L’hôtelière du Gallia-Londres

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En deux mots:
Marie et Inès sont différentes en tout. Pauvre et riche, aimable et méchante, oisive et travailleuse. À travers leurs destins croisés, à travers deux portraits de femmes qui entendent s’émanciper, ce roman nous permet de vivre les bouleversements de la société française de la seconde moitié du XXe siècle.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

L’autre miracle de Lourdes

Bernadette Pécassou retrace dans L’hôtelière du Gallia-Londres l’essor de l’hôtellerie à Lourdes. Un autre miracle, riche en péripéties, qui va accompagner l’évolution de la société.

Si c’est grâce à Bernadette Soubirous que Lourdes va devenir à partir de 1858 l’un des plus importants lieux de pèlerinage en Europe, c’est grâce à une autre Bernadette que nous pouvons découvrir l’impact de ces apparitions de la vierge Marie sur l’économie locale. Dans son nouveau roman, Bernadette Pécassou-Camebrac a choisi deux femmes pour incarner cet essor aussi fulgurant qu’inattendu, Marie et Inès.
La première est fille d’un boulanger et vit dans le quartier populaire en haut de la ville. Ses parents, qui ne comptent pas leurs heures de travail, espèrent que leur dur labeur leur permettra de grimper l’échelle sociale et espèrent offrir à leur fille une vie meilleure. En attendant, et pour répondre aux besoins d’une clientèle de plus en plus nombreuse, Marie est chargée d’assurer les livraisons dans les hôtels et les pensions qui n’ont pas tardé à ouvrir pour accueillir la masse grandissante des pèlerins. Selon leurs moyens, ces derniers choisissent de loger dans une pension, comme celle que tiennent les parents de Josy, sa meilleure amie, ou dans le petit hôtel tenu par les parents de Chantal, une autre amie, voire dans un établissement plus huppé situé au pied du sanctuaire, comme le prestigieux Gallia-Londres tenu par les parents d’Inès.
Inès est certes camarade de classe de Marie, mais pour le reste les deux filles sont à l’opposé l’une de l’autre. Un fossé qui ne va du reste cesser de croître après que Marie ait compris la soif de pouvoir et le plaisir d’humilier d’Inès. Un jeu pervers qui a failli causer la mort de Béatrice, la jeune fille qu’Inès entendait soumettre à ses caprices. Et alors que la ville se transforme, que les premières habitations de fortune en bois cèdent le pas à des structures plus importantes, que les groupes hôteliers tentent de s’installer et que les bénévoles – en particulier les hospitaliers de Lourdes – tentent de se structurer, les deux adolescentes vont trouver un nouveau terrain d’affrontement: les beaux yeux de Paul.
Le beau jeune homme est un espoir du rugby dans une ville qui a fait de ce sport une nouvelle religion et voit le FCL devenir le club le plus titré de France.
Ne dévoilons pas ici laquelle des deux réussira à l’épouser, mais soulignons le talent avec laquelle Bernadette Pécassou a construit son roman. En nous offrant quelques rebondissements qui entretiennent joliment une dramaturgie combinant les rivalités aux éléments d’histoire locale et les ambitions avec les changements profonds de la société, elle mêle l’utile à l’agréable. Sans oublier l’une des mutations les plus spectaculaires de l’époque: la volonté d’émancipation des femmes. Car si le sexe dit faible n’a alors pas le droit d’avoir un compte en banque, il ne va pas pour autant abdiquer. Les combats sont ici édifiants avec quelquefois un coup de main du destin. Mais à Lourdes, comment pourrait-il en aller différemment? Une lecture à ne pas conseiller uniquement à ceux qui partiront en vacances dans les Pyrénées, mais ä tous ceux qui aiment les romans historiques bien troussés.

L’hôtelière du Gallia-Londres
Bernadette Pécassou-Camebrac
Éditions Flammarion
Roman
320 p., 20 €
EAN : 9782081391284
Paru le 6 juin 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Lourdes, mais aussi à Biarritz et au Pays basque.

Quand?
L’action se situe en 1956 et les années suivantes, avec un retour en arrière qui nous mène jusqu’au milieu du XIXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Inès avait l’air de l’ange qu’elle n’était pas. Marie l’avait compris. Fille unique, elle était la future héritière de l’hôtel le plus prestigieux de Lourdes situé au pied des sanctuaires, là où se pressaient les foules de pèlerins et où vivaient les propriétaires des affaires les plus florissantes, ceux de la haute.»
Sur fond d’intrigues au cœur d’un palace luxueux, dans une ville mystique jusque dans sa pierre de granit et ses brumes hivernales, L’hôtelière du Gallia-Londres brosse le portrait de destins individuels dans une société en pleine mutation. Des années 1950 à nos jours, entre essor de l’hôtellerie moderne et déchirements de la société, la rivalité de Marie et d’Inès est une histoire de pouvoir, de foi et de courage.

Les critiques
Babelio
Le Journal des femmes
La Nouvelle République des Pyrénées (Cyrille Marqué)

Les premières pages du livre:
« Inès avait l’air de l’ange qu’elle n’était pas. Marie l’avait compris. En admiration devant ses cheveux blonds, les autres enfants de l’école Massabielle oubliaient qu’elle cachait dans sa main délicate des griffes acérées dont elle usait sans état d’âme à la moindre contrariété. Ils semblaient ne pas voir son air hautain, ils lui pardonnaient tout. Fille unique, elle était la future héritière du Gallia-Londres, l’hôtel le plus prestigieux de la ville de Lourdes, situé au pied des sanctuaires, là où se pressent les foules de pèlerins et où vivent les propriétaires des affaires les plus florissantes, ceux de «la haute».
Marie avait commencé à déceler la noirceur du démon sous la trompeuse blondeur de l’ange un jour d’hiver et de froid sibérien quand, par le plus grand des hasards, elle avait assisté à une scène qui devait rester gravée au fer rouge dans sa mémoire.
Nous étions au cœur du terrible mois de février 1956.
Une exceptionnelle vague de froid paralysait le pays depuis plus de deux semaines. Les eaux du gave avaient gelé et la neige, tombée en abondance, recouvrait la ville. Le thermomètre était passé au-dessous des moins vingt degrés, la France et l’Europe entière étaient en alerte. La Nouvelle République du 12 février annonçait qu’en Corrèze, le record de froid était de moins trente-cinq degrés et à Nantes, la Loire charriait des glaçons longs de plus d’un mètre. C’était un temps à ne pas mettre le nez dehors ou mieux valait s’emmitoufler jusqu’aux yeux d’épaisses couches de laine, sous peine de sentir la moindre goutte geler dans ses narines. Harnachée de pied en cap, la petite Marie filait à l’épicerie Cazalé faire une course de dernière minute pour le repas du soir quand, passant devant la statue de sainte Bernadette près de l’église paroissiale, elle entendit une voix. Or, elle avait beau tourner la tête en tous sens, elle ne voyait personne. Pas le moindre passant, pas même un chien. Elle s’apprêtait à repartir quand la voix résonna à nouveau, toute proche. Elle s’arrêta, tendit l’oreille.
Cette voix si particulière… c’était celle d’Inès. Ça alors! Que pouvait bien faire cette pimbêche dans ce froid glacial, ce n’était pas son genre d’affronter les frimas, surtout à cette heure tardive? Intriguée, Marie s’était avancée vers le petit square de la statue de sainte Bernadette d’où la voix semblait provenir, et ce qu’elle découvrit la sidéra. Enveloppée d’une chaude pelisse à capuche bordée de renard argenté, gantée et chaussée de confortables bottines fourrées, Inès piétinait le sol et tapait ses mains l’une contre l’autre pour ne pas laisser le froid traverser ses gants et les semelles de crêpe de ses bottines.
— Tu avais dit que tu le ferais, disait-elle d’un ton sentencieux, si tu renonces maintenant ne compte pas sur moi pour rester ton amie. J’ai horreur des lâches et je ferai ta réputation…
(Elle s’adressait à une seconde personne, que Marie ne pouvait voir.) Tu n’auras plus qu’à fréquenter des filles de boulanger ou de pensions minables.
Étant justement fille de boulanger, Marie ne se faisait aucune illusion sur l’opinion qu’Inès pouvait avoir des filles comme elle, mais l’entendre le dire avec un tel mépris la blessa de manière inattendue. »

Extrait
« En cette deuxième moitié du XXe siècle, la famille de Marie Cassagne possédait une boulangerie et les parents de sa meilleure amie, Josy Dulac, une petite pension. Toutes deux étaient aussi liées avec Chantal, la fille des Fourcade, propriétaires d’un hôtel familial modeste mais rentable. Toutes trois vivaient en haut de la ville de Lourdes et rêvaient un jour d’habiter en bas, de l’autre côté du pont qui franchissait le gave, là où se dressaient les prestigieux hôtels trois étoiles, regroupés au plus près des sanctuaires religieux. Là où les foules de pèlerins venus du monde entier priaient la Vierge Marie, «Dame Blanche» apparue à Bernadette Soubirous en l’an 1858.
Avant les apparitions, la ville comptait à peine sept mille habitants. C’était une simple bourgade, incontournable passage vers les montagnes pyrénéennes, alors très à la mode pour les bienfaits de leurs eaux thermales, les mystères de leurs forêts et de leur faune sauvage. La riche société lourdaise vivait rassemblée autour de l’église et de la mairie sur la belle place Marcadal où trônait une fontaine de pierre sculptée de dauphins qui recrachaient l’eau des montagnes. C’était la place des cafés et des auberges où se croisait tout ce qu’une petite ville peut compter de notables, commerçants, hommes de loi, pharmaciens, médecins, journalistes. »

À propos de l’auteur
Bernadette Pécassou a publié de nombreux romans à succès chez Flammarion, dont La Belle Chocolatière (2001), L’Impératrice des roses (2005), La Passagère du France (2009), La dernière Bagnarde (2011), Sous le toit du monde (2013) et tout dernièrement L’hôtelière du Gallia-Londres (2018). Après une carrière de journaliste et réalisatrice pour la télévision, elle se consacre à l’écriture. (Source : Éditions Flammarion)

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L’imprimeur de Venise

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En deux mots:
En suivant Paolo qui entend faire connaître l’œuvre de son père, Alde Manuce, on découvre l’histoire des débuts de l’imprimerie et un nouveau pan de l’Histoire de Venise.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Crise dans l’édition… en 1500!

L’Espagnol Javier Azpeitia nous entraîne à Venise au début des années 1500 sur les pas des imprimeurs. Un passionnant roman historique construit comme un thriller.

