Buveurs de vent

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Finaliste du prix du roman Fnac 2020

En deux mots:
Trois frères et une sœur nés du Gour Noir vont tenter de se construire un avenir dans cet endroit sous le joug de Joyce qui s’est octroyé tous les pouvoirs. Mais le pacte qui les unit sera-t-il plus fort que les sbires du tyran? Un combat à l’issue incertaine s’engage…

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Les quatre fantastiques

Marc, Matthieu, Luc et Mabel. Trois frères et leur sœur sont au cœur du nouveau roman de Franck Bouysse qui réussit, après Né d’aucune femme, un nouveau roman aussi noir que lumineux.

Au moins depuis Né d’aucune femme (qui vient de paraître en poche), on sait combien Franck Bouysse a la faculté de concocter des histoires sombres et lumineuses, qui vont creuser l’âme humaine au plus profond de leur essence. Pour ses débuts chez Albin Michel, il ne déroge pas à la règle, bien au contraire. Buveurs de vent apporte une nouvelle preuve de son talent, servi par une plume étincelante qui a conservé l’efficacité du polar. Et certains codes, comme la découverte dès la première page d’un cadavre et d’un mystère qui va hanter le lecteur jusqu’à l’épilogue. Nous voici convoqués dans une vallée qui, comme toujours chez l’auteur ne sera pas précisément située dans l’espace et le temps. On découvre le sinistre Gour Noir au moment «où un corps réduit à l’état de cadavre à la gorge tranchée et lavée de tout son sang dériva sur les eaux de la rivière, tourbillonna, se cogna à des rochers, avant de s’empaler sur une branche cassée et effilée par une force tempétueuse».
Après cette scène d’ouverture, nous faisons la connaissance de Marc, Matthieu, Luc et Mabel. «Quatre gamins, quatre vies tressées, liées entre elles dans une même phrase en train de s’écrire. Trois frères et une sœur nés du Gour Noir». Pour défier le sort et pour oublier les coups de ceinturon que leur inflige leur père, ils ont inventé un jeu, s’accrocher chacun à une corde attachée au viaduc au moment où passe la locomotive, faisant vibrer le pont et leur corps. Une sensation exaltante, mais aussi une sorte de pacte qui les réunit.
Outre Martin et Martha, leurs parents, leur grand-père Élie complète la famille installée dans ce lieu contrôlé par Joyce. En quelques années cet homme a réussi à prendre le pouvoir sur toute la communauté, à s’approprier les terres, à faire plier les plus récalcitrants. «Il possédait toute la ville, et la rue principale s’était ramifiée, tel un mycélium. Chaque rue portait son nom suivi d’un numéro, à l’exception de Joyce Principale».
On comprend alors parfaitement l’envie de la fratrie de fuir, de s’évader de ce lieu oppressant. Pour l’un, la nature sera salvatrice, les arbres et les rivières, les sentiers qui s’éloignent de la centrale électrique, symbole de puissance et d’asservissement. Pour l’autre, ce sera la littérature, même si son père a interdit que des livres entrent dans la maison après avoir vécu un épisode traumatisant durant la guerre. Il va trouver dans les livres toutes les armes pour résister. C’est aussi la littérature, mais de manière plus indirecte, qui offre au troisième le moyen de briser ses chaînes. Il a entendu l’histoire de l’île au trésor et se persuade alors qu’il est Jim Hawkins, qu’il trouvera le trésor. Et comme souvent, celui que l’on imagine le «simplet» va démontrer que croire en ses rêves suffit à déplacer des montagnes. Reste Mabel, à la fois plus fragile et plus volontaire. Chassée du domicile, elle va trouver un travail de serveuse et faire l’objet de convoitises qui vont la mettre en grand danger…
Auteur de ces «quatre fantastiques» vont se cristalliser événements et rumeurs, épisodes dramatiques et déchirements, avant que ne se lève un souffle de révolte. Mais n’en disons pas plus, de peur de vous gâcher le plaisir de cette intrigue aussi soigneusement construite qu’une toile d’araignée, fil après fil – à l’image des cordes qui pendent au-dessus du viaduc – solide et fragile à la fois.
Impressionnant de maîtrise, Franck Bouysse livre ici un traité de résistance, un éloge de la littérature et un chant d’amour plein de poésie caché sous un roman noir. Sans oublier de poser quelques questions essentielles qui, à l’instar de ses personnages, continuent à nous accompagner une fois le livre refermé: « On se demande souvent après coup à quel moment la vie s’est transformée en destin incontrôlable, quand la machine s’est emballée, si c’est un enchaînement d’événements passés qui préside au changement ou si le changement lui-même est inscrit dans l’avenir.»

Buveurs de vent
Franck Bouysse
Éditions Albin Michel
Roman
400 p., 20,90 €
EAN 9782226452276
Paru le 19/08/2020

Où?
Le roman se déroule en France, dans un endroit qui n’est pas précisément situé.

Quand?
L’action n’est pas davantage située dans le temps.

