son enfance de la tendresse d’un père écrivain accaparé par son œuvre, elle fera tout pour éviter un tel sort à son fils. Pour qu’il reste dans la vraie vie, pour l’empêcher d’être tenté par la grande aventure de l’écriture, elle proscrira autour de lui la présence des livres. Elle les brûlera, elle va jusqu’à nier leur existence.
Mais l’enfance est têtue et tous les silences ne peuvent rien contre sa curiosité. Nino, après une longue quête, finira par trouver sa voie en assumant d’une manière inattendue cet héritage de mots et de papier.
Dans cette fable initiatique, Adeline Fleury nous donne à lire un conte cruel où les angoisses les plus archaïques se ravivent au contact des réalisations de notre hypermodernité. L’ambivalence de notre rapport au livre, livre sacré ou interdit, se trouve interrogée dans ces pages où se projettent comme des ombres expressionnistes nos tabous les plus enfouis. Avec Rien que des mots, c’est une magnifique déclaration d’amour qu’Adeline Fleury adresse au livre, à tous les livres.

Ce que j’en pense
***
Rendre hommage à la littérature en écrivant un roman qui met en scène une jeune femme qui ne supporte plus les livres, l’écriture et les écrivains, voilà un joli défi relevé avec brio par Adeline Fleury.
Voici donc Adèle, fille d’un écrivain autodidacte, qui consacre toute son énergie à sa passion : « Il voyait peu le jour, et c’est une tornade de nerfs qui remontait pour partager le dîner familial. Peu de mots échangés, normal, toute la journée les mots l’avaient vidé. » Au lieu de profiter des siens, il veut écrire un maximum de livres. Une première expérience traumatisante qui ne va toutefois pas l’empêcher de s’engager dans une carrière de journaliste. Et constater combien ce métier, notamment au sein de la rédaction qui l’emploie, ne correspond pas à l’image qu’elle s’en faisait. « Toute une carrière basée sur le nombrilisme au lieu de l’altruisme. Qui a dit que le journalisme était ouvert aux autres ? Foutaise ! Le journaliste ne se soucie guère que de lui-même. Le journaliste veut briller, épater, que l’on parle de lui, rien que de lui, de ses infos. Rien que de ses mots. » Seconde expérience traumatisante.
Puis vient l’heure du mariage, celle de fonder une famille. L’heure aussi des remises en question, d’affronter le père «qui lui a injecté le venin des mots dans les veines» et qui ne comprend pas son aversion soudaine pour la chose écrite : « Ah puis merde, elle va être mère et rentrer dans le rang. Comment ai-je pu engendrer une petite-bourgeoise pareille : trente ans, boulot stable, congés payés, mariage bien comme il faut, bébé bien comme il faut, balades canards au square tous les dimanches bien peinards…» Troisième expérience traumatisante.
L’heure de se pencher sur le berceau de Nino, l’enfant qu’Adèle entend préserver de cet univers anxiogène en l’éloignant le plus possible des livres. Une tâche qui va être facilitée par l’évolution de la société qui aime bien bruler (au sens propre) ce qu’elle a adoré et s’imagine un avenir radieux grâce à des petits bijoux technologiques.
Mais bon sang ne saurait mentir et voilà le garçon attiré par l’interdit autant que par l’histoire familiale. L’excitation de découvrir ce qu’on veut lui cache, l’exploration de ces curieux objets imprimés vont vite tourner à l’obsession. Nino devient collectionneur puis sauveur de livres. « Il sait maintenant qu’il est le fruit de l’amour fusionnel de deux êtres passionnés de littérature et qu’il a bien failli naître sur un parterre de livres déchiquetés. Tout ça c’est son histoire, tout ça l’a poussé vers une humanité marginale. Plus que l’amour, il a les mots en héritage. Il n’écrit pas, il restaure le passé. »
Quant aux amoureux des livres que nous sommes, nous remercions Adeline Fleury pour cette déclaration d’amour et cette mise en garde. Rien que des mots… essentiels.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Fragments de lecture (Virginie Neufville)
Le blog d’Eirenamg
Blog DesLireEtDesMots (Blandita Henique)
Blog Anita et son Bookclub (Anita Millot)
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Blog Les jardins d’Hélène (Laure Alberge)

Autres critiques
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Blog Adepte du livre 

Extrait
« Pourquoi ce désir fou de m’écarter des livres ? Pourquoi cette volonté de ne pas m’inclure dans cette belle dynastie d’amoureux des mots. Ce n’est pas une malédiction, maman, c’est un don de Dieu que de pouvoir écrire. Quoi de plus efficace que les mots pour faire tourner le monde ? Moi je suis fier de cet héritage. Un grand-père qui transmet l’Histoire aux générations nouvelles, un père qui raconte des histoires, une mère qui décortique les évolutions de la société. Quels legs magnifiques ! Alors, pourquoi m’as-tu privé du droit de la création ? Moi aussi j’ai mon mot à dire, ma part d’histoire à écrire. Désormais, maman, je serai le seul narrateur du roman de ma vie. »

A propos de l’auteur
Adeline Fleury est journaliste. Elle a publié un livre remarqué, Petit éloge de la jouissance féminine (Editions François Bourin, 2015). (Source : Éditions François Bourin)

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Focus Littérature

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