La correction

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La Correction
Élodie Llorca
Rivages
Roman
192 p., 18 €
EAN : 9782743633387
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en France, dans un endroit qui n’est pas nommé.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une seule lettre change et tout est déréglé. Le narrateur va l’apprendre à ses dépens lorsqu’après avoir travaillé quelque temps dans une papeterie, il décide de devenir correcteur professionnel. Il y est d’autant plus résolu que sa mère a toujours cru qu’il était prédestiné à ce métier. Il est embauché à ce poste dans la Revue du Tellière, dirigée par Reine, une femme autoritaire et dominatrice qui va bientôt exercer sur lui son emprise. Reine le fascine autant qu’elle l’intimide. L’aventure se complique lorsqu’il constate que des coquilles sont systématiquement ajoutées après coup sur son jeu de copies. Il soupçonne bientôt Reine de les glisser là délibérément afin de le prendre en faute. Mais bientôt des coquilles d’une toute autre nature vont faire leur apparition…
Dans ce premier roman au style incisif, Elodie Llorca nous livre une fable savoureuse sur les pièges de l’inconscient et les sortilèges du langage.

Ce que j’en pense
***
« Depuis quelque temps, je soupçonnais ma patronne de volontairement introduire quelques coquilles dans la copie afin de pouvoir me prendre en faute. » S’il semble attesté que le mot «coquille» est apparu dans l’univers de l’imprimerie pour désigner les caractères de plomb qui n’étaient pas placés dans leur bon cassetin, parce qu’alors l’expression «vendre ses coquilles» revenait à tromper son monde, il faudra rendre grâce à Élodie Llorca d’avoir su rapprocher dans ce délicieux roman le correcteur et l’oiseau, tous deux sortis de leur «coquille».
Or donc, François est depuis quelques années chargé de dénicher les coquilles, barbarismes, pléonasmes et autres fautes de style dans La Revue du Tellière, un périodique dont on ne saura pas grand-chose, sinon qu’il est dirigé par Reine, une belle rousse, et dont l’équipe est complétée par un rédacteur qui partage son bureau avec le correcteur qu’il va surnommer le recteur.
Autant il est fasciné par sa rédactrice en chef, autant il déteste son collègue. Même s’il soupçonne d’abord cette maîtresse-femme de le mettre à l’épreuve en insérant des coquilles dans des manuscrits qu’il avait déjà corrigés.
Alors même qu’il pensait être installé dans sa vie, que son métier le satisfait bien davantage que son premier emploi dans une papeterie,qu’il pourrait passer de douces soirées avec son épouse, tout va se détraquer. Très vite, la paranoïa s’installe.
Sa femme ne lui parle plus que par post-it interposé, sur lequel il est justement écrit : «Il faut qu’on parle», Reine lui donne du dédaigneux «mon petit François», son collègue le bat froid. Même le petit oiseau qu’il a recueilli et qu’il transporte dans la poche de sa veste va lui prouver que son bec est acéré. Du coup, on verse dans le thriller psychologique. L’enquête pour découvrir l’origine de ces coquilles va pousser François à sortir de sa coquille.
Je vous laisse le soin de découvrir combien cette dernière expression prend ici tout son sens…
La dramaturge Élodie Llorca a le sens du coup de théâtre, mais dans ce premier roman, elle montre aussi quel a le sens de l’intrigue, comme si elle invitait Jorge Luis Borges chez Georges Simenon.

Autres critiques
Babelio
Libération (Virginie Bloch-Lainé)
L’Express (Baptiste Liger, à propos du Prix Stanislas 2016)
La Croix (Coline Vasquez)
La Montagne (Blandine Hutin-Mercier)
MicMag.net (Marie Torres)
Blog Addict culture
Blog Appuyez sur la touche « lecture » 
Blog Du calme Lucette

Extrait
« J’ouvris le tiroir de mon bureau et en sortis un petit calepin noir que j’avais acheté dans le but d’y consigner mes remarques. Je tenais en réalité une sorte d’agenda des coquilles. Cette petite manie m’avait pris sept mois auparavant. J’écrivis : « Aujourd’hui, 24 septembre : roulure / coulure. »
Sous mon message du jour figurait une kyrielle de coquilles : « poire / foire », « coupe / coule », « carcan / cancan », « catin / satin ».
Je tournai rapidement les pages. La première coquille relevée datait du 28 février. J’y avais inscrit les mots « enfoncé / offensé ». Quatre bévues pour un seul mot, c’était beaucoup. L’incongruité de l’erreur m’avait donné alors l’envie de tenir ce journal de bord. »

À propos de l’auteur
Comédienne et dramaturge, Elodie Llorca a écrit plusieurs pièces de théâtre dans lesquelles elle a joué. Elle est aujourdhui scénariste. (Source : Livres Hebdo)

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Focus Littérature

À la place du mort

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À la place du mort
Paul Baldenberger
Équateurs
Roman
220 p., 18 €
EAN : 9782849904480
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en France, à Paris et en banlieue, à Issy-les-Moulineaux, Fontainebleau, Brunoy Versailles, Le Vésinet ou Meudon ainsi qu’à Lyon, Marseille, Manosque, au Vieux-Boucau et en Auvergne. Tunis et Oxford ainsi que New York et l’Oregon y sont aussi évoqués.

Quand?
L’action se situe des années 1940 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Le pistolet était placé à côté du frein à main. Quand le conducteur fut assuré que personne ne pouvait voir la scène sur le point de se dérouler, la scène imaginée, fantasmée, celle qui marquerait son entrée hors du champ de la norme, de la loi, de la vie sociale, quand il fut tout à fait sûr que la longue et morne rue longeant le mur d’enceinte du lycée était déserte, il prit l’arme, la pointa sur ma tête, m’ordonna d’ouvrir la portière et de monter à l’avant, à côté de lui, à la place du mort. »
David a douze ans et attend la belle Nina devant l’aumônerie jouxtant le lycée. Elle ne viendra jamais au rendez-vous. À la place, une Peugeot bleue et un homme armé. Il ne relâchera l’enfant que trois heures plus tard.
Trois heures, le temps pour le bourreau de commettre son crime. Trois heures dans la tête de l’enfant qui fera tout pour survivre.
Entremêlés à ces heures obscures, les fragments de sa vie d’adulte et d’une enfance à l’ombre d’un frère absent : une banlieue tranquille au mitan des années 1980, quelques échappées sur la Côte d’Azur, des voyages lointains et des amours lumineuses pour tromper le vertige. Femmes et paysages dessinent une géographie intime secouée de tremblements. Nulle vallée de larmes, juste l’urgence de trouver la liberté, l’amour, la poésie.
L’écriture somptueuse nous plonge au cœur de ce combat pour conjurer la tragédie et rester du côté de ceux qui sont « un peu plus vivants que morts ».
Un premier roman à bout portant.

Ce que j’en pense
***
Delphine Bertholon dans Les Corps inutiles a raconté comment une jeune fille de 15 ans tente de vivre après une agression sexuelle. Paul Baldenberger (dont on apprend qu’il s’agit d’un pseudonyme et que le récit est autobiographique) nous propose une variation sur ce même thème avec une jeune garçon de douze ans dans le rôle de la victime.
David, qui attend la belle Nina de Valmain, la «fille idéale» près de l’aumônerie est contraint de monter dans une Peugeot 505 bleue et de subir les assauts d’un homme : « J’ai regardé devant pour ignorer l’arme endormie entre ses cuisses. »
Le traumatisme est si violent que seul le mutisme peut enfermer ce crime.
« Il me faudra des années pour revenir à ce tremblement premier, celui des roues de la Peugeot rue Louis-Vicat, l’une des dernières rues pavées de ma banlieue. Tout s’éclairera alors et je tisserai un fil supplémentaire entre ces trois heures et le reste de ma vie. »
Au moment de prendre la plume et de raconter cet épisode, on sent que le temps a passé, mais que les plaies restent ouvertes. Qu’à l’heure du bilan, l’auteur éprouve une sorte de nécessité à revenir sur ce drame et sur toutes les blessures familiales, que ‘est pour lui le moyen de les transcender, à commencer par l’exil de sa mère en 1941 à Tunis où elle est contrainte de fuir, laissant ses parents s’engager dans la résistance : « Lorsque je raconte cette histoire vieille de soixante ans à mon amie, ses yeux brillent. Je suis le grand narrateur, l’homme qui a toujours des histoires sur tout, qui tricote des rêves avec ces lambeaux de passé où il semble si à l’aise, si léger, qui font comme des bandelettes dont il se couvre le corps.»
C’est du reste la grande vertu de ce roman, cette belle écriture, fine et précise, qui permet de dire les choses d’une façon terriblement simple. Comment le petit garçon a grandi à l’ombre d’un frère décédé, comment il a vécu ses premiers émois sexuels, avec Christelle a sept ans. Placé derrière elle durant un cours de chant, il «éprouve une irrésistible envie de toucher sa nuque, de l’embrasser, de la mordre.» Avec Nina quelques années plus tard et à qui il n’osera avouer qu’elle est «comme par inadvertance, associée à un événement plus grand qu’elle, qui la dépasse comme il me dépasse et me submerge. »
Comment tout cela s’arrête brutalement, après ce «tremblement au milieu du mouvement et je suis au-delà de ma vie, comme projeté dans un autre monde, découvrant une nouvelle forêt tandis que l’ancienne s’est évanouie. »
Comment la mort envisagée alors trouve dans l’éloignement un pis-aller. Mais avec un ami allemand avec lequel il grimpe en montagne et avec un séjour en Oregon auprès d’une famille américaine, il reprend goût à la vie. Une vie d’où toute vulgarité est bannie, où le beau est un baume délicat, où le luxe est un pansement agréable et où les partenaires sont belles et riches, même si les relations sont éphémères.
Voilà un premier roman réussi parce que l’on sent à chaque ligne sa nécessité et parce que l’on en oublie le sordide pour n’en garder que la transcendance.

