Elmet

MOZLEY_elmet
  RL2020  coup_de_coeur

Lauréate du Polari First Book Prize, du Somerster Maugham Award et finaliste du Man Booker Prize 2017, du Women’s Prize for Fiction et de l’International Dylan Thomas Prize.

En deux mots:
John Smythe s’est construit une maison pour vivre à l’écart avec ses enfants Cathy et Daniel. Mais dans le Yorkshire les étrangers ne sont pas forcément les bienvenus. Dès lors, ils vont devoir se battre pour s’imposer, même si les armes sont très inégales.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

La fuite désespérée de Cathy et Daniel

Couronnée de nombreux Prix en Grande-Bretagne, Fiona Mozley est l’une des révélations de cette rentrée dont Joëlle Losfeld nous assure – à juste titre – qu’elle nous invite à une «fête de la lecture».

Cathy et Daniel vivent avec leur père John Smythe dans le Yorkshire. Ils se sont établis là, dans la région natale de leur mère, après avoir quitté la maison sur la côte à la suite du décès de leur grand-mère. «On était arrivés peu de temps avant mon quatorzième anniversaire. Cathy venait juste d’avoir quinze ans. C’était le début de l’été, ce qui laissait à papa tout le temps nécessaire pour construire la maison. Il savait qu’elle serait terminée bien avant l’hiver. Dès la mi-septembre, on put l’occuper.»
John, qui a une stature imposante, gagne sa vie en participant à des combats rémunérés ou bien vend sa force de travail, passe des heures dans les bois à chasser et à abattre du bois, mais ne s’épanche guère sur ses activités devant sa progéniture. Un jour pourtant, il raconte à Cathy et Daniel qu’il est allé récupérer une somme d’argent qu’un ami, victime d’un accident, n’était plus à même de réclamer par lui-même. Il a ainsi pu réparer une injustice. Valeur cardinale à ses yeux.
«À l’époque, il ne cherchait qu’une chose: nous endurcir contre l’inconnu. Contre les choses sombres du monde. Car plus on en savait, plus on serait armés. Et pourtant, le monde était totalement absent de nos vies…»
Quand Cathy est importunée par les jeunes collégiens, s’il se range derrière sa fille qui a choisi de ne pas se laisser faire et de défendre son petit frère, il ne proteste toutefois pas quand la directrice de l’établissement la réprimande pour avoir fait subir de mauvais traitements aux garçons. Il décide simplement de confier à Vivien, une amie, le rôle de préceptrice plutôt que de continuer à envoyer ses enfants à l’école.
La confiance qu’il accorde à ses enfants le pousse à croire aussi Cathy lorsqu’elle raconte qu’elle a vu un homme près d’une jeune fille retrouvée morte, alors que la police avait conclu à un suicide. Une thèse qui ne sera du reste pas remise en cause avec la découverte d’un second cadavre. John prend alors l’initiative d’effectuer des rondes, mais sans résultat. S’il ne va pas voir la police, c’est qu’il est réticent à l’autorité. Et aux institutions de manière plus générale.
Il n’aspire qu’à la paix, en quasi autarcie.
Mais, par la confession du narrateur, le lecteur sait d’emblée que l’histoire a mal fini. Daniel se retrouve seul, sans argent, erre à la recherche de sa sœur. Que s’est-il passé? On ne le découvrira qu’à la fin du livre.
En revanche, on apprend assez vite qu’un certain Price, qui possède quasiment toutes les terres du Comté, entend faire valoir ses droits de propriété sur le lopin où John a construit sa maison. Et que John organise la riposte, chargeant Daniel et Cathy d’en savoir plus sur la façon dont Price mène ses affaires et comment avec Coxswain, son homme de main, il exploite les familles.
Le conte prend alors des allures de lutte des classes avec «un combat illégal pour régler légalement un différend.» Comme Joëlle Losfeld, on pense aux Raisins de la colère et à une tragédie contemporaine sur «l’enfance, la révolte, l’injustice, la tyrannie, la violence faite aux femmes, ais aussi le courage qu’il faut pour être libre et l’amour.»
Le tour de force de Fiona Mozley étant de nous livrer le tout presque sous forme poétique, avec un style léger qui va soudain basculer dans l’horreur, donnant plus de force encore au choc final. C’est superbe !

Elmet
Fiona Mozley
Éditions Joëlle Losfeld
Roman
Traduit de l’anglais par Laetitia Devaux
240 p., 19 €
EAN 9782072880117
Paru le 3/01/2020

Où?
Le roman se déroule en Angleterre dans le Yorkshire.

Quand?
L’action se situe il y a quelques années.

Ce qu’en dit l’éditeur
John Smythe est venu s’installer avec ses enfants, Cathy et Daniel, dans la région d’origine de leur mère, le Yorkshire rural. Ils y mènent une vie ascétique mais profondément ancrée dans la matérialité poétique de la nature, dans une petite maison construite de leurs mains entre la lisière de la forêt et les rails du train Londres-Édimbourg. Dans les paysages tour à tour désolés et enchanteurs du Yorkshire, terre gothique par excellence des sœurs Brontë et des poèmes de Ted Hughes, ils vivent en marge des lois en chassant pour se nourrir et en recevant les leçons d’une voisine pour toute éducation.
Menacé d’expulsion par Mr Price, un gros propriétaire terrien de la région qui essaye de le faire chanter pour qu’il passe à son service, John organise une résistance populaire. Il fédère peu à peu autour de lui les travailleurs journaliers et peu qualifiés qui sont au service de Price et de ses pairs. L’assassinat du fils de Mr Price déclenche alors un crescendo de violence ; les soupçons se portent immédiatement sur John qui en subit les conséquences sous les yeux de ses propres enfants…
Ce conte sinistre et délicat culmine en une scène finale d’une intense brutalité qui contraste avec la beauté et le lyrisme discret de la prose de l’ensemble du roman.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Le JDD (Karen Lajon)
France Bleu (Des livres et délires)
L’Usine Nouvelle (Christophe Bys)
Blog The killer inside me 


Entretien avec Fiona Mozley à l’occasion de la rencontre entre l’auteur et les lecteurs de Babelio © Production Babelio

