Une immense sensation de calme

ROUX_une-immense-sensation-de-calme

Logo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman

En deux mots:
La narratrice de ce roman aussi rude que poétique, va tenter de survivre dans une nature hostile. En suivant Igor, elle va tenter de conjurer la guerre, la maladie et la noirceur des âmes.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

«Le jeu des feuilles a traversé l’oubli»

Dans un premier roman qui sonde les âmes dans une nature hostile, Laurine Roux nous livre un superbe conte où la brutalité et l’instinct de survie se mêlent à la poésie et aux légendes.

Pour cette chronique, je souhaite commencer par rendre hommage à un auteur que je n’ai pas lu, mais qui est à l’origine d’une très belle initiative, le blog intitulé Le Off des auteurs et qui s’attache à demander aux auteurs en tous genres de raconter la genèse de leur livre. Cédric Porte a ainsi demandé à Laurine Roux de se prêter à l’exercice. Elle nous apprend ainsi que des amis de Sofia l’ont entraînée dans une équipée vers la Mer Noire, plus précisément à Irakli Beach. « On dort dans les bois, passe la journée sur la plage. Le temps ralentit, à l’image des pas dans le sable. Petit à petit, un état d’abandon me gagne. Une perméabilité aux éléments, jusqu’à ce bain de minuit au milieu du plancton luminescent. Le ciel se confond à la mer, le pelagos aux étoiles, et la nudité du corps dans cette immensité brute, magique et primordiale fait de ce moment une épiphanie. Le lendemain, l’instant continue d’irradier. Kyro, l’un des amis, reste longtemps face à la mer. Ses cheveux forment des figures géométriques variables avec le vent. Il semble s’effacer. Rentrée en France, cette image ne me quitte pas. Elle contient une puissance et un hors-champ dont je ne sais que faire. Je perçois qu’il est question de porosité entre la vie et la mort, l’homme et la nature, mais surtout que cette silhouette augure la possibilité d’une disparition sereine. J’écris une trentaine de pages, uniquement descriptives. Petit à petit, les contours de Kyro s’estompent. Un personnage prend chair, un espace s’ouvre. Igor et la taïga. »
Et effectivement ce qui frappe d’abord en lisant ce livre, c’est que la nature y joue les premiers rôles, personnage à part entière comme dans les livres de nature writing, comme disent les américains. Ici la nature est rude, le climat difficile, les éléments hostiles. Mais en même temps, c’est cette même nature qui livre les clés pour survivre et qui sert de grand ordonnateur. C’est ainsi qu’à la sortie de la saison froide la chasse et la pêche reprennent leurs droits. Quand la narratrice – dont on ne saura pas le nom – va relever ses nasses, elle croise un Igor. « Il répond à des instincts. De même qu’on ne demande pas à un renard pourquoi il creuse un terrier, on ne peut exiger d’Igor qu’il explique pourquoi courir dans cette direction plutôt qu’une autre. Il en est incapable. C’est un animal. J’aurais pu le deviner dès ce premier jour. » Presque sans échanger un mot, elle va le suivre comme une évidence. Jusqu’à l’Invisible, jusqu’à l’hiver. Jusqu’à cette nuit où il part dans l’obscurité avec son ami Tochko. « Lors de cette nuit, je découvre l’importance du renoncement. Je comprends qu’il faudra oublier l’inquiétude et les explications. Les minutes qui passeront seront mes compagnes. Les heures et les jours, des frères d’attente. Je les remplirai de jeux en attendant son retour. Car à chaque fois il reviendra. À cela non plus il n’y aura pas d’explication. Alors je me rendors dans la vapeur d’os et de viande. »
Alors que le froid commence à percer les vêtements, on va découvrir petit à petit le passé de ce petit groupe de personnes, comprendre qu’une guerre a laissé des traces indélébiles depuis un demi-siècle, que ceux qui vivent là sont des survivants qui ne peuvent que se rattacher à la nature et aux légendes. Ces histoires qui parsèment le récit et lui confère une dimension aussi poétique que mystique : « Chaque deuxième lune de l’automne, au moment où les arbres décharnés tapissaient le sol de feuilles orange et rouges, elle allumait un feu dans la cheminée, posait le pot de sel à ses pieds et se mettait à chanter. Elle s’adressait aux esprits du Grand-Sommeil et leur demandait de venir écouter ce qu’elle avait à leur dire. Elle chantait jusqu’à ce qu’ils arrivent. Alors elle s’arrêtait et fermait ses paupières, sa voix devenait profonde et basse. Elle leur demandait de prendre soin d’Ama qui avait disparu trop tôt; de lui apporter un peu de joie car elle n’en avait pas suffisamment eu; ensuite, elle chargeait les esprits de lui transmettre de nos nouvelles. Quand elle était sûre qu’ils écoutaient, elle racontait l’année qui venait de s’écouler. Le travail de la terre, les récoltes, les maladies. Puis elle rassurait Ama à mon sujet, se réjouissait que je devienne une robuste et honnête jeune fille. Elle n’oubliait jamais de rapporter les naissances, les morts et les mariages. Cela durait jusque tard dans la nuit. Baba ne voulait omettre aucun détail. Enfin, quand elle estimait que c’était assez, elle prenait une poignée de sel et la jetait dans le feu. Si les grains devenaient étincelles, les esprits acceptaient de transmettre le message. Elle en jetait encore une. Chaque grain contenait l’un des mots qu’elle avait prononcés. Ainsi, les messagers pouvaient les faire passer dans le monde du Grand-Sommeil. De minuscules langues de lumière crépitaient dans la nuit avant de se volatiliser dans l’au-delà. Lorsqu’elle avait fini, elle me faisait venir à côté d’elle et me caressait la tête. Il me semblait que sa paume, constellée de résidus de sel, contenait toute la voûte céleste. J’étais dedans et dehors à la fois. »
Avec une plume ciselée dans le bois et le sang, dans la neige et la cendre, Laurine Roux va nous offrir le passé des personnages nés dans un monde cruel, celui d’Igor mais aussi celui de la narratrice et de ses parents. Et comme tout ce beau roman est construit sur les contradictions, les antagonismes, on ne sera pas étonné de voir la nature qui ne pardonne rien offrir de quoi guérir les maux. Ni de constater que dans un univers aussi oppressant des valeurs telles que la transmission et la solidarité vont aussi trouver leur place. Parce que le désespoir n’est jamais sûr…

Une immense sensation de calme
Laurine Roux
Éditions du sonneur
Roman
128 p., 15 €
EAN : 9782373850765
Paru en janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
Alors qu’elle vient d’enterrer sa grand-mère, une jeune fille rencontre Igor. Cet être sauvage et magnétique, presque animal, livre du poisson séché à de vieilles femmes isolées dans la montagne, ultimes témoins d’une guerre qui, cinquante ans plus tôt, ne laissa aucun homme debout, hormis les «Invisibles», parias d’un monde que traversent les plus curieuses légendes.
Au plus noir du conte, Laurine Roux dit dans ce premier roman le sublime d’une nature souveraine et le merveilleux d’une vie qu’illumine le côtoiement permanent de la mort et de l’amour.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)

Les autres critiques
Babelio 
Remue.net (Jacques Josse)
Causeur.fr (Jérôme Leroy)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog de Marc Villemain (éditeur de Laurine Roux)

Les premières pages du livre:
À présent il faut que je raconte comment Igor est entré dans ma vie. C’était la fin de la saison froide, j’avais passé l’hiver dans la maison des frères Illiakov.
Un matin, un homme arrive près du lac où je ramasse les nasses. C’est lui. À une centaine de pas de moi, il s’immobilise. Un oiseau aux ailes larges traverse le ciel, Igor sourit. Mille ans de solitude et de détermination frémissent à ses lèvres. Il se tient au bas de la falaise et regarde là où les hommes ne peuvent aller. Je le vois se plaquer à la paroi. Sa main est grise comme le caillou, son esprit dur comme le calcaire. J’ai l’impression qu’il va être avalé par la montagne, appelé par ses rondeurs de femme. Lui la comprend avec ses doigts. Bientôt ils évoluent ensemble, amants sauvages que la nature réunit clandestinement.
Igor n’est pas un homme. Il répond à des instincts. De même qu’on ne demande pas à un renard pourquoi il creuse un terrier, on ne peut exiger d’Igor qu’il explique pourquoi courir dans cette direction plutôt qu’une autre. Il en est incapable. C’est un animal. J’aurais pu le deviner dès ce premier jour. Tout était déjà inscrit dans ce corps-à-corps avec la roche. J’aurais également pu me douter que beaucoup de mes questions resteraient sans réponse.
Il grimpe le long de la falaise. Ne regarde pas en bas. Son esprit se disperse dans chacune de ses cellules, condensé dans l’effort, sans aucun autre but que celui de former le geste pur. Bientôt mon corps est secoué, aspiré vers le sien. Mais Igor continue à monter sans se préoccuper de moi. Alors je sais. Il faudra attendre. Je ne serai pas seule. Il y aura les algues et le vent. Les cristaux, la glace et le sang. La terre est sa couche, la pierre sa maîtresse. À l’image des animaux qui n’ont pas de partenaire d’élection, Igor fait feu de tout bois. Pour lui, l’amour est partout. Quand il passe une journée à couper des bûches, son corps entier tend vers la matière. On peut parler d’amour. Mais je crois, après tant d’années, que le mot n’est pas complètement juste. Dans son cas, le désir provoque des arrêts et des observations. Il examine, explore. Son amour est pareil à la glace qui brûle à force de froid. »

Extraits
« C’est à peu près à cette époque que je suis allée habiter chez Baba. Apa ne pouvait plus s’occuper de moi. Depuis que nous n’allions plus à l’hôpital, il avait les yeux de plus en plus rouges et mouillés. Petit à petit il s’était transformé en tas de feuilles mortes. Jusqu’à être complètement mort.
Cela fait longtemps que je n’ai pas pensé à Ama et Apa. Ils sont rangés dans ma tête comme de vieux habits d’un autre temps qu’on a fini par délaisser. Et un jour, sans trop savoir pourquoi, on les retrouve au fond de l’armoire. Le temps les a abîmés. Ils sentent le renfermé. Mais quelque chose reste intact à travers les ans. Le jeu des feuilles a traversé l’oubli. Si j’arrive à marcher uniquement sur les brunes, peut-être qu’Igor reviendra ? Mais je ne suis plus une petite fille. Il faut être raisonnable. Ama n’a pas guéri. Alors j’arrête de jouer. »

« Les deux femmes se jaugèrent. Puis Kolia déposa les fruits dans sa robe et, quand elle eut fini, attrapa une pomme. Lorsqu’elle mordit dedans, le jus coula le long de son menton, dégoulina dans son cou, sur son ventre et son sexe pour finir dans l’eau, traçant un chemin de désir qui disparut dans le courant. L’insolente beauté provoquait la vieillesse. Grisha continua à la dévisager avec froideur. Au début du troisième mois, l’aïeule attendit, à découvert devant le mélèze. Kolia remontait le cours de l’eau et s’arrêta au niveau du panier. Elle observa un moment la vieille qui n’était pas à sa place habituelle puis, après quelques secondes, prit les fruits et s’en alla. Cela dura trente jours. Le quatrième mois, la vieille Grisha resta à mi-chemin. Le cinquième, à quelques pas. Chaque mois elle se rapprochait, jusqu’au neuvième où elle se posta à côté du panier. Kolia finit par arriver, son ventre distendu par la grossesse aussi ferme que la peau des fruits.
Les deux femmes se trouvaient si proches qu’elles auraient pu se toucher. Mais ni l’une ni l’autre ne s’y risquèrent. Et chaque jour de ce dernier mois elles se contentèrent de rester l’une et l’autre à portée de main, s’examinant avec défiance. Kolia glougloutait en avalant les pommes et Grisha, dont le corps était devenu sec, contemplait sa voracité. Qui les eût aperçues de loin eût pu croire à une mère venant nourrir sa fille. Car au terme de ces neuf mois, on pouvait dire que les deux femmes s’étaient inextricablement liées, chacune ayant fini par apprivoiser l’autre. »

À propos de l’auteur
Née en 1978, Laurine Roux vit dans les Hautes-Alpes où elle est professeur de lettres modernes. (Source : Éditions du Sonneur)

Page Facebook de l’auteur 
Blog de l’auteur (pattes de mouche et autres saletés)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#uneimmensesensationdecalme #laurineroux #editionsdusonneur #hcdahlem #68premieresfois #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #MardiConseil

Publicités

Ariane

LEROY_Ariane
Logo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman

En deux mots:
Quand la narratrice rencontre Ariane, elle a 13 ans. Entre la «plouc» et la bourgeoise une relation fusionnelle s’installe. Les années qui vont suivre les marqueront à jamais.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

« On va s’aimer, à toucher le ciel, se séparer, à brûler nos ailes »

Quand la narratrice rencontre la belle Ariane, elle a treize ans et toute la vie devant elle. Pour ses débuts en littérature, Myriam Leroy revisite le roman initiatique.

« Quel est l’intérêt de se replonger dans cette mésaventure vieille de vingt ans, dont les protagonistes se sont pratiquement tous évanouis dans la nature? Possiblement aucun. Mais peut-être que si, comme je le crois, elle a eu des répercussions prégnantes sur ma vie et celle de ceux qui m’ont approchée ensuite, l’explorer pourrait permettre quelque chose de l’ordre de la purgation. Voire de la libération. Thérapie classique par l’écriture. On est loin de la littérature. Peut-être qu’à force de spéléo dans les galeries accidentées de la mémoire apprendrais-je qu’Ariane est la raison pour laquelle j’ai toujours préféré me tenir sur le seuil du grand amour plutôt qu’y entrer de plain-pied. » Au moment de raconter son histoire, la narratrice va se poser de nombreuses questions qui vont courir, comme un fil rouge, tout au long d’un livre incandescent, dérangeant, bouleversant. Comment la raconter? Faut-il utiliser les vrais noms des protagonistes ? Jusqu’où aller ? Faut-il mentir un peu pour mieux dire le vrai ? Les réponses sont sans doute entre les lignes crues et cruelles de cette initiation.
Ce premier roman débute en 1994 dans le Brabant wallon, «une province au sud de Bruxelles située dans l’angle mort de l’analyse sociale et de la production littéraire : elle n’avait jamais inspiré qui que ce soit.» C’est peu dire que la narratrice s’y ennuie, coincée entre une famille désespérante, un père expert-comptable et une mère au foyer, et un physique ingrat : « blafarde, binoclarde et pleine de spasmes donc, mais aussi invraisemblablement habillée. Je portais des pulls de seconde main avec des chats, des cerfs, des faisans. Des pantalons fuseaux boulochés, élastiqués sous le pied, des bottillons en Skaï fourrés. Entre le clown de cirque et la jeune paysanne communiste. » Les seules vacances se passent dans la masure des grands-parents, toute sortie au restaurant est proscrite, ainsi que les cadeaux de Noël.
Mais elle va finir par sortir de son trou, car pour suivre son école secondaire, elle intègre le collège Saint-Sauveur à Braine-l’Alleud où elle va commencer par se sentir totalement ringarde avant de se lier d’amitié avec cette Ariane qui donne son titre à ce premier roman. « Ariane, elle était belle. Dans la classe, je ne voyais qu’elle. C’était une curiosité, une exception dans cette école de blonds, blancs, beiges. Elle avait la peau foncée, elle était indienne : ses parents l’avaient adoptée quand elle avait trois ans. »
Entre les deux jeunes filles, il n’y aura bientôt plus de secrets. Leur amitié indéfectible va les faire se sentir plus fortes, plus courageuses, plus audacieuses. Y compris sur le plan physique. « Je convainquis mes parents de me faire confectionner des lentilles de contact, je laissai pousser mes cheveux (ils prirent une demi-douzaine de centimètres durant les mois d’été, le carré champignon que j’arborais confinait au grotesque mais c’était au moins une coupe de fille) et j’achetai mes premiers habits d’adolescente. Un Levi’s 501, un top blanc en coton côtelé Levi’s et une chemise en jean Levi’s. Mon apprentissage des marques était encore un peu gauche, mais je supposais qu’avec Levi’s je pouvais difficilement me tromper. Aux pieds, j’enfilai des Doc Martens. Et puis j’entrepris de bronzer. »
L’air d’émancipation qui souffle ici va cependant se charger de quelques relents troublants. Quand Ariane raconte les mœurs familiales un peu trop libres, quand elle laisse entrevoir une sexualité débridée alors qu’elle est encore prépubère. Si ce n’est dans les actes, c’est dans les paroles qu’elles laissent libre cours à leurs fantasmes:
« T’es une grosse coinçoss, ma fille. Baise un peu, ça te fera du bien. Un bon gros coup dans la rondelle pour te déstresser. Faut te la faire péter un jour ou l’autre. T’as pas envie de te taper mon frère ? Je peux t’arranger le coup, tu sais. »
Au fur et à mesure que leur pouvoir de séduction s’affirme, les deux jeunes filles vont se sentir «invisibles, invincibles, immortelles», n’hésitant pas à se livrer à de petits jeux ou l’humiliation et la perversité le dispute à un sentiment de supériorité dont garçons et filles vont faire les frais.
Jusqu’au jour où ces jeux vont lézarder leur belle entente, ou l’incompréhension puis la haine vont faire place à l’amitié fusionnelle. Où de coupables, elles vont devenir les victimes, où on ne saura plus qui manipule qui…
On se doute que les choses vont mal à finir, mais on ne s’imagine pas à quel point cette relation va être toxique. Je vous laisse le découvrir à la lecture des dernières pages de ce premier roman parfaitement maîtrisé, habilement construit et troublant jusqu’à l’épilogue. Histoire d’en revenir aux questions initiales.

