L’insouciance

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mrl2016

L’insouciance
Karine Tuil
Éditions Gallimard
Roman
528 p., 22 €
EAN : 9782070146192
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, mais aussi à Clichy-sous-Bois, dans la Vallée de Chevreuse, dans les Alpes, à Paphos, sur l’île de Chypre, à New-York, à Southampton, en Israël, en Afghanistan, en Irak.

Quand?
L’action se situe de 2001 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
De retour d’Afghanistan où il a perdu plusieurs de ses hommes, le lieutenant Romain Roller est dévasté. Au cours du séjour de décompression organisé par l’armée à Chypre, il a une liaison avec la jeune journaliste et écrivain Marion Decker. Dès le lendemain, il apprend qu’elle est mariée à François Vély, un charismatique entrepreneur franco-américain, fils d’un ancien ministre et résistant juif. En France, Marion et Romain se revoient et vivent en secret une grande passion amoureuse. Mais François est accusé de racisme après avoir posé pour un magazine, assis sur une œuvre d’art représentant une femme noire. À la veille d’une importante fusion avec une société américaine, son empire est menacé. Un ami d’enfance de Romain, Osman Diboula, fils d’immigrés ivoiriens devenu au lendemain des émeutes de 2005 une personnalité politique montante, prend alors publiquement la défense de l’homme d’affaires, entraînant malgré lui tous les protagonistes dans une épopée puissante qui révèle la violence du monde.

Ce que j’en pense
Parmi les ouvrages favoris des Prix littéraires, Karine Tuil figure en bonne place. Un choix parfaitement justifié tant l’auteur parvient à tenir son lecteur en haleine tout au long des 528 pages de L’Insouciance, faisant de cet ambitieux roman un «page-turner» formidablement efficace.
Les premiers chapitres nous présentent les personnages qui vont se croiser au fil du déroulement de ce récit, à commencer par le baroudeur Romain Roller qui revient d’Afghanistan, après avoir déjà traîné sa bosse dans d’autres points chauds de la planète. Avec ce qu’il reste de sa troupe, il se retrouve dans un hôtel de Chypre, afin de décompresser et se préparer à retrouver la «vie normale». Un programme dont les vertus ne sont pas évidentes, faisant côtoyer de grands traumatisés avec de riches touristes.
Le second personnage a 51 ans. Il s’appelle François Vély. On pourrait y reconnaître un Vincent Bolloré, un Bernard Arnault ou encore un Patrick Drahi, bref un tycoon qui est à la tête d’un groupe de téléphonie mobile qui s’est développé à partir du minitel rose et dont les marottes sont les médias (il vient de racheter un grand quotidien) et l’art contemporain (il aime parcourir les salles de vente).
Vient ensuite Osman Diboula. À l’opposé de François Vély, ce fils d’immigrés ivoiriens a grandi dans la banlieue parisienne la plus difficile. Toutefois, grâce à son engagement – il avait créé un collectif, «avait imaginé des sorties de crise, présenté les quartiers en difficulté sous un autre jour» et était devenu porte-parole des familles lors des émeutes de Clichy-sur-Bois. Du coup les politiques s’intéressent à lui et lui va s’intéresser à la politique. Il gravit les échelons jusqu’à se retrouver dans les cabinets ministériels. Mais n’est-il pas simplement le black de service, chargé de mettre un peu de diversité au sein du gouvernement ? À ses côtés une femme tout aussi ambitieuse ne va pas tarder à le dépasser dans les allées du pouvoir.
Puis vient Marion Decker, envoyée spéciale sur les zones de guerre. Jeune et jolie, «il y avait de la violence en elle, un goût pour la marginalité qui s’était dessiné pendant l’enfance et l’adolescence quand, placée de famille d’accueil en famille d’accueil, elle avait dû s’adapter à l’instabilité maternelle, une période qu’elle avait évoquée dans un premier roman remarqué, Revenir intact, un texte âpre, qui lui avait permis de transformer une vie dure en matière littéraire». Ce caractère trempé fascine François Vély qui n’hésite pas à délaisser son épouse pour partir à la conquête de la journaliste. Il l’invitera pour quelques jours à Chypre.
Dès lors le roman peut se déployer, jouer sur tous les registres du drame et de la comédie, et ce faisant, dresser un état des lieux de ce XXIe siècle commençant.
Le lieutenant Romain Roller craint de retrouver sa femme Agnès, sa famille et ses amis. Pris dans un stress post-traumatique, il essaie vainement d’oublier son cauchemar. Quand il croise Marion, c’est pour lui comme une bouée de sauvetage. Dans ses bras, il oublie ses plaies et sa culpabilité, ayant survécu à l’embuscade mortelle dont son bataillon a été victime et dont le récit-choc ouvre le roman. Il fait l’amour avec la rage du désespoir et se sent perdu dès qu’elle le quitte pour sa «vraie vie».
Car ce n’est vraiment pas le moment de quitter François Vély. Le capitaine d’industrie est pris dans une sale affaire, après la publication d’un entretien illustré par une photo le montrant assis sur une chaise représentant une femme noire «soumise et offerte». Lui dont la famille a voulu, par souci d’intégration, changer son nom de Lévy en Vély, se retrouve accusé de racisme et d’antisémitisme. Le scandale dont les réseaux sociaux font leurs choux gras ne tarde pas à prendre de l’ampleur et la société est salie. Confronté à un fils qui entend renouer avec ses racines et partir en Israël rejoindre un groupe fondamentaliste, il doit aussi surmonter le suicide de sa femme qui s’est jetée sans explication d’un immeuble.
«Il croyait vraiment qu’un couple peut survivre à un drame sans en être atteint, déchiré, peut-être même détruit ? L’amour n’est pas fait pour l’épreuve. Il est fait pour la légèreté, la douceur de vivre, une forme d’exclusivité, une affectivité totale. L’amour est un animal social impitoyable, un mondain qui aime rire et se distraire – le deuil le consume, la maladie atteint une part de lui-même, celle qui exalte le désir sexuel, les conflits finissent par le lasser, il se détourne.»
En courts chapitres, qui donnent un rythme haletant au récit, on va voir s’entremêler les ambitions des uns, la douleur des autres. Le tout sans oublier quelques rebondissements qui font tout le sel d’une intrigue que l’on n’a pas envie de lâcher. François, qui a eu vent de son infortune, aura-t-il la peau de Roller ? Rejouera-t-il l’histoire du Roi David et de Bethsabée ? Osman Diboula parviendra-t-il à éteindre l’incendie qui met en péril l’empire de son ami ? Retrouvera-t-il les grâces d’un Président de la République qui semble l’avoir mis sur une voie de garage ? Romain quittera-t-il sa femme pour Marion ? À 29 ans, cette dernière quittera-t-elle son confort matériel pour une aventure incertaine ?
Partez à la découverte de ce grand roman, même au risque de perdre cette insouciance qui lui donne son titre : «quelque chose en nous était perdu, non pas l’innocence – car il y avait longtemps que nous n’y croyions plus – mais l’insouciance…»

Autres critiques
Babelio
France Inter (Le mag de l’été – Leila Kaddour-Boudadi, fichier audio 46′)
20 minutes.fr (Laurent Bainier)
Les Echos (Thierry Gandillot)
Toute la culture (Melissa Chemam – avec interview de l’auteur)
Atlantico (Serge Bressan)
La règle du jeu (Christine Bini)
Le blog de Gilles Pudlowski
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Sophie lit (Sophie Andriansen)
Blog Envies de lire (RTL.be – Christine Calmot)
Blog Cultur’elle  (Caroline Doudet)