Autres critiques
Babelio
France Inter (La prescription littéraire – Patricia Martin)
L’Express (Jérôme Dupuis)
Libération (Claire Devarrieux)
Blog Le nouveau Cénacle 
Blog Tête de lecture
Blog A la recherche du temps présent 

Les premières pages du livre 

À propos de l’auteur
Paul Baldenberger vit et travaille à Paris. (Source : Éditions Équateurs)

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Focus Littérature

Du vent

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Du vent
Xavier Hanotte
Belfond
Roman
432 p., 19 €
EAN : 9782714458261
Paru en octobre 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en France et en Belgique, notamment à Paris et dans une ville côtière qui n’est pas nommée ainsi qu’à Bruxelles, Charleroi, Gosselies, Soignies. Toronto y est évoquée. Les voyages de Lépide occupent une seconde partie du livre, passant d’Europe en Afrique, du Mont Circé à Tarracine, des frontières du Latium et de la Campanie à Circei, Ostie, Milet, Utique, Carthage et de la Provence à Modène, de Rome, Espagne, Gaule, Misène, Sardaigne, Sicile

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans une ville portuaire, le lieutenant Bénédicte Gardier vient prendre ses nouvelles fonctions au sein d’un important dépôt stratégique. Tandis qu’elle gagne son hôtel, comment se douterait-elle des ennuis qui l’attendent ?
Dans le port sicilien de Lilybée, le triumvir Lépide débarque avec ses légions. Il vient prêter main forte à son collègue Octave, dont l’ambition démesurée commence à l’inquiéter. Pourquoi ne prendrait-il pas enfin la part de pouvoir qui lui revient ?
Entre ces deux débuts d’histoires, quel lien ?
Leur auteur ! Le romancier Jérôme Walque s’est lancé dans une double entreprise de narration.
Seulement voilà… La littérature serait-elle davantage que du vent ? Quand les récits se mettent à déborder sur la réalité et que de mystérieux personnages, éditeurs ou policiers, s’en mêlent, Jérôme commence à douter.

Ce que j’en pense
*****
Du vent ne se résume pas, ou du moins, ne peut se résumer simplement. Car l’auteur ne nous offre pas un roman, mais plusieurs romans soigneusement imbriqués les uns dans les autres.
On commence par un John Le Carré pour suivre avec du Jean Giraudoux tout en oubliant pas d’entrelarder le tout avec de l’Italo Calvino. Rassurons d’emblée les lecteurs qui pourraient être effrayés par cette construction audacieuse. Le roman se lit facilement, l’humour n’est jamais très loin et une bonne dose d’autodérision vient couronner ce petit jeu qui est fort souvent un double je, à l’image de la première protagoniste à entrer en scène, le lieutenant Bénédicte Gardier.
Elle n’a pas le temps de s’installer dans la chambre 307 de l’Hôtel moderne qu’elle se retrouve ficelée comme un saucisson. Tandis que Sophie Opalka prend sa place pour fanfaronner auprès des autorités militaires, se jouant de tous les contrôles, Bénédicte va essayer de trouver un moyen de sortir de ce mauvais pas.
Ou plus exactement, Jérôme Walque. Car c’est lui le démiurge qui a imaginé ce scénario et qui doit désormais faire avancer l’intrigue.
Car ce romancier a fini par donner son accord à Jérémie, son ami écrivain en panne d’inspiration, afin de rédiger les premiers chapitres de cet ouvrage de commande qui doit inaugurer une nouvelle collection consacrée au bondage. Lancée par les éditions B & B (Blaise et Butte, encore un duo), cette collection offre une récréation bienvenue à Jérôme qui est un peu empêtré dans son roman historique.
Car contrairement à son ami Jérémie, qui prend la littérature à la légère, il est un écrivain «sérieux», même s’il ne rechigne pas à donner un coup de main à son double. Ainsi quand Jérémie avait signé chez deux gros éditeurs parisiens pour un même roman. Aidé d’un bon traitement de texte, il «avait remeublé de fond en comble l’un des deux opus» et fait paraître ce second livre sous pseudonyme. Il avait même fini par concurrencer le premier dans la course aux prix.
Passant de la comédie romantique au thriller psychologique, le voilà donc lancé dans une tentative de réhabilitation de la figure de Lépide, l’oublié du Second triumvirat qui préside aux destinées de l’empire romain à compter de 43 avant J.-C. Seulement voilà, à l’image de ses héros, encalminés dans un port, son inspiration attend aussi le souffle libérateur de ce roman qui s’intitule aussi Du vent.
Le pouvoir Octave, c’est vent
Le vent, Lépide, souffle où il veut !
Les lecteurs attentifs remarqueront que dans chacun des récits de petits indices sont habilement semés par l’auteur. Comme un jeu… de miroirs qui vont réfléchir la lumière de l’un vers l’autre. L’éditeur qui affirme avec emphase « Monsieur Walque, nous sommes les Socrate de la littérature dite légère », Jérémie qui encourage son confrère avec ce conseil « Un peu de créativité, un minimum de vocabulaire technique, et vogue la galère ! » ou, aussi paradoxal que cela puisse paraître, Bénédicte qui parvient à téléphoner à Jérôme Walque afin de le sortir de son mauvais pas.
Avant d’avouer que « c’était la première fois de sa vie qu’un personnage lui inspirait autant de mauvaise conscience.», on se sera régalé avec l’auteur qui se sera cette fois documenté avec la BD américaine Les Aventures de Gwendoline.
« On appelle ça littérature, ô grand pontife. Et comme tout pouvoir, ce n’est guère plus que du vent. » Mais c’est un sacré vent de fraîcheur que Xavier Hanotte fait souffler, prouvant avec délectation que quand on a le pouvoir des mots, on a le pouvoir !

Autres critiques
Babelio 
L’Humanité (Jean-Claude Lebrun)
Le Monde (Bertrand Leclair)
La Cause littéraire (Philippe Leuckx)
Le Carnet et les instants (Marguerite Roman)
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Des livres et Sharon

Les premières pages du livre 

A propos de l’auteur
Né en 1960 en Belgique, Xavier Hanotte vit près de Bruxelles. Philologue et germaniste, il a traduit quelques-uns des plus grands romanciers flamands et néerlandais contemporains parmi lesquels, aux éditions Belfond, Hubert Lampo et Marten’t Hart, ainsi que le poète anglais Wilfried Owen (Le Castor Astral). Ses romans, Manière noire (1995), De secrètes injustices (1998), Derrière la colline (2000), Les Lieux communs (2002), Ours toujours (2005), Le Couteau de Jenufa (2008), ainsi que son recueil de nouvelles L’Architecte du désastre (2005), tous publiés chez Belfond, ont été unanimement salués par une critique élogieuse. (Source: Éditions Belfond)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Le grand jeu

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Le grand jeu
Céline Minard
Rivages
Roman
192 p., 18 €
EAN : 9782743637507
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule sur un territoire situé à 2871m, vraisemblablement aux Etats-Unis. New-York est a seule ville qui y est évoquée.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Installée dans un refuge high-tech accroché à une paroi d’un massif montagneux, une femme s’isole de ses semblables pour tenter de répondre à une question simple: comment vivre ?
Outre la solitude, elle s’impose un entraînement physique et spirituel intense fait de longues marches, d’activités de survie, de slackline, de musique et de la rédaction d’un journal de bord.
Saura-t-elle « comment vivre » après s’être mise à l’épreuve de conditions extrêmes, de la nature immuable des temps géologiques, de la brutalité des éléments ? C’est dans l’espoir d’une réponse qu’elle s’est volontairement préparée, qu’elle a tout prévu.
Tout, sauf la présence, sur ces montagnes désolées, d’une ermite, surgie de la roche et du vent, qui bouleversera ses plans et changera ses résolutions…
Avec son style acéré, Céline Minard nous offre un texte magnifique sur les jeux et les enjeux d’une solitude volontaire confrontée à l’épreuve des éléments.