Ariane
Myriam Leroy
Éditions Don Quichotte
Roman
208 p., 16 €
EAN : 9782359496758
Paru le 4 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en Belgique, en Brabant wallon, plus précisément à Nivelles, Lesne, Louvain-la-Neuve, Braine-l’Alleud, Waterloo et Bruxelles.

Quand?
L’action se situe de 1995 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Quand j’ai eu douze ans, mes parents m’ont inscrite dans une école de riches. J’y suis restée deux années. C’est là que j’ai rencontré Ariane. Il ne me reste rien d’elle, ou presque. Trois lettres froissées, aucune image. Aucun résultat ne s’affiche lorsqu’on tape son nom sur Google. Ariane a vécu vingt ans et elle n’apparaît nulle part. Quand j’ai voulu en parler, l’autre jour, rien ne m’est venu. J’avais souhaité sa mort et je l’avais accueillie avec soulagement. Elle ne m’avait pas bouleversée, pas torturée, elle ne revient pas me hanter. C’est fini. C’est tout. »
Elles sont collégiennes et s’aiment d’amour dur. L’une vient d’un milieu modeste et collectionne les complexes. L’autre est d’une beauté vénéneuse et mène une existence légère entre sa piscine et son terrain de tennis. L’autre, c’est Ariane, jeune fille incandescente avec qui la narratrice noue une relation furieuse, exclusive, nourrie par les sévices qu’elles infligent aux autres. Mais leur histoire est toxique et porte en elle un poison à effet lent, mais sûr.
Premier roman sur une amitié féroce, faite de codes secrets et de signes de reconnaissance, à la vie à la mort.

68 premières fois
Blog Agathe The Book (Agathe Ruga)

Les critiques
Babelio
Technikart 
7sur7.be
Quatre sans quatre 
La Règle du jeu (Laurent-David Samama)
Blog Le Capharnaüm éclairé
Blog Mon féérique blog littéraire 


Myriam Leroy présente son premier roman Ariane. © Production TV5 Monde

Les premières pages du livre:
« Quand j’ai eu douze ans, mes parents m’ont inscrite dans une école de riches. J’y suis restée deux années. C’est là que j’ai rencontré Ariane. Il ne me reste rien d’elle, ou presque. Trois lettres froissées, aucune image. Elle est morte juste avant l’émergence des réseaux sociaux. Aucun résultat ne s’affiche lorsqu’on tape son nom sur Google. Ariane a vécu vingt ans et elle n’apparaît nulle part. Ma mémoire se purge peu à peu de tous les souvenirs qui la concernent. Quand j’ai voulu en parler, l’autre jour, rien ne m’est venu. J’avais souhaité sa mort et je l’avais accueillie avec soulagement. Elle ne m’avait pas bouleversée, pas torturée, elle ne revient pas me hanter. C’est fini. C’est tout. Je faisais souvent ce rêve étrange et ragaillardissant : mes parents m’annonçaient que j’avais été adoptée. Et soudain, tout prenait sens : l’abîme entre leur tête et la mienne, le décalage entre l’incubateur malgracieux qui m’avait vue grandir et ma belle âme raffinée, nos empoignades dantesques…
Dans cette thèse, tout se tenait. Malheureusement, elle était infirmée par les principaux intéressés qui prétendaient que je ressemblais au paternel si on regardait bien. Voilà qui achevait de me démoraliser tant je trouvais mon père affreux avec son nez plein de couperose et son menton fuyant. Je souhaitais que la note discordante que je jouais dans la symphonie familiale soit sanctifiée par un certificat, un label, une estampille qui dirait que je n’étais pas née de la chair de ces deux êtres ternes et ennuyeux. Ma légende personnelle avait en outre besoin d’être rempaillée par un vrai drame, une tragédie qui pourrait être revendiquée publiquement, susciter le respect, la compassion voire l’admiration de mes semblables. Je jalousais mes camarades de classe orphelins ou battus que je voyais nimbés d’une grâce mystérieuse, auréolés d’une douleur que personne ne s’aviserait de contester. Seulement moi, j’étais tristement banale. Enfant délavée, sans la plus minuscule catastrophe à valoriser. J’ai été élevée dans une ascèse qui aurait pu être qualifiée de luthérienne si mes parents n’avaient été de fervents catholiques. Par conviction pour mon père, qui allait s’engager pour le séminaire au moment où il rencontra ma mère, et par obligation pour cette dernière, que la religion avait à vrai dire toujours emmerdée mais dont elle ne questionnait pas le bien-fondé des prescrits. Elle était catholique parce que c’était ce qu’on était à son époque, dans un milieu qui ne tolérait aucune excentricité. Là-bas, mettre une veste en cuir témoignait déjà d’un douteux processus de marginalisation : ma mère portait des cols Claudine.
À la fin des années soixante-dix, ils se marièrent, achetèrent une maison, se mirent en ménage, eurent des enfants, et se prirent ensuite à espérer que ceux-ci deviennent aussi conventionnels qu’eux, car enfin les conventions n’existaient pas pour rien. Ma mère était une grande femme sèche comme une merluche, noueuse comme un saule, née fâchée, comme en attestait la ride profonde entre ses sourcils. Mon père, de son côté, rasait les murs tel un moine capucin et ne parlait pour ainsi dire jamais, sauf pour donner l’heure à ma mère qui persistait à ne pas porter de montre pour entretenir sa dépendance à son époux. À la maison, nous vivions à moitié dans le noir car c’était ainsi que l’intimait notre culture domestique, tenant d’une certaine esthétique de la prostration et parce que l’électricité coûtait cher. Ma sœur et moi ne manquions de rien, sauf du superflu.

Extraits
« Je voudrais me rappeler avec précision les premières paroles échangées avec Ariane, la manière dont on s’est rapprochées, elle et moi, comment j’ai abandonné mon statut de péquenaude ainsi que Tomas et Lisa, mes deux coreligionnaires de quarantaine, mais je ne me souviens pas. Il y eut pourtant un avant et un après : son personnage éclipsa tous les autres, qui se muèrent en figurants silencieux et flous. J’ai beau me creuser la tête et retourner dans tous les sens mes douze, treize et quatorze ans, avant que les choses tournent à l’aigre entre Ariane et moi, j’y trouve à peine mes parents en version silhouettes et quelques gêneurs, vagues obstacles à notre idylle. »

« Ils périrent dans un accident de voiture au retour de la chorale. Mon père avait pris l’autoroute à contresens phares éteints: ils furent percutés par un quadra bourré qui s’en tira avec une côte froissée. Il ne restait de la petite Opel de mes parents que quelques débris éparpillés des deux côtés du terre-plein centralh qui s’en tira avec une côte froissée. Il ne restait de la petite Opel de mes parents que quelques débris éparpillés des deux côtés du terre-plein central. »

« Arthus passa devant moi sans un regard. Stefano refrénait son hilarité. C’était bien un pari. Fin de l’idylle. Le cœur raviné par de pudiques larmes de désespoir, je me demandai si je pourrais aimer à nouveau, un jour, quand je me serais reconstruite. »

« Maintenant, dans une béatitude toute raëlienne, elle trouvait tout formidable, Élodie « carrément géniale « , et notre trio « dément ». Car il s’agissait bien d’un trio aujourd’hui, peu importait que cela m’agrée ou non, les lignes avaient bougé en mon absence, pendant que j’allais me faire tripoter par ce con à mèche, pardon, vivre une histoire d’amour poignante dans le bois, je n’allais quand même pas imaginer que le monde attendrait que je décolle ma bouche de la sienne pour tourner quand même, si? »

« Je souhaitais à présent être appréhendée comme une jeune femme insaisissable, émouvante et dangereuse à la fois, je voulais qu’on me voie ardente et raffinée, qu’on m’aborde comme une fille dont on espère, à force d’offrandes et de serments, palper le grand secret dans les replis compliqués de l’âme. À cet effet, pour la rentrée, je décidai de m’habiller en noir de pied en cap, ongles et lèvres lie-de-vin, dans une tentative d’occuper un créneau subtil entre la veuve sicilienne et la jeune gothique de cimetière. De mes origines culturellement prolétaires je ne dirais rien, et la découverte de mes racines difficiles par les plus téméraires de mes camarades allait forcer le respect pour l’éternité. »

À propos de l’auteur
Myriam Leroy est journaliste en radio, télévision et presse écrite à Bruxelles. Ariane est son premier roman. (Source : Éditions Don Quichotte)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#Ariane #myriamleroy #editionsdonquichotte #hcdahlem #68premieresfois #RL2018 #roman #rentreelitteraire #belgique #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #MardiConseil

La nuit introuvable

TULOUP_La_nuit_introuvable
Logo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman

En deux mots:
Un fils retrouve sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer. Mais avant de sombrer, cette dernière lui a écrit huit lettres. Une confession émouvante qui va modifier son jugement et sa vie.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Huit lettres pour une vie

Une mère atteinte d’Alzheimer et un fils exilé en Slovénie sont au cœur du premier roman sensible et émouvant de Gabrielle Tuloup.

Quand Nathan Weiss, qui a choisi de s’exiler en Slovénie, est informé qu’il doit rentrer à Paris parce que sa mère le réclame, il est tout proche d’ignorer cette demande. Car il estime qu’is n’ont plus rien à se dire. Mais comme il effectue régulièrement des séjours dans la capitale, il accepte finalement l’invitation de cette voisine qu’il ne connaît pas. Cette dernière va lui apprendre la terrible nouvelle: sa mère Marthe est atteinte de la maladie d’Alzheimer et aura sans aucun doute de la peine à le reconnaître.
Mais elle lui révèle par la même occasion que Marthe lui a confié huit lettres écrites alors qu’elle était en possession de tous ses moyens, au moment où les médecins ont posé le diagnostic de cette maladie dégénérative incurable. Mais ces huit missives ne lui seront confiées qu’au compte-goutte, lors de chacun des voyages qu’il fera.
Si la colère est le premier sentiment de Nathan qui se sent floué et manipulé, la lecture de la première lettre va profondément le secouer : « Tout est organisé avec Jeanne. Je viens de t’écrire huit lettres. Elle ne doit te joindre que lorsque je ne serai plus capable de le faire. Nous n’avons pas réussi à nous aimer jusque là. Il y a toujours eu une sorte de philtre, tu as eu une mère enveloppée dans du papier cellophane. J’avais l’air d’une mère à travers, mais toujours à travers. »
En intégrant au fil du récit ces huit lettres, Gabrielle Tuloup a trouvé une technique narrative propre à retenir son lecteur, avide de connaître la suite épistolaire, intrigué par les secrets de famille annoncés.
« Il ne reste déjà qu’un bien maigre territoire de mon passé. Tout file. Ton père est mort et tu es parti loin. À moins que ce soit moi qui n’aie jamais pu être proche.
Je ne veux surtout pas emporter mon secret. Mes vices cachés le sont au pli d’une ride mais les caresses de Jacques ne me lisent plus. Ton père avait de ces mains qui savent quand la peau braille d’avoir eu mal quelque part. Le corps qu’on n’aime plus se tait doucement.
Je sais qu’il est temps d’oublier, de tout alléger, mais pas avant d’avoir rempli le registre. Aujourd’hui, mon fils, il me faut te décrire mes terres muettes, le bien qu’on m’a volé. Il me faut te confier ce que je n’ai pu dire à personne, pas même à ton père. »
Du coup, ce qui semblait désormais impossible au début de cet émouvant roman va se produire : les fils va se rapprocher de cette mère qui s’enfonce dans la nuit. En jouant sur ces deux temporalités, le moment où le slettres ont été écrites, les éléments de biogrpahie qui y sont relatés et la présence physique de cette femme à l’esprit vagabond, l’auteur ajoute de l’émotion, de la tension dramatique.
Nathan va vieux comprendre sa mère et ses choix et ce faisant, il va aussi se redécouvrir à la lumière des confessions de Marthe qui viennent effacer des années de non-dits.

