Une âme d’enfant

de_FOMBELLE_Neverland_Peter_pan
Illustration © http://disneyandmore.blogspot.fr

Logo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman

En deux mots:
En route vers Neverland, ce monde imaginaire inventé par J.M. Barrie, le créateur de Peter Pan, le narrateur va essayer de retrouver son enfance. Entre souvenirs et sensations, ce roman est d’une rare poésie, un hymne à un âge magique.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Une âme d’enfant

Ce «premier livre pour les adultes», signé Timothée de Fombelle, un auteur jeunesse reconnu, explore ce moment singulier où l’enfance s’en va.

« Aujourd’hui, je suis incapable de dater ce grand passage. Il me semble seulement qu’un matin on se réveille adulte dans le regard des autres. On hésite un instant. On ne se sent ni préparé ni volontaire pour le voyage. Mais il y a ce regard, en face, qui nous considère, et puis cette aspiration lointaine, le vent de la plaine que l’on sent pour la première fois sous sa chemise et un petit tas de noyaux de cerises au fond de nous, qui fait un peu mal.
Ce qui nous attend est déjà là, en pièces détachées. Alors on fait semblant. Cela commence toujours ainsi. On fait semblant d’être grand. Et, dans le meilleur des cas, je crois, on fera semblant toute sa vie. » Il est des moments dans une vie où tout bascule, où l’on se rend bien compte que plus rien ne sera comme avant, même si l’envie nous prend de revenir en arrière. Peut-être même de chercher à effacer ce que l’on pressent, à savoir que désormais l’enfance est un domaine qui nous est interdit. Tous les subterfuges semblent alors autorisés pour garder cette âme d’enfant. On se réfugie dans les souvenirs ou on en crée de nouveaux : «L’enfant est une île. Il ne sait ni ne possède rien. Il devine des forces immenses sous les bandelettes qui serrent son corps. Pour lui, le lendemain n’existe pas. Le passé a déjà disparu. L’enfant commence par être cet instant suspendu, désarmé, qui jaillit comme un bouchon au milieu de la mer et regarde autour de lui. Et quand il sera ivre d’avoir senti, quand il aura l’intérieur tapissé de ce qui l’entoure, il se mettra à imaginer. (…) Il inventera. Il complétera de l’intérieur ce qu’il voit dehors. Il finira le monde. Il fera des histoires. » Et si son imagination doit se tarir, il saura où assouvir sa soif. En se réfugiant dans les livres. C’est dans les romans que l’on peut à nouveau naviguer aux côtés du capitaine Crochet, plonger avec le Capitaine Nemo, s’évader avec Monte-Cristo… Même si le merveilleux voyage doit aussi s’arrêter, il est à nul autre semblable : « Il me fallait toujours du temps pour me retrouver. Quand j’avais fini le livre, on m’appelait dehors, je restais étourdi sur le lit. Alors je me levais, un peu à l’étroit dans cette peau et ce monde. Je faisais un pas, je m’étirais. Mon enveloppe se fendillait. Mon équilibre avait changé. En descendant l’escalier, je ne voyais pas qu’avaient poussé deux ailes en papier dans mon dos. »
Timothée de Fombelle réussit le tour de force, dans ce premier roman, de raconter son exploration dans ce monde avec les sensations, la poésie, le lyrisme propre à cette enfance perdue.
Cette époque où «le temps et la nuit sont un trésor qu’on ne compte pas, qu’on ne découpe pas en heures et en minutes», où «l’été durait des vies entières. Une explosion de liberté. Un grand feu dans lequel on jetait les autres saisons pour voir ce qu’il en resterait. Et tout se consumait. »
Il y a presque à chaque page de ces merveilleuses formules que l’on aimerait toutes recopier tant elles disent ce sentiment à la fois terrifiant de la perte et de l’oubli de cet âge insouciant et innocent et exaltant dans l’analyse désormais possible. Oui, c’était bien parce qu’alors tout était possible.
Il y a pour certains le sentiment diffus que désormais ils sont responsables, ils sont adultes. Pour d’autres un événement très fort marque cette rupture. Pour le narrateur de ce court et intense roman, la rupture est sans doute arrivée le jour où son grand-père qui «avait le génie des mots vibrants, était orateur, clown à l’occasion, romantique ou prédicateur selon les jours» lui demande de prendre le relais, lorsqu’il lui confie la rédaction d’une lettre pour coco, son ami d’enfance. Cette simple phrase «Je voudrais, s’il te plaît, que tu écrives pour moi quelques lignes à Coco» résonne comme un joli défi, mais aussi comme la reconnaissance que désormais son petit-fils était passé «de l’autre côté». Que ce soit avec cette mission rend la chose encore plus vive, encore plus inéluctable. Et pourtant…
Pourtant le narrateur ne peut se résoudre à vivre sans cette partie de lui. Il repart en direction de Neverland « Je suis parti un matin en chasse de l’enfance. Je ne l’ai dit à personne. J’avais décidé de la capturer entière et vivante. Je voulais la mettre en lumière, la regarder, pouvoir en faire le tour. Je l’avais toujours sentie battre en moi, elle ne m’avait jamais quitté. » À votre tour de chausser vos bottes de sept lieues et d’aller battre la campagne. Un monde magique vous attend au bout de la route !