Ce que j’en pense
***
Disons que cette période de l’année se prête volontiers à l’introspection et que le temps des bonnes résolutions est souvent l’occasion d’un retour en arrière pour aborder ce nouveau roman de Céline Minard.
Pour la narratrice, il s’agit en effet de se livrer à une expérience ultime, vivre seule dans un environnement hostile et se rapprocher de la nature pour mieux appréhender la vie, pour mieux comprendre son rapport au monde.
Au début du livre, on assiste à l’aménagement de sa maison sur un pic montagneux situé à quelques 2871 m d’altitude.
En fait de maison, c’est par hélicoptère qu’on lui livre « un habitacle thermo-réfléchissant, des panneaux photovoltaïques, deux plaques de cuisson performantes, une douche à thermostat » ainsi que des outils de jardinage, des vêtements, des livres et du matériel divers. Car elle a tout calculé, tout réfléchi, tout envisagé. Il ne s’agit pas de se retrouver tel un naufragé sur une île déserte, mais de s’installer avec un certain confort dans cette nature qu’il va falloir apprendre à connaître afin de la maîtriser.
« L’odeur, le volume de l’air, le son feutré de mes pas, la sérénité m’ont cueillie tous ensemble, et l’espace a subitement changé de texture. J’ai eu conscience de mon poids, de ma présence, de l’échange gazeux que j’entretenais avec mon milieu. »
Tout en préparant ses plates-bandes, en pêchant, en chassant afin de préparer l’hiver, elle est plus que jamais attentive au milieu qui l’entoure. Très vite elle constate : «La vie était partout à mes pieds et autour de moi, le désert n’existait pas. » Mais alors qu’elle semble prendre ses marques, un curieux incident vient gripper cette étude personnelle. Au cours de ses expéditions, elle découvre non seulement une bâtisse sur son vaste territoire, mais elle voit aussi «un bras maigre s’agiter au-dessus d’un tas de laine sombre».
Pour elle, qui n’avait pas prévu être dérangée par un être humain, cette rencontre est des plus déstabilisantes, même s’il s’agit en l’occurrence d’un moine muet ou plutôt d’une ermite qui entend, elle aussi, continuer à vaquer à ses occupations.
Cependant, et comme dans Vendredi ou les limbes du Pacifique de Michel Tournier, elle se rend très vite compte qu’il «n’y a pas de non-relation entre humains», que l’autarcie qu’elle entendait construire se heurtait à cette présence. Que sa théorie du rapport à l’autre, « Je veux imaginer une relation humaine qui n’aurait aucun rapport avec la promesse ou la menace. Qui n’aurait rien à voir, rien du tout, avec la séduction ou la destruction.» restera une vie de l’esprit.
Il en ira de même du programme qu’elle avait élaboré, «Les habitudes aussi, il faut les construire. Effectuer les gestes de l’autarcie, les gestes simples, quotidiens, voilà ce que je m’étais proposé de construire pour habitude.» et que les circonstances et la météo vont bousculer.
Si la promesse qu’elle s’était faite « est peut-être au fond une promesse de cohérence», force est de constater que les impondérables dictent davantage le quotidien et que la quête devient au fil des jours non plus mystique, mais existentielle. Comme l’écrit avec beaucoup d’à-propos Céline Minard, «le vide est une étude personnelle.» À vous de le ressentir. Vous en sortirez bouleversé !

Autres critiques
Babelio 
Blog Motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
20 minutes (Laurent Bainier)
L’Express (Éric Libiot)
BibliObs (David Caviglioli)
Culturebox (Laurence Houot)
Télérama (Nathalie Crom)
La cause littéraire (Zoé Tisset)
En attendant Nadeau (Pierre Beletti)
Blog Sur la route de Jostein 

Extrait
« Je ne peux pas, personne ne le peut, ne pas prêter attention à la présence humaine. D’une coccinelle, d’un geai, d’un isard, d’une souris, oui, mais pas d’un humain. C’est un fait. Dès que je vois un humain, j’ai l’idée d’une relation entre lui et moi. Je m’en rends compte. Je ne peux pas faire comme s’il n’existait pas. Encore moins dans la position isolée dans laquelle je me trouve. Que j’ai choisie. Dans laquelle je m’exerce et cherche à savoir si on peut vivre hors-jeu, en ayant supposé qu’on le peut et que c’est une des conditions requises pour obtenir la paix de l’âme. C’est une hypothèse que j’ai faite et que je m’efforce de vérifier. Et tout à coup il y a un moine, enfin une nonne, disons. Qui ne ressent pas la menace. Qui plonge son regard dans le mien comme elle le plonge dans le lac. Est-ce un contact visuel ? Est-ce qu’elle a un contact visuel avec le lac aussi ? Tout à coup, il y a une nonne qui vous chie au nez.
Chacun chez soi et les poules seront bien gardées, c’est le début d’une société, d’une règle sociale. Il n’y a pas de non-relation entre humains. »

A propos de l’auteur
Lauréate du prix Inter (2014) pour Faillir être flingué, Céline Minard, née le 13 novembre 1969 à Rouen, est également l’auteur du Dernier Monde (2007), Bastard Battle (2008), et So long, Luise (2011). Elle est considérée aujourd’hui comme l’une des voix les plus originales de la littérature contemporaine. (Source : Éditions Rivages)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Les Romanov 1613-1918

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Les Romanov 1613 – 1918
Simon Sebag Montefiore
Éditions Calmann-Lévy
Récit historique
traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Tilman Chazal, Prune Le Bourdon-Brécourt et Caroline Lee
660 p., 27,90 €
EAN : 9782702157091
Paru en octobre 2016

Ce qu’en dit l’éditeur
Voici l’histoire de la dynastie des Romanov, avec ses tsars et tsarines, personnages tonitruants, autocrates-nés touchés par le génie ou la folie.
Cette captivante épopée, foisonnante d’anecdotes, raconte comment les Romanov ont construit leur empire de manière impitoyable, au gré de conspirations, de rivalités familiales et d’extravagances sexuelles. De Pierre le Grand, fêtard despotique, bâtisseur de l’autocratie russe qui exigeait l’ivresse permanente de sa cour, à Nicolas II, dernier empereur de Russie au destin tragique, dépeint comme un tsar réactionnaire et médiocre ayant précipité la chute de l’Empire, en passant par Catherine II, la plus grande des tsarines, qui multiplia les amants, ce livre dévoile leur monde secret et leur destinée hors du commun.
La plume vivante et inimitable de Simon Sebag Montefiore entremêle petite et grande histoire, et nous fait revivre avec une intensité remarquable les grands moments qui ont ponctué la légende des Romanov, pour qui gouverner la Russie fut à la fois une mission sacrée et un cadeau empoisonné.

