Le monde selon Britt-Marie

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En deux mots:
Britt-Marie se retrouve par hasard dans un petit village suédois où elle est propulsée entraîneur de l’équipe de football des jeunes. Un emploi improbable, surtout quand on n’a aucune expérience dans le domaine, mais qui va la propulser vers de nouveaux horizons.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

La plus nulle et la plus merveilleuse des équipes de foot

Dans la nouvelle comédie de Fredrik Backman il n’y a plus de vieux râleur, mais une femme mûre qui prend en charge une équipe de football. C’est drôle, enlevé et fort addictif.

Britt-Marie a derrière elle une longue expérience et quelques principes qui pourraient s’apparenter à ceux d’une psychorigide, mais qui – pour la plupart d’entre eux – tiennent surtout du bon sens. Dans la longue liste des choses qu’il ne faut pas faire, on trouve pèle-mêle boire un café dans du plastique et surtout sans sous-tasse, ne pas enlever sa casquette en entrant quelque part ou encore entrer avec des chaussures sales dans une pièce qui vient d’être nettoyée et plus généralement supporter un endroit sale.
Fredrik Backman, comme dans Vieux, râleur et suicidaire – La vie selon Ove, a le génie de construire un roman à partir de ces petits agacements du quotidien qui peuvent consuire à de joyeux quiproquos quand ils ne font pas déraper complèter une situation. C’est un peu ce qui se produit avec sa conseillère de l’agence pour l’emploi qui « après avoir été forcée de manger du saumon avec Britt-Marie deux jours plus tôt, avait promis de faire tout son possible pour lui trouver un travail.»
Le lendemain, elle ne déniche qu’une proposition, «dans un village au milieu de nulle part» et mal payé de surcroît. Mais Britt-Marie accepte et part pour Borg «un village auquel on ne peut faire de plus beau compliment qu’en disant qu’il s’étend au bord d’une route».
Crevants d’ennui et victimes d’une crise économique persistante, les habitants regardent avec méfiance et incrédulité l’arrivée d’une femme chargée de prendre soin d’une MJC qui va fermer quelques semaines plus tard. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas au bout de leurs surprises.
Ce n’est pas le fait qu’elle débarque à 6h du matin pour demander une perceuse qui va les perturber, quoique… En revanche, son opiniâtreté et son obstination vont petit à petit lui valoir le respect de cette communauté de rustres. C’est ainsi qu’il lui faut à tout prix trouver du « faxin « , le produit de nettoyage miracle qui va lui faire de faire briller la MJC. Au fil des épisodes successifs, vous allez pouvoir vous régaler de sa visite à la poste, de sa négociation à la pizzeria, de ses rendez-vous avec un rat ou encore de ses dialogues avec les jeunes de Borg qui ont besoin d’un entraîneur pour leur équipe de football et désignent Britt-Marie qui est totalement étrangère à ce jeu et à ses règles.
C’est à ce moment que ce roman prend des allures d’épopée qui va s’achever avec un tournoi épique dont il serait ici dommage de révéler les rebondissements et l’issue. Disons simplement qu’il changera à tout jamais la vie de Sami, Omar, Pico, Vega et les autres, ainsi que cele de Britt-Marie.
En même temps qu’il vous livrera une toute autre vision de ce sport que celle des matches quotidiens de la coupe du monde, Le monde selon Britt-Marie vous fera comprendre ce que ce jeu peut avoir comme vertus, y compris dans la défaite.
Fredrik Backman excelle dans ce registre à l’apparence très légère et qui finit par toucher les questions essentielles. Il réussit aussi fort bien à camper des personnages qui, en quelques lignes, prennent une épaisseur incroyable, à tel point que l’on a vite l’impression de les connaître tous.
À partir d’un parking transformé en terrain de football, que l’on éclaire avec les phares d’une voiture et dont les buts sont construits avec des bouteilles, on arrivera à l’accomplissement de soi. Cette notion découverte dans une grille de mots croisés et qui va soudain prendre tout son sens.
Même si vous n’aimez pas le football, vous aimerez ce roman truculent, pétillant et joyeusement essentiel!

Le monde selon Britt-Marie
Fredrik Backman
Éditions Mazarine
Roman
traduit du suédois par
400 p., 22 €
EAN: 9782863744574
Paru le 28 mars 2018

Où?
Le roman se déroule à Borg, un village imaginaire de Suède.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Britt-Marie, soixante-trois ans, n’est absolument pas passive-agressive. C’est juste que la crasse et les couverts rangés n’importe comment la font hurler intérieurement. Après quarante ans de mariage et une vie de femme au foyer, elle a besoin de trouver un emploi au plus vite. Le seul poste qu’on lui propose la conduit à Borg, un village frappé par la crise qui s’étire le long d’une route où tout est fermé, à l’exception d’une pizzeria qui empeste la bière. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’à Borg le ballon rond est roi – et s’il y a une chose que Britt-Marie déteste plus que le désordre, c’est le football.
Alors, quand les enfants du village ont si désespérément besoin d’un entraîneur que la commune est prête à confier le boulot au premier venu, peu importe qu’elle n’y connaisse rien ! Pas du genre à se laisser démonter, Britt-Marie, avec sa nouvelle casquette de coach, entreprend de faire un grand ménage à Borg, qui a, comme elle, besoin d’un renouveau et d’une seconde chance.
Le monde selon Britt-Marie est l’histoire d’une femme qui a attendu toute une vie que la sienne commence enfin. Un plaidoyer chaleureux pour tous les marginaux qui peuplent nos vies sans qu’on leur prête attention – alors que leur vision du
monde peut transformer le nôtre.

Les critiques
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Les premières pages du livre:
« Fourchettes. Couteaux. Cuillères.
Dans cet ordre.
Britt-Marie n’est certainement pas femme à juger autrui, mais quelle personne civilisée aurait l’idée d’organiser un tiroir à couverts autrement? Britt-Marie ne juge personne, mais tout de même, nous ne sommes pas des animaux!
C’est un lundi de janvier. Britt-Marie est assise à un petit bureau à l’Agence pour l’emploi. Certes, les couverts n’ont rien à voir là-dedans, mais ils lui viennent à l’esprit parce qu’ils résument tout ce qui va de travers dernièrement. Les couverts se doivent d’être rangés comme ils l’ont toujours été, car la vie se doit de continuer, inchangée. Une vie normale est présentable: on nettoie la cuisine, on soigne son balcon et on s’occupe des enfants. C’est plus de travail qu’on le croit – avoir un balcon.
Dans une vie normale, on ne met pas les pieds à l’Agence pour l’emploi.
La fille qui travaille ici a les cheveux courts, comme un jeune garçon. Non pas que ce soit un mal, bien entendu. Britt-Marie n’a aucun préjugé. C’est très moderne, cette coupe, sans nul doute. La fille pousse un papier vers Britt-Marie et sourit. Elle est manifestement pressée.
– Inscrivez ici votre nom, votre numéro de sécurité sociale et votre adresse.
Britt-Marie doit se faire enregistrer. Comme une criminelle qui viendrait voler du travail plutôt qu’en demander.
– Vous prenez du lait et du sucre? demande la fille en versant du café dans un gobelet en plastique.
Britt-Marie ne juge personne, mais en voilà des manières! Un gobelet en plastique! C’est la guerre ou quoi? Britt-Marie a bien envie de poser cette question à la fille, mais Kent exhorte sans arrêt Britt-Marie à être « plus sociable ». Alors elle sourit avec toute la diplomatie dont elle est capable et attend qu’on lui offre un sous-verre.
Kent est l’époux de Britt-Marie. Il est entrepreneur. Il a très, très bien réussi. Il fait des affaires avec l’Allemagne et il est très, très sociable.
La fille lui tend deux petits godets de lait, de ceux qui se conservent à température ambiante, et un gobelet en plastique rempli de cuillères jetables. Britt-Marie n’aurait pas été plus épouvantée par la vue d’un serpent.
– Vous n’aimez pas le lait et le sucre dans votre café? demande la fille, étonnée par la réaction de la femme en face d’elle.
Britt-Marie secoue la tête et balaie le bureau de la main, comme s’il était couvert de miettes invisibles. Il y a des papiers partout, empilés pêle-mêle. Naturellement, la fille n’a pas le temps de les trier, comprend Britt-Marie. Elle est bien trop prise par sa carrière.
– Bien, écrivez votre adresse ici, répète la fille avec un sourire en désignant le formulaire.
Britt-Marie baisse les yeux et brosse des poussières invisibles de sa jupe. Elle aimerait être chez elle, avec son tiroir à couverts. Mener une vie normale. Elle voudrait que Kent soit là, car c’est lui qui remplit toujours les papiers.
La fille ouvre de nouveau la bouche, mais Britt-Marie la devance:
– Pourriez-vous s’il vous plaît m’indiquer où poser ma tasse de café?
Britt-Marie prononce ces mots en invoquant toute la bonté dont elle dispose pour appeler « tasse » son gobelet en plastique.
– Quoi? lance la fille.
À croire qu’on peut poser les tasses où ça nous chante. Britt-Marie lui adresse son sourire le plus aimable.
– Vous avez oublié de me donner un sous-verre. Je ne voudrais pas salir votre table.
De l’autre côté du bureau, la fille n’a pas bien l’air de comprendre l’intérêt des sous-verres. Ni de la vraie vaisselle. Pas plus, conclut Britt-Marie en observant la coiffure de la fille, que celui des miroirs.
– Peu importe, vous n’avez qu’à la poser ici, répond la fille, qui désigne un espace dégagé sur son bureau.
Comme si la vie était aussi simple. Comme si les sous-verres ou l’ordre des couverts dans un tiroir étaient insignifiants. La fille tapote le papier du bout de son stylo, à côté de la case « Adresse ». Britt-Marie respire avec une infinie patience. Ce n’est absolument pas un soupir.
– On ne pose pas une tasse sur un bureau. Ça pourrait le tacher.
La fille considère la surface du meuble. On croirait que des enfants ont mangé des pommes de terre à même la table. À la fourche. Dans le noir.
– Ne vous en faites pas. Il est déjà rayé de partout, la rassure-t-elle.
Britt-Marie hurle en son for intérieur.
– Et vous n’avez pas songé que s’il est dans cet état, c’est peut-être parce que vous n’utilisez pas de sous-verres.
Elle parle d’un ton très prévenant. Pas du tout « passif-agressif », comme l’ont dit un jour les enfants de Kent, croyant qu’elle ne les entendait pas. Britt-Marie n’est pas passive-agressive. Simplement prévenante. Après avoir surpris cette remarque, elle avait redoublé de prévenance pendant quelques semaines.
La fille de l’Agence pour l’emploi se masse le front.
– Bon… alors, c’est Britt, votre nom?
– Britt-Marie. Il n’y a que ma sœur qui m’appelle Britt, la corrige Britt-Marie.
– Si vous pouviez juste… remplir le formulaire. S’il vous plaît, répète la fille.
Britt-Marie jette un coup d’œil au papier qui exige qu’elle déclare sur l’honneur où elle est née et qui elle est. Britt-Marie trouve qu’être en vie exige un nombre incroyable de formalités, de nos jours. Une quantité absurde de paperasse pour faire partie de la société.
Finalement, elle renseigne à contrecœur son nom, son numéro de sécurité sociale et son téléphone portable. Elle ne remplit pas la case « Adresse ».
– Quelle formation avez-vous suivie, Britt-Marie? l’interroge la fille.
Britt-Marie se cramponne à son sac à main.
– Sachez que ma formation est excellente, réplique-t-elle. »

