Lynx

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En deux mots:
Le père de Lynx vient de mourir, écrasé par un tronc d’arbre. Un événement qui déclencher chez le fils une phase d’introspection et de remise en cause. Avec lui, on retourne en enfance avant de le suivre dans sa douloureuse phase de reconstruction.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

La maison de l’enfance

Dans son nouveau livre Claire Genoux mêle le végétal et le minéral, l’enfance et la mort, les liens familiaux et l’envie d’ailleurs. Un drame plein de poésie.

Au-delà de l’anecdote, ce qu’il faut d’abord retenir de ce beau roman, c’est l’ambiance dans laquelle il baigne. La grande forêt et ses mystères, la météo caniculaire qui incite à la retenue et limite les déplacements, la maison d’enfance – isolée et remplie de souvenirs douloureux – qui devrait être un refuge, mais rappelle plutôt des heures sombres, qui porte encore les stigmates des malheurs passés. Sans oublier ce silence qui, comme à la manière d’une brume envahissante, semble pousser Lynx à le respecter, à économiser ses mots. La mort de son père, qu’il vient de retrouver écrasé par un arbre n’y changera rien, bien au contraire. L’expérience lui ayant appris que ce silence peut aussi être un allié :
« Parler c’était pas la peine. Dans l’enfance, après le départ de maman, les mots n’ont plus été utilisés. Seuls le silence et les coups ont été gardés comme moyen d’information. Quand Père rentre du bois avec les machines et les haches, les épaules retirées sous le pull, quelque chose monte qui empêche de respirer jusqu’au fond. Le bol de soupe et le pain sont jetés sur la table. Lynx ne lève pas la tête, se protège les yeux. C’est maman à la maison qui parlait, qui écrivait des billets, des listes, disait des histoires et des drôleries. Père n’aimait pas qu’elle s’enferme seule au premier pour faire de l’écriture et des poèmes dans des carnets tout sombres, qu’elle ait comme ça sur elle cette vue, depuis l’intérieur, cet espace pour s’installer. Père, ça le porte à l’agressivité, ça lui donne les nerfs ces moments de pause qu’elle s’accorde, qui sont pris sur le temps du ménage et du maintien de la maison. Il refuse de lire ce qu’elle voudrait lui montrer. Les yeux de Père sont noirs, de la couleur du feu. Sur la maison, sur cette chose-là de leur vie commune, sur ce qui va et qui vient, il ne veut rien savoir. »
Lynx va-t-il pouvoir sortir de ce traumatisme? Trouvera-t-il dans la compagnie de ses proches la force de se construire un avenir? C’est tout l’enjeu des pages qui suivent…
Sauf que Claire Genoux s’amuse à brouiller les pistes, à instiller le soupçon. Pourquoi ce malaise persistant? Lynx aurait-il quelque chose à voir avec la mort de son père? L’été et la saison touristique arrive avec son lot de touristes et de promeneurs qui peuvent se restaurer. Lilia vient lui prêter main-forte. Avec son fils, elle a aussi envie de trouver dans la maison d’enfance un refuge, un endroit pour écrire.
Verba volant, scripta manent
Lynx pressent que si les paroles s’envolent, les écrits restent et que leur force est colossale. « Lynx ne sait pas comment on capte les histoires, comment on s’y prend avec la viande des mots ou comment on coupe à l’intérieur pour faire des poèmes. Comment ça fusionne, comment c’est rassemblé après dans le livre. Mais il peut bien s’imaginer que quelque chose tombe en obscurité comme quand il s’avance dans les branches, quand il se rapproche des bêtes qui soufflent. Il peut se l’imaginer et qu’ensuite quelque chose doit être accompli, qu’il faut frapper aux mots comme lui, Lynx, il frappe aux troncs et qu’il faut venir tout près pour sentir dessous ce qui se passe. Alors seulement on mérite sa place contre la nuit. »
La romancière nous en donne du reste la plus belle des démonstrations. Son écriture est de celle qui envoûtent et qui emportent les lecteurs.