Sur les pas d’un imprimeur du XVIe siècle, on découvre que dès les origines les acteurs de la chaîne du livre étaient confrontés aux questions qui agitent aujourd’hui encore le monde de l’édition. Si aujourd’hui on assiste à une redéfinition complète du secteur du fait de la transition numérique, en 1530 il s’agissait de définir un modèle dans lequel les mêmes questions de rémunération des auteurs, d’évolution des techniques ou encore de diffusion se posaient.
Mais, outre ce jeu de miroir qui ravira tous ceux qui s’intéressent à l’univers du livre, c’est sa construction subtile qui fait l’attrait de ce roman. Car Javier Azpeitia, qui enseigne la littérature et l’écriture créative à l’université de Salamanque, s’est d’abord distingué pour son roman noir intitulé Hypnos, couronné par le prix Hammet international du roman policier. Avec ce roman historique, il reste fidèle à son sens de l’intrigue et au suspense savamment orchestré.
Tout commence avec l’arrivée à Modène de Paolo Manuce. Nous sommes le 23 avril 1530. Le fils d’Alde Manuce (aussi connu sous le nom d’Alde l’Ancien) vient rendre visite à la veuve d’Andrea Torresani (ou Torresano). Dans ses bagages quelques livres, mais surtout le manuscrit qu’il a consacré à son père. Un hommage épique – et sans doute joliment embelli – à la gloire de ce pionnier. « Révèle-moi tout, Déesse, sur l’étonnant Alde Pio Manuce Romano, ce savant qui à Venise donna un nouveau sens à la lecture en transformant le papier en or. Parle-moi de l’inventeur sacré du livre transportable qui changea la façon de lire, de l’inventeur sacré de la page aux amples marges blanches, de la marque imprimerie, de la mise en pages en vis-à-vis de l’édition bilingue, de la typographie romaine et de la cursive rapide, de la ponctuation, de la pagination et des tables des matières, du catalogue de prix… »
On imagine la jubilation de l’auteur à faire revivre ces personnages réels en laissant le soin au roman de combler les vides biographiques. Si la motivation du jeune Alde arrivant à Venise pour créer une imprimerie et diffuser les grands classiques de la littérature grecque ne saurait guère être remise en doute, il n’en va peut-être pas de même s’agissant de sa candeur et de son innocence. Mais on s’amuse de son émoi lorsqu’il se retrouve pour la première fois sur une gondole avec une femme inconnue, on frémit lorsqu’il est victime d’un voleur de manuscrits, on partage avec lui les difficultés de l’entrepreneur qui, deux ans après son installation, n’a toujours pas produit le moindre ouvrage, notamment parce que les Allemands qui avaient vendu la presse à imprimer s’étaient envolés avant de la monter. On l’encourage dans sa volonté d’en savoir toujours plus, d’étudier aux côtés de Nicolas Jenson. On tremble avec lui lorsque ses beaux projets se heurtent à la censure, à la réprobation des élites qui ne voient pas d’un bon œil cette entreprise de diffusion du savoir au plus grand nombre. Mais on applaudit à cette idée, maintes fois utilisée depuis, d’imprimer dans un prologue une diatribe indignée à l’encontre du texte publié pour éviter l’indignation ecclésiastique. Enfin, on peut se réjouir de l’idée de publier de petits volumes en cursive et de lancer les premiers best-sellers en livre de poche signés Lucrèce, Virgile, Horace, Juvénal, Perse, Catulle, Tibulle, Pétrarque, Dante ou encore Sophocle et Euripide en grec. Ces « petits livres que tout le monde appelait désormais aldins, au format in-octavo, il était manifeste qu’ils avaient changé la façon de lire, poursuivait Paolo de plus en plus déterminé. Avait-on déjà vu autant de personnes paradant dans la rue, leur livre sous le bras, loin de leurs obscurs cabinets? Et de jeunes lisant dans leurs jardins des livres autres que de prières?»
Intrigues, espionnage, lutte pour les meilleurs auteurs et recherche d’avantages concurrentiels grâce à l’élaboration de nouvelles techniques d’impression et de reliure forment des épisodes aussi passionnants que documentés, tout comme la chasse aux contrefaçons qui se multiplient dans toute l’Europe.
N’oublions pas le mariage qui se profile entre Alde Manuce et Maria Torresani, la fille de son associé, et qui vient mettre une note sentimentale dans cette quête avec – entre autres – une nuit de noces à rebondissements. Car l’éditeur de Sur l’amour d’Épicure ne saurait déchoir.
On ne saurait, pour finir, que recommander de mettre en pratique la phrase qui accompagne la marque de cet éditeur – un dauphin s’enroulant autour d’une ancre – pour déguster ce livre : Festina lente (Hâte-toi lentement).

L’imprimeur de Venise
Javier Azpeitia
Éditions JC Lattès
Roman
traduit de l’espagnol par Anne Plantagenet
350 p., 21,50 €
EAN : 9782709659239
Paru le 14 mars 2018

Où?
Le roman se déroule principalement à Venise, mais également à Rome, Modène, Ferrare, Mantoue ou Carpi. On y évoque aussi d’autres centres européens de l’imprimerie tels que Lyon, Paris, Francfort, Anvers, Bâle ou Buda.

Quand?
L’action se situe au tournant des XVe et XVIe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
En 1530, un jeune homme se présente dans une maison de la région de Modène, pour rencontrer la veuve d’Alde Manuce, le célèbre imprimeur vénitien. Il veut lui montrer le texte qu’il a écrit sur sa vie, sans savoir que la véritable histoire de Manuce n’a rien à voir avec le ton épique du récit qu’il a imaginé autour du héros de l’imprimerie.
En effet, lorsqu’en 1489, Alde Manuce arrive à Venise dans le but de réaliser des éditions raffinées des nombreux trésors grecs qu’il connaît, il doit faire face à de nombreuses difficultés auxquelles il ne s’attendait pas: vol de manuscrits, censure des puissants contre la diffusion de l’épicurisme, obligations commerciales d’Andrea Torresani, patron de l’imprimerie… Quand il se met en tête d’épouser la fille d’Andrea Torresani, les obstacles se multiplient encore.
Avec une juste dose d’ironie et une érudition discrète, L’Imprimeur de Venise recrée de manière éblouissante l’origine de l’édition à travers des personnages pionniers, dans une ville folle. L’époque de crise que traverse Venise n’est pas sans rappeler les défis du présent…

Les critiques
Babelio
Blog Les carnets d’Eimelle 
Blog La plume d’érable 
Blog Aldus 

Les premières pages du livre 
Parmi les différents types qui constituent l’espèce humaine, l’un des plus étranges est celui formé par les êtres qui renoncent à vivre le monde pour le lire. Des spécimens tous très semblables, faciles à distinguer à cause de leurs carences, si particulières. En général ils mènent des existences éteintes, plus encore par rapport à celles, enflammées, qu’ils découvrent dans leurs lectures. Leurs yeux ne brillent jamais face aux autres, uniquement dans la solitude de leurs cabinets. Là, entourés de paperasses, à la lueur malsaine de bougies, ils plongent dans un fleuve de mots où ils affirment trouver tout ce que les autres recherchent dans les rues des villes et sur les chemins perdus de la terre.
Souvent, entraînés par ce tourbillon qui les attend chaque matin dans leur bibliothèque, il n’est pas rare que ces hommes considèrent leur corps comme un compagnon gênant dont il est prudent d’ignorer les désirs, dans la mesure du possible. Par conséquent, pour beaucoup d’entre eux l’amour est juste une fiction, une de ces fables illustrant la folie où tombent ceux qui n’ont pas étudié les traités de mise en garde contre lui.
Parfois, il arrive qu’un de ces hommes étranges soit amené, à cause d’une ambition pénible ou du désir peut-être d’être utile aux autres, à affronter par mégarde le monde et à débarquer à un endroit de la chrétienté avec une malle de livres pour tout équipage, perdu loin de sa tanière, comme s’il venait d’être chassé du ciel et était soudain tombé là. Alors, les fantasmes dont il recouvrait son existence s’effondrent, et il se rend compte que sur le plan pratique il est totalement bon à rien. La réalité, finalement, cesse de s’écouler page après page et soudain la vie arrive, s’imposant avec toute sa spontanéité inopportune…
Des pensées de ce genre occupèrent l’esprit de Maria de Torresani, veuve de l’imprimeur Alde Manuce, dès l’instant où elle aperçut une litière portée par des ânes sur le chemin qui divisait l’horizon en deux. Ou plutôt dès qu’elle reconnut l’enseigne du véhicule, une tour flanquée de deux majuscules anciennes : A et T, initiales de la maison d’un autre imprimeur, Andrea Torresani, son père, mort lui aussi depuis des années.
Comme elle le faisait souvent en fin de journée, Maria était montée dans la petite loggia qui se trouvait en haut de sa villa de Novi, à Modène. Elle devait avoir désormais la cinquantaine. Quand ses cheveux étaient devenus blancs elle n’avait pas attendu deux semaines pour les teindre au henné, ce qui donnait également à son regard une teinte rouge.
Si on en croit le chroniqueur vénitien Marin Sanudo, invité à cette période dans la villa de Maria, nous étions le 23 avril 1530.
Lorsque la litière arriva enfin dans la cour pavée de la villa, la lumière du soleil couchant allongea verticalement l’ombre de la cabine, lui donnant un air spectral. Assis dedans, le voyageur dormait profondément, la tête appuyée contre la paroi en bois.
L’âne de devant se dirigea avec détermination vers un abreuvoir situé sur un côté de la cour. Une source déversait un petit jet d’eau qui, débordant du bassin en bois, serpentait ensuite dans une rigole en direction de jardinières pleines de rosiers. Et, comme prolongeant l’impulsion vitale de la rigole, les rosiers truffés de fleurs grimpaient sur la pierre de la façade de la villa, longeant sans la couvrir l’embrasure des fenêtres des deux étages jusqu’à la loggia d’où Maria suivait la scène.
Une très grande jeune fille, qui portait une robe chatoyante et un panier de fraises à la main, entra dans la cour en même temps que le véhicule. Elle comprit tout de suite que les animaux avançaient sans contrôle, et se dirigea à son tour vers l’abreuvoir, préoccupée. Mais quand elle vit que le voyageur s’était seulement endormi, elle se détendit, puis s’attarda un peu à le contempler, se demandant (du moins c’est ce que pensa Maria) ce qu’elle allait faire avec lui.
Il avait pour lui d’être presque aussi jeune qu’elle, devait juger la jeune fille aux fraises tandis qu’elle l’examinait, devina Maria. Il avait contre lui son apparence chétive et, sans aucun doute, son imprudence : seul et endormi en plein voyage, courant le risque d’être attaqué par des bandits, ce qui n’était en rien improbable dans le coin. De plus, il portait des habits luxueux jusqu’au ridicule, surtout l’extravagant capuchon bleu outre-mer, à la dernière mode de la cour, qu’il avait noué sur sa tête et dont la longue pointe tombait sur son épaule. On voyait qu’il venait de loin. La villa se trouvait à une demi-heure de route, à peine, de la citadelle de Novi, à Modène, mais il y avait facilement sept journées de voyage depuis Venise, siège de l’imprimerie d’Andrea Torresani.
La jeune fille aux fraises ne semblait pas remarquer que les deux ânes, accrochés à la litière par les brancards qui soutenaient celle-ci, l’un devant et l’autre derrière, avaient commencé une sourde bataille de position face à l’abreuvoir et la cabine s’agitait dangereusement. Le voyageur ouvrit alors les yeux et découvrit ceux de la jeune fille. Cela dura seulement un instant, car les sabots d’un âne glissèrent sur les pavés et les deux bêtes tombèrent par terre, renversant la cabine dans l’eau.
Les jeunes gens crièrent en même temps. Le voyageur se débattit et se retrouva assis sur le bassin, louchant vers la jeune fille, son gros sac de voyage trempé à côté de lui et le pompon du capuchon gouttant, décomposé, sur sa tête.
La jeune fille aux fraises le contempla, figée, les yeux grands ouverts et les lèvres pincées, puis ne put se retenir davantage de rire.
— Les livres! s’écria le voyageur, cherchant autour de lui.
Mais la malle aux livres, attachée derrière la cabine de la litière, avait été épargnée du désastre. La jeune fille finit par réagir et tendit au garçon une main qu’il prit avec la délicatesse appropriée. C’était un jeune homme très bien élevé.
— Je te remercie beaucoup pour ton aide, dit-il une fois hors de l’eau, tâchant de retrouver bonne figure. C’est bien la villa de Maria Torresani de Manuce?
— Oui… le Jardin. Tu ne serais pas un des fils de Maria… Paolo? demanda-t-elle à son tour.
Elle avait beaucoup entendu parler de chaque membre de la famille de son hôtesse. Chaque printemps, elle venait de Mirandola au Jardin et ne partait pas avant le milieu de l’automne.
En guise de réponse, Paolo Manuce ôta le capuchon mouillé de sa tête et esquissa une révérence stupide en ouvrant les bras.

