Les rivières souterraines de Murielle Magellan

 

Lire, ça peut changer la vie. Lire un livre consacré à la possibilité de changer sa vie, ça peut être très stimulant. Pouvoir s’entretenir avec la romancière pour parler de son œuvre, c’est un enchantement.

Grâce à Frédéric Versolato, qui a ouvert la librairie 47° Nord (la latitude de Mulhouse) et organisé la rencontre avec Murielle Magellan, j’ai eu le bonheur de refaire le scénario du livre et de réaliser bien des choses. Si vous n’avez pas encore eu le bonheur de lire Changer le sens des rivières, voici deux ou trois choses que j’ai apprises et qui, je l’espère, vous inciteront à la faire.

Le titre
Longtemps le livre s’est appelé «Prendre le large», mais il ne satisfaisait pas Murielle qui souhaitait exprimer aussi la nouvelle voie que prend son héroïne. Elle a alors pensé aux œuvres d’Andrée Chédid, qu’elle aime beaucoup, mais n’y a pas trouvé la phrase qui pourrait convenir. Elle a cherché dans les chansons d’Alain Souchon, qu’elle apprécie aussi beaucoup, et a déniché dans l’album «Ultra moderne solitude» cette petite merveille intitulée «La beauté d’Ava Gardner»:
« J’aime les regretteurs d’hier
Qui trouvent que tout ce qu’on gagne, on le perd,
Qui voudraient changer le sens des rivières,
Retrouver dans la lumière
La beauté d’Ava Gardner. »
Andree-Chedid  alain-souchon
Le lieu
Quand le roman a commencé à prendre forme, Murielle Magellan n’a pas voulu le situer dans la banlieue parisienne où elle vit, ni à Montauban d’où elle vient, mais dans une ville de province où l’histoire qu’elle imaginait pouvait s’ancrer. Séjournant régulièrement en Normandie, à quelques kilomètres du Havre, ce port ouvert sur le large s’est alors imposé. «Il n’y avait qu’à traverser le pont de Normandie» explique-t-elle. Une scène du livre se déroule du reste sur ce pont.
Le_havre  pontdenormandie
Le cinéma
Le roman s’ouvre sur la rencontre entre Marie et Alexandre. Elle est serveuse, lui est un client qui s’attable souvent avec une pile de livres et de documents. Sa passion, c’est le cinéma et notamment les films de François Truffaut dont Marie n’a jamais entendu parler. Cette lacune dans sa culture allant provoquer leur rupture… Il ne fait pas chercher bien loin pour voir combien la biographie de la romancière vient nourrir son personnage. Par le théâtre et le spectacle vivant, elle est venue au cinéma en tant que scénariste, créant la mini-Série des Petits meurtres en famille et notamment les personnages de Larosière et Lampion qui sont repris pour la série Les Petits Meurtres d’Agatha Christie.
Elle retrouvera Antoine Duléry pour son premier film en tant que réalisatrice. Il s’agira de l’adaptation du livre autobiographique de Gabrielle Deydier, On ne naît pas grosse, et dont le rôle principal sera tenu par Juliette Katz. Moi, grosse sera diffusé par cette année France 2.
TRUFFAUT-françois  larosiere_lampion  KATZ-juliette_biggie
Le juge
Après sa violente altercation avec Alexandre, Marie se retrouve en comparution immédiate face à l’un de ses clients sur lequel elle a renversé une tisane par accident: le juge. Ce dernier va accepter un marché avec celle qu’il vient de condamner et offrir à Marie de découvrir un autre monde. Tandis qu’elle fait le taxi pour lui, il va lui faire écouter France culture, évoquer quelques points de Droit, lui faire rencontrer quelques personnes très particulières. Mais la force de ce roman tient aussi au fait que le juge aussi va profiter du regard de Marie. Quand l’envie vous prend d’apprendre, toutes les opportunités sont bonnes à saisir.
LeHavrePalaisJustice
La fuite
Pour en revenir au titre de travail du livre, l’arrivée de Victoria – la sœur de Marie – et sa copine suédoise Inge, va provoquer un intéressant rebondissement. Ces deux jeunes femmes à l’esprit rebelle et adeptes des solutions radicales illustrent en quelque sorte la pente violente de la révolte. Pour y résister, il faut une belle force de caractère. Où concevoir un plan alternatif, une autre manière de prendre le large. Nous voilà entrainés vers le port du Havre… Mais n’en disons pas davantage, de peur de gâcher le plaisir de la lecture.
inge_victoria  port_le_havre
La documentation
Soulignons toutefois que Murielle Magellan n’a pas hésité à contacter un capitaine au long cours pour voir des précisions sur la formation nécessaire pour les marins et pour trois lignes de ce roman. Par souci de vraisemblance, mais aussi pour apprendre elle-même des choses qu’elle ignorait. Il en va de même pour le bonsaï que Marie va acheter et dont elle voudra connaître l’histoire et comment l’entretenir. Une soif d’apprendre qui est au centre du roman et à laquelle les lecteurs pourront s’abreuver.
bonsai
L’avenir
Après Les Indociles (2016), N’oublie pas les oiseaux (2014), Un refrain sur les murs (2011) et Le Lendemain Gabrielle (2007), ce cinquième roman – sans doute son meilleur – va faire l’objet d’une adaptation au cinéma que Murielle Magellan ne réalisera pas, car elle est curieuse de savoir quel regard le réalisateur aura sur ce livre et comment il transposera cette histoire. Elle préférera oublier ses personnages pour se lancer dans une nouvelle histoire dont les prémices existent déjà dans ses tiroirs. Mais il faut désormais lui laisser le temps de mûrir, de laisser la rivière souterraine émerger…

indociles  MAGELLAN-2  refrain_murs  MAGELLAN_le_lendemain

Ma chronique: Changer le Sens des rivières

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