Neverland
Timothée de Fombelle
Éditions L’Iconoclaste
Roman
128 p., 15 €
EAN : 9791095438397
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Neverland est l’histoire d’un voyage au pays perdu de l’enfance, celui que nous portons tous en nous. À la fois livre d’aventure et livre-mémoire, il ressuscite nos souvenirs enfouis.
Après son immense succès en littérature jeunesse (Tobie Lolness, Vango, Le livre de Perle), Timothée de Fombelle signe son premier livre pour adultes.
« Je suis parti un matin en chasse de l’enfance. Je ne l’ai dit à personne. J’avais décidé de la capturer entière et vivante. Je voulais la mettre en lumière, la regarder, pouvoir en faire le tour. Je l’avais toujours sentie battre en moi, elle ne m’avait jamais quitté. »

68 premières fois
Blog Livres et vous (Anne-Marie Gabriel)
Blog entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog PatiVore
Le blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)

Autres critiques
Babelio
Télérama (Michel Abescat)
Le Figaro (Françoise Dargent)
Livres hebdo (Léopoldine Leblanc)
Blog Cannibales lecteurs
Libération (Virginie Bloch-Lainé)
Blog La voix du livre 
Blog Bricabook


Timothée de Fombelle présente «Neverland» © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Il y a dans les hauts territoires de l’enfance, derrière les torrents, les ronces, les forêts, après les granges brûlantes et les longs couloirs de parquet, certains chemins qui s’aventurent plus loin vers le bord du royaume, longent les falaises ou le grillage et laissent voir une plaine tout en bas, c’est le pays des lendemains : le pays adulte.
Les enfants qui vont près de cette lisière, au milieu des herbes plus hautes que leurs épaules, surprennent parfois en dessous d’eux, dans le fond de la plaine, la mort ou des amoureux, par accident. Ces apparitions ressemblent à des éclats de verre au soleil. Elles éblouissent et disparaissent aussitôt, cachées par des nuages bas.
En retournant vers la forêt profonde avec leurs arcs et leurs flèches, les enfants croient oublier cette vision. Mais elle a semé en eux un noyau de cerise qui grandit déjà à l’intérieur.
J’ai eu ma poignée de noyaux. Je crois même que ce sont eux qui nous font pousser. Et je me souviens, quand on les avalait, les yeux écarquillés, le plaisir dangereux de ces corps étrangers prêts à éclater. On regardait tout autour. Est-ce que quelqu’un nous avait vus ? C’était comme si on avait volé quelque chose. On attendait un peu pour sentir au fond de nous ce qui allait se passer, le voyage du noyau dans un monde invisible. »

À propos de l’auteur
Timothée de Fombelle a 44 ans. Il est dramaturge et l’un des plus importants romanciers contemporains pour la jeunesse. Ses romans Tobie Lolness, Vango et Le Livre de Perle sont tous des best-sellers vendus dans le monde entier. Avec Neverland il réalise son premier pas en littérature adulte. (Source : Éditions L’Iconoclaste)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#timotheedefombelle #neverland #editionsdeliconoclaste #68premieresfois #RL2017 #roman #rentreelitteraire #liconoclaste #unLivreunePage #livre #lecture #books #RLN2017 #littérature #primoroman #lecture #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #MardiConseil #VendrediLecture

« Ni victime, ni coupable, ni sainte… » 

LAFON_Hearst_police

En deux mots:
Vous croyez lire la reconstitution de l’affaire Patricia Hearst, vous suivez la trace d’une enseignante à l’université et de son assistante et vous découvrez un roman sur les choix qui nous guident, sur les rencontres qui nous construisent.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

« Ni victime, ni coupable, ni sainte… » 

 

S’appuyant sur l’affaire Patricia Hearst qui a tenu l’Amérique du milieu des années 70 en haleine, Lola Lafon nous offre une profonde réflexion sur le libre-arbitre et sur ces rencontres qui transforment une vie.