Extraits
« La MJC se trouve à Borg, un village auquel on ne peut faire de plus beau compliment qu’en disant qu’il s’étend au bord d’une route. Le nombre de candidats était donc limité. Mais le hasard voulut que la fille de l’Agence pour l’emploi, après avoir été forcée de manger du saumon avec Britt-Marie deux jours plus tôt, avait promis de faire tout son possible pour lui trouver un travail. Le lendemain, Britt-Marie avait frappé à sa porte à 9h 02 pour s’enquérir de ses progrès. La fille avait pianoté un moment sur son ordinateur puis avait soupiré:
– Il y en a un. Mais il est dans un village au milieu de nulle part et il est si mal payé qu’il te fera perdre de l’argent si tu touches des indemnités de chômage.
– Je ne perçois pas d’indemnités, avait répondu Britt-Marie en prononçant ce dernier mot comme si elle se défendait d’avoir des « maladies ».
La fille avait de nouveau soupiré et tenté d’évoquer les « séminaires de reconversion » et les « mesures alternatives » qu’elle pouvait proposer à Britt-Marie, mais celle-ci lui avait fait comprendre qu’elle n’avait pas besoin d’être mesurée. »

« Les deux dernières choses qui semblent subsister à Borg sont le football et une pizzeria: ce à quol les hommes renoncent en dernier.
Le premier contact de Britt-Marie avec la pizzeria et la MJC a lieu un jour de janvier, lorsqu’elle gare sa voiture blanche sur le parking en gravier qui les sépare. Son premier contact avec le foot a lieu lorsqu’elle reçoit brutalement un ballon sur la tête, juste après que sa voiture a explosé. En bref, on peut sans doute dire que Borg et Britt-Marie n’ont pas éveillé l‘une chez l’autre une première impression très flatteuse.
Si vous voulez tout savoir, l’explosion se produit alors que Britt-Marie vient de tourner sur le parking. Britt-Marie l’entend nettement du côté passager de la voiture. Ça a fait « BOUM », si elle avait dû décrire le bruit. Saisie d‘une sainte panique, elle relâche embrayage et frein. La voiture se met à tousser comme si on lui avait fait peur pendant qu’elle mangeait du pop-corn. Après quelques zigzags bien plus ostensibles que nécessaires sur les plaques gelées de janvier, la voiture s’immobilise devant le bâtiment…»

À propos de l’auteur
Né à Stockholm en 1981, Fredrik Backman enchaîne les petits boulots avant de devenir journaliste. En 2012, il publie son premier roman, Vieux, râleur et suicidaire – La vie selon Ove, qui remporte un succès retentissant en Suède, avec plus de 500 000 exemplaires vendus en un an. Ces comédies qui vient du froid placent d’emblée son auteur parmi les écrivains suédois sur lesquels il faut compter. (Source : lisez-com)

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Smith & Wesson

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En deux mots:
Au bord des chutes du Niagara Tom et Jerry s’occupent un peu comme ils peuvent, l’un de météorologie, l’autre des suicidaires. Mais le jour où Rachel, la journaliste du San Francisco Chronicle, arrive avec son projet fou, nos deux hommes vont retrouver une nouvelle jeunesse.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Tom & Jerry au Niagara

Tom Smith et Jerry Wesson n’ont rien à voir avec la bande dessinée, pas plus qu’avec des fabricants d’armes. Et c’est tant mieux, car la fantaisie d’Alessandro Baricco vous enchantera!

Encore un régal signé de la plume élégante et facétieuse d’Alessandro Baricco. L’auteur de Soie, de Trois fois dès l’aube et de La jeune épouse choisit cette fois la forme du dialogue pour nous retracer l’histoire de Tom Smith et Jerry Wesson. L’œuvre est trop riche en digressions pour parler d’une vraie pièce, on parlera plutôt d’une «fantaisie», terme qui peut du reste s’appliquer autant au fond qu’à la forme de ce livre court et pétillant de malice.
Les deux personnages principaux s’appellent Tom et Jerry, mais c’est un hasard. Tout comme leurs patronymes respectifs, Smith et Wesson, qui n’ont rien à voir avec des fabricants d’armes à feu. Le premier est un inventeur qui s’intéresse à la météorologie et aux statistiques, l’autre s’amuse à repêcher les candidats au suicide – plutôt morts que vifs – qui se jettent du haut des chutes du Niagara.
C’est du reste dans ce décor grandiose que nos deux hommes se rencontrent par une belle journée de 1902. Leurs occupations respectives leur laissent largement le temps de dialoguer, de parler de la pluie et du beau temps, mais aussi de Mme Higgins, l’admirable hôtelière qui ne loue pas seulement des chambres, mais aussi ses charmes.
Mais l’entremetteuse va perdre de son intérêt le jour où apparaît la belle Rachel, journaliste au San Francisco Chronicle et à la recherche d’un scoop capable de relancer ses affaires moribondes. Comme survivre à une chute dans les chutes.
Pour réussir ce pari, il faudra associer le savoir de nos deux compères et le sens de la communication de Rachel. Smith conçoit un tonneau rembourré tandis que Wesson jongle avec les éléments, calcule l’itinéraire. Ce qui ne garantit pas forcément la réussite de l’opération et la survie de l’intrépide voyageuse.
Aussi, quand le grand jour arrive, c’est un mélange de peur et d’exaltation qui prévaut. Le ballet au bord de l’abîme est une merveille de drame, de comédie, de fantaisie burlesque et de jeu morbide. Autant dire une fête d’émotions contradictoires parfaitement orchestrée pour régaler un lecteur qui se délecte du spectacle proposé.
Car nous sommes vraiment au spectacle, un peu comme si ces dialogues avaient bien davantage à voir avec une pièce de théâtre qu’avec un roman.
Ajoutez-y la belle inventivité de l’auteur et vous aurez tous les ingrédients d’une aventure hors du commun avec, comme ce fut le cas pour Diogène, un tonneau comme accessoire principal de la légende.
Tom, Jerry et Rachel forment un trio que vous n’êtes pas prêts d’oublier!

Smith & Wesson
Alessandro Baricco
Éditions Gallimard
Roman
traduit de l’italien par Lise Caillat
160 p., 16 €
EAN : 9782070179039
Paru le 17 mai 2018

Où?
Le roman se déroule entre Canada et Etats-Unis, sur les bords et au milieu des chutes du Niagara.

Quand?
L’action se situe au début du XXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Maintenant je résume: on attendait un tas de choses de la vie, on n’a rien fait de bien, on glisse peu à peu vers le néant, et ce dans un trou paumé où une splendide cascade nous rappelle tous les jours que la misère est une invention humaine et la grandeur le cours naturel du monde.»
Année 1902, Tom Smith et Jerry Wesson se rencontrent au pied des chutes du Niagara. L’un passe son temps à rédiger des statistiques météorologiques; l’autre à repêcher les corps engloutis par les rapides. Rencontre exceptionnelle, comme celle que les deux types font avec Rachel Green, jeune journaliste prête à tout pour dénicher le scoop du siècle, même à embarquer Smith et Wesson dans son projet loufoque: plonger dans les chutes du Niagara et s’en sortir vivante. Tout le monde en rêve, personne ne l’a jamais fait. Il ne reste alors qu’à se glisser dans un tonneau, défier les lois de la physique et sauter. Nous avons tous besoin d’une histoire mémorable, d’un exploit hors norme pour réaliser quelque chose qui nous soit vraiment propre.

Les critiques
Babelio
Libération (Claire Devarrieux)
BibliObs (Didier Jacob)
Blog Sur la route de Jostein

Les premières pages du livre
PREMIER MOUVEMENT
Allegro

Non loin des chutes du Niagara.
Intérieur d’une cabane de fortune, bordélique mais digne.
Un homme est couché sur son lit. Il ne dort pas nécessairement.
Il est là, tranquille.
On frappe à la porte.

WESSON
[L’homme sur son lit] Qui est-ce ?
SMITH
[Derrière la porte] Mme Higgins, là-haut à l’hôtel, m’a parlé de vous. Elle m’a dit que je pouvais venir vous voir.
WESSON
Mme Higgins est une putain !
Pause
WESSON
Vous m’avez entendu ?
SMITH
[Toujours derrière la porte] Oui, je vous ai entendu. À vrai dire, je n’ai pas d’avis sur la question. Je peux entrer?
WESSON
Poussez, c’est ouvert.
Smith entre, il découvre l’homme sur son lit.
SMITH
Excusez-moi, je ne savais pas que vous dormiez…
WESSON
Je ne dors pas, je suis alité. Tous les quatre mois je reste au lit cinq jours, pour remettre mes organes en place, la position horizontale aide à rétablir l’équilibre interne, je reste au lit et mange de la purée de fèves. Je me lève juste pour pisser, mais rarement. Et pour réchauffer ma purée de fèves.

SMITH
Remarquable.
WESSON
Vous devriez essayer.
SMITH
N’est-ce pas un tantinet ennuyeux.

WESSON
L’ennui fait partie de la cure.
SMITH
Bien sûr. Ça vous dérange si je prends une chaise?
WESSON
Faites, faites.

SMITH
[Il prend une chaise et s’installe à côté du lit.] C’est Mme Higgins qui m’a parlé de vous.
WESSON
Très belle femme, vous avez remarqué.
SMITH
Splendide, oui.
WESSON
Elle n’a pas de mari, pas d’enfants, c’est louche. Alors d’aucuns se demandent avec qui elle couche, ou dans quel but, vous vous l’êtes demandé ?

SMITH
Je n’en ai pas souvenir, non.
WESSON
Avec ses clients !

SMITH
Bien sûr.
WESSON
Une putain, mais entendons-nous bien. Elle le fait par passion, elle ne se fait pas payer, il n’y a pas un dollar qui circule, c’est juste par passion. Une femme admirable. Vous logez à l’hôtel?

SMITH
J’y suis resté trois semaines.
WESSON
Rien passé ?
SMITH
Dans quel sens ?
WESSON
Avec Mme Higgins.
SMITH
Non, rien.
WESSON
Elle est assez exigeante.
SMITH
J’imagine.

WESSON
Elle a une préférence pour les avocats. Vous êtes avocat?
SMITH
Moi? Je suis météorologue.