Ce qu’en dit l’éditeur
Ils sont quatre, nés au Gour Noir, cette vallée coupée du monde, perdue au milieu des montagnes. Ils sont quatre, frères et sœur, soudés par un indéfectible lien.
Marc d’abord, qui ne cesse de lire en cachette.
Matthieu, qui entend penser les arbres.
Puis Mabel, à la beauté sauvage.
Et Luc, l’enfant tragique, qui sait parler aux grenouilles, aux cerfs et aux oiseaux, et caresse le rêve d’être un jour l’un des leurs.
Tous travaillent, comme leur père, leur grand-père avant eux et la ville entière, pour le propriétaire de la centrale, des carrières et du barrage, Joyce le tyran, l’animal à sang froid…
Dans une langue somptueuse et magnétique, Franck Bouysse, l’auteur de Né d’aucune femme, nous emporte au cœur de la légende du Gour Noir, et signe un roman aux allures de parabole sur la puissance de la nature et la promesse de l’insoumission.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
France Bleu (Le livre de l’été – Nathalie Pelletey de la librairie Doucet au Mans)
Le JDD (Élise Lépine)
La Cause littéraire (Léon-Marc Lévy)
Blog Aude bouquine
EmOtionS – Blog littéraire
Blog Livrogne


Franck Bouysse présente Buveurs de vent © Production Éditions Albin Michel

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Prologue
L’homme et l’ombre de l’homme précédaient la femme sur la pente boisée. Il avançait péniblement, penché en avant, le dos écrasé sous le poids d’un lourd paquetage enveloppé d’une peau de cerf qui contenait les possessions du couple, et des coquillages accrochés à sa ceinture cliquetaient chaque fois qu’il posait le pied sur le sol. La femme ne portait rien sur son dos, mais un enfant dans ses bras. L’enfant ne pleurait pas, il ne dormait pas non plus. L’homme marchait prudemment, d’abord pour éviter les embûches, aussi parce qu’il cherchait d’éventuelles empreintes qui auraient pu témoigner qu’ils n’étaient pas les premiers.
Ils parvinrent au sommet d’une crête. L’homme jeta un regard en direction de la vallée en contrebas, puis il regarda la femme, et elle regarda son enfant. La méfiance gagna du terrain dans les yeux de l’homme. Il voulut continuer sur le même versant, et elle lui saisit le bras. Peut-être tenta-t-elle de le dissuader, prétextant quelque monstruosité enfouie dans les replis de la végétation, qui révélaient par endroits le cours d’une rivière sinueuse aux eaux sombres. Personne n’en sait rien. Personne ne sait non plus s’il lui répondit, ou si une détermination silencieuse suffit à la convaincre de voir ce qu’elle ne voyait pas, à la convaincre d’un rêve naissant, admettre un grand projet sédentaire, et refouler le chaos tranquille de la marche. Personne ne sait, personne ne se souvient, car dans le futur, ni lui ni elle ne songea à écrire leur destinée commune, et la voilà maintenant perdue, et les voilà désormais oubliés, sans existence mythique, sans véritable grandeur.
Ce lieu fut nommé le Gour Noir. On ne sait également pas qui le choisit, peut-être l’homme, peut-être la femme. Sûrement un descendant. Nul besoin d’en dire davantage pour l’instant. Il ne reste qu’à laisser le paysage se déplier à la manière d’une lame de couteau longtemps prisonnière d’un manche gravé de noms et de visages. Tout cela n’est pas si lointain. Il suffit de remonter le mécanisme de l’horloge du temps aux aiguilles arrêtées sur cette heure matinale qui figea l’instant sur le cadran liquide de la rivière, de reprendre l’histoire bien après l’arrivée du premier homme et de la première femme, ce moment où un corps réduit à l’état de cadavre à la gorge tranchée et lavée de tout son sang dériva sur les eaux de la rivière, tourbillonna, se cogna à des rochers, avant de s’empaler sur une branche cassée et effilée par une force tempétueuse. Retourner au bord de la rivière, parmi les descendants du premier homme et de la première femme massés sur les berges, et imaginer ce qui précéda à l’aide de ce qui suivit.
Pas un seul oiseau, pas un seul reptile, pas un seul mammifère, pas un seul insecte, pas un seul arbre, pas un seul brin d’herbe, pas une seule pierre ne fut attendri par la scène. Seul un homme dans la foule en conçut une sourde et incompréhensible peine, qui s’accrocha dans son ventre, comme une prescience douloureuse de sa propre fin, un germe de mort qui allait enfanter un autre monde, conduisant certains à partir et d’autres à rester.
Pour témoigner de ce qui arriva ensuite, il faudrait peindre le silence avec des mots, même si les mots ne suffiront jamais à traduire une réalité, et ce n’est pas nécessaire. Il le faudra pourtant. Témoigner du dérisoire et du sublime. Retourner sur la crête, là-haut, tout là-haut, sur cette crête où apparurent le premier homme au fardeau et la première femme à l’enfant, voici plusieurs siècles, cette femme qui posa un regard plein d’espoir sur ce berceau verdoyant qu’elle croyait fait pour eux, leurs enfants à venir, et tous les enfants de leurs enfants ; et cet homme semblable à une bête endormie à l’entrée d’un terrier, dans l’humble domination des mondes enterrés.
Parmi les hommes présents sur chacune des berges, figés comme des poupées de cire dans un musée, occupés à regarder un cadavre réduit à l’état de brindille fichée dans une autre brindille, se trouvait peut-être et sûrement le coupable du meurtre.
Les regards se croisaient, fuyants, ahuris, suspicieux, entreprenants ou désœuvrés, cherchant tous un indice dans le but d’écrire le scénario qui avait conduit le cadavre à flotter, tentant de deviner quelle puissance l’avait réduit à cet état et poussé dans le courant. Des idées verraient le jour, chacun aurait la sienne, des idées qui parfois se recouperaient, mais dont aucune ne posséderait l’accent d’une vérité sans appel. Faute de preuve.
Dans les jours qui suivirent, quelques hommes eurent bien la tentation de détourner le cours de la rivière, croyant ainsi effacer le cauchemar en commandant au cadavre de remonter le courant et de disparaître. Ils étaient si peu nombreux qu’ils y renoncèrent vite et rejoignirent la masse du troupeau, ne voulant pas être en reste, ni exclus de l’édification du monde nouveau. Puisqu’il s’agissait bien de cela : construire un monde à partir d’un cadavre crucifié posé sur la rivière, en ces heures décisives s’agglutinant comme des mouches sur du papier collant, des heures molles emplies de souvenirs contournés de silence.
Il est temps maintenant de laisser venir une suite de mots, sans désir d’épargner quiconque, pas plus les innocents que les coupables, des mots qui finiront par disparaître, mais qui existeront tant qu’ils habiteront des mémoires.
Au moment où commence cette histoire, ils ne savaient encore rien du monde en devenir, mais le monde ancien les avait enfantés dans l’unique projet de les verser dans un autre. Ils ne savaient rien de l’histoire en train de s’écrire, mais ils étaient tous prêts à en raconter une, à leur manière, avec pour certains des trémolos dans la voix, et pour les autres, suffisamment de fierté pour paraître insensibles. Et c’est exactement ce qu’ils firent : raconter une histoire, celle qui les réunissait enfin, les projetait vers un tout autre but que la découverte de l’identité du coupable.
Qui saurait dire aujourd’hui qu’ils n’y sont pas parvenus ?
Qui oserait ?

