L’ordre du jour

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En deux mots
Les prémices de la Seconde guerre mondiale vus à travers les sentiments et les émotions de quelques acteurs majeurs en Allemagne et en Autriche. Avec la plume inimitable d’Éric Vuillard.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

L’ordre du jour
Éric Vuillard
Éditions Actes Sud
Récit
160 p., 16 €
EAN : 9782330078973
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule en Allemagne et en Autriche, notamment à Berlin, Berchtesgaden, Munich, Vienne, Linz. On y évoque aussi des épisodes se déroulant à Paris et Londres ainsi que tous les lieux où sont construits les camps de concentration.

Quand?
L’action se situe de 1933 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
L’Allemagne nazie a sa légende. On y voit une armée rapide, moderne, dont le triomphe parait inexorable. Mais si au fondement de ses premiers exploits se découvraient plutôt des marchandages, de vulgaires combinaisons d’intérêts ? Et si les glorieuses images de la Wehrmacht entrant triomphalement en Autriche dissimulaient un immense embouteillage de panzers ? Une simple panne ! Une démonstration magistrale et grinçante des coulisses de l’Anschluss par l’auteur de Tristesse de la terre et de 14 juillet.
« Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d’épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l’Assemblée ; mais bientôt, il n’y aura plus d’Assemblée, il n’y aura plus de président, et, dans quelques années, il n’y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants. » Éric Vuillard

Ce que j’en pense
Comment la Seconde guerre mondiale a-t-elle été rendue possible ? Quelles circonstances particulières ont présidé à l’avènement de cette tragédie ? Quels ont été les premiers acteurs de ce drame et qu’en savaient-ils ? Autant de questions auxquelles Éric Vuillard répond dans ce court mais passionnant récit, utilisant pour cela la même approche que dans 14 juillet, c’est-à-dire au niveau des personnes, des acteurs qui se voient soudain confrontés à une situation exceptionnelle, à des choix aux conséquences terribles.
Tout commence par la convocation à Berlin le 20 février 1933 de la fine fleur de l’industrie et de la finesse. À l’invitation de Göring, les grands patrons sont venus au Reichstag écouter Adolf Hitler leur présenter son programme en vue des élections du cinq mars. Et le moins que l’on puisse dire c’est que ses propositions trouvent une oreille attentive chez ses messieurs «très respectables». L’État fort, l’éradication des syndicats et des marxistes obtiennent leur adhésion. Si bien que, séance tenante, ils rassemblent quelque 3 millions de Reichsmark qui vont assurer la victoire du chancelier à la petite moustache et à la mèche rebelle.
C’est le début d’un engrenage qui va petit à petit réussir à tout broyer sur son passage. Une fois l’économie allemande sous la botte, il fallait s’attaquer aux puissances étrangères. Après les visites de courtoisie et la «politique d’apaisement», les choses sérieuses peuvent commencer. Sans que les chancelleries européennes ne s’en émeuvent outre-mesure, les exactions se font plus violentes, les discours plus haineux et la menace plus précise. Lorsque le 12 février 1938 le chancelier autrichien arrive à Berchtesgaden, il n’est plus question que de lui faire rendre les armes. Face à l’ultimatum, les manœuvres de Kurt von Schuschnigg pour tenter d’adoucir les clauses les plus dures du traité qu’on lui soumet tournent vite au dérisoire. Beethoven ne viendra pas plus à son secours que le Droit international. C’est la tête basse qu’il reprend le chemin de Vienne. Après un timide «oui», il va soumettre la capitulation au Président de la République. Mais Hitler s’impatiente et n’attendra pas l’accord formel de son voisin pour envahit le pays et déclarer l’Anschluss.
Le voyage soi-disant triomphal de Hitler dans son pays natal est l’un des événements les plus cocasses et les plus éclairants de ce livre. Parce que la réalité est à mille lieues de la version officielle qui fait encore trop souvent autorité. « Car ce sont des films que l’on regarde, ce sont des films d’information ou de propagande qui nous présentent cette histoire, ce sont eux qui ont fabriqué notre connaissance intime ; et tout ce que nous pensons est soumis à ce fond de toile homogène. Nous ne pourrons jamais savoir. On ne sait plus qui parle. »
Éric Vuillard réussit par l’entremise de ce court récit une œuvre d’autant plus salutaire qu’elle est portée par une volonté de faire parler les faits plutôt que les idéologies, de scruter les photos et les expressions des visages plutôt que les discours – c’est particulièrement bien réussi avec la rencontre de Daladier et Chamberlain – de retrouver dans les écrits intimes les sentiments que l’on voulait cacher sur le moment. Mais aussi, et c’est là encore une vraie prouesse, de chercher la marque de l’infamie dans ce qui n’est pas dit, pas écrit. En cherchant par exemple dans la brochure de présentation de l’histoire du groupe Thyssen-Krupp quel rôle a pu, par exemple, jouer Gustav Krupp. Vous savez, l’un de ces 24 «messieurs respectables». Si respectable !

Autres critiques
Babelio
La Croix (Sabine Audrerie)
L’Express (Baptiste Liger)
Blog Sur la route de Jostein
Blog Charybde 27
Blog La bibliothèque de Delphine-Olympe

Les premières pages du livre 

Extrait
« La corruption est un poste incompressible du budget des grandes entreprises, cela porte plusieurs noms, lobbying, étrennes, financement des partis. La majorité des invités versa donc aussitôt quelques centaines de milliers de marks, Gustav Krupp fit don d’un million, Georg von Schnitzler de quatre cent mille, et l’on récolta ainsi une somme rondelette. Cette réunion du 20 février 1933, dans laquelle on pourrait voir un moment unique de l’histoire patronale, une compromission inouïe avec les nazis, n’est rien d’autre pour les Krupp, les Opel, les Siemens, qu’un épisode assez ordinaire de la vie des affaires, une banale levée de fonds. Tous survivront au régime et financeront à l’avenir bien des partis à proportion de leur performance. » (p. 23-24)

A propos de l’auteur
Éric Vuillard, né en 1968 à Lyon, est écrivain et cinéaste. Il a réalisé deux films, L’homme qui marche et Mateo Falcone. Il est l’auteur de Conquistadors (Léo Scheer, 2009, Babel n°1330), récompensé par le Grand prix littéraire du Web – mention spéciale du jury 2009 et le prix Ignatius J. Reilly 2010. Il a reçu le prix Franz-Hessel 2012 et le prix Valery-Larbaud 2013 pour deux récits publiés chez Actes Sud, La bataille d’Occident et Congo ainsi que le prix Joseph-Kessel 2015 pour Tristesse de la terre et le prix Alexandre Viallate pour 14 juillet. (Source : Éditions Actes Sud)

Site Wikipédia de l’auteur 

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