Extrait
« Alde souriait aussi, flottant, sans oser la regarder. Jamais, en quarante et quelques années de vie consacrée à l’étude et à l’enseignement des lettres il ne s’était trouvé si près d’une femme qui ne fût pas sa mère ni une de ses sœurs. Il avait beau essayer, impossible d’éviter le contact avec son épaule, si nue, et même s’il s’était efforcé de ne pas croiser son regard un seul instant, il devinait la blancheur fantomatique de son visage imprégné de céruse, la vivacité de ses yeux bridés ombrés de bleu, l’épaisseur de ses lèvres brillantes, enduites de miel. Pour comble de malheur, de ses épaules et de la naissance de sa poitrine, du très large décolleté carré de sa robe, émanait un parfum de fleurs, endiablé, bouillant, ou peut-être était-ce de ses cheveux, des tresses qui s’enroulaient comme un serpent tranquille et doré autour de sa coiffe écarlate. »

À propos de l’auteur
Javier Azpeitia est né à Madrid en 1962. Il est l’auteur de nombreux romans, dont Hypnos, paru chez JC Lattès en 2003, récompensé par le prix Hammet international du roman policier. Il enseigne aujourd’hui la littérature et l’écriture créative à l’université de Salamanque. (Source : Éditions JC Lattès)

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Couleurs de l’incendie

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En deux mots:
Madeleine Pericourt est l’héritière de la fortune de son frère Edouard. Après avoir été trompée et spoliée, elle va chercher à prendre sa revanche. Entre petits arrangements et grandes manœuvres politiques, ce roman dépeint parfaitement l’entre-deux-guerres.

Ma note:
★★★★★ (coup de cœur, livre indispensable)

Ma chronique:

Les couleurs du chef d’œuvre

Disons-le d’emblée : Couleurs de l’incendie est un très grand livre. Sans aucun doute l’un de ceux qui marqueront cette année 2018.

Sans que la lecture du premier tome de ce qui est annoncé comme une trilogie ne soit nécessaire pour apprécier Couleurs de l’incendie, il serait dommage de passer à côté du premier volume, Au revoir là-haut, le Prix Goncourt de 2013 disponible en poche ou encore dans la superbe adaptation cinématographique d’Albert Dupontel. L’occasion de faire connaissance avec quelques-uns des protagonistes de ce deuxième tome et d’apprendre les raisons de la mort tragique de Marcel Péricourt. Car c’est avec la scène des obsèques du patriarche de la famille que s’ouvre ce formidable roman.
Je prends le pari qu’à la fin de ce chapitre initial vous serez conquis par le style et l’intensité du récit et n’aurez de cesse d’en apprendre davantage sur le tragique fait divers qui va secouer toute l’assistance, la chute du deuxième étage de Paul, qui va s’écraser sur le cercueil de son grand-père. « Dans la cour soudain silencieuse, le choc de son crâne sur le chêne, accompagné d’un bruit sourd, provoqua une secousse dans toutes les poitrines. Tout le monde était sidéré, le temps s’arrêta. Lorsqu’on se précipita vers lui, Paul était allongé sur le dos. Du sang coulait de ses oreilles. »
Après l’émoi suscité par ce qui semble devoir être un accident ou un suicide, les convoitises vont très vite revenir sur le devant de la scène. Nombreux sont en effet les descendants avides de se partager l’une des plus importantes fortunes de France. Qui va finir par échoir à sa fille Madeleine, ne laissant que des miettes à Charles Péricourt, à son collaborateur Gustave Joubert, à des associations d’anciens combattants et à quelques autres œuvres de bienfaisance.
Mais une fois digéré ce choc, les vautours reprennent leur envol et vont finir par fondre sur une proie facile, car Madeleine est entièrement concentrée sur ce fils qu’elle a failli perdre si tragiquement et qui se retrouve paraplégique. Ceux qui affirment la conseiller pour pouvoir mieux la délester vont s’en donner à cœur-joie. Une signature par ici, un placement par là et déjà les fonds changent de main.
Même le personnel de maison montrera son côté cupide, même André, l’amant qu’elle a engagé comme précepteur de son fils et dont elle peut «disposer» ainsi sous son propre toit, va la trahir.
Parachutée dans un milieu d’hommes, Madeleine n’aura guère le temps d’apprendre les codes et les règles de ce club qui « suivait un parcours immuable. La politique d’abord, puis l’économie, l’industrie, on terminait toujours par les femmes. Le facteur commun à tous ces sujets était évidemment l’argent. La politique disait s’il serait possible d’en gagner, l’économie, combien on pourrait en gagner, l’industrie, de quelle manière on pourrait le faire, et les femmes de quelle façon on pourrait le dépenser. »
Mais Pierre Lemaitre connaît trop bien les ressorts du roman noir pour ne pas bâtir sur ce terreau une vengeance que n’aurait pas renié Alexandre Dumas. Madeleine – Edmond Dantès au féminin – va démontrer un savoir-faire diabolique. Elle n’hésitera devant moyen pour parvenir à ses fins, allant jusqu’à se rapprocher de la pègre. De la duplicité à la malversation, du faux en écriture au chantage, de l’abus de confiance au retournement d’alliance, la panoplie déployée est aussi distrayante qu’efficace. Dupré, son allié dans ce plan machiavélique, résume bien sa mission: « aider à ruiner un banquier, à écraser un député, à dessouder un journaliste révolutionnaire, c’était une mission comme une autre en faveur du désordre, de la déstabilisation, une action de sape moderne… »
C’est plein de rebondissements, agrémenté de scènes très visuelles – à tel point que l’on «voit» déjà le film en lisant le livre – et très subtilement amené. Voilà pour le romanesque qui vaut à lui seul de se plonger dans ce roman.
Mais ce qui le rend exceptionnel, ce sont les différents niveaux de lecture supplémentaires, à commencer par la page d’Histoire qui nous est offerte. Derrière les épisodes tumultueux de cette riche famille, on trouve en effet la description très documentée de l’évolution politique, économique et sociale de l’entre deux guerres, de la peur du communisme et de la volonté de retrouver un pouvoir fort après la chute du cartel des gauches. Mais la droite qui revient en 1928 ne pourra rien pour juguler la crise financière qui, après les Etats-Unis frappera le pays au début des années Trente. Les frictions, les faillites, la misère vont provoquer de fortes tensions bin rendues dans le livre, entre les partisans d’un pouvoir fort et ceux qui veulent un front populaire. Déjà on voit poindre les Couleurs de l’incendie qui se prépare…
Avec malice et finesse Pierre Lemaitre nous propose aussi une réflexion plus actuelle. Comment ne pas voir, à la lumière des dernières actualités – allant jusqu’à la mise en examen d’un ex-président de la République – que la vigilance reste de mise. Que la soif de pouvoir, si ce n’est de l’argent, reste toujours un levier puissant et que les vautours sont loin d’avoir disparu…
Si vous n’avez pas encore découvert l’œuvre de Pierre Lemaitre, vous savez désormais ce qu’il vous reste à faire ! On ne voit pas les pages défiler et dès la fin du roman on réclame la suite.

Couleurs de l’incendie
Pierre Lemaitre
Éditions Albin Michel
Roman
544 p., 22,90 €
EAN : 9782226392121
Paru le 3 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris et das les environs.

Quand?
L’action se situe en 1927 et Durant les années suivantes.

Ce qu’en dit l’éditeur
Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe.
Couleurs de l’incendie est le deuxième volet de la trilogie inaugurée avec Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013, où l’on retrouve l’extraordinaire talent de Pierre Lemaitre.