Extrait
« Romain Roller avait l’habitude, la peur, il avait fini par l’apprivoiser, il avait été formé pour ça, et à l’âge où ses amis vivaient de petits boulots, devenaient vigiles, chauffeurs, entraîneurs sportifs, à l’âge où, de l’autre côté du périphérique, des ambitieux préparaient leur avenir professionnel comme une capitalisation à long terme, Romain Roller avait rejoint l’armée, le groupement des commandos de montagne affilié à un bataillon de chasseurs alpins pour finir par obtenir le grade de lieutenant, et tout ça pour se retrouver où ? Au Kosovo, à Mitrovica, où il avait vu des victimes brûlées, s’échappant de leurs maisons incendiées par l’explosion de cocktails Molotov, se jetant par les fenêtres, tentant de survivre par tous les moyens car personne ne veut mourir, c’est tout ce qu’il avait appris à la guerre, rien d’autre… En Côte d’Ivoire, à Bouaké, où un campement de soldats français en mission pacifique avait été bombardé par un avion de l’armée du président ivoirien, causant la mort de neuf soldats français et d’un Américain…
En Centrafrique, où des cadavres gisaient, putréfiés, dépecés à coups de machettes, des mouches grosses comme des olives voltigeant autour dans un bourdonnement de scie électrique, des familles entières – hommes, femmes, enfants – victimes de guerres ethniques, et après ça, vous pensez être blindé, vous êtes encore capable de vous endormir sans somnifère, sans alcool, sans être réveillé en pleine nuit par des images de charniers, vous avez des envies, du désir, vous sortez, vous parlez, oui mais jusqu’à quand, jusqu’à quand ? Car vous aurez beau tâter toute la misère du monde, tant que vous n’avez pas connu l’Afghanistan, vous n’avez rien vu… »

A propos de l’auteur
Karine Tuil est née le 3 mai 1972 à Paris. Diplômée de l’Université Paris II-Assas (DEA de droit de la communication/Sciences de l’information), elle prépare une thèse de doctorat portant sur la réglementation des campagnes électorales dans les médias en écrivant parallèlement des romans. En 1998, elle participe à un concours sur manuscrit organisé par la fondation Simone et Cino Del Duca. Son roman Pour le Pire y est remarqué par Jean-Marie Rouart, alors directeur du Figaro littéraire. Quelques mois plus tard, son texte est accepté par les éditions Plon qui inaugurent une collection « jeunes auteurs ». Pour le pire, qui relate la lente décomposition d’un couple paraît en septembre 2000 et est plébiscité par les libraires mais c’est son second roman, Interdit, (Plon 2001) – récit burlesque de la crise identitaire d’un vieux juif – qui connaît un succès critique et public. Sélectionné pour plusieurs prix dont le prix Goncourt, Interdit obtient le prix Wizo et est traduit en plusieurs langues. Le sens de l’ironie et de la tragi-comédie, l’humour juif se retrouvent encore dans Du sexe féminin en 2002 – une comédie acerbe sur les relations mère-fille, ce troisième roman concluant sa trilogie sur la famille juive.
En 2003, Karine Tuil rejoint les Editions Grasset où elle publie Tout sur mon frère qui explore les effets pervers de l’autofiction (nommé pour les Prix des libraires et finaliste du prix France Télévision).
En 2005, Karine Tuil renoue avec la veine tragi-comique en publiant Quand j’étais drôle qui raconte les déboires d’un comique français à New-York. Hommage aux grands humoristes, Quand j’étais drôle est en cours d’adaptation pour le cinéma et obtient le prix TPS Star du meilleur roman adaptable au cinéma.
En 2007, Karine Tuil quitte le burlesque pour la gravité en signant Douce France, un roman qui dévoile le fonctionnement des centres de rétention administrative (en cours d’adaptation au cinéma par Raoul Peck).
Karine Tuil a aussi écrit des nouvelles pour Le Monde 2, l’Express, l’Unicef et collaboré à divers magazines parmi lesquels L’Officiel, Elle, Transfuge, Le Monde 2, Livres Hebdo. Elle écrit actuellement des portraits de personnalités du monde économique pour Enjeux les Echos.
Son septième roman, La domination, pour lequel elle a reçu la Bourse Stendhal du ministère des Affaires étrangères a été publié chez Grasset en septembre 2008 (sélection prix Goncourt, prix de Flore). Il paraît en livre de poche en août 2010.
Son huitième roman Six mois, six jours, paraît en 2010 chez Grasset . A l’occasion de la rentrée littéraire 2010, Grasset réédite son deuxième roman Interdit (prix Wizo 2001, sélection prix Goncourt). Six mois, six jours a été sélectionné pour le prix Goncourt, Goncourt des lycéens et Interallié. Il a obtenu en 2011, le prix littéraire du roman news organisé par le magazine styletto et le Drugstore Publicis.
Son neuvième roman intitulé L’invention de nos vies est paru en septembre 2013 à l’occasion de la rentrée littéraire aux éditions Grasset pour lequel elle a été parmi les 4 finalistes du prix Goncourt. Il est actuellement traduit en Hollande, en Allemagne, en Grèce, en Chine et en Italie. Il a connu un succès international et a été publié aux Etats-Unis et au Royaume-Uni sous le titre The Age of Reinvention chez Simon & Schuster. Il est en cours d’adaptation pour le cinéma. L’insouciance est son dixième roman. (Source : karinetuil.com)

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Les cosmonautes ne font que passer

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Les cosmonautes ne font que passer
Elitza Gueorguieva
Éditions Verticales
Roman
184 p., 16,50 €
EAN : 9782070187096
Paru en août 2016

Ce qu’en dit l’éditeur
«Ton grand-père est communiste. Un vrai, te dit-on plusieurs fois et tu comprends qu’il y en a aussi des faux. C’est comme avec les Barbie et les baskets Nike, qu’on peut trouver en vrai uniquement si on possède des relations de très haut niveau. Les tiennes sont fausses…»
Ce premier roman a trouvé le ton elliptique et malicieux pour conjuguer l’univers intérieur de l’enfance avec les bouleversements de la grande Histoire. Grâce à la naïveté fantasque de sa jeune héroïne, Les cosmonautes ne font que passer donne à voir comment le politique pénètre la vie des individus, détermine leurs valeurs, imprègne leurs rêves, et de quelle manière y résister.

Ce que j’en pense
Ce roman figure dans ma sélection des ouvrages de la rentrée littéraire 2016 à lire. Si je ne l’ai pas encore lu, j’ai apprécié la présentation qui en a été faite ainsi que le thème abordé. C’est pourquoi, je me propose dans un premier temps de publier sur mon blog les informations qui ont déterminé ce choix ainsi que ma revue de presse. Bien entendu, après avoir lu le livre, je vous proposerai ma chronique.