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Je ne projette pas d’ombre. La fumée dans mon dos étouffe la lumière du jour. Je compte les traverses, et les chiffres défilent. Je compte les rivets et les boulons. Je marche vers le nord. Mes deux premiers pas sont lents et traînants. Je ne suis pas sûr d’avoir pris la bonne direction, mais je dois m’en tenir à mon choix : j’ai franchi le tourniquet, et la barrière s’est refermée.
Je sens encore l’odeur des braises. Contour charbonneux d’une épave qui ondule. J’entends à nouveau les voix de ces hommes et de la fille. La rage. La peur. La détermination. Puis ces vibrations destructrices dans les bois. La langue des flammes. Leurs crachats secs et brûlants. Ma sœur à la peau maculée de sang, et cette terre vouée à la destruction.
Je longe la voie ferrée. Quand j’entends une locomotive au loin, je me jette derrière les aubépines. Pas de trains de passagers, juste de marchandises. Des wagons en acier maculés d’emblèmes inattendus : l’héraldique d’une jeunesse qui a bien vieilli. De la rouille, des gravillons, des décennies de brouillard sale.
La pluie tombe puis s’arrête. Les herbes folles sont trempées. La semelle de mes chaussures crisse dessus. Si mes muscles me font mal, je les ignore. Je cours. Je marche. Je reprends ma course. Je traîne des pieds. Je me repose un peu. Je bois dans des trous remplis d’eau de pluie. Je me redresse. Je repars.
Je doute sans cesse. Si elle est partie vers le sud en atteignant la voie ferrée, c’est fichu, je ne la retrouverai jamais. J’aurai beau marcher, trotter, courir, m’allonger au milieu des voies pour me faire couper en deux par un train, ça ne changera rien. Si elle est partie vers le sud, je l’ai perdue.
J’ai choisi le nord, alors je continuerai par là.
Je brise tous les liens. Je progresse en bordure des champs. J’escalade des barbelés, des barrières. Je franchis des zones industrielles et des jardins privés. Je ne m’occupe pas des limites des comtés, des quartiers, des paroisses. Je traverse des prés, des pâturages et des parcs.
Les rails m’aiguillent au milieu des collines. Les trains glissent dans les vallons assombris par les sommets. Je passe une nuit étendu dans la lande à observer le vent, les corbeaux, les véhicules au loin ; absorbé par les souvenirs de cette même terre, plus au sud ; avant, bien avant ; puis par les souvenirs d’une maison, d’une famille, de ses hauts et ses bas, des revers de fortune, des commencements et des fins, des causes et des conséquences.
Le lendemain matin, je reprends ma route. Les vestiges d’Elmet gisent à mes pieds.

On arriva en été, quand le paysage était en fleurs, les journées longues et chaudes, la lumière douce. Je me promenais torse nu, et ma sueur était propre. J’aimais l’étreinte de cet air épais. Pendant ces mois-là, des taches de rousseur apparurent sur mes épaules osseuses. Le soleil était long à se coucher, les soirées tournaient à l’étain avant de noircir, puis un nouveau matin s’immisçait. Les lapins gambadaient dans les champs et, avec un peu de chance, lorsqu’il n’y avait pas de vent et que la brume s’accrochait aux collines, on apercevait un lièvre.
Les fermiers abattaient les nuisibles, et nous, on piégeait des lapins pour les manger. Mais pas le lièvre. Pas mon lièvre. C’était une femelle qui veillait sur sa portée dans un terrier à l’ombre du chemin de fer. Elle était habituée au passage des trains et quand je la voyais, elle était toujours seule, comme si elle avait réussi à s’échapper de son terrier. C’est rare qu’une créature de son espèce abandonne sa progéniture en plein été pour courir les champs, pourtant cette hase était en quête. De nourriture ou de compagnie. En quête comme un animal qui chasse, à croire qu’elle avait décidé de ne pas rester proie, mais au contraire de courir et de chasser. Comme si un jour, alors qu’elle était poursuivie par un renard, elle avait fait volte-face pour se lancer aux trousses de son poursuivant.
Quelle qu’en soit la raison, cette hase n’était pas comme les autres. Lorsqu’elle filait, je la distinguais à peine, mais quand elle faisait halte, elle se transformait en la chose la plus immobile à des kilomètres à la ronde. Plus immobile que les chênes et les pins. Encore plus immobile que les rochers et les pylônes. Plus immobile que la voie ferrée. À croire qu’elle dominait la terre, qu’elle avait réussi à la bloquer en se plaçant au centre, que même les jalons les plus fixes tournoyaient follement autour d’elle, et que tout le reste, tout le paysage, était aspiré par son œil disproportionné, globuleux, de la couleur de la braise.
Si la hase faisait figure de mythe, cette terre qu’elle griffait l’était tout autant. Ce paysage qui n’avait été qu’une immense forêt était à présent parsemé de pustules en forme de bosquets. Les fantômes de l’ancienne forêt se manifestaient encore lorsque le vent soufflait. Le sol regorgeait d’histoires brisées qui tombaient en cascade, pourrissaient puis se reformaient dans les sous-bois de façon à mieux ressurgir dans nos vies. On racontait que des hommes verts avec des visages en feuille d’arbre et des membres en bois noueux scrutaient depuis les fourrés. Les cris de meutes à moitié mortes de faim qui couraient, haletantes, pour attraper du gibier en train de les charger. Robin des Bois et sa troupe de vagabonds faméliques qui sifflotaient, se battaient et festoyaient avec la même liberté que les oiseaux à qui ils volaient leurs plumes. La forêt s’étirait sur une large bande entre le nord et le sud. Sangliers, ours et loups. Biches, cerfs, daims. Kilomètres de champignons souterrains. Perce-neige, campanules, primevères. Les arbres avaient depuis longtemps cédé le terrain à des champs, des pâturages, des routes, des maisons et des voies ferrées, il ne restait plus que quelques bois comme le nôtre.
Papa, Cathy et moi, on occupait une petite maison qu’il avait construite de ses mains avec des matériaux provenant des environs. Il avait choisi pour nous ce petit bois de frênes séparé de la principale ligne de chemin de fer de l’est par deux champs, suffisamment loin pour ne pas être vus, suffisamment près pour bien connaître les trains. Ils passaient assez souvent, si bien qu’on savait différencier le vrombissement et le sifflet des trains de voyageurs des sons étouffés et étranglés que produisaient les trains de marchandises avec leur cargaison dans des conteneurs en métal peint. Ils avaient des horaires et des intervalles bien à eux, et leur son se propageait comme les cernes des arbres autour de notre maison, tintant à la manière des carillons tibétains. Les longs Andelante et Pendolino indigo qui reliaient Londres à Édimbourg ; les convois plus petits et plus vieux, avec de la rouille sur leurs pantographes crissants. Les vieux trains à bestiaux qui faisaient teuf-teuf en direction de l’abattoir, trop lents pour les rails modernes, aussi mal à l’aise sur l’acier laminé à chaud que des vieillards sur de la glace. »

