Point cardinal

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Voici 5 bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que j’avais eu un gros coup de cœur pour Amours, le précédent roman de Léonor de Récondo qui raconte avec beaucoup de finesse un triangle amoureux peu conventionnel au début du XXe siècle et dépeignait par la même occasion une société en pleine mutation.

2. Parce que l’audace doit toujours être récompensée. Ici, on saluera celle qui préside au choix de cette histoire singulière, celle d’un homme qui petit à petit se transforme en femme, de Laurent devenant Lauren et doit assumer cette nouvelle identité aux yeux de son épouse, de ses enfants et de son entourage.

3. Pour cette question essentielle que pointe le titre et que Gilles Chenaille pose dans Marie Claire: « la personne se définit-elle par son genre, et sa sexualité, par son identité sexuelle? En d’autres termes: un époux et père de famille peut-il se travestir en secret, certaines nuits, sur un parking, pour aller danser chez les transsexuels, puis se démaquiller et se rhabiller en homme pour reprendre sa place dans le foyer? Et, à la fin, changer carrément de sexe mais sans qu’au fond rien ne change? »

4. Parce qu’il figure dans les finalistes du Prix du Roman Fnac 2017 qui sera dévoilé le jeudi 14 septembre en compagnie de quatre autres excellents livres: Ma Reine de Jean-Baptiste Andrea, Bakhita de Véronique Olmi, Femme à la mobylette de Jean-Luc Seigle et Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer.

5. Parce que Léonor de Récondo sera l’invitée de La Grande Librairie (France 5) ce jeudi 7 septembre pour le démarrage de la saison 10 et que je partage très souvent les choix de François Busnel.

Point cardinal
Léonor de Récondo
Sabine Wespieser Editeur
Roman
232 p., 20 €
EAN : 9782848052267
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Sur le parking d’un supermarché, dans une petite ville de province, une femme se démaquille. Enlever sa perruque, sa robe de soie, rouler ses bas sur ses chevilles : ses gestes ressemblent à un arrachement. Bientôt, celle qui, à peine une heure auparavant, dansait à corps perdu sera devenue méconnaissable.
Laurent, en tenue de sport, a remis de l’ordre dans sa voiture. Il s’apprête à rejoindre femme et enfants pour le dîner. Avec Solange, rencontrée au lycée, la complicité a été immédiate. Laurent s’est longtemps abandonné à leur bonheur calme. Sa vie bascule quand, à la faveur de trois jours solitaires, il se travestit pour la première fois dans le foyer qu’ils ont bâti ensemble. À son retour, Solange trouve un cheveu blond…
Léonor de Récondo va alors suivre ses personnages sur le chemin d’une transformation radicale. Car la découverte de Solange conforte Laurent dans sa certitude: il est une femme. Reste à convaincre ceux qu’il aime de l’accepter.
La détermination de Laurent, le désarroi de Solange, les réactions contrastées des enfants – Claire a treize ans, Thomas seize –, l’incrédulité des collègues de travail : l’écrivain accompagne au plus près de leurs émotions ceux dont la vie est bouleversée. Avec des phrases limpides et d’une poignante justesse, elle trace le difficile parcours d’un être dont toute l’énergie est tendue vers la lumière.
Par-delà le sujet singulier du changement de sexe, Léonor de Récondo écrit un grand roman sur le courage d’être soi.

Les critiques
Babelio
Télérama (Marine Landrot)
ELLE (Jeanne de Ménibus)
Marie Claire (Gilles Chenaille)
Blog Bricabook 
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog Sur la route de Jostein 

Les premières pages du livre
MATHILDA CONDUIT JUSQU’AU ROND-POINT, puis se gare sur le parking du supermarché. Presque personne à cette heure-ci. Elle choisit une place loin de l’entrée, éteint le moteur, insère le disque dans la fente du tableau de bord. À l’ombre de la grande enseigne, la musique surgit, le volume à son maximum. Oh Lord who will comfort me? Mathilda cale un miroir sur le volant, se regarde, se trouve belle et triste à la fois, observe son menton, son nez, ses lèvres. C’est le moment du dépouillement, le pire de tous. Elle sort de la voiture, ouvre le coffre. Sous la moquette, la roue de secours a disparu pour abriter une mallette. Elle la saisit en tremblant. Combien de temps encore? Mathilda se rassoit, la mallette en aluminium lui glace les cuisses. Elle actionne les petits clapets, qui se soulèvent avec un bruit sec. Elle prend une lingette démaquillante, se frotte doucement les yeux, puis commence à retirer ses faux cils. Son visage se déshabille. Lorsque les cils sont rangés dans leur boîte, Mathilda a presque disparu sous les restes de crayon noir, de couleurs brouillées, de mascara étalé jusqu’aux pommettes.