Autres critiques
Babelio 
Diacritik (Sophie Queteville)
L’Humanité (Alain Nicolas)
LCI (Jennifer Lesieur)
En Attendant Nadeau (Sophie Ehrsam)
Blog Entre les lignes 
Blog Un dernier livre avant la fin du monde 
Blog White Pages 
Blog Les carnets du Prof. Platypus 
Blog Cunéipages (Sylvie Sagnes)

Extrait
« Chers camarades, dit une dame vêtue d’une jupe qui te paraît immense, parsemée de diverses fleurs des champs, il y a des moments dans la vie que l’on n’oubliera jamais, dit la dame du haut du podium installé dans la cour de l’école, aujourd’hui est l’un de ces jours: c’est le premier jour de votre scolarité, dit-elle en éclaircissant sa voix dans le micro – son perçant qui fâche un peu ta mère. Dès aujourd’hui, vous, jeunes camarades, allez mettre votre être à l’épreuve, pour servir votre douce mère, la Patrie ! dit la dame à la jupe immense parsemée de diverses fleurs des champs, et comme tout le monde le sait: les fils et les filles du peuple sont les futurs créateurs de nos avenirs communistes ! dit-elle puis elle se tait, pour mieux faire ressortir le silence du collectif. Je suis très heureuse de vous accueillir dans votre future école, dit la dame qui est aussi la directrice, celle-là même qui a accueilli jadis notre cher camarade soviétique, le cosmonaute Iouri Gagarine, le premier homme envoyé dans l’espace, dit la dame qu’il faut en fait appeler la camarade directrice.» (p. 18)

A propos de l’auteur
Née à Sofia (Bulgarie) en 1982, Elitza Gueorguieva vit depuis quinze ans en France. Après des études de cinéma, elle travaille d’abord comme assistante de réalisation et cadreuse pour plusieurs sociétés de production (dont EuropaCorp, Archipel 35, Avenue B, Zadig Productions). Parallèlement à ses activités cinématographiques, elle est diplômée d’un Master de Création Littéraire à l’Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis en 2015 et réalise régulièrement des performances textuelles pour divers lieux et événements scéniques. Les cosmonautes ne font que passer est son premier roman. (Source : Livres Hebdo)

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La Soledad

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La Soledad
Natalio Grueso
Presses de la Cité
Roman
Traduit de l’espagnol par Santiago Artozqui
320 p., 19 €
EAN : 9788408127833
Paru en septembre 2016

Ce qu’en dit l’éditeur
Une aventure débordant d’imagination où se rejoignent le désir, la gratitude, la justice et les rêves.
Bruno Labastide est venu s’installer à Venise, dans le quartier de Dorsoduro, au terme d’une vie bien remplie durant laquelle il n’a cessé de voyager. Cela fait bien un an qu’il y réside lorsque, un jour, il voit une jeune Japonaise d’une beauté stupéfiante passer devant le café où il a ses habitudes. C’est le coup de foudre. Mais cette dernière, Keiko, ne lui concédera une nuit d’amour que s’il parvient à l’émouvoir avec un poème ou une histoire… Mais par laquelle commencer ?
Natalio Grueso signe un superbe roman mosaïque aux récits enchâssés et nous entraîne avec poésie aux quatre coins du monde.
« Un roman subtil, délicat et émouvant, qui m’a profondément touché. » Paolo Coelho
« C’est un livre qui se lit avec plaisir, et dont chaque page surprend le lecteur un peu plus que la précédente. » Mario Vargas Llosa

Ce que j’en pense
Ce roman figure dans ma sélection des ouvrages de la rentrée littéraire 2016 à lire. Si je ne l’ai pas encore lu, j’ai apprécié la présentation qui en a été faite ainsi que le thème abordé. C’est pourquoi, je me propose dans un premier temps de publier sur mon blog les informations qui ont déterminé ce choix ainsi que ma revue de presse. Bien entendu, après avoir lu le livre, je vous proposerai ma chronique.

Autres critiques
Babelio 
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Blog Livrogne.com
Blog Les lectures de Mylène
Blog Les carnets d’Eimelle 
Blog Doc Bird

Les vingt premières pages du livre 

Extrait
« Le jour de son anniversaire, on offrit à Lucas, quatre cents mots. Il dépensa les deux premiers pour remercier sa mère et, avec les quatorze suivants, il écrivit deux vers qu’il dédicaça à la fille dont il était amoureux. Cela faisait déjà quelques mois que la multinationale Pinkerton avait racheté les droits d’utilisation de toutes les langues, de tous les langages parlés et écrits dans le monde, de tous les mots jamais inventés. Depuis, quiconque voulait utiliser une langue, était tenu de verser des droits à M. Pinkerton. C’est pourquoi on parlait de moins en moins. A présent, seuls les riches pouvaient se permettre de dilapider leurs mots en bavardages au cours de fêtes creuses, d’écrire des messages ridicules ou de se servir de la langue pour agresser leurs ennemis. Les poètes écrivaient pour eux, dans la clandestinité, incapables qu’ils étaient de payer le prix des magnifiques adjectifs qu’ils couchaient sur le papier. »

A propos de l’auteur
Ancien administrateur des théâtres municipaux de Madrid, l’Espagnol Natalio Grueso a décidé de se consacrer pleinement à l’écriture après la parution de La Soledad, son premier roman. (Source : Presses de la Cité)

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Riquet à la houppe

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Riquet à la houppe
Amélie Nothomb
Albin Michel
Roman
198 p., 16,90 €
EAN : 9782226328779
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris, Fontainebleau et Nantes.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« L’art a une tendance naturelle à privilégier l’extraordinaire. »Amélie Nothomb Une rentrée littéraire ne serait plus une rentrée littéraire digne de ce nom sans un nouveau roman d’Amélie Nothomb comme elle seule en a le secret. Avec Riquet à la houppe, elle nous revient avec un conte pour adultes où le laid et brillant Déodat va rencontrer la belle et contemplative Trémière. On y retrouve tous les ingrédients qui font la saveur des livres de la plus Belge de nos auteurs : cruauté, humour noir, personnages improbables et même un cours d’ornithologie. Amélie n’a pas fini de nous surprendre.

Ce que j’en pense
Commençons par avouer une infidélité. Après avoir été parmi les premiers à découvrir et à aimer l’œuvre d’Amélie Nothomb (ma chronique d’Hygiène de l’assassin est datée de 1992) j’ai délaissé durant quelques années ses romans, avant d’y revenir à l’occasion de cette rentrée.
Aussi c’est avec une petite appréhension que j’ai ouvert ce vingt-cinquième opus. Une crainte que j’ai vite oublié en constatant qu’elle n’avait rien perdu de son talent de conteuse, qualité essentielle lorsque l’on se donne pour mission de revisiter Perrault.
Cette fois, il s’agit de dépoussiérer «Riquet à la houppe». Pour ce faire, l’auteur choisit de suivre en parallèle le destin de Déodat (notre Riquet) et celui de Trémière, un couple qui partage bien plus que le fait de porter un prénom peu commun.
Déodat est le premier enfant d’Enide et d’Honorat, un fils quasi miraculeux car sa mère à 48 ans au moment de l’accouchement. Sauf que l’enfant est d’une laideur peu commune et doit, dès le berceau, subir les quolibets de tous les visiteurs.
Il va dès lors grandir à l’abri des regards et étonner ses parents par son savoir. Lorsqu’à six ans, il part pour l’école primaire, il sait déjà lire et écrire, mais n’en évite pas pour autant les cruelles moqueries de ses camarades, le surnommant Déodorant, puis Déo. Faisant contre mauvaise fortune assaut de savoir, il va réussir à subjuguer toutes celles qui préfèrent un esprit bien fait à une figure de rêve.
Déodat enchaîne alors les liaisons, presque simultanément à sa passion pour l’ornithologie.
Trémière naît sur l’autre rive de Paris. Fille de Lierre et de Rose, elle ne peut en toute logique que s’appeler ainsi puisque son père «porte le nom d’une plante grimpante» et sa mère celui d’une rose. «Une rose qui grimpe, c’est une rose trémière.» Contrairement à Déodat, Trémière est d’une beauté à couper le souffle. Mais son physique ne va pas l’empêcher de subir à son tour les railleries de ses camarades, car elle ne brille pas par son intelligence. Mais grâce à sa grand-mère Passerose, elle va apprendre à profiter de ses atouts, se passionnant pour les bijoux auxquels son aïeule voue un quasi culte. Il ne se déroulera du reste pas plus de vingt-quatre heures après le vol de ces derniers pour qu’elle décède. Trémière va devenir l’égérie d’un joaillier et finira par croiser Déodat.
On n’en dira pas davantage, sinon à souligner le plaisir que l’on prend à cette relecture d’un genre littéraire trop délaissé. C’est à la fois cruel et actuel, joyeux et lumineux, humoristique et philosophique.