Ce que j’en pense
****
Sur mon blog, il m’arrive très rarement de parler d’autres livres que des romans. Si je fais aujourd’hui une exception, c’est pour deux – bonnes – raisons. D’une part parce que Les Romanov se lit comme un roman, tant l’histoire mouvementée de cette famille est riche de rebondissements et les personnages hauts-en-couleur et d’autre part parce que ce gros volume servira également de guide pratique à tous ceux qui s’intéressent à la littérature russe. Ajoutons-y le fait que 2017 marquera les 100 ans de la fin des Romanov ou au choix de l’avènement de la Révolution et on aura une raison supplémentaire de se plonger dans ce fort volume.
La dynastie des Romanov prend naissance en 1613 avec Michel I et prend fin en 1762 avec la mort de Elisabeth I la Clémente. Si Simon Sebag Montefiore, comme de nombreux historiens, choisit de poursuivre jusqu’en 1917, c’est parce que la branche de Holstein-Gottorp qui prend la relève de 1762 à 1917 a choisi de perpétuer le nom de Romanov. Une branche qui par parenthèse n’est pas éteinte de nos jours, laissant deux prétendants au trône, Dimitri Romanov et la grande-duchesse Maria de Russie.
Mais revenons à Michel I. Le premier tsar à accéder au trône n’est guère représentatif de la dynastie. Il est plutôt effacé, vit au couvent dans les jupes de sa mère et sait à peine lire et écrire quand on vient le chercher pour le couronner. De fait, il va laisser le pouvoir au conseil qui l’a désigné, puis à son père de retour de captivité en Pologne et s’intéresser davantage à l’horlogerie ou à trouver une épouse qu’à régler des conflits nombreux qui minent le pays, notamment avec la Suède et la Pologne.
Son fils Alexis I, dit Le Paisible, ne fera guère mieux, ajoutant aux conflits internes une révolte intérieure qui faillit lui coûter sa place, les émeutiers étant parvenus à envahir le Kremlin. À sa suite viendront Fédor III puis Ivan V et Pierre Ier qui seront nommés conjointement, avant que le dernier nommé ne dirige seul pour devenir Pierre le Grand.
Voici venu le temps de l’âge d’or. Après l’ascension et avant le déclin, voici l’apogée. Une période qui n’en est pas moins que les autres marquée par des rivalités, du sang, des larmes et les principes autocratiques qui ne seront jamais battus en brèche. Entre le génie des uns et la folie des autres, la limite est ténue. Pierre fera indubitablement partie des génies, lui qui sera un grand bâtisseur, mettra fin à quelques conflits avant d’ouvrir son pays à l’Europe et de «construire» Saint-Pétersbourg. Comme nombre de ses prédécesseurs et successeurs, il n’en conservera pas moins un côté sombre, comme lorsqu’il n’hésite pas à torturer son fils, par exemple. Il faudra toutefois attendre très longtemps avant de retrouver une telle figure de proue avec Catherine II qui arrive en 1762 au pouvoir en renversant son mari. Digne représentante du siècle des Lumières, protectrice des arts et de la culture, elle va aussi défrayer la chronique par son appétit sexuel.
Si l’ouvrage de Simon Sebag Montefiore est aussi vivant, c’est qu’il regorge d’anecdotes et nous prouve une fois de plus que la petite histoire est souvent le moteur de la grande Histoire, que certaines alliances se sont nouées sur l’oreiller, que certaines décisions stratégiques sont plus le résultat de jalousies ou de désir de vengeance envers un cousin plus que de la haute stratégie, quitte à ce que des centaines de soldats soient sacrifiés sur le front de cette politique des émotions.
On en trouvera un bel exemple avec Alexandre II. Si le «Libérateur» a affranchi les serfs, il aura aussi joué un jeu dangereux avec Napoléon III, Bismarck ou Victoria. Après avoir échappé à plusieurs attentats, il finira assassiné, comme du reste la plupart de ses successeurs jusqu’à Nicolas II.
De la romance, on bascule alors dans le drame. Des maîtresses que l’on installe dans les appartements qui jouxtent ceux de son épouse, on en arrive aux conseillers occultes et aux intrigues de Palais, admirablement détaillées par un spécialiste de la Russie. Grâce à ses bonnes relations avec le Prince Charles, l’auteur a notamment eu accès à quelques documents inédits, comme des correspondances qui éclairent avec davantage de netteté, voire de cruauté, quelques (mes)alliances.
C’est passionnant de bout en bout !

Autres critiques
Babelio
L’Express (Benoît Yvert)
Noblesse & Royautés
Libération (D.K.)

Les premières pages du livre (comprenant l’arbre généalogique)

Extrait
« Les courtisans se déployèrent dans le royaume pour sélectionner des vierges adolescentes, principalement issues de familles de la petite noblesse, qui étaient ensuite envoyées à Moscou pour y vivre avec des membres de leur famille ou dans un manoir aménagé à cet effet. Au terme d’un long processus qui pouvait impliquer jusqu’à cinq cents candidates, six filles pomponnées et apprêtées par leurs familles étaient retenues.
Toutes les concurrentes paraissaient d’abord devant un jury de courtisans et de médecins qui éliminaient les plus faibles. L’on faisait ensuite parvenir au tsar et à ses conseillers des descriptions détaillant la beauté et la santé mais surtout les liens éventuels avec les clans du Kremlin. Pendant qu’elles attendaient nerveusement, leurs arbres généalogiques étaient abondamment épluchés.
Cette ancienne tradition suscitait la fascination des visiteurs étrangers, pour lesquels il s’agissait de la coutume moscovite la plus exotique. Expression d’une majesté mystérieuse, elle était en réalité surtout la réponse pratique à la difficulté que rencontraient les tsars pour attirer des femmes d’autres pays dans leur cour isolée et lointaine. »

A propos de l’auteur
Né en Angleterre en 1965, Simon Sebag Montefiore est diplômé d’histoire de l’université de Cambridge. Spécialiste de l’Histoire de la Russie, romancier et présentateur de télévision, il est membre de la Royal Society of Literature.
Il a reçu le prix Bruno Kreisky du livre politique, le Costa Biography Award et le prix de la Biographie du Los Angeles Times pour Le Jeune Staline (Calmann-Lévy, 2008). Ses ouvrages sont traduits dans plus de quarante langues. (Source : Éditions Calmann-Lévy)

Site internet de l’auteur (en anglais)

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L’échange

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L’échange
Eugenia Almeida
Métailié
Roman
Traduit de l’espagnol (Argentine) par François Gaudry
256 p., 18 €
EAN : 9791022601412
Paru en août 2016
Prix Transfuge du meilleur roman hispanique – 2016

Où?
Le roman se déroule en Argentine, dans une ville qui n’est pas nommée.

Quand?
L’action se situe après 1980.

Ce qu’en dit l’éditeur
À la sortie d’un bar, une jeune femme menace un inconnu puis retourne son revolver contre elle-même et se suicide, ça ne regarde pas la police. “Tout au plus un épisode confus. Sans danger pour les tiers.”
Mais Guyot, le journaliste, s’obstine. Il veut comprendre. Il consulte des archives. Il lit les cahiers de la victime. Il cherche. Il ne voit pas les signaux d’alarme.
Parfois, il vaut mieux laisser tomber. L’importance du passé est surestimée. Si les gens restaient tranquilles, tout irait mieux.
Les voix se multiplient. Beaucoup de coups de fil. Entre les mots, du silence. Des menaces avérées. Des crimes. L’atmosphère est opaque, l’air raréfié.
La mécanique de la violence est encore bien huilée ; les anciens maîtres du pouvoir policier des années 80 ont du mal à prendre leur retraite et veulent aussi parler de leurs sentiments.
Dans une prose concise et d’une densité extraordinaire, l’auteur de L’Autobus écrit un roman politique et métaphysique très noir, et montre les remous des âmes perverses et les alliances troubles des pouvoirs institués. Magnifique et glaçant.

« Un roman qui surprend par son intensité et la perfection de sa composition. Ce qui se raconte est aussi brutal, complexe et incommensurable que la vie. » Betina Gonzalez, Clarín
« Vertige narratif admirable et poésie à hautes doses. » Hernán Carbonel, Revista Acción