Chapitre 1
Quatre ils étaient, un ils formaient, forment, et formeront à jamais. Une phrase lisible faite de quatre brins de chair torsadés, soudés, galvanisés. Quatre gamins, quatre vies tressées, liées entre elles dans une même phrase en train de s’écrire. Trois frères et une sœur nés du Gour Noir.

À la sortie de l’école, les enfants se rendaient au viaduc fait d’une arche monumentale supportant la ligne ferroviaire et sous lequel coulait la rivière, comme un fil par le chas d’une aiguille. Les soirs de beau temps, le soleil déchirait la surface en milliers de bouches grimaçantes et tatouait des ombres sur la terre craquelée en une symbolique éphémère, qui se déplaçait, pour disparaître au crépuscule, effacée par un dieu idiot. Par mauvais temps, des lambeaux de brume s’effilochaient en fragments vaporeux, tels de petits fantômes hésitant entre deux mondes. De grosses gouttes d’eau se détachaient de la voûte, kidnappant au passage la lumière dans leur course vertigineuse qui les mènerait à la disparition. Dans un grand remous sous le viaduc, une barque de pêcheur arrimée par une corde à un pieu cognait à intervalles réguliers contre une des piles faites de moellons rectangulaires en granit. On aurait pu croire que quelque chose vivait en dessous, donnant ce mouvement qui tendait et détendait la corde, quelque chose comme une entité plus vaste qu’un corps, une entité sans désir, ni jugement, ni hiérarchie même, simplement là pour désigner avec détachement l’espérance des hommes, donner l’illusion qu’il fut un temps où elle n’était pas vaine.
En allant à la rivière, Marc, Matthieu et Mabel repoussaient le moment de rentrer à la maison. Là-bas était si peu chez eux, qu’ils avaient fait d’ici leur royaume. Luc les attendait déjà, depuis qu’il n’allait plus en classe, depuis que l’institutrice avait dit à ses parents qu’elle ne pouvait rien faire pour lui, sur le ton de la défaite. Enfin réunis, ils demeuraient ainsi de longs moments attablés à leurs rêves, donnant chair aux émotions, les nourrissant chacun leur tour, assis côte à côte, comme des chats de gouttière délaissant la gouttière pour accéder au toit.
Du haut de ses dix ans, ce fut Mabel qui la première eut l’idée d’apporter des cordes pour les suspendre en haut du viaduc. Ses frères trouvèrent le projet merveilleux, se demandant comment ils n’y avaient pas pensé avant elle. Ils escaladèrent la voie la moins escarpée, portant chacun deux cordes enroulées autour des épaules, pareils à des alpinistes. Ils atteignirent le sommet du viaduc, dominant en aval la vallée tout entière avec ses carrières, et en amont, la centrale électrique, le barrage, puis une enfilade de maisons, peu à peu devenue une ville ressemblant à un trompe-l’œil quasi immuable, étant donné que nul n’avait le droit de construire un bâtiment supplémentaire, pas même une cabane à poules, sans autorisation.
Les enfants avaient tout prévu. Ils accrochèrent solidement les cordes aux rambardes, deux espacées d’une vingtaine de mètres et deux autres, exactement en face. Matthieu avait proposé de doubler chaque corde, par souci de sécurité. Ils jetèrent ensuite une longueur dans le vide et fixèrent l’autre autour de leur taille. Marc fut chargé de l’arrimage, ayant appris tout un tas de nœuds dans un livre.
Matthieu descendit le premier, pour montrer comment il fallait s’y prendre. Une fois en bas, il fit un signe du bras. Les autres le rejoignirent et tous demeurèrent ainsi accrochés dans ce vide choisi, comme des araignées au bout d’un fil de soie, guettant l’arrivée du train, unis par une entente tacite.
Dès qu’ils entendirent rugir au loin la locomotive, les gamins se mirent à crier, mêlant leurs cris en un seul pour réduire en cendres leurs peurs et communier au sein d’un même bonheur immédiat. Les vibrations produites par la machine lancée à pleine vitesse sur les rails s’accentuaient au fur et à mesure de l’approche, avant de se transmettre aux cordes et de traverser dans la foulée les corps fluets de l’onde de vie la plus pure. La même impression d’échapper au temps multipliée par quatre. Une grande émotion.
Après que le train se fut éloigné, les gamins se regardèrent en silence, leurs corps se détendirent, imprégnés du monde sensible environnant. Au bout d’un moment, Luc se mit à se balancer d’avant en arrière en riant. Les autres l’imitèrent, riant eux aussi, avec la sensation de faire entrer toujours plus d’air dans leurs poumons, mais pas le même air qu’en bas sur la terre ferme. La rivière, les arbres et le ciel se mélangeaient comme s’ils se trouvaient eux-mêmes dans une de ces boules en verre qu’on retourne pour changer le paysage.