WESSON
Mais encore?
SMITH
J’ai ma propre méthode pour prévoir le temps, je l’ai brevetée, ça fonctionne pas mal. J’utilise la statistique, vous connaissez?
WESSON
Donnez-moi un exemple.
SMITH
Prenons Chicago. Et prenons un jour de l’année. Disons le jour de Noël. Bon. Je sais quel temps il a fait le 25 décembre à Chicago ces soixante-dix-sept dernières années.
WESSON
Mais qui est assez con pour s’intéresser au temps qu’il a fait à Noël il y a dix ans?
SMITH
Moi. »

À propos de l’auteur
Alessandro Baricco est un écrivain, musicologue et homme de théâtre italien.
Après des études de philosophie et de musique, Alessandro Baricco s’oriente vers le monde des médias en devenant tout d’abord rédacteur dans une agence de publicité, puis journaliste et critique pour des magazines italiens.
En 1991, il publie, à 33 ans, son premier roman Châteaux de la colère, pour lequel il obtient, en France, le Prix Médicis étranger en 1995. Il a également écrit un ouvrage sur l’art de la fugue chez Gioacchino Rossini et un essai, L’Âme de Hegel et les Vaches du Wisconsin où il fustige l’anti-modernité de la musique atonale.
En 1993, il obtient le prix Viareggio pour son roman Océan mer. En 1994, avec quelques amis, il fonde et dirige à Turin une école de narration, la Scuola Holden – ainsi nommée en hommage à un personnage de J. D. Salinger – une école sur les techniques de la narration.
Passionné et diplômé en musique, Alessandro Baricco invente un style qui mélange la littérature, la déconstruction narrative et une présence musicale qui rythme le texte comme une partition.
Désireux de mêler ses textes à la musique pour les enrichir (puisqu’il les construit dans cet esprit), il demande au groupe musical français Air de composer une musique pour City (2001).
Il a également présenté des émissions à la télévision italienne (RAI) sur l’art lyrique et la littérature. Il est un des collaborateurs du journal La Repubblica où il a publié en 2006 un feuilleton, intitulé Les Barbares.
En 2008, il écrit et réalise son premier film, Lezione 21. En février 2014, il révèle qu’il aurait décliné une proposition de devenir ministre de la Culture. Alessandro Baricco vit actuellement à Rome avec sa femme et ses deux fils. (Source : Babelio)

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La saison des feux

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En deux mots:
Quand Mia et sa fille Pearl s’installent à Shaker Heights, dans la banlieue chic de Cleveland, elles ne se doutent pas combien cette décision va bousculer la communauté, à commencer par celle des Richardson et de leurs quatre enfants.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

«Allumer le feu et faire danser les diables et les dieux»

Dans ce second livre traduit en français, Celeste Ng confirme son talent. L’auteur de «Tout ce qu’on ne s’est jamais dit» s’y montre aussi incisive qu’impitoyable.

Avec deux livres, Celeste Ng impose déjà sa patte sur la littérature américaine contemporaine. Son sens de l’observation et son analyse très fine de la société l’ont propulsé au rang de figure de proue de la jeune génération d’écrivains d’Outre-Atlantique. Avec d’excellentes raisons, à commencer par un sens diabolique de la construction dramatique.
Si «Tout ce qu’on ne s’est jamais dit» s’ouvrait avec la découverte d’une jeune fille noyée dans un lac, ce nouvel opus commence également par un fait divers, une énigme: un incendie vient perturber la vie tranquille des habitants de Shaker Heights dans la banlieue chic de Cleveland. Une banlieue que l’auteur connaît bien pour y avoir vécu de 1990 à son départ pour l’université en 1998. C’est du reste l’époque où elle situe cet acte malveillant initial. Car d’après les pompiers, l’origine criminelle ne fait aucun doute, ayant découvert un accélérateur et plusieurs foyers simultanés.
Cette image des feux qui s’allument un peu partout va dès lors accompagner le lecteur. Car ils vont très vite découvrir que derrière les façades sages, le calme et la sérénité apparents, il suffira d’une étincelle pour allumer le feu et, comme le chantait Johnny Halliday, «faire danser les diables et les dieux».
Les regards vont très vite se tourner du côté des moutons noirs, des habitants qui sont «différents», à commencer par Izzy, la fille rebelle des Richardson qui aurait très bien pu mettre le feu à la maison familiale.
Puis le regard va se porter vers Mia Warren et sa fille Pearl qui ne cadrent pas non plus avec les habitants-modèle du quartier. Depuis qu’elles sont arrivées, leur passé bohème a vite fait de leur coller une réputation de marginales.
Izzy n’était-elle du reste pas liée avec Pearl? Et Mia ne travaillait-elle pas pour Elena Richardson qui lui louait également un appartement? Et comme en plus, elle semble avoir disparu sans laisser de traces…
Seulement voilà, lorsque l’on désigne aussi rapidement des coupables, c’est que l’on a envie d’évacuer une affaire avec laquelle on ne se sent pas vraiment à l’aise. Et tout le talent de Celeste Ng consiste à nous faire découvrir peu à peu les failles des uns et des autres, de ces familles «bien sous tous rapports». Mais il n’y a qu’à creuser un peu sous le vernis pour découvrir frustrations, envies, jalousies et convoitises.
Izzy trouve en Mia l’artiste le modèle de la femme libre qu’elle rêve d’être. Son frère Moody tombe amoureux de Pearl qui, après des années d’errance et de difficultés financières rêve du mode de vie des Richardson. Du coup Elena s’affole…
Flash-back. Nous partons à New York où Mia a suivi une formation à l’art et où son «œil» a été repéré par une galeriste. Mais elle va devoir rentrer faute de pouvoir continuer à financer ses études. C’est à ce moment qu’elle rencontre les Ryan qui lui proposent d’être une mère-porteuse et lui font un pont d’or. Une proposition qu’elle va finir par accepter.  Pendant le restant de sa vie, Mia se demanderait à quoi aurait ressemblé son existence si elle n’était pas allée au restaurant ce jour-là. Sur le coup, ça avait ressemblé à une plaisanterie: juste un moyen de satisfaire sa curiosité et d’avoir un bon repas par-dessus le marché. Par la suite, bien entendu, elle comprendrait que ça avait tout changé pour toujours.»
Voilà le roman qui bascule à nouveau ou plutôt qui s’enrichit de nouvelles problématiques qui vont relier toutes ces femmes et toutes ces filles, à commencer par leur place dans la société, leur légitimité, leurs droits et devoirs.
Un passionnant chassé-croisé orchestré par une plume incisive qui n’hésite pas à remettre sur le devant de la scène la lutte des classes ou le racisme avec une subtilité qui ne fait que donner encore davantage de poids à la démonstration. Magistral!

La saison des feux
Celeste Ng
Sonatine Éditions
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Fabrice Pointeau
384 p., 21 €
EAN : 9782355846502
Paru le 5 avril 2018

Où?
Le roman se déroule aux États-Unis, plus précisément à Shaker Heights dans la banlieue de Cleveland dans l’Ohio, à Silver Springs, mais aussi à New York.

Quand?
L’action se situe de la fin du XXe siècle à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Quand le voile des apparences ne peut être déchiré, il faut parfois y mettre le feu.
À Shaker Heights, banlieue riche et tranquille de Cleveland, tout est soigneusement planifié pour le bonheur des résidents. Rien ne dépasse, rien ne déborde, à l’image de l’existence parfaitement réglée d’Elena Richardson, femme au foyer exemplaire.
Lorsque Mia Warren, une mère célibataire et bohème, vient s’installer dans cette bulle idyllique avec sa fille Pearl, les relations avec la famille Richardson sont d’abord chaleureuses. Mais peu à peu, leur présence commence à mettre en péril l’entente qui règne entre les voisins. Et la tension monte dangereusement à Shaker Heights.
Après Tout ce qu’on ne s’est jamais dit (Sonatine Éditions, 2016), Celeste Ng confirme avec ce deuxième roman son talent exceptionnel. Rarement le feu qui couve sous la surface policée des riches banlieues américaines aura été montré avec tant d’acuité. Cette comédie de mœurs, qui n’est pas sans rappeler l’univers de Laura Kasischke, se lit comme un thriller. Avec cette galerie de portraits de femmes plus poignants les uns que les autres, c’est aussi l’occasion pour l’auteur d’un constat d’une justesse étonnante sur les rapports sociaux et familiaux aujourd’hui.

Les critiques
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Bande-annonce de La Saison des Feux, par Celeste Ng © Production Hachette livre

Les premières pages du livre
« Que vous optiez pour un terrain constructible dans la zone des écoles, de vastes hectares de terre sur le domaine de Shaker Country, ou l’une des maisons offertes par notre société dans divers quartiers, votre achat inclura des installations pour le golf, l’équitation, le tennis, la navigation de plaisance; il inclura également des écoles inégalables ; et il vous assurera une protection éternelle contre la dépréciation et le changement non désiré. »
Publicité de la compagnie Van Sweringen, créateurs et développeurs de Shaker Village

« Au fond, cependant, tout bien considéré, les habitants de Shaker Heights sont très semblables à ceux du reste de l’Amérique. Ils ont peut-être trois ou quatre voitures au lieu d’une ou deux, et deux téléviseurs au lieu d’un seul, et quand une fille de Shaker Heights se marie, elle aura peut-être droit à une réception pour huit cents personnes avec l’orchestre de Meyer Davis venu de New York, au lieu d’une réception pour cent personnes avec un groupe local, mais ce sont des différences de degré plus que des différences fondamentales. « Nous sommes des gens chaleureux et nous passons des moments merveilleux! » déclarait récemment une femme au country club de Shaker Heights, et elle avait raison, car les habitants de l’Utopie semblent en effet mener une vie plutôt heureuse. »
«The Good Life in Shaker Heights», Cosmopolitan, mars 1963