Refermant Mercy, Mary, Patty, on se sait trop s’il faut d’abord admirer la virtuosité narrative, la mise en perspective d’un fait divers ô combien exemplaire ou l’astucieuse construction de ce roman qui nous permet de confronter des opinions sans que jamais une version ne s’impose à nous. Ce qui est en revanche certain, c’est que le cas Patricia Hearst est tout aussi passionnant que le cas Nadia Comaneci mis en perspective dans La Petite Communiste qui ne souriait jamais.
Petit rappel historique : Patricia est la petite-fille de William Randolph Hearst, le magnat le plus emblématique de la presse (c’est lui qui inspirera Orson Welles pour Citizen Kane). Le 4 février 1974 elle est enlevée sur le campus de Berkeley par un groupe de jeunes révolutionnaires réunis sous la bannière de l’armée de libération symbionaise (ALS). En guise de rançon, ils réclament le versement de nourriture pour un montant de 70 dollars à tous les pauvres de la côte Est.
Mais ce qui donnera à ce kidnapping une aura retentissante, c’est que quinze jours plus tard Patricia prendra fait et cause pour ses ravisseurs, déclare désormais s’appeler Tania et ira même jusqu’à perpétrer un hold-up avec ses ex-geôliers. Elle sera arrêtée deux mois plus tard, jugée et condamnée à sept ans de prison, avant d’être grâciée par le président Jimmy Carter. Au terme de deux années d’incarcération, elle épousera son gardien de prison et se lancera dans une carrière cinématographique.
Mais Lola Lafon prend ses distances avec cette histoire, à la fois en laissant le temps s’écouler et en centrant son récit non sur les témoins de l’affaire, mais sur des personnes chargées d’apporter leur concours à la justice.
En 1975, en vue du procès, on demande à Gene Neveva, une universitaire installée dans le Sud-Ouest de la France, d’éclairer la Cour sur le profil de l’accusée, car elle est spécialiste de la psychologie des captives. Pour la seconder, elle va réclamer le concours d’une étudiante dont le mandat sera tout sauf simple : « Vous avez quinze jours pour trouver dans le carton débordant de photocopies de quoi rédiger une expertise qui innocentera cette gamine autour de laquelle la presse américaine s’affole à l’approche de son procès. Quinze jours pour trancher, qui est la vraie Patricia, une marxiste terroriste, une étudiante paumée, une authentique révolutionnaire, une pauvre petite fille riche, héritière à la dérive, une personnalité banale et vide qui a embrassé une cause au hasard, un zombie manipulé, une jeune fille en colère qui tient l’Amérique dans le viseur. » Parmi les prétendantes, elle optera pour Violaine, la plus sage et la plus effacée.
C’est à une narratrice partie aux Etats-Unis sur les pas de cette professeur d’université que l’auteur va confier le récit écrit à la seconde personne du pluriel : « Je vous suppose entre vos lignes, dans Mercy Mary Patty je cherche celle que Violaine m’a dépeinte. » Une forme qui permet de confronter les opinions, de changer d’angle du vue, voire de contrebalancer les arguments. Si la famille Hearst entend «sauver» Patricia en engageant une personne qui démontrera qu’elle n’avait plus son libre-arbitre, qu’elle avait subi une sorte de lavage de cerveau, Violaine n’a d’autre mandat que d’analyser et de rédiger des fiches. Mais sa rencontre avec Gene autant que celle qu’elle fera par procuration avec Patricia vont la pousser dans une direction opposée. Et si ce qu’écrit Patricia était vrai ? Et s’il fallait donner du crédit à cette version que fait de l’héritière une captive dans sa famille trouvant sa liberté avec ses ravisseurs?
On pourra voir, comme dans une dissertation de philosophie, la thèse développée par Gene, l’antithèse confiée à Violaine et la synthèse confiée à la narratrice.
Loin d’être une biographie d’une fille riche ou un roman sur l’affaire Patricia Hearst, c’est à une vraie réflexion sur la liberté que Lola Lafon nous invite. Quel est le poids du milieu social dans nos choix, y-a-t-il une autre voie possible? Ne sommes-nous pas d’abord le fruit de nos rencontres ? Notre conscience politique, notre conscience critique ne se développe-t-elle pas avec les expériences que nous vivons? L’auteur nous laissera juges en proclamant dans le préambule du livre que Gene publiera sous le titre Mercy Mary Patty : « On ne trouvera dans ces pages ni victime, ni coupable, ni sainte, martyre ou héroïne révolutionnaire. » À moins que…