Au début, ils délogèrent des oiseaux qui nichaient sous l’arche du pont. Certains vinrent les défier, tels de petits matadors emplumés protégeant leur nichée, ou simplement leur territoire, si bien que, par la suite, les gamins prirent l’habitude de coincer un bâton dans leur ceinture pour se défendre, inventant des bottes secrètes de mousquetaire en riant de plus belle. Un de ces volatiles, un faucon, affirma Matthieu, qui connaissait les oiseaux et tout ce que la nature prodiguait, avait même failli crever un œil à Luc, qui en gardait une cicatrice sur la pommette droite, un fait de guerre dont il n’était pas peu fier et qu’il n’aurait voulu effacer pour rien au monde, allant même jusqu’à gratter la plaie en cachette pour qu’elle laisse une empreinte indélébile, la marque de sa bravoure. Au fil des rencontres, les oiseaux finirent par accepter leur présence inoffensive. Ils ne les attaquaient plus, ne les provoquaient plus, les frôlaient de temps en temps, comme pour les saluer, leur dire qu’ils faisaient désormais partie intégrante de leur environnement, qu’ils en étaient des composants nécessaires à son équilibre ; les surveillant pourtant.
Ils n’étaient encore que des gamins défiant le destin, sans autre idéal que ce moment de liberté absolue, dont ils conserveraient le souvenir jusqu’à la mort. Ils se moquaient éperdument du danger, n’imaginant même pas que la corde pût s’effilocher et encore moins casser. Ils envisagèrent, à tour de rôle et en secret, de couper la leur, mais n’en parlèrent jamais aux autres. S’ils l’avaient fait, peut-être que tous se seraient entendus pour chuter ensemble. Dans le futur, aucun d’entre eux ne pourrait affirmer que le jeu n’en valait pas la chandelle.
La famille Volny habitait une maison de deux étages située au-dessous du barrage et de la centrale électrique. Une fine langue de terre orientée plein sud s’étendait à l’arrière, sur laquelle on cultivait des légumes en respectant les cycles des saisons, ceux de la lune et quelques croyances qui avaient aussi porté leurs fruits.
La maison avait été construite par l’arrière-arrière-grand-père de Martha, la mère des enfants, directement sur la roche. C’était une bâtisse en pierre des carrières du Gour Noir, coiffée d’une charpente en chêne recouverte d’ardoises. Sur une moitié de la façade, un appentis au toit constitué de bardeaux disparates faisait office de porche, et à un angle, les feuilles d’un yucca, dures et effilées comme des baïonnettes, surgissaient en ordre de bataille. Sur le plancher surélevé en mélèze, on avait installé un banc fait d’un madrier posé sur deux tasseaux fixés à la façade pour l’un et à une poutre pour l’autre. C’était là que, depuis toujours, les hommes s’asseyaient pour fumer et que les femmes accomplissaient d’utiles besognes, jamais ensemble.
Chaque année, à l’automne, il incombait aux mâles de vérifier l’étanchéité et la solidité de la construction, de remplacer si besoin les éléments défectueux avant même qu’ils ne provoquent le moindre désagrément. Cette famille n’était pas un cas particulier, il en allait ainsi pour chacune qui possédait une des rares maisons dans la vallée, de sorte que pas une seule semaine ne passait sans que l’on entende résonner dans les environs des coups de marteau, des bruits de scie ou de tout autre outil, comme s’il s’agissait d’instruments de musique à accorder.
L’intérieur de la maison des Volny était constitué d’un étage divisé en cinq chambres de taille identique, sommairement meublées, aux cloisons aussi minces que les parois d’un nid de frelons. Un grenier recueillait, au fil du temps, les objets inutiles et quelques souvenirs épars, que l’on venait rarement invoquer en cachette. Au rez-de-chaussée, une pièce commune faisait office de cuisine et de réfectoire, car personne n’aurait songé à utiliser le terme de salle à manger en observant la famille rassemblée se nourrir silencieusement d’une même bouche, sans plaisir d’être réunis, sans désir apparent. Il y avait aussi une salle de bains et une petite pièce servant de chambre au grand-père, depuis le drame.
Lorsqu’elle était encore en vie, grand-mère Lina racontait aux enfants qu’une araignée gigantesque vivait à l’intérieur de la centrale électrique. Les gamins en observaient souvent, des araignées, dans la nature, de toutes sortes. Ils savaient ce dont elles étaient capables pour piéger des insectes, les trésors de cruauté qu’elles pouvaient déployer. Ils imaginaient la lente agonie des proies, sans jamais songer à les libérer, non par sadisme, mais parce qu’ils ne se sentaient pas le droit d’infléchir l’équilibre naturel, et cela, sans jamais s’être concertés. C’était une autre espèce d’araignée dont parlait la grand-mère, encore plus impitoyable, selon ses dires et la conviction qu’elle y mettait. Elle expliquait avec le plus grand sérieux que les fils que l’on voyait pendre au-dehors n’étaient rien d’autre que sa toile qui se déroulait dans toutes les directions.