Les critiques
Babelio 
France Inter (Le Masque et la plume)
Libération (Claire Devarrieux)
Culturebox (Laurence Houot)
Télérama 
LaPresse.ca (Josée Lapointe)
La Croix (Jean-Claude Raspiengas)
Le JDD (Alexandre Fillon)
Publik’Art (Bénédicte de Loriol)
Journal de Montréal (Karine Vilder)
Cultture-tops (Rodolphe de Saint-Hilaire)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Carobookine


Pierre Lemaitre présente Couleurs de l’incendie, deuxième volet de la trilogie inaugurée avec Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013. © Production La Grande Librairie

Les premières pages du livre
« Si les obsèques de Marcel Péricourt furent perturbées et s’achevèrent même de façon franchement chaotique, du moins commencèrent-elles à l’heure. Dès le début de la matinée, le boulevard de Courcelles était fermé à la circulation. Rassemblée dans la cour, la musique de la garde républicaine bruissait des essais feutrés des instruments, tandis que les automobiles déversaient sur le trottoir ambassadeurs, parlementaires, généraux, délégations étrangères qui se saluaient gravement. Des académiciens passaient sous le grand dais noir à crépines d’argent portant le chiffre du défunt qui couvrait le large perron et suivaient les discrètes consignes du maître de cérémonie chargé d’ordonner toute cette foule dans l’attente de la levée du corps. On reconnaissait beaucoup de visages. Des funérailles de cette importance, c’était comme un mariage ducal ou la présentation d’une collection de Lucien Lelong, le lieu où il fallait se montrer quand on avait un certain rang.
Bien que très ébranlée par la mort de son père, Madeleine était partout, efficace et retenue, donnant des instructions discrètes, attentive aux moindres détails. Et d’autant plus soucieuse que le président de la République avait fait savoir qu’il viendrait en personne se recueillir devant la dépouille de « son ami Péricourt ». A partir de là, tout était devenu difficile, le protocole républicatin était exigeant comme dans une monarchie. La maison Péricourt, envahie de fonctionnaires de la sécurité et de responsables de l’étiquette, n’avait plus connu un instant de repos. Sans compter la foule des ministres, des courtisans, des conseillers. Le chef de l’Etat était une sorte de navire de pêche suivi en permanence de nuées d’oiseaux qui se nourrissaient de son mouvement.
A l’heure prévue, Madeleine était en haut du perron, les mains gantées de noir sagement croisées devant elle.
La voiture arriva, la foule se tut, le président descendit, salua, monta les marches et pressa Madeleine un instant contre lui, sans un mot, les grands chagrins sont muets. Puis il fit un geste élégant et fataliste pour lui céder le passage vers la chapelle ardente. »

 

À propos de l’auteur
Auteur de romans policiers (Robe de marié, Alex, Sacrifices) et de romans noirs (Trois jours et une vie), Pierre Lemaitre est unanimement reconnu comme un des meilleurs écrivains du genre et récompensé́ par de très nombreux prix littéraires nationaux et internationaux. En 2013, il obtient le prix Goncourt pour Au revoir là-haut, immense succès critique et public. (Source : Éditions Albin Michel)

Page Wikipédia du roman

Compte Twitter de l’auteur

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Quand Dieu apprenait le dessin

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En deux mots:
Pour asseoir son autorité le Doge Justinien envoie ses hommes à Alexandrie pour y dérober les reliques de Saint Marc. Ce qui nous offre une expédition mouvementée, un portrait saisissant des mœurs au IXe siècle et nous permet de découvrir les origines de Venise, la Sérénissime.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Naissance de la Sérénissime

La quête des reliques de Saint Marc permet à Patrick Rambaud de nous offrir un grand roman d’aventures et une belle fresque historique.

C’est dans un autre roman qui connaît actuellement un grand succès que j’ai trouvé le résumé de ce nouvel opus de Patrick Rambaud. Jean d’Ormesson dans Et moi, je vis toujours revient sur la genèse de l’une de ses villes préférées : « Née, dans un paysage ingrat au milieu des marais, d’un afflux de réfugiés chassés d’Aquileia, vous le savez déjà, par les Huns d’Attila, Venise est le triomphe du génie des hommes sur l’hostilité de la nature. Non, je ne vous parlerai pas de la basilique Saint-Marc qui doit son existence et son nom aux reliques de saint Marc l’évangéliste ramenées de Palestine, au risque de leur vie, par des marins vénitiens qui les avaient dissimulées sous de la viande de porc. » Or, c’est précisément à ses marins vénitiens que s’intéresse Patrick Rambaud, à leur malice et à leur intrépidité qui leur permirent de mener à bien leur projet un peu fou.
Mais avant d’en venir à cette belle relation d’un voyage à hauts risques, disons quelques mots d’une œuvre classique qui explique le titre du livre, le Décaméron de Boccace. Dans la sixième nouvelle de la sixième journée, on nous explique que « Dieu a créé les Baronci au moment où il faisait son apprentissage de peintre. Les autres hommes, il les a faits quand il savait déjà peindre. » Nous voici par conséquent revenus à cette époque où Dieu apprenait le dessin, où il tâtonnait encore, où il lui fallait encore affiner ses premières esquisses. Nous voici en 828.
Pour asseoir son pouvoir le Doge Justinien a une idée susceptible de calmer les Romains et les autorités religieuses en leur apportant la preuve qu’ils sont au même niveau de dévotion. Il veut offrir à ses fidèles une relique et confie à ses meilleurs hommes le soin d’aller dérober celle de Saint-Marc en terre impie: « Je vous sais rusés, débrouillez-vous mais rapportez ici la relique de l’évangéliste par tous les moyens! Sous la protection de saint Marc nous pourrons traiter à égalité avec Rome. Et nous fondrons une République de mille ans!»
Avec un amuse-bouche intitulé «La peur», l’auteur nous dresse un état des lieux dans les mœurs de l’époque. On peut les résumer abruptement en disant que le plus fort a toujours raison. Sur les pas des Vénitiens s’aventurant vers Mayence, on ne va pas tarder à s’en rendre compte. Ce sera aussi l’occasion pour ce détachement de faire une démonstration de son habileté à ruser. Une qualité qui va devenir indispensable dans la seconde partie, « Le pouvoir ». On y sent l’auteur des chroniques de Nicolas 1er et de François le Petit, désormais habitué à analyser les intrigues de pouvoir, dans son élément. Avec une jubilation non feinte, il nous détaille les moyens – souvent peu recommandables en terme de justice, de loyauté ou d’équité – mis en œuvre pour régner.
Mais c’est avec la trosième partie, « L’aventure » que je me suis le plus régalé. Dans les ruelles d’Alexandrie, sur la piste de ces reliques convoitées par les deux émissaires, Marino Bon et Rustico, on savoure, on tue, on s’amourache, on s’enivre au point d’oublier sa mission première, ou presque. Mais au bout du compte, on mettra bien la main sur ce que l’on pourra présenter comme les reliques authentiques. À moins que le titre du dernier chapitre, « La légende » ne soit aussi ne mise en garde sur la véracité historique de cette expédition. Mais qu’importe, l’essentiel n’est-il pas de «construire le roman national» comme on a pu l’écrire de l’histoire de France. Dans cette mission là, Patrick Rambaud est inégalable!

Quand Dieu apprenait le dessin
Patrick Rambaud
Éditions Grasset
Roman
288 p., 19 €
EAN: 9782246814863
Paru le 10 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en Italie, à Venise et dans les environs, à Torcello, Mamoniga, Scorpetho, Pavie mais aussi à Constantinople, Alexandrie ainsi que dans les Vosges, en route vers Mayence.

Quand?
L’action se situe au IXe Siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Au début du IXe siècle, « nous étions à l’âge des ténèbres. Le palais des doges n’avait pas encore remplacé la lourde forteresse où s’enfermaient les ducs. Les Vénitiens étaient ce peuple de marchands réfugiés dans les lagunes, pour se protéger des barbares. Ils ne voulaient pas affronter des ennemis mais cherchaient des clients: aux uns, ils vendaient des esclaves, aux autres du poivre ou de la soie. Leur force, c’étaient les bateaux – dans une Europe encore aux mains des évêques et des Papes. »
Venise la récalcitrante excite les convoitises et s’exaspère du pouvoir de Rome. Le 31 janvier 828, le doge de Rialto envoie deux tribuns en mission à Alexandrie pour ramener par tous les moyens la dépouille momifiée de saint Marc… Sous la protection d’un évangéliste de cette renommée, Venise pourra traiter d’égale à égale avec Rome et fonder ainsi une république de mille ans… Le roman d’une époque méconnue, racontée avec brio et ironie par Patrick Rambaud.

Les critiques
Babelio 
Paris-Match (Gilles Martin-Chauffier)
La Revue l’Éléphant (Lola Jordan)
Dans quelle éta-gère (monique Atlan)
Le littéraire.com (Serge Perraud)
Les Échos (Thierry Gandillot)
Blog DOMI C LIRE
Blog The unamed bookshelf 

Patrick Rambaud présente son roman Quand Dieu apprenait le dessin. © Production People Network

Les premières pages du livre 
« Pour Tieu Hong bien sûr,
Pour Henri de Régnier,
Pour mes amis de Venise, pour la petite dame du Rialto qui vend au printemps des artichauts minuscules, pour le fabricant de bottes de San Stefano, pour la patronne de La Rivetta qui m’a dépanné un dimanche soir avec une bouteille de Soave, pour les patrons d’Alla Frasca, près de la maison du Titien, qui réussissent une brandade de morue sans pareille, pour le facteur Cheval de Burano qui a un autographe de Gina Lollobrigida, pour le train qui arrive au matin à Santa Lucia, pour ce vieux monsieur impeccable dans son loden vert qui vient s’asseoir chaque jour à la même heure sur un banc des Zattere et ne regarde nulle part.

La peur
Dans l’île de Torcello, en 827, le tribun s’appelle Rustico. Son nom le résume: c’est une âme rude; il sait que la terre est plate et que la nef reconstruite de Santa Maria Asunta doit en marquer le centre. Rustico vit dans la certitude. Quand il regarde un arbre il a un œil de charpentier. Quand il regarde un poisson il a faim. Quand il regarde l’Adriatique il mesure la hauteur des vagues et la force du vent. Quand il voyage il cherche à ne pas se faire tuer. Quand il croise un inconnu il se demande d’où peut venir l’attaque. Au physique il a un nez trop long, des moustaches en crocs, des mains assez larges pour manier une hache, tirer un cordage ou emmaller des pièces d’or. Il sourit peu à cause de ses dents poussées de traviole, parce qu’il a acquis le sens des jolies choses à Constantinople en y étudiant les icônes, la grammaire et la prosodie. Il en a aussi ramené sa femme Kassia, fille de Phocas, un Byzantin riche qui fabrique des fours à pain. Lui-même a hérité de maisons, de cours et de jardins à Torcello. Il possède des forêts en terre ferme, des pâturages près de Mamoniga, quelques vignes à Scorpetho et deux bateaux de commerce ventrus capables de franchir la Méditerranée. Quelquefois il doit quitter son île pour une expédition commerciale.
Aujourd’hui il traverse les Vosges avec une caravane de marchandises précieuses. Dans les taillis, la capuche sur le front et l’œil à demi clos, avec son gilet de fourrure poils en dedans, il ne bronche pas. Il écoute de tout son corps. Sans nerfs. Il serre son javelot. La forêt est épaisse, le vent n’y pénètre pas et les sons s’y étouffent. Même la source qui glisse entre les pierres plates, on ne l’entend pas chanter. Soudain, vers l’ouest, Rustico perçoit un léger piétinement que la mousse engourdit, puis des craquements de brindilles. Les chèvres sauvages ont soif même si elles ont peur, en voici une, deux, plusieurs, inquiètes. La première renifle mais les chasseurs qui guettent ont une odeur rassurante: ils sentent le bouc. Une autre chèvre arrache les feuilles d’un arbuste, alors Rustico lance brutalement son javelot en poussant un cri. La bête se raidit et tombe, le ventre percé, et le sang gicle dans le ruisseau, une pluie de javelots s’abat sur les chèvres sauvages, cloue celle-ci contre un chêne, en fait déraper une autre sur les rochers humides. Les hommes sortent des broussailles et achèvent leur travail au couteau. En égorgeant sa chèvre, qu’il maintient d’une main par les cornes, Rustico reçoit sur le bras un jet de sang chaud. Il plonge maintenant son poignard de chasse dans la panse agitée de spasmes, on entend craquer les côtes sous la lame de fer. Les boyaux sortent. Chacun lave son javelot à même la source et vide les carcasses pour qu’elles soient moins lourdes à emporter jusqu’au camp provisoire. Puis ils s’en vont en tirant leurs chèvres par les pattes, laissant après eux une traînée rouge sur la mousse et les feuilles basses. Déjà les corbeaux se chamaillent en jacassant autour des intestins.
Ces hommes appartiennent tous au duché de Venise et voyagent ainsi depuis trois semaines dans les forêts, les tourbières dangereuses, la pierraille et les taillis serrés qu’ils ouvrent parfois à l’épée. Ils en ont assez de ces montagnes froides. « C’est encore loin, Mayence? » Le guide indigène, qui n’a pas de nez, bredouille en latin approximatif qu’après le monastère de Saint-Gandulf on y arrivera en une semaine si le Rhin est à nouveau navigable. Il n’est pas fiable, ce montagnard. On ne lui a pas coupé le nez pour rien. La nuit dernière on l’a surpris assis sur une peau de brebis fraîchement dépecée, le côté sanglant sous les fesses. Il a dû s’expliquer: le moyen, a-t-il dit, est infaillible pour que les démons sortent de terre. À Mayence, si on y arrive, on va se débarrasser du bonhomme. Pourquoi voulait-il que les démons sortent de terre? Comme s’il n’y en avait pas assez dans ces maudites forêts.
C’est la première fois que des marchands vénitiens s’aventurent si loin vers le nord. Jusqu’à présent ils se contentaient de livrer leur sel et les soieries orientales à Pavie, en remontant le Pô sur leurs barges. Déjà les Syriens et les Grecs n’avaient plus le monopole des épices d’Alexandrie, et les marins de Rustico avaient ramené d’Égypte du poivre, de l’encens, des teintures, des tissus brodés d’or qu’ils espèrent vendre cher aux barbares de Germanie. Ces produits si rares, peu encombrants, on pouvait en bourrer les navires et en tirer des fortunes. »

