La guérilla des animaux

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En deux mots:
Isaac en a assez de militer pour la sauvegarde des animaux. Puisque rien n’est fait pour enrayer l’extinction des espèces, il va tuer les tueurs. Le meurtre de braconniers est le début d’une spirale infernale qui provoque une onde de choc. Mais le combat est loin d’être gagné.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:
Les animaux sont des hommes comme les autres

Camille Brunel nous offre un premier roman militant, centré autour d’un défenseur acharné des animaux, qui choisit l’action violente pour secouer les consciences. Choc et… malaise.

Disons d’emblée, ce roman ne va pas tarder à vous mettre mal à l’aise, que vous soyez un ardent défenseur de la cause animale ou non. Nous projetant dans un avenir proche, il s’ouvre sur une scène choc: venant d’assister au massacre d’un tigre par des braconniers dans le dans le parc de Ranthambore en Inde, Isaac Obermann prend son fusil et perfore « le thorax de la chasseuse en un premier coup de feu qui excita les chauves-souris. Le temps que le second chasseur comprenne ce qui venait de se passer, il était touché aussi; que le troisième comprenne ce qui venait de se passer et saisisse son fusil, son corps s’effondrait sur celui du tigre… »
Assassiner ainsi de sang-froid des assassins d’animaux, ce n’est que justice pour ce militant qui fait le constat que toutes les actions politiques menées jusque-là ont été vaines, que les espèces animales sauvages continuent de s’éteindre, que les abattoirs continuent à tourner à plein régime. Et qu’il convient dès lors de tuer les tueurs partout où ils sévissent.
La croisade meurtrière qu’il entame va le mener sur tous les continents. Avec les Sea Shepherd il va s’attaquer à un baleinier japonais sur une île d’Alaska et parviendra à s’enfuir après avoir tué tout l’équipage. Et même s’il ne fait pas des émules partout sur la planète, son discours commence à être entendu. On l’invite à Paris pour une première conférence. Il trouve des soutiens financiers – on murmure même que Hollywood serait derrière les millions qui se déversent – et poursuit sa guerre en Afrique, en Asie, en Europe. Il se radicalise de plus en plus, entraînant avec lui des idéalistes illuminés – Polly, sa compagne du moment, ne va pas hésiter à se sacrifier elle-même – et creuse le fossé avec les «raisonnables», parmi lesquels son père qui ne veut pas croire que son fils soit devenu un assassin. Leur ultime rendez-vous sera l’occasion de dire clairement les choses: « On a trop longtemps considéré que les crimes contre l’humanité ne visaient que les humains, alors que les massacres de loups, de bovins, de baleines, constituent des crimes contre l’humanité aussi – ce sont des portraits d’homo sapiens en trou béant, sans regard, l’âme crénelée tout juste bonne à égorger ce qu’elle rencontre. Je l’attaquerai sans relâche. On ne m’aimera pas. Tu ne m’aimeras plus. Je ne vais pas me tuer, mais ma vie est finie. Voilà, c’est ce que je suis venu te dire. »
À Brasilia, à l’occasion d’une nouvelle conférence, il va réussir à faire bouger les lignes. Puis tout va s’emballer jusqu’à devenir totalement incontrôlable. Le roman devient alors une dystopie qui, aux alentours de 2045, va déboucher sur une terrible catastrophe.
Camille Brunel a le mérite, au moment où chacun prend conscience que les promesses des sommets pour la planète restent des vœux pieux, de réveiller les consciences et de poser les questions qui dérangent. Mais son combat n’est-il pas perdu? Le pessimisme du capitaine du bateau qui le conduit en Alaska ne serait-il pas un douloureux réalisme: « Ne répète à personne ce que je vais te dire, mais écoute-le bien: la vie sauvage n’est pas en train de s’éteindre, elle est éteinte. Il y a deux cents ans, la biomasse de la Terre était majoritairement constituée de vie sauvage. Bisons plein le Midwest, phoques sur le littoral français, oiseaux dans les villages de Bali… Cette vie sauvage constitue désormais l’exception. On ne se bat plus pour la restaurer – pour ça il faudrait des siècles, et des forces telles qu’elles ne sauraient dépendre de notre piètre désir de bipèdes – mais pour en retarder l’extinction. À l’échelle de la vie sur Terre, c’est comme si l’espèce humaine était déjà seule, et les forêts toutes mortes. Dans une cinquantaine d’années, maximum, ce sera officiel. » Voilà en tout cas un roman qui résonne comme un signal d’alarme strident.