Ce que j’en pense
***
« Une gamine s’est suicidée. Voilà ce qui s’est passé. C’est triste. Plus triste que la pluie. Tu as eu la malchance de la voir. C’est tout. » La version officielle d’un fait divers que l’on situera dans une ville argentine ne laisse guère planer le doute sur cette mort devant témoins. Après avoir parlé avec un homme, puis l’avoir mis en joue, une jeune femme a subitement retourné l’arme contre elle.
Appelé sur les lieux, le journaliste Guyot va toutefois trouver cette affaire un peu bizarre, notamment parce que les autorités ainsi que son rédacteur en chef décident très vite qu’il ne s’est rien passé. La consigne est claire : « Ne fais pas de vagues, Guyot. Su tu deviens gênant et qu’on te chope en train de poser des questions, ça va mal tourner pour toi. »
Il n’en fallait bien entendu pas davantage pour exciter la curiosité de notre homme. Au début de son enquête, il ne cherche qu’à comprendre l’enchaînement des faits. Qui était cette Julia Montenegro ? Pourquoi n’a-t-elle pas tué l’homme qu’elle avait au bout de la gâchette ? Quelle raison supérieure a conduit les autorités à étouffer l’affaire ? Au fil des chapitres, on va voir le puzzle se mettre en place. Témoignages, bribes d’informations, coupures de presse, visite au domicile de la défunte vont permettre à Guyot de retracer la vie de Julia. Dans sa quête, il va être secondé par Vera, une psychanalyste à la retraire. Ensemble, ils vont dresser le profil d’un personnage peu recommandable qui voudrait retrouver sa virginité en confiant sa biographie à la jeune femme. Sauf que cette dernière n’entend pas non plus servir de porte-plume sans essayer de creuser un peu dans la vie de son commanditaire, « ajouter des détails à se rappeler, des idées à explorer.»
Erreur funeste ! Alors qu’« il serait très simple de résoudre le problème en pensant que Julia n’était qu’une femme chargée d’écrire des autobiographies» le journaliste s’entête et provoque de nouveaux drames. Après un chien, ce sont des interlocuteurs de Guyot qui sont retrouvés morts. C’est alors que la peur s’installe. C’est alors que l’on comprend que la dictature a laissé derrière elle quelques habitudes nauséabondes, que le «système» fonctionne toujours et que certaines vérités ne sont pas bonnes à dire, quand bien même elles émanent des bourreaux eux-mêmes.
Au fil des chapitres qui se succèdent avec leur lot de révélations, le dossier devient de plus en plus lourd, l’image de plus en plus nette et le combat de plus en plus inégal. De la police à la justice, la corruption continue à gangréner le pays et à étouffer ceux qui voudraient y mettre un terme.
Bien plus qu’un récit historique ou un essai politique, c’est une entreprise de salubrité publique racontée comme un polar que nous livre Eugenia Almeida. Pour que les loups ne finissent pas par envahir le pays, pour que les personnes de bonne volonté puissent échapper à la peste qui n’a pas été éradiquée.

Autres critiques
Babelio 
La Croix (Laurence Péan)
En attendant Nadeau (Albert Bensoussan)
Psychologies (Christilla Pellé-Douël )
La Cause littéraire (Claire Mazaleyrat)
Blog Collibris (Emilie Bonnet – avec interview de l’auteur)
Blog Charybde 27 
Blog Voyage au fil des pages
Blog Léa touch Book 
Blog Le coin de la Limule 

Extrait
« – Tu écris un seul mot là-dessus et une heure après tu es mort, pigé ?
Guyot a entendu ce genre d’avertissement des milliers de fois. Il a toujours pensé que, dans la bouche de Jury, ils ne signifiaient pas la même chose. Mais il y a un doute, une petite marge d’ombre qui lui fait penser que oui, bien sûr que oui, Jury veut dire exactement ce qu’il dit.
– Tu t’imagines que j’ai envie d’écrire un papier là-dessus?
– Je sais pas. Tu fais un boulot de merde.
– Peut-être, mais meilleur que le tien.
Ils se regardent. Leurs yeux se fuient. Quelque chose les a distraits. Quelqu’un est en train de pleurer. » (p. 25)

A propos de l’auteur
Eugenia Almeida est née en 1972 à Córdoba, en Argentine, où elle enseigne la littérature et publie des textes dans de nombreuses revues. L’Autobus, son premier roman, a reçu le prix Dos Orillas de Gijón, La Pièce du fond était finaliste du prix Rómulo Gallegos. Elle écrit également de la poésie. (Source : Éditions Métailié)

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La voix des vagues

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La voix des vagues
Jackie Copleton
Éditions Les Escales
Roman
traduit de l’anglais par Freddy Michalski
360 p., 21,90 €
EAN : 236569165X
Paru en octobre 2016

Où?
Le roman se déroule au Japon, à Nagasaki notamment ainsi qu’aux États-Unis.

Quand?
L’action se situe en 1945 et durant les années qui ont suivi.

Ce qu’en dit l’éditeur
Lorsqu’un homme complètement défiguré frappe à sa porte et lui annonce qu’il est son petit-fils disparu depuis des années, Amaterasu Takahashi est bouleversée. Mais peut-elle le croire ?
Sa vie a basculé le 9 août 1945, le jour où les Américains ont bombardé Nagasaki. Pendant des semaines, elle a cherché les siens dans la ville en ruine. En vain.
Avec l’arrivée de cet homme, s’ouvre une boîte de Pandore d’où s’échappent les souvenirs. Amaterasu qui a quitté le Japon pour les Etats-Unis se remémore ce qu’elle a cherché à oublier : son pays, sa fille qu’elle a tant voulu protéger, l’histoire d’amour qui les a séparées et le secret qu’elle a enfoui au plus profond d’elle-même.

Ce que j’en pense
***
Un matin, un homme sonne à la porte d’une vieille dame et lui annonce qu’il est son petit-fils. La surprise d’Amaterasu Takahashi est d’autant plus forte que Hideo fait partie des victimes du bombardement de Nagasaki le 9 août 1945 et qu’elle a fui le Japon pour s’installer aux Etats-Unis. Que l’enfant ait pu survivre tient du miracle, qu’il ait pu retrouver la trace de sa grand-mère en serait un second. Du coup, c’est avec la plus grande méfiance, pour ne pas dire l’incrédulité, que ce «survivant» recouvert de cicatrices est accueilli. D’autant qu’il fait resurgir un traumatisme qui, malgré les années, est resté très vivace.
En ce jour funeste, elle a perdu de nombreux amis, connaissances et membres de sa famille, à commencer par sa fille Yuko.
L’auteur, qui a enseigné l’anglais à Nagasaki, alterne les époques au fil des chapitres. Elle revient sur la genèse du conflit durant les années 30 et 40, le récit du bombardement et ses conséquences immédiates, l’exil d’Amaterasu en 1946 et sa vie aux Etats-Unis, le dilemme de cet homme qui aimerait avoir des réponses à ses questions, mais ne veut pas pour autant faire souffrir ses interlocuteurs. Un choix très judicieux qui rend la lecture particulièrement agréable tout en confrontant les questions d’aujourd’hui au drame de l’époque. Car c’est également dans la forme que nous sommes invités à reconstituer ce puzzle. Journal intime, récit quasi journalistique, dialogue, extraits de correspondance permettent d’éclairer de différentes manières ce drame. Sans oublier la touche japonisante qui arrive ici fort à propos : les chapitres s’accompagnent d’expressions ou de mots japonais avec leur signification particulière au pays du soleil levant.
En s’appuyant sur des faits et sur la douloureuse réalité Jackie Copleton évite l’écueil de la stigmatisation. Mieux encore, elle nous fait comprendre à travers les témoignages, que les victimes souffrent d’un complexe de culpabilité, ne comprenant pas pourquoi le malheur s’est abattu sur les innocents et qu’il les a épargnées. On se rend alors compte de la force morale qu’il aura fallu déployer pour simplement survivre. Que le silence était une arme et non une volonté de dissimulation. Car les secrets, petits et grands, qui se cachent dans chaque famille et derrière chacun de ses membres finissent par apparaître au grand jour, comme c’est le cas lorsque l’on découvre un journal intime.
Avec beaucoup d’habileté, le récit vient alors confronter l’Histoire avec les histoires, démontrer que des ressorts tels que la trahison, l’ambition, le besoin d’émancipation ou l’offense sont dans les deux cas des moteurs, mais aussi les déclencheurs de drames qui emportent les familles et les peuples et qu’il convient de traduire afin de pouvoir les supporter.
La traduction littérale du titre original de ce premier roman «a dictionary of mutual understanding» (un dictionnaire de compréhension mutuelle) est à ce titre plus éclairante que La Voix des vagues. Mais la poésie du titre français, secondée par une superbe couverture, est bien l’autre clé de cette superbe évocation.