Mercy, Mary, Patty
Lola Lafon
Éditions Actes Sud
Roman
240 p., 19,80 €
EAN : 9782330081782
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule aux Etats-Unis et en France, dans un village des Landes.

Quand?
L’action se situe de 1974 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
En février 1974, Patricia Hearst, petite-fille du célèbre magnat de la presse William Randolph Hearst, est enlevée contre rançon par un groupuscule révolutionnaire dont elle ne tarde pas à épouser la cause, à la stupéfaction générale de l’establishment qui s’empresse de conclure au lavage de cerveau.
Professeure invitée pour un an dans une petite ville des Landes, l’Américaine Gene Neveva se voit chargée de rédiger un rapport pour l’avocat de Patricia Hearst, dont le procès doit bientôt s’ouvrir à San Francisco. Un volumineux dossier sur l’affaire a été confié à Gene. Pour le dépouiller, elle s’assure la collaboration d’une étudiante, la timide Violaine, qui a exactement le même âge que l’accusée et pressent que Patricia n’est pas vraiment la victime manipulée que décrivent ses avocats…
Avec ce roman incandescent sur la rencontre décisive de trois femmes “kidnappées” par la résonance d’un événement mémorable, Lola Lafon s’empare d’une icône paradoxale de la “story” américaine pour tenter de saisir ce point de chavirement où l’on tourne le dos à ses origines. Servi par une écriture incisive, Mercy, Mary, Patty s’attache à l’instant du choix radical et aux procès au parfum d’exorcisme qu’on fait subir à celles qui désertent la route pour la rocaille.

« Faire un pas de côté et laisser à l’actualité ses conclusions, s’en remettre à la fiction, aux lignes droites préférer le motif du pointillé, ces traces laissées par Mercy Short, Mary Jamison et Patricia Hearst que je découvre lors d’une résidence à Smith College, Massachusetts.
Elles ont dix-sept ans en 1690, quinze ans en 1753 et dix-neuf ans en 1974. Leur point commun : elles choisissent de fausser compagnie au futur étroit qu’on leur concoctait et désertent leur identité pour en embrasser une nouvelle, celle des «ennemis de la civilisation» de leur époque, les Natifs américains pour les deux premières, un groupuscule révolutionnaire pour la troisième.
La rencontre est au centre de Mercy, Mary, Patty, la mienne et celle de mes personnages, Violaine et Gene Neveva, avec celle qui, en 1975, tourna brièvement le dos au capitalisme pour se rallier à la cause de ses ravisseurs marxistes: Patricia Hearst.
Sa voix rythme le récit, défait les territoires idéologiques et dévoile l’envers de l’Amérique, elle porte en elle une question qui se transmet de personnage en personnage, question-virus qui se transforme en fonction du corps qui l’accueille: que menacent-elles, ces converties, pour qu’on leur envoie polices, armées, prêtres et psychiatres, quelle contagion craint-on?
Patricia Hearst met à mal toute possibilité de narration omnisciente, à son épopée ne conviennent que des narrations multiples.
Si mon précédent roman interrogeait la façon dont les systèmes politiques s’affairent autour des corps de jeunes filles, Mercy, Mary, Patty s’attache à l’instant du chavirement, du choix radical et aux procès qu’on fait subir à celles qui désertent la route pour la rocaille, des procès similaires sur trois siècles, au parfum d’exorcisme. Mercy, Mary, Patty est semé du sable des Landes où se déroule le récit, ses grains minuscules enrayent la fiction d’un monde «civilisé» auquel on se devrait de prêter allégeance. » L. L.