Alignés sur chaque pan de mur de la centrale, juste au-dessous de la toiture plane, des hublots noircis de crasse ressemblaient bel et bien aux yeux d’une araignée. Mère prédatrice nourrie des eaux de la rivière, surveillant un ramassis de philistins, qui n’auraient pu désormais se passer de lumière. En éclairant leurs nuits, elle les rendait un peu moins barbares et un peu plus esclaves. La bestiole ne sortait jamais de son antre, mais en passant à proximité, les enfants l’entendaient bourdonner, s’imaginant qu’elle tissait sans relâche ses fils noirs, afin d’étendre toujours plus loin son territoire, et ils se dévisageaient en se demandant lequel d’entre eux aurait le courage de s’aventurer le premier à l’intérieur.
À une époque, grand-père Élie pénétrait chaque jour dans la centrale électrique, son seau en fer-blanc à la main. Il nourrissait la veuve noire à sa façon, pour qu’elle continue de cracher sa toile par son abdomen gonflé et enfiévré, qu’elle continue de tisser son propre rêve de conquête bien au-delà des murs de la vallée. Plus tard, ce serait au tour de Martin, le père des gamins, de s’acquitter de cette noble tâche, après l’accident du grand-père. Et puis, tout s’accéléra ensuite très vite. La grand-mère mourut, sans avouer le fin mot de l’histoire aux gamins. Ils le découvriraient bien assez tôt, le fin mot. Ils n’y échapperaient pas. En attendant, ils alimentaient leur imaginaire en fabriquant d’autres rêves de conquête. Ils n’osèrent jamais poser de questions à leur père ou à leur mère, pas plus qu’aux hommes qu’ils voyaient ressortir de la centrale, le dos courbé, épuisés, comme s’ils avaient cédé une part d’eux-mêmes et que c’était précisément de cela que se repaissait la bête, et pas de nourriture solide, puis elle les abandonnait à une fatigue stérile sur la route silencieuse du retour.
C’était ainsi que vivaient les hommes de la vallée, à la manière d’éternels enfants qui auraient trop attendu de découvrir un secret, et c’est ainsi qu’ils mouraient, devenus trop faibles pour pousser la porte de la tanière du monstre, comme s’ils n’étaient plus dignes, pas même honorés pour les services rendus, désarmés, le sens de leur existence étouffé par des fils dont la démesure contraignait encore l’imagination des enfants qu’ils n’avaient jamais cessé d’être, dans les limites de leur savoir étriqué d’adulte.
En vérité, les âmes dociles qui peuplaient ce coin de monde étaient prisonnières de la toile au jour de leur naissance. Et peut-être que le pire dans tout cela était cette pitoyable fierté transmise de génération en génération, de vivre aux crochets de la créature, un statut de victime qui donnait un sens aux vies. Personne n’aurait songé à changer de place, puisqu’il était acquis qu’il n’en existait pas de plus enviable. Personne n’aurait su dire depuis combien de temps il en était ainsi. Des gens disparaissaient, inlassablement remplacés par de la chair fraîche, d’abord enthousiastes de se conformer à une loi immuable, comme emmaillotés dans des langes trop serrés, de sorte qu’ils étaient déjà morts au sortir du ventre des mères, sans espoir d’exister, pour ne pas avoir à déplorer leur échec. Du moins, c’était le destin promis à tous, sans rédemption possible, sans distinction de race ni de sexe. Un unique destin sans cesse raccommodé.
Les illusions n’avaient pas plus cours en ville que partout ailleurs dans la vallée. Chaque génération sacrifiait la suivante sur l’autel de la déesse fileuse, car proposer une vie meilleure aurait été considéré comme un acte de haute trahison envers la bête. Continuer, transmettre la soumission et la peur, démembrer les rêves entrevus dans l’enfance, représentait le seul projet des adultes. Surtout ne jamais croire aux rêves, ne pas même les respecter, avec le sentiment chevillé que, sinon, ce serait leur plus grande défaite. Accepter les défaites sans mener les guerres. En refusant le combat, rien de grave ne pouvait arriver. Et pourtant, il subsistait un espace éclairé d’une lumière diffuse, que la plupart des enfants, même issus du pire désastre familial, avaient conçu un jour au bord de la rivière, essayant de comprendre son langage, son mystère, mais ils finissaient par grandir et ne distinguaient plus que des draps liquides sous lesquels endormir leur âme, comme une algue accrochée à un vague rocher. Et lorsqu’ils se réveillaient après d’illusoires étreintes, il était toujours trop tard.
La ville entière appartenait à Joyce, le maître de l’araignée. On ne lui donnait pas d’âge, comme il en va souvent des gens qu’on n’a pas vus grandir. À l’époque de son arrivée, la ville bluffait avec sa rue principale bordée de taudis, son église et sa place au milieu de laquelle coulait une fontaine surmontée de la statue d’un général, dont on ne parvenait plus à lire le nom sur la plaque en zinc.
Joyce avait débarqué en ville un après-midi d’octobre, une sacoche en cuir à la main, comme en possèdent les médecins, avec une double pièce métallique sur toute la longueur, munie d’un crochet fermant à clé. Personne n’avait entendu le moindre bruit de moteur qui aurait précédé son apparition, et il n’y avait pas encore de gare. On raconta plus tard qu’il serait venu dans la barque amarrée au-dessous du viaduc, que jamais personne n’avait utilisée.
À peine arrivé, Joyce se dirigea vers la plus grande des bâtisses, l’auberge de la place, qui tenait aussi lieu d’hôtel. Un lourd rideau en velours pendait de l’autre côté, empêchant de voir à l’intérieur. Joyce prit connaissance des tarifs des chambres, affichés sur la porte vitrée. Il observa ensuite les environs, pour s’assurer de ne pas être observé, puis compta l’argent nécessaire à régler une semaine complète.
Dix ans plus tard, à la suite de multiples investissements fructueux, il possédait toute la ville, et la rue principale s’était ramifiée, tel un mycélium. Chaque rue portait son nom suivi d’un numéro, à l’exception de Joyce Principale. On raconte qu’il aurait effacé lui-même le nom du général, afin qu’il ne lui fît pas d’ombre. Il avait pris le pouvoir pour régner sur la vallée du Gour Noir et n’eut jamais à se justifier de rien, pas même de ses origines. Sa plus grande fierté résidait dans la construction de la centrale électrique alimentée par d’énormes turbines entraînées par l’eau de la rivière butant sur le barrage, comme le front d’un prodigieux taureau.
Joyce ne croyait en aucun dieu. Il pensait tout en termes de construction, ne se confiait à personne, et lorsqu’il parlait, c’était toujours pour lancer un ordre indiscutable. Il vivait seul dans un immeuble de sept étages situé en centre-ville, qu’il avait fait bâtir pour son unique usage. Il changeait de pièce chaque soir, lui seul en décidait. Les issues étaient en permanence surveillées par des vigiles et leurs chiens, de jour comme de nuit. Il sortait rarement de l’immeuble, sinon pour se rendre à son bureau de la centrale, allant toujours à pied, accompagné de ses gardes du corps armés tenant en laisse leurs molosses muselés aux oreilles taillées en pointe de flèche. On ne remarquait même pas Joyce au milieu de ses hommes, pareillement vêtu et portant un revolver. Il arrivait dès l’aube. Empruntant une entrée dérobée, condamnée par une porte blindée, il regagnait un grand bureau d’où il dirigeait ses affaires. Il avait placé un dirigeant à la tête de chacune de ses entreprises, qui lui rendait des comptes une fois par semaine, dans ce même bureau. Joyce les choisissait issus de la base. Il savait d’expérience que prendre une revanche sur la vie rendait les gens d’autant plus impitoyables envers leurs semblables.
La centrale électrique était le domaine exclusif de Joyce, le centre névralgique de sa toute-puissance, et il n’aurait laissé à personne le soin d’en prendre les rênes. Il ne sortait pas de son bureau de toute la journée et il ne déjeunait pas. Son ambition était sa seule nourriture, une ambition déclinée en une œuvre de toile, complexe et imparable. Joyce régnait par la peur. Les ouvriers de la centrale ne le croisaient presque jamais, mais ils le savaient là, pesant sur leur destin. Ils sentaient sa présence, accrochés à la toile, pareils à de dérisoires breloques. Ils se méfiaient des espions surveillant chacune des travées, ceux qu’ils avaient identifiés, ceux qu’ils soupçonnaient. Nul n’osait se plaindre ouvertement des salaires et des conditions de travail. Par le passé, certains étaient sortis du rang en de rares occasions, souvent à cause de l’alcool, mais cela ne les avait guère menés plus loin qu’au cimetière. Depuis ce temps, on laissait le feu couver sans souffler sur les braises, par crainte de se retrouver seul dans le brasier. Personne n’était disposé au sacrifice, à être celui qui se lèverait de nouveau. Les sourdes colères portées par la centrale se terminaient invariablement en fausses couches, des embryons noyés dans la rivière. Pour qu’il en fût autrement, il eût fallu qu’un vent nouveau parvînt à pénétrer dans la matrice bétonnée, mais Joyce n’aurait jamais permis qu’on laissât deux portes ouvertes en même temps.
Élie avait de l’or dans les mains. Du temps qu’il travaillait à l’entretien de la centrale électrique, il était capable d’effectuer toutes sortes de réparations, améliorant l’existant, inventant, innovant. Son ingéniosité le menait à trouver une solution à chaque problème. Jamais il ne se vantait. Le résultat faisait foi et cela lui suffisait. Sa réputation était grande, mais elle ne franchit jamais les murs de la centrale. Il aurait peut-être pu monnayer ses talents autrement s’il avait eu un peu d’ambition. Il aurait alors fallu partir. Il ne fut jamais tenté pendant que c’était encore possible. Sa dignité résidait dans le fait d’avoir trouvé sa place en ce monde, son rôle à jouer, du moins le crut-il, jusqu’à ce que, précisément, ce monde si précaire s’écroule autour de lui.
À cette époque, Élie faisait équipe avec Sartore, un type fainéant et sournois qu’on lui avait mis dans les pattes, cousin du contremaître, un tire-au-flanc qui picolait dès le réveil et aussi pendant les heures de service. En plus d’assurer son travail, Élie devait couvrir l’incompétence de son acolyte. C’est en essayant de rattraper une des multiples maladresses du poivrot qu’Élie glissa. Son pied droit fut happé jusqu’au mollet par un des engrenages qu’il avait lui-même installés pour entraîner le tapis destiné à alimenter le foyer de la chaudière. Il eut la présence d’esprit d’appuyer sur le bouton du coupe-circuit, pendant que Sartore le regardait médusé, pétrifié par le pied broyé et le sang qui coulait. Sans la sécurité, Élie y serait sûrement passé en entier.
Découvrant le désastre, le chirurgien préféra amputer jusqu’à mi-cuisse pour éviter tout risque de gangrène. L’homme de l’art avait l’air tellement sûr de lui que personne ne trouva matière à discuter et, pour tout dire, il n’en informa personne avant la fin de l’opération.
Par la suite, jamais Élie ne mit Sartore en cause, non par loyauté, mais à cause d’une fierté déplacée. Sartore vint une seule fois lui rendre visite à la maison avec une bouteille d’eau-de-vie enveloppée dans du papier kraft. Élie était assis dans son lit, en sueur. Un drap blanc couvrait le bas de son corps et s’arrêtait au bassin. L’autre ne pouvait détacher son regard de la frontière matérialisée par un relief abrupt donnant sur ce qui n’existait plus.
Ça te fait mal ? parvint-il à dire en bredouillant.
Élie ne répondit pas. Il saisit la bouteille des mains de Sartore et replia le papier pour dégager le goulot, puis se mit à boire à petites gorgées sans en proposer à l’autre, comme s’il n’était même pas là, comme s’il n’avait jamais été là.
Je suis désolé, tu sais, je m’en veux… Si je peux faire quelque chose.
Élie buvait. Il n’avait jamais eu l’habitude de boire autant. Un voile épaississait son regard rivé à la bouteille. La date se mit à danser sur l’étiquette collée de travers. S’il avait eu assez de force, il aurait balancé la bouteille à la face de Sartore, et l’autre dut le sentir, car il recula d’un pas, puis resta à distance, les yeux fixés sur la bouteille qui revenait se poser à intervalles réguliers à l’emplacement du tronçon de jambe manquant, à la manière d’un piston qui va et vient.
Sartore s’excusa de nouveau, et comme Élie ne réagissait toujours pas et que la bouteille était vide, il s’en alla et ne revint jamais.
La plaie une fois cicatrisée, Élie passa de longs moments à regarder le moignon que sa mémoire s’obstinait à prolonger, et ce n’était certainement pas un miracle, mais le pire des mensonges entretenus par ce corps qui se rêvait encore complet. Par la suite, ses forces en partie revenues, il demanda qu’on lui apporte du bois et des outils. Sans même quitter le lit, il entreprit de fabriquer deux béquilles. Chaque soir, Lina entrait pour secouer la couverture et balayer les copeaux tombés au sol, s’en allait les jeter dans le fourneau et revenait, un bol de soupe dans la main. Quelques jours plus tard, son ouvrage terminé, Élie s’assit au bord du lit et se leva en prenant appui sur les béquilles. Il fit le tour de la chambre et retourna s’asseoir, épuisé comme s’il avait traversé la vallée en courant.
Depuis, à la maison, les béquilles reposaient toujours de chaque côté de sa chaise, pareilles à des ailes au repos. En milieu d’après-midi, il les saisissait, se levait et sortait. Il déambulait jusqu’à la place du village et s’asseyait au bord de la fontaine en rêvassant. Souvent, en repartant, il se mettait à tourner sur lui-même comme un chien autour de sa merde, semblant chercher un nouvel équilibre, puis il s’immobilisait à bout de souffle en regardant la statue du général dominant la fontaine, figé dans sa charge héroïque, sabre au clair, il se mettait alors à crier des choses incompréhensibles en regardant défiler les nuages. Les passants s’éloignaient bien vite de lui, pensant à des accès de folie.
Il avait été mordu par l’araignée, à sa façon. Cela lui avait coûté une jambe et avait éteint les quelques lueurs dans ses yeux, que des témoins dignes de foi affirmaient avoir entrevues dans un lointain passé. En vérité, Élie criait pour s’empêcher de pleurer, et quand il n’avait plus de salive, il s’asseyait encore un court instant sur le rebord de la fontaine pour reprendre des forces. Il rentrait ensuite à la maison et s’enfermait dans sa chambre, les yeux encore gorgés d’eau et de colère, puis d’une infinie tristesse. Il demeurait alors des heures à regarder la bouteille désormais vide que Sartore lui avait apportée, passant et repassant un doigt sur l’étiquette salie. Jamais il ne but une autre goutte d’alcool que celui provenant de cette bouteille.
La malédiction de l’araignée était en marche. Lina tira sa révérence six mois après l’accident de son mari, toujours une histoire de fil qui lâche. »

Extrait
« On se demande souvent après coup à quel moment la vie s’est transformée en destin incontrôlable, quand la machine s’est emballée, si c’est un enchaînement d’événements passés qui préside au changement ou si le changement lui-même est inscrit dans l’avenir.
D’habitude, lors des repas, Martha s’asseyait après avoir rempli toutes les assiettes. Ce soir-là, elle était déjà assise quand tout le monde prit place en l’observant d’un œil curieux. Elle ne se leva pas. Le ragoût trépignait dans la cocotte posée sur le fourneau. Elle attendit encore, joignant les mains au-dessus de son assiette.
Qu’est-ce qu’il se passe, tu es malade? demanda Martin. Martha dévisagea chacun des membres de la famille, puis, sur un ton solennel, elle dit:
Il faut qu’on redevienne une vraie famille. » p. 261

À propos de l’auteur
BOUYSSE_Franck_3©pierre-demartyFranck Bouysse © Photo Pierre Demarty 

Franck Bouysse naît en 1965 à Brive-la-Gaillarde. Il partage son enfance entre un appartement du lycée agricole où son père enseigne et la ferme familiale tenue par ses grands-parents. Il y passe ses soirées et ses week-ends, se passionne pour le travail de la terre, l’élevage des bêtes, apprend à pêcher, à braconner…
Sa vocation pour l’écriture naîtra d’une grippe, alors qu’il n’est qu’adolescent. Sa mère, institutrice, lui offre trois livres pour l’occuper tandis qu’il doit garder le lit: L’Iliade et L’Odyssée, L’Île aux trésors et Les Enfants du capitaine Grant. Il ressort de ses lectures avec un objectif: raconter des histoires, lui aussi. Après des études de biologie, il s’installe à Limoges pour enseigner. Pendant ses loisirs, il écrit des nouvelles, lit toujours avidement et découvre la littérature américaine, avec notamment William Faulkner dont la prose alimente ses propres réflexions sur la langue et le style. Jeune père, il se lance dans l’écriture de ses premiers livres: il écrit pour son fils les romans d’aventures qu’il voudrait lui offrir plus tard, inspiré des auteurs qui ont marqué son enfance: Stevenson, Charles Dickens, Conan Doyle, Melville… Son travail d’écriture se poursuit sans ambition professionnelle. Le hasard des rencontres le conduit à publier quelques textes dans des maisons d’édition régionales dont la diffusion reste confidentielle. En 2013, il déniche une maison en Corrèze, à quelques kilomètres des lieux de son enfance. La propriété est vétuste, mais c’est le coup de cœur immédiat.
Il achète la maison qu’il passera plus d’une année à restaurer en solitaire. Alors qu’il est perdu dans ce hameau désolé, au cœur de ce territoire encore sauvage, un projet romanesque d’ampleur prend forme dans son esprit. Un livre voit le jour et, poussé par un ami, Franck Bouysse entreprend de trouver un éditeur.
Grossir le ciel paraît en 2014 à La Manufacture de livres et, porté par les libraires, connaît un beau succès. La renommée de ce roman va grandissant: les prix littéraires s’accumulent, la critique s’intéresse à l’auteur, un projet d’adaptation cinématographique est lancé. Ce livre est un tournant. Au total, près de 100000 exemplaires seront vendus. Suivront Plateau, puis Glaise, dont les succès confirment l’engouement des lecteurs et des professionnels pour cette œuvre singulière et puissante, et Né d’aucune femme, (prix des libraires 2019, prix Babelio 2019, Grand prix des lectrices de Elle 2019…). Buveurs de vent est son premier roman chez Albin Michel. (Source: La Manufacture de livres / Albin Michel)

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