Extraits
« On était arrivés peu de temps avant mon quatorzième anniversaire. Cathy venait juste d’avoir quinze ans. C’était le début de l’été, ce qui laissait à papa tout le temps nécessaire pour construire la maison. Il savait qu’elle serait terminée bien avant l’hiver. Dès la mi-septembre, on put l’occuper. Avant ça, on vivait dans deux anciens camions de l’armée que papa avait achetés à un receleur de Doncaster, puis ramenés par les petites routes et les chemins. On les avait reliés avec des filins d’acier, puis on avait tendu et attaché avec soin une toile goudronnée au centre en guise de toit. Papa dormait dans un camion, Cathy et moi dans l’autre. À l’abri de la toile goudronnée, il y eut d’abord de vieux fauteuils de jardin en plastique, puis un canapé bleu tout défoncé. C’était notre salon. On posait nos tasses et nos assiettes sur des caisses en bois retournées pour éviter de les mettre par terre, et aussi nos pieds, par les chaudes soirées d’été où il n’y avait rien d’autre à faire que parler et chanter. » p. 17

« Parfois, on avait l’impression que nos questions embarrassaient papa. Il cherchait à être ouvert, à partager son savoir avec ses enfants, à leur donner des détails sur sa vie avant leur existence, et sa vie actuelle, mais on savait que si des détails étaient trop délicats, il les gardait pour lui. À l’époque, il ne cherchait qu’une chose: nous endurcir contre l’inconnu. Contre les choses sombres du monde. Car plus on en savait, plus on serait armés. Et pourtant, le monde était totalement absent de nos vies » p. 69

À propos de l’auteur
Née à Hackney, Grand Londres, en 1988 Fiona Mozley est romancière et médiéviste. Elle a grandi à York et a étudié l’histoire à Cambridge. Elle prépare à l’Université de York une thèse de doctorat en études médiévales sur le Moyen Âge tardif tout en travaillant à mi-temps dans la librairie The Little Apple Bookshop à York. Elmet (2017), son premier roman, a obtenu le prix Somerset-Maugham 2018, et été sélectionné pour le prestigieux Man Booker Prize en 2017. (Source: Babelio)

Compte Twitter de l’auteur (en anglais)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#Elmet #FionaMozley #editionsJoelleLosfeld #hcdahlem #roman #LitteratureFrancaise #unLivreunePage. #livre #lecture #books #blog #littérature #bloglittéraire #lire #livresaddict #lectrices #lecteurs #lecteurscom #bouquiner #livresque #rentreelitteraire #rentree2020 #RL2020 #auteur #book #writer #reading #RentréeLittéraire2020 #coupdecoeur #litteratureetrangere
#premierroman #MardiConseil

L’été en poche (49)

BOYD_Les_vies_multiples_damory_clay_P

Les vies multiples d’Amory Clay

En 2 mots
La biographie d’une femme photographe britannique qui va traverser le XXe siècle. Un parcours qui passe de l’Angleterre puritaine au Berlin des années folles, en passant par la France, l’Allemagne, le Vietnam et les Etats-Unis.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Emily Barnett (Les Inrockuptibles)
« Boyd réussit une fresque de facture conventionnelle mais fine et incarnée, grâce au caractère impétueux de son héroïne qui promène son objectif sur tous les hot spots du XXe siècle. »

Vidéo


William Boyd présente «Les vies multiples d’Amory Clay» © Production librairie Mollat

L’été en poche (48)

NICHOLLS_Nous_P

Nous

En 2 mots
Avant la rupture de son couple, Douglas parvient à persuader sa femme et son fils d’entreprendre le Grand Tour qu’il a préparé. Ces dernières vacances en famille, à parcourir l’Europe pourraient tout changer…

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Philippe Chevilley (Les Echos)
« Dès le premier des 179 courts chapitres de « Nous », David Nicholls a ferré son lecteur : écriture nerveuse, humour british, promesse d’un voyage cocasse et mouvementé. On se demande pourtant comment l’auteur du best-seller « Un jour  » va nous tenir en haleine pendant cinq cents pages, à partir d’un argument aussi banal – un couple qui bat de l’aile et leur fils ado en crise. »

Vidéo


David Nicholls nous en dit plus sur Douglas, Connie et Albie, les personnages de « Nous ». © Production Place des Editeurs

La ferme du bout du monde

VAUGHAN_La-ferme-du-bout-du-monde

En deux mots:
Au soir de sa vie, il est temps de solder quelques comptes. Dans la ferme familiale des Cornouailles un secret de famille vieux de quelque soixante-dix ans va resurgir, forçant tous les protagonistes à se pencher sur leur passé. Émotions garanties.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

La ferme du bout du monde
Sarah Vaughan
Éditions Préludes
Roman
traduit de l’anglais par Alice Delarbre
448 p., 16,90 €
EAN : 9782253107866
Paru en avril 2017

Où?
Le roman se déroule en Grande-Bretagne, principalement en Cornouailles, du côté de Skylark, Trecothan, Bathpool, Slipperhill, Rilla Mill, Upton Cross mais aussi en partie à Londres. Des voyages à Istanbul, Barcelone, Reykjavik et Paris sont aussi évoqués.

Quand?
L’action se situe sur deux périodes, dans les années quarante, durant la Seconde Guerre mondiale et en 2014.

Ce qu’en dit l’éditeur
Cornouailles, une ferme isolée au sommet d’une falaise. Battus par les vents de la lande et les embruns, ses murs abritent depuis trois générations une famille… et ses secrets.1939. Will et Alice trouvent refuge auprès de Maggie, la fille du fermier. Ils vivent une enfance protégée des ravages de la guerre. Jusqu’à cet été 1943 qui bouleverse leur destin. Été 2014. La jeune Lucy, trompée par son mari, rejoint la ferme de sa grand-mère Maggie. Mais rien ne l’a préparée à ce qu’elle y découvrira. Deux étés, séparés par un drame inavouable. Peut-on tout réparer soixante-dix ans plus tard ? Après le succès de La Meilleure d’entre nous, Sarah Vaughan revient avec un roman vibrant. Destinées prises dans les tourments de la Seconde Guerre mondiale, enfant disparu, paysages envoûtants de la Cornouailles, La Ferme du bout du monde a tout pour séduire les lecteurs de L’Île des oubliés, d’Une vie entre deux océans et de La Mémoire des embruns.