Autres critiques
Babelio 
Toute la culture (Martine Stisi)
France Info (Le livre du jour – Philippe Vallet)
Blog Sur la route de Jostein 
Le Soir (Joëlle Smets)
L’Alsace (Jacques Lindecker – Interview de l’auteur)
Culturebox (Odile Morain)
Blog Les petits livres 
Blog Les petites madeleines 
Blog Cultur’elle (Caroline Doudet)
Les premières pages du livre

Extrait
« Lierre inventait des jeux vidéo, Rose dirigeait une galerie d’art dans le nouveau quartier branché de Chevaleret. Ils avaient vingt-cinq ans, ils n’avaient pas de temps à accorder à leur bébé. Un mois après l’accouchement, la jeune mère reprit son travail et confia la petite à sa mère, qui habitait une ruine somptueuse à Fontainebleau.
– Tu es sûre que c’est une bonne idée ? lui demanda Lierre.
– C’est là que j’ai grandi, élevée par ma mère, répondit Rose.
– La maison et la mère s’effondraient moins à l’époque.
– Je souhaite à ma fille une enfance aussi féerique que la mienne.
La mère de Rose s’appelait Passerose, autre nom de la rose trémière. Elle s’éprit de sa petite-fille au premier regard :
– Je ne pensais pas qu’il était possible d’être encore plus belle que Rose, dit-elle à l’enfançonne.
Personne ne connaissait l’âge de Passerose. Cette ignorance renforçait l’idée qu’elle venait d’une époque radicalement autre, où les papiers d’identité n’existaient pas et où les filles de seize ans hésitaient entre les carrières de fée ou de sorcière. Passerose semblait ne pas avoir choisi qui tenait autant de la sorcière que de la fée.
Rose n’avait jamais connu son père, ni même su son nom. Quand elle interrogeait sa mère à ce sujet, elle n’obtenait pas d’autre réponse que :
– Je l’aimais. Il est mort à la guerre.
– Quelle guerre ? Les Français ne faisaient pas la guerre au temps de ma naissance.
– Les Français font toujours la guerre quelque part.
– Parle-moi de lui.
– Je ne peux pas. C’était un trop grand amour.
Parfois, Rose soupçonnait Passerose de l’avoir inventé. Il n’en demeurait pas moins qu’elles habitaient un palais qui leur avait été légué par ce père et dont la propriété ne leur fut jamais contestée. »

A propos de l’auteur
Depuis 1992 et Hygiène de l’assassin, tous les livres d’Amélie Nothomb ont été publiés aux éditions Albin Michel. Elle a reçu, entre autres, le prix Chardonne, le Grand prix du roman de l’Académie française, le prix de Flore, et le Grand prix Jean Giono pour l’ensemble de son œuvre.
Ses œuvres sont traduites dans 40 langues, des U.S.A. au Japon. (Source : Éditions Albin Michel)

Site Internet de l’auteur 
Page Wikipédia de l’auteur 

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La rentrée n’aura pas lieu

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La rentrée n’aura pas lieu
Stéphane Benhamou
Éditions Don Quichotte
Roman
176 p., 00,00 €
EAN : 9782359495676
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en France, principalement dans le Sud du pays et à Paris, même si la première ville citée est Sainte-Menehould. On passe notamment par les péages autoroutiers ainsi que par les lieux de villégiature suivants : Lyon, Orange, Valence, Marseille, Castellane, Gardanne, Gap ou encore Millau, Virsac, Courchevel, Montagnac, Saint-Arnoult, Lançon, Châteauroux, Saintes, Saint-Martin-en-Ré, Cogolin, Eygalières, Le Luc, Biarritz-La Négresse, Agen-Porte d’Aquitaine, Montélimar-Nord, Nîmes-Ouest, Gallargues-le-Montueux, Cambarette Nord, Confrécourt. Bien entendu le PC routier de Rosny-sous.Bois y jour son rôle ainsi que Moustiers, au cœur des gorges du Verdon, qui devient le lieu symbolique de la résistance.

Quand?
L’action se déroule du 27 août au 15 septembre, dans un futur plus ou moins proche.

Ce qu’en dit l’éditeur
Comme chaque année, pour les traditionnels retours des vacanciers, Bison futé avait prévu que les 26 et 27 août seraient des journées noires sur les routes. Mais aux péages, comme dans les gares et les aéroports, on ne vit personne revenir. Onze millions d’Aoûtiens avaient, semble-t-il, décidé de faire la rentrée buissonnière.
Cette année-là, sans se concerter, sans obéir au moindre mot d’ordre, 11 millions d’Aoûtiens ne reprirent pas le chemin du travail et de l’école à la fin août.
Pandémie de burnout face à la crise qui n’en finissait plus, au terrorisme qui, on ne cessait de le répéter, ne manquerait pas de frapper encore, abstention généralisée devant la menace de moins en moins fantôme d’une élection présidentielle terrifiante?
Tous ceux qui avaient l’habitude de chroniquer et de disserter doctement, observateurs et acteurs de la vie politique, économique et sociale, se trouvèrent aussi désemparés pour comprendre le phénomène que le gouvernement pour trouver des solutions à cette rentrée buissonnière.
Les patrons menacèrent de licencier en masse, les banques de bloquer les comptes des « déserteurs » et, passé le mouvement de sympathie amusée des premiers jours, l’agacement puis la colère s’emparèrent de ceux qui avaient repris le travail.
Les Aoûtiens, eux, ne demandaient chaque jour qu’un autre jour pour reprendre le souffle qui leur avait manqué quand il s’était agi de prendre le chemin du retour.
Objets de toutes les préoccupations, sujets des études les plus alarmantes et cibles des haines les plus féroces, les Aoûtiens découvraient un nouveau monde et une vie dont ils étaient privés jusqu’à cette rentrée.

