L’été en poche (36): Couleurs de l’incendie

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En deux mots:
Madeleine Pericourt est l’héritière de la fortune de son frère Edouard. Après avoir été trompée et spoliée, elle va chercher à prendre sa revanche. Entre petits arrangements et grandes manœuvres politiques, ce roman dépeint parfaitement l’entre-deux-guerres. Disons-le d’emblée: Couleurs de l’incendie est un très grand livre.

Ma note:
★★★★★ (coup de cœur, livre indispensable)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes
« Si les obsèques de Marcel Péricourt furent perturbées et s’achevèrent même de façon franchement chaotique, du moins commencèrent-elles à l’heure. Dès le début de la matinée, le boulevard de Courcelles était fermé à la circulation. Rassemblée dans la cour, la musique de la garde républicaine bruissait des essais feutrés des instruments, tandis que les automobiles déversaient sur le trottoir ambassadeurs, parlementaires, généraux, délégations étrangères qui se saluaient gravement. Des académiciens passaient sous le grand dais noir à crépines d’argent portant le chiffre du défunt qui couvrait le large perron et suivaient les discrètes consignes du maître de cérémonie chargé d’ordonner toute cette foule dans l’attente de la levée du corps. On reconnaissait beaucoup de visages. Des funérailles de cette importance, c’était comme un mariage ducal ou la présentation d’une collection de Lucien Lelong, le lieu où il fallait se montrer quand on avait un certain rang.
Bien que très ébranlée par la mort de son père, Madeleine était partout, efficace et retenue, donnant des instructions discrètes, attentive aux moindres détails. Et d’autant plus soucieuse que le président de la République avait fait savoir qu’il viendrait en personne se recueillir devant la dépouille de « son ami Péricourt ». A partir de là, tout était devenu difficile, le protocole républicatin était exigeant comme dans une monarchie. La maison Péricourt, envahie de fonctionnaires de la sécurité et de responsables de l’étiquette, n’avait plus connu un instant de repos. Sans compter la foule des ministres, des courtisans, des conseillers. Le chef de l’Etat était une sorte de navire de pêche suivi en permanence de nuées d’oiseaux qui se nourrissaient de son mouvement.
A l’heure prévue, Madeleine était en haut du perron, les mains gantées de noir sagement croisées devant elle.
La voiture arriva, la foule se tut, le président descendit, salua, monta les marches et pressa Madeleine un instant contre lui, sans un mot, les grands chagrins sont muets. Puis il fit un geste élégant et fataliste pour lui céder le passage vers la chapelle ardente. »

L’avis de… Eric Libiot (L’Express)
« L’entre-deux-guerres est évidemment une période fascinante où le monde change (la crise de 1929, les bouleversements économiques) et se prépare à un autre conflit mondial. Pierre Lemaitre se fait alors chroniqueur de l’époque. Convoque la grande Histoire, interpelle le lecteur, pousse Madeleine dans les bras d’une femme, arpente les couloirs politiques, construit un implacable suspense.
Et puisque cet article se termine, il faut employer les grands moyens et citer Dumas, Sue, Balzac, Féval et pourquoi pas Zévaco et la baronne Orczy, capables de toutes les extravagances, trop heureux de célébrer le romanesque pour mettre en avant la force de l’imaginaire, seul rempart solide contre l’ignorance et la faiblesse de l’esprit. Pierre Lemaitre trône avec eux. »

Vidéo


Pierre Lemaitre présente Couleurs de l’incendie, deuxième volet de la trilogie inaugurée avec « Au revoir là-haut », prix Goncourt 2013. © Production La Grande Librairie

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