Ce que j’en pense
Une ferme au bord d’une falaise en Cornouailles. L’endroit a beau être au «bout du monde», il n’en est pas moins le point d’ancrage de la famille Petherick, le lieu où chaque génération a grandi, découvert le monde, amassé ses premiers souvenirs, avant de s’en éloigner au fil des ans. En 2014, l’année choisie par Sarah Vaughan pour situer ce roman, la situation de l’exploitation n’est guère florissante. Aux mauvaises récoltes viennent s’ajouter un matériel vieillissant que l’aménagement d’un gîte pour touristes ne vient pas compenser. Pour Maggie il n’est cependant pas question de suivre le conseil de son fils qui imagine de transformer l’endroit en complexe touristique e ne conserver qu’un corps de ferme pour la famille. Sa petite-fille Lucy, qui est partie pour Londres est du même avis, même si elle se rend compte que d’un point de vue financier, l’affaire pourrait être bien plus intéressante que de se battre pour la survie de l’activité agricole. C’est que pour les deux femmes, l’aspect sentimental prime sur l’aspect financier. Lucy vient se réfugier du côté de Skylark, car vient de découvrir que son mari la trompe et a besoin de faire le point. Maggie est pour sa part férocement attachée à cet endroit, car elle y espère toujours une visite. Celle d’un enfant qu’on lui a arraché des bras.
Avec le sens de la construction dramatique qui avait déjà fait merveille dans La meilleure d’entre nous, Sarah Vaughan va alors alterner les épisodes de 2014 et ceux de 1943. Alors que la Seconde guerre mondiale a posé sa chape de plomb sur l’Angleterre, ce coin de Cornouailles semble préservé, même si les bombardiers survolent régulièrement le ciel. Will et Alice trouvent refuge dans la ferme. Il est beau et tombe immédiatement sous le charme de Maggie. Les jeunes gens, chaperonnés par Alice, vont comprendre qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Avec la fougue et l’insouciance de leur jeunesse, ils vont vivre leur passion en profitant de chaque minute d’intimité, car Will doit rejoindre les troupes combattantes et part pour Londres. Mais à ce déchirement vient s’ajouter un terrible drame. Maggie est enceinte et son enfant est tout sauf bienvenu. À sa naissance, sa mère lui arrache la bébé des mains pour le confier au vétérinaire, avec mission de lui trouver une famille d’accueil. Maggie va alors tenter de joindre Will, de retrouver leur enfant.
La quête va durer soixante-dix ans. Maggie, qui sent qu’elle n’a plus longtemps à vivre, va finir par confier son secret. Alice et Lucy vont tenter de reconstituer le destin de ce garçon. Mais par quel miracle pourraient-elles réussir là où Maggie n’a pas réussi malgré des décennies de recherches et d’efforts ? C’est tout l’enjeu de ce roman superbement bien mené, aux personnages bien campés et qui vous fera passer par de fortes émotions.

Autres critiques
Babelio
Blog Caro–book–ine
Blog Les petites lectures de Scarlett
Blog Histoires du soir
Blog Carnet parisien
La Dory qui lit
Blog Bibliza

Les premières pages du livre

Extrait
« Deux heures plus tard, Lucy troquait la sécurité de l’hôpital où elle travaillait depuis cinq ans contre l’anonymat d’une rue fréquentée de Londres : plus de badge ni de blouse, ses compétences d’infirmière remises en cause, suspendues au verdict d’un médecin du travail. La chaleur de la fin juin, redoublée par les gaz d’échappement, l’étouffait et elle s’est sentie débordée. Elle n’avait plus de métier. Plus de mari. Qui était-elle… et que faisait-elle ici ? »

À propos de l’auteur
Après des études d’anglais à Oxford, Sarah Vaughan s’est consacrée au journalisme. Elle a travaillé pendant onze ans au Guardian avant de publier La Meilleure d’entre nous, son premier roman. Elle vit près de Cambridge avec son époux et leurs deux jeunes enfants. (Source : Éditions Préludes)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Tags :
#lafermeduboutdumonde #sarahvaughan #editionspreludes #preludeseditions #RL2017 #roman #rentreelitteraire #unLivreunePage. #livre #lecture #books

Domina

HILTON_Domina

En deux mots:
Après Maestra, voici la suite des aventures de l’intrépide Judith, rebaptisée Elisabeth Teerlinc, galeriste à Venise, pourchassé par une bande de traficants qui entendent retrouver un tableau attribué au caravage. Un thriller agréable à lire, mêlant sexe et aventures, voyage et histoire de l’art.

Ma note
★★★ (beaucoup aimé)

Domina
L. S. Hilton
Robert Laffont, collection La bête noire
Thriller
Traduit par Laure Manceau
384 p., 18,90 €
ISBN: 9782221191188
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule à Venise, Paris, Rome, Londres, Combe Farleigh, Bath, Lille, Belgrade, Saint-Moritz, Pontresina, Munich, Utrecht, Barcelone, Gênes, Ibiza, Milan, Amsterdam.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Tout ce que vous croyez savoir sur Maestra… est faux.
Judith Rashleigh mène une vie de luxe à Venise. Jusqu’au jour ou son passé remonte à la surface et menace de tout faire s’écrouler. Quelqu’un connaît ses crimes et tente de la faire chanter. Pour acheter son silence, elle doit retrouver une œuvre d’art mythique. Mais elle n’est pas la seule sur le coup… Cette fois-ci, Judith n’a plus aucun contrôle. Surpassée et manipulée, démunie et vulnérable, elle va devoir affronter le plus redoutable des ennemis. Et si elle ne gagne pas cette bataille, elle n’en sortira pas vivante.
Traduit dans 40 pays et déjà en cours d’adaptation par la productrice de Millénium et la scénariste de La Fille du train, Domina est le deuxième volet d’une trilogie noire et érotique.