Ce que j’en pense
***
Voilà une petite fable bien sympathique qui nous met une très grande partie des Français en scène. Je veux parler de tous ceux qui prennent leurs vacances en août et se donnent rendez-vous dans le Sud du pays. Pour son premier roman, Stéphane Benhamou a choisi de faire durer le plaisir en imaginant que ces aoûtiens décident de rester sur le lieu de villégiature au lieu de reprendre le chemin du bureau ou de l’école.
Du 27 août au 15 septembre, cette « parenthèse inattendue » a quelque chose de sympathique et d’effrayant. Après tout, qui n’a pas rêver de pouvoir prolonger ses vacances. Mais si des millions de personnes le font en même temps, cela pose quelques problèmes. Un premier rapport ministériel explique que la fin août n’a pas opéré « comme le sas habituel entre repos et travail. Quelque chose s’est déréglé dans la mécanique inexorable de la rentrée et a laissé une béance à sa place. Les gens ne veulent plus parler. Ils attendent chaque jour le lendemain pour gagner une nouvelle journée et se sentir plus forts. Septembre est un rivage que ne peut atteindre, pour l’instant, ce monde flottant. »
Michel Chabon, dont la profession consiste à rédiger les messages d’information sur les panneaux d’autoroute – et qui se retrouve du coup sans occupation en raison d’une circulation quasi inexistante – est chargé d’analyser cette « sorte de grève générale sans préavis ni revendication. »
Il se rend à Moustiers au bord du Verdon, devenu en quelques jours le lieu symbolique d’un mouvement qui met en cause la place du travail dans la société, les cadences infernales qui mènent au burn-out, l’exaspération face à une économie qui tourne au ralenti, la peur du terrorisme ou encore la démission du pouvoir.
De fait, au sommet de l’État, c’est la sidération qui domine et les solutions tardent à venir. « Ce qui se passe aujourd’hui est d’une gravité qu’il ne faut ni sous-estimer ni exagérer. » Du côté des patrons, des banquiers et des «rentrés» le ton est plus dur, les slogans plus directs. Il faut couper les vivres à ces dangereux sécessionnistes, avant qu’ils n’infestent la société avec ce «virus qui avait infesté le corps national en mai 1968 et dont l’organisme n’avait jamais pu guérir. »
D’un côté on ressort quelques tubes dont la bande son marque bien la volonté de profiter de l’arrière-saison, de l’Aquoiboniste de Gainsbourg à l’Auto-Stop de Maxime Le Forestier, de l’Été indien de Joe Dassin au Sud de Nino Ferrer, en passant par Le lundi au soleil de Claude François, tandis que de l’autre on réclame des licenciements en masse, l’arrêt des approvisionnements et le retrait de l’argent dans les distributeurs bancaires : « Pas de rentrée, pas d’argent. La peur va changer de camp. »
Michel, qui retrouve Martine, sa chef du personnel, allongée au bord de la rivière et pas forcément décidée à regagner son bureau, va devenir le porte-parole de ces aoûtiens qui hésitent entre déprime et révolution.
Si leur histoire va se terminer assez vite, elle nous aura permis de découvrir, sous couvert d’un conte bien enlevé, les racines du mal français, les arcanes de la politique, le jeu des extrêmes et une nouvelle sociologie du travail. Le tout en moins de 200 pages qui se lisent avec les images des dernières vacances et ce refrain tout aussi nostalgique en tête :
«Le lundi au soleil
C’est une chose qu’on n’aura jamais
Chaque fois c’est pareil
C’est quand on est derrière les carreaux
Quand on travaille que le ciel est beau…

68 premières fois
Blog motspourmots.fr  (Nicole Grundlinger)

Autres critiques
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Extrait
« Depuis le début des années soixante-dix, dans tous les ministères – celui de Michel, les Transports – comme à l’Intérieur et au Tourisme, on s’employait à disqualifier le « suivisme moutonnier » (le terme ne devait pas sortir dans des rapports destinés au public) qui voulait que tout le monde parte en même temps aux mêmes endroits. On lançait des campagnes d’information, finançait enquêtes et sondages pour rendre tendances d’autres destinations que le littoral. Les vacanciers modernes et responsables y auraient d’autres préoccupations et plaisirs que ceux de s’entasser sur les mêmes plages et de bouchonner ensemble sur les routes. Mais rien n’y faisait. On continuait à partir en masse au mois d’août – onze millions de Français en congés pour au moins trois semaines – et la France se complaisait dans cette vie ralentie.
Les bilans de la saison touristique étaient présentés avant même la fin août dans les ministères concernés. Et les conclusions, que son chef de service donnait à relire à Michel, se répétaient d’année en année : la masse ne savait pas vivre. Pour elle, on avait saccagé le littoral et bétonné les dernières trouées d’azur. »

A propos de l’auteur
Auteur pour d’autres d’une vingtaine d’ouvrages et sous son propre nom d’autant de films documentaires, Stéphane Benhamou prend généralement ses vacances au mois d’août. (Source : Éditions Don Quichotte)

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14 juillet

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14 juillet
Eric Vuillard
Actes Sud
Roman
208 p., 19 €
EAN : 9782330066512
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, mais c’est de toute la France que viennent les signes de révolte, notamment de Besançon, Dax, Meaux, Pontoise, Cambray, Montlhéry, Rambouillet , Amiens.

Quand?
L’action se déroule en 1789.

Ce qu’en dit l’éditeur
La prise de la Bastille est l’un des évènements les plus célèbres de tous les temps. On nous récite son histoire telle qu’elle fut écrite par les notables, depuis l’Hôtel de ville, du point de vue de ceux qui n’y étaient pas. 14 Juillet raconte l’histoire de ceux qui y étaient. Un livre ardent et épiphanique, où notre fête nationale retrouve sa grandeur tumultueuse.
« De la Bastille, il ne reste rien. La démolition du bâtiment commença dès la nuit du 14 juillet 1789. De l’événement, nous avons les récits du temps. Les députations de notables qui se rendirent à la citadelle et les délibérations de l’Hôtel de Ville y prennent une importance démesurée. On nous raconte la prise de la Bastille du point de vue de ceux qui n’y étaient pas; et qui vont devenir nos représentants. Ils n’y étaient pas et ne souhaitaient d’ailleurs pas que la Bastille tombe. Ils firent même tout pour l’empêcher. Mais ils ont laissé des témoignages. Car ces gens-là savaient écrire.
Il fallait donc retrouver les relations des gens ordinaires, s’appuyer sur le récit personnel de leur participation à l’émeute du 14 Juillet. Il fallait éviter tout surplomb, afin de ne pas écrire un 14 Juillet vu du ciel. En m’en tenant aux récits méprisés, écartés, j’ai voulu me fondre dans la foule. Et puisque c’est bien le grand nombre anonyme qui fut victorieux ce jour-là, il fallait également fouiller les archives, celles de la police, où se trouve la mémoire des pauvres gens.
L’Histoire nous a laissé un compte et une liste : le compte est de 98 morts parmi les assaillants ; et la liste officielle des vainqueurs de la Bastille comporte 954 noms. Il m’a semblé que la littérature devait redonner vie à l’action, rendre l’événement à la foule et à ces hommes un visage.
À une époque où un peuple se cherche, où il apparaît sur certaines places de temps à autre, il n’est peut-être pas inutile de raconter comment le peuple a surgi brusquement, et pour la première fois, sur la scène du monde. » E. V.