Extrait
« L’entraînement à la salle de sport, c’est l’excuse de Laurent. Tout a commencé à cause de ses douleurs et d’une furieuse envie de maigrir. Pendant plusieurs mois, à l’extérieur et en salle, il a pédalé sans relâche. Il reprenait son corps en main, les effets étaient grisants. Muscles affinés, peau tendue et surtout jambes épilées.
Quand Solange l’avait vu sortir de la salle de bains les jambes rasées, elle l’avait regardé, éberluée. Il avait justifié son geste par la prise au vent ¢ oui, même en salle, avait-il ajouté, et la transpiration se répartit mieux, tu sais. C’est comme ça, dans la famille des cyclistes. Elle s’était gentiment moquée de lui, il n’y avait prêté aucune attention.
Maintenant, il ne se rase plus, il s’épile à la cire. Ses mollets luisants et lisses lui procurent, quand il se caresse, une sensation de plaisir indéfinissable, une vague chaude qui le plonge au plus profond de son enfance, quand tout lui semblait encore possible. »

À propos de l’auteur
Léonor de Récondo, née en 1976, débute le violon à l’âge de cinq ans. Son talent précoce est rapidement remarqué, et France Télévisions lui consacre une émission alors qu’elle est adolescente. À l’âge de dix-huit ans, elle obtient du gouvernement français la bourse Lavoisier qui lui permet de partir étudier au New England Conservatory of Music (Boston/U.S.A.). Elle devient, pendant ses études, le violon solo du N.E.C. Symphony Orchestra de Boston. Trois ans plus tard, elle reçoit l’Undergraduate Diploma et rentre en France. Elle fonde alors le quatuor à cordes Arezzo et, grâce au soutien de l’association ProQuartet, se perfectionne auprès des plus grands maîtres du genre (Quatuor Amadeus, Quatuor Alban Berg). Sa curiosité la pousse ensuite à s’intéresser au baroque. Elle étudie pendant trois ans ce nouveau répertoire auprès de Sigiswald Kuijken au Conservatoire de Bruxelles. Depuis, elle a travaillé avec les plus prestigieux ensembles baroques (Les Talens Lyriques, Le Concert d’Astrée, Les Musiciens du Louvre, Le Concert Spirituel). De 2005 à 2009, elle fait partie des musiciens permanents des Folies Françoises, un ensemble avec lequel elle explore, entre autres, le répertoire du quatuor à cordes classique. En février 2009, elle dirige l’opéra de Purcell Didon et Enée mis en scène par Jean-Paul Scarpitta à l’Opéra national de Montpellier. Cette production fait l’objet d’une tournée. En avril 2010, et en collaboration avec la chanteuse Emily Loizeau, elle crée un spectacle mêlant musique baroque et musique actuelle.
Léonor de Récondo a été premier violon sous la direction de Vincent Dumestre (Le Poème Harmonique), Patrick Cohën-Akenine (Les Folies Françoises), Enrico Gatti, Ryo Terakado, Sigiswald Kuijken. Elle est lauréate du concours international de musique baroque Van Wassenaer (Hollande) en 2004.
Elle fonde en 2005 avec Cyril Auvity (ténor) L’Yriade, un ensemble de musique de chambre baroque qui se spécialise dans le répertoire oublié des cantates. Un premier disque de l’ensemble paraît chez Zig-Zag Territoires autour du mythe d’Orphée (plusieurs fois récompensé par la presse), un deuxième de cantates de Giovanni Bononcini en juillet 2010 chez Ramée.
Léonor de Récondo a enregistré une quinzaine de disques (Deutsche Grammophon, Virgin, K617, Alpha, Zig-Zag Territoires) et a participé à plusieurs DVD (Musica Lucida).
En octobre 2010, paraît son premier roman, La Grâce du cyprès blanc, aux éditions Le temps qu’il fait.
Depuis 2012, elle publie chez Sabine Wespieser éditeur : en 2012, Rêves oubliés, roman de l’exil familial au moment de la guerre d’Espagne. En 2013, Pietra viva, plongée dans la vie et l’œuvre de Michel Ange, rencontre une très bonne réception critique et commerciale. Amours, paru en janvier 2015, a remporté le prix des Libraires et le prix RTL/Lire. Point cardinal est paru en août 2017. (Source : Sabine Wespieser éditeur)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Focus Littérature

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