Ce que j’en pense
Si l’effet de surprise de Maestra, ce thriller érotique qui avait bénéficié l’an passé d’un lancement mondial avec une belle opération marketing à la clef, n’est plus là et que le scénario de ce second tome est peu ou prou construit sur les mêmes situations que le premier, ce thriller n’est reste pas moins agréable à lire. Les tribulations de la spécialiste des beaux-arts, aussi sexy que dangereuse, vous offrirons quelques moment de détente et une récréation bienvenue, surtout si vous êtes en vacances. Les quelques scènes pimentées qui parsèment le livre devant suffire à ne pas vous endormir au soleil.
Dans Domina, on retrouve la belle et sulfureuse Judith Rashleigh sous sa nouvelle identité, celle d’une galeriste vénitienne nommée Elisabeth Teerlinc. Dans la cité des Doges, elle essaie d’oublier la mort du marchand d’art qui lui avait permis de mettre le pied à l’étrier et avait fini tragiquement dans le Tibre. Mais, bien qu’elle se soit évertuée à effacer toutes les traces de ses forfaits, son passé va finir par la rattraper. Une bande internationale de truands est en effet à ses trousses ou plutôt aux trousses du tableau qu’elle avait subtilisé après avoir commis son forfait. « Si je ne me débrouillais pas pour mettre de l’ordre dans tout ça, je pouvais dire adieu à la belle vie d’Elisabeth Teerlinc. »
Finies les fêtes à Ibiza, le luxe et les excès en tout genre, au moins temporairement. Elisabeth doit se mettre à l’abri, tout en essayant de comprendre qui tire les ficelles.
À la manière d’un James Bond, L.S. Hilton choisit de nous faire voyager dans différents endroits, histoire de nous dépayser. On va donc suivre son héroïne à travers toute l’Europe dans une quête très risquée, puisque quelques cadavres vont semer sa route. Accompagnée par un jeune éphèbe et cette fameuse toile attribuée au Caravage, elle devra faire preuve de sang-froid et de finesse pour s’en sortir. Sans oublier la dose d’intelligence et d’érudition dont on sait qu’elle n’est pas dépourvue.
C’est du reste l’un des aspects intéressants de cette trilogie: cette érudition (rappelons que l’auteur a étudié dans de prestigieuses écoles avant d’être critique d’art) nous permet de découvrir des pans intéressants de l’histoire de l’art. Alors, si ce roman ne va pas révolutionner le genre noir et rose avec ses tueurs et ses scènes de sexe, il n’en est pas pour autant dépourvu d’intérêt. La suite et fin de l’histoire est programmée pour l’année prochaine.

Autres critiques
Babelio
Terrafemina (Anaïs Orieul)

Les premières pages

Extrait
« J’étais riche, j’étais indépendante, j’étais libre, et j’étais ici. De mon plein gré, en tant que professionnelle. N’étais-je pas la preuve vivante que si on croit en soi et qu’on suit son rêve on peut arriver à tout ? Bon, mieux valait ne pas s’attarder sur les preuves qui avaient passé l’arme à gauche. Tout ce qui comptait, c’était le pouvoir de l’instant présent, et le mien. Le passé était inutile, Proust et l’infusion de tilleul de sa tante pouvaient aller se faire foutre. Dans la salle de bains, j’ai fait couler de l’eau froide sur mes poignets, avant de prendre une douche et de changer de vêtements, de nettoyer mon visage et d’attacher mes cheveux en un chignon strict. J’avais déjà parcouru tout ce chemin, et il allait falloir plus que le souvenir d’un parfum pour me déstabiliser. Il était temps de se mettre au travail.»

À propos de l’auteur
L.S. Hilton a grandi en Angleterre et a vécu à Key West, New York, Paris et Milan. Après avoir obtenu son diplôme à Oxford, elle a étudié l’histoire de l’art à Paris et à Florence. Elle a été journaliste, critique d’art et présentatrice avant de se consacrer à l’écriture. Elle vit actuellement à Londres. (Source : Éditions Robert Laffont)

Commandez le livre en ligne (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Tags:
#maestra #lshilton #labetenoire #robertlaffont #domina #editionsrobertlaffont #RL2017 #roman #rentreelitteraire #thriller #unLivreunePage. #livre #lecture #books

L’été en poche (39)

BEAUMAN_Les_rumeurs_du_nil_P

Les rumeurs du Nil

En 2 mots
La découverte de la tombe de Toutankhamon racontée par une vieille dame à l’heure du bilan de sa vie est un livre riche et passionnant, tout à la fois récit d’aventure, suspense, morceau d’histoire et roman de formation.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… V.G. (Le Figaro Madame)
«Une saga, teintée d’orientalisme et de mythologie, où les enfants s’expriment comme des adultes, où l’on vous offre deux sortes de lait pour accompagner votre thé. Très chic!»

L’été en poche (20)

HILTON_Maestra_P
Maestra

En 2 mots
Judith, une mangeuse d’hommes experte sur le marché de l’art va réussir un coup très lucratif pour ses débuts en tant qu’indépendante. Sexe, art et cadavres à la pelle sont les ingrédients de ce thriller bien construit, mais à réserver à un public averti.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Glenn Tavennec (Robert Laffont)
« Cette thématique de la femme fatale, criminelle sans être psychopathe, indépendante sans être féministe, m’a emballé. Tout comme cette façon de tordre les codes du roman noir, de dénoncer le monde des ultra-riches et la grosse machine de blanchiment d’argent qu’est le milieu de l’art. »

Vidéo


A l’occasion du festival Quai du Polar à Lyon, L. S. Hilton présente «Maestra». Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Laure Manceau. © Production Librairie Mollat

Numéro 11

coe_numero_11

Numéro 11
Jonathan Coe
Éditions Gallimard
Roman
traduit de l’anglais par Josée Kamoun
448 p., 28,00 €
EAN : 9782070178391
Paru en septembre 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Grande-Bretagne, à Londres, Oxford, Cambridge, Leeds, Beverley, Birmingham, Portsmouth et dans des coins plus reculés de la campagne, à Longworth, Didcot, Keisha, Little Calverton, Guildford, Wandsworth ainsi que dans la région de Brisbane en Australie, près du parc Kruger en Afrique du Sud.