Autres critiques
Babelio 
Blog Les mots de Junko 
Blog Lire le Japon comme si vous y étiez
Blog Arthémiss 
Blog Que lire ? 
Blog Le Puy des livres 
Blog Cousines de lecture 

Extrait
« À Amaterasu Takahashi,
Tout d’abord, je dois vous présenter mes excuses pour le choc de cette révélation. L’homme que vous avez sans doute rencontré est votre petit-fils, Hideo Watanabe. Je peux vous le confirmer. Il est bien possible que vous n’ayez guère de raisons de me croire mais je peux seulement dire que je ne mens pas. Hideo n’est pas mort ce jour-là, il a survécu. N’est-ce pas une chose merveilleuse à savoir ? Mais ainsi que vous l’aurez constaté de vos yeux, il a été très grièvement blessé lors de Pikadon.
Si gravement en fait que les autorités ont été dans l’incapacité de l’identifier. Un an après la fin de la guerre, on l’a envoyé dans un orphelinat pour enfants victimes à l’extérieur de la ville. C’est là que mon mari l’a trouvé et c’est là que nous avons découvert par la suite qui il était. À ce moment-là, vous deviez déjà être partie en
Amérique. Il nous a fallu bien des années pour vous retrouver. La chance a voulu qu’une de vos anciennes employées, Mme Goto, ait lu un article sur notre organisation pacifiste qui mentionnait le nom de naissance de Hideo. Elle m’a contactée et fourni une adresse vous concernant, vous et votre mari, une ancienne adresse, ainsi qu’il s’est avéré. Au moment même où je vous écris, nous essayons toujours de localiser votre lieu d’existence actuel. Acceptez mes excuses pour ce retard. Je ne peux qu’imaginer la confusion dans laquelle cette nouvelle vous plonge. » (p. 21-22)

A propos de l’auteur
Jackie Copleton est diplômée d’Anglais à l’Université de Cambridge. En 1993, elle part pour Japon où elle enseigne l’anglais à Nagasaki et à Sapporo. Elle retourne au Royaume-Uni en 1996 pour suivre des études en journalisme. Elle a travaillé comme journaliste et a collaboré à plusieurs journaux. La Voix des vagues (A Dictionary of Mutual Understanding, 2015) est son premier roman. Elle vit avec son mari à Newcastle. (Source : Babelio)

Site internet de l’auteur (en anglais)

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Le dernier des nôtres

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Le dernier des nôtres
Adelaïde de Clermont-Tonnerre
Éditions Grasset
Roman
496 p., 22 €
EAN : 9782246861898
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en parallèle en Allemagne, à Berlin, à Peenemünde, à Nordhausen, Reutte, Oberammergau, à Oranienburg-Sachsenhausen, Nassenheide, Sommerfeld, Herzberg, Alt Ruppin, Neuruppin, Herzsprung et Auschwitz et aux Etats-Unis, à New York, à Berkeley, Novato et San Francisco ainsi qu’à Hawthorne dans le New Jersey, à Fort Bliss et à El Paso au Texas, à La Nouvelle-Orléans et dans une localité proche de Bâton-rouge en Louisiane, à Wainscott. La ville de Rouen y est également évoquée.

Quand?
Le roman se déroule en parallèle sur deux époques : en 1969 et les années suivantes d’une part, en 1945 et les années suivantes d’autre part. Bien entendu, les deux récits vont finir par se rejoindre.

Ce qu’en dit l’éditeur
« La première chose que je vis d’elle fut sa cheville, délicate, nerveuse, qu’enserrait la bride d’une sandale bleue… » Manhattan, 1969 : un homme rencontre une femme.
Dresde, 1945 : sous un déluge de bombes, une mère agonise en accouchant d’un petit garçon.
Avec puissance et émotion, Adélaïde de Clermont Tonnerre nous fait traverser ces continents et ces époques que tout oppose : des montagnes autrichiennes au désert de Los Alamos, des plaines glacées de Pologne aux fêtes new-yorkaises, de la tragédie d’un monde finissant à l’énergie d’un monde naissant… Deux frères ennemis, deux femmes liées par une amitié indéfectible, deux jeunes gens emportés par un amour impossible sont les héros de ce roman tendu comme une tragédie, haletant comme une saga.
Vous ne dormirez plus avant de découvrir qui est vraiment « le dernier des nôtres ».

Ce que j’en pense
****
Dans un entretien avec la journaliste Karine Vilder, Véronique Ovaldé exliquait que «Ce qui nous est imposé, le milieu où l’on naît, est une des plus grandes injustices, car on doit ensuite faire avec, modeler notre existence à partir de cette donnée qu’on ne maîtrise pas. Il y a donc des gens qui restent et des gens qui partent.» Une analyse qui s’applique parfaitement à ce magnifique roman d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre et rapproche «Le dernier des nôtres» de «Soyez imprudents les enfants».
L’auteur y fait alterner les chapitres, nous racontant en parallèle l’ascension professionnelle et la passion amoureuse de Werner dans le New York des années soixante et d’autre part le drame vécu par la famille Zilch à la fin de la Seconde guerre mondiale, alors que Dresde s’écroulait sous le poids des bombes.
Le contraste entre ces deux histoires confère au récit une intensité dramatique qui culminera au moment où le lien se fera, où l’on comprendra que l’enfant que Luisa met au monde dans un décor apocalyptique avant de mourir n’est autre que l’ambitieux patron de la société de transactions immobilières Z & H. Dans les premières pages du roman, son regard découvre la cheville d’une jeune femme dont il décide qu’elle sera la femme de sa vie. Pour avoir ses coordonnées, il ne va pas hésiter à emboutir sa voiture tout en laissant un message d’excuse. S’il avait davantage suivi la presse People, il aurait pu éviter cette collision. Car l’élue de son cœur n’est autre que Rebecca Lynch, fille de l’une des plus grosses fortunes de la ville. Werner, sous les yeux effarés de son ami et associé Marcus, va déployer une énergie et une créativité folle pour conquérir la jeune fille. Qui va finir par succomber à son charme. Toute l’habileté d’Adelaïde de Clermont-Tonnerre consiste alors à nous entraîner dans un maelstrom d’émotions. La belle romance ne va pas durer…
C’est dans une Allemagne à feu et à sang que Marthe Engerer, la belle-sœur de Luisa, se voit confier le nouveau-né qui a déjà failli mourir à plusieurs reprises. Pour tenter de le sauver, elle va traverser l’Allemagne et tenter de rejoindre l’équipe de chercheurs et de scientifiques qui travaille à l’élaboration des V2 et dont faisait partie Johann, le mari de Luisa. Un voyage périlleux à l’issue incertaine. Et si elle va parvenir à rejoindre Werner von Braun, à échapper à l’armée soviétique puis à rejoindre les Etats-Unis, c’est au prix de quelques arrangements avec la réalité. Elle se fait passer pour Luisa, l’épouse de Johann et retrouve dans le camp où l’équipe est recluse son mari Kasper. Les deux frères Zilch sont aussi dissemblables que possible, même si physiquement ils se ressemblent comme s’ils étaient jumeaux.
Marthe va alors prendre peur et tenter de protéger son neveu. Avant de fuir, elle prend le soin de laisser un message dans la doublure de ses habits : « Il s’appelle Werner. Werner Zilch. Ne changez pas son nom. Il est le dernier des nôtres. »
La belle Rebecca, qui file le parfait amour avec Werner, présente ses parents au jeune homme. Mais le dîner est dramatique et provoque leur séparation.
« Je traînais ma rage et ma mélancolie. Rien n’avait de saveur depuis que Rebecca m’avait quitté. J’étais ulcéré par la manière dont elle m’avait traité. Une année de mots tendres et de projets s’étaient évaporés en une soirée. »
Au fil des pages, on comprendra que la mère de Rebecca, rescapée des camps de la mort, à cru voir un fantôme lorsque Werner lui a été présenté. Werner comprendra aussi que se histoire ne s’arrête pas à ses parents adoptifs Andrew et Armande Goodman et que, contrairement à ce qu’il affirme haut et fort, il a bien quelque chose « à voir avec ce fou qui découpait des pauvres femmes en enfer » avant qu’il ne naisse.
Les derniers chapitres, au cours desquels les révélations et les coups de théâtre vont se succéder, au cours desquels nos sentiments vont jouer aux montagnes russes, au cours desquels on craint d’être confronté au pire alors que l’on espère que le meilleur sont écrits par une plume virtuose. Les jurés du Grand-Prix de l’Académie française ne s’y sont pas trompés. On les félicitera pour leur choix et, plus encore, on conseillera à tous la lecture de ce roman qui réussit le tour de force de rallier les amateurs de belles histoires d’amour aux passionnés de récits historiques, sans qu’à aucun moment le récit ne soir manichéen. Je me répète : l’exercice est d’une virtuosité rare !