« Tout le monde à Shaker Heights en parlait cet été-là : du fait qu’Isabelle, la dernière des enfants Richardson, avait finalement perdu la raison et mis le feu à la maison. Tous les ragots du printemps avaient tourné autour de la petite Mirabelle McCullough, et maintenant, enfin, il y avait un nouveau sujet de conversation sensationnel. Peu après midi ce samedi de mai, les clients qui poussaient leur caddie de courses chez Heinen’s avaient entendu les camions de pompiers se mettre à hurler et foncer vers la mare aux canards. À midi et quart, il y en avait quatre garés en une file rouge désordonnée dans Parkland Drive, où chacune des six chambres de la maison des Richardson était en flammes. Et quiconque se trouvait dans un rayon de huit cents mètres voyait la fumée qui s’élevait au-dessus des arbres comme un nuage d’orage noir et dense. Plus tard, on dirait que les signes avaient tout le temps été là : qu’Izzy était un peu cinglée, qu’il y avait toujours eu quelque chose qui clochait dans la famille Richardson, que dès qu’ils avaient entendu les sirènes ce matin-là ils avaient su qu’une chose terrible s’était produite. Alors, bien entendu, Izzy serait depuis longtemps partie, ne laissant derrière elle personne pour la défendre, et les gens pourraient – et ils ne s’en priveraient pas – dire tout ce qui leur plairait. À l’instant où les camions de pompiers étaient arrivés, cependant, et pendant un bon bout de temps par la suite, personne ne savait ce qui se passait. Les voisins s’étaient massés aussi près que possible de la barrière de fortune – une voiture de police garée de travers à quelques centaines de mètres – et avaient regardé les pompiers dérouler leurs lances avec la mine sombre d’hommes qui savaient que la cause était entendue. De l’autre côté de la rue, les oies de la mare plongeaient la tête sous l’eau en quête d’herbes, totalement indifférentes à l’agitation.
Mme Richardson se tenait sur la pelouse arborée, serrant fermement le col de son peignoir bleu pâle. Bien qu’il fût midi passé, elle dormait encore quand les détecteurs de fumée avaient retenti. Elle s’était couchée tard et avait volontairement fait la grasse matinée, estimant qu’elle le méritait après une journée plutôt difficile. La veille au soir, elle avait regardé depuis une fenêtre à l’étage tandis qu’une voiture s’immobilisait finalement devant la maison. L’allée était longue et circulaire, formant un profond arc en fer à cheval qui reliait le trottoir à la porte puis retournait vers la rue, qui se trouvait à une bonne trentaine de mètres, trop loin pour qu’elle puisse la distinguer clairement, d’autant que même en mai, à huit heures du soir, il faisait presque nuit. Mais elle avait reconnu la petite Volkswagen marron clair de sa locataire, Mia, dont les phares brillaient. La portière côté passager s’était ouverte et une silhouette élancée était descendue sans la refermer : la fille adolescente de Mia, Pearl. Le plafonnier éclairait l’intérieur de la voiture comme une petite vitrine, mais le véhicule était rempli de sacs presque jusqu’au plafond, et Mme Richardson apercevait tout juste le contour vague de la tête de Mia, le chignon négligé perché au sommet de son crâne. Pearl s’était penchée au-dessus de la boîte à lettres, et Mme Richardson s’était imaginé le léger grincement tandis que le battant s’ouvrait, puis se refermait. Pearl était ensuite vivement retournée dans la voiture et avait repoussé la portière. Les feux de stop avaient rougeoyé, avant de disparaître, et la voiture s’était éloignée en crachotant dans la nuit de plus en plus sombre. Avec un certain soulagement, Mme Richardson était descendue à la boîte à lettres et avait trouvé un jeu de clés sur un simple anneau, sans un mot. Elle avait prévu de se rendre à la maison de location de Winslow Road dans la matinée pour l’inspecter, même si elle savait déjà qu’elles seraient parties. »

Extraits:
« Alors ils avaient d’abord eu Lexie, en 1980, puis Trip l’année suivante et Moody celle d’après, et Mme Richardson avait été secrètement fière de voir que son corps était si fertile, si endurant. Elle marchait avec Moody dans sa poussette pendant que Lexie et Trip lui emboîtaient le pas, chacun agrippant sa jupe comme des éléphanteaux suivant leur mère, et les gens dans la rue marquaient un temps d’arrêt : cette jeune femme élancée ne pouvait pas avoir porté trois enfants, si ? « Juste un de plus », avait-elle dit à son mari. Ils avaient convenu de les avoir tôt pour qu’ensuite Mme Richardson puisse retourner au travail. Dans un sens, elle aurait aimé rester à la maison, simplement être avec ses enfants, mais sa mère avait toujours méprisé les femmes au foyer. « Elles gâchent leur potentiel, affirmait-elle d’un ton dédaigneux. Tu as une tête bien faite, Elena. Tu ne vas pas juste rester à la maison et tricoter, n’est-ce pas ? » Une femme moderne, avait-elle toujours laissé entendre, pouvait – non, devait – tout avoir. Alors, après chaque naissance, Mme Richardson avait repris le travail, rédigeant les gentils articles que son rédacteur demandait, puis elle rentrait à la maison pour dorloter ses petits, attendant l’arrivée du prochain. »

« Pour elle, c’était simple: Bebe Chow avait été une mauvaise mère; Linda Mc Cullough en avait été une bonne. L’une avait suivi les règles, l’autre non. Mais le problème avec les règles, songea-t-il, c’était qu’elles supposaient une bonne et une mauvaise manière de faire les choses. Alors qu’en fait, la plupart du temps, il y avait simplement des manières différentes, dont aucune n’était totalement mauvaise ou totalement bonne, et il n’y avait rien pour vous indiquer de quel côté de la ligne de démarcation vous vous trouviez. Il avait toujours admiré l’idéalisme de sa femme, sa certitude que le monde pouvait être amélioré, pacifié, peut-être même être rendu parfait. Et pour la première fois il se demanda s’il voyait les choses du même œil. »

À propos de l’auteur
Celeste Ng vit dans le Massachusetts. Après Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, La Saison des feux est son deuxième roman publié chez Sonatine Éditions. (Source : Sonatine Éditions)

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L’imprimeur de Venise

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En deux mots:
En suivant Paolo qui entend faire connaître l’œuvre de son père, Alde Manuce, on découvre l’histoire des débuts de l’imprimerie et un nouveau pan de l’Histoire de Venise.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Crise dans l’édition… en 1500!

L’Espagnol Javier Azpeitia nous entraîne à Venise au début des années 1500 sur les pas des imprimeurs. Un passionnant roman historique construit comme un thriller.

Sur les pas d’un imprimeur du XVIe siècle, on découvre que dès les origines les acteurs de la chaîne du livre étaient confrontés aux questions qui agitent aujourd’hui encore le monde de l’édition. Si aujourd’hui on assiste à une redéfinition complète du secteur du fait de la transition numérique, en 1530 il s’agissait de définir un modèle dans lequel les mêmes questions de rémunération des auteurs, d’évolution des techniques ou encore de diffusion se posaient.
Mais, outre ce jeu de miroir qui ravira tous ceux qui s’intéressent à l’univers du livre, c’est sa construction subtile qui fait l’attrait de ce roman. Car Javier Azpeitia, qui enseigne la littérature et l’écriture créative à l’université de Salamanque, s’est d’abord distingué pour son roman noir intitulé Hypnos, couronné par le prix Hammet international du roman policier. Avec ce roman historique, il reste fidèle à son sens de l’intrigue et au suspense savamment orchestré.
Tout commence avec l’arrivée à Modène de Paolo Manuce. Nous sommes le 23 avril 1530. Le fils d’Alde Manuce (aussi connu sous le nom d’Alde l’Ancien) vient rendre visite à la veuve d’Andrea Torresani (ou Torresano). Dans ses bagages quelques livres, mais surtout le manuscrit qu’il a consacré à son père. Un hommage épique – et sans doute joliment embelli – à la gloire de ce pionnier. « Révèle-moi tout, Déesse, sur l’étonnant Alde Pio Manuce Romano, ce savant qui à Venise donna un nouveau sens à la lecture en transformant le papier en or. Parle-moi de l’inventeur sacré du livre transportable qui changea la façon de lire, de l’inventeur sacré de la page aux amples marges blanches, de la marque imprimerie, de la mise en pages en vis-à-vis de l’édition bilingue, de la typographie romaine et de la cursive rapide, de la ponctuation, de la pagination et des tables des matières, du catalogue de prix… »
On imagine la jubilation de l’auteur à faire revivre ces personnages réels en laissant le soin au roman de combler les vides biographiques. Si la motivation du jeune Alde arrivant à Venise pour créer une imprimerie et diffuser les grands classiques de la littérature grecque ne saurait guère être remise en doute, il n’en va peut-être pas de même s’agissant de sa candeur et de son innocence. Mais on s’amuse de son émoi lorsqu’il se retrouve pour la première fois sur une gondole avec une femme inconnue, on frémit lorsqu’il est victime d’un voleur de manuscrits, on partage avec lui les difficultés de l’entrepreneur qui, deux ans après son installation, n’a toujours pas produit le moindre ouvrage, notamment parce que les Allemands qui avaient vendu la presse à imprimer s’étaient envolés avant de la monter. On l’encourage dans sa volonté d’en savoir toujours plus, d’étudier aux côtés de Nicolas Jenson. On tremble avec lui lorsque ses beaux projets se heurtent à la censure, à la réprobation des élites qui ne voient pas d’un bon œil cette entreprise de diffusion du savoir au plus grand nombre. Mais on applaudit à cette idée, maintes fois utilisée depuis, d’imprimer dans un prologue une diatribe indignée à l’encontre du texte publié pour éviter l’indignation ecclésiastique. Enfin, on peut se réjouir de l’idée de publier de petits volumes en cursive et de lancer les premiers best-sellers en livre de poche signés Lucrèce, Virgile, Horace, Juvénal, Perse, Catulle, Tibulle, Pétrarque, Dante ou encore Sophocle et Euripide en grec. Ces « petits livres que tout le monde appelait désormais aldins, au format in-octavo, il était manifeste qu’ils avaient changé la façon de lire, poursuivait Paolo de plus en plus déterminé. Avait-on déjà vu autant de personnes paradant dans la rue, leur livre sous le bras, loin de leurs obscurs cabinets? Et de jeunes lisant dans leurs jardins des livres autres que de prières?»
Intrigues, espionnage, lutte pour les meilleurs auteurs et recherche d’avantages concurrentiels grâce à l’élaboration de nouvelles techniques d’impression et de reliure forment des épisodes aussi passionnants que documentés, tout comme la chasse aux contrefaçons qui se multiplient dans toute l’Europe.
N’oublions pas le mariage qui se profile entre Alde Manuce et Maria Torresani, la fille de son associé, et qui vient mettre une note sentimentale dans cette quête avec – entre autres – une nuit de noces à rebondissements. Car l’éditeur de Sur l’amour d’Épicure ne saurait déchoir.
On ne saurait, pour finir, que recommander de mettre en pratique la phrase qui accompagne la marque de cet éditeur – un dauphin s’enroulant autour d’une ancre – pour déguster ce livre : Festina lente (Hâte-toi lentement).

L’imprimeur de Venise
Javier Azpeitia
Éditions JC Lattès
Roman
traduit de l’espagnol par Anne Plantagenet
350 p., 21,50 €
EAN : 9782709659239
Paru le 14 mars 2018

Où?
Le roman se déroule principalement à Venise, mais également à Rome, Modène, Ferrare, Mantoue ou Carpi. On y évoque aussi d’autres centres européens de l’imprimerie tels que Lyon, Paris, Francfort, Anvers, Bâle ou Buda.

