Géographie d’un adultère

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En deux mots:
Paul et Ema ont une liaison extra-conjugale. Mais pour garder le secret de cette relation, ils vont devoir faire preuve d’imagination. Car il leur manque à la fois un lieu adéquat et le temps nécessaire.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

La liaison malheureuse

Pour son premier roman Agnès Riva va nous démontrer la difficulté de vivre une aventure extra-conjugale en suivant la liaison entre Ema et Paul.

Il arrive que le titre d’un livre nous intrigue, comme c’est le cas ici. En le refermant, je me dis qu’il est particulièrement bien trouvé. Car le premier roman d’Agnès Riva ne raconte pas l’histoire d’un adultère mais bien la géographie. C’est ce qui le rend si particulier et si intéressant. Au lieu de scènes torrides, la romancière détaille les lieux qui ont rendu possible la rencontre de Paul et d’Ema puis ceux qu’ils choisissent pour se rencontrer, pour faire l’amour avant de rentrer au domicile conjugal.
Commençons par le Tribunal des prud’hommes. C’est là que la relation adultère s’est construite et c’est aussi là que Paul aime bousculer Ema. Car ce spécialiste des bâtiments et des travaux publics vit sa liaison comme il gère ses dossiers, rationnellement et avec un souci du respect des règles. En l’occurrence, il se persuade que «leur relation ne s’approfondira jamais» dans cet endroit, que sa partenaire ne dérogera pas aux règles qu’il a pris soin d’établir. Pour éviter toute ambiguité, il a ainsi d’emblée souligné que rien ne devait transparaître de leur «amour», que rien ne devait devenir irrationnel ou incontrôlable. Une double vie, oui, mais cloisonnée et étanche.
Du coup, on ne peut s’empêcher de plaindre Ema qui est beaucoup plus fleur bleue, qui est prête à faire des folies, qui serait même prête à quitter son mari. Mais pour l’heure, elle doit accepter la volonté de son amant. Et sa frustration qui s’incarne par exemple le soir de la fête pour le centenaire du conseil. Là ou lui voit un risque, elle imagine une occasion de se retrouver et de partager davantage d’intimité. Frustrée, Ema le sera aussi dans un second lieu emblématique, la limousine de Paul avec ses fauteuils en cuir et son levier de vitesse. Cer dernier offre au chauffeur l’occasion de glisser sa main vers le genou de sa passagère qu’il assimile alors à sa chose, présente pour son plaisir.
Le seul petit problème, c’est que dans le véhicule on peut les voir et que Paul ne supporte même pas l’idée que l’on puisse le soupçonner de ne pas être un bon mari et père de famille. Aussi quand Ema sonne à sa porte pour émoustiller Paul, elle ne fait qu’allumer un signal d’alarme. Mais il est vrai que le salon de thé d’un centre commercial ou une chambre de Novotel n’ont rien de persnnel, d’intime.
Rendez-vous est alors pris chez Ema, en l’absence de son mari. Mais outre le risque toujours présent de le voir débarquer à l’improviste, il y a aussi les voisins et les passants, susceptibles de voir quelque chose. Reste ce coin entre l’évier et le réfrigérateur, inconfortable certes, mais caché de la rue. Ou encore le coin derrière la porte d’entrée. Bref, c’est l’imagination au pouvoir!
On l’aura compris, le roman fait le démonstration que le malaise – aussi dans le sens d’inconfort – est un tue-l’amour. Que faute d’un lieu où il puisse s’épanouir, l’amour est condamné. Sans espace et sans temps, comme il semblait y en avoir à profusion À l’originalité de la construction, on ajoutera l’économie su style pour souligner les qualités de ce roman. Chaque phrase semble avoir été débarrassée du superflu pour ne conserver que l’essentiel. Du coup, la cruauté est plus cruelle, l’ironie plus mordante, le désespoir plus violent. Une belle réussite !