Lynx
Claire Genoux
Éditions José Corti
Roman
206 p., 167 €
EAN : 9782714312111
Paru le 30 août 2018

Où?
Le roman se déroule dans un endroit qui n’est pas cité, proche d’une grande ville, en bordure d’un lac et d’une grande forêt. On y évoque aussi le Canada et le Vietnam, les îles du Pacifique Sud et les montagnes de l’Atlas.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une forêt, un fleuve, une maison d’enfance: c’est le monde de Lynx, dont le père vient brutalement de mourir, écrasé par un tronc. Destin, accident, suicide? Quitter la buvette où il travaille, fuir à moto vers les terres amples et dures du Maroc serait une solution pour éviter de se confronter au drame, au souvenir d’une enfance faite de confusion et de solitudes.
Quelque chose pourtant retient Lynx. Est-ce l’arrivée de Lilia et de son petit qui viennent aider pour la saison?
Au cours de cet été sec et enflammé, le plus chaud du siècle dira-t-on, une menace pèse, inexplicable.
La forêt est un lieu puissant de rencontres et de cris sourds. Elle se fait, dans ce beau roman, l’expression d’une quête qui ne cherche pas à aboutir, mais questionne sans cesse le rapport à l’autre dans une écriture qui va au plus profond des êtres et des choses, à la fois âpre et d’une grande sensualité.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Le Courrier de Genève (Anne Pitteloud)
Le blog de Francis Richard

Les premières pages du livre
« Le corps de Père avait disparu tout entier dans des trous de vieilles ronces, seul le visage éclairait. Le terrain n’est plat que par endroits et difficile d’accès dans cette partie de la forêt qui surplombe le fleuve. Il était parti avec la tronçonneuse. On ne l’a retrouvé que tard dans l’après-midi après des heures de recherche et déjà la lumière avait baissé. C’est Lynx qui a donné l’alerte. Il a entendu l’arbre tomber, ensuite plus aucun bruit. Il a été chercher les pompiers et ils ont mal retrouvé l’endroit à cause du brouillard qui s’était épaissi. Le visage était comme détaché du corps, la bouche donnait des mots dans le désordre. Ils ont conclu à l’accident. Dans un premier temps ils ont laissé Lynx tranquille. Père était malade et les gens de la ville savent qu’il ne faut pas toucher aux forêts, aux fleuves et aux lacs d’ici : des morts étranges s’y produisent, des noyades qui ne s’expliquent pas. Les bêtes se traînent, pourrissent dans des trous. Personne n’a dans l’idée de vouloir expliquer ça, de comment la terre et l’eau se nourrissent.
À l’hôpital le corps de Père flotte sous le drap. Les médecins disent qu’il ne souffre pas, même s’il est secoué de convulsions et que ses lèvres semblent chercher l’air. Trop de vaisseaux et d’artères ont sauté pendant l’amputation, trop de tissus dénoués, le sang s’est répandu jusqu’au haut de l’abdomen. Il fait si doux que Lynx entrouvre la fenêtre, offre son visage à la forêt qui est à peine visible derrière les immeubles de la ville. Il respire le parfum des tulipes plantées dans les jardinières sur le rebord de la fenêtre. Il a besoin de ça, d’air frais et de silence. Les fleurs sont interdites à l’intérieur des chambres.
Là-bas dans la grange, la moto de Lynx est prête, il n’y a qu’à tourner la clé et démarrer, suivre le ruban vert et brun de la route où le soleil brille tout blanc.
Et oublier l’enfance, ce bloc de solitude.
Lynx ne viendra qu’une fois visiter Père à l’hôpital. Il a d’autres choses à s’occuper dans la forêt avec les bêtes. De quoi auraient-ils parlé de toute façon, Père et lui. Père n’a jamais réchauffé le corps pendant l’enfance. Sur la table il posait la masse des nourritures froides et se taisait, laissait les lits sentir, les armoires se remplir de mites. Il disparaissait dans la forêt avec ses tronçonneuses et ses haches, tournait le dos quand Lynx à la cuisine crayonnait des devoirs.
L’enfance a été faite avec Père seulement, avec les longues heures d’attente dans la forêt et la lumière jaune des arbres. Avec le fleuve, avec l’étang qui était beaucoup plus marécageux qu’aujourd’hui, et ça ne pourra pas être transformé. Lynx s’en ira, il oubliera tout de la maison d’enfance, s’arrachera aux hivers. Il vivra et durera loin d’ici. Une autre vie viendra avec le voyage à moto, la tête sera débarrassée et toujours il conservera une bonne place dans sa bouche pour la cigarette, qui sent la terre et enivre jusqu’au poumon.
De la forêt, des bruits de la nuit et des bêtes, il ne s’occupera plus, il fumera lentement les yeux fermés sans penser à rien. »