La nuit introuvable
Gabrielle Tuloup
Éditions Philippe Rey
Roman
160 p., 16 €
EAN: 9782848766447
Paru le 1er février 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris ainsi qu’en Slovénie où le narrateur a choisi de s’exiler.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Nathan Weiss vient d’avoir quarante ans lorsqu’il reçoit un appel d’une inconnue: sa mère Marthe souhaite le revoir en urgence. Cette mère, voilà quatre ans, depuis le décès de son père, qu’il s’efforce de l’oublier. Ce n’est pas un hasard s’il s’est expatrié jusqu’en Slovénie.
Il va pourtant obéir et revenir à Paris. Sa mère a changé: elle est atteinte d’Alzheimer et ne le reconnaît presque plus. Nathan apprend alors que Marthe a confié huit lettres à sa voisine, avec pour instruction de les lui remettre selon un calendrier précis. Il se sent manipulé par ce jeu qui va toutefois l’intriguer dès l’ouverture de la première lettre.
Ces textes d’une mère à son fils, d’une poignante sincérité, vont éclairer Nathan sur la jeunesse de Marthe, sur le couple qu’elle formait avec son mari Jacques, la difficulté qu’elle avait à aimer ce fils envers qui elle était si froide. Tandis qu’il découvre ce testament familial, Nathan se débat avec ses amours impossibles, sa solitude, ses fuites. Et si la résolution de ses propres empêchements de vivre se trouvait dans les lettres que Marthe a semées pour tenter de réparer le passé?
Dans ce premier roman, d’une écriture sensible et poétique, Gabrielle Tuloup décrit l’émouvant chassé-croisé de deux êtres qui tentent de se retrouver avant que la nuit recouvre leur mémoire.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog fflo la dilettante 

Les Autres critiques
Babelio 
Livreshebdo.fr (Cécilia Lacour)
Fragments de lecture… Les chroniques littéraires de Virginie Neufville
Le blog de Mimi 
Le blog des fanas de livres 
Blog La bibliothèque de Mathy 
Blog Bettie Rose Books 

Les premières pages du livre
« Elle aurait aussi bien pu être morte. Ça n’aurait pas changé grand-chose, au fond. Il aurait fallu s’organiser, voilà tout. Les pompes funèbres, les faire-part de décès, quelques poignées de mains contrites, j’aurais fait bonne figure et puis on aurait été quittes. Ça n’aurait pas été un drame. Mais les choses s’annonçaient plus compliquées. Quatre ans d’une petite vie ennuyeuse de quarantenaire rompues par un simple coup de téléphone. Bien sûr, ça devait finir par arriver, même si avec elle rien n’était certain.
Sur l’écran de mon portable un numéro inconnu s’est affiché. Je regrette que ma méfiance instinctive n’ait pas pris le dessus. On peut toujours s’arranger après avec son répondeur. C’est plus difficile avec la vraie vie. On ne range pas les gens dans des boîtes vocales.
« Nathan Weiss? Jeanne Silet à l’appareil, pardonnez-moi de vous déranger, je suis une vieille amie de Marthe.» La voix têtue ne se laissa pas intimider par mon silence. Elle poursuivit: «Je sais que vous êtes brouillés. Mais il faut vraiment que nous discutions.»
Elle parlait au présent, c’était de mauvais augure: ma mère était donc encore en vie. Brouillés? Non. Je ne me rappelais pas une seule dispute. Je crois plutôt que nous nous étions oubliés à force d’indifférence.
«Votre mère est malade. Elle m’a laissé une lettre et des consignes pour vous.»
Des consignes, comme à un enfant? Ce n’était vraiment pas son genre. Marthe avait de nombreux défauts, mais pas celui de peser sur son entourage. C’était plutôt le contraire. Par curiosité plus que par inquiétude, j’engageai mon interlocutrice à poursuivre.
«Pas par téléphone. Mais je crois que vous habitez à l’étranger.»
Erreur de débutant: tout gonflé de la satisfaction pompeuse de pouvoir me vanter d’une vie trépidante, je répondis que je rentrais à Paris tous les deux mois, pour déplacements professionnels. Elle parut satisfaite et me demanda de passer chez elle, la prochaine fois. «J’habite à deux pas de chez votre mère, même rue, au numéro 20. Prévenez-moi la veille, ça suffira bien. »
C’est ainsi que ça a commencé. Sur une chaise de bureau à roulettes, avec dans les mains un Critérium dont je venais de casser la mine. Plusieurs options s’offraient à moi: aller boire un café ou deux, ou trois, dans l’espoir de me calmer les nerfs; m’enfermer dans la salle de réunion pour appeler la fidèle psy qui écoutait mes plaintes ces dernières années; ou recourir à ce précieux talent qui consiste à cultiver ma ressemblance avec un oiseau de la famille des Struthionidae, plus communément connu sous le nom d’«autruche». J’ai hésité. Mais la dernière solution, désormais maîtrisée presque à la perfection, me sembla la plus sage, du moins pour la dizaine de jours qui me séparaient de mon prochain retour parisien.
Le déni a ses limites. À la douane, les agents m’ont demandé si je n’avais rien à déclarer. J’étais bien embêté. Avaient-ils deux bonnes heures devant eux? Mais on ne plaisante pas avec ces gens-là. »

Extraits
« Tout est organisé avec Jeanne. Je viens de t’écrire huit lettres. Elle ne doit te joindre que lorsque je ne serai plus capable de le faire. Nous n’avons pas réussi à nous aimer jusque là. Il y a toujours eu une sorte de philtre, tu as eu une mère enveloppée dans du papier cellophane. J’avais l’air d’une mère à travers, mais toujours à travers. »

« J’ai peut-être un peu trop triché. Moi aussi, Nathan, j’ai mes sillons et mes parcelles disparues trop tôt. Je signe un bail avec l’oubli, mais qui gardera la mémoire de mes biens, de mes compromis, de mes dédits? Il ne reste déjà qu’un bien maigre territoire de mon passé. Tout file. Ton père est mort et tu es parti loin. À moins que ce soit moi qui n’aie jamais pu être proche.
Je ne veux surtout pas emporter mon secret. Mes vices cachés le sont au pli d’une ride mais les caresses de Jacques ne me lisent plus. Ton père avait de ces mains qui savent quand la peau braille d’avoir eu mal quelque part. Le corps qu’on n’aime plus se tait doucement.
Je sais qu’il est temps d’oublier, de tout alléger, mais pas avant d’avoir rempli le registre. Aujourd’hui, mon fils, il me faut te décrire mes terres muettes, le bien qu’on m’a volé. Il me faut te confier ce que je n’ai pu dire à personne, pas même à ton père. »

À propos de l’auteur
Née en 1985, Gabrielle Tuloup a grandi entre Paris et Saint Malo. Championne de France de slam en 2010, elle est maintenant professeur agrégé de Lettres et enseigne en Seine-Saint-Denis. (Source : Éditions Philippe Rey)

Page Facebook de l’auteur

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#lanuitintrouvable #gabrielletuloup #editionsphilipperey #hcdahlem #68premieresfois #RL2018 #roman #rentreelitteraire #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lecture #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #VendrediLecture

Apprendre à Lire

MINISTRU_Apprendre_a_lireLogo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman

En deux mots:
Antoine prend soin de son père vieillissant et bougon. Quand ce dernier lui demande de l’aider à apprendre à lire, il ne sait pas que toute sa vie va prendre un nouveau virage et transformer leur relation.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Il n’y a pas d’âge pour apprendre

Un beau roman d’initiation entre un père âgé et illettré et son fils, cadre d’entreprise. Un roman pudique et touchant pour les débuts en littérature de Sébastien Ministru.

Décidément la Belgique est à l’honneur en ce début d’année. Après Les Déraisons d’Odile d’Oultremont et Le champ de bataille de Jérôme Colin voici un troisième premier roman venu d’Outre-Quiévrain, également signé d’un chroniqueur à la RTBF, par ailleurs auteur dramatique.
Pour son premier roman, Sébastien Ministru nous propose une variation sur un grand classique du roman, la relation père-fils. Mais cette fois le fils est proche de la retraite et le père a dépassé les quatre-vingt ans. Antoine est directeur de presse, chargé de mener à bien une fusion-acquisition et vit dans la hantise que son père, qui vit seul, oublie de fermer le robinet du gaz. S’il se charge de l’intendance et vient régulièrement lui rendre visite, il n’a en général droit qu’à des remontrances et critiques sur cette société étrange qu’il analyse notamment via le petit écran. « Pour lui, les journalistes sont tous des hypocrites qui ne pensent pas ce qu’ils disent. Je lui ai un jour expliqué que c’était le rôle du présentateur du journal de ne pas penser ce qu’il disait, ce à quoi il m’a répondu qu’il fallait vraiment n’avoir aucune estime de soi pour faire du mensonge son métier. »
Ces contingences domestiques vont prendre un tour plus particulier le jour où il doit faire face à une demande particulière: son père veut apprendre à lire. Une demande qui l’oblige à creuser la biographie familiale, car il n’avait jamais pensé qu’il faisait partie de cette frange illettrée de la population. Et surtout ce que cette situation pouvait avoir de déstabilisant pour lui. « Mon père ne savait ni lire ni écrire parce qu’il avait dû obéir aux ordres de sa famille qui lui avait refusé le droit de fréquenter l’école et confisqué à jamais le droit de s’affranchir. Je voulais bien le croire mais il n’avait pas dû être le seul dans ce temps-là. Ce que j’avais oublié de prendre en considération c’était la souffrance qu’il avait dû endurer en silence et qui avait sans doute, fait de lui cet homme rude et difficile. »
D’abord réticent, il finit par accepter mais se rend très vite compte qu’il n’a pas la pédagogie nécessaire, à moins que ce ne soit la peur de se faire constamment rabrouer par ce berger d’origine sarde, émigré devenu veuf trop tôt et qui a trouvé un peu de réconfort dans la fréquentation de prostituées. Ou parce qu’il pressent que cet apprentissage le déstabiliser, lui qui avait réussi jusque là à bien cloisonner son existence, à vivre une relation apaisée avec Alex, l’artiste-peintre qui partage sa vie  » je l’ai vu, il m’a vu, on s’est plu. Ce qui nous a permis, ce soir-là, de nous rapprocher et de ne plus jamais se quitter. C’est exactement ainsi que Ia scène s’est déroulée, avec une facilité inouïe à nous indiquer la voie du bonheur. Le contraire de la passion ».
Aussi, pour se divertir, il a lui aussi recours aux services tarifés de jeunes hommes. C’est lors de l’un de ses rendez-vous clandestins qu’il va avoir l’idée, en découvrant que son amant entend se consacrer à l’enseignement, de l’engager non plus pour le sexe mais pour qu’il apprenne à son père à lire et écrire.
En inventant ainsi un nouveau trio, Sébastien Ministru va réussir, après quelques péripéties que je vous liasse découvrir à retisser des liens, à réapprivoiser l’histoire familiale et même à remettre en question sa propre existence. On imagine alors que la réflexion paternelle, quand il veut savoir pourquoi cette soudaine lubie et qu’il lui dit
« Peut-être que lire, ça fait mourir moins vite. » prendre tout son sens. « La forme des signes qu’il traçait avec cette volonté de prendre beaucoup d’espace révélait une autre part de lui, longtemps enfouie et qui, c’était vraiment ça le miracle, lui rendait le sourire qu’enfant on lui avait confisqué. » Avec pudeur et beaucoup de sensibilité..

Apprendre à lire
Sébastien Ministru
Éditions Grasset
Roman
160 p., 17 €
EAN : 9782246813996
Paru le 10 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule dans une ville qui n’est pas nommée, peut-être en Belgique, avec l’évocation de la Sardaigne, d’Olbia et de voyages à Moscou et Londres.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Approchant de la soixantaine, Antoine, directeur de presse, se rapproche de son père, veuf immigré de Sardaigne voici bien longtemps, analphabète, acariâtre et rugueux. Le vieillard accepte le retour du fils à une condition: qu’il lui apprenne à lire. Désorienté, Antoine se sert du plus inattendu des intermédiaires: un jeune prostitué aussitôt bombardé professeur. S’institue entre ces hommes la plus étonnante des relations. Il y aura des cris, il y aura des joies, il y aura un voyage.
Le père, le fils, le prostitué. Un triangle sentimental qu’on n’avait jamais montré, tout de rage, de tendresse et d’humour. Un livre pour apprendre à se lire.

68 premières fois
Blog Loupbouquin 
Blog Un brin de Syboulette 
Blog fflo La Dilettante 
Blog À l’ombre du noyer
Blog Les lectures de Claudia 

Les autres critiques
Babelio 
TV5 Monde (le monde en français)
ELLE Belgique (Elisabeth Clauss)
Paris-Match (Emmanuelle Jowa)

Blog C’était pour lire 
Blog Au fil des livres 

Les premières pages du livre:
Je ne suis pas beau mais je ne suis pas laid. La seule fois où je me suis vraiment effrayé en me regardant dans le miroir c’est le jour où, jouant avec ma main pour cacher ma bouche, et fixant mon regard, j’ai cru apercevoir mon père. Je devais avoir dix-huit ou dix-neuf ans. Depuis, j’ai appris à vivre avec cette tête, celle de mon père, lui aussi ni beau ni laid mais atteint d’un charme dont je suis démuni. Il m’a bien fallu accepter de vivre avec cette ressemblance qui, quoi que je fasse, relève de la traque pure et simple. J’ai aussi appris à ne pas trop sourire afin de ne pas dévoiler une denture très imparfaite qui trahit mes origines sociales modestes. Pour de multiples raisons, j’ai tout fait pour me détourner de mon père, mais à soixante ans, j’en suis encore à me dire que je ne peux pas échapper à sa surveillance puisqu’il est arrimé à mon corps. Je ne peux pas lui échapper, et les fréquentes visites que je lui rends, dès que mon travail m’en laisse le temps, témoignent d’un rapprochement qu’il faut bien appeler des retrouvailles. Dès que je peux, je passe chez lui pour vérifier s’il ne manque de rien, et s’il obéit à ma demande de ne plus toucher à la gazinière qu’il a récemment laissé allumée sous une casserole de lait partie en fumée avant de s’endormir devant la télé. À quatre-vingt-trois ans, mon père a encore tout son cerveau mais l’âge aidant, il s’endort facilement. Après cet incident, je lui ai fait la morale sur les dangers du gaz et des flammes laissées sans surveillance, remontrances qu’il a balayées d’un revers de main en m’affirmant qu’il sait très bien ce qu’il fait et que, s’il s’est endormi, ce n’est pas de sa faute mais celle de ce journaliste qui présente les informations comme on dit la messe des morts. Malgré les années durant lesquelles il s’est à peine intéressé à ce que je faisais de mes journées, mon père est passionné par les nouvelles du monde et retire un immense plaisir à critiquer la manière dont la télévision les met en scène. Personne dans la profession, et certainement pas moi, ne trouve grâce à ses yeux. Pour lui, les journalistes sont tous des hypocrites qui ne pensent pas ce qu’ils disent. Je lui ai un jour expliqué que c’était le rôle du présentateur du journal de ne pas penser ce qu’il disait, ce à quoi il m’a répondu qu’il fallait vraiment n’avoir aucune estime de soi pour faire du mensonge son métier. Il a bien évidemment continué à utiliser la gazinière sans m’en demander l’autorisation, poursuivant les dégâts que des années de cuisson sans aucun système d’aération ont causés à cette minuscule cuisine dont tout le mobilier et chaque ustensile sont recouverts d’une fine couche de gras. Comme un voile qui s’est jeté sur notre histoire dès la mort de ma mère qui, du jour au lendemain, a succombé à une maladie du cœur qu’elle traînait depuis son enfance. Le dysfonctionnement de la valve aortique – trop étroite en son ouverture – avait nécessité deux interventions avec ouverture de la cage thoracique – ce qui avait laissé ma mère couverte de deux longues cicatrices roses qui suivaient, pour l’une la ligne du sternum, pour l’autre le pourtour du sein gauche. À l’époque, la chirurgie cardiaque n’était pas encore aussi développée qu’aujourd’hui, mais la deuxième opération avait tout de même consisté à placer dans le cœur de ma mère une prothèse mécanique capable de faire le travail de la valve déficiente.

Extrait
« Avec Alex, c’est encore plus juste. Alex et moi formons ce genre de couple idéal, rare et fusionnel heureux héros d’un coup de foudre que même les pires romans de gare n’osent pas imaginer: je l’ai vu, il m’a vu, on s’est plu. Ce qui nous a permis, ce soir-là, de nous rapprocher et de ne plus jamais se quitter. C’est exactement ainsi que Ia scène s’est déroulée, avec une facilité inouïe & nous indiquer la voie du bonheur. Le contraire de la passion. »

À propos de l’auteur
Journaliste, chroniqueur vedette à la radio belge, auteur de pièces de théâtre à succès (Cendrillon, ce macho s’est jouée pendant huit ans), Sébastien Ministru vit à Bruxelles. Apprendre à lire est son premier roman. (Source : Éditions Grasset)
Compte Twitter de l’auteur

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Bookwitty

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

Tags:
#apprendrealire #sebastienministru #editionsgrasset #hcdahlem #68premieresfois #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #MardiConseil #VendrediLecture #NetGalleyFrance

Fugitive parce que reine

HUISMAN_Fugitive_parce_que_reineLogo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman

En deux mots:
En 1989 une fille se retrouve sans sa mère, internée en asile psychiatrique. Elle n’aura dès lors de cesse de la retrouver, de dire ce qu’elle a vraiment été, de lui hurler son amour.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Romancière parce que fille

Le premier roman de Violaine Huisman est un sublime chant d’amour d’une fille pour sa mère. C’est aussi une ode à l’émancipation.