ExtraitS:
« Les croyances, toutes les espèces de croyances génèrent le désordre. Si tu crois, tu veux persuader ceux qui ne croient pas aux même choses que toi, tu t’imposes, tu légifères, tu ordonnes. Tous nos malheurs viennent de ces conflits lamentables et diaboliques. Ouvre les yeux, regarde autour, souviens-toi de ton périple vers Mayence, souviens-toi de Théodore, des amusements de Soulaymâne que seule retient sa sagesse mais jusqu’à quand? Les religions sont les manufactures où se fabriquent des monstres. Elles provoquent acharnement, délation, haine, meurtre, mépris, interdictions, rigidité, extermination, hécatombes, perversité, illusion, enfantillages…Quelle confusion !
– Arrête de parler, Marino, tu te fatigues en vain. »

« Comme c’est vilain, dit Thodoald.
– Silence ! commande Rustico. Un peu de respect pour le coude de sainte Werentrude que les parents de cette enfant ont mise à la broche !
– Elle n’avait qu’à se convertir à l’islam, dit Thodoald. Elle serait morte de vieillesse.
– Sûrement, mais elle ne serait pas sainte.
– Je sais : il faut choisir… »

À propos de l’auteur
Né à Paris en 1946, Patrick Rambaud est écrivain. On lui doit entre autres, chez Grasset, La Bataille (Grand prix du roman de l’Académie française et prix Goncourt), et une suite de célèbres chroniques sur la présidence de Nicolas 1er et de François le Petit. (Source : Éditions Grasset)

Site Wikipédia de l’auteur

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Entrez dans la danse

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En deux mots:
À Strasbourg en juillet 1518 se produit un événement aussi bizarre qu’inexpliqué: des centaines de personnes se mettent à danser jusqu’à l’épuisement et la mort… Jean Teulé nous raconte cet épisode avec sa truculence habituelle.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Une technoparade au Moyen-Âge

Jean Teulé n’a pas son pareil pour dénicher dans l’Histoire des faits divers oubliés et nous les resservir agrémentés d’un style enlevé. Cette fois il fait halte à Strasbourg en 1518.

La genèse d’un roman est souvent mystérieuse, mais cette fois on pourrait presque parler d’une œuvre de commande. Comme l’a confié Jean Teulé à Jean-Luc Fournier qui dirige la revue Or Norme, tout à commencé dans le train qui emmène les auteurs à la Foire du livre de Brive: «en novembre 2016, c’est Julien Bisson, qui fut longtemps le rédacteur en chef du magazine Lire et qui, aujourd’hui, dirige la rédaction de l’hebdomadaire Le 1, qui me parle pour la première fois de cette épidémie de danse qui s’est emparée de nombre d’habitants de Strasbourg, une danse folle qui a provoqué par épuisement ou autre des dizaines de décès. Il venait d’en entendre parler à la radio et s’était dit que ça pourrait bien être le sujet d’un roman pour moi (…) le soir même, dans ma chambre d’hôtel, j’étais sur internet. Juste pour me rendre compte que je tenais effectivement là un bon sujet de roman… »
Il aura fallu de nombreux voyages dans la capitale alsacienne et l’accumulation d’une solide documentation avant que l’auteur de Charly 9, Fleur de Tonnerre et Héloïse ouille! ne nous livre sa version de ce mystère resté inexpliqué. Frédéric Aribit a exploré un effet similaire dans Le Mal der Ardents. Mais dans son roman l’origine du mal, l’ergot de seigle, était identifiée. Cette fois-ci, on ne tarde pas à attribuer l’hystérie collective qui s’empare de la population à des forces démoniaques. Pour les autorités religieuses ces danseurs arrivent presque comme pain bénit, car même au pied de la cathédrale on ressent comme un trouble. Sébastien Brant avec La Nef des fous et davantage encore un certain Martin Luther remettent en cause le dogme. Sans oublier l’Ammeister, le maire qui cherche à prendre seul le pouvoir et à éloigner ce gêneur.
Mais dans ce cas précis, il est bien obligé de recourir à ce rival, car toutes ses tentatives de remettre de l’ordre sur les bords de l’Ill vont se solder par un échec. Ni les grands esprits, ni les forces de l’ordre ne peuvent maîtriser la transe infernale. La technoparade moyen-âgeuse se poursuit de plus belle.
Après les calamités naturelles, le grand froid et les inondations, les épidémies et les maladies alors incurables comme le choléra, la peste ou encore la syphilis, les menaces extérieures avec cette armée turque qui s’avance, il est incapable de réguler ces mouvements d’une population d’autant plus déboussolée qu’elle est affamée. Enneline, l’une des personnages au centre du récit, vient du reste de jeter son enfant dans la rivière, car elle n’a plus de lait. « On n’aurait pas pu le nourrir. Et puis c’est mieux que de l’avoir mangé comme d’autres le font. » explique son mari graveur, qui sera un précieux témoin de ce dérèglement, puisqu’il pourra laisser des œuvres qui permettront d’assurer une postérité à l’épidémie dansante de 1518. 

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Gravure de Michael Wolgemut – Danse macabre

Au-delà de cet épisode dramatique, qui coûtera la vie à des dizaines de personnes, c’est bien entendu la truculence de l’auteur ainsi que les anachronismes dont il parsème le récit qui donnent ce goût inimitable au roman. En refermant le livre, on se dit qu’un tel professeur d’histoire aurait réveillé des collégiens prompts à la paresse. Qu’un peu de burlesque les aurait non seulement amusés, mais aussi instruits. N’hésitez pas à suivre le conseil de Jean Teulé et entrez dans la danse à votre tour!

Entrez dans la danse
Jean Teulé
Éditions Julliard
Roman
160 p., 18,50 €
EAN : 9782260030119
Paru en février 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Strasbourg et dans les environs, notamment sur les pentes du Mont Saint-Odile.

Quand?
L’action se situe en juillet 1518 et se poursuivre durant les semaines qui suivent.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une étrange épidémie a eu lieu dernièrement
Et s’est répandue dans Strasbourg
De telle sorte que, dans leur folie,
Beaucoup se mirent à danser
Et ne cessèrent jour et nuit, pendant deux mois
Sans interruption,
Jusqu’à tomber inconscients.
Beaucoup sont morts.
Chronique alsacienne, 1519

Les critiques
Babelio 
Le Parisien (Pierre Vavasseur)
20 minutes (2 minutes pour choisir)
RTS – émission Versus-lire
Blog Or Norme (Jean-Luc Fournier)
Blog Sur la route de Jostein 
Blog Parfums de livres
Blog Les chroniques de Koryfée


Jean Teulé présente Entrez dans la danse dans l’émission La Grande librairie de François Busnel © Production France 5

Les premières pages du livre 

À propos de l’auteur
Jean Teulé est l’auteur d’une quinzaine de romans, tous publiés chez Julliard, parmi lesquels, Je, François Villon (prix du récit biographique) ; Le Magasin des suicides (traduit en dix-neuf langues), adapté en 2012 par Patrice Leconte ; Darling, également porté sur les écrans avec Marina Foïs et Guillaume Canet ; Mangez-le si vous voulez et Charly 9, tous deux adaptés au théâtre ; Les lois de la gravité, déjà adapté au cinéma en 2013 sous le titre Arrêtez-moi!, et joué au Théâtre Hébertot ; Le Montespan (prix Maison de la presse et grand prix Palatine du roman historique), également en cours d’adaptation cinématographique ; Fleur de tonnerre, adapté par Stéphanie Pillonca Kervern, sorti en salles en 2016. (Source : Éditions Julliard)

Site Wikipédia de l’auteur

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Le cas singulier de Benjamin T.

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En deux mots:
Benjamin est ambulancier dans la région lyonnaise. Mais Benjamin est aussi un résistant luttant contre les nazis sur le plateau des Glières. Deux vies pour un même homme ? Un roman aussi addictif qu’insensé.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Ben mène une double vie

Victime de crises d’épilepsie qui vont s’accompagner de visions, Benjamin se voit combattre l’armée allemande aux côtés de son frère Cyrille sur le plateau des Glières. Commence alors une double vie, en 1944 et en 2016.