Ce que j’en pense
Comment se fait-il qu’il ne soit jamais venu à l’idée de personne de s’emparer d’un tel sujet ? Avant Éric Vuillard, il semble en effet qu’aucun romancier ne se soit avancé sur le chemin de l’un des actes fondateurs de notre histoire puisqu’il est devenu notre fête nationale : la prise de la Bastille le 14 juillet 1789.
Rendons un triple hommage à l’auteur de Tristesse de la terre. D’abord celui d’avoir creusé les archives et, faisant œuvre d’historien, de nous détailler ce qui s’est vraiment passé ce jour historique ainsi que sa genèse.
Ensuite pour le ton avec lequel il nous restitue cet épisode aussi dramatique que glorieux. En accumulant les verbes et les adjectifs, il donne un mouvement incroyable à l’événement, si bien que l’on se sent littéralement entraîné par cette foule immense aux pieds de cet impressionnant monument.
Enfin, chapeau bas pour avoir redonné vie au peuple de France, à ces pauvres gens qui se sont improvisés en armée et qui ont fini par renverser la montagne qui se dressait face à eux. Pendant que les Robespierre et autre Mirabeau théorisaient la République une et indivisible, les sans-grade allaient au charbon. On serait presque tenté d’écrire allaient se faire tuer joyeusement tant ils mettaient d’entrain – ou d’inconscience – dans leur combat.
Tout a donc commencé par une grande famine. Comme les récoltes avaient été mauvaises, la population ne parvenait plus à se nourrir et attaquaient les greniers à grain et pillaient les magasins. De partout la colère grondait. À Paris, les gardes-françaises répriment les manifestations dans le sang avant de se rallier aux émeutiers.
Le peuple s’accapare la capitale aux cris de «Mort aux riches!». Les bourgeois, inquiets se réunissent à l’Hôtel de Ville. « Ils montent un comité et décident la création d’une milice armée. À la même heure, le roi part à la chasse. Son cheval galope dans les bois, ses gens rameutent les chiens, ça jappe, le cerf coure entre les fourrés. Seul le temps change les hommes, mais certaines distances semblent chargées de siècles; à vingt kilomètres de Paris, on vit dans un autre monde. La reine est au Trianon, elle cueille des capucines. »
Nous sommes le 14 juillet, au moment où près de la moitié de la population de Paris converge vers la forteresse de la Bastille. Il y a là les ouvriers, les petits commerçants, les artisans, les pauvres, les déserteurs, les brigands et même quelques bourgeois. Ils sont rassemblé tout ce qui de près ou de loin pouvaient servir comme armes, allant chercher des canons dans des musées, des épées dans des théâtres. « Il faut imaginer ça. Il faut imaginer un instant le gouverneur et les soldats de la citadelle jetant un œil par-dessus les créneaux. Il faut se figurer une foule qui est une ville, une ville qui est un peuple. Il faut imaginer leur stupeur. »
Humble, l’auteur reconnaît qu’au fond, on ignore ce qui se produisit vraiment. Mais cela lui donne la liberté d’imaginer et son récit n’en est que plus «authentique». Il énumère les noms de cette foule bigarrée, voit les jeunes hommes intrépides – ou inconscients – nous retrace des morceaux de leur biographie, le pays ou la région d’où ils viennent. Nous parle de Sassard le couillon, Scribot le cul-terreux, Servant, l’employé, Serusier, le marchand de légumes et puis Vattier, dit Picard, Cholet, dit le Bien-aimé et tous les autres, les pères et les fils. «C’est dingue ce qu’un faubourg contient de vies». Bien entendu, il n’oublie pas les femmes dont la détermination est tout aussi grande.
Les premiers coups de feu sur les assaillants donnent soudain à leur avancée une dimension plus dramatique. « Assassins ! Assassins ! » hurle la foule qui reprend sa marche en avant. Et voilà que la fronde et la colère se transforme en un opéra, une « grande guerre de gestes et de mots », que la fiction se transforme en réalité, que le 14 juillet est incarné. Place à la Fête Nationale!

Autres critiques
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Télérama (Olivier Pascal-Moussellard)
France culture (entretien avec Tewfik Hakem)
20 minutes (Laurent Bainier)
Toute la culture (Magali Sautreuil)
BibliObs (Jean-Jacques Salgon)
Blog Cannibales lecteurs 
Charybde 27 : le blog 
Blog Clara et les mots 
Blog Sur la route de Jostein 
Blog Tête de lecture, webzine littéraire
Europe 1 nuit (Nicolas Carreau)

Extrait
« Jean-Armand Pannetier, c’est son nom, laissera une petite relation de sa journée, et retombera aussitôt dans le néant. Mais à ce moment, le mardi 14, il est l’étincelle qui met le feu aux poudres.
Comme il est de grande taille, il se plante contre la muraille et fait la courte échelle. Le charron Tournay monte le premier. Il porte un gilet bleu. Il a vingt ans. Huit à dix autres le suivent. Ils enjambent une échoppe qui sert de remise à un débitant de tabac. La foule les apostrophe, on rigole, on les encourage. Il y a un raffut inouï. Tournay grimpe sur le toit du corps de garde. Des copains le hèlent, le vent fait bouffer son gilet. Je désire, j’imagine, qu’à cet instant, le charron Louis Tournay ait été lui-même, seulement lui-même, vraiment, dans son intimité la plus parfaite, profonde, là, aux yeux de tous. Ce fut pour un court instant. Quelques pas de danse sur un toit de tuiles. Une série de déboulés, la tête libre, haute, puis un chapelet de battements, de piqués, de pirouettes même. Ou plutôt, non, ce furent des pas très lents, de petites glissades, des pas de chat. Soudain, Tournay, sous le grand ciel, dans le jour gris et bleu, oublie tout. Le temps meurt un instant en lui. Il vacille près d’une cheminée. Les gens craignent qu’il tombe. Oh ! Il s’accroupit sur la pente intérieure du toit, les tuiles lui brûlent les mains ; on ne le voit plus. Il est seul. La Cour du Gouvernement est vide, face à lui. Il est alors juste une ombre, une silhouette. Les soldats sur les tours le regardent. Il saute dans la cour.
Là, il est encore plus seul. » (p. 67-68)

A propos de l’auteur
Éric Vuillard, né en 1968 à Lyon, est écrivain et cinéaste. Il a réalisé deux films, L’homme qui marche et Mateo Falcone. Il est l’auteur de Conquistadors (Léo Scheer, 2009, Babel n°1330), récompensé par le Grand prix littéraire du Web – mention spéciale du jury 2009 et le prix Ignatius J. Reilly 2010. Il a reçu le prix Franz-Hessel 2012 et le prix Valery-Larbaud 2013 pour deux récits publiés chez Actes Sud, La bataille d’Occident et Congo ainsi que le prix Joseph-Kessel 2015 pour Tristesse de la terre (paru en 2014 dans la collection « un endroit où aller »). (Source : Éditions Actes Sud)

Site Wikipédia de l’auteur 

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The girls

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The girls
Emma Cline
Éditions de la Table Ronde
Roman
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch
336 p., 21 €
EAN : 9782710376569
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Californie, entre Los Angeles, Venice Beach, Pacific Heights, Berkeley, Petaluna, Monterey, Palo Alto, Mendocino, Hot Springs Canyon ainsi qu’à Bakersfield et Seattle.

Quand?
L’action se situe d’une part en 1969 et d’autre part quelque trente années plus tard.

Ce qu’en dit l’éditeur
Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n’a que Connie, son amie d’enfance. Lorsqu’une dispute les sépare au début de l’été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l’atmosphère d’abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l’aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d’une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l’adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s’y faire accepter. Tandis qu’elle passe de moins en moins de temps chez sa mère et que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s’aperçoit pas qu’elle s’approche inéluctablement d’une violence impensable.
Dense et rythmé, le premier roman d’Emma Cline est saisissant de perspicacité psychologique. Raconté par une Evie adulte mais toujours cabossée, il est un portrait remarquable des filles comme des femmes qu’elles deviennent.