Deux chutes, presque en parallèle, vont marquer la narratrice de ce beau roman : celle du mur de Berlin et celle de sa mère. Sauf que, pas davantage pour l’événement historique que pour l’événement intime la petite fille ne va pouvoir prendre la mesure de ce qu’elle est train de vivre. Mais elle perçoit intimement que ce qui se joue là est important et grave. Il aura fallu attendre que le temps fasse son œuvre de polissage pour saisir l’entièreté et la force de ces moments de bascule.
« j’avais admiré maman jusque-là, et l’éclat de sa présence dans mon regard mouillé de petite fille n’avait pas eu le temps de se ternir. Elle s’était éclipsée brusquement. Maman avait sombré dans une dépression si cataclysmique qu’elle avait dû être internée de longs mois ».
L’explication qu’on lui donne alors «ta-mère-est-maniaco-dépressive» n’en est pas une. Vingt ans plus tard, Violaine Huisman a su trouver les mots pour dire dire le mal qui a rongé cette femme, des mots à la fois splendides et pathétiques, sombres et éclairants. Des mots qui fouillent au plus près un sentiment jusqu’alors diffus, parce qu’il faut parer au plus pressé, parce qu’on gère la situation : « À douze et dix ans, ma sœur et moi allions devoir nous débrouiller seules, sans maman, et nos familles rafistolées s’avéraient d’un soutien inébranlable ». Car le père refuse la garde des enfants et laisse des amis prendre en charge sa progéniture.
Pour son excuse, on dira qu’il n’a pas eu envie de revivre un nouveau traumatisme, lui qui a grandi dans le palais de l’Élysée petit garçon, puis dans des logements de fonction d’un luxe comparable, et qui brusquement, lorsque la Seconde Guerre a éclaté, s’est retrouvé sans un sou, obligé de fuir en raison de ses origines juives. « Papa se rappelait qu’un beau jour, en pleine guerre, alors qu’ils étaient cachés sous un nom d’emprunt à Marseille, son père avait dit que si d’ici à la fin du mois il ne trouvait pas de quoi les faire vivre, lui, sa mère et ses frères, ils iraient tous se jeter dans le Vieux-Port au bout de la Canebière. »
Au fil des pages, on retrouvera les traces de son parcours, de l’histoire familiale et de sa rencontre avec cette mère fugitive parce que reine, qui mettra au monde ses filles alors qu’elle entendait vivre libre, émancipée. « Maman ne cachait ni son corps ni ses amants, et le défilé permanent de spécimens aussi improbables que variés donnait à notre domicile des allures de freak show d’autant plus insolite qu’il comptait des gens normaux, des anomalies au milieu du bazar de bizarreries dans lequel nous étions élevées. » Et des bizarreries, il y en aura beaucoup. On pourra les affubler de noms de maladie, la schizophrénie, la mythomanie, la kleptomanie, la neurasthénie et même l’hystérie, mis ce ne serait sans doute pas, du moins au yeux de ses filles, la meilleure manière de raconter ce que cette femme dégageait, aussi excessive que passionnée.
Du coup l’entreprise de Violaine Huisman devient aussi difficile que risquée. Elle essaie de répondre aux questions essentielles « Qu’est-ce qu’on garde d’une vie ? Comment la raconter ? Qu’en dire ? Est-ce qu’une vie compte autrement que dans l’enfantement ou la création ? Quelle vie vaut la peine d’être retenue ? De qui se souvient-on ? De qui se souviendra-t-on? »
La réponse se trouve dans la dernière partie de ce roman lumineux, dans les pages qui disent les dernières années de cette mère. Comme un lien intangible mais aussi fort que l’acier, l’amour qui les unit est de ceux que l’on imagine indestructible parce que se difficile à conquérir, si délicat à conserver.
Un chant d’amour sublime qui entraine avec lui toutes les tornades qui ont accompagné leurs existences respectives.

Fugitive parce que Reine
Violaine Huisman
Éditions Gallimard
Roman
256 p., 19 €
EAN : 9782072765629
Paru le 11 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris, Montfermeil, Boulogne, Cannes, Saint-Paul-de-Vence, Puypertus, Garches, Marseille, Boulogne, Auteuil, Megève, Royan, Montreuil, Antibes, Épinay-sur-Seine, Nogent-sur-Marne en passant par Rimini, Venise, Londres, Athènes, New York, Séville, Francfort, Bologne, Dakar ou encore Los Angeles.

Quand?
L’action se situe de la seconde moitié du XXe siècle à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Maman était une force de la nature et elle avait une patience très limitée pour les jérémiades de gamines douillettes. Nos plaies, elle les désinfectait à l’alcool à 90 °, le Mercurochrome apparemment était pour les enfants gâtés. Et puis il y avait l’éther, dans ce flacon d’un bleu céruléen comme la sphère vespérale. Cette couleur était la sienne, cette profondeur du bleu sombre où se perd le coup de poing lancé contre Dieu.»
Ce premier roman raconte l’amour inconditionnel liant une mère à ses filles, malgré ses fêlures et sa défaillance. Mais l’écriture poétique et sulfureuse de Violaine Huisman porte aussi la voix déchirante d’une femme, une femme avant tout, qui n’a jamais cessé d’affirmer son droit à une vie rêvée, à la liberté.

68 premières fois
Blog Les livres de Joëlle
Blog DOMI C LIRE
Agathe the book
Blog Loupbouquin
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)

Les autres critiques
Babelio
Télérama (Fabienne Pascaud)
Livreshebdo.fr (Léopoldine Leblanc)
RTL (Les livres ont la parole – Bernard Lehut)
Page des libraires (Emmanuelle George – Librairie Gwalarn, Lannion)
Blog Les lectures du Mouton (Virginie Vertigo)
Blog Mes échappées livresques
Blog Dingue de livres 

Les premières pages du livre
« Le jour de la chute du mur de Berlin, l’année de mes dix ans, tandis que défilaient sur les écrans du monde entier des images d’embrassades, de larmes de joie, de bras déployés en signe de victoire, des ribambelles d’hommes et de femmes en liesse devant des monticules de pierres, des éboulis, des nuées de poussière, nous autres, Français, assistions à cet événement historique au détour de fondus enchaînés sur le visage sévère du présentateur du journal de 20 heures, lequel nous avait tacitement invités à passer à table – pour ceux qui passaient à table, c’est-à-dire ceux d’entre nous qui suivaient un rituel familial et pour qui le JT avait remplacé le bénédicité ou constituait une sorte de prière républicaine, un rite séculaire conforme à la laïcité de notre patrie –, et moi, les yeux rivés sur le poste, je restais ahurie, effarée par ce chaos dont la portée géopolitique m’échappait complètement malgré les efforts de pédagogie du speaker – on pouvait juger de l’importance des nouvelles à sa diction : progressivement descendante quand l’heure était grave, et aiguë les dimanches soir quand il était chargé d’annoncer aux téléspectateurs qui avaient patienté toute la semaine la rediffusion d’une comédie ou d’un film d’aventure –, non, les enjeux de l’événement n’avaient eu aucune prise sur ma conscience, mais je n’en étais pas moins saisie, happée par ces reportages à travers lesquels il me semblait percevoir en filigrane, comme derrière une vitrine, en transparence, les vestiges de maman, son portrait magnifié parmi les ruines, son corps dissimulé sous les décombres, son visage sous les gravats, peut-être ses cendres. C’était avec un ravissement ébloui que j’avais admiré maman jusque-là, et l’éclat de sa présence dans mon regard mouillé de petite fille n’avait pas eu le temps de se ternir. Elle s’était éclipsée brusquement. Maman avait sombré dans une dépression si cataclysmique qu’elle avait dû être internée de longs mois, de force. Après m’avoir longtemps menti sur les raisons de sa disparition soudaine, on m’apprit que maman était maniaco-dépressive. La phrase m’était restée tout attachée – ta-mère-est-maniaco-dépressive –, une phrase prononcée par un adulte quelconque, une de ces phrases de grande personne qui ne servait à rien sinon à m’embrouiller ou me persécuter. Son écho devenait le leitmotiv de mon tourment, ma langue enroulant et déroulant ses vocables pour en diluer le peu de sens que j’y discernais. Ça ne voulait rien dire d’abord, maniaco-dépressive. Ou si, ça voulait dire que maman pouvait monter dans les tours, des tours que je visualisais aux angles d’un château fort, des donjons, au sommet desquels j’imaginais maman grimper à toute allure, et d’un bond plonger au fin fond des cachots ou des catacombes, enfin là où il faisait froid et humide, là où ça puait la mort. Maman avait donc disparu du jour au lendemain. Mes souvenirs de ce qui avait précédé sa fugue étaient probablement trop décousus pour en tisser un récit cohérent, mais les explications qui m’avaient été proposées étaient aussi invraisemblables qu’irrecevables. En fin de compte, personne ne se rappelait mieux que moi mon enfance hormis ma sœur qui n’avait pas retenu exactement les mêmes épisodes de notre épopée et pouvait parfois me souffler des répliques pour combler les lacunes de ma mémoire. Seul un élément nous manquait : le moment précis de sa chute. Cet incident, s’il avait eu lieu, nous avait échappé à toutes les deux et cette ellipse ne nous laissait que le sentiment diffus que nous avions bien failli mourir. Oui, cette angoisse persistait. Une anecdote étayait notre hypothèse, non qu’elle fût clairement le catalyseur, mais à défaut d’en identifier un avec certitude, cette mésaventure faisait l’affaire: l’accident de voiture sur le chemin ou au retour de l’école, ma sœur à l’avant, à la place du mort, moi derrière, sans ceinture jamais, et maman qui en première ligne du feu rouge avenue George-V accélérait d’un coup au son de forts crissements de pneus dans la perpendiculaire de l’avenue des Champs-Élysées. Impossible de se rappeler combien de voitures nous ont percutées mais suffisamment pour envoyer notre petite Opel à la casse. »

Extraits:
« Maman ne cachait ni son corps ni ses amants, et le défilé permanent de spécimens aussi improbables que variés donnait à notre domicile des allures de freak show d’autant plus insolite qu’il comptait des gens normaux, des anomalies au milieu du bazar de bizarreries dans lequel nous étions élevées. »

« Maman cassa une vitre un jour, de rage, et d’un bout de verre brisé balafra le visage de Ducon, qui malgré sa saloperie restait le père de nos amis, ces enfants avec qui nous avions vécu et grandi pendant quatre ans et demi. Nous ne savions que penser mais nous prenions parti, peut-être malgré nous. Les gendarmes que j’avais admirés montant la garde sous nos fenêtres venaient régulièrement frapper à la porte parce que les voisins se plaignaient de tapage nocturne… »

« Catherine CREMNITZ née le 1er avril 1947, d’un père juif et d’une mère catholique, a subi les conséquences de la déportation de son père et s’est retrouvée confrontée aux problèmes que pose cette double identité. C’est un cri. (L’ellipse n’est pas de moi. Cette phrase intervient juste après l’indication biographique, sans transition, et ça c’est tout à fait elle.) Toute la puissance de ce texte autobiographique réside dans la recherche d’une écriture représentative d’un vécu paradoxal. (J’admire son ambition, sa volonté de manier l’oxymore pour arriver au plus près des contradictions de son être ; ça aussi, c’est juste.) Il est impossible de rester insensible à ce souffle, à ce déferlement de révoltes souvent violentes et crues (rien à voir, cependant, avec les déferlements dont j’ai fait l’expérience en personne), qui une fois mises à nu transportent le lecteur dans un univers d’extrême pudeur et d’infinie poésie. »
À propos de l’auteur
Née en 1979, Violaine Huisman vit depuis vingt ans à New-York où elle a débuté dans l’édition et organise actuellement des événements littéraires, notamment pour la Brooklyn Academy of Music. Elle est l’auteure de plusieurs traductions de l’américain dont Un crime parfait de David Grann (Allia, 2009) et La Haine de la poésie de Ben Lerner (Allia, 2017). (Source : livreshebdo.fr)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#fugitiveparcequereine #violainehuisman #editionsgallimard #hcdahlem #68premieresfois #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #VendrediLecture

L’homme de Grand Soleil

GAUBIL_l-homme-de-grand-soleilLogo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman

En deux mots:
Un médecin installé à Montréal est chargé de suivre une communauté dans le Grand Nord. Là il va faire deux découvertes extraordinaires: l’un de ses patients a un ADN qui n’est pas humain et la bibliothèque renferme un ouvrage de valeur inestimable. D’un coup, le monde change…

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Des choses cachées depuis la fondation du monde, ou presque…

Pour son premier roman Jacques Gaubil réussit le tour de force de remettre en question les fondements de l’humanité. Avec autant de force que d’ironie.

Le narrateur est un médecin installé à Montréal. Il est chargé de rendre visite une fois par mois à Grand Soleil qui, comme son nom ne l’indique pas, est une communauté située dans le Grand Nord canadien où le froid règne en maître. Le petit groupe de personnes qui vit là, en grande majorité des vieux, bravent le froid en ingurgitant une grande quantité d’alcool qu’ils fabriquent sur place. L’occasion pour le narrateur de montrer d’emblée son sens de la formule : « Un rien enseveli sous la neige, une température avec des pointes en hiver à moins quarante-neuf et une moyenne d’âge de soixante-sept ans: ce n’était pas un village mais un congélateur à vieux. »
Tout au long du livre, on va se régaler de son style incisif, de formules qui prouvent qu’il s’est approprié la formule d’Anatole France « Sans ironie, le monde serait comme une forêt sans oiseaux». Peut-être est-ce parce que son patronyme, Leboucher, est lui-même ironique quand on a pour vocation de soigner les gens ?
Toujours est-il que cette distance lui permet d’apprivoiser ses patients, à commencer par une jeune femme dont la présence ici l’intrigue : «Les gens d’ici vous aiment bien, affirme-t-elle en souriant. Il y en a eu beaucoup avant vous, des jeunes, surtout. Ils venaient d’avoir leur diplôme et le village était pour eux un monde inhospitalier. Ils ont tous essayé de lutter contre l’alcoolisme. Il y en a même un qui a voulu mettre en place des séances de jogging. Il voulait nous faire acheter des baskets. »
Au fil de ses voyages, il va alors aller de découverte en découverte, comme quand il pénètre dans la vaste demeure de sa nouvelle alliée: « Une immense bibliothèque constitue l’ornementation principale de cet intérieur. On devine que les rayonnages ont pris forme, durant des années, à la manière d’une plante grimpante qui recouvre progressivement tous les murs. Au début, la jeune pousse avait dû être assez modeste, puis, les livres bourgeonnant, de nouveaux rameaux étaient apparus. La plante avait été repiquée plusieurs fois sans jamais perdre de sa vivacité. Finalement, la bâtisse ne semble plus être autre chose qu’un immense tuteur pour cet organisme sans cesse en croissance. »
C’est là que l’attend un vieil homme au physique de rugbyman répondant au doux nom de Cléophas et qui semble bien mal en point. Aussi décide-t-il de faire une prise de sang pour analyses complémentaires. La jeune femme qui partage cette demeure lui permet aussi de prendre des clichés d’une vieille bible qui l’intrigue beaucoup.
De retour à Montréal, il va aller de surprise en surprise.
Le laboratoire lui révèle que ses échantillons ne sont pas ceux d’un humain et son ami bibliophile que cette bible est quasiment un exemplaire unique à la valeur inestimable.
C’est alors que le roman prend une nouvelle dimension. Les laboratoires veulent en savoir plus sur cet ADN. Le monde s’émeut. Les questions qui se posent sont vertigineuses: « Est-ce que je suis un néandertalien? (…) Qui suis je? (…) Qu’est-ce qu’être français, ou canadien, ou autre chose? L’homme et la femme sont-ils différents? Suis-je de droite ou de gauche, libéral ou conservateur? Homo, bi ou hétéro? Croyant ou athée ?