La guérilla des animaux
Camille Brunel
Alma éditeur
Roman
280 p., 18 €
EAN : 9782362792854
Paru le 16 août 2018

Où?
Le roman se déroule dans plusieurs endroits du globe, d’abord en Inde, à Udaipur, dans le parc de Ranthambore puis à Ucluelet, au large de l’Alaska, en Afrique, mais aussi à Paris et Brasilia, sans oublier La Réunion, le Vietnam, le Kirghizistan, la Tanzanie, Bornéo, le Swaziland ou encore l’Amazonie.

Quand?
L’action se situe dans un avenir proche et jusque vers 2045.

Ce qu’en dit l’éditeur
Comment un jeune Français baudelairien devient-il fanatique de la cause animale? C’est le sujet du premier roman de Camille Brunel qui démarre dans la jungle indienne lorsqu’Isaac tire à vue sur des braconniers, assassins d’une tigresse prête à accoucher.
La colère d’Isaac est froide, ses idées argumentées. Un profil idéal aux yeux d’une association internationale qui le transforme en icône mondiale sponsorisée par Hollywood. Bientôt accompagné de Yumiko, son alter-ego féminin, Isaac court faire justice aux quatre coins du globe.

68 premières fois
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L’éditrice Catherine Argand présente La guérilla des animaux de Camille Brunel © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Prologue
Un pèlerin buvait dans ses mains l’eau du fleuve pollué d’ablutions, de sacrifices carbonisés, de dépouilles grignotées – la nuit enfonçait dans le sol la lumière rose et moite des temples d’Udaipur. Isaac entendit rire. Une chasseuse se tenait à côté de lui, chemise kaki, minishort et sac à dos. Il aurait fallu parler mais quelque chose retint le langage dans sa bouche, comme une nécessité d’agir qui ne supportait pas de se voir diluée dans la communication. Il aurait fallu, en fait, rendre justice en animal. Mordre. Se jeter à la gorge de l’Américaine, lui ôter la pomme d’Adam. Ne pas parler. Griffer. Éjecter un œil du crâne, d’un coup de patte bien placé au niveau de la tempe. L’Américaine soupira bruyamment, lassée de ces badauds qui lui lançaient des regards sombres. Puis elle disparut, emportant avec elle sa dégénérescence réjouie, pensa Isaac, sa répugnante et mortifère masculinité.
La première nuit qu’il campa dans la jungle, Isaac eut un peu peur. Pas de se faire mordre, puisqu’il ne doutait pas une seconde du discernement des prédateurs qui sauraient reconnaître l’un des leurs ; ni de se faire piquer, quoiqu’il fît un peu moins confiance aux impétueuses petites araignées noires. Un peu plus du rire des hyènes qui perçait l’obscurité, et un peu plus encore du python qui remontait le banian où il avait suspendu son hamac et sa moustiquaire. Non, sa crainte principale tenait au risque de voir ses pieds moisir sous l’effet de l’humidité.
Ses orteils commencèrent à le démanger un soir, après trois jours à marcher au hasard des chemins creusés entre les vivants piliers des arbres par les pattes d’éléphants – qu’il n’avait toujours pas croisés. Les chevreuils évitaient les caracals, qui évitaient les panthères prudemment venues s’abreuver aux lacs où rôdaient des crocodiles; des ours noirs les observaient de loin. Au-dessus d’eux, des paons repliaient leurs aigrettes reflétant la Lune à travers les feuillages. Il entendit les hyènes, des macaques leur répondirent, peut-être étaient-ce des langurs, supposés disparus depuis quelques années. Quelques craquements montèrent de la pénombre où le crépuscule s’apprêtait à noyer la forêt. Isaac se retourna sur le ventre, éteignit sa lumière et attendit. Des cris de singes lui parvinrent encore, comme l’écho des villes où il ne remettrait plus les pieds. Puis plus rien.
Un front bombé apparut soudain entre deux arbres, puis toute une famille grise se détacha des ténèbres. Les pas lourds semblèrent accélérer ; accélérèrent ; le craquement des branches écrasées s’amplifia – quelques secondes plus tard, une dizaine de pachydermes aux aguets entouraient l’arbre d’Isaac. Il y eut un rugissement, une explosion d’oiseaux paniqués: un tigre avait surgi de nulle part et, depuis quelques millièmes de seconde, s’accrochait à un éléphanteau vacillant, les crocs cherchant ses veines. Isaac détacha son lit, escalada quelques branches en catastrophe; il s’en fallut de peu qu’il ne s’écrasât au milieu du troupeau trépignant quand une mère paniquée percuta le tronc en se retournant pour venir en aide au petit. Le tigre se laissa retomber au sol, planta ses griffes dans la boue et cracha en direction du titan qui le chargeait. Isaac reconnut une femelle enceinte : pour tenter sa chance avec des proies aussi grosses, elle devait avoir très faim. Dans un dernier feulement, elle battit en retraite. Les énormes palmes qui jaillissaient du sol furent agitées sur plusieurs mètres, s’immobilisèrent, puis les adultes cernèrent l’enfant, dont la nuque était à présent marquée d’un large flot de sang noir.
Dix minutes passèrent. Les éléphants ne bougeaient plus, frémissants de rage. Les démangeaisons d’Isaac revinrent, plus coriaces. Au sol, l’éléphanteau se retrouva à découvert.
La tigresse perça les branchages.
On n’entendit pas le coup de feu.
Fauchée en plein vol, la prédatrice s’écrasa sur sa proie, corps flasque lancé là par quelque géant désinvolte. Le petit miraculé ne chercha pas à comprendre : ses parents détalèrent, il leur emboita le pas. Quatre humains firent irruption en courant. L’un d’eux tira à l’aveugle dans la débandade, toucha l’éléphanteau qui s’effondra : Isaac reconnut la Diane yankee. À quelques mètres d’elle, ça parlait hindi. Le plus jeune des chasseurs – douze ans ? treize ? – égorgea la tigresse, encouragé par les adultes – ce ne fut pas facile, la trachée résistait. Un malaise monta du sol lorsque l’apprenti bourreau comprit qu’il venait de saigner une mère.
Isaac tendit le bras, tâtonna en quête de son fusil. Dans le cercle jaunâtre projeté par leurs torches, les braconniers avaient entrepris de ligoter les pattes de l’animal puis de le hisser sur une sorte de traîneau. Isaac éprouva l’envie de tirer, mais sa vue le trahit sous l’effet de l’adrénaline ; de son éducation aussi peut-être, de son souvenir de la justice humaine.
Le voyant ainsi, le front collé sur la crosse, invisible au-dessus du plus beau cadavre du monde et de ses fossoyeurs, on pouvait songer qu’Isaac hésitait.
Cela dura quatre minutes, puis il perfora le thorax de la chasseuse en un premier coup de feu qui excita les chauves-souris.
Le temps que le second chasseur comprenne ce qui venait de se passer, il était touché aussi; que le troisième comprenne ce qui venait de se passer et saisisse son fusil, son corps s’effondrait sur celui du tigre; que le plus jeune saisisse son fusil et repère Isaac, ce dernier le tenait en joue et lui ordonnait, en anglais, de s’immobiliser. »