Ce que j’en pense
****
Après California Girls de Simon Liberati, l’actualité de cette rentrée littéraire nous permet de découvrir un second roman inspiré de l’un des fait divers les plus spectaculaires de l’histoire américaine. Avec The Girls, l’Américaine Emma Cline – qui avait 25 ans lorsqu’elle a écrit ce premier roman – bénéficie toutefois d’une aura bien différente de celle de l’écrivain français. Les droits internationaux du roman se sont en effet arrachés dans quelque 34 pays et un producteur de cinéma s’est déjà réservé l’adaptation du livre.
En France, ce sont donc les éditions de la Table Ronde qui ont fait le pari de miser sur cette nouvelle étoile montante aujourd’hui installée à New York. L’avenir dira si le jeu en valait la chandelle, mais il faut bien reconnaître que le récit de l’errance d’Evie mérite le détour.
À 14 ans, le personnage principal vit un moment clé de son existence. Celui où son corps change, celui où on commence à s’imaginer un avenir. Mais plus qu’un roman de formation, nous avons droit à une plongée dans cette période historique qui a durablement changé l’Amérique, voire le monde. Avec ce point culminant que constitue le massacre sanglant perpétré par un petit groupe de partisans de Charles Manson – principalement des jeunes filles – et dont sera notamment victime Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski, alors enceinte. Mais plutôt que de se livrer à une reconstitution historique des faits, Emma Cline a choisi de nous raconter comment on en est arrivé à cette extrémité.
Mais revenons à Evie. La jeune fille n’a qu’une piètre opinion d’elle-même : « Mes parents, bien qu’absorbés l’un et l’autre par leur monde, se disaient déçus, peinés par mes médiocres résultats. J’étais une fille moyenne, et c’était là leur plus grande déception : il n’y avait aucun éclat de grandeur en moi. Je n’étais pas assez jolie pour justifier de tels résultats, la balance ne penchait pas assez franchement du côté de la beauté ou de l’intelligence. Il m’arrivait d’être remplie de bonnes intentions, de vouloir m’améliorer, de m’appliquer, mais évidemment, rien ne changeait. D’autres forces mystérieuses semblaient s’exercer. »
Le divorce qui suit ne va pas arranger les choses. Du coup, elle passe beaucoup de temps avec sa meilleure amie Connie, s’intéresse aussi un peu au frère de cette dernière et tente, notamment en feuilletant la collection des revues de son père, de faire son éducation sexuelle.
Tout bascule quand Connie décide de prendre ses distances. Comme sa mère ne s’intéresse en premier lieu qu’à sa propre personne, elle cherche refuge auprès d’un groupe constitué autour d’un chanteur charismatique du nom Russell.
Mais davantage que le musicien toujours à la recherche d’une reconnaissance, c’est Suzanne qui attire Evie. La jeune femme de 19 ans l’entraîne vers sa première expérience sexuelle en compagnie du musicien.
Dans le ranch où la communauté séjourne, les journées défilent. Entre les expéditions pour trouver de la nourriture, la consommation de drogue et d’alcool et une oisiveté qui semble être le but suprême, il y a de la place pour quelques leçons dispensées par le «gourou», mais aussi pour fomenter quelques mauvais coups. Après avoir trouvé de l’argent dans la famille, dans celle des copains et visité la maison de voisins, Evie est confiée aux bons soins de son père et de sa belle-mère. Mais, après quelques jours, elle s’enfuit pour retrouver Suzanne.
Lorsqu’elle rejoint le groupe, elle n’imagine pas ce qui se trame. Pas plus qu’elle ne comprendra pourquoi elle n’a pas participé à cette sortie, ni même comment la police a mis tant de temps à découvrir la vérité.
Avec le recul nécessaire pour comprendre le jeu de domination, la dynamique de groupe des Girls et la machinerie infernale qui s’est alors mise en marche, l’auteur prend ses distances avec l’adolescente qu’elle était alors. Une époque qu’elle a traversé sans vraiment comprendre pourquoi et comment, un peu paumée.
Les style rend du reste admirablement ce décalage. Le monde que nous décrit Evie balance entre l’innocence de l’enfance, les aspirations de l’adolescente et la recherche d’un sens à la vie, toujours sur le fil du rasoir.
C’est sans doute cette fragilité qui fait de ce roman une œuvre étincelante et magnétique.

Autres critiques
Babelio 
Libération (Elisabeth Franck-Dumas)
Paris Match (François Lestavel)
Libération (Elisabeth Franck-Dumas)
ELLE (Marguerite Baux)
L’Express (Marianne Payot)
Cheek Magazine (Faustine Kopiejwski – rencontre avec l’auteur)
Onirik.net (Valérie)
Blog Les petits livres
Blog Lily lit 
Blog Plaisirs à cultiver 

Extrait
« Ma mère disait que je ressemblais à ma grand-mère, mais cela me paraissait louche, un mensonge qui prenait ses désirs pour la réalité, destiné à donner un faux espoir. Je connaissais l’histoire de ma grand-mère, je la répétais machinalement comme une prière. Harriet, la fille du cultivateur de dattes, arrachée à l’anonymat confit d’Indio et conduite à Los Angeles. Sa mâchoire fuyante et ses yeux humides. Des petites dents, droites et légèrement pointues, comme un chat étrange et beau. Gâtée par le système des studios, se nourrissant de lait battu avec des œufs, ou de foie grillé et de cinq carottes, repas que j’avais vu ma grand-mère manger chaque soir de mon enfance. La famille terrée dans le vaste ranch de Petaluma après qu’elle avait pris sa retraite, cultivant des roses de concours à partir de boutures Luther Burbank et élevant des chevaux.
À la mort de ma grand-mère, nous étions comme un pays indépendant dans ces collines, vivant de son argent, même si je me rendais en ville à vélo. La distance était surtout psychologique. Adulte, je n’en reviendrais pas de notre isolement. »

A propos de l’auteur
Emma Cline est née en Californie en 1989. Elle est titulaire d’un MFA de l’Université Columbia à New York et vit à Brooklyn. The Girls (2016) est son premier roman. (Source : Babelio)

Site internet de l’auteur (en anglais)

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140 signes :
À 14 ans, Evie s’attache à un groupe de hippies

L’autre Edgar

L’autre Edgar
Anne-Frédérique Rochat
Éditions Luce Wilquin
Roman
256 p., 20 €
EAN : 9782882535238
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule dans un endroit qui n’est pas nommé, mais qui pourrait bien ressembler à la Suisse. La présence d’un lac et des montagnes alentour laisse imaginer que nous sommes à Vevey ou à Lausanne.

Quand?
L’action se déroule durant les quarante dernières années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Il vit le jour en pleine nuit. Une nuit sans étoile et sans lune, une nuit noire. Il cria longtemps, comme s’il était très en colère ou très effrayé. Plusieurs heures sans discontinuer. […] « Pour le prénom, chuchota la mère, j’ai beaucoup réfléchi, tu sais, mais je n’arrive pas à me décider pour autre chose ; il n’y a qu’Edgar qui me plaise. »
Qu’est-ce que cela fait d’hériter du prénom d’un mort, d’être le remplaçant ? Le cadet porte le même nom que son aîné, décédé de mort blanche. Il tentera toute sa vie de se débarrasser de ce fantôme qui le hante. Si son frère n’avait pas perdu la vie brutalement, existerait-il, lui, l’autre Edgar ? Au fil des pages et des ans, on suit le destin de cet enfant né pour réparer l’immense chagrin qu’a laissé derrière lui son aîné : sa difficulté à trouver sa place dans le monde, à définir son identité, suis-je moi ou l’autre ?, ainsi que ses déboires sentimentaux.