Autres critiques
Babelio
20 Minutes (2 minutes pour choisir)
France Culture (émission «Par les temps qui courent» – Marie Richeux)

Les premières lignes:
« Vous écrivez les jeunes filles qui disparaissent. Vous écrivez ces absentes qui prennent le large et l’embrassent sans en trier le contenu, élusives, leur esprit fermé aux adultes. Vous interrogez notre désir brutal de les ramener à notre raison. Vous écrivez la rage de celles qui, le soir, depuis leur chambre d’enfant, rêvent aux échappées victorieuses, elles monteront à bord d’autocars brinquebalants, de trains et de voitures d’inconnus, elles fuiront la route pour la rocaille.
Mercy Mary Patty, votre ouvrage publié en 1977 aux Etats-Unis, leur est dédié, qui vient d’être réédité, augmenté d’une préface signée par vous et d’une courte note de l’éditeur. Il n’est pas encore traduit en France. Il se termine par des remerciements ainsi que votre biographie, depuis l’obtention de vos diplômes en littérature américaine, histoire et sociologie jusqu’aux postes que vous avez occupés: Chicago University 1973, collège des Dunes, France, 1974-75, lectrice à l’université de Bologne en 1982 et enfin Smith College, Northampton Massachussets. Des articles parus ces derniers mois dans la presse universitaires soulignent l’importance de vos recherches, les magazines s’interrogent sur ce qu’ils appellent votre « retour en grâce ». Le New Yorker vous consacre deux colonnes : « Une théorie controversée : Gene Neveva et ses jeunes filles chavirées, de Mercy Short en 1690 à Patricia Hearst en 1974. »
Le libraire de Northampton glisse votre livre dans une pochette de papier brun, il se montre curieux de mon choix, l’affaire Hearst est de l’histoire ancienne, vous venez d’Europe n’est-ce-pas, vous avez votre lot de jeunes filles toxiques en ce moment, celles-là qui affichent leur allégeance à un Dieu comme on s’amourache d’un acteur, Marx, Dieu, question d’époque… Vous êtes étudiante à Smith College je parie, continue-t-il, si vous cherchez à rencontrer l’auteure, son numéro de téléphone est dans l’annuaire des professeurs.
Mais je ne vous cherche pas. Votre bureau est au premier étage du bâtiment devant lequel je passe chaque matin mais ça n’a pas d’importance car je ne vous cherche pas, je vous suppose. Au librairie j’explique la raison de ma présence ici, je prononce votre nom, je raconte, je dis Mme Neveva comme si vous étiez à nos côtés et que vous m’en imposiez, je dis Neveva à la façon de vos élèves françaises qui vous vénéraient et dont je n’ai pas été, Neveva Gene arrivée dans une petite ville du Sud-Ouest au mois de janvier 1974, jeune enseignante qui à l’automne 1975 punaise à la hâte une feuille de papier dans les deux boulangeries de la ville, cherche étudiante très bon niveau d’anglais oral et écrit, job temps plein d’une durée de quinze jours. Adultes s’abstenir. URGENT.»

À propos de l’auteur
Née en 1974 dans le Nord de la France, Lola Lafon a grandi en Bulgarie, puis dans la Roumanie de Ceausescu que ses parents choisissent de fuir à la fin des années 1980. Outre des études d’anglais, elle se passionne pour la danse, le théâtre et la musique. Elle fonde d’ailleurs un groupe en 2000, Leva, avec lequel elle enregistrera un album très remarqué. En 2003, Lola Lafon se distingue avec la parution de son premier roman, Une fièvre impossible à négocier (Babel n°1405). Cette militante féministe, qui fréquenta un temps les squats, signe d’autres ouvrages parmi lesquels Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce (Babel n°1248) et La petite communiste qui ne souriait jamais (Babel n°1319). Cette évocation romanesque de la vie de la gymnaste Nadia Comaneci lui vaudra un grand succès en librairie, de nombreuses traductions et une flopée de récompenses.
Dans le domaine musical, Lola Lafon compte deux albums à son actif : Grandir à l’envers de rien (Label Bleu / Harmonia Mundi, 2006) et Une vie de voleuse (Harmonia Mundi, 2011). (Source : Éditions Actes Sud / Lire)
Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#mercymarypatty #lolalafon #editionsactessud #actessud #RL2017 #roman #rentreelitteraire #thriller #unLivreunePage. #livre #lecture #books #RLN2017