Une année folle

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 En deux mots:
Charles et Antoine, qui ont soutenu Napoléon lors des Cent jours, sont arrêtés et traduits en justice. Deux destins, deux vies qui illustrent non seulement cette année folle de 1815 mais aussi l’honneur, la fidélité et… la trahison.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Fusillé pour l’exemple

Après Mousseline la Sérieuse, Sylvie Yvert fait un bond de quelques années pour nous conter Une année folle, celle de1815 à travers le destin de Charles, qui sera fusillé et d’Antoine qui va réussir une évasion spectaculaire.

Imaginez un roman qui raconterait les soubresauts politiques d’un pays qui en un an verrait passer trois régimes différents, enregistrerait l’une des plus humiliantes défaite militaire de son histoire, verrait un roi remplacé par un ex-Empereur, puis ce même roi revenir au pouvoir sans vraiment avoir pour autant l’adhésion de son peuple. Peut-être vous direz-vous alors que l’imagination doit avoir des limites et que le vraisemblable doit toujours présider le romanesque.
Seulement voilà Sylvie Yvert apporte la preuve qu’une fois de plus la réalité dépasse la fiction. Même si la formule peut paraître éculée, elle est tout ce qu’il y a de plus juste. Quand, le premier mars 1815 Napoléon débarque à Golfe-Juan, la France est dirigée par Louis XVIII. Un Monarque qui entend faire respecter son pouvoir et, en apprenant la nouvelle, envoie le Maréchal Ney qui s’était rallié à lui, arrêter ce petit caporal fauteur de troubles. Mais on sait aussi que le retournement de veste va devenir une habitude, non seulement pour lui mais pour de nombreux militaires et politiques. Parmi ceux qui rejoignent Napoléon, on trouve notamment Charles Angélique François Huchet de La Bédoyère et Antoine Marie Chamans de Lavalette.
La belle idée de Sylvie Yvert est de nous raconter cette année si particulière à travers le destin de ces deux hommes qui, s’ils n’ont pas joué les premiers rôles, symbolisent à la fois le tragique et le romanesque de la situation.
Lorsque s’ouvre le roman, la fête est finie. Nous sommes à l’heure du procès de ces aristocrates qui ont accueilli l’ex-empereur à bras ouverts. Charles dirigeait alors un régiment à Grenoble et fera allégeance à l’Empereur lorsque ce dernier croisera son chemin en remontant vers Paris.
Antoine se distingue quant à lui par son rôle d’agent double, en aidant notamment les fidèles à Napoléon à gagner l’étranger, en signant de faux passeports. Ont-ils été des fidèle sou des traîtres. Les chefs d’accusation de conspiration contre l’état et d’usurpation de fonctions sont-ils légitimes?
La suite de l’histoire a beau être connue, elle n’en demeure pas moins passionnante à lire. On y voit deux destinées, deux hommes bien nés se mettant au service de l’État et se retrouvant condamnés à mort pour cela. Des Cent-Jours à Waterloo, du retour de Louis XVIII avec La Seconde Restauration à l’exil à Saint-Hélène, des compromis aux compromissions, il y a dans cette année des rebondissements extraordinaires, des drames déchirants, de la comédie la plus désopilante. On y voit Chateaubriand, Benjamin Constant ou encore le grand Hugo commenter la tempête et avec eux la presse se déchaîner dans un sens puis dans l’autre.
Nous voilà finalement en résonnance avec l’actualité. Car l’autre grande vertu de ce roman est de nous apprendre à la prudence et à la modération plutôt qu’aux emballements trop intempestifs. 1815 nous apprend aussi à être un peu plus lucides face au tourbillon médiatique. Ce n’est pas là la moindre de ses vertus.

Une année folle
Sylvie Yvert
Éditions Héloïse d’Ormesson
Roman
336 p., 19 €
EAN : 978xxx
Paru le 14 février 2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris, mais aussi en Bourgogne, en Savoie, à Chambéry et surtout Grenoble. On y évoque des voyages en Suisse, à Genève, en Égypte, au Caire

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Entrez dans la danse : une des plus sidérantes années de l’histoire de France commence. Fraîchement débarqué de l’île d’Elbe, Napoléon déloge Louis XVIII pour remonter sur son trône. « Son » trône? Après Waterloo, le voilà à son tour bouté hors des Tuileries. Le roi et l’Empereur se disputent un fauteuil pour deux, chacun jurant incarner la liberté, la paix et la légitimité.
Sur la scène de ce théâtre méconnu des Cent-Jours, deux fidèles de « l’Aigle » sont dans la tourmente. Deux héros oubliés liés par un sens de l’honneur et une loyauté hors du commun qu’ils vont payer cher…
Au bal du pouvoir la valse des courtisans bat la mesure face à un peuple médusé. Chorégraphe d’une tragi-comédie en cinq actes, Sylvie Yvert tisse avec une savoureuse habileté ces destins contrariés. Une fable intemporelle, enjouée et amorale.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Wukali (Émile Cougut)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« La parole est à l’accusé.
« Messieurs », commence Charles avec résolution.
Son regard droit et ardent s’adresse, tout comme sa voix, aux jurés qui l’écoutent avec sévérité, visages fermés, sourcils froncés.
« Si dans cette journée importante ma vie seule était en cause, j’espère avec raison que celui qui, quelquefois, a su conduire de braves gens à la mort saura s’y conduire lui-même en brave homme. Je ne vous retiendrai pas longtemps… Mais ce n’est point devant vous, messieurs, que je dois appuyer sur le sentiment. Elle passera dans vos cœurs, messieurs, cette conviction intérieure que j’ai, que je proclame hautement, dans ma pensée, dans mon action : l’honneur est intact. »
Ses yeux clairs et francs se perdent maintenant vers les murs de cette salle comble, dont le grain se floute. Puis fixent de nouveau avec gravité ceux qui lui font face, assis sur une estrade semi-circulaire : « Je n’ai ni l’intention, ni la possibilité de nier des faits publics et notoires ; mais je proteste que je n’ai trempé dans aucun complot qui ait précédé le retour de Bonaparte ; je suis même convaincu qu’il n’a point existé de conspiration pour ramener Bonaparte de l’île d’Elbe. »
L’infortuné jeune homme de vingt-neuf ans, à la tournure élégante, est doté d’une physionomie fine et agréable. À peine plus pâle qu’à l’accoutumée, il est vêtu d’une longue redingote verte, conforme à sa haute taille, celle qu’il portait le jour de son arrestation. Belle allure, cheveux blonds implantés à la Chateaubriand, favoris, front haut, petite bouche finement ourlée, nez long et fin, yeux bleus, teint clair, il apparaît dépouillé de ses décorations puisqu’on vient de lui retirer sa Légion d’honneur. Celui qui déclamait naguère sur scène des vers avec fougue veut cette fois donner avec le calme de l’honnêteté les raisons qui ont déterminé sa conduite. Mais à peine a-t-il commencé son plaidoyer qu’il se voit déjà interrompu par un juré redoutant, à juste titre, une défense propre – qui sait ? – à prétendre le sauver. Voici donc ce colonel (ou bien est-il général ?) traduit au conseil de guerre. Il s’est rendu coupable, dit-on, de rébellion et de trahison, après avoir succombé à des sentiments mal éteints. Comprenant qu’il est condamné par avance, Charles ignore les feuillets volants qu’il tient à la main pour passer aux dernières lignes de son exposé, sans se départir de son attitude mêlant douceur et fermeté : « Une grande erreur que je reconnais, que j’avoue avec douleur, a été commise par l’ignorance des intentions du roi ; aujourd’hui les promesses royales sont exécutées, un peuple, se pressant à l’envi autour de son souverain, reconnaît que lui seul est digne de régner et peut faire son bonheur… Peut-être ne suis-je pas appelé à jouir de ce spectacle, ajoute-t-il avec noblesse, mais j’ai versé mon sang pour la patrie, et j’aime à me persuader que ma mort, précédée de l’abjuration de mes erreurs, sera de quelque utilité. »
Sa réparation tardive à l’endroit du monarque impressionne l’assemblée. Ne vient-il pas de nommer l’ex-empereur « Bonaparte », et non Napoléon, comme ces royalistes sincères pour qui Louis XVIII règne depuis la mort du jeune Louis XVII ? Sa sincérité ne fait aucun doute, mais le jury a décidé de faire d’un être d’exception, modeste et droit, un ambitieux vil et déloyal. Qu’on ne s’y trompe pas : malgré les apparences, cet officier voué au service de la France n’a rien d’un courtisan. Il serait aujourd’hui un impeccable serviteur de l’État dans une haute administration en principe apolitique. Rejeton d’une vieille famille de la noblesse bretonne, il appartient à un milieu dont il ne partage pas les idées. Et répond aussi, malgré lui, à cette caractéristique si française qui, depuis la Révolution, regarde tomber les régimes sans jamais éprouver de satisfaction durable. Mais comme son cœur ressemble à son esprit, purs l’un et l’autre, sa destinée ne peut se calquer sur la trajectoire d’un Talleyrand, girouette aux serments successifs, insubmersible Phénix.
L’avocat, qui déclare n’avoir trouvé que grandeur et noblesse dans l’âme de son client, a préféré le laisser parler et demande à ses juges d’offrir à l’accusé la liberté de lire l’entièreté de sa défense. Essuyant un refus, Charles reprend une dernière fois la parole : « Je puis prouver que les faits dont on m’accuse ne sont pas de nature à me faire perdre l’honneur, et du moment où vous m’empêchez de me défendre, je suis exposé à perdre à la fois la vie et l’honneur. »

Extraits
« Baptisé à l’église Saint-Sulpice, Charles est né trois ans avant la Révolution. Ce Breton fier de ses ancêtres venus d’Irlande quatre siècles plus tôt tient-il d’eux son sang bouillonnant? En tout cas, la devise de sa famille lui va comme un gant: Honneur et bienfaisance. Son père était capitaine des dragons auprès de Monsieur, frère de Louis XVI et futur Louis XVIII. Le jeune Charles est élevé entre la rue de la Planche à Paris, le château de Nogent-l ’Artaud dans l’Aisne et le château de Raray dans le Valois, posé près de Senlis, où sera tourné La Belle et la Bête de Cocteau. Ses balustrades offrent de spectaculaires sculptures cynégétiques du XVIIe siècle, uniques au monde, évoquant la chasse au cerf par le truchement de quarante-quatre chiens représentés dans des positions différentes. Souffrant, son père renonce à émigrer mais quitte Raray pour se retrancher à Nogent, château fort sécurisant malgré sa vétusté. De solides principes sont inculqués à l’enfant, dont l’apparente froideur cache mal une vive sensibilité, presque farouche, encore exaltée par ses lectures sur Rome ou la Grèce antique dans lesquelles il puise son culte des héros et le goût de la gloire. Ses auteurs favoris ? Boileau et surtout Racine. Comment ce caractère né entier ne pourrait-il vibrer avec Achille qui accepte la mort par sacrifice pour la patrie dans Iphigénie ?
Charles n’a que six ans lorsque Louis XVI est décapité et ne se souvient pas, adulte, du « jour affreux de sa mort ». Il ajoute cependant qu’il n’a pas éprouvé d’envie de vengeance, que le joug de Robespierre n’a pas pesé sur lui – sa jeunesse l’ayant tenu ignorant « pendant longtemps des crimes de la France ». »

« S’il y a eu un soleil à Austerlitz, c’est aussi parce que, en rentrant de l’expédition d’Égypte, Antoine a aidé Bonaparte à devenir Napoléon. Peu après son mariage de raison, il a quitté provisoirement Émilie pour rejoindre son maître au Caire. La ville poussiéreuse aux étroites ruelles encombrées de chameaux surchargés de ballots, la lumière dorée et la chaleur étouffante le surprennent, comme tout voyageur plongé dans ce mirage oriental qui inspire les poètes. Du bas des pyramides, il contemple ces quarante siècles qui ont précédé le nouvel Alexandre. Sa faveur naissante se confirme lorsque ce dernier lui offre le sabre recourbé du chef ennemi – Mourad Bey – qui vient d’être défait. Antoine se révèle bientôt un compagnon plein de franchise, de gaieté, lyrique à ses heures. C’est ainsi qu’il devient un intime du jeune prodige, tantôt pour suppléer son secrétaire – sa plume et sa subtilité ont été remarquées en sus de ses talents militaires –, tantôt, quand il cesse de parler politique, pour lui faire la lecture, privilégiant les histoires de fantômes dont il est paraît-il friand : « Voyons, monsieur l’enthousiaste, lisez-moi cette fameuse lettre de Lameillerie », demande Bonaparte abrité sous une mousseline pour se protéger des insectes. »

À propos de l’auteur
Née à Paris, Sylvie Yvert a été chargée de mission au Quai d’Orsay puis au ministère de l’Intérieur avant de se consacrer à la photographie. En 2008, elle publie Ceci n’est pas de la littérature, recueil de critiques littéraires, aux éditions du Rocher. Son premier roman, Mousseline la Sérieuse, paru en 2016 aux Éditions Héloïse d’Ormesson, a reçu le prix littéraire des Princes et le prix d’Histoire du Cercle de l’Union interalliée. (Source : Éditions Héloïse d’Ormesson)

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