Ce que j’en pense
Livre après livre Anne-Frédérique Rochat s’affirme comme une valeur sûre de la littérature romande. Son style s’affine et son sens de la narration se peaufine. Dans son précédent roman, Le chant du canari, elle explorait l’histoire d’un couple qui petit à petit se sépare. Dans ce nouveau roman, ce serait presque l’inverse. L’autre Edgar essaie de construire un couple, ou plus exactement de se construire une identité avant de tenter l’aventure de la vie à deux.
Car Edgar est ce que l’on pourrait appeler un enfant de substitution. Lorsqu’il naît, ses parents décident de lui donner le même prénom que celui de leur premier enfant, décédé subitement une année plus tôt. «Ce serait dommage de ne pas le réutiliser» dira la mère qui entend effacer le traumatisme encore très vif de ce décès en s’investissant corps et âme pour ce nouveau-né.
Toutefois, dès les premières années de son existence, le petit garçon va s’interroger, se demander qui est le petit garçon sur la photo du salon. Un questionnement qui s’intensifiera lorsqu’on lui annoncera que son père est parti…
Voulant préserver son enfant désormais orphelin, la mère va éluder les questions jusqu’au jour où la voisine se voit quasiment contrainte d’expliquer les drames familiaux.
« Ce soir-là, allongé sur son lit, dans la pénombre de sa chambre, Edgar pensa longuement. Avec la clé que Mathilde lui avait donnée, il tenta d’ouvrir quelques portes pour y voir plus clair et laisser entrer un peu de lumière. » Quelques cauchemars – durant lesquels son frère décédé lui rendra visite – et quelques années seront nécessaires pour comprendre, puis pour se libérer de ces curieux sentiments qui vont tout à tour le traverser, de la culpabilité d’avoir pris la place d’un autre à la frustration de n’être prix que pour un remplaçant.
À l’adolescence difficile – mais comment en serait-il autrement – succèdent les premières années de la vie d’adulte, le moment où il va falloir apprendre à voler de ses propres ailes. Sauf que la relation quasi exclusive bâtie avec sa mère l’empêche de s’épanouir. Après l’émerveillement de la découverte du monde du théâtre, le désir de travailler dans ce milieu et les premiers émois face à l’aura d’une belle comédienne, il se rend compte que bien des obstacles sèment encore sa route et qu’il est lui-même jaloux d’une éventuelle relation que sa mère pourrait être tentée de nouer. Même s’il s’agit d’une fausse alerte et qu’«il était son seul amour, son cœur, son enfant», l’événement va servir de déclencheur.
Quand sa confidente Mathilde meurt et que, quelques années plus tard, de nouveaux voisins viennent s’installer dans la maison mitoyenne, Edgar tombe immédiatement amoureux de Macha. Sauf que cette dernière est mariée.
On ne dévoilera pas ici comment l’amoureux transi aura quand même sa chance, on pourra tout au plus ajouter une nouvelle variation du thème de l’absence et de la façon dont on peut gérer ce manque.
Voici donc l‘un des plus beaux romans consacrés à la question de l’identité, à la manière dont on l’a construit ou dont elle est construite à travers le regard des autres.

Autres critiques
Babelio
Le Courrier (Suisse)
Blog de Francis Richard 
Radio Télévision Suisse (émission Versus-lire)

Les premières lignes
« Il vit le jour en pleine nuit. Une nuit sans étoile et sans lune, une nuit noire. Il cria longtemps, comme s’il était très en colère ou très effrayé. Plusieurs heures sans discontinuer. Sans que rien, ni les mots doux, ni le sein, ne puissent l’apaiser. Ce furent les premiers rayons du soleil qui parvinrent enfin à le calmer. Ses pleurs diminuèrent petit à petit, jusqu’à s’éteindre complètement, pour le plus grand bonheur de ses parents. Son visage se détendit, son corps se relâcha et son esprit s’abandonna aux rêves réparateurs qu’abrite le sommeil.
– Pour le prénom, chuchota la mère, j’ai beaucoup réfléchi, tu sais, mais je n’arrive pas à me décider pour autre chose ; il n’y a qu’Edgar qui me plaise.
– On s’était tellement creusé la tête pour le trouver, murmura le père, pensif.
– Oui, ce serait dommage de ne pas le réutiliser.
– Tu as peut-être raison, ce serait du gâchis de…
Il s’interrompit. Prit la main de sa femme, la serra.
– D’accord. Si c’est ce que tu souhaites, je dis d’accord.
Maria regarda Louis avec reconnaissance. Elle avait les larmes aux yeux et le cœur battant. La vie reprend ses droits, songea-t-elle. Mon enfant est là près de moi, il est de nouveau là.
– Edgar, répéta-t-elle plusieurs fois d’une voix émue au petit être qui dormait entre ses bras.
Il ne broncha pas.
– Tu vois, ça lui convient.
– En tout cas, tu as l’air heureuse, et ça me remplit de joie.
Cela faisait des mois qu’elle ne souriait plus. Depuis la mort du petit. Le grand. L’aîné. Celui qui était né deux ans auparavant et décédé trois cent soixante-cinq jours plus tard. Mort blanche. Une nuit d’hiver. La neige qui tombait. Derrière les fenêtres. Et dedans. Tout ce silence. Dans la chambre. Trop de Blanc.
Leur monde s’était effondré.
Mais commençait déjà à se reconstituer en ce tendre jour de février.
Où un nouvel Edgar était né. »

A propos de l’auteur
Née le 29 mars 1977 à Vevey, la comédienne Anne-Frédérique Rochat a grandi à Clarens sur Montreux. En juin 2000, elle obtient un diplôme de comédienne au Conservatoire d’Art Dramatique de Lausanne. Rapidement, elle se met à écrire des pièces de théâtre tout en jouant régulièrement en Suisse romande. En 2005 et 2006, elle reçoit successivement un prix à l’écriture théâtrale de la Société suisse des auteurs pour Mortifère, puis pour Apnée. En 2008, sa pièce Les éoliennes est lauréate des Journées de Lyon des auteurs de théâtre, avant d’être lue au Théâtre du Rond-Point à Paris. La même année, ayant envie de s’essayer à un autre genre qu’elle aime et admire particulièrement, elle écrit Accident de personne, son premier roman, publié aux Editions Luce Wilquin en 2012. En 2013, chez la même éditrice, paraît un deuxième roman, Le sous-bois, un troisième A l’abri des regards en 2014, puis un quatrième Le chant du canari, nominé pour le prix des lecteurs de la ville de Lausanne 2016. A présent, elle alterne écriture dramatique (quatre de ses pièces ont été montées en Suisse ou en France) et narrative, trouvant un plaisir différent, mais complémentaire, dans l’exercice de ces deux genres littéraires. Elle continue également de jouer au théâtre, on a pu la voir notamment dans L’échappée, pièce qu’elle a écrite, mise en scène par Olivier Périat, Le Café des voyageurs, écrit et mis en scène par Coline Ladetto, L’épreuve du feu de Magnus Dahlström, mis en scène par Guillaume Béguin, ou Jeanmaire : une fable suisse d’Urs Widmer, mis en scène par Simone Audemars. Elle vit à Lausanne et vient de publier son cinquième roman, L’autre Edgar aux Editions Luce Wilquin. (Source : annefrederiquerochat.ch/ Fondation vaudoise pour la culture)

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