Quand?
L’action se situe au tournant des XVe et XVIe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
En 1530, un jeune homme se présente dans une maison de la région de Modène, pour rencontrer la veuve d’Alde Manuce, le célèbre imprimeur vénitien. Il veut lui montrer le texte qu’il a écrit sur sa vie, sans savoir que la véritable histoire de Manuce n’a rien à voir avec le ton épique du récit qu’il a imaginé autour du héros de l’imprimerie.
En effet, lorsqu’en 1489, Alde Manuce arrive à Venise dans le but de réaliser des éditions raffinées des nombreux trésors grecs qu’il connaît, il doit faire face à de nombreuses difficultés auxquelles il ne s’attendait pas: vol de manuscrits, censure des puissants contre la diffusion de l’épicurisme, obligations commerciales d’Andrea Torresani, patron de l’imprimerie… Quand il se met en tête d’épouser la fille d’Andrea Torresani, les obstacles se multiplient encore.
Avec une juste dose d’ironie et une érudition discrète, L’Imprimeur de Venise recrée de manière éblouissante l’origine de l’édition à travers des personnages pionniers, dans une ville folle. L’époque de crise que traverse Venise n’est pas sans rappeler les défis du présent…

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Les premières pages du livre 
Parmi les différents types qui constituent l’espèce humaine, l’un des plus étranges est celui formé par les êtres qui renoncent à vivre le monde pour le lire. Des spécimens tous très semblables, faciles à distinguer à cause de leurs carences, si particulières. En général ils mènent des existences éteintes, plus encore par rapport à celles, enflammées, qu’ils découvrent dans leurs lectures. Leurs yeux ne brillent jamais face aux autres, uniquement dans la solitude de leurs cabinets. Là, entourés de paperasses, à la lueur malsaine de bougies, ils plongent dans un fleuve de mots où ils affirment trouver tout ce que les autres recherchent dans les rues des villes et sur les chemins perdus de la terre.
Souvent, entraînés par ce tourbillon qui les attend chaque matin dans leur bibliothèque, il n’est pas rare que ces hommes considèrent leur corps comme un compagnon gênant dont il est prudent d’ignorer les désirs, dans la mesure du possible. Par conséquent, pour beaucoup d’entre eux l’amour est juste une fiction, une de ces fables illustrant la folie où tombent ceux qui n’ont pas étudié les traités de mise en garde contre lui.
Parfois, il arrive qu’un de ces hommes étranges soit amené, à cause d’une ambition pénible ou du désir peut-être d’être utile aux autres, à affronter par mégarde le monde et à débarquer à un endroit de la chrétienté avec une malle de livres pour tout équipage, perdu loin de sa tanière, comme s’il venait d’être chassé du ciel et était soudain tombé là. Alors, les fantasmes dont il recouvrait son existence s’effondrent, et il se rend compte que sur le plan pratique il est totalement bon à rien. La réalité, finalement, cesse de s’écouler page après page et soudain la vie arrive, s’imposant avec toute sa spontanéité inopportune…
Des pensées de ce genre occupèrent l’esprit de Maria de Torresani, veuve de l’imprimeur Alde Manuce, dès l’instant où elle aperçut une litière portée par des ânes sur le chemin qui divisait l’horizon en deux. Ou plutôt dès qu’elle reconnut l’enseigne du véhicule, une tour flanquée de deux majuscules anciennes : A et T, initiales de la maison d’un autre imprimeur, Andrea Torresani, son père, mort lui aussi depuis des années.
Comme elle le faisait souvent en fin de journée, Maria était montée dans la petite loggia qui se trouvait en haut de sa villa de Novi, à Modène. Elle devait avoir désormais la cinquantaine. Quand ses cheveux étaient devenus blancs elle n’avait pas attendu deux semaines pour les teindre au henné, ce qui donnait également à son regard une teinte rouge.
Si on en croit le chroniqueur vénitien Marin Sanudo, invité à cette période dans la villa de Maria, nous étions le 23 avril 1530.
Lorsque la litière arriva enfin dans la cour pavée de la villa, la lumière du soleil couchant allongea verticalement l’ombre de la cabine, lui donnant un air spectral. Assis dedans, le voyageur dormait profondément, la tête appuyée contre la paroi en bois.
L’âne de devant se dirigea avec détermination vers un abreuvoir situé sur un côté de la cour. Une source déversait un petit jet d’eau qui, débordant du bassin en bois, serpentait ensuite dans une rigole en direction de jardinières pleines de rosiers. Et, comme prolongeant l’impulsion vitale de la rigole, les rosiers truffés de fleurs grimpaient sur la pierre de la façade de la villa, longeant sans la couvrir l’embrasure des fenêtres des deux étages jusqu’à la loggia d’où Maria suivait la scène.
Une très grande jeune fille, qui portait une robe chatoyante et un panier de fraises à la main, entra dans la cour en même temps que le véhicule. Elle comprit tout de suite que les animaux avançaient sans contrôle, et se dirigea à son tour vers l’abreuvoir, préoccupée. Mais quand elle vit que le voyageur s’était seulement endormi, elle se détendit, puis s’attarda un peu à le contempler, se demandant (du moins c’est ce que pensa Maria) ce qu’elle allait faire avec lui.
Il avait pour lui d’être presque aussi jeune qu’elle, devait juger la jeune fille aux fraises tandis qu’elle l’examinait, devina Maria. Il avait contre lui son apparence chétive et, sans aucun doute, son imprudence : seul et endormi en plein voyage, courant le risque d’être attaqué par des bandits, ce qui n’était en rien improbable dans le coin. De plus, il portait des habits luxueux jusqu’au ridicule, surtout l’extravagant capuchon bleu outre-mer, à la dernière mode de la cour, qu’il avait noué sur sa tête et dont la longue pointe tombait sur son épaule. On voyait qu’il venait de loin. La villa se trouvait à une demi-heure de route, à peine, de la citadelle de Novi, à Modène, mais il y avait facilement sept journées de voyage depuis Venise, siège de l’imprimerie d’Andrea Torresani.
La jeune fille aux fraises ne semblait pas remarquer que les deux ânes, accrochés à la litière par les brancards qui soutenaient celle-ci, l’un devant et l’autre derrière, avaient commencé une sourde bataille de position face à l’abreuvoir et la cabine s’agitait dangereusement. Le voyageur ouvrit alors les yeux et découvrit ceux de la jeune fille. Cela dura seulement un instant, car les sabots d’un âne glissèrent sur les pavés et les deux bêtes tombèrent par terre, renversant la cabine dans l’eau.
Les jeunes gens crièrent en même temps. Le voyageur se débattit et se retrouva assis sur le bassin, louchant vers la jeune fille, son gros sac de voyage trempé à côté de lui et le pompon du capuchon gouttant, décomposé, sur sa tête.
La jeune fille aux fraises le contempla, figée, les yeux grands ouverts et les lèvres pincées, puis ne put se retenir davantage de rire.
— Les livres! s’écria le voyageur, cherchant autour de lui.
Mais la malle aux livres, attachée derrière la cabine de la litière, avait été épargnée du désastre. La jeune fille finit par réagir et tendit au garçon une main qu’il prit avec la délicatesse appropriée. C’était un jeune homme très bien élevé.
— Je te remercie beaucoup pour ton aide, dit-il une fois hors de l’eau, tâchant de retrouver bonne figure. C’est bien la villa de Maria Torresani de Manuce?
— Oui… le Jardin. Tu ne serais pas un des fils de Maria… Paolo? demanda-t-elle à son tour.
Elle avait beaucoup entendu parler de chaque membre de la famille de son hôtesse. Chaque printemps, elle venait de Mirandola au Jardin et ne partait pas avant le milieu de l’automne.
En guise de réponse, Paolo Manuce ôta le capuchon mouillé de sa tête et esquissa une révérence stupide en ouvrant les bras.

Extrait
« Alde souriait aussi, flottant, sans oser la regarder. Jamais, en quarante et quelques années de vie consacrée à l’étude et à l’enseignement des lettres il ne s’était trouvé si près d’une femme qui ne fût pas sa mère ni une de ses sœurs. Il avait beau essayer, impossible d’éviter le contact avec son épaule, si nue, et même s’il s’était efforcé de ne pas croiser son regard un seul instant, il devinait la blancheur fantomatique de son visage imprégné de céruse, la vivacité de ses yeux bridés ombrés de bleu, l’épaisseur de ses lèvres brillantes, enduites de miel. Pour comble de malheur, de ses épaules et de la naissance de sa poitrine, du très large décolleté carré de sa robe, émanait un parfum de fleurs, endiablé, bouillant, ou peut-être était-ce de ses cheveux, des tresses qui s’enroulaient comme un serpent tranquille et doré autour de sa coiffe écarlate. »

À propos de l’auteur
Javier Azpeitia est né à Madrid en 1962. Il est l’auteur de nombreux romans, dont Hypnos, paru chez JC Lattès en 2003, récompensé par le prix Hammet international du roman policier. Il enseigne aujourd’hui la littérature et l’écriture créative à l’université de Salamanque. (Source : Éditions JC Lattès)

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La femme à la fenêtre

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En deux mots:
Anna Fox vit recluse dans son appartement et assiste, comme dans Fenêtre sur cour d’Hitchcock, à un meurtre dans l’appartement des voisins. Mais faut-il la croire, elle qui mélange les verres de vin aux médicaments et passe son temps à regarder des films noirs?

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Hitchcock revisité

Si vous aimez le cinéma d’Alfred Hitchcock, vous adorerez La femme à la fenêtre, premier thriller de l’Américain A.J. Finn qui nous livre une version machiavélique de Fenêtre sur cour.

C’est ce que l’on peut appeler un début fracassant. Ce premier roman a rapidement été un best-seller dans son pays d’origine, les États-Unis. Traduit dans une quarantaine de pays, il a déjà été vendu à plus de 20000 exemplaires en France. Enfin, A.J. Finn a aussi réussi à Séduire Joe Wright, le réalisateur de Orgueil et Préjugés et Les heures sombres, qui s’est lancé dans l’adaptation de ce roman très hitchcockien.
Et pour cause! Car l’auteur – qui s’appelle en réalité Daniel Mallory – a été éditeur de polars, mais s’est aussi nourri des films noirs que le cinéma d’art et d’essai de son quartier projetait régulièrement et dont on sent l’influence dès la scène d’ouverture.
Nous sommes dans le quartier de Harlem à New York. C’est là que vit Anna Fox. Traumatisée à la suite d’un accident et séparée de son mari et de sa fille, elle souffre d’agoraphobie et passe son temps à boire, regarder des films et à observer ses voisins, comme par exemple Mme Miller, cette ravissante voisine qui trompe son mari avec un artisan et qui est sur le point d’être surprise par le retour inopiné de ce dernier…
En fait, il ne s’agit que d’une mise en bouche. Quelques jours plus tard, elle n’aura qu’à déplacer son appareil photo vers un autre appartement, celui des Russell, pour découvrir une scène autrement plus grave: la femme sympathique et attentionnée qui lui a rendu visite un peu auparavant se fait tuer sous ses yeux! Les amateurs du genre auront reconnu un scénario proche de celui de Fenêtre sur cour. Sauf que l’auteur est assez malin pour brouiller les pistes et nous offrir un petit bijou de manipulations, fausses pistes et rebondissement final, ce dernier venant s’ajouter à un précédent épisode que le lecteur naïf aurait pu prendre comme la clé de ce mystère.
Si l’on se délecte des démêlés d’Anna Fox, c’est parce que tous les codes du genre y sont, mais qu’ils nous sont servis avec autant de malice que dextérité. Ainsi, quand la police débarque pour l’interroger en lui expliquant que Madame Russell est bien vivante et que son fils – qu’elle a également accueilli chez elle – confirme cette version, on en vient vraiment à se demander si elle n’a pas rêvé la scène. Après tout, elle est dépressive, mélange les bouteilles de merlot et les médicaments, et s’abreuve de films noirs au point de pouvoir en citer les dialogues.
Bien entendu, on ne dévoilera rien de plus sur l’intrigue. En revanche, il faut souligner l‘extrême habileté de la construction. Un peu comme les parties d’échecs qu’Anna dispute en ligne, le déplacement d’une pièce du dispositif narratif peut changer bien des choses. La clé, on le sait pourtant, est d’essayer de deviner les intentions de l’adversaire… et de ne pas se laisser distraire.
Ajoutons encore un mot sur l’ambiance. On croirait voir défiler les toiles d’Edward Hopper, un peu comme dans le film Shirley de Gustav Deutsch.