Extrait
« « C’est bizarre que tu aimes autant les animaux, lâcha-t-elle pour briser le silence ensoleillé.
— Je ne vois pas pourquoi, répondit Isaac en souriant, c’est la plus belle chose au monde.
— Plus belle que moi? »
Marina était en soutien-gorge, les cheveux attachés en queue de cheval.
« Non, bien sûr. Mais tu es un animal.
— Tu faisais beaucoup moins de compromis quand tu étais bourré. »
Elle trempa sa madeleine dans le lait. La laissa s’imbiber. La porta à sa bouche. Suça le lait sans croquer la madeleine, qu’elle replongea dans son verre.
« Moi, je déteste les animaux! Déjà, ils ne parlent pas, donc ils servent à que dalle. Honnêtement, si on pouvait tous les buter…  »
Le morceau de madeleine imbibé se décrocha, coula.
« Merde.
— Pardon ?
— C’est un truc de control freak hein, j’en ai conscience. C’est aussi que quand j’étais petite j’ai vu une copine se faire croquer deux phalanges par un poney. Alors depuis les chats, les chiens, les poissons… Et tous les trucs sauvages… Brrr. »
Isaac ne répondit rien. Se leva. Enfila une chemise, remplit son sac, ouvrit la porte.
« T’es pas con à ce point-là quand même?! », lâcha Marina, debout dans l’appartement, belle comme un lever de soleil sur Udaipur, un matin de chasse au braconnier. »

À propos de l’auteur
Né en 1986, titulaire d’un CAPES de Lettres Modernes, Camille Brunel a publié en 2011 un essai Vie imaginaire de Lautréamont (Gallimard). (Source : Alma éditeur)

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