Extraits

« Sans les voyages il ne tiendrait pas ici entre la forêt et le fleuve. Père le savait qui aurait voulu garder Lynx au plus près de la maison d’enfance, l’attacher à l’herbe froide des hivers.»

« Il ne peut rester dans la forêt avec ce tas de cicatrices cousues et les restes d’une enfance trop lourde à manœuvrer. Et il y a tant d’éléments qui lui sont impossibles à nommer, il ne saurait pas par où commencer.
Il a besoin de vent haut, de marées régulières, surtout il doit apprendre à vivre.»

« Les arbres forment un auvent au-dessus de la clairière, les flammes claquent, le vent dépose sa dent dure sur la tête des vivants. La forêt est pleine, elle renferme des colères mal éteintes. Ce serait de cet inachèvement que l’histoire tirerait sa force. Aucun autre événement ne se produirait dans le livre que la solitude de Lynx. Aucune autre musique que celle du feu. L’écriture seule resterait, une écriture basse, des phrases incomplètes. Elle s’installerait dans l’intimité des pages et plus rien des arbres ni du fleuve ne serait perçu. Le travail serait d’aller à cet extrême du silence donné par le feu, celui qui a détruit l’enfance, celui qui a condamné au secret. » p. 50

« On rend visite une fois par semaine, puis les visites s’espacent. Lily-Anne reste assise sur le banc devant l’entrée de l’hospice, récite des noms de fleurs. On a parlé du monde rude de la forêt, de l’isolement, des odeurs boueuses du fleuve, mais on n’a pas inspecté dans les coutures de la terre, on n’est pas allé regarder dans la doublure des choses. Comment Père traitait, comment il partait aux outils sous le ciel vide. On ne quitterait pas ce monde. On tiendrait sans parler. Le soleil du matin sèche la table devant le cerisier, on ne peut pas poser de mots sur ce qui est au dedans. Lilia oui elle essaie, il lui pousse une langue au bout du stylo-plume. Elle retrouve ce qu’il faut dans le fond des armoires et sous les lits, le porte au jour avec un talent sûr. » p. 189

À propos de l’auteur
Claire Genoux vit à Lausanne en Suisse où elle est née en 1971. Elle obtient une licence ès Lettres en 1997, l’année où paraît son premier recueil de poèmes “Soleil ovale” aux Editions Empreintes. En 1999, “Saisons du corps” est couronné par le Prix Ramuz de poésie. En 2000 paraissent les nouvelles “Poitrine d’écorce” (Bernard Campiche) et elle reçoit une bourse à l’écriture de la Fondation Leenaards. Suivent des poèmes et des nouvelles. En 2014 Claire Genoux publie un premier roman “La Barrière des peaux” (Bernard Campiche) qui est suivi en 2016 par les poèmes d’Orpheline qui reçoivent une bourse de Pro Helvetia, fondation suisse pour la culture, ainsi que le prix Alpes-Jura.
Parallèlement à ses activités d’écrivain, Claire Genoux enseigne à l’Institut littéraire suisse à Bienne. (Source : Éditions José Corti)

Page Wikipédia de l’auteur

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La punition

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En deux mots:
Durant presque deux ans le narrateur a été contraint à un «service militaire» dans un camp qui ressemble davantage à une prison insalubre qu’à un centre de formation. Pou retracer cet épisode, Tahar Ben Jelloun aura mis plus de cinquante ans.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Avoir vingt ans dans l’Atlas

Tahar Ben Jelloun raconte comment sa vie s’est arrêtée un jour de 1966. Emprisonné dans un «camp militaire», il devra subir pendant dix-neuf mois vexations et humiliations.