Autres critiques
Babelio
RTL (Laissez-vous tenter – Bernard Lehut)
ELLE (Adèle Bréau)
Le Point (Marc Lambron)
Culturebox (Anne Brigaudeau)
France Inter (L’amuse-bouche – Clara Dupont Monod)
Le JDD (Interview de l’auteur par Ludovic Perrin)
MyBoox (présentation vidéo par l’auteur)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Carobookine 
Blog Blablablamia

Découvrez les vingt premières pages du livre

Extrait
« Les paupières de la jeune femme se fermèrent à nouveau. Ce moment de calme dura une minute, peut-être deux, puis le mouvement du doigt de Luisa sur son petit garçon cessa, et dans les paumes jointes de Victor Klemp, l’étroite main de la jeune femme se relâcha. Il eut le sentiment puissant, bien qu’absurde pour un rationaliste tel que lui, de sentir l’âme de la mourante le traverser. Une fraction de seconde, un palpable mouvement d’ondes, et elle n’était plus là. Le médecin reposa le bras encore souple de Luisa sur la table, le long de son corps. Il regarda l’enfant lové contre sa mère, rassuré par une chaleur qui ne tarderait pas à s’éteindre, posé sur un cœur qui avait cessé de battre. Les deux soldats cherchèrent une confirmation dans ses yeux. Le médecin détourna le regard. Il avait vu des atrocités ces derniers jours, mais jamais il ne s’était senti si vulnérable. Alors qu’il levait la tête, ses yeux rencontrèrent le portrait d’une Vierge à l’Enfant. La Madone, épargnée par les bombardements, les avait veillés le temps de cet épouvantable miracle. »

À propos de l’auteur
Adélaïde de Clermont-Tonnerre, ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, est journaliste et romancière. Son premier ouvrage, Fourrure (Stock) a été récompensé par cinq prix littéraires, dont le prix des Maisons de la Presse et le prix Sagan. Il était également finaliste du Goncourt du premier roman. (Source : Éditions Grasset)

Site Wikipédia de l’auteur

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Soyez imprudents les enfants

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Soyez imprudents les enfants
Véronique Ovaldé
Éditions Flammarion
Roman
352 p., 20 €
EAN : 9782081389441
Paru en août 2016

Où?
Le roman est principalement situé en Espagne dans la région de Bilbao, à Barales, Uburuk, Zumaburga, Izoriaty, Salvatierra, Puerto Carasco, Punte del Rey, Ayotzinapa, mais il va aussi nous entraîner en France, à Paris, Toulouse, Bordeaux, Brest, Saint-Jean-de-Luz ou en Lozère. L’Afrique y est présente, du Congo au Niger en passant par le Gabon, de Brazzaville à Tombouctou, à Birni n’Konni, Dankori, Fort Crampel ou encore Dakar et Alger. Les Amériques sont également présentes avec Barsonetta, «une île clapotant dans la mer des Caraïbes», Pie de la Cuesta sur la Côte Pacifique, mais aussi Miami, New York et Mexico. En Europe, on évoque aussi Berlin, Rome, Londres, Sheffield, Hanovre et Santa Colonna. L’Asie est présente avec Zolotoï en Mandchourie

Quand?
L’action se déroule de 1983 à 1990, mais l’auteur va remonter la généalogie familiale jusqu’au XVIIe siècle et retracer le parcours de ses ancêtres.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Soyez imprudents les enfants », c’est le curieux conseil qu’on a donné à tous les Bartolome lorsqu’ils n’étaient encore que de jeunes rêveurs – et qui explique peut-être qu’ils se soient aventurés à changer le monde.
« Soyez imprudents les enfants », c’est ce qu’aimerait entendre Atanasia, la dernière des Bartolome, qui du haut de ses 13 ans espère ardemment qu’un événement vienne bousculer sa trop tranquille adolescence.
Ce sera la peinture de Roberto Diaz Uribe, découverte un jour de juin au musée de Bilbao. Que veut lui dire ce peintre, qui a disparu un beau jour et que l’on dit retiré sur une île inconnue ? Atanasia va partir à sa recherche, abandonner son pays basque natal et se frotter au monde. Quitte à s’inventer en chemin.
Dans ce singulier roman de formation, Véronique Ovaldé est comme l’Espagne qui lui sert de décor : inspirée, affranchie et désireuse de mettre le monde en mouvement.

Ce que j’en pense
****
Voilà un roman comme je les aime! Une de ces histoires qui vous emmènent là où vous n’imaginiez pas aller, qui vous apprend des tas de choses et qui vous donne à réfléchir. Un roman riche qui prétend nous raconter la vie d’Atanasia Bartolome et va en fait nous faire faire le tour de monde tout en remontant le cours des siècles passés.
« Tout avait commencé quand j’avais treize ans. Avant mes treize ans il n’y avait rien. Seulement la longue attente de l’enfance. Le sommeil et l’ennui dévorés de mauvaises herbes. L’histoire d’Atanasia Bartolome pourrait donc avoir débuté, me disais-je, lors de la grand exposition de 1983 au musée d’Art et du Patrimoine de Bilbao. »
L’émotion que ressent la jeune fille devant un tableau du peintre Roberto Diaz Uribe va en effet conditionner toute sa vie. Comme de nombreux adolescents, elle entend désormais déployer ses ailes, s’affranchir du carcan familial ou des règles trop rigides de la société. Comme de nombreux adolescents, elle va se jeter à fond dans cette nouvelle passion. Comme de nombreux adolescents, elle va se sentir incomprise et faire de chaque remarque, de chaque indignation un moyen de renforcer sa détermination.
La disparition de sa grand-mère, suivie un an plus tard de celle de son père, va d’une part la priver d’une confidente et d’une autorité morale et d’autre part lui offrir une voie royale vers l’émancipation. « Elle avait lu quelque part que 15% des gens ne se remettaient jamais d’un deuil ou d’une rupture. Ce genre de considération permettait à Atanasia de justifier sa ferveur maniaque. Elle se disait qu’il était tout aussi possible que 15% des gens vouent l’entiereté de leur vie à une obsession. »
C’est alors que le roman de formation va se transformer en roman d’aventures. Elle part pour Paris où vit Vladimir Veledine «le plus éminent spécialiste de Roberto Diaz Uribe» et entend bien tout savoir de ce peintre aussi mystérieux que fascinant.
Avec un talent de conteuse qui avait déjà fait merveille dans Ce que je sais de Vera Candida et La grâce des brigands, Véronique Ovaldé va faire de cette quête une exploration de l’histoire familiale dont il serait bien dommage de révéler ici l’issue. Mais bien vite, on va voir se tisser des liens entre les ancêtres d’Atanasia et le parcours de Roberto Diaz Uribe. Entre le guérisseur qui n’hésite pas à rebrousser chemin pour tenter de sauver les malades de la peste, entre le compagnon d’expédition de Savorgnan de Brazza qui va tenter de lutter contre les exactions des colonisateurs, entre l’oncle et le père qui vont chercher à soulever la chape de plomb franquiste.
Une preuve supplémentaire qu’il n’y a pas de hasard, que l’on se construit aussi du parcours de ses ancêtres, qu’il n’y a aussi souvent qu’un pas entre la passion et le drame : « Je suis en train de me faire dévorer par mon obsession, je n’ai pas d’ami(e)s et je ne sais même pas si j’arriverais un jour à recoucher avec un homme après ma première et décevante expérience avec Rodrigo. Je pleurais et il pleuvait. Je dégoulinais. Tout allait mal. Je me laissais un peu aller. Je me suis redit que certaines plaies ouvertes sont comme des friandises. »
À la fois violent et lumineux, ce roman démontre avec brio que l’injonction de la tante de Brazza, la marquise d’Iranda «Soyez imprudents, les garçons» doit être suivie.

Autres critiques
Babelio
France Inter (Boomerang – Augustin Trapenard)
L’Express (Hubert Artus)
Télérama (Christine Ferniot)
Culturebox (Anne Brigaudeau)
RTL (Les livres ont la parole – Bernard Lehut)
Journal de Montréal (Karine Vilder)
Revue culturelle «délibéré» (Nathalie Peyrebonne)
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Dans la bibliothèque de Noukette 
Blog Lily lit 

Les premières lignes du roman
« Ce n’est qu’en rentrant hier soir de l’Institut de Barales, tandis que je conduisais lentement, le bras gauche à l’extérieur de la portière afin de goûter au vent chaud qui vient du sud et de l’Afrique, que j’ai pensé à ce qui m’avait amenée précisément ici, dans cette voiture qui remontait la colline. Tout avait commencé quand j’avais treize ans. Avant mes treize ans il n’y avait rien. Seulement la longue attente de l’enfance. Le sommeil et l’ennui dévorés de mauvaises herbes.
L’histoire d’Atanasia Bartolome pourrait donc avoir débuté, me disais-je, lors de la grande exposition de 1983 au musée d’Art et du Patrimoine de Bilbao. Je pourrais écrire que cette exposition avait marqué un tournant, mais ce ne serait pas assez fort puisque juste avant cette exposition tout était immobile et pétrifié, et pour marquer un tournant il eût déjà fallu être en marche. En fait, ma visite à la grande exposition de 1983 avait été la conséquence du désir d’émancipation de mademoiselle Fabregat, mon professeur d’histoire de l’art. J’aimerais pouvoir dire que c’est par elle que tout est arrivé. J’aimerais utiliser cette formule si satisfaisante et si catégorique. Mais c’est simplement que mademoiselle Fabregat, en plus d’avoir des accointances indépendantistes, rêvait d’un monde où personne n’aurait considéré que vous n’aviez plus qu’à rôtir dans les feux de l’enfer si vous aviez ressenti une bouffée de désir – de concupiscence – envers votre voisin de palier. »

A propos de l’auteur
Véronique Ovaldé est née en 1972. Elle a publié huit romans dont, aux éditions Actes Sud, Les hommes en général me plaisent beaucoup et Déloger l’animal (2003, 2005) et, aux éditions de l’Olivier, Et mon coeur transparent (prix France Culture-Télérama 2008), Ce que je sais de Vera Candida (prix Renaudot des lycéens 2009, prix France Télévisions 2009, Grand Prix des lectrices de Elle 2010) et, plus récemment, La Grâce des brigands (2013). (Source : Éditions Flammarion)

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Un dangereux plaisir

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Un dangereux plaisir
François Vallejo
Éditions Viviane Hamy
Roman
320 p., 19 €
EAN : 9782878583137
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule à Paris. Les parents du narrateur le quittent pour la Normandie.

Quand?
L’action n’est pas située dans le temps.

Ce qu’en dit l’éditeur
À l’origine d’un roman, il y a toujours pour moi un croisement secret entre quelques détails de ma vie la plus intime, le goût du mythe le plus universel et la traversée du temps historique. Pour Un dangereux plaisir, où l’on mange et cuisine à tout va, l’affaire personnelle touche à l’enfance : j’ai été un de ces enfants pour qui la nourriture a longtemps été problématique ; une tarte aux fraises surgie dans la main d’une inconnue me révèle le plaisir de dévorer : la scène fondatrice se retrouve dans le livre, elle est vraie. Plus tard, une tante m’initie à l’art du fumet de poisson et fait de moi un amateur de préparations culinaires à la fois ordonnées et fantaisistes. François Vallejo
En dépit de la nourriture que ses parents lui imposent et qu’il rejette avec constance, Élie Élian s’attarde à l’arrière du restaurant qui s’est ouvert dans son quartier. Les gestes qu’il observe, les effluves dont il se délecte sont une révélation : il sera chef-cuisinier. Son passage dans l’établissement de la veuve Maudor sera déterminant. Elle l’initie à l’amour fou et lui offre d’exercer son incroyable génie culinaire. Puis ses errances dans un Paris en proie aux émeutes le mèneront jusqu’au Trapèze, le restaurant où son destin de magicien des sens, des goûts et des saveurs s’accomplira.
Après Ouest – finaliste du Goncourt 2006, et lauréat du prix du Livre Inter 2007 –, Métamorphoses et Fleur et Sang, l’écrivain continue, comme son personnage, à attraper la vie qui passe, « mais avec délicatesse », et à se réinventer en toute originalité.

Ce que j’en pense
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S’il y a pléthore d’émissions de télévision sur la cuisine, si la gastronomie française est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO et si les fêtes de fin d’année donnent traditionnellement l’occasion aux éditeurs de proposer toute une série de livres de cuisine, il est en revanche assez étonnant que la littérature ne se soit pas davantage emparée de ce thème pourtant très riche. On saluera donc l’initiative de François Vallejo qui, au-delà de l’ascension d’un chef-cuisinier, nous propose un livre sur le désir et le plaisir, sur la passion et le pouvoir, sur l’envie et les dérives qu’elle peut engendrer.
Mais avant qu’Élie Élian ne trouve sa voie, il aura un bien curieux parcours. Chez lui la nourriture n’est pas bonne, les mets sont «insipides, incolores, inodores, comme tous les plats gorgés de flotte ». Aussi n’est-il pas très étonnant que le jeune garçon décide de fuir la table familiale et de devenir un extrémiste de la faim : « Il s’est résigné à manger le peu nécessaire à sa survie, pour ne plus inquiéter sa famille, en même temps qu’il développe une passion secrète pour les cuisiniers du voisinage, de plus en plus nombreux dans son quartier. »
Il aime assister au ballet des fournisseurs, voir les produits se transformer, sentir les odeurs. C’est décidé, il sera cuisinier ! Sauf que chez lui, on ne comprend vraiment pas cette décision : « des études pour la cuisine, cela n’a aucun sens. Un enfant qui a serré les dents pendant des années pour ne pas avaler ses repas, devenir gâte-sauce, cela n’a aucun sens. » Mais ses parents vont finir par céder à la condition que leur nom ne soit pas entaché par ce choix.
Élie Élian va alors devenir Audierne et s’introduire dans les cuisines du restaurant Maudor en s’invitant à la table de l’établissement, alors qu’il n’a pas d’argent. Sauf qu’il est trop honnête pour s’enfuir comme son acolyte et offre sa force de travail en échange du prix du repas.
Une tactique qui va lui permettre, petit à petit, de prendre le contrôle de la cuisine avec l’accord au moins passif de la patronne qui est en train de se tuer à la tâche : « La mère tient tous les rôles dans son modeste établissement sans employé, prévisions, commandes, achats, préparation, cuisine, dressage des assiettes, gestion. » Audierne va tester son savoir-faire, essayer de nouveaux accords et empiéter sur le domaine de Jeanne Maudor. Mais comme cela marche plutôt bien, que des partisans de cette nouvelle cuisine se déclarent, elle laisse faire. Mieux même, elle va accepter les assauts de son fougueux cuisinier. Qui, en sauvant la vie de quelques clients mal prix lors d’une manifestation, va pouvoir poursuivre son ascension. Il entre au «Trapèze» pour y parfaire sa formation sous l’aile de Monsieur Rambur, un solitaire « qui a fait de lui un imbécile instruit, l’a conseillé sur la meilleure façon de mener son affaire, de présenter ses menus, de parler aux clients aussi. » Et en faire l’héritier de son établissement à sa mort.
Tout semble lui sourire. Mais, il n’est pas encore débarrassé de son passé, de ses anciens «amis» et d’Agathe, la fille de Jeanne. Quant à ses livres de recettes, ils ne se remplissent plus avec le même élan qu’à ses débuts. Surmontera-t-il sa «plus grande crise d’invention culinaire» ?
Ce sera ‘un des enjeux de ce roman qui vous fera venir l’eau à la bouche tout en décrivant parfaitement un univers à nul autre pareil. Avec force détails, François Vallejo va parvenir à éveiller nos sens et à nous prouver, comme le titre de son roman nous le suggère du reste, qu’il n’est pas sans danger de se laisser guider par le plaisir. N’hésitez toutefois pas à passer à table !

Autres critiques
Babelio
BibliObs (Claire Julliard)
La Croix (Jean-Claude Raspiengeas)
L’Humanité (Alain Nicolas)
Blog Bricabook
Blog Sur la route de Jostein
Blog À vos livres 

A propos de l’auteur
François Vallejo sait de mieux en mieux d’où il vient et cherche de moins en moins à savoir où il va. Géographiquement, et, comme son nom l’indique, il est à la croisée de voyageurs du sud et de stationnaires de l’ouest. La seule voie qu’il persiste à suivre est celle du roman, et c’est pour lui un chemin de traverse. Il a exploré une dizaine d’itinéraires singuliers, depuis Vacarme dans la salle de bal, en 1998.
Madame Angeloso et Groom ont constitué quelques étapes, suivies d’un Voyage des grands hommes qui l’a emmené vers l’Italie du 18e siècle, avant de retrouver l’Ouest du 19e en 2006, puis le 20e avec les Sœurs Brelan.
Ces déviations historiques l’ont aidé à trouver sa voie dans le 21e siècle, dont il a essayé d’éclairer quelques Métamorphoses en 2012. Il les pousse plus loin avec Fleur et sang, en 2014, où deux époques s’entrecroisent, deux histoires se confrontent, des hommes et des femmes s’entrelacent à travers le temps.
Il considère que, sur ces routes secrètes de la vie et des romans qu’il découvre comme elles viennent, le plaisir d’aller dépasse le bonheur d’arriver. (Source : Éditions Viviane Hamy)

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