Quand?
L’action se situe des années 90 au début du XXIe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Rachel et son amie Alison, dix ans, sont très intriguées par la maison du 11, Needless Alley, et par sa propriétaire qu’elles surnomment la Folle à l’Oiseau. D’autant plus lorsqu’elles aperçoivent une étrange silhouette à travers la fenêtre de la cave.
Val Doubleday, la mère d’Alison, s’obstine quant à elle à vouloir percer dans la chanson, après un unique succès oublié de tous. En attendant, elle travaille – de moins en moins, restrictions budgétaires obligent – dans une bibliothèque et trouve refuge dans le bus numéro 11, pour profiter de son chauffage et de sa chaleur humaine. Jusqu’à ce qu’un appel inespéré lui propose de participer à une émission de téléréalité.
Quelques années plus tard, dans un quartier huppé de Londres, Rachel travaille pour la richissime famille Gunn, qui fait bâtir onze étages supplémentaires… souterrains. Piscine avec plongeoir et palmiers, salle de jeux, cinéma, rien ne manquera à l’immense demeure. Mais plus les ouvriers s’approchent des profondeurs du niveau –11, plus des phénomènes bizarres se produisent. Si bien que Rachel croit devenir folle.
À travers ce roman construit autour du chiffre 11, Jonathan Coe tisse une satire sociale et politique aussi acerbe que drôle sur la folie de notre temps. Il croque ses contemporains britanniques, gouvernés par une poignée de Winshaw – descendants des héros malveillants de Testament à l’anglaise –, capture dans sa toile les très riches et leurs serviteurs, leurs frustrations, leurs aspirations et leur démesure, avec une virtuosité toujours aussi diabolique.

Ce que j’en pense
****
Trois scènes fortes, parmi d’autres, permettent de d’emblée de donner le ton du nouveau roman de Jonathan Coe. À six ans, Rachel accompagne son frère Nicholas dans la campagne anglaise et se retrouve soudainement face à deux personnages étranges accompagnés d’un étrange animal. « À cet instant, Rachel crut voir une bête hybride tout droit sortie de la mythologie plutôt qu’un oiseau connu d’elle. »
La petite fille prend peur.
Ensuite, durant une émission de téléréalité tournée en Australie (du genre de «La ferme-célébrité») et au cours de laquelle il s’agit plutôt d’humilier les candidats, en particulier ceux considérés de seconde zone, on oblige une chanteuse quasi oubliée à ingurgiter des insectes dont elle a horreur. Il y a enfin ce chantier dans un quartier chic de Londres. On y agrandit une luxueuse villa en creusant quelque onze étages dans le sol, soit une cinquantaine de mètres de profondeur. Une excavation qui, elle aussi, fait peur…
Entre la première et la dernière scène, une quinzaine d’années vont s’écouler. L’occasion de suivre le parcours de Rachel et celui de son amie Alison, mais surtout l’évolution de la société britannique, le thème au cœur de toute l’œuvre de l’auteur de Testament à l’Anglaise. Si la satire y est toujours aussi présente – on retrouve du reste la famille Winshaw dans ce nouvel opus – on serait tenté de dire qu’elle est encore plus grinçante ici. Plus dramatique aussi. Car il semble bien que le fossé entre les riches, voire les super-riches, et le peuple ne cesse de grandir. Il y a d’un côté les fonctionnaires qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts comme d’une part Val, la mère d’Alison, qui voit son emploi de bibliothécaire se réduire comme peau de chagrin et prend le bus n°11 pour se réchauffer et d’autre part des familles comme le Gunn qui n’hésitent pas à faire venir une préceptrice en Afrique du Sud pour quelques heures.
Ajoutons-y un fil rouge particulièrement bien trouvé, le numéro onze du titre, et l’on aura une belle idée de ce roman qui s’inscrit dans une tradition très britannique, de Mary Shelley à Sir Arthur Conan Doyle et de Jérôme K. Jérôme à Edgar Allan Poe. L’humour et le fantastique – prenez garde à vous si vous souffrez d’arachnophobie – viennent en effet rendre le mystère sur la disparition brutale de six personnes (toutes invitées à une réception au 11 Downing Street) dans le quartier chic de Chelsea encore plus insondable. Même le «superflic» chargé de l’enquête se perd en conjectures…
Dans un entretien réalisé à l’occasion de la sortie du livre, Jonathan Coe explique qu’il est tout de même confiant dans l’avenir : « Il y a de l’optimisme dans mon roman, mais on le trouve davantage dans les relations humaines que dans les analyses politiques. » Si l’amitié entre Rachel et Alison perdure effectivement et peut laisser penser que la solidarité et l’entraide restent bien ancrées dans la société, on pourra aussi retenir d’abord le portrait au vitriol d’un monde de plus en plus inégalitaire. Un monde qui peut pousser les gens sinon à la folie, du moins à des actes extrêmes. Le n°11 est un sacré numéro !

Autres critiques
Babelio 
L’Express (Marianne Payot)
Télérama (Nathalie Crom)
La Croix (Emmanuelle Giuliani)
Les Echos (Philippe Chevilley)
Le Temps (André Clavel)
24 Heures (Suisse – Cécile Lecoultre)

Les premières pages 

Extrait
« Nicholas s’affala sur le banc. Rachel, qui n’avait que six ans, soit huit de moins que lui, ne le rejoignit pas ; elle avait hâte de courir vers la tour noire, de la voir de plus près. Pendant que son frère récupérait, elle partit comme une flèche et, une fois franchi le bourbier laissé par le passage des vaches, elle parvint tout contre l’édifice, paumes sur la brique noire brillante. Là, elle leva les yeux sans pouvoir appréhender la dimension ni l’échelle de la tour, arc-boutée dans sa perfection lumineuse contre un ciel menaçant que deux corneilles au cri rauque égratignaient en décrivant des cercles, indéfiniment. » (p. 15-16)

A propos de l’auteur
Jonathan Coe est né en 1961 à Birmingham. Après des études à Trinity College (Cambridge) et un doctorat à l’université de Warwick, il devient professeur de littérature. Son roman, Testament à l’anglaise, le propulse sur la scène internationale. En 1998, il reçoit le prix Médicis étranger pour La Maison du sommeil. Le miroir brisé est son premier ouvrage pour la jeunesse. C’est, confesse-t-il, «l’un de mes livres les plus politiques même si je lui ai donné la forme d’un conte de fées». (Source : Éditions Gallimard)

Page Wikipédia de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags :
#jonathancoe #RL2016 #roman #rentreelitteraire #gallimard #numero11

Maestra

HILTON_maestra

Maestra
L. S. Hilton
Robert Laffont, collection La bête noire
Thriller
Traduit par Laure Manceau
384 p., 18,90 €
ISBN: 9782221191170
Paru en mars 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Londres, mais aussi dans quelques lieux de villégiature, à Cannes , Antibes, Saint-Paul de Vence puis à Gaète, une ville côtière au Sud de Rome ainsi qu’à Côme et Bellagio. Milan, Rome, Venise, Courchevel et Paris seront d’autre étapes du périple de Judith.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Le thriller le plus scandaleusement original que vous lirez cette année.
Le jour, Judith Rashleigh est assistante dans un hôtel de ventes aux enchères londonien qui l’exploite malgré ses diplômes et son talent. La nuit, elle officie dans un bar à hôtesses ou elle séduit sans effort.
Judith sait qu’elle doit jouer le jeu. Pour faire carrière et pour charmer les hommes, elle a appris à être une gentille fille… Jusqu’à ce qu’elle découvre une gigantesque escroquerie autour d’une fausse toile de maître. Licenciée avant d’avoir pu faire éclater le scandale, Judith décide de fuir avec un riche client sur la Côte d’Azur. Là-bas, un monde décadent et corrompu les attend. Là-bas, elle goûtera à la vengeance. La gentille fille deviendra femme fatale.
Traduit dans 40 pays et déjà en cours d’adaptation par la productrice de Millénium et la scénariste de La fille du train, Maestra est le premier volet d’une trilogie noire et érotique.