Cette solitude qui sourd, cette curieuse angoisse qui vous étreint, sans oublier cette bizarre impression de voyeurisme que l’artiste cultive par l’angle qu’il choisit pour nous raconter ses mises en scène. Et nous voilà de retour au cinéma !
Dans la droite ligne d’Apparences, de Gillian Flynn (devenu Gone Girl au cinéma) ou de La Fille du train de Paula Hawkins, «La Femme à la fenêtre appartient à ce type de livres singulier qu’il est impossible de lâcher.», comme le souligne Stephen King

La femme à la fenêtre
A.J. Finn
Presses de la Cité
Thriller
traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Maillet
528 p., 21,90 €
EAN : 9782258147218
Paru le 8 février 2018

Où?
Le roman se déroule aux Etats-Unis, plus précisément à New-York dans le quartier de Harlem.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Elle a tout vu, mais faut-il la croire?
Séparée de son mari et de leur fille, Anna vit recluse dans sa maison de Harlem, abreuvée de merlot, de bêtabloquants et de vieux polars en noir et blanc. Quand elle ne joue pas aux échecs sur internet, elle espionne ses voisins. Surtout la famille Russell – un père, une mère et un adorable ado –, qui vient d’emménager en face. Un soir, Anna est témoin d’un crime. Mais comment convaincre la police quand on doute soi-même de sa raison?

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Gérard Collard présente La femme à la fenêtre © Production La Griffe Noire

Les premières pages du livre: 
« Son mari ne va plus tarder. Ce coup-ci, c’est sûr, il va la surprendre.
Il n’y a ni rideaux ni stores au 212, la maison de ville couleur rouille qu’habitaient les Mott, de jeunes mariés, il n’y a encore pas si longtemps jusqu’à ce qu’ils défassent les liens du mariage. Je ne les ai jamais rencontrés, mais de temps à autre je jette un coup d’œil au profil du mari sur Linkedln et à la page Facebook de la femme. Leur liste de mariage est toujours chez Macy’s; si je voulais, je pourrais leur acheter une ménagère.
Bref, comme je le disais, les fenêtres du 212 sont dépourvues de tout ornement. La demeure, située en face de la mienne, semble poser sur moi un regard vide et, alors que je la contemple en retour, je vois la maîtresse de céans guider son artisan vers la chambre d’amis. Qu’a-t-clle de si spécial, cette maison, pour que l’amour y meure à coup sûr?
La femme est ravissante: une vraie rousse, aux yeux vert émeraude et au dos parsemé de minuscules grains de beauté. Beaucoup plus attirante en tout cas que son mari, John Miller, psychothérapeute – oui, il reçoit des couples en difficulté –, et l’un des 436 000 John Miller qu’on peut recenser sur Internet. Ce représentant particulier de l’espèce travaille près de Gramercy Park et n’accepte que les paiements en liquide. D’après l’acte de vente publié en ligne, il aurait payé cette propriété 3,6 millions de dollars. Son cabinet doit bien tourner.
J’en sais à la fois plus et moins sur elle. Il me paraît clair qu’elle ne s’intéresse pas à la décoration intérieure; les Miller ont emménagé il y a déjà huit semaines, pourtant leurs fenêtres sont toujours nues… Pfff! Elle va à son cours de yoga trois fois par semaine, dévale Ies marches avec son tapis magique roulé sous le bras, les jambes gainées d’un legging Lululemon. Et elle doit faire du bénévolat quelque part, car elle sort un peu après onze heures le lundi et le vendredi matin, au moment où je me lève, et revient vers cinq heures ou cinq heures et demie de l’après-midi, quand je me mets devant la télé pour mon film du soir. (Choix d’aujourd’hui: L’homme qui en savait trop, pour la énième fois. Moi, je suis la femme qui en a trop vu.)
J’ai remarqué qu’elle aimait bien boire un verre dans l’après-midi, comme moi. Est-ce qu’elle s’en sert également un le matin, comme moi?
Son âge reste un mystère, même si elle est assurément plus jeune que son psychothérapeute de mari, et sans doute plus jeune que moi (plus souple aussi). Je n’ai aucune idée non plus de son prénom. Je l’ai baptisée Rita, comme Rita Hayworth dans Gilda. «Je ne suis pas le moins du monde intéressée.» J’adore cette réplique.
Intéressée, moi, je le suis. Beaucoup. Pas par son corps – chaque fois que j’aperçois dans le viseur de mon appareil photo la ligne pâle de sa colonne vertébrale, ses omoplates saillantes, pareilles à deux moignons d’ailes ou le soutien-gorge bleu pastel emprisonnant ses seins, je détourne les yeux –, mais par la façon dont elle mène sa vie. Ses vies, plus exactement: elle en a deux de plus que moi.
Son mari a débouché au coin de la rue il y a quelques minutes, peu après midi. Il n’y avait pas longtemps que sa femme avait refermé la porte d’entrée sur elle et l’artisan. Ce retour impromptu relève de l’anomalie: le dimanche, M. Miller revient toujours chez lui à trois heure et quart. Il est réglé comme une horloge.
Pourtant, c’est bien lui qui avance sur le trottoir, soufflant par la bouche, sa mallette se balançant au bout de son bras, son alliance scintillant au soleil. Je zoome sur ses pieds: mocassins couleur sang de bœuf, impeccablement cirés, brillant dans la lumière automnale.
J’oriente le viseur vers sa tête. Mon Nikon D5500, équipé d’une lentille Opteka, ne rate pas grand chose : tignasse grisonnante en bataille, fines lunettes bon marché, îlots de barbe naissante dans le creux de ses joues. Il apporte indéniablement plus de soin à ses chaussures qu’à son apparence.
Retour au 212, où Rita et l’artisan sont en train de se dévêtir en toute hâte. Je pourrais appeler les Renseignements, téléphoner chez elle et la prévenir… Je ne le ferai pas. Observer les autres, c’est comme tourner un documentaire animalier : on ne se mêle pas de la vie des bêtes.
M. Miller n’est peut-être plus qu’à trente secondes de la porte. La bouche de sa femme se pose dans le cou de l’artisan. Son chemisier s’envole.
Encore quatre pas. Cinq, six, sept. Vingt secondes à présent, maximum.
Elle saisit entre ses dents la cravate de son amant. Lui sourit. Ses mains s’activent sur les boutons de la chemise qu’il porte encore, tandis qu’il lui mordille l’oreille.
John Miller saute par-dessus une dalle du trottoir descellée. Quinze secondes.
Je peux presque entendre le bruissement de la cravate qui glisse sur le col de l’artisan, avant que Rita la fasse voltiger dans la chambre.
Dix secondes. Je zoome de nouveau, avec l’impression de sentir l’objectif de l’appareil frémir sous mes doigts. La main de M. Miller s’enfonce dans sa poche, en sort un trousseau de clés. Sept secondes.
Elle défait sa queue-de-cheval, laisse cascader ses cheveux sur ses épaules. »

À propos de l’auteur
Avec son premier roman, l’Américain A. J. Finn a fait une entrée fracassante dans le monde du thriller. Vendu à plus de trente-huit pays en un temps record, La Femme à la fenêtre s’annonce comme le phénomène éditorial de 2018. La Fox est déjà en train de l’adapter pour le grand écran. (Source : Presses de la Cité)

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Max et la grande illusion

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que le premier roman d’Emanuel Bergmann a été un best-seller dans son pays, l’Allemagne et qu’il s’est déjà vendu dans dix pays. Coup de maître pour un coup d’essai, la magie de ce livre est de créer des illusions impressionnantes dans l’esprit des lecteurs et des émotions dans le cœur des gens.

2. Parce que la construction du roman, faisant des allers-retours entre le Prague des années trente et le Los Angeles d’aujourd’hui est aussi audacieuse que réussie et parce que le personnage du petit Max est très attachant. Avec lui, on a envie de croire au «Sortilège de l’amour éternel», le tour du Grand Zabbatini, qui pourrait empêcher le divorce de ses parents.

3. Parce que l’amour du cinéma transparaît à travers les scènes et les descriptions, à tel point que l’on se sent au cœur de l’action, que l’on «voit» les personnages se mouvoir, bref que l’on se fait son propre cinéma. Inutile d’ajouter que l’on comprend d’emblée le potentiel de ce roman sur grand écran.

Max et la grande illusion
Emanuel Bergmann
Éditions Belfond
Roman
traduit de l’allemand par Mathilde J. Sobottke
340 p., 22,50 €
EAN : 9782714474827
Paru en septembre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Audacieux et original, un premier roman qui nous entraîne dans un voyage rocambolesque, du Prague des années trente au Los Angeles de nos jours. Histoire d’une amitié improbable entre un enfant aux rêves plein la tête et un vieil homme perdu, une œuvre lumineuse, pleine d’émotion, de drôlerie et d’une irrésistible tendresse.
Avant d’être un vieillard cynique et désabusé, Mosche, fils du rabbin Goldenhirsch, était le Grand Zabbatini, un illusionniste de génie. Ah, ça, il fallait le voir envoûter les foules sur les plus prestigieuses scènes européennes! Les grands de ce monde comme les petites gens, tous, même le chancelier Hitler, se pressaient à ses spectacles.
Et puis il y eut la guerre, les camps, la honte, la fuite, l’oubli. Et Mosche coule désormais des jours mornes dans une maison de retraite miteuse à Los Angeles.
Ce qu’il ignore, c’est que quelqu’un le cherche.
Depuis que ses parents lui ont annoncé leur intention de divorcer, Max, dix ans, a le cœur brisé. L’espoir renaît le jour où il tombe sur un vieux vinyle. Sur la pochette, un drôle de personnage et un titre intrigant, Le Sortilège de l’amour éternel. La voilà, la solution! S’il parvient à reproduire le tour, ses parents se réconcilieront. Max n’a bientôt plus qu’une idée en tête: retrouver ce magicien, le Grand Zabbatini…

Les critiques
Babelio 
Publik’Art (Bénédicte de Loriol)
MicMag (Marie Torres)
Blog Les mots de la fin
Blog Doc Bird

Les premières pages du livre

Extrait
« Ça marche, un portable? ». Zabbatini hocha la tête d’un air paternaliste; à vrai dire, il aurait aimé que ce soit un objet plus romantique. Lorsqu’il avait commencé à montrer ce tour, à Berlin, les objets qu’on lui présentait étaient bien plus jolis. À l’époque, les gens possédaient encore des montres à gousset sur lesquelles étaient gravées des mots affectueux que l’on pouvait lire à voix haute, ils avaient des boutons de manchette et des épingles de cravate à leurs initiales, ou encore des mouchoirs aux broderies sophistiquées. Le monde était moins impersonnel. Et aujourd’hui? Aujourd’hui, tout le monde avait le même téléphone, de la même marque, et pourtant ils se prenaient pour des individualistes. »