Quand on a vingt ans, la vie devant soi, un premier amour et des envies plein la tête, on imagine combien un emprisonnement totalement arbitraire peut entraîner comme traumatisme. Il aura fallu un demi-siècle à Tahar Ben Jelloun pour «digérer» l’épisode qu’il retrace dans La punition et pour oser l’écrire.
Nous sommes en 1965. L’auteur, qui est aussi le narrateur, est étudiant. Avec quelques amis, il participe à des réunions pour parler des Droits de l’homme et défile pour davantage de liberté. Ce qu’il ne sait pas, c’est que le groupe est infiltré par la police politique, que son nom est alors enregistré comme fauteur de trouble.
Un an plus tard un homme se présente chez lui, muni d’une convocation pour un «service militaire». Il doit se rendre dans un camp situé à El Hajeb dans les contreforts du Moyen Atlas. Outre des locaux proches de l’insalubrité et une cuisine qui ne mérite pas ce nom, il doit aussi subir les humeurs de sous-officiers bien décidés à les mater. Pour quelqu’un qui n’a rien à se reprocher, ces conditions de vie sont proprement insupportables. « Ici, pas de pensées, pas d’idées, que des ordres de plus en plus stupides avec un brin de cruauté au passage. »
Le courrier est censuré, les cheveux sont rasés, les humiliations quotidiennes.
Pour «s’évader», on peut lire et écrire. Avec un morceau de crayon et quelques feuilles de papier, l’auteur s’essaie à la poésie. Ce qui peut s’apparenter à une transgression suprême, car « poètes et philosophes sont ici indésirables, impensables, exclus. Nous sommes réduits à nos plus bas instincts, notre part bestiale, animale, inconsciente. Ils ont tout fait pour nous vider de ce qui nous engage à réfléchir, à penser. Je me bats la nuit contre moi-même pour ne pas devenir comme mes trois voisins de chambre qui agissent en militaires automates. Ils acceptent tout sans broncher. On dirait que leur cerveau a été déposé dans la consigne d’une gare perdue. »
Tout est alors bon pour ne pas sombrer, comme par exemple cet Ulysse qui traîne là. « Je lis la quatrième de couverture: c’est une histoire qui se passe durant une journée à Dublin, le 16 juin 1904. Leopold Bloom et Dedalus se promènent dans la ville… Je me demande quel est le rapport avec L’Odyssée. Je plonge le soir même dans le pavé. Je me sens perdu, en même temps heureux d’avoir un ami, un nouveau compagnon. Je ne comprends pas la finalité du roman, mais je le lis lentement comme s’il avait été écrit pour un amoureux de littérature privé de sa liberté. Quand je repense aujourd’hui à ce livre, je me souviens des émotions de la lecture volée, clandestine, et de la jouissance qu’elle me procure. Je me moquais pas mal de comprendre ou non ce que je lisais. »
Des maigres informations qui parviennent de l’extérieur la rumeur d’un conflit avec l’Algérie semble se concrétiser lorsque l’on vient leur annoncer leur transfert dans une autre caserne pour les préparer à défendre leur pays. En montant dans les camions bâchés, la peur de servir de chair à canon étreint la petite troupe. Mais elle va petit à petit s’avérer infondée. Au conflit avec l’algérie va suivre une tentative de coup d’État contre le roi et une extrême nervosité du côté des officiers qui va entraîner… la libération des «têtes brûlées».
Au-delà de ce terrifiant récit, on comprend entre les lignes comment est née la vocation de Tahar Ben Jelloun, comment la seule décision raisonnable pour lui était dès lors de quitter le pays. On se rend malheureusement aussi compte que depuis ce demi-siècle les choses n’ont sans doute guère changé dans ce royaume. Liberté, j’écris ton nom…

La punition
Tahar Ben Jelloun
Éditions Gallimard
Récit
160 p., 16 €
EAN : 9782070178513
Paru le 16 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule au Maroc, notamment à Rabat, Fès, Meknès, El Hajeb, Taza, Abermoumou, Larache, Rmilat.

Quand?
L’action se situe en 1965, puis les mois et les années suivantes.

Ce qu’en dit l’éditeur
La punition raconte le calvaire, celui de dix-neuf mois de détention, sous le règne de Hassan II, de quatre-vingt-quatorze étudiants punis pour avoir manifesté pacifiquement dans les rues des grandes villes du Maroc en mars 1965. Sous couvert de service militaire, ces jeunes gens se retrouvèrent quelques mois plus tard enfermés dans des casernes et prisonniers de gradés dévoués au général Oufkir qui leur firent subir vexations, humiliations, mauvais traitements, manœuvres militaires dangereuses sous les prétextes les plus absurdes. Jusqu’à ce que la préparation d’un coup d’État (celui de Skhirat le 10 juillet 1971) ne précipite leur libération sans explication.
Le narrateur de La punition est l’un d’eux. Il raconte au plus près ce que furent ces longs mois qui marquèrent à jamais ses vingt ans, nourrirent sa conscience et le firent secrètement naître écrivain.

Les critiques
Babelio
Gallimard (entretien avec l’auteur)
L’Express (David Foenkinos)
Revue des deux mondes (Auriane de Viry)
Public Sénat (émission Des livres et vous… présentée par Adèle Van Reeth)
La République des livres 
Publikart (Bénédicte de Loriol)
La Vie éco (Fadwa Misk – entretien avec l’auteur)
Le 360.ma (Bouthaina Azami)
Page des libraires (Eva Halgand, Librairie Fontaine Victor Hugo, Paris)


L’invité de Patrick Simonin © Production TV5MONDE

Les premières pages du livre
« En route pour El Hajeb
Le 16 juillet 1966 est un de ces matins que ma mère a mis de côté dans un coin de sa mémoire pour, comme elle dit, en rendre compte à son fossoyeur. Un matin sombre avec un ciel blanc et sans pitié.
De ce jour-là, les mots se sont absentés. Seuls restent des regards vides et des yeux qui se baissent. Des mains sales arrachent à une mère un fils qui n’a pas encore vingt ans. Des ordres fusent, des insultes du genre «on va l’éduquer ce fils de pute». Le moteur de la jeep militaire crache une fumée insupportable. Ma mère voit tout en noir et résiste pour ne pas tomber par
terre. C’est l’époque où des jeunes gens disparaissent, où l’on vit dans la peur, où l’on parle à voix basse en soupçonnant les murs de retenir les phrases prononcées contre le régime, contre le roi et ses hommes de main – des militaires prêts à tout et des policiers en civil dont la brutalité se cache derrière des formules creuses. Avant de repartir, l’un des deux soldats dit à mon père: «Demain ton rejeton doit se présenter au camp d’El Hajeb, ordre du général. Voici le billet de train, en troisième classe. Il a intérêt à ne pas se débiner.»
La jeep lâche un ultime paquet de fumée et s’en va en faisant crisser ses pneus. Je savais que j’étais sur la liste. Ils étaient passés hier chez Moncef qui m’avait prévenu que nous étions punis. Apparemment quelqu’un l’avait informé, peut-être son père qui avait un cousin à l’État-Major. Sur une vieille carte du Maroc je cherche El Hajeb. Mon père me dit : «C’est à côté de Meknès, c’est un village où il n’y a que des militaires.»
Le lendemain matin, je suis dans le train avec mon frère aîné. Il a tenu à m’accompagner jusque là-bas. Nous n’avons aucune information. Juste une convocation
sèche.
Mon crime ? Avoir participé le 23 mars 1965 à une manifestation étudiante pacifique qui a été réprimée dans le sang. J’étais avec un ami lorsque soudain devant nous des éléments de la brigade des «Chabakonis» (Ça va cogner), comme on les surnomme, se sont mis à frapper de toutes leurs forces les manifestants, sans aucune raison. Pris de panique, nous nous sommes mis à courir longtemps avant de trouver finalement refuge dans une mosquée. En chemin, j’ai vu des corps gisant par terre dans leur sang. Plus tard j’ai vu des mères courir vers des hôpitaux à la recherche de leur enfant. J’ai vu la panique, la haine. J’ai vu surtout le visage d’une monarchie ayant donné un blanc-seing à des militaires pour rétablir l’ordre par tous les
moyens. Ce jour-là, le divorce entre le peuple et son armée était définitivement consommé. On murmurait dans la ville que le général Oufkir en personne avait tiré sur la foule depuis un hélicoptère à Rabat et à Casablanca.
Le soir même, l’Union nationale des étudiants du Maroc (Unem) a tenu une réunion clandestine dans les cuisines du restaurant de la cité universitaire où j’ai eu la naïveté de me rendre. La réunion n’était même pas terminée qu’on entendit le bruit des jeeps certainement
alertées par un traître. Les responsables de l’Union suspectaient depuis longtemps que quelqu’un renseignait la police. Un type petit, sec, laid et très intelligent, en particulier, mais dont ils n’arrivaient pas à prouver la collaboration avec l’ennemi. Les policiers
sont entrés, ont embarqué les plus âgés et ont relevé les noms de tous les autres. Je m’étais cru sorti d’affaire… »

Site Wikipédia de l’auteur

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La punition
Tahar Ben Jelloun
Gallimard
Durant presque deux ans le narrateur a été contraint à un «service militaire» dans un camp qui ressemble davantage à une prison insalubre qu’à un centre de formation. Pou retracer cet épisode, Tahar Ben Jelloun aura mis plus de cinquante ans. En savoir plus…

Le poids de la neige

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En deux mots:
Un grand blessé est recueilli par un vieil homme dans un village au seuil de l’hiver. Un huis-clos sous des tonnes de neige avec des protagonistes qui se mettent à l’unisson de la météo. Glaçant et magique.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

20000 lieues sous l’hiver

Un grave accident oblige le narrateur à séjourner dans un village isolé au seuil de l’hiver. La plume du Québécois Christian Guay-Poliquin étincelle comme la neige qui recouvre ce récit.

Ce roman est d’abord celui d’une ambiance, d’un décor qui saisit le lecteur et qui va l’accompagner jusqu’à l’épilogue. « J’ai vu le lent mouvement du paysage, le ciel gris de l’automne, la lumière rougeoyante des arbres. J’ai vu les fougères se faire mâcher par le givre, les hautes herbes casser à la moindre brise, les premiers flocons se poser sur le sol gelé. J’ai vu les traces laissées par les bêtes qui inspectaient les alentours après la première neige: Depuis, le ciel n’en finit plus d’ensevelir le décor. L’attente domine le paysage. Et tout a été remis au printemps. C’est un décor sans issue. Les montagnes découpent l’horizon, la forêt nous cerne de toute part et la neige crève les yeux. »
Le narrateur est un jeune homme gravement blessé à la suite d’un accident de voiture dont on ne saura ni le nom, ni le lieu où il se trouve. En revanche, on apprendra que la communauté villageoise a proposé à Matthias, un vieil homme habitant une maison un peu à l’écart à la lisière de la forêt, de lui confier la garde de cet homme jusqu’à ce qu’il puisse à nouveau se déplacer. En échange, on lui promet une place dans un bus qui, quand les routes seront à nouveau praticables, le conduira vers la ville où se trouve son épouse mourante.
Mais la situation n’est pas prête de s’arranger, bien au contraire. À la neige qui tombe vient s’ajouter une panne d’électricité. La tension va alors croître au fil des jours entre les habitants pris au piège, mais aussi entre le narrateur et Matthias. Une tension que l’on va pouvoir mesurer de chapitre en chapitre sur une échelle à neige installée dans la clairière, à portée de vue du lit de notre convalescent. « Merveilleux, me dis-je. Nous allons désormais pouvoir mesurer notre désarroi. »
Et de fait, le manteau neigeux ne va cesser de croître de chapitre en chapitre, avant un épilogue surprenant.
Alors que les habitