L’obscure clarté de l’air

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que le nouveau roman de l’auteur de Sukkwan Island a déjà été accueilli par une presse dithyrambique outre-manche. Le Times a, par exemple, écrit «Le génie de Vann tient dans sa capacité à renverser d’un trait de plume l’image élégante et policée, un peu figée, que nous avons des mythes grecs pour révéler le squelette décharné de temps ancestraux. »

2. Parce que, comme l’écrit Hubert Artus dans Lire: « Plus qu’une relecture moderne [de Médée], on apprécie la dimension féminine, sensuelle et parfois sexuelle générée par une langue et des dialogues contemporains.[…] Comme souvent chez Vann, la nature renvoie l’être humain à son animalité, à son éternité. À sa petitesse et à sa grandeur. »

3. Parce que l’auteur aime les poissons et la France. Président de la seconde édition de «Livres dans la boucle», à Besançon, il a annoncé qu’il reviendra l’an prochain pour une résidence dans le but d’apprendre le français. Son rêve serait même « d’écrire un grand roman français dans cette Franche-Comté qu’il aime beaucoup malgré son rude climat. »

L’obscure clarté de l’air
David Vann
Éditions Gallmeister
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Laura Derajinski
272 p., 23 €
EAN : 9782351781258
Paru en octobre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Née pour détruire les rois, née pour remodeler le monde, née pour horrifier et briser et recréer, née pour endurer et n’être jamais effacée. Hécate-Médée, plus qu’une déesse et plus qu’une femme, désormais vivante, aux temps des origines ”. Ainsi est Médée, femme libre et enchanteresse, qui bravera tous les interdits pour maîtriser son destin. Magicienne impitoyable assoiffée de pouvoir ou princesse amoureuse trahie par son mari Jason? Animée par un insatiable désir de vengeance, Médée est l’incarnation même, dans la littérature occidentale, de la prise de conscience de soi, de ses actes et de sa responsabilité.
Dans une langue sublime et féroce, David Vann fait une relecture moderne du mythe de Médée dans toute sa complexe et terrifiante beauté. Le portrait d’une femme exceptionnelle qui allie noirceur et passion dévorante.

Les critiques
Babelio
Télérama (Christine Ferniot)
Blog Les passions de Chinouk

Les premières pages du livre
« Son père, un visage doré dans la pénombre. Apparaissant à la lueur des torches au-dessus de l’eau puis s’éclipsant à nouveau. Le visage du soleil, un descendant du soleil. Trahison et rage. Quatre plumets le long de son masque, une dispersion de lumière, une sorte de crinière. Son bouclier de maintes peaux tannées, une obscurité creuse. Sa lance grise, une ligne mince puis disparue. La voile au-dessus de lui gonflée comme la panse d’un bœuf devenu aussi immense qu’un dieu, ses sabots évoluant dans l’eau sans émettre le moindre son.
Rien ne l’arrêtera, Médée le sait. Il a trop perdu. Elle ne peut que le ralentir. Elle se baisse et saisit un morceau de son frère, un avant-bras puissant et étrangement doux, refroidissant déjà, et elle le laisse tomber à la mer, presque sans un bruit, englouti par les éclaboussures des rames.
Elle l’a fait pour Jason et elle en fera bien davantage, elle le sait. Son frère démembré à ses pieds. C’est ainsi que commence le monde.
Du bois sombre dans une eau plus sombre encore, une mer d’encre, des motifs ressentis mais imperceptibles, l’oscillation des vagues à peine entraperçue. Le bois épais sous eux, ses lignes grinçantes. Les épaisses cordes du mât derrière elle, gémissant sous la pression des deux gouvernails. À chaque vaguelette, elle est soulevée, elle retombe et pivote, et Jason et ses hommes réitèrent chaque mouvement un instant plus tard. Tous rassemblés en une seule et même personne, la barbare et ses Minyens. Chaque coque de navire, un foyer.

Extrait
« Médée s’éloigne avec le reste de son frère, mais elle éprouve le besoin d’aider son père. D’être ses yeux à travers la nuit, de le prendre par le bras et le guider. De reconstituer les morceaux de son frère et lui insuffler la vie. De faire appel à Hécate pour reformer un corps en échange de son sacrifice à elle. Que sa famille soit entière, à nouveau, même si elle doit se perdre en échange. Un sentiment accablant, une ancre dans sa poitrine, incrustée et qui l’attire vers le fond, son corps déchiqueté, et c’est ainsi que sont formées les femmes. Esclaves. Elle ne sera pas esclave. Elle éprouvera ce besoin d’aider son père mais elle n’en fera rien. Elle pleurera son frère et s’agenouillera parmi sa dépouille démembrée, mais elle jettera un nouveau morceau pardessus bord quand le moment viendra. Elle ne se laissera pas dompter. S’il est naturel d’être esclave, alors elle sera contre nature. »

À propos de l’auteur
David Vann est né en 1966 sur l’île Adak, en Alaska, et y a passé une partie de son enfance avant de s’installer en Californie avec sa mère et sa sœur. Il a travaillé à l’écriture d’un premier roman pendant dix ans avant de rédiger en dix-sept jours, lors d’un voyage en mer, le livre qui deviendra Sukkwan Island. Pendant douze ans, il cherche sans succès à se faire publier aux États-Unis : aucun agent n’accepte de soumettre le manuscrit, jugé trop noir, à un éditeur. Ses difficultés à faire publier son livre le conduisent vers la mer: il gagnera sa vie en naviguant pendant plusieurs années dans les Caraïbes et en Méditerranée.
Après avoir traversé les États-Unis en char à voile et parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il échoue lors de sa tentative de tour du monde en solitaire sur un trimaran qu’il a dessiné et construit lui-même. En 2005, il publie A mile down, récit de son propre naufrage dans les Caraïbes lors de son voyage de noces quelques années plus tôt. Ce livre fait partie de la liste des best-sellers du Washington Post et du Los Angeles Times. Ce premier succès lui permet de gagner partiellement sa vie grâce à sa plume et il commence à enseigner. David Vann propose alors Sukkwan Island à un concours de nouvelles qu’il remporte et, en guise de prix, voit son livre publié en 2008 aux Presses de l’Université du Massachusetts. L’ouvrage est tiré à 800 exemplaires puis réimprimé à la suite de la parution d’une excellente critique dans le New York Times. Au total, ce sont pourtant moins de 3 000 exemplaires de cette édition qui seront distribués sur le marché américain.
Publié en France en janvier 2010, Sukkwan Island remporte immédiatement un immense succès. Il remporte le prix Médicis étranger et s’est vendu à plus de 300 000 exemplaires. Porté par son succès français, David Vann est aujourd’hui traduit en dix-huit langues dans plus de soixante pays. Une adaptation cinématographique par une société de production française est en cours. David Vann est également l’auteur de Désolations, Impurs. Il partage aujourd’hui son temps entre la Nouvelle-Zélande où il vit et l’Angleterre où il enseigne, tous les automnes, la littérature. (Source : Éditions Gallmeister)

Page Wikipédia de l’auteur
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