Benjamin Teillac n’est pas vraiment gâté par la vie. Tout avait pourtant bien commencé pour lui. Un travail d’ambulancier qu’il avait toujours rêvé de faire, Sylvie, une belle épouse qui va mettre au monde un fils, des amis… Les choses ont commencé à déraper quand il s’est découvert cocu, sa femme couchant avec Haetsler, son patron. Du coup les relations professionnelles deviennent très tendues. Le divorce est difficile, tout comme ses relations avec son fils: « Lorsqu’il arrivait le vendredi soir, il s’y rendait directement, claquait la porte derrière lui et ne réémergeait brièvement qu’au moment des repas que nous partagions dans un silence presque complet. On dit que lors de la séparation de leurs parents, les gamins se sentent presque toujours obligés de prendre parti. Pierrick avait choisi son camp, et j’aurais probablement dû m’estimer heureux qu’il accepte encore de venir chez moi une semaine sur deux. » Et pour couronner le tout, ses crises d’épilepsie qui ont repris. Des ennuis de santé qui peuvent conduire à un licenciement. Heureusement, son copain David, qui est avec Sylvie le seul dans la confidence, reste à ses côtés.
Et ne va pas tarder à être le témoin de nouvelles crises. Déstabilisé, Benjamin décide d’accepter le nouveau traitement préconisé par sa neurologue, mais ne va pas être soulagé pour autant. Bien au contraire, des hallucinations, des visions commencent par le hanter. Il se voit soudain comme projeté dans un film, se retrouvant aux côtés de résistants retranchés sur le plateau des Glières. Il se voit artificier, chargé de faire sauter un pont au passage de l’armée allemande. L’épisode est d’un réalisme tel qu’il en est tout secoué: « Je n’avais jamais porté d’intérêt à l’histoire, pas plus à la Seconde Guerre mondiale qu’à aucune autre période du passé. Je faisais partie de ces hommes cartésiens pour qui seul le présent comptait (…) mais j’avais pourtant su citer sans hésitation, comme d’un fait connu de toujours, le nom de Tom Morel, héros d’une bataille dont il me semblait n’avoir jamais entendu parler. »
C’est à ce point du roman que Catherine Rolland réussit un premier grand tour de force. On «voit» Benjamin aux côtés de son frère Cyrille, un abbé avec lequel il a rejoint les maquisards. On ressent avec lui l’intensité de ce moment, la peur et l’exaltation. Et si on partage son trouble, on a – tout comme lui – envie d’en savoir davantage, de retrouver ses compagnons et cette femme qui allait s’engager sur le pont à quelques secondes de l’explosion, la belle Mélaine qu’il va sauver et dont il va presque instantanément tomber amoureux. Si, comme le disait le poète Calderon de la Barca, la vie est un songe, alors on a envie de continuer à rêver avec Benjamin: « L’immersion dans le passé, pour le moment, était ma seule façon de supporter assez mon présent pour m’empêcher d’ouvrir le gaz en plein avant de me coller la tête dans le four. Je n’avais plus de travail ni de ressources, ma femme m’avait quitté, mon fils me tournait le dos. (…) Contre toute attente, je me sentais bizarrement serein. Mon seul problème, dont je savais qu’il finirait par se résoudre, était d’éliminer Hitler et de rendre la patrie aux Français. »
Au fur et à mesure des crises, on va passer avec Benjamin d’une époque à l’autre, comprendre que toutes deux sont aussi réalistes l’une que l’autre et, comme les témoins aux côtés de Benjamin, nous dire que tout cela n’est pas possible, que l’on ne saurait se réincarner en héros de guerre – mais comment dans ce cas peut-on se souvenir des noms, des lieux, des personnes – pas plus qu’on ne saurait dans les années quarante connaître l’issue du conflit ou encore parler de produits qui n’ont pas encore été inventés, comme le DVD.
Et c’est là le second tour de force réussi avec brio par Catherine Rolland. Non seulement elle nous emporte par son écriture addictive, mais elle nous entraîne dans les pas de Benjamin à nous poser quelques questions existentielles essentielles: peut-on passer sans encombre d’une vie à l’autre?; Peut-on se perdre en route ou à l’inverse choisir une vie plutôt qu’une autre?; Peut-on ne pas revenir du passé? Et peut-on changer le passé? Car il faut bien que tout cela à quelque chose, à sauver son frère qui vient d’être arrêté et auquel on destine un peloton d’exécution ou à tenir la promesse faite à Mélaine de l’épouser et d’emménager avec elle dans la jolie maison à l’orée du village… Tout le reste est littérature. Un bel hommage à la littérature qui, par la grâce d’une romancière omnisciente, rend vraisemblable l’invraisemblable, rend le temps poreux, brise nos certitudes et nous rend totalement addicts à cette double-histoire, aussi étonnante que vertigineuse.
En refermant le livre, on se dit que notre bonheur de lecture pourrait se doubler du plaisir à découvrir une adaptation cinématographique de cette histoire époustouflante qui offre au cinéaste un formidable registre, de l’histoire d’amour impossible à la tranche de vie sociale, de la fresque historique dans les paysages enneigés du plateau des Glières aux avancées (?) de notre médecine. Sans oublier le tourbillon des émotions qui accompagnent toutes ces séquences.
Catherine Rolland a à la fois profité de son expérience de médecin et de son parcours – originaire de Lyon et vivant aujourd’hui en Suisse – pour construire ce formidable roman qui est, après Éparse de Lisa Balavoine, la seconde belle découverte de cette rentrée 2018. Après plusieurs romans publiés dans des maisons d’édition confidentielles, il me semble qu’elle a trouvé aux Escales l’éditeur qui va lui permettre de percer. C’est tout le mal qu’on lui souhaite!

Le cas singulier de Benjamin T.
Catherine Rolland
Éditions Les Escales
Roman
352 p., 18,90 €
EAN : 9782365693301
Paru le 8 février 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Lyon et région ainsi que sur le plateau des Glières dans les Alpes.

Quand?
L’action se situe de nos jours ainsi qu’en 1944.

Ce qu’en dit l’éditeur
L’histoire commence de nos jours. Benjamin, ambulancier de métier, est en pleine tempête sentimentale. Sa femme en aime un autre, elle a quitté le domicile, son fils le boude, bref, rien ne va plus. Heureusement que son meilleur ami, David, veille sur lui et l’accueille pour quelques jours dans sa maison. Survient alors chez Benjamin une crise d’épilepsie comme il n’en avait plus eue depuis l’adolescence. Au cours de cette crise, étrangement, le héros se retrouve propulsé dans une autre réalité. Le voilà sur un chemin de neige à faire le guet, en compagnie de jeunes hommes qu’il ne connaît pas et à qui, pourtant, il s’adresse comme à des familiers… en pleine Seconde Guerre mondiale ! Le Benjamin de 2016, qui est aussi le Benjamin de 1944, se retrouve à cheval entre deux époques, entre deux mondes – entre deux vies possibles. Pourra-t-il choisir celui qu’il veut être? De cet entrelacement de deux destins parallèles, Catherine Rolland tire une réflexion sur le temps, l’héroïsme ou la lâcheté, en un mot sur la condition des hommes lorsqu’ils doivent faire des choix qui engagent toute leur vie. Catherine Rolland, lyonnaise d’origine, vit en Suisse. Elle est médecin.

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Les premières pages du livre
« Le petit village de montagne était écrasé de soleil.
Les rues tortueuses, étroites, rappelaient le temps pas si lointain où aucune voie n’était goudronnée, et où seules les charrettes à bras montaient jusque-là. Les maisons en torchis, plus rarement en pierres, étaient groupées en cercle autour de l’église et de son clocher à bulbe, typique des paysages de Haute-Savoie.
À cette heure du milieu de l’après-midi, il n’y avait pas un bruit, tous les habitants terrés chez eux pour laisser passer le gros de la chaleur. En fin de journée, ils ouvriraient leurs portes, ils sortiraient à pas lents, de ce pas qu’ont les vieux dont la vie est derrière, et qui semblent ne se déplacer qu’à contrecœur, avec la conscience aiguë que rien ne les attend plus. Certains installeraient un fauteuil sur leur seuil, les femmes sortiraient leur ouvrage, les hommes le journal, le tabac et un verre. Ils deviseraient, d’un bout de la rue à l’autre, du temps qu’il fait et de celui qui passe, inéluctablement.
Chaque jour, si semblable au précédent. David en avait des frissons.
Il s’était garé sur la place minuscule, ombragée par un marronnier, unique et gigantesque. Les arbres. David n’y connaissait rien. Il faudrait qu’il demande à Thibault si cette espèce-là poussait vite ou bien pas, s’il était possible que cet arbre, sentinelle solitaire, ait été là du temps de la guerre, qu’il ait vu passer les soldats de l’un et l’autre camp.
Maintenant, il ne pouvait plus regarder un arbre sans se poser la question.
Est-ce qu’il était déjà là? À combien d’êtres humains, morts depuis longtemps, avait-il fait de l’ombre, combien d’amants sur son tronc avaient-ils gravé leurs noms, sur lesquels l’écorce s’était peu à peu refermée pour en conserver le secret à tout jamais?
David gardait les mains crispées sur le volant, les articulations blanchies par la tension. Il finit par s’en apercevoir, coupa le contact, ouvrit la portière.
Descendit.
La chaleur l’engloutit immédiatement, contrastant avec l’habitacle climatisé de la berline. Lentement, il retira son blouson léger, le jeta négligemment sur le siège avant, puis s’éloigna de quelques pas, sans fermer à clé.
Il n’avait aucune crainte à avoir. Ni des voleurs, ni d’autre chose. Il fallait qu’il se calme.
Avec un soupir, il fouilla la poche de sa chemise, sortit ses cigarettes. Il en alluma une, à l’abri du vent chaud qui se levait timidement. L’orage allait venir. Une telle fournaise, aussi humide et lourde, elle finirait forcément par craquer.
Les mouvements toujours mesurés, David pivota sur lui-même, examinant les lieux. La petite place lui semblait déjà familière alors qu’il n’y était venu qu’une fois, un an plus tôt, et n’était même pas descendu de voiture. Deux heures et demie de route, pour se garer quelque vingt mètres plus bas que l’endroit où il se tenait maintenant, et moteur tournant, ouvrir la vitre pour lire les noms sur le monument aux morts.
Ce jour-là, les rideaux avaient bougé derrière la fenêtre d’une maison jaune, juste en face. D’instinct, il regarda et aperçut, encore, la même silhouette immobile. »

Extraits
« Ma première crise d’épilepsie remontait à mes huit ans. En pleine classe, j’étais tombé de ma chaise et je m’étais mis à convulser, provoquant un joli vent de panique dans l’école. Par la suite, les neurologues avaient mis le temps, mais ils avaient fini par trouver un médicament efficace, et ma dernière crise remontait à mes dix ou onze ans. Ensuite, j’avais été tranquille pendant des années, au point que les médecins m’avaient jugé guéri et avaient même parlé d’arrêter le traitement.
J’avais refusé. Depuis tout petit, je rêvais de devenir ambulancier, et je savais pertinemment que la moindre récidive de mon épilepsie m’empêcherait d’obtenir mon permis de conduire. Bien sûr, j’avais menti à la visite médicale, par prudence, et je n’avais jamais rien dit de ma maladie à mon entourage. En dehors de Sylvie, ma femme, et de David mon meilleur ami, personne n’était au courant. »