Chacun y va alors de sa théorie. « Sont convoqués : des égyptologues, des primatologues, des spécialistes des civilisations précolombiennes, des éthologues, des habitants de Ia vallée de Néander, quelques voisins de Ia grotte de Lascaux et, bien sûr, les inévitables psys. Je suis persuadé que, sur certaines chaînes, on entend des sexologues s’exprimer à propos de Néandertal. »
Face à ce déferlement, notre médecin va tenter de préserver la communauté tout en s’interrogeant sur ses découvertes et sur les vertigineuses questions qu’elles posent.
L’homme de Grand Soleil est une fable à la fois drôle et incisive qui se lit comme un roman d’aventures.

L’homme de Grand Soleil
Jacques Gaubil
Paul & Mike Éditions
Roman
248 p., 16 €
EAN : 9782366511079
Paru en janvier 2018

Où?
Le roman se déroule à Montréal et à Kisiwaki dans le Grand Nord canadien. On y évoque aussi l’Ariège et Bordeaux.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un médecin de Montréal se rend tous les mois à Grand Soleil, un village perdu dans le Québec arctique. Docteur de l’âme autant que du corps, il y rencontre Cléophas, un patient particulier. Conservé par le froid qui a saisi cette partie du Canada, l’homme de Grand Soleil a vécu caché, il n’a rien écrit, rien accompli de notable et personne ne le connaît. Pourtant son apparition va tout bouleverser, sous le regard impuissant du médecin, témoin d’un monde qui se délite.
Avec une plume intelligente, incisive et souvent drôle, Jacques Gaubil dresse un portrait froid et parfois cruel de l’homme moderne, tout en proposant un récit bienveillant et chaleureux.

68 premières fois
Blog T Livres? T Arts?
Blog fflo la dilettante

Les autres critiques
Babelio 
20 Minutes (deux minutes pour choisir)
Blog Books, moods and more
Blog Romanthé

Les premières pages du livre
« Ils appelaient ça vivre en région. En région, je veux bien, mais vivre ? Un village de cent personnes à cinq heures de route d’une autre bourgade à peine plus grosse. Ils appelaient la route le cordon ombilical. Pas parce qu’elle les reliait à la mère patrie, mais parce qu’elle pouvait être coupée. À la fin de l’été, avec les premières neiges, le cordon était sectionné. Alors, comme par un accouchement, le village renaissait. Dès qu’il était isolé, le hameau apparaissait dans toute sa gloire : pas de poste, d’école, de banque, de clinique, d’épicerie, d’église, de centre administratif. Un rien enseveli sous la neige, une température avec des pointes en hiver à moins quarante-neuf et une moyenne d’âge de soixante-sept ans : ce n’était pas un village mais un congélateur à vieux. Tous les mois, il fallait que je leur rende visite. Avant, je devais faire quelques achats car chaque fois que j’allais les voir, ils me donnaient une liste de courses. Quand je distribuais les commandes, ils me soupçonnaient de prendre une marge. J’avais réussi à leur imposer une limite de dix kilos, toujours les mêmes trucs de vieux : des médicaments, des bouillottes, certaines sucreries, des parfums au patchouli, des loupes et des cadenas ! Coincés dans leur trou, à quelques encablures de la mort, ils avaient encore peur les uns des autres. J’en avais pour au moins deux heures de vol et six heures de 4×4. L’hiver, c’est-à-dire huit mois sur douze, le cordon étant coupé, il fallait prendre l’hélicoptère, une journée rien que pour y aller. Quand j’arrivais, je logeais chez Antoine Bouchard. Il s’occupait de la station météo et devait se sentir administrativement responsable. Il était fonctionnaire, ça lui donnait un statut, un peu comme moi. En plus, sa maison était propriété d’une entreprise publique, aussi elle était mieux entretenue. Il y avait une grande salle qui faisait o7ce de cabinet pour les recevoir. Ça commençait à sept heures du matin, comme ils ne dormaient pas, ils se levaient tôt. Ils venaient tous et ça dé%lait toute la journée. Certains n’avaient rien, ils débarquaient malgré tout, pour la conversation, et puis ils pouvaient aussi s’observer les uns les autres, dans la salle d’attente.
Je n’ai jamais vraiment compris comment une fille de trente-cinq ans pouvait vivre là. Il faut dire qu’elle était laide, mais de là à vivre dans un cimetière ! Et puis le froid ! L’hiver, on avait mal partout dès qu’on sortait et en été, je devais porter un manteau. Les recettes de grand-mère pour lutter contre le froid ne marchent pas. Je les ai toutes essayées. Non vraiment, une fille de trente-cinq ans, ça collait pas, elle devait avoir un passé et elle n’avait plus le choix qu’entre ça et la Légion Étrangère.

Extraits:
« Après cette introduction, je commence discrètement à lui parler de la bible. Elle me raconte que dans sa communauté, ces livres se transmettent de génération en génération. Cléophas, le dernier gardien du Saint Graal, a choisi de les lui remettre. Selon les mythes les plus anciens de sa communauté, ils ont tous émigré au Québec au moment de la Révolution française, tout un village des Pyrénées. Ils ont pris avec eux leurs plus précieux trésors, les trois livres anciens qui se trouvent maintenant dans sa bibliothèque. Une histoire similaire à la fuite d’Égypte, simplement ils ont traversé un océan au lieu d’une mer et ils avaient le livre saint dès le début du voyage plutôt que de le recevoir au mont Sinaï. Avec le temps, ces livres sont devenus un héritage qui rappelle leurs origines, ils précèdent chacun des membres de la communauté et lui survivent. Les perdre ce serait égarer son âme, obscurcir le soleil ou profaner le langage. »

« Se faire traiter de blaireau par un Italien d’un mètre soixante-cinq, en train d’endurer une calvitie précoce, fut une des expériences les plus abouties de mon existence, un existential ontologique aurait dit Heidegger. »

« En recherchant son nom dans Google, on peut savoir où on en est dans l’existence. Ce que le monde dit de nous, c’est ce que nous sommes, le web est un miroir. Tous les matins, on s’examine devant une glace pour vérifier sa coiffure ou ses vêtements. De la même façon, tous les jours, nous devrions nous observer sur internet. Avant le net, chacun pouvait espérer ne pas être immédiatement saisi. […] On appelait cela l’intimité. Nous n’étions pas d’emblée disponibles. Et puis, le temps de la transparence est venu, l’incontinence est la maladie du siècle, les gens font leur être sous eux. »

« Ma valise pour Cuba est à moitié remplie de livres, j’emporte les romans policiers suédois, islandais ou danois que je suis incapable de lire à Montréal. Je défie quiconque de lire Hypothermie d’Arnaldur Indridason quand il fait moins quinze. La littérature est fonction de la latitude, il y a des livres réservés à certaines coordonnées géographiques. Les policiers nordiques sont en général admirables, les crimes sont sordides. L’exhibition des chairs ne me procure aucune exaltation et Halloween m’a toujours semblé une fête absurde. En tant que médecin, je suis suffisamment exposé à la viande. En revanche, la littérature noire permet au vice des Scandinaves de s’épanouir avec impudeur. Sans doute ont-ils été, eux aussi, abîmés par les températures. Le roman noir me semble d’ailleurs la meilleure approche pour appréhender notre société et c’est la raison pour laquelle je lis mes livres policiers à la façon dont d’autres étudient des essais. Le crime manifeste le monde comme un révélateur photographique dévoile des images. Il fait exploser les conventions, les habitudes, et divulgue les tempéraments. On a violé un commandement majeur, plus rien ne tient, chacun se lâche. Pour comprendre un cabinet de notaire en province, un bordel de Pigalle ou un clan ostendais, rien de tel qu’un bon assassinat qui met les âmes à nu. Le commissaire Maigret est le meilleur des anthropologues. L’homme éclot quand il tue. »

« Et puis, petit à petit, a émergé la véritable interrogation, la seule qui compte. Est-ce que je suis un néandertalien? Les laboratoires ont été submergés par des demandes de séquençages de génomes. Une gigantesque crise d’identité s’est répandue. Qui suis je? Depuis des décennies cette question taraudait les esprits avec une acuité sans cesse plus vive. Qu’est-ce qu’être français, ou canadien, ou autre chose? L’homme et la femme sont-ils différents? Suis-je de droite ou de gauche, libéral ou conservateur? Homo, bi ou hétéro? Croyant ou athée ? Néandertal introduisait une continuité entre nous et le règne animal La culture apparut bien futile, un rempart de papier face à ce retour de la nature. Existe-t-il des différences entre l’homme et l’animal? L’exaspération était maintenant à son comble. l’ultime défi avait pris forme : être Sapiens ou ne pas être, telle fut la question. »

À propos de l’auteur
Jacques Gaubil est un Franco-canadien de 50 ans. Il a vécu et travaillé dans divers pays européens, en Corée du Sud, en Egypte et aux Etats-Unis avant de s’établir à Montréal. L’homme de Grand Soleil est son premier roman. (Source : Paul & Mike Éditions)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#lhommedegrandsoleil #jacquesgaubil #paul&mikeeditions #hcdahlem #68premieresfois #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #VendrediLecture

Celui qui disait non

BALDACCHINO_Celui_qui_disait_nonLogo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman

coup_de_coeur

En deux mots:
Il faut regarder avec attention la couverture de ce livre, car l’auteur retrace le destin de l’ouvrier qui, en 1936, refuse de faire le salut hitlérien sur un quai de Hambourg. Il s’appelait August Landmesser.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

L’histoire d’un héros ordinaire

Il aura fallu un concours de circonstances assez exceptionnel pour retrouver le nom d’un homme sur une photo et donner ainsi à Adeline Baldacchino le sujet de son premier roman.

Les réseaux sociaux ont indéniablement quelques avantages. Quand, par exemple, une photo est partagée des milliers de fois, et qu’elle finit par intriguer et intéresser. On se souvient d’Isabelle Monnin avec Les Gens dans l’enveloppe, qui était partie à la recherche des personnes figurant sur un jeu de photos achetées dans une brocante et qui avait fini par les trouver.
Cette fois, il s’agit du cliché reproduit en couverture du livre et qui montre des dizaines de personnes faisant le salut nazi, sauf un.
En 2012, Marie Simon a raconté dans L’Express comment, grâce à un message posté au Japon sur Facebook pour illustrer la volonté de dire non – en l’occurrence à une catastrophe nucléaire – le monde entier avait pu faire la connaissance d’Auguste Landmesser. Quelques vingt années auparavant, c’est sa fille Irene qui avait reconnu son père sur la phto publiée par un quotidien allemand. « Depuis quelques années déjà, elle rassemble des documents sur le destin de ses proches. Elle en a même fait un livre, publié en 1996, dans lequel elle raconte l’histoire de sa famille « déchirée par l’Allemagne nazie ».»
C’est ce livre que la narratrice a dans ses bagages, lorsqu’elle débarque à Hambourg en avril 2017, « un long fichier, un seul, qui rassemble l’essentiel de ce que l’on sait d’August et d’Irma, de leurs filles, Ingrid et Irene, de la grand-mère Friederike, du grand-père Arthur et de quelques autres. Des documents d’archives, aussi secs que le sont tous les papiers officiels. Tout est là. Ou presque. Car ce n’est que le squelette de tout. Ce qui est arrivé. Ce qui fut consigné. Les dates, les lieux, les noms : une chronologie. La vérité crue, brutale et nette, sans artifices ni sentiments. Deux cent cinquante pages d’actes et de fac-similés, quelques lettres, un sommaire qui ressemble à celui d’une dissertation d’histoire. » Un document qui doit ressembler au livre que vient de publier Colombe Schneck, Les Guerres de mon père, livrant lui aussi quelques documents bruts qui sont le fruit de ses recherches. Mais le projet d’Adeline Baldacchino n’est pas celui d’une historienne, mais d’une romancière qui entend traquer la chair. « Ce que nous disent les regards, ce que nous dérobent les actes administratifs. La pulpe du réel. C’est elle que je ne retrouverai qu’au prix de l’invention. Tout sera vrai, tout est déjà vrai puisque tout est arrivé. Je sais les tribunaux, les prisons, les camps. Je sais la dernière balle et même le plan détaillé de la chambre à gaz de Bernburg. Je sais qui est devenu quoi, je sais qui a emprunté quelle impasse de l’Histoire. Je sais les dates, les lieux. Je sais le bruit de cymbales du dénouement. Le flot des larmes et les jambes qui flanchent en lisant. Le reste, je le devinerai. Donc, je l’écrirai. »
Un choix juste, un choix vrai. De ceux qui donnent cette indicible épaisseur au récit, qui permet de faire se fusionner les sentiments, les époques, les émotions. Car si la narratrice est à Hambourg, c’est aussi pour essayer de faire le deuil de son père, oarti neuf mois plus tôt. « Je crois que j’écris aussi pour te crier que je t’aime et n’ai jamais su te le dire assez. Je ne connais pas d’autre moyen de te le prouver que d’écrire un livre et d’y glisser ton nom. »
Nous voici donc en octobre 1934, au moment où August rencontre Irma. « C’était l’automne à Hambourg. Des feuilles mortes voletaient dans les rues trop larges pour les âmes solitaires. Elle était allée s’asseoir au jardin botanique, Planten und Blomen, près du petit canal aménagé qui le traversait, sous un saule pleureur dont elle avait fait un ami. (…) Ce jour-là, sa robe était blanc et noir. Elle avait emprunté à sa mère un petit châle de laine. Le livre venait de retomber sur ses genoux. Je crois bien qu’elle s’était assoupie, vaguement ivre dans l’odeur d’écorce et de colchiques. August cherchait un endroit pour faire la sieste. C’était l’automne, certes, mais l’une des dernières belles journées de l’année. Il avait repéré l’arbre et son ombre prometteuse. Il venait de pénétrer sous le rideau protecteur de sa ramure, quand il était tombé en arrêt, n’osant plus ni continuer ni se retirer.
August ne sait rien alors du début de la longue marche des communistes en Chine du Nord. Rien du vol du premier bombardier soviétique à grande vitesse, le Tupolev SB1. Rien de l’appel de Maurice Thorez à fonder le Front populaire en France. Tout cela se passe en octobre 1934. Tout cela, mais encore ce bruissement de feuilles sous un saule au bord du canal, une femme avec un livre ouvert au bout de ses doigts qui attirent la lumière. Elle pourrait lire, mais elle dort. Et c’est parce qu’elle sommeille qu’il peut regarder longtemps les commissures de ses lèvres, l’angle de son nez, la forme de ses sourcils, la blancheur de son front, les racines de sa chevelure noire et souple. Il peut détailler tout cela. Ses paumes ouvertes, abandonnées, il sait qu’il va les saisir et les retenir, qu’elles vont le caresser et l’épouser. Ce jour-là, August, grand bonhomme un peu gauche qui adhère au parti nazi depuis trois ans, a complètement oublié la politique. Il sait que son désir est charnel, mais aussi pur et puissant que la sève du saule. C’est quand il hésite à la réveiller, se demandant s’il doit s’asseoir là, lui aussi, et la contempler sans fin, qu’une rafale un peu brusque expédie une bouffée odorante dans les narines d’Irma. Crocus et camélias, des fleurs aux noms qui claqueraient dans la mémoire. Ou bien la feuille à peine détachée, jaune encore et rougissante, qui lui effleure la pommette. Elle s’éveille, Irma, et il est là. »
Une longue citation pour dire qu’il n’est guère nécessaire d’en dire plus. Vous découvrirez combien ce bel amour va se transformer en un défi fou. Car Irma est juive et que des lois absurdes «pour la protection du sang» interdisent non seulement leur union, mais aussi toute descendance. Sur ce quai de Hambourg, au moment de cette photo désormais célèbre, August disait non à Hitler, mais il disait surtout oui à Irma. Longtemps, il pensera que la force de leur amour aura raison de la stupidité des hommes. Que cet amour protégera aussi les deux filles qui vont naître. Et quand il se rendra compte que le pays est subitement devenu fou, il sera trop tard. En 1937, on peut arrêter un membre du parti nazi pour «souillure raciale» et l’envoyer en camp de travail et à la mort. Et on ne va pas tarder à expérimenter la solution finale sur ses propres ressortissants. Irma sera de l’un des premiers contingents pour Ravensbrück.
Ce premier roman est un hommage, mais aussi un cri. Qui résonne d’autant plus fort en nous qu’il est soutenu par une plume magnifique : «Les écrivains n’ont qu’une passion : ressusciter les morts en les racontant, retenir les vivants en les répertoriant. Ce goût de pâquerette sur les cendres. Quand les mots s’écoulent de l’âme comme du sang frais, c’est bon signe. Et je saigne. »

Celui qui disait non
Adeline Baldacchino
Éditions Fayard
Roman
200 p., 17 €
EAN : 9782213705941
Paru le 10 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en Allemagne, principalement à Hambourg, mais aussi dans sur les routes allant vers le Danemark et celles conduisant aux camps de la mort de Ravensbrück, Dachau, Bergen-Belsen, Buchenwald et Auschwitz.

Quand?
L’action se situe dans les années 1930-1940 ainsi qu’en 2017.

Ce qu’en dit l’éditeur
Celui qui disait non s’appelle August Landmesser. Le 13 juin 1936, le jeune ouvrier qui fut pourtant brièvement membre du parti nazi refuse de lever le bras pour faire le salut hitlérien sur le quai de Hambourg où le chancelier vient baptiser un navire-école. Ce qu’il ne sait pas alors, c’est qu’il est pris en photo : cette image ne resurgira qu’en 1991 et sera reconnue par ses deux filles survivantes.
Ce livre se présente comme un roman vrai, librement inspiré de faits réels. Il reconstitue le parcours d’un homme ordinaire que rien ne vouait à devenir une icône de l’insoumission. Il raconte surtout l’histoire d’amour avec Irma Eckler qui transforma son destin. Frappé de plein fouet par les lois de Nuremberg qui interdisent en 1935 les mariages mixtes, le couple ne pourra ni s’unir ni s’aimer. Arrêté en 1937 pour « souillure raciale », envoyé en 1938 dans les camps de travail de l’Emsland, finalement enrôlé pour servir de chair à canon sur le front de l’Est en 1944, August connaîtra à peine ses filles.
De son côté, Irma Eckler, déportée de prison en forteresse, de camp en clinique d’euthanasie, fera partie du premier contingent des gazées de Ravensbrück. Leur petite Irene, sans accent et sans espoir, subira les pires sévices lors de la nuit de cristal. Miraculée de l’Histoire, elle traversera la Seconde Guerre mondiale grâce à une improbable conjuration des justes.
La narratrice, elle-même perdue dans les méandres de la mémoire et lancée dans une quête du père trop tôt disparu, part à la poursuite de ces deux amants magnifiques. Pour comprendre comment la politique rattrape toujours ceux qui croyaient pouvoir lui échapper. Pour nier la cendre et raviver la braise. Pour raconter l’irracontable – jusqu’au dernier seuil, celui où les mésanges chantent encore tandis que des femmes nues entrent dans la mort.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)

Les autres critiques:
Babelio
La Revue civique (Marc Knobel)
Froggy’s Delight (Jean-Louis Zuccolini)
Blog Encres vagabondes (Nadine Dutier)
Blog Les mots de Gwen 


Adeline Baldachino présente Celui qui disait non © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre 
« Avant d’arriver sur ce port, il t’était arrivé quelques bricoles, August. Et d’abord la bricole de ta vie, la seule qui vaille la peine de naître : la bricole du grand amour. Il faut croire que ça rend courageux, et je le crois dur comme fer, comme croix de fer nazie, comme le fer d’un éperon de cavalier de la Wehrmacht – ou serait-ce de l’Apocalypse ? La bricole du grand amour t’avait un peu ouvert les yeux, sinon tu aurais fini comme les autres. Au bord d’une fosse, à fusiller des Juifs.
Oui mais voilà, tu l’avais trop aimée, ton Irma, tu la voulais nue dans les herbes au bord de l’Elbe, tu la voulais épanouie sous tes mains rudes qui soulevaient sa jupe en riant, tu la voulais pleine de tes enfants, tu la voulais comme on veut les fruits qu’on nous interdit, le rouge de ses lèvres couleur de cerise mûre et sa voix qui coulait au creux de ton oreille, tu te gorgeais d’elle, tu te désaltérais dans ses creux, tu n’aurais plus jamais soif, enfin tu le croyais, ça te suffisait de le croire. Et pourtant on voulait t’envoyer là-bas, au bord des fosses, pour tuer des Irma par milliers.
Avant d’arriver sur ce port, il t’était arrivé quelques bricoles, August, rien de très important aux yeux de la grande Histoire, mais c’est dans la petite que se nichent les vraies raisons de vivre ou de mourir, de résister ou de céder, de saluer Hitler ou de ne pas.

16 avril 2017
Prologue, Hafen Hamburg
Le navire à roue à aubes Louisiana Star, tout de blanc et de bleu vêtu, donnerait presque des airs de Mississippi au gros fleuve gris. Une autre embarcation, plus rapide, affiche en lettres d’or sur fond bleu marine le nom d’Aladdin : sans doute une publicité pour quelque comédie musicale. Sur la rive d’en face, j’aperçois des immeubles dont la fonction reste difficile à définir – entrepôts, vastes citernes, un ou deux théâtres. Sous ma fenêtre, c’est un défilé permanent de bus jaunes et rouges des Stadtrundfahrt qui embarquent les visiteurs pressés ou paresseux par douzaines.
Vers la gauche, si l’on tend un peu le cou, se détache sur le fond moiré du ciel la silhouette d’un grand trois-mâts, le Cap San Diego. Hier soir, de la musique brésilienne s’en échappait par toutes les écoutilles. On le visite comme un immense joujou, les jeunes mariés le louent pour le transformer en bercail de luxe et les entreprises pour y organiser des soirées corporate de teambuilding.
Plus loin encore, je distingue le profil de la nouvelle salle de concerts, l’Elbphilharmonie, ses voiles de métal et de verre posées sur un bloc de brique rouge, tout en courbes confondantes qui viennent de révolutionner le paysage portuaire. Quelque chose me dit qu’August et Irma auraient pris peur devant elles comme s’il s’était agi d’un vaisseau spatial tombé d’une lointaine planète.
J’appareille vers le passé en observant le futur. Le temps me joue déjà des tours. Qui demeure sensible aux correspondances et aux coïncidences, aux résonances et aux traces, aux replis de la mémoire et de l’Histoire, ne peut que se perdre en ses labyrinthes. Je voudrais une errance heureuse. Mais il en est des voyages comme des livres : certains sont nés de la joie et d’autres servent à tenter de l’atteindre quand elle vous échappe. Je suis partie pour cesser de fuir. Je ne suis pas partie, je suis allée. Vers August et vers Irma. Vers mon père aussi, sans doute. Parce qu’ils ne sont plus là. Parce que je ne les trouverai pas. Et que, à force de ne pas les trouver, il me faudra bien apprendre à les réinventer.
Si je ferme les yeux, je vois cette photographie. Je ne cesserai plus de la voir. Je la porte, comme une greffe à l’âme, une sorte de fétiche lové dans les replis nébuleux de la mémoire. »

Extraits
« Celui qui disait non se demande ce qui reste quand on a tout perdu. Le formule-t-il ainsi ? Agenouillé derrière un rocher, l’épaule collée contre la pierre, son arme appuyée sur le bras, il fixe le rayon de soleil qui vient de transpercer la couverture nuageuse. Le serpent jaune effleure un buisson, promène sa lumière entre les baies rouges de l’arbuste qu’il semble fouiller.
On aurait presque envie de tendre la main pour l’attraper, pour palper cette promesse de chaleur et de réconfort, mais il sait que ce serait la mort certaine. Les partisans sont à quelques centaines de mètres, dissimulés derrière d’autres éboulis. Un coup de feu éclate à sa droite. En face, ils ripostent. Il se serre un peu plus contre son rocher. Quelque part, une balle ricoche et détache quelques éclats de calcaire d’un bloc tout près de lui. Le souffle l’a fait sursauter.
Sa mémoire est aussi érodée que le lit de la rivière en contrebas. L’odeur de poudre lui chatouille les narines. Il se dit je suis vivant pourtant mais combien d’heures encore, combien de secondes avant que je ressemble à ce caillou, les ronces l’enlacent, et qui m’embrassera, moi, qui me fermera les yeux, qui dira mon nom à mes filles, qui leur racontera l’odeur de la peau d’Irma le jour de ses vingt-trois ans sur la plage de Blankenese, qui se souviendra? »

« Et j’avais vu Dachau, Bergen-Belsen et Buchenwald, vu Auschwitz et pleuré dans la lumière du crépuscule, quand j’essayais encore de comprendre comment il était encore permis d’écrire de la poésie, comment il fallait justement en écrire parce que prier, non, ce n’était plus possible – qui voulez-vous prier : celui qui ne répondit jamais quand on le suppliait dans les chambres à gaz? »

« J’écris, sidérée d’écrire encore, comme si je ne savais pas que l’écriture ne sauvait de rien. J’écris ces lignes, alors que mon père s’est endormi il y a neuf mois tout juste – c’était un 16 juillet. Même s’il est des sommeils dont on ne s’éveille plus. J’écris, dans un semi-brouillard d’automatisme où je confonds les époques et les tendresses. Je me mets à aimer August comme s’il était encore temps de te raconter une histoire avant que tu ne glisses dans la nuit. Regarde, je commence à confondre ceux que j’interpelle. Est-ce à toi, papa, ou à lui, August, que je dis tu? »

« Irma, trempée de la belle sueur des amantes, se souvient. De sa rencontre avec August en octobre 1934. Et je veux me souvenir pour elle. Il n’y a rien de plus difficile à raconter pourtant que la naissance d’un amour.
Ingrid est née le 29 octobre de la même année. Un an tout juste après leur rencontre. »

« Nombre de ses camarades, peut-être des amis d’enfance, en tous cas les adolescents qu’il dut croiser au parti nazi dans les années 1930, rejoindront le service actif, notamment le 101e bataillon de police de réserve allemande, au sujet duquel l’historien Christopher Browning écrirait un jour un livre indispensable pour comprendre comment l’on devient un tueur. En seize mois, moins de cinq cents hommes qui étaient de simples ouvriers, dockers, membres de la classe moyenne de Hambourg, ni particulièrement militants ni fanatiquement racistes au départ, allaient assassiner trente-huit mille Juifs et en transporter quarante-cinq mille autres vers les chambres à gaz. Faire ramper des vieillards vers leur tombe. Tirer sur des bébés lancés en l’air pour déconcentrer la mère qu’un autre assassin visait pendant ce temps. Patauger dans le sang et la cervelle. Fêter des massacres sans nom. Boire plus que de raison pour ne plus comprendre ce qu’ils fêtaient. Tout cela, qui n’a rien de métaphorique ou d’imaginaire. Tout cela, décrit et documenté, implacablement, par les historiens. Tout cela, qu’on croit tellement savoir qu’on finit par en oublier la réalité même. »

« En raison d’une violation particulièrement grave et sérieuse de la loi pour la protection du sang, August Landmesser, 28 ans, était appelé cet après-midi devant la cour criminelle de Hambourg. Pendant des années, Landmesser a eu une relation avec une Juive dont ila eu deux enfants. Leur relation ayant continué après la promulgation des lois de Nuremberg, Landmesser a été arrêté à l’été 1937, mais acquitté après dix mois de détention provisoire pour des raisons subjectives. À cette occasion, il lui a été fermement rappelé que toute relation avec une Juive était interdite et il lui a été clairement exprimé que, en cas de répétition de la faute, il devrait s’attendre à une condamnation à plusieurs années de prison. Néanmoins, Landmesser a recommencé à entretenir des relations avec cette femme […]. Le verdict a été de deux ans et demi de servitude pénale pour souillure de la race. » Extrait d’un journal allemand, mercredi 26 octobre 1938

À propos de l’auteur
Adeline Baldacchino mène une double vie de poète et de magistrat. En plus de nombreux recueils de poésie, elle a notamment publié en 2013 une biographie primée et très remarquée de l’écrivain, journaliste et résistant Max-Pol Fouchet et en 2015 un texte d’analyse critique sur l’ENA. Celui qui disait non est son premier roman. (Source: Éditions Fayard)

Blog de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Bookwitty

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

Tags:
#celuiquidisaitnon #adelinebaldacchino #editionsfayard #hcdahlem #68premieresfois #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #MardiConseil #NetgalleyFrance

L’attrape-souci

FAYE_Lattrape-souci
Logo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman

En deux mots:
Lucien se rend avec sa mère dans une grande librairie de Buenos Aires. C’est là qu’elle disparaît soudainement, laissant son enfant de onze ans livré à lui-même. Sa quête commence…

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

L’enfant perdu

À 11 ans, Lucien se retrouve livré à lui-même dans les rues de Buenos Aires. Pour ses débuts, Catherine Faye nous propose un roman d’apprentissage aussi exotique que prenant.

Lucien à onze ans. Venant de Paris, il débarque à Buenos Aires et commence à prendre ses marques dans sa nouvelle vie argentine. Après quelques jours, sa mère l’emmène se promener au centre-ville. Ensemble, ils entrent dans une grande librairie. Des livres du sol au plafond, mais aussi des attrape-souci, « de petites boîtes ovales bizarres, jaunes et recouvertes de signes avec des poupées minuscules à l’intérieur. «Quand tu as un souci, n’importe lequel, tu glisses une des petites poupées sous ton oreiller, tu le lui confies et le lendemain matin, quand tu te réveilles, plus de souci, il s’est envolé.»
Sauf que cette fois, ce n’est pas le souci qui disparaît mais la mère! Quand Lucien se retourne, il n’y a plus personne. Il a beau courir dans les rayons de la librairie, puis dans la rue, sa mère s’est comme envolée.
Après la vendeuse qui ne comprend pas ce qu’il veut et le jette littéralement dans la rue, Lucien va se retrouver bien en peine pour trouver de l’aide. Même la police est suspicieuse, tant et si bien qu’il lui faut désormais apprendre à se débrouiller seul. Pour trouver un abri, pour trouver de quoi manger, pour tenter d’élaborer un plan pour retrouver sa mère et pour éviter les dangers qui le guettent.
Sur ces pas, on va bien vite se rendre compte de l’énorme défi qu’il lui faut relever. Car aux angoisses et aux difficultés viennent s’ajouter des problèmes de santé inhérents à sa condition d’enfant de la rue.
« Je serais incapable de dire combien d’heures, combien de jours j’ai divagué, égaré entre deux eaux. La nuit et le matin ne faisaient qu’un, l’après-midi, la fièvre montait. J’avais l’impression de me noyer, puis je remontais à la surface, ballotté entre cauchemars et rêves, sommeils profonds et délires (…) je lâchais prise. L’ombre de ma mère, immobile, semblait me surveiller, je l’entendais fredonner, tantôt douce, tantôt méchante. Je tendais la main pour la toucher. Rien. Personne. »
Mais après quelques jours difficiles et fort d’une certitude nouvelle, «une voiture se répare, un rhume se guérit, une mère se retrouve», il va croiser le chemin d’une mercière prête à l’accueillir dans sa famille avec ses filles. Ariana, Anita, Solana.
C’est avec cette dernière qu’il va connaître ses premiers émois sexuels. «Je faisais quelque chose de défendu, je nageais entre deux eaux. Impossible de résister.»
Mais son initiation ne va pas s’arrêter là. Il va faire d’autres rencontres, plus ou moins heureuses. Il va aussi faire quelques rencontres qui vont lui ouvrir de nouveaux horizons. Et le mener à prendre sa vie en mains, plutôt que d’être ballotté par le destin. Pour cela trois bouteilles en plastique bleu et trois balles colorées devraient faire l’affaire. Il y aura aussi Arrigo le jardinier et la belle dame élégante qui pourrait bien la mener à sa mère…
Dans ce beau roman de formation, Catherine Faye a sans doute mis beaucoup plus d’elle qu’une lecture trop rapide peut le laisser supposer. Si, comme son Lucien, rebaptisé Lucio, elle a passé son enfance en Argentine, j’imagine qu’elle a aussi eu son jardin secret, son raconte-à-moi qui est l’antichambre de la littérature. À la manière de ces histoires qu’elle a pu s’inventer, qui n’étaient belles que si elles faisaient un peu peur, elle nous offre un suspense initiatique servi par un bel imaginaire, magnifié par ses souvenirs d’enfance et conclu par une fin qui vous surprendra. Bref, tout pour nous séduire.

L’attrape-souci
Catherine Faye
Éditions Mazarine
Roman
300 p., 18 €
EAN : 9782863744758
Paru le 17 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en Argentine, à Buenos Aires et environs.

Quand?
L’action se situe au début du siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Décembre 2001. Lucien, onze ans, vient d’arriver à Buenos Aires avec sa mère. Dans une librairie, il est captivé par de mystérieuses petites boîtes jaunes. Dedans, de minuscules poupées. Selon une légende, si on leur confie ses soucis avant de s’endormir, le lendemain, ils se sont envolés.
Le temps qu’il choisisse son attrape-souci, c’est sa mère qui s’est envolée. Disparue.
Lucien part à sa recherche. Se perd.
Au fil de ses errances, il fait des rencontres singulières. Cartonniers, prostituées, gamins des rues avec qui il se lie, un temps. Et grâce à qui, envers et contre tout, il se construit, apprend à grandir. Autrement.
Rebaptisé Lucio par ses compagnons de route, cet enfant rêveur et déterminé incarne ce possible porte-bonheur que chacun a en soi.

Les critiques
Babelio
Le Parisien (Pierre Vavasseur)
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog La Dory qui lit 

Les premières pages du livre 
« Je l’ai perdue comme ça. C’était l’après-midi. Nous avions déjeuné dans un bistrot à étages de Palermo, en sortant, il avait encore fallu faire les magasins. Depuis notre arrivée à Buenos Aires, nous n’arrêtions pas de marcher et d’entrer dans des boutiques. Je ne comprenais pas grand-chose à ce que nous étions en train de faire, on était partis de Paris, comme ça, très vite et très loin, en plein mois de décembre, des vacances ou alors une autre vie. Elle avait décidé de m’emmener dans la ville de son enfance, une enfance de rêve, c’est ce qu’elle me répétait. C’était juste après l’attentat des tours jumelles. 2001, une drôle d’année.
Je me souviens de ses sandales à talons compensés, elle se tordait les chevilles sur les trottoirs cabossés, me tirait par la main, on manquait de tomber tous les deux. Je les vois encore, ses sandales, parce qu’à chaque fois qu’elle les mettait elle me demandait si elles lui allaient, en se tournant dans tous les sens devant le miroir. Elles avaient une bride rouge, fine, on aurait dit un bracelet autour de ses pieds. J’aimais m’amuser avec, faire et défaire la boucle quand elle dormait et que je m’ennuyais. Elle aimait mettre des talons, ma mère, même si elle était grande. Elle disait que l’élégance, c’est de donner l’impression qu’on va s’envoler. Et moi, j’avais peur.
J’avais onze ans, elle trente. Ou quarante. À onze ans, trente ou quarante ans, c’est un peu la même chose. Et puis, avec le temps, j’ai oublié.
Il devait être cinq heures, l’air était doux, l’ombre violette des jacarandas recouvrait la rue et les caniveaux, elle était entrée dans une librairie. Des passages étroits s’enfonçaient entre les présentoirs en désordre et les étagères penchées, débordantes de livres. Un vrai château de cartes. Dans un coin, un étalage de petites boîtes ovales bizarres, jaunes et recouvertes de signes – des croix, des flèches, des yeux –, j’étais fasciné. Ma mère s’était approchée. Elle m’expliquait qu’à l’intérieur il y avait des poupées minuscules, indiennes. D’Amérique du Sud, pas des États-Unis, ni des Indes, c’est ce qu’elle m’avait dit.
– Donc, vois-tu, quand tu as un souci, n’importe lequel…
Elle avait laissé un blanc.
– … tu glisses une des petites poupées sous ton oreiller, tu le lui confies et le lendemain matin, quand tu te réveilles, plus de souci, il s’est envolé.
– Il y en a beaucoup, des poupées, dedans ?
– Sept, des petits messieurs pour les soucis au masculin et des petites dames pour les soucis au féminin.
En détournant la tête, elle avait ajouté :
– Et un petit enfant aussi, pour le souci… qui n’en est pas vraiment un.
– Je peux en avoir un d’attrape-souci ?
– Lucien ! Exprime-toi correctement ! Tu dois dire : Pourrais-je en avoir un, s’il te plaît, maman ?
Elle me reprenait tout le temps. Il fallait que je parle comme il faut, surtout devant les autres.
– Fais attention quand même ! Et tiens-toi droit.
Puis, après s’être éloignée avec son grand sac mou en toile verte plaqué sous le bras, elle s’était mise à regarder des livres empilés près de l’entrée. Elle n’arrivait pas à en lire les titres, même un peu de biais, alors, elle essayait de déchiffrer les mots à l’envers. Toujours dans des positions improbables, ma mère.
Elle voulait un roman qui se passe au bout du monde, c’est ce qu’elle expliquait maintenant à la vendeuse au chignon plat, dans cette langue qu’elle parlait couramment, l’argentin. J’aimais l’entendre faire danser ses phrases, avec tous ces mots qu’elle m’avait appris à Paris les soirs où elle était de bonne humeur. Il avait fallu que j’apprenne vite parce qu’elle avait décidé qu’entre nous on parlerait cette langue. Un point c’est tout. Je m’en sortais plutôt bien. Avec un vocabulaire d’enfant, mais ça allait.
Ça faisait des jours que ma mère cherchait ce livre du bout du monde, un livre contre les insomnies. »

Extraits
« J‘avais mal dans le bas du ventre, là où on m’avait opéré. Au bout d’un long moment, ça s’est calmé. Tout doucement, il m’a collé une tasse brûlante entre les lèvres et m’a fait boire un liquide qui ressemblait à du feu. A bout de force, je me suis laissé glisser entre ses jambes, ma joue posée sur sa cuisse, ça empestait les chaussettes. Je me suis agrippé à lui et je me suis endormi, brusquement, profondément.
Je serais incapable de dire combien d’heures, combien de jours j’ai divagué, égaré entre deux eaux. La nuit et le matin ne faisaient qu’un, l’après-midi, la fièvre montait. J’avais l’impression de me noyer, puis je remontais à la surface, ballotté entre cauchemars et rêves, sommeils profonds et délires. De temps à autre, Gaston me mouillait les lèvres avec une éponge qui sentait l’essence, me grattouillait les cheveux. Je me laissais faire, je lâchais prise. L’ombre de ma mère, immobile, semblait me surveiller, je l’entendais fredonner, tantôt douce, tantôt méchante. Je tendais la main pour la toucher. Rien. Personne. »

« Les petites boîtes se ressemblaient toutes, je n’arrivais pas à me décider, je les trouvais mal taillées, trop plates, pas assez colorées, j’en aurais voulu qui soit parfaite. Je les dévorais des yeux, sans oser les toucher, encore moins les ouvrir pour voir dedans. D’un coup, j’ai su laquelle j’allais prendre, j’ai souri, je me suis retournée pour faire signe à ma mère. De là où j’étais, je ne la voyais pas, j’ai tendu la main pour la saisir, mais j’ai eu peur que la libraire ne pense que j’allais la voler, alors, je l’ai reposée, j’ai regardé de tous les côtés et je me suis dirigé vers la sortie, les mains vides. Sauf que, dehors, personne. Elle avait disparu. »

À propos de l’auteur
Catherine Faye est journaliste indépendante et auteure depuis 1990. Elle a passé son enfance à l’étranger, notamment en Argentine. Dans ses récits, ce sont les parcours atypiques, les histoires de vies, qui la guident. L’Attrape-souci est son premier roman. (Source : Babelio)

Page Facebook de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

Tags:
#lattrapesouci #catherinefaye #editionsmazarine #hcdahlem #68premieresfois #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #MardiConseil #NetGalleyFrance

Pays provisoire

TONNELIER_pays_provisoireLogo_premier_roman  Logo_68_premieres_fois_2017

En deux mots:
Une modiste originaire de Savoie installe sa boutique à Saint-Pétersbourg au début du XXe siècle. Mais en 1917, elle est contrainte de fuir et entreprend un périlleux voyage alors que la guerre fait rage.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:
Le fabuleux destin d’Amélie Servoz

La Révolution russe et la Première Guerre mondiale vues par les yeux d’une jeune modiste installée à Saint-Pétersbourg. Un excellent premier roman.

Une page oubliée de notre histoire, la découverte de quelques archives et l’imagination de la romancière : il n’en fallait pas davantage pour réussir une belle entrée en littérature. Fanny Tonnelier s’est intéressée à la colonie française qui a émigré vers la Russie des tsars au tournant du XXe siècle. Appréciés d’une cour et d’une noblesse qui avait à cœur de s’exprimer dans la langue de Molière, ces francophones (des Suisses romands ont aussi fait le voyage, notamment comme précepteurs) ont fort souvent réussi, comme le rappelle notamment Paul Gerbod dans son Livre D’une révolution, l’autre: les Français en Russie de 1789 à 1917 : «nombreux sont les commerçants et artisans (modistes, pâtissiers, marchands de vins ou d’articles de Paris) ainsi que les industriels, les ingénieurs et les dirigeants d’entreprises ainsi que les hommes engagés dans le développement économique de la Russie et les agents bancaires à réussir leur intégration. Les professeurs de français, par exemple, ont des appointements de 1500 roubles par an (soit environ 4000 francs-or).
Pour Amélie Servoz aussi, les affaires sont florissantes. Originaire de Savoie, la modiste a pu faire ses preuves dans une boutique parisienne avant d’être repérée par la dame qui lui offrira de reprendre sa boutique de Saint-Pétersbourg. Depuis près de sept ans qu’elle es tinstalée en Russie, elle a su conquérir une clientèle aussi riche que fidèle et ses chapeaux font la mode sur les bords de la Néva.
Mais nous sommes en 1917 et la grande Histoire vient rattrapper la modeste modiste. La Révolution bolchévique s’étend et la ville est en proie à des troubles qui vont laisser des traces. Son magasin est saccagé et elle est sommé de prendre fait et cause pour ceux qui prônent l’union des prolétaires de tous les pays.
Elle va bien tenter de continuer son activité en transférant son atelier à son domicile, mais va devoir se rendre compte que c’est peine perdue et que sa vie est en danger.
Il faut fuir un pays en ébullition, mais aussi traverser une Europe en proie à la plus meurtrière des guerres.
Après des démarches administratives délicates, un peu de chance et d’entregent, elle fuit avec son amie Joséphine «un pays devenu inhospitalier, où régnaient la peur, l’angoisse, le stress et la faim.» Je vous laisse découvrir les péripéties d’un voyage mouvementé en y ajoutant simplement que le bien et le mal s’y côtoient, que quelques rencontres vont s’avérer riches d’enseignements et qu’il va dès lors devenir très difficile de ne pas être pris dans ce tourbillon d’émotions.
On sent que Fanny Tonnelier s’est solidement documentée pour nous raconter ce périple et qu’elle a pris du plaisir en écrivant la fabuleux destin d’Amélie. Un plaisir très contagieux tant les descriptions sont réussies, tant le rythme est enlevé. Voilà qui donnerait sans doute un grand film en costumes. Chapeau !

Pays provisoire
Fanny Tonnelier
Alma éditeur
Roman
256 p., 18 €
EAN : 9782362792458
Paru le 4 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en Russie, à Saint-Pétersbourg, puis à Paris et en Savoie ainsi qu’en Finlande, Suède, Irlande et Angleterre.

Quand?
L’action se situe en 1917, avec des retours en arrière au tournant du XXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Amélie Servoz, jeune modiste d’origine savoyarde, n’a pas froid aux yeux. En 1910, elle rallie Saint-Pétersbourg avec, pour seul viatique, un guide de la Russie chiné en librairie et l’invitation d’une compatriote à reprendre sa boutique de chapeaux. Sept ans plus tard, la déliquescence de l’Empire l’oblige à fuir. Son retour, imprévisible et périlleux, lui fera traverser quatre pays, découvrir les bas-côtés de la guerre et rencontrer Friedrich…
Fanny Tonnelier campe avec verve et finesse tout un monde de seconds rôles où les nationalités se mêlent; changeant à volonté et avec dextérité la focale, elle raconte aussi bien le détail des gestes et des métiers que l’ample vacarme d’une Révolution naissante. Elle s’est inspirée d’un pan d’histoire méconnu: au début du XXe siècle, de nombreuses Françaises partirent travailler en Russie.