À propos de l’auteur
Emanuel Bergmann est né en 1972 à Sarrebruck, en Allemagne. Après son lycée, il s’installe à Los Angeles pour étudier le cinéma et le journalisme. Passionné par la magie du grand écran, il a travaillé pour différents studios de cinéma, compagnies de production et éditeurs indépendants. Il partage actuellement son temps entre enseignement, traduction et écriture. Son premier roman, Max et la grande illusion, a été un best-seller en Allemagne et s’est vendu dans une dizaine de pays.
Pour ce brillant coup d’essai, Bergmann a puisé son inspiration au cœur de son enfance, du divorce de ses parents et de l’amour inconditionnel qu’il porte au cinéma. Une expérience riche et intense dont il s’est nourri pour brosser le portrait du petit Max, jeune garçon aussi touchant que déterminé, et nous plonger dans un univers coloré, foisonnant et vibrant d’authenticité. (Source : Éditions Belfond)

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L’obscure clarté de l’air

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que le nouveau roman de l’auteur de Sukkwan Island a déjà été accueilli par une presse dithyrambique outre-manche. Le Times a, par exemple, écrit «Le génie de Vann tient dans sa capacité à renverser d’un trait de plume l’image élégante et policée, un peu figée, que nous avons des mythes grecs pour révéler le squelette décharné de temps ancestraux. »

2. Parce que, comme l’écrit Hubert Artus dans Lire: « Plus qu’une relecture moderne [de Médée], on apprécie la dimension féminine, sensuelle et parfois sexuelle générée par une langue et des dialogues contemporains.[…] Comme souvent chez Vann, la nature renvoie l’être humain à son animalité, à son éternité. À sa petitesse et à sa grandeur. »

3. Parce que l’auteur aime les poissons et la France. Président de la seconde édition de «Livres dans la boucle», à Besançon, il a annoncé qu’il reviendra l’an prochain pour une résidence dans le but d’apprendre le français. Son rêve serait même « d’écrire un grand roman français dans cette Franche-Comté qu’il aime beaucoup malgré son rude climat. »

L’obscure clarté de l’air
David Vann
Éditions Gallmeister
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Laura Derajinski
272 p., 23 €
EAN : 9782351781258
Paru en octobre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Née pour détruire les rois, née pour remodeler le monde, née pour horrifier et briser et recréer, née pour endurer et n’être jamais effacée. Hécate-Médée, plus qu’une déesse et plus qu’une femme, désormais vivante, aux temps des origines ”. Ainsi est Médée, femme libre et enchanteresse, qui bravera tous les interdits pour maîtriser son destin. Magicienne impitoyable assoiffée de pouvoir ou princesse amoureuse trahie par son mari Jason? Animée par un insatiable désir de vengeance, Médée est l’incarnation même, dans la littérature occidentale, de la prise de conscience de soi, de ses actes et de sa responsabilité.
Dans une langue sublime et féroce, David Vann fait une relecture moderne du mythe de Médée dans toute sa complexe et terrifiante beauté. Le portrait d’une femme exceptionnelle qui allie noirceur et passion dévorante.

Les critiques
Babelio
Télérama (Christine Ferniot)
Blog Les passions de Chinouk

Les premières pages du livre
« Son père, un visage doré dans la pénombre. Apparaissant à la lueur des torches au-dessus de l’eau puis s’éclipsant à nouveau. Le visage du soleil, un descendant du soleil. Trahison et rage. Quatre plumets le long de son masque, une dispersion de lumière, une sorte de crinière. Son bouclier de maintes peaux tannées, une obscurité creuse. Sa lance grise, une ligne mince puis disparue. La voile au-dessus de lui gonflée comme la panse d’un bœuf devenu aussi immense qu’un dieu, ses sabots évoluant dans l’eau sans émettre le moindre son.
Rien ne l’arrêtera, Médée le sait. Il a trop perdu. Elle ne peut que le ralentir. Elle se baisse et saisit un morceau de son frère, un avant-bras puissant et étrangement doux, refroidissant déjà, et elle le laisse tomber à la mer, presque sans un bruit, englouti par les éclaboussures des rames.
Elle l’a fait pour Jason et elle en fera bien davantage, elle le sait. Son frère démembré à ses pieds. C’est ainsi que commence le monde.
Du bois sombre dans une eau plus sombre encore, une mer d’encre, des motifs ressentis mais imperceptibles, l’oscillation des vagues à peine entraperçue. Le bois épais sous eux, ses lignes grinçantes. Les épaisses cordes du mât derrière elle, gémissant sous la pression des deux gouvernails. À chaque vaguelette, elle est soulevée, elle retombe et pivote, et Jason et ses hommes réitèrent chaque mouvement un instant plus tard. Tous rassemblés en une seule et même personne, la barbare et ses Minyens. Chaque coque de navire, un foyer.

Extrait
« Médée s’éloigne avec le reste de son frère, mais elle éprouve le besoin d’aider son père. D’être ses yeux à travers la nuit, de le prendre par le bras et le guider. De reconstituer les morceaux de son frère et lui insuffler la vie. De faire appel à Hécate pour reformer un corps en échange de son sacrifice à elle. Que sa famille soit entière, à nouveau, même si elle doit se perdre en échange. Un sentiment accablant, une ancre dans sa poitrine, incrustée et qui l’attire vers le fond, son corps déchiqueté, et c’est ainsi que sont formées les femmes. Esclaves. Elle ne sera pas esclave. Elle éprouvera ce besoin d’aider son père mais elle n’en fera rien. Elle pleurera son frère et s’agenouillera parmi sa dépouille démembrée, mais elle jettera un nouveau morceau pardessus bord quand le moment viendra. Elle ne se laissera pas dompter. S’il est naturel d’être esclave, alors elle sera contre nature. »

À propos de l’auteur
David Vann est né en 1966 sur l’île Adak, en Alaska, et y a passé une partie de son enfance avant de s’installer en Californie avec sa mère et sa sœur. Il a travaillé à l’écriture d’un premier roman pendant dix ans avant de rédiger en dix-sept jours, lors d’un voyage en mer, le livre qui deviendra Sukkwan Island. Pendant douze ans, il cherche sans succès à se faire publier aux États-Unis : aucun agent n’accepte de soumettre le manuscrit, jugé trop noir, à un éditeur. Ses difficultés à faire publier son livre le conduisent vers la mer: il gagnera sa vie en naviguant pendant plusieurs années dans les Caraïbes et en Méditerranée.
Après avoir traversé les États-Unis en char à voile et parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il échoue lors de sa tentative de tour du monde en solitaire sur un trimaran qu’il a dessiné et construit lui-même. En 2005, il publie A mile down, récit de son propre naufrage dans les Caraïbes lors de son voyage de noces quelques années plus tôt. Ce livre fait partie de la liste des best-sellers du Washington Post et du Los Angeles Times. Ce premier succès lui permet de gagner partiellement sa vie grâce à sa plume et il commence à enseigner. David Vann propose alors Sukkwan Island à un concours de nouvelles qu’il remporte et, en guise de prix, voit son livre publié en 2008 aux Presses de l’Université du Massachusetts. L’ouvrage est tiré à 800 exemplaires puis réimprimé à la suite de la parution d’une excellente critique dans le New York Times. Au total, ce sont pourtant moins de 3 000 exemplaires de cette édition qui seront distribués sur le marché américain.
Publié en France en janvier 2010, Sukkwan Island remporte immédiatement un immense succès. Il remporte le prix Médicis étranger et s’est vendu à plus de 300 000 exemplaires. Porté par son succès français, David Vann est aujourd’hui traduit en dix-huit langues dans plus de soixante pays. Une adaptation cinématographique par une société de production française est en cours. David Vann est également l’auteur de Désolations, Impurs. Il partage aujourd’hui son temps entre la Nouvelle-Zélande où il vit et l’Angleterre où il enseigne, tous les automnes, la littérature. (Source : Éditions Gallmeister)

Page Wikipédia de l’auteur
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La Maison des Turner

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que l’on retrouve avec ce roman les belles sagas populaires, avec le portrait d’une famille de treize enfants tout au long du dernier demi-siècle qui vient de s’écouler jusqu’à la dernière grave crise économique de la fin des années 2000.

2. Parce que, comme l’écrit «MadameOurse», « c’est un récit de fratrie, d’amour, d’amitié, de condition sociale, d’héritage. Les relations dans cette grande fratrie sont complètement différentes de ce qui peut exister dans une famille traditionnelle avec moins d’enfants car il y a énormément d’interactions à gérer et c’est ça qui fait la touche spéciale du roman. »

3. Parce que nous sommes loin de l’eau de rose. Tout au contraire l’auteur aborde tous les sujets – difficiles – sans tabou : l’alcoolisme, la drogue, la dépendance au jeu, sans oublier pour une famille afro-américaine les tensions entre la communauté et la police, les problèmes économiques ainsi que le rapport à la religion.

La maison des Turner
Angela Flournoy
Éditions Les Escales
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne-Laure Tissut
352 p., 21,90 €
EAN : 9782365692014
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Cela fait plus de cinquante ans que la famille Turner habite Yarrow Street, rue paisible d’un quartier pauvre de Detroit. La maison a vu la naissance des treize enfants et d’une foule de petits-enfants, mais aussi la déchéance de la ville et la mort du père.
Quand Viola, la matriarche, tombe malade, les enfants Turner reviennent pour décider du sort de la maison qui n’a désormais plus aucune valeur, la crise des subprimes étant passée par là.
Garder la maison pour ne pas oublier le passé ou la vendre et aller de l’avant ? Face à ce choix, tous les Turner, de Cha-Cha, le grand frère et désormais chef de famille, à Lelah, la petite dernière, se réunissent. Et s’il fallait chercher dans les secrets et la mythologie familiale pour trouver la clef de l’avenir des Turner et de leur maison ?

Les critiques
Babelio
20 minutes (2 minutes pour choisir)
Jeune Afrique (Nelly Fualdes)
Blog La rousse bouquine
Blog Café Powell 
Blog Carobookine
Blog A Domi mots 
Blog Totalybrune 
Blog Dans ma liseuse hyperfertile 
Blog Voyages au fil des pages

Les premières pages du livre

Extrait
« La lumière du jour qui inondait le salon l’arrêta sur le palier du rez-de-chaussée. Lelah savait que presque tout le mobilier de la maison avait été partagé, à l’exception du vieux lit et de la commode, dont personne n’avait voulu. Elle n’avait jamais songé que les murs eux aussi seraient dépouillés. Des dizaines de silhouettes marron – ovales et rectangulaires – indiquaient sur le papier peint jaune l’emplacement de photos encadrées. Il n’y avait pas si longtemps, chaque descendant de Francis et de Viola Turner vous souriait depuis les murs du salon. Quatre générations, presque une centaine de visages. Certains coiffés afro, d’autres Jehri curl, quelques chauves, davantage de dégarnis. Toques de fac, blouses d’infirmières, ventres replets et robes de mariée. »

À propos de l’auteur
Diplômée de Iowa Writers’ Workshop et de l’Université de Californie du Sud, Angela Flournoy a enseigné à l’Université de l’Iowa, à la The New School et à l’Université Columbia. La maison des Turner (The Turner House, 2015), son premier roman, a obtenu le First Novelist Award. (Source : Éditions Les Escales)

Site internet de l’auteur (en anglais)
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Le sympathisant

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que ce roman arrive sur le marché français avec une solide réputation. Il a déjà été couronné par le Prix Pulitzer 2016, le Prix Edgar du Meilleur Premier Roman 2016 et a été finaliste du prix PEN/Faulkner.