« Qu’est-ce qui m’arrivait, bon sang ? Non content d’avoir des crises quotidiennes, j’allais en plus me mettre à avoir des hallucinations ? Qu’est-ce que c’était que ce paysage d’hiver, et puis cet homme en soutane qui revenait sans cesse hanter mes pensées, comme la veille chez Thibault ? j’avais même, j’en aurais juré, rêvé de lui et de cette montagne inconnue. Se pouvait-il qu’une simple photo, dont je n’avais même pas un souvenir conscient, puisse m’obséder à ce point ?
L’image de son exécution était si réelle que mes mains en tremblaient encore. »

« L’immersion dans le passé, pour le moment, était ma seule façon de supporter assez mon présent pour m’empêcher d’ouvrir le gaz en plein avant de me coller la tête dans le four. Je n’avais plus de travail ni de ressources, ma femme m’avait quitté, mon fils me tournait le dos. Haetsler allait passer le mot à toutes les compagnies d’ambulances du coin pour qu’aucune ne m’embauche, et sans autre qualification en poche qu’un permis de conduire professionnel que la médecine m’interdisait d’utiliser, mes perspectives d’avenir me semblaient plutôt réduites. »

« Je bloquai le cheminement de ma pensée, avec effroi. Qu’est-ce que je racontais, bon sang? À l’époque? Quelle époque? Où est-ce que je pensais être, exactement, et surtout quand? Projeté en pleine Seconde Guerre mondiale, cheminant dans les galeries secrètes du maquis pour y suivre un curé résistant qui prétendait être mon frère? Je dus reculer, prendre appui contre le mur tandis que l’étroit couloir, brusquement, se mettait à tourner autour de moi. »

« – Tu sais ce que je pense ? fit David, avant d’enchaîner sans attendre : le pense que tu nous fais une belle dépression. Ce n’est pas plus compliqué que ça. Il y a la séparation, évidemment, et aussi le décès de ce bébé, ce petit Quentin, que tu n’as jamais digéré…
– Tu m’as dit cent fois que ce n’était pas ma faute.
– Cent fois. Et tu es toujours persuadé du contraire. Ne nie pas, nous le savons tous les deux.
– Je ne nie pas, soupirai-je, renonçant à le contredire.
– Peut-être que si tu avais accepté de voir un psy à l’époque, on n’en serait pas là…, poursuivit-il, songeur. Ajoute à ça ton fils qui te rejette, ton épilepsie qui s’emballe.
– Et encore, tu oublies de mentionner le fait que Haetsler m’a foutu à la porte. complétai-je sans réfléchir. Son silence me rappela, trop tard, qu’il ne le savait pas. »

À propos de l’auteur
Pendant plus de dix ans, Catherine Rolland a exercé la médecine dans un cabinet rural, puis dans un service d’urgences. Originaire de Lyon, elle vit depuis quelques années en Suisse. Passionnée de littérature, elle signe avec Le Cas singulier de Benjamin T. une réflexion sur le temps, l’héroïsme et la lâcheté, en un mot, sur la condition des hommes lorsqu’ils font des choix qui engagent toute leur vie. (Source : Éditions Les Escales)

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la disparition de Josef Mengele

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Voici cinq bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que ce roman répond à une exigence, celle de ne pas oublier, de nous rappeler sans cesse à la vigilance dans un monde qui est loin d’avoir éradiqué les vieux démons.

2. Parce qu’il est non seulement saisissant de constater que Josef Mengele a pu échapper à la traque menée par les chasseurs de nazis, mais qu’il est plus stupéfiant encore de comprendre qu’un « quatrième Reich fantôme » s’est développé en Amérique du sud, prêt à poursuivre sa politique, en espérant une troisième guerre mondiale.

3. Parce que cet homme, recréé avec précision grâce à un formidable travail documentaire, reste et demeure un monstre que rien ni personne n’aura pu faire dévier de son idéologie.

4. Parce que, comme l’écrit Philippe Chauché dans La Cause littéraire « Olivier Guez a traversé l’Amérique du Sud sur les traces du bourreau, sur les traces des nazis cachés, ensevelis un temps par les dénis de l’Histoire, vu ces lieux où les corps en fuite se sont dissimulés, lu et relu des témoignages, des récits, des romans – dont l’admirable Face aux ténèbres de William Styron –, il en a tiré un roman d’une folle ambition, suivre pas à pas ce tortionnaire. Un roman déroutant, par sa rage, par sa force évocatrice, par sa rigueur, sa saveur, sa composition, son style, qui nous plonge au cœur des Ténèbres, de nos propres ténèbres. »

5. Parce que Olivier Guez a reçu le prix Renaudot 2017, ce lundi 6 novembre 2017.

La disparition de Josef Mengele
Olivier Guez
Éditions Grasset
Roman
240 p., 18,50 €
EAN : 9782246855873
Paru en septembre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
1949 : Josef Mengele arrive en Argentine.
Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant ?
La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d’opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l’argent et l’ambition. Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

Les critiques
Babelio
Benzine Webzine d’essence culturelle (Delphine Blanchard)
Télérama (Gilles Heuré)
La Croix (Loup Besmond de Senneville)
Le JDD (Marie-Laure Delorme)
La Cause littéraire (Philippe Chauché)
Libération (Alexandra Schwartzbrod)
La règle du jeu (David Samama)
Le blog de Gilles Pudlowski 

Les premières pages du livre
« Le North King fend l’eau boueuse du fleuve. Grimpés sur le pont, ses passagers scrutent l’horizon depuis l’aube et maintenant que les grues des chantiers navals et la ligne rouge des entrepôts du port percent la brume, des Allemands entonnent un chant militaire, des Italiens se signent et des juifs prient, malgré la bruine, des couples s’embrassent, le paquebot arrive à Buenos Aires après trois semaines de traversée. Seul sur le bastingage, Helmut Gregor rumine.
Il espérait qu’une vedette de la police secrète viendrait le chercher et lui éviterait les tracasseries de la douane. À Gênes, où il a embarqué, Gregor a supplié Kurt de lui accorder cette faveur, il s’est présenté comme un scientifique, un généticien de haut vol, et lui a proposé de l’argent (Gregor a beaucoup d’argent) mais le passeur a esquivé en souriant : ce genre de passe-droit est réservé aux très grosses légumes, aux dignitaires de l’ancien régime, rarement à un capitaine de la SS. Il enverra quand même un câble à Buenos Aires, Gregor peut compter sur lui. »

Extrait
« Les plus acharnés croient dur comme fer qu’un quatrième Reich peut revenir en Allemagne. Les autres vivent avec leurs souvenirs, parfois leurs remords, jamais leur culpabilité. »

À propos de l’auteur
Olivier Guez est l’auteur, entre autres, de L’Impossible retour, une histoire des juifs en Allemagne depuis 1945 (Flammarion), Éloge de l’esquive (Grasset) et Les Révolutions de Jacques Koskas (Belfond). Il a reçu en 2016 le prix allemand du meilleur scénario pour le film Fritz Bauer, un héros allemand. (Source : Éditions Grasset)

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Underground Railroad

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Voici cinq bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que Colson Whitehead a non seulement été couronné par le prix Pulitzer de littérature 2017 pour Underground Railroad, mais aussi par ce que son roman a été désigné «roman de l’année 2016» par la presse américaine (42 journaux et magazines) et qu’il s’est d’ores et déjà vendu à plus de 750 000 exemplaires hors France.

2. Parce que, comme le souligne Livres Hebdo, Colson Whitehead dispose d’un exceptionnel talent «à inventer des machines romanesques hautement séduisantes, irriguées en profondeur par une méditation sur les mythologies américaines telles que les a véhiculées la culture populaire, mais aussi par une réflexion très politique sur la question raciale, la place de l’homme noir dans la société, son invisibilité.»

3. Parce que le roman, outre le fait qu’il s’attache à la vérité historique de ce que fût l’esclavage, loin des clichés hollywoodiens, nous raconte ce chemin de fer clandestin Underground Railroad qui permit à près de 100000 esclaves de se réfugier au-delà de la ligne Mason-Dixon et trouver ainsi le chemin vers la liberté. Le réseau de routes clandestines fut formé au début du XIXe siècle et connut son apogée entre 1850 et 1860. Colson Whitehead à l’idée d’en faire un vrai chemin de fer.

4. Parce que ce roman est un coup de poing. Finis les gentils blancs, finie aussi la solidarité de classe. Ceux qui aident les noirs à s’enfuir ne sont pas tous habités de bonnes intentions. Quant aux esclaves eux-mêmes, ils ne dorment pas tous du sommeil du juste. Colson Whitehead a l’art de peindre les nuances, allant jusqu’à faire de Cora, son héroïne en fuite vers le Nord, un caractère bien trempé aux aspérités tranchantes.

5. Parce que cette œuvre est en résonnance directe avec l’actualité. Comme le raconte l’auteur lui-même: «Je pensais écrire sur le Harlem des années 1950, mais l’élection de Trump m’a fait changer d’époque: au final, je m’attaque au racisme et à la gouvernance politique dans la Floride des années 1960, proches de ce que nous connaissons à l’heure actuelle. »

Underground Railroad
Colson Whitehead
Éditions Albin Michel
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Serge Chauvin
416 p., 22,90 €
EAN : 9782226393197
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord.
De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.
L’une des prouesses de Colson Whitehead est de matérialiser l’« Underground Railroad », le célèbre réseau clandestin d’aide aux esclaves en fuite qui devient ici une véritable voie ferrée souterraine, pour explorer, avec une originalité et une maîtrise époustouflantes, les fondements et la mécanique du racisme.
À la fois récit d’un combat poignant et réflexion saisissante sur la lecture de l’Histoire, ce roman, couronné par le prix Pulitzer, est une œuvre politique aujourd’hui plus que jamais nécessaire.
« Un roman puissant et presque hallucinatoire. Une histoire essentielle pour comprendre les Américains d’hier et d’aujourd’hui. » The New York Times

Les critiques
Babelio
Le Figaro (Bruno Corty)
ActuaLitté (Cécile Pellerin)
L’Express (Hubert Artus)
Les Echos (Philippe Chevilley)
Le Journal de Montréal (Karine Vilder)
Blog Tombée du ciel 
Blog A sauts et à gambades

Colson Whitehead présente «Underground Railroad» © Production Les Editions Albin Michel