Les critiques
Babelio 
Livreshebdo (Cécilia Lacour)
Blog T Livres T Arts 
Blog Bricabook 
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Le Goût des livres

Les premières pages du livre
« Cette nuit-là, Amélie ne se coucha pas. Elle laissa les épais rideaux ouverts, enñla sa robe de chambre et s’installa dans son fauteuil face àla nuit claire de juillet. Elle était triste, cafardeuse, et n’arrivait pas à dormir.
Elle ne recevait plus de courriers de ses parents depuis six mois et s’inquiétait pour eux. Son père, malgré son âge, avait été rappelé sous les drapeaux pour être ambulancier. Était-il encore en vie? C’était la première fois qu’elle se posait aussi franchement la question. Et puis la ville qu’elle avait découverte sept ans plus tôt n’était plus la même. C’était encore la période des nuits blanches, d’habitude pleines de gaieté et de rires. Mais depuis quelques semaines, les rues étaient désertes, sans le bruit familier des tramways, et les activités s’arrêtaient les unes après les autres. Manifestations, meetings politiques, défilés étaient le lot quotidien des habitants qui se terraient chez eux. Les denrées de base manquaient cruellement et le peuple avait faim. Les journaux ne paraissaient plus et les rumeurs allaient bon train, ampliñant l’inquiétude et la peur. Les nouvelles du front étaient mauvaises, les armées disloquées. Le ressentiment était général pour tout ce qui représentait l’État et l’ordre. Les gens étaient à bout, souhaitant presque qu’il y ait un choc, d’où qu’il vienne. Révolte populaire? Coup d’État? Il y avait matière à devenir pessimiste et Amélie l’était.
Soudain, dans l’après-midi, elle entendit un grondement sourd, comme les prémices d’un orage, et vit au loin une marée d’hommes et de femmes hérissée de fusils, de gourdins, de drapeaux rouges s’approchant menaçante vers la Douma. Bouleversée, Amélie avait l’impression de revivre les journées de février qui lui avaient longtemps donné des cauchemars.
En se penchant par la fenêtre, elle découvrit une foule disparate : des ouvriers, des femmes laborieuses, des étudiants, des soldats : tous avançaient presque mécaniquement, martelant le sol de leurs pieds comme pour se donner le courage d’avancer ; ils avaient l’air épuisé, sûrement affamés, soutenus par la vodka et les slogans répétés des meneurs qui avançaient fièrement devant. Certains brandissaient des armes, d’autres les portaient contre la poitrine; des voitures volées avec des mitrailleuses fixées sur les capots les encadraient. Il y avait même des canons tirés par des volontaires; tout cet armement présageait mal de l’avenir : qu’allaient-ils en faire?
Affolée, Amélie referrna la fenêtre et sursauta quand un coup de feu éclata, suivi d’une fusillade désordonnée qui déclencha la panique. Elle vit alors que des petits groupes s’étaient postés à chaque coin de rue, voulant prendre le dessus sur la police. Les tirs s’arrêtèrent puis reprirent au milieu des gens terrorisés. Des cosaques attendaient les ordres pour intervenir, jaugeant la situation pour éventuellement faire volte-face plutôt que de se faire tuer. »

À propos de l’auteur
Fanny Tonnelier, née en 1948, vit à Cunault près d’Angers. Pays provisoire est son premier roman. (Source : Éditions Alma)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#paysprovisoire #fannytonnelier #editions #hcdahlem #68premieresfois #RL2018 #roman #rentreelitteraire #thriller #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lecture #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #MardiConseil

Seuls les enfants savent aimer

CALI_Seuls-les-enfants-savent-aimer

Logo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman

En deux mots:
Un petit garçon de six, derrière lequel il est aisé de retrouver l’auteur, doit apprendre à vivre sans sa mère qui vient d’être enterrée. Un premier roman touchant, un appentissage de la vie construit sur un fort traumatisme.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

La vie sans elle

« 7 janvier, six ans, Vernet-les-Bains, enterrement de maman, interdiction d’y aller, ai tout vu de la chambre, volet mal fermé, ne pas pleurer. » Tout est dit, ou presque.

De Bruno Caliciuri, alias Cali, on connaissait l’habileté à associer des paroles fortes à des musiques pop-rock. De Rage, son livre d’entretien avec Didier Varrod, on sait l’origine de ses engagements, de sa famille italienne et espagnole, de son attachement au pays catalan. De la superbe chanson qui donne aussi son titre à ce premier roman Seuls les enfants savent aimer, on comprend que l’amour dont il est ici question est d’autant plus fort qu’il a la pureté d’une grande étendue blanche:
La neige est tombée cette nuit
La neige c’est l’or des tout petits
Et l’école sera fermée
Seuls les enfants savent aimer
À la fenêtre j’ai chaud au ventre
La neige n’a pas été touchée
Dehors la rue qui se tait
Seuls les enfants savent aimer
Je passerai te prendre
Nous irons emmitouflés
Marcher sur la neige les premiers
Seuls les enfants savent aimer
Nous marcherons main dans la main
Nous marcherons vers la forêt
Et mon gant sur ton gant de laine
Nous soufflerons de la fumée
Nous ne parlerons pas
La neige craquera sous nos pas
Tes joues roses tes lèvres gelées
Seuls les enfants savent aimer
Mon ventre brûlera de te serrer trop fort
De là-haut le village
Est une vieille dame qui dort
La neige est tombée cette nuit
La neige c’est l’or des tout petits
Et l’école sera fermée
Seuls les enfants savent aimer
Dès les premières lignes, on comprend que la personne à la fenêtre est un petit garçon de six ans qui vient de perdre sa mère. « 7 janvier, six ans, Vernet-les-Bains, enterrement de maman, interdiction d’y aller, ai tout vu de la chambre, volet mal fermé, ne pas pleurer. » S’il n’y a pas d’école en ce jour, c’est parce que le défunte était l’institutrice de ce petit village des Pyrénées-Orientales, au pied du Canigou.
À la douleur vient s’ajouter la colère, car Bruno n’est pas autorisé à accompagner les autres membres de la famille à l’enterrement, sans doute histoire pour le préserver.
Mais de la chambre où il est consigné, il voit ou devine presque tout de la cérémonie.
Et comprend qu’il lui faudra désormais apprendre à vivre sans la personne la plus importante de sa vie, même s’il lui reste frères et sœur, même s’il lui reste son père,
Même s’il lui reste Octave et tata Marcelle, leur chienne Diane, même s’il lui reste Arlette Buzan, la très bonne amie, son mari René et leurs enfants Bruno, Lili et Domi.
Il a beau les aimer tous, le vide demeure béant.
Il est où est le bonheur, il est où? Bruno en trouve des miettes dans la compagnie de son frère Aldo, de sa sœur Sandra qui, à douze ans, a pris les rênes du ménage «elle sauve comme elle peut notre famille du naufrage». Il y a aussi les repas du dmanche soir chez les Buzan quand il a droit aux câlins d’Arlette. « S’il reste un peu de joie, nous nous pressons pour la goûter autant que possible. »
Il ya enfin Alec, le vrai copain qui souffre avec lui et la belle Carol, sorte de fée qui rayonne dans toute la cour de l’école. Carol qui lui offrira un sourire quand il dansera avec elle une sardane, la traditionnelle danse catalane. Un instant pendant lequel il peut humer goût du bonheur. Comme quand, avec un ballon improvisé, il parvient à marquer entre le pylône électrique et l’escalier, le terrain de rugby improvisé.
Mais l’absence, la douleur, le mal qui le ronge ressurgissent aussi. Dans le regard des élèves, dans les yeux de son père qui a pris l’habitude de faire un détour pa rle bistrot avant de rentrer et qui veut noyer son désespoir avec le père de Franck Guitard, sans savoir que derrière la vitre Aldo, Bruno et Franck étaient les témoins muets et tristes de leur déchéance. « On se tenait là, tendus, le nez collé à la vitre, face au drame. Unis par la peine de nos pères qui se donnaient en spectacle, deux chiens abandonnés par la vie. »
Une appendicite suivie d’une péritonite ne va pas arranger les choses, pas plus que le colonie de vacances, vécue comme une nouvelle épreuve, même si Patricia, la fille du directeur, avec ses longs cheveux roux bouclés «comme du feu en cascade», ses petites tâches de rousseur et sa poitrine généreuse le divertira le temps d’un rêve éveillé.
Au fil des pages, on sent la fragilité du petit garçon, on aimerait le prendre sous notre aile, l’encourager, lui dire que le temps soignera ses blessures. Toutefois, dans cette longue lettre adressée à sa mère, c’est la sensibilité à fleur de peau qui fait preuve de la plus grande lucidité : « Ton enterrement s’éloigne un peu plus chaque jour. Ce que je sens, ce que je ressens, ce sont ces jours qui glissent les uns sur les autres. Chacun efface le précédent. Pourtant je distingue tout avec précision. Je suis toujours derrière ces volets, me demandant si je passerai toute ma vie caché, à regarder la procession. » Un roman fort, une superbe déclaration d’amour. Un premier roman très réussi.

Signalons que Cali sur à la Librairie 47° Nord à Mulhouse le vendredi 23 mars à 20h

Seuls les enfants savent aimer
Cali
Éditions Le Cherche-Midi
Roman
192 p., 18 €
EAN : 9782749156385
Paru le 18 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en France, dans les Pyrénées-Orientales, à Vernet-les-Bains, Saint-Cyprien-village et Saint-Cyprien-Plage. On y évoque aussi Arbois, dans le Jura.

Quand?
L’action se situe à la fin du siècle dernier.

Ce qu’en dit l’éditeur
L’enfance et ses blessures, sous la plume de Cali.
Seuls les enfants savent aimer.
Seuls les enfants aperçoivent l’amour au loin, qui arrive de toute sa lenteur, de toute sa douceur, pour venir nous consumer.
Seuls les enfants embrassent le désespoir vertigineux de la solitude quand l’amour s’en va.
Seuls les enfants meurent d’amour.
Seuls les enfants jouent leur coeur à chaque instant, à chaque souffle.
À chaque seconde le coeur d’un enfant explose.
Tu me manques à crever, maman.
Jusqu’à quand vas-tu mourir ?

Les critiques
Babelio 
Culturebox (Odile Morain)
L’Humanité (Victor Hache – entretien avec l’auteur)
Blog Les lectures de Gabyelle

//embedftv-a.akamaihd.net/92323c5a6032a9d35abd699d5f4e69dd
Cali présente son roman Seuls les enfants savent aimer © Production Grand Soir 3

Les premières pages du livre
« L‘heure que je n‘ai pas vécue. Ton enterrement. Ils m’ont dit de rester à la maison, et je me retrouve là, dans ta chambre, près du lit. Je vois leur peine. Et leurs larmes sous le soleil. Je vois à travers le volet mal fermé. Ça pleure, ça gémit, ça se tient par les mains. Les uns derrière les autres, à petits pas. Ils empruntent la route qui mène à Ia place de l’Entente-Cordiale. Ensuite, tu le sais, ça monte et on arrive au pied de l’église.
Papa se tient derrière la voiture noire. Papa, c’est le plus costaud. Ses bras sont des ailes. Il tient mon frère sous un bras, de l’autre il serre fort mes sœurs. Suit une famille d’oncles, de tantes, de cousins, et après d’autres personnes, des grands et des petits, des jeunes et des vieux, portant tous des vêtements noirs. Je perçois leurs visages. Je connais chacun d’eux : nom, prénom, tête et expressions. Ma famille, les proches, les gens du village : ils sont tous là.
Je n’ai pas le droit d’être avec eux. Ils ont dit que j’étais trop jeune pour affronter la mort. Pas de taille pour être à tes côtés, marcher avec eux derrière toi. Si, je te le jure maman. Trop jeune pour voir ce truc en bois descendre dans le trou creusé au cimetière. Là-bas, il y a aussi des gens que je connais. Deux employés de mairie, avec leur couleur de cendre. Je sais comment ils vont te recouvrir de terre et t’enfermer dans la nuit. Seulement, le « petit » ne doit pas entendre le bruit de Ia boîte au fond du trou, ce bruit sourd et profond quand tu toucheras le fond de ta dernière cabane.
J’ai six ans. Et je suis seul à guetter depuis cette chambre plongée dans le noir. Ils vont bientôt revenir de là-bas, du chemin creux derrière l‘église. J‘ai six ans at j‘attends. J‘attends quoi ? Je ne sais pas. Que mon grand frère Aldo revienne. Qu’on s’amuse un peu. Je n’ai pas le droit d‘être triste. non ? J’ai envie que ces volets s‘ouvrent. envie de lumière. être sous le soleil de ton enterrement…
Aujourd’hui, il n’y a pas école. Impossible de toute façon. C’est toi la maîtresse. Nous sommes le 7 janvier. La date est sur le réveil posé près de ton lit, maman.
7 janvier. six ans, Vemet-les-Bains, enterrement de maman, interdiction d’y aller, ai tout vu de la chambre, volet mal fermé, ne pas pleurer.
Notre appartement est juste au-dessus de ta classe. On vit ici tous les six. C’est grâce à toi, grâce à ton métier qu’on a cette maison.
Je suis content de retrouver notre maison. Bien sûr, j‘aime beaucoup tonton Octave et tata Marcelle, mais je suis parti trop longtemps de chez moi. J’aime bien aussi leur chienne Diane, toute petite, toute minuscule. Leur bébé à eux. Tata Marcelle lui met même des pulls quand il fait trop froid. Eh oui. ça existe des pulls pour chiens. La preuve, elle en tricote. Papa a dit qu’il fallait que tu te reposes. maman. Alors, je suis parti là-bas.
Rue des Baux. C’est là qu‘est leur maison. Au bout de la rue, en bas du village, numéro 8. Tonton, sa passion c’est son jardin japonais, immense comme le monde avec des arbres tout petits. Il faut le voir s’affairer, tonton, parmi ces vies minuscules. Ces arbres de quelques centimètres frémissent dans l’air et dessinent un paradis de quelques mètres carrés. Depuis mon arrivée, je trace des petites routes de cailloux blancs. Elles Went entre des minicactus et des arbres nains. J‘exécute ma tâche délicatement, essayant de ne rien bousculer de mon corps de petit devenu un jardinier géant. »

Extraits
« Ton enterrement s’éloigne un peu plus chaque jour. Ce que je sens, ce que je ressens, ce sont ces jours qui glissent les uns sur les autres. Chacun efface le précédent. Pourtant je distingue tout avec précision. Je suis toujours derrière ces volets, me demandant si je passerai toute ma vie caché – à regarder la procession. Les jours s’allongent, portent un peu plus le soleil en eux. La nuit éloigne ses filets. Je peux jouer un peu plus tard dans la rue. Elle sent le printemps qui tend ses bras; elle est parfumée de la naissance des choses qui s’ouvrent à la lumière.
C’est la rue des Écoles, mon terrain de jeu. Foot et rugby. D’un côté, tout au bout, l’escalier en pierre, escaladé mille fois par jour pour retrouver Alec. Un grand pylône électrique s’y dresse: il compose avec l’escalier de parfaits poteaux de rugby. »

« Mais l’alcool n’a pas peur des hommes forts. Il plonge comme une lame jusqu’au fond du cœur. »

« Les jours passent. Et avec les jours les nuits. Je suis toujours dans la chambre blanche. Le blanc, ça n’a rien à voir avec le printemps, les fleurs qui reviennent, la chaleur qui vous enveloppe. Rien à voir. Le blanc, c’est la couleur de la mort. »


Tcheky Karyo lit les premières pages de Seuls les enfants savent aimer © Production éditions du Cherche-Midi

À propos de l’auteur
Auteur, compositeur et interprète français plusieurs fois primé, Cali s’est fait connaître du grand public grâce, entre autres, à ses chansons C’est quand le bonheur? ou Elle m’a dit. Chanteur engagé, il a fait l’objet de deux livres d’entretiens. Dans Cali & Miossec: rencontre au fil de l’autre (Le Bord de l’eau, 2006), les auteurs Yves Colin et Grégoire Laville, en compagnie du photographe Claude Gassian, questionnent les deux musiciens sur leur parcours et leurs prises de position. Dans Rage (Plon, 2009), Cali se confie à Didier Varrod. (Source : Livres Hebdo / Le Cherche-Midi)

Site internet de l’auteur
Page Wikipédia de l’auteur

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

Tags:
#seulslesenfantssaventaimer #cali #lecherchemidi #hcdahlem #68premieresfois #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #VendrediLecture #NetGalleyFrance