2. Parce que, comme l’a expliqué Viet Thanh Nguyen a Sophie Joubert, le livre est basé sur une très solide documentation: « Je lis sur la guerre du Vietnam depuis que je suis très jeune et mes recherches universitaires portent aussi là-dessus. Quand j’ai commencé le roman, j’avais l’essentiel de la documentation. J’ai seulement eu besoin de compléments sur les sujets que je connaissais mal, la chute de Saïgon, le tournage d’ « Apocalypse Now », les opérations de la police secrète et les actes de torture. Souvent, les détails étaient bien plus forts que tout ce qu’on aurait pu imaginer. »

3. Parce que le Washington Post en donne un saisissant résumé: « Nguyen, qui est né au Vietnam et a grandi aux États-Unis, fait de l’histoire désespérée d’un expatrié un thriller cérébral, qui s’attaque aux dilemmes existentiels de notre époque. D’abord instructive et dangereusement candide, la narration prend la forme d’une confession, écrite et sans cesse réécrite, dans une cellule d’isolement. Le capitaine emprisonné se remémore sa fuite auprès du général sud-vietnamien et son intrusion dans la communauté de réfugiés installée près de Los Angeles. De là, il continue d’espionner les infatigables soldats qui s’évertuent à bâtir un plan chimérique pour libérer leur pays natal des communistes. »

Le sympathisant
Viet Thanh Nguyen
Éditions Belfond
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Clément Baude
504 p., 23,50 €
EAN: 9782714475657
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
À la fois fresque épique, reconstitution historique et oeuvre politique, un premier roman à l’ampleur exceptionnelle, qui nous mène du Saigon de 1975 en plein chaos au Los Angeles des années 1980. Saisissant de réalisme et souvent profondément drôle, porté par une prose électrique, un véritable chef-d’œuvre psychologique. La révélation littéraire de l’année.
Je suis un espion, une taupe, un agent secret, un homme au visage double.
Ainsi commence l’hallucinante confession de cet homme qui ne dit jamais son nom. Un homme sans racines, bâtard né en Indochine coloniale d’un père français et d’une mère vietnamienne, élevé à Saigon mais parti faire ses études aux États-Unis. Un capitaine au service d’un général de l’armée du Sud Vietnam, un aide de camp précieux et réputé d’une loyauté à toute épreuve.
Et, en secret, un agent double au service des communistes. Un homme déchiré, en lutte pour ne pas dévoiler sa véritable identité, au prix de décisions aux conséquences dramatiques. Un homme en exil dans un petit Vietnam reconstitué sous le soleil de L.A., qui transmet des informations brûlantes dans des lettres codées à ses camarades restés au pays. Un homme seul, que même l’amour d’une femme ne saurait détourner de son idéal politique…
SYMPATHISANT n. m. : personne qui approuve les idées et les actions d’un parti sans y adhérer.

Les critiques
Babelio 
L’Humanité (Sophie Joubert – entretien avec l’auteur)
BibliObs (Doan Bui – entretien avec l’auteur)
En attendant Nadeau (Steven Sampson – entretien avec l’auteur)
Les lettres françaises (Jean-Oierre Han)
La Grande parade (Serge Bressan)
Blog Ça va mieux en l’écrivant
Lecteurs.com


Première partie de l’entretien avec Viet Thanh Nguyen pour la sortie de son livre Le sympathisant © Production La fringale culturelle


Seconde partie de l’entretien avec Viet Thanh Nguyen pour la sortie de son livre Le sympathisant © Production La fringale culturelle

Les premières pages du livre
« Je suis un espion, une taupe…un homme à l’esprit double…le mois dont je parle c’est le mois d’avril, le plus cruel de tous…un avril qui changea tout pour les habitants de notre petite partie du monde et rien pour la plupart des habitants du reste du monde ». Ces quelques lignes extraites de la première page plongent le lecteur dans le chaos de Saïgon à la fin avril 1975, quelques heures avant la prise de la ville par les communistes. L’introduction est magistrale, la suite est à l’avenant; de la constitution de la liste des 92 élus qui vont pouvoir s’échapper (« chaque nom que je rayais me faisait l’effet d’une condamnation à mort ») jusqu’à l’embarquement final, quatre ans plus tard, parmi les « boat people » en passant par Hollywood, Le Sympathisant nous entraine avec ses amis, sa famille, ses collègues militaires vietnamiens et américains, ses victimes et ses bourreaux à partager son parcours dans « cette expérience qu’ils appellent sans rire la Guerre Froide. »

Extrait
« Nous sommes tous présumés coupables, comme l’ont démontré les Américains eux-mêmes. Sinon pourquoi soupçonneraient-ils tout le monde d’appartenir au Vietcong ? Pourquoi tireraient-ils d’abord et poseraient-ils des questions après ? Parce que, pour eux, tous les Jaunes sont présumés coupables. Les Américains sont un peuple déboussolé parce qu’ils ne peuvent pas admettre cette contradiction. Ils croient en un univers où règne la justice divine, où l’espèce humaine est coupable de péché, mais ils croient aussi en une justice séculière dans laquelle les êtres humains sont présumés innocents. Or on ne peut pas avoir les deux à la fois. Et vous savez comment les Américains se débrouillent avec ça ? Ils font mine d’âtre éternellement innocents, peu importe le nombre de fois où ils perdent leur innocence. Le problème, c’est que ceux qui protestent de leur innocence pensent que tout ce qu’ils font est juste. Nous, au moins, qui croyons à notre propre culpabilité, nous savons de quels méfaits nous sommes capables. »

À propos de l’auteur
Viet Thanh Nguyen est né au Vietnam en 1971. Après la chute de Saigon, il fuit le pays avec toute sa famille et rejoint les États-Unis en cargo, comme des milliers de boat people. D’abord réfugiés dans un camp en Pennsylvanie, les Nguyen s’établissent en Californie.
Étudiant diplômé de Berkeley, Viet Thanh Nguyen devient professeur à l’université South California et entame en parallèle l’écriture de son premier roman, Le Sympathisant, qui s’impose dès sa sortie comme un immense succès critique et commercial. Finaliste des plus grands prix littéraires, dont le PEN/Faulkner, et consacré par le prix Pulitzer en 2016, traduit dans vingt-cinq langues, il lui vaut et qui lui vaut d’être comparé aussi bien à John Le Carré qu’à Saul Bellow. Viet Thanh Nguyen est également l’auteur d’un essai finaliste du National Book Award, Nothing Ever Dies, sur la guerre du Vietnam dans la mémoire collective, américaine et asiatique, ainsi que d’un recueil de nouvelles, The Refugees. Ces deux livres sont à paraître chez Belfond. Il vit à Los Angeles, avec son épouse et leur fils. (Source : Éditions Belfond)

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La tanche

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que ce premier roman a reçu un accueil impressionnant dans son pays d’origine, les Pays-Bas. Dans The Telegraph Andre van Loon écrit notamment que « La Tanche est un livre profondément troublant, d’une étrange beauté – et s’enterre dans le silence quand la plupart d’entre nous attend justice et consolation. C’est un extraordinaire premier roman. »

2. Parce que Couronné par le Bronze Owl, nommé cinq fois livre de l’année par la presse, finaliste des plus grands prix littéraires, ce roman s’attaque à un sujet tabou: entrer dans la tête d’un homme en lutte contre lui-même et contre ses pulsions pédophiles. Sombre et captivante, une lecture choc et pourtant nécessaire.

3. Parce que l’auteur sait de quoi elle parle. Inge Schilperoord est une psychologue judiciaire, et travaille notamment avec les personnes accusées de crimes. Elle est aujourd’hui free-lance, partageant son temps entre son travail, l’écriture et sa vie privée. C’est de cette façon qu’elle a eu l’idée de départ pour La Tanche, inspirée de faits réels. Un homme qui était en conflit entre deux personnalités, très timide, très renfermé. Comme l’explique le blog Le Chat du Cheshire: «La Tanche était au départ une petite histoire, davantage du format nouvelle que roman. Mais suite à l’avis de plusieurs personnes, cela s’est modifié peu à peu. L’écriture a demandé plusieurs années, mais le résultat est là ! Ce fut un très long processus, qui a demandé énormément d’effort, mais qui s’avère payant. »

La tanche
Inge Schilperoord
Éditions Belfond
Roman
traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin
224 p., 21 €
EAN : 9782714473905
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
En cette étouffante journée d’été, Jonathan sort de prison. Dans le bus qui le ramène chez sa mère, il se répète ce que lui a dit le psychologue : ce n’est pas lui qui est mauvais, ce sont ses actes. Et s’il parvient à organiser rigoureusement ses journées, il sera un homme meilleur.
Jonathan se le promet. Il va s’occuper de sa mère asthmatique, retourner travailler à l’usine de poissons, promener le chien, aller à la pêche. Il restera seul, il ne parlera à personne, il va s’occuper les mains, l’esprit, tout faire pour ne pas replonger.
Car il le sait, s’il a été libéré, faute de preuves, le psy a parlé d’un taux de récidive de 80%. Il ne doit pas se laisser déborder à nouveau.
Or, dans ce quartier en démolition où vit sa mère, vivent aussi une jeune femme et sa fillette…

Les critiques
Babelio 
Page des Libraires (Eva Halgand)
Blog Nyctalopes 
Blog Publik’Art (Bénédicte de Loriol)
Blog Le Chat du Cheshire 
Blog de Pierre Ahnne 
Blog Le Monde de Tran


Première partie de l’entretien avec Inge Schilperoord pour la sortie de son livre La tanche © La fringale culturelle


Seconde partie de l’entretien avec Inge Schilperoord pour la sortie de son livre La tanche © La fringale culturelle

Les premières pages du livre

À propos de l’auteur
Inge Schilperoord est rédactrice et journaliste pour des journaux prestigieux en Hollande, Psychologie Magazine, NRC Handelsblad, Het Parool, et le magazine du festival Crossing Border. Elle a également longtemps exercé en tant que psychologue judiciaire et c’est dans le cadre de son travail, au contact de plusieurs repris de justice, que lui est venue l’idée de La Tanche. Couronné du prestigieux Bronze Owl Award et finaliste de quatre des plus grands prix littéraires aux Pays-Bas, ce premier roman a également été nommé cinq fois livre de l’année par la presse néerlandaise et vient de paraître en Angleterre où il a d’ores et déjà reçu un accueil critique enflammé. Inge Schilperoord se consacre désormais à l’écriture et partage son temps entre La Haye et Gand. (Source : Éditions Belfond)

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