Les premières pages du livre

Extrait
« Après la disparition de Mabel, Cora ne fut plus qu’une enfant perdue. Onze ans, dix ans, dans ces eaux-là – il n’y avait plus personne pour le savoir précisément. Sous l’effet du choc, elle vit le monde s’assécher autour d’elle, réduit à des impressions grises. La première couleur qui revint fut le rouge-brun bouillonnant de la terre du lopin familial. Il la réveilla aux choses et aux êtres, et elle décida de se cramponner à son domaine, quoique jeune, frêle et sans personne pour s’occuper d’elle. Mabel était trop discrète et têtue pour être populaire, mais les gens avaient toujours respecté Ajarry. Son ombre avait été protectrice. La plupart des premiers esclaves de Randall étaient six pieds sous terre ou revendus, disparus d’une façon ou d’une autre. Restait-il encore une âme loyale envers sa grand-mère ? Cora sonda le village : pas une seule. Ils étaient tous morts. »

À propos de l’auteur
Né à New York, en 1969, Colson Whitehead est l’un des auteurs américains les plus passionnants de sa génération, découvert en France par la traduction de son premier roman virtuose, L’Intuitionniste (Gallimard, 2003). Ont suivi notamment, toujours chez Gallimard, Ballade pour John Henry (2005), Le Colosse de New York et Apex ou le cache-blessure (2008), plus récemment le futuriste Zone 1 et Sag Harbor (2014), roman d’essence autobiographique. (Source : livreshebdo.fr)

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Deux hommes de bien

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coup_de_coeurEn deux mots :
A la fin du XVIIIe siècle, eux membres de l’Académie royale d’Espagne partent pour Paris afin d’acquérir une Encyclopédie complète. Mais cette mission est semée d’embûches

Ma note :
★★★★★ (coup de cœur, livre indispensable)

Deux hommes de bien
Arturo Pérez-Reverte
Éditions du Seuil
Roman
traduit de l’espagnol par Gabriel Iaculli
512 p., 22,50 €
EAN : 9782021288049
Paru en avril 2017

Où?
Le roman se déroule en Espagne, principalement à Madrid, puis sur les routes qui relient la capitale espagnole à Paris. La partie principale du livre est située dans la capitale française et ses environs avant le voyage retour vers Madrid.

Quand?
L’action se situe à la fin du XVIIIe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
À la fin du XVIIIe siècle, deux membres de l’Académie royale d’Espagne sont mandatés par leurs collègues pour se rendre à Paris et en rapporter les 28 tomes de l’Encyclopédie, alors interdite dans leur pays. Le bibliothécaire don Hermógenes Molina et l’amiral don Pedro Zárate, hommes de bien intègres et courageux, entreprennent alors de Madrid à Paris un long voyage semé de difficultés et de dangers. Par des routes infestées de brigands, faisant halte dans des auberges inconfortables, les deux académiciens arrivent à Paris, où ils découvrent avec étonnement les rues de la capitale française, ses salons, ses cafés, ses librairies, ses mœurs libertines et ses agitations politiques. Mais très vite, leur quête de l’Encyclopédie se révèle d’autant plus difficile que l’édition originale est épuisée et qu’une partie de l’Académie espagnole, opposée à l’esprit des Lumières, a lancé à leurs trousses un espion chargé de faire échouer l’entreprise.
Nourri de réalité et de fiction, habité par des personnages ayant existé ou nés de l’imagination de l’auteur, Deux hommes de bien est un merveilleux roman d’aventures et un éloge de ce qui fut la plus grande entreprise intellectuelle du XVIIIe siècle. Mais c’est aussi, dans la reconstitution minutieuse et passionnante d’un Paris prérévolutionnaire plus vivant que jamais, un hymne à l’amitié et un bel hommage à Don Quichotte d’un écrivain profondément épris de la France.

Ce que j’en pense
Quel bonheur de lecture! Il y a tout ce que j’aime dans ce roman : une trame historique véridique, un clin d’œil appuyé à quelques monuments de la littérature, de l’aventure et du suspense, l’arrivée du romancier dans son roman et quelques pistes de réflexion sur l’évolution actuelle de notre vieille Europe.
C’est un régal de suivre les émissaires de l’Académie royale d’Espagne de Madrid à Paris. Un voyage commandé afin de ramener un exemplaire de l’Encyclopédie. Mission périlleuse pour don Hermógenes Molina et l’amiral don Pedro Zárate, à la fois pour des raisons logistiques – le trajet et long et les routes ne sont pas très sûres – et pour des raisons politiques. Car dans l’Espagne de l’Inquisition tous les membres de la prestigieuse Académie n’apprécient pas cette décision et cet ouvrage qui remet en cause un certain nombre de dogmes, le poids de la religion catholique et le pouvoir absolu: « Il n’y a en Espagne ni penseurs ni philosophes originaux. L’omniprésente religion empêche leur épanouissement. Il n’y a pas de liberté… Quand elle nous vient de l’extérieur, c’est à peine si nous la touchons du doigt, de peur de nous brûler. (…) Ici, en terre d’Espagne, c’est une folie de suggérer à un peuple inculte et violent qu’il peut disposer de lui-même comme il l’entend. De telles extrémités menacent le sort des rois. »
Face à la dimension sacrilège de l’entreprise, Manuel Higueruela et Justo Sánchez Terrón chargent un bandit sans scrupules d’empêcher le succès de l’expédition par tous les moyens qu’il jugera utile. Le redoutable Pascual Raposo va suivre le carrosse qui emmène les deux hommes jusqu’au moment le plus adéquat pour mettre fin à leur mandat. Toutefois, il se rend vite compte que sa mission pourrait se transformer en un voyage d’agrément. Car à Paris nos deux hommes vont se heurter à un gros problème: il n’existe quasiment plus d’édition originale de l’Encyclopédie, interdite, tout juste des copies incomplètes. Mais le bibliothécaire et le militaire retraité n’entendent pas baisser les bras et cherchent de l’aide dans les cafés et les cercles littéraires. Un peu déroutés par les mœurs parisiennes, ils vont se voir tour à tour confrontés à un épisode des Liaisons dangereuses (comment résister à une entreprise de séduction menée dès potron-minet dans une alcôve entièrement dédiée à l’amour) puis à un autre des Trois Mousquetaires (clin d’œil dans le clin d’œil, c’est Choderlos de Laclos qui est témoin du duel organisé un peu à l’écart des Champs-Elysées). Sans oublier le grand Cervantès que l’auteur célèbre tout au long du livre en faisant de son amiral une sorte de Don Quichotte qui se battra jusqu’au bout pour son rêve et de son bibliothécaire un Sancho Panza aussi fidèle et naïf que son modèle. Voilà comment on finit par mettre la main, après moult péripéties, sur la «vraie» Encyclopédie.
Comme toujours avec Arturo Pérez-Reverte, on se retrouve immergé dès les premières lignes dans les lieux et dans l’époque. Grâce à un travail considérable de documentation qui pousse quelquefois le romancier à prendre lui-même la route pour vérifier un itinéraire ou la plausibilité d’une rencontre, il est aisé de lire ce livre comme si l’on était devant un film. Mieux même, aux images et aux sons viennent quelquefois s’ajouter les odeurs.
Une autre trouvaille complète cette belle épopée, dont il serait dommage de révéler la fin, l’arrivée du narrateur-écrivain en train d’écrire le livre. Dans un entretien accordé au magazine Lire en mai dernier, l’auteur du Capitaine Alatriste a expliqué comment lui est venu cette idée: «J’ai d‘abord conçu le roman de façon linéaire, mais j’ai vite remarqué que la matière était parfois trop aride, trop complexe. Au bout de soixante-dix pages, j’ai compris qu’il fallait changer la structure pour pouvoir opérer des ruptures, des sauts temporels. L’introduction du narrateur était alors nécessaire. Après, on pourrait bien sûr croire que ce narrateur est Arturo Pérez-Reverte, mais comme pour le reste, la plupart de œ qu’il dit est entièrement faux».
L’effet est saisissant, «Le lecteur a l’impression gratifiante qu’il est en train d’assister â la création du roman, mais ce n’est qu’un autre roman!» Un roman brillant qui, j’en prends le pari, vous emportera…

Autres critiques
Babelio 
Paris-Match (François Lestavel)
La Croix (Bruno Frappat)
Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie (Ramón Marti Solano)
Libération (Frédérique Roussel)
Le Temps (Mireille Descombes)
Journal de Montréal (Karine Vilder)
Blog Tête de lecture
Blog La Bibliothèque de Delphine-Olympe
Blog Enfin livre ! (Nicole Volle)


Arturo Pérez Reverte présente son livre dans «La Grande librairie» de François Busnel © France 5

Les premières pages du livre

Extrait
« – Je rappelle en toute cordialité à don Manuel Higueruela, intervient le directeur avec son tact habituel, que la permission d’apporter l’Encyclopédie dans cette Académie nous a été accordée par notre clergé grâce aux judicieuses démarches de don Joseph Ontiveros… Le Saint-Office a décidé en connaissance de cause que ces volumes, qu’il ne serait sans doute pas prudent de placer entre les mains de personnes non averties, peuvent être lus par messieurs les académiciens sans préjudice pour leur âme ni pour leur conscience… N’est-ce pas exact, don Joseph ?
– Rigoureusement, confirme l’interpellé.
– Poursuivons donc, dit le directeur en regardant la pendule murale. Si vous le voulez bien, monsieur le secrétaire ? Celui-ci cesse d’écrire, lève les yeux du livre des actes et les promène sur l’assemblée tout en réajustant ses lunettes sur son nez.
– Nous allons, dit-il, procéder au vote pour élire les deux académiciens qui iront à Paris afin d’en rapporter avec eux les vingt-huit volumes de l’Encyclopédie, conformément à la décision prise en séance plénière. »

À propos de l’auteur
Arturo Pérez Reverte est né à Carthagène, Espagne, en 1951. Il a été reporter de guerre pendant plus de vingt ans. Avec quinze millions de livres vendus dans le monde entier et traduits dans quarante langues, plusieurs de ses romans adaptés au cinéma et à la télévision, il est l’auteur espagnol le plus lu. Aujourd’hui il partage sa vie entre la littérature et la navigation. Il est membre de l’Académie royale d’Espagne. (Source : Éditions du Seuil)

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L’été en poche (26)

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L’atelier des poisons

En 2 mots
Zélie, artiste peintre et Alexandre, commissaire, vont nous entraîner dans le Paris de la fin du XIXe siécle. Quand beaux-arts et polar font bon ménage, cela donne un roman fort intéressant!

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Sophie (Librairie Cultura à Barentin)
« Sylvie Gibert a su raconter merveilleusement les vérités intérieures des faussaires. Comment s’imprégner du talent des autres pour reproduire ce qui nous semble être un chef d’œuvre. Quelle est la motivation profonde d’une jeune artiste qui va dédier sa vie à la fabrication de fausses œuvres. Ce qui est vrai, en revanche, c’est notre immense bonheur de lecteur, quand une écrivaine nous enchante par son récit astucieux. »

Vidéo


Interview de Sylvie Gibert à l’occasion de la rencontre entre l’auteur et ses lecteurs chez Babelio.com, le 30 mai 2016 pour son roman «L’atelier des poisons» © Production Babelio