Géographie d’un adultère
Agnès Riva
Éditions L’Arbalète
Roman
128 p., 13,50 €
EAN : 9782072762833
Paru le 11 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
Ema et Paul sont amants. Comme d’autres avant eux ils se sont rencontrés au travail, sont mariés, ont des enfants et se donnent rendez-vous à l’abri des regards. La voiture de Paul, un coin de la maison d’Ema, une chambre d’hôtel… Mais très vite leur relation souffre de ce cadre trop étroit et Ema décide de les mettre tous deux en danger sur ce mince territoire, au risque de tout perdre.
En s’attachant de manière inédite aux lieux de la passion, Géographie d’un adultère jette un regard bouleversant sur l’attente et le désir.

Les critiques
Babelio 
Le JDD (avec un entretien mené par Marie-Laure Delorme)
Le Littéraire (Jean-Paul Gavard-Perret)
BibliObs (Jérôme Garcin)
Putsch (Marc Émile Baronheid)
Diacritik (Johan Farber)
La Cause littéraire (Cyrille Godefroy)
Blog A book is always a good Idea 
Blog Lire au lit 


Agnès Riva présente son ouvrage Géographie d’un adultère © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre:
« L’habitacle de la voiture de Paul
L’intérieur de la voiture de Paul est un espace au volume assez limité, distribué avec une certaine rigueur. Il propose quatre places assises matérialisées par des fauteuils ergonomiques à la forme si étudiée qu’il semble quasi impossible d’installer sur la banquette arrière une cinquième personne. Les sièges avant sont séparés par un accoudoir court et situé à mi-hauteur ne comportant pas de compartiments pour ranger des affaires de petite taille, lunettes de soleil ou CD.
Fauteuils en cuir, seuils de porte en aluminium, pédalier en acier inoxydable, l’habitacle du véhicule traduit l’ambition de son propriétaire : posséder à la fois tout le confort et le luxe possibles, mais en miniature et pour le prix d’un modèle d’entrée de gamme.
L’odeur de Paul est très présente, elle saisit Ema à chaque fois qu’elle pénètre dans la voiture, un effluve fortement boisé, mêlant le parfum habituel de l’homme à sa transpiration, mais sous une forme plus concentrée.
Après leur séparation, lorsque Paul s’arrêtera parfois à sa hauteur et baissera la vitre pour lui parler, il suffira à la jeune femme de sentir cette odeur pour vaciller un instant, avoir le sentiment d’être à nouveau aspirée vers l’intérieur.
Paul a vite été très clair sur la manière dont il voyait leur relation. Il a invoqué son manque de temps et ses difficultés à disposer de sa personne, en raison de ses obligations familiales. « Nous nous verrons pendant nos activités sociales communes, mais les rendez-vous en tête à tête ne pourront être qu’exceptionnels. » Ayant déjà l’expérience de ce genre de relation, il a aussi mis Ema en garde contre la souffrance qu’on peut éprouver à se représenter l’univers de l’autre, sur lequel on n’a pas prise. « Épargne-toi d’établir une comparaison et de lister tout ce qu’il nous est impossible de faire, sinon tu ne pourras que te heurter à un mur. »
Ema a fait mine de comprendre, tout en espérant faire évoluer Paul sur ses positions. Elle s’imaginait pouvoir le rencontrer loin de chez eux et de leur quotidien, mais toute échappée étant pour l’instant irréalisable, elle s’accommodait des moments passés avec lui dans des espaces contraints, comme l’habitacle de sa voiture.
Les finitions du véhicule portent la signature de l’homme. L’élégance des éléments décoratifs chromés, l’habillage de cuir du volant, la poignée du frein à main et la boîte de vitesses suggèrent une conduite sportive. Ses manœuvres sont sûres mais brusques. Ni perte de temps ni espace superflu, c’est la raison pour laquelle il a choisi une voiture compacte et maniable. Une fois calée dans le fauteuil, Ema se sent à chaque fois embarquée, propulsée vers l’avant, sans autre possibilité que de suivre le mouvement.