Ce que j’en pense
***
Difficile de faire l’impasse sur l’opération marketing qui a présidé à la sortie mondiale de ce livre. Maestra paraît simultanément dans 40 pays. Les droits ont d’ores et déjà été achetés pour une adaptation cinématographique et l’auteur a déjà touché plusieurs millions de dollars pour ce qui est vendu comme un thriller érotique surpassant Cinquante nuances de Grey. Les Éditions Robert Laffont ont remporté les enchères françaises et nous assurent à grand renfort de publicité «le thriller le plus scandaleusement original que vous lirez cette année, avant de renouveler l’opération avec le lancement des tomes deux et trois.
Avant de faire la connaissance de la belle et sulfureuse Judith Rashleigh, j’ajouterai que j’ai apprécié ce livre, car tous les ingrédients sont fort bien agencés. Un peu comme si un cuisinier amateur avait suivi les conseils d’un grand chef pour réussir son plat principal.
Judith travaille à Londres pour le compte d’une maison de ventes aux enchères d’œuvres d’art. Elle a beau être diplômée, on la relègue à des tâches subalternes. Pour soigner sa frustration, elle va suivre une amie dans les chaudes soirées de la capitale et ne va pas tarder à arrondir ses fins de mois en tant qu’escort girl de luxe avec des «quinquas, qui, l’espace de quelques heures, voulaient se faire croire qu’ils avaient un vrai rencard, avec une vraie fille, jolie, bien habillée, avec de bonnes manières, une fille qui avait envie de bavarder avec eux.» Ce mal nécessaire va lui permettre de croiser quelques personnalités et de profiter de leurs largesses, notamment de voyages et de cadeaux. Autant elle est respectée au Club, autant elle est déconsidérée dans son travail, même lorsqu’elle découvre une escroquerie potentielle, un tableau attribué à un grand maître ne serait qu’une copie.
Son destin va basculer lorsque, sur la Côte d’Azur, une partie de jambes en l’air se termine mal et que son amant meurt.
Avec l’amie qui l’accompagne, elle décide prendre la fuite vers l’Italie. Entre yachts de luxe et luxure, elle ne va pas oublier le monde de l’art. Et va trouver un moyen de se venger de son patron indélicat. C’est qu’au fil du temps, elle se construit une carapace rose à l’extérieur et noire à l’intérieur. Que les scènes érotiques très crues voisinent avec l’étude du marché de l’art et le roman noir. Judith devient petit à petit familière avec la souffrance et n’hésite pas à éliminer les gêneurs : « Je pouvais encaisser des choses trop dures à encaisser pour d’autres, et ça voulait dire que je pouvais les commettre, aussi. J’avais agi ainsi, et en avais tiré un soulagement intense. »
Si le style est nettement plus travaillé que dans les nuances de Grey – écrit à la hache –, c’est avant tout par la mise en scène d’une femme volontaire qui mène les débats et agit dans son propre intérêt que Maestra est une réussite. La maîtresse femme fatale va parvenir à échapper à la police, réussir une opération très lucrative, et nous donne rendez-vous pour la suite de ses aventures avec… maestria.

Autres critiques
Babelio
L’Express (Delphine Peras)
Terrafemina
Blog Au bordel culturel
Blog Quatre sans quatre
Blog Les lectures de Mylène
Blog Que lire?

Les 20 premières pages

Extraits
-16
« J’ai continué ce petit jeu un moment, mais je n’avais aucun moyen de savoir s’il était excité ou non ; son visage était cramoisi depuis qu’on avait déjeuné au soleil. Je l’ai fait rouler sur le dos, j’ai délacé mon caraco pour qu’il voie mes seins et j’ai manœuvré jusqu’à ce que mon visage se retrouve au-dessus de son entrejambe, le cul en l’air positionné de façon qu’il voie ma chatte par la fente de la petite culotte. Sa queue était minuscule, un petit bout de chair de cinq centimètres qui dépassait d’un épais coussin poilu. J’avais mis une capote dans ma sandale, mais je ne voyais pas comment j’allais la lui enfiler, ni comment lui pourrait m’enfiler – Dieu merci, mais bon, il allait bien falloir qu’il prenne son pied quand même.
— Est-ce que tu mérites de jouir, vilain garçon ?
— Oui, s’il vous plaît !
Clac.
— S’il vous plaît qui ?
— S’il vous plaît, maîtresse !
— Et qu’est-ce que tu veux ?
Il a encore fait cette moue, puis s’est mis à zozoter, encore plus dégoûtant. »

«Allongée là, le souffle profond, une jambe tombée par terre, je sentais mon clitoris humide qui palpitait encore. C’est ça, le vrai pied, pour moi. Pas seulement le plaisir de la chair, mais le sentiment de liberté et d’invulnérabilité que je retirais à me faire écarter les cuisses et baiser par un parfait inconnu…»

A propos de l’auteur
L.S. Hilton a grandi en Angleterre et a vécu à Key West, New York, Paris et Milan. Après avoir obtenu son diplôme à Oxford, elle a étudié l’histoire de l’art à Paris et à Florence. Elle a été journaliste, critique d’art et présentatrice. Elle vit actuellement à Londres. (Source : Éditions Robert Laffont)

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

J’ai vu un homme

SHEERS_Jai_vu_un_homme

J’ai vu un homme
Owen Sheers
Rivages
Roman
traduit de l’anglais par Mathilde Bach
352 p., 21,50 €
ISBN: 9782743633219
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule principalement à Londres, mais aussi aux Etats-Unis, à New York, et au Pakistan.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Michael laisse planer le doute jusqu’à la dernière page, tel un héros de Hitchcock. Est-il simplement un mari détruit par la mort de sa femme, reporter de guerre tuée au Pakistan ? Ou un personnage manipulateur ? J’ai vu un homme est un formidable page-turner, dans la lignée de Samedi de Ian McEwan. Histoire d’amour, portrait d’un monde globalisé qui a banalisé la violence, récit d’un deuil, ce roman magnifique sera publié dans une douzaine de pays et s’annonce comme un succès international.

