L’été en poche (15): La femme à la fenêtre

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En 2 mots:
Anna Fox vit recluse dans son appartement et assiste, comme dans Fenêtre sur cour d’Hitchcock, à un meurtre dans l’appartement des voisins. Mais faut-il la croire, elle qui mélange les verres de vin aux médicaments et passe son temps à regarder des films noirs?

Ma note:
★★★★
(j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…

Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes
« Son mari ne va plus tarder. Ce coup-ci, c’est sûr, il va la surprendre.
Il n’y a ni rideaux ni stores au 212, la maison de ville couleur rouille qu’habitaient les Mott, de jeunes mariés, il n’y a encore pas si longtemps jusqu’à ce qu’ils défassent les liens du mariage. Je ne les ai jamais rencontrés, mais de temps à autre je jette un coup d’œil au profil du mari sur Linkedln et à la page Facebook de la femme. Leur liste de mariage est toujours chez Macy’s; si je voulais, je pourrais leur acheter une ménagère.
Bref, comme je le disais, les fenêtres du 212 sont dépourvues de tout ornement. La demeure, située en face de la mienne, semble poser sur moi un regard vide et, alors que je la contemple en retour, je vois la maîtresse de céans guider son artisan vers la chambre d’amis. Qu’a-t-clle de si spécial, cette maison, pour que l’amour y meure à coup sûr?
La femme est ravissante: une vraie rousse, aux yeux vert émeraude et au dos parsemé de minuscules grains de beauté. Beaucoup plus attirante en tout cas que son mari, John Miller, psychothérapeute – oui, il reçoit des couples en difficulté –, et l’un des 436 000 John Miller qu’on peut recenser sur Internet. Ce représentant particulier de l’espèce travaille près de Gramercy Park et n’accepte que les paiements en liquide. D’après l’acte de vente publié en ligne, il aurait payé cette propriété 3,6 millions de dollars. Son cabinet doit bien tourner.
J’en sais à la fois plus et moins sur elle. Il me paraît clair qu’elle ne s’intéresse pas à la décoration intérieure; les Miller ont emménagé il y a déjà huit semaines, pourtant leurs fenêtres sont toujours nues… Pfff! Elle va à son cours de yoga trois fois par semaine, dévale Ies marches avec son tapis magique roulé sous le bras, les jambes gainées d’un legging Lululemon. Et elle doit faire du bénévolat quelque part, car elle sort un peu après onze heures le lundi et le vendredi matin, au moment où je me lève, et revient vers cinq heures ou cinq heures et demie de l’après-midi, quand je me mets devant la télé pour mon film du soir. (Choix d’aujourd’hui: L’homme qui en savait trop, pour la énième fois. Moi, je suis la femme qui en a trop vu.)
J’ai remarqué qu’elle aimait bien boire un verre dans l’après-midi, comme moi. Est-ce qu’elle s’en sert également un le matin, comme moi?
Son âge reste un mystère, même si elle est assurément plus jeune que son psychothérapeute de mari, et sans doute plus jeune que moi (plus souple aussi). Je n’ai aucune idée non plus de son prénom. Je l’ai baptisée Rita, comme Rita Hayworth dans Gilda. «Je ne suis pas le moins du monde intéressée.» J’adore cette réplique.
Intéressée, moi, je le suis. Beaucoup. Pas par son corps – chaque fois que j’aperçois dans le viseur de mon appareil photo la ligne pâle de sa colonne vertébrale, ses omoplates saillantes, pareilles à deux moignons d’ailes ou le soutien-gorge bleu pastel emprisonnant ses seins, je détourne les yeux –, mais par la façon dont elle mène sa vie. Ses vies, plus exactement: elle en a deux de plus que moi.
Son mari a débouché au coin de la rue il y a quelques minutes, peu après midi. Il n’y avait pas longtemps que sa femme avait refermé la porte d’entrée sur elle et l’artisan. Ce retour impromptu relève de l’anomalie: le dimanche, M. Miller revient toujours chez lui à trois heure et quart. Il est réglé comme une horloge.
Pourtant, c’est bien lui qui avance sur le trottoir, soufflant par la bouche, sa mallette se balançant au bout de son bras, son alliance scintillant au soleil. Je zoome sur ses pieds: mocassins couleur sang de bœuf, impeccablement cirés, brillant dans la lumière automnale.
J’oriente le viseur vers sa tête. Mon Nikon D5500, équipé d’une lentille Opteka, ne rate pas grand chose : tignasse grisonnante en bataille, fines lunettes bon marché, îlots de barbe naissante dans le creux de ses joues. Il apporte indéniablement plus de soin à ses chaussures qu’à son apparence.
Retour au 212, où Rita et l’artisan sont en train de se dévêtir en toute hâte. Je pourrais appeler les Renseignements, téléphoner chez elle et la prévenir… Je ne le ferai pas. Observer les autres, c’est comme tourner un documentaire animalier : on ne se mêle pas de la vie des bêtes. 
M. Miller n’est peut-être plus qu’à trente secondes de la porte. La bouche de sa femme se pose dans le cou de l’artisan. Son chemisier s’envole.
Encore quatre pas. Cinq, six, sept. Vingt secondes à présent, maximum.
Elle saisit entre ses dents la cravate de son amant. Lui sourit. Ses mains s’activent sur les boutons de la chemise qu’il porte encore, tandis qu’il lui mordille l’oreille.
John Miller saute par-dessus une dalle du trottoir descellée. Quinze secondes.
Je peux presque entendre le bruissement de la cravate qui glisse sur le col de l’artisan, avant que Rita la fasse voltiger dans la chambre.
Dix secondes. Je zoome de nouveau, avec l’impression de sentir l’objectif de l’appareil frémir sous mes doigts. La main de M. Miller s’enfonce dans sa poche, en sort un trousseau de clés. Sept secondes.
Elle défait sa queue-de-cheval, laisse cascader ses cheveux sur ses épaules. »

L’avis de… Alexandre Fillon (LiRE)
« Le lecteur de La Femme à la fenêtre ne peut que partager l’enthousiasme d’un Stephen King ou d’une Val McDermid tant l’on est happé par les tribulations d’Anna Fox, bientôt portées à l’écran. A. J. Finn s’impose d’entrée de jeu comme un maître du genre. Le romancier débutant, appelé à connaître une gloire mondiale, s’avère être un fringant New-Yorkais du nom de Daniel Mallory. Notre homme a 38 ans, comme son héroïne, un faux air de l’acteur Robert Pattinson et un penchant pour les bouledogues français. En décembre, il a démissionné de son poste de vice-président de William Morrow, une filiale d’HarperCollins, pour pouvoir se consacrer à la promotion de son roman aux quatre coins de la planète. Un manuscrit acheté à prix d’or par le producteur Scott Rudin – et qui intéresserait bien des cinéastes avant même que les éditeurs du monde entier ne s’en emparent. Daniel Mallory semble garder la tête froide. Et travaille sagement au deuxième opus d’A. J. Finn qui, dit-il, est déjà bien avancé. On sait juste qu’il se déroulera à San Francisco et qu’on y sentira l’influence du Comte de Monte-Cristo. »

Vidéo


Gérard Collard présente La femme à la fenêtre © Production La Griffe Noire

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