Il y a dans les décisions soudaines de Paul (faire un détour avant de la ramener chez elle, la réquisitionner d’office pour une simple course dans une ville voisine) quelque chose qui ravit Ema, comme si la voiture disposait d’un pouvoir magique, qui la transporte vers un ailleurs encore indistinct. Elle se sent alors submergée par un sentiment de confiance et de liberté absolue.
« Et si on partait maintenant, là ? » semble toujours être à deux doigts de formuler Paul, dès que son véhicule se met à prendre un peu de vitesse.
Pourtant, malgré des débuts prometteurs, ces fugues ne débouchent sur rien et la certitude de leur inutilité finit tôt ou tard par déprimer Ema. Paul, lui, ne semble pas partager cette déception, et se contente du plaisir de rouler en silence. En réaction à ce qu’elle considère comme du détachement, la jeune femme, légèrement agacée, se saisit alors de la poignée supérieure pour se donner une contenance.
Paul est d’autant plus à l’aise dans sa voiture que celle-ci constitue une deuxième maison. Expert en bâtiment et travaux publics, il passe beaucoup de temps hors de chez lui, dans des déplacements professionnels, qui lui permettent aussi de reprendre sa respiration.
Lorsqu’il la sait seule chez elle, c’est de là que son amant l’appelle, parfois tardivement, alors qu’il roule entre la sortie de son club de natation et son domicile. Dans ces moments, l’homme paraît plus détendu que d’ordinaire, vainqueur provisoire d’une course d’obstacles ou plus modestement recentré sur lui par la pratique du sport, comme s’il n’était vraiment disponible qu’en mouvement, dans cette intention de quitter un point pour un autre.
Parfaite extension de lui-même, l’intérieur de la voiture est donc organisé pour que tout soit à portée de main. Les lunettes de soleil, qu’il extrait d’un geste prompt de la boîte à gants, en se penchant légèrement vers Ema, la pince à ceinture de sécurité pour plus de confort, la climatisation qui tourne à fond, pour maintenir une température indécemment haute, la parka de chantier posée sur la banquette arrière, les chaussures de sécurité dans le coffre, et l’accoudoir court qui lui permet de passer facilement du levier de vitesse au genou de la jeune femme et inversement, provoquant un début de malaise chez Ema, comme si, par ce geste automatique, elle aussi rejoignait le domaine des accessoires.
Cet espace si personnel, Paul y a accueilli Ema pour la première fois sur le trajet entre le conseil des prud’hommes où ils exercent tous les deux et leur domicile. Il leur a permis de faire connaissance.
Un jour, Ema avait profité de l’arrêt de la voiture et d’un temps de silence pour avouer à Paul ses sentiments. Il venait de lui apprendre qu’il avait perdu sa mère. Elle l’avait déjà entendu parler avec tendresse de cette femme courageuse et droite qui l’avait élevé seule avec ses frères et sœurs. À l’écoute de sa souffrance, il lui a semblé que c’était sa propre mère qui était décédée la veille. Une digue en elle avait cédé et elle avait soudain éprouvé l’envie de prendre la main de Paul et de communier avec lui. Cela faisait des semaines qu’ils se confiaient l’un à l’autre, sans que leur relation veuille enfin dire son nom. Ema se sentait l’impatience d’un homme et lassée par ses propres atermoiements de femme. Elle avait envie que Paul lui parle d’autre chose. Elle avait envie qu’il lui parle d’amour. »

Extrait
« Même si tu me quittais, je resterais ton ami, en espérant qu’un jour tu changes d’avis », lui avait-il confié. Cette déclaration avait un peu effrayé la jeune femme. Elle avait compris que si c’était elle qui décidait de s’éloigner de Paul, il lui reviendrait aussi de maintenir la distance, car lui se tiendrait toujours prêt, à l’affût, à l’image de ces crocodiles, bâtons de bois se fondant dans le paysage des marais, qui endorment la vigilance de leurs proies par une immobilité éternelle. »

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