Ce que j’en pense
****
En refermant ce livre, une image m’est revenue en mémoire. Terrible. Celle de ce film montrant une bavure de l’armée américaine lors de la guerre en Irak. En juillet 2007, deux journalistes de l’agence Reuters et deux enfants ont notamment été tués «par erreur» par des tirs de l’armée américaine.
C’est une histoire semblable qui sert de point de départ au roman du Gallois Owen Sheers, en s’attachant aux conséquences d’un tel acte, à ce que l’on appelle prudemment les dégâts collatéraux, et qui feront trois victimes supplémentaires. Michael Turner est la première à entrer en scène. En rencontrant Caroline, ce journaliste devenu écrivain, a trouvé non seulement une âme sœur ¬– elle est grand reporter – mais au fil des semaines, elle devient aussi son épouse et la future mère de leurs enfants. Mais le rêve se brise lors d’un reportage au Pakistan. Un drone de l’armée américaine fait exploser son convoi. Michael se retrouve veuf, désemparé et cherche à tromper sa peine en partant s’installer à Londres. En emménageant, il croise son voisin Josh Nelson.
Ce banquier est la seconde victime. En décidant de prendre son voisin sous son aile protectrice, en lui faisant partager sa vie de famille, il ne se doute pas combien des conséquences de sa bonne action. Michael devient si proche de Josh, de Samantha son épouse et des enfants qu’il n’hésite pas à pénétrer dans l’appartement du voisin quand il constate qu’une porte est restée ouverte. Il voulait simplement récupérer un tournevis. Seulement voilà, en le voyant, la fille bascule de l’escalier et se tue. Michael décide de fuir. La suite ne se raconte pas, je vous laisse la découvrir tant elle est bien racontée.
Reste la troisième victime, le commandant McCullen. Il s’agit d’un pilote de drones sur une base près de Las Vegas. C’est lui qui a tué par méprise, Caroline. Et qui ne supporte plus cette mort qu’il a sur la conscience et qui, pour sa hiérarchie, fait partie des «risques du métier». Mc Cullen décide quant à lui de prendre la plume et d’écrire à Michael. Plus pour mettre des mots sur le drame qu’il vit que pour s’excuser. Puis, il prend la route, entend essayer de se reconstruire en vivant une nouvelle vie on the road again
La force de ce roman est de mettre en scène ces trois hommes qui ne sont pas coupable, mais qui tous se sentent responsables de la situation dramatique qu’ils ont contribué à engendrer. Comment peuvent-ils continuer à vivre avec ce poids ? Construit comme une enquête qui rend vite le lecteur addictif (on sent par exemple très bien sur les pas de Michael que quelque chose n’est pas normal dans la maison de son maison), excellent dans l’analyse psychologique, voilà sans aucun doute l’un des romans étrangers les plus réussis de la dernière rentrée littéraire. Ne passez pas à côté, comme j’aurais pu le faire sans le pouvoir de persuasion d’un libraire passionné, dont c’est ici l’occasion de souligner combien ils demeurent indispensables !

Autres critiques
Babelio
L’Express (Marianne Payot)
France Inter (L’humeur vagabonde – Kathleen Evin)
Blog Fragments de lecture (Virginie Neufville)
Blog A l’ombre du noyer
On l’a lu (Interview)
Blog Sur mes brizées
Blog Les chroniques assidues

Extraits
« L’événement qui bouleversa leur existence survint un samedi après-midi de juin, quelques minutes à peine après que Michael Turner, croyant la maison des Nelson déserte, eut franchi le seuil de la porte du jardin. Ce n’était que le début du mois, mais Londres se boursouflait déjà sous la chaleur. Les fenêtres béaient le long de South Hill Drive. Garées des deux côtés de la route, les voitures bouillaient, brûlantes, leurs carrosseries prêtes à craqueler au soleil. La brise du matin s’était retirée, laissant la rangée de platanes parfaitement immobile. Les chênes et les hêtres du parc alentour ne bruissaient pas davantage. La vague de chaleur s’était abattue sur la ville une semaine plus tôt, et cependant les herbes hautes qui s’étendaient hors de l’ombre protectrice des arbres commençaient à jaunir.
Michael avait trouvé la porte du jardin des Nelson entrouverte. Il s’était penché dans l’entrebâillement, l’avant-bras appuyé au cadre de la porte, et avait appelé ses voisins. »

« De la même manière , Michael trouvait un certain soulagement à ce que Caroline soit une inconnue pour Josh et Samantha. Josh croyait bien avoir vu l’un de ses reportages une fois dans un hôtel à Berlin, mais il n’en était pas persuadé. Ce qui était sûr , en revanche, c’est que ni l’un ni l’autre ne l’avaient jamais rencontrée en personne. A leurs yeux, sa mort était juste un événement dans la vie de Michael. Une chose avec laquelle il était arrivé à leur porte, comme avec le reste de son passé, alors qu’avec ses amis d’avant, il se sentait lesté d’une perte. Pour Samantha et Josh, Caroline n’existait qu’à travers ce que Michael racontait. Quand il leur parlait d’elle, il s’entendait raconter sa vie, et non sa mort. Ainsi, pour eux, il n’y avait pas d’ »avant » Caroline, il n’y avait que l’écho d’un être, qui résonnait encore chez cet homme assis à leur table, non pas comme une absence mais comme une partie de lui. » (p. 91)

« Las Vegas fournissait à l’Amérique des versions du monde, afin que l’Amérique n’ait pas besoin de s’y aventurer. D’autres pays, d’autres lieux étaient ainsi simultanément rapprochés et tenus à distance. Exactement comme ils l’étaient sur ces écrans qu’il observait à Creech. »  (p. 260)

A propos de l’auteur
Owen Sheers, né en 1974 aux îles Fidji, a grandi au pays de Galles. Ecrivain, poète et dramaturge, il a remporté de nombreux prix et publié plusieurs romans, dont Résistance traduit en français. (Source : Editions Payot & Rivages)

Site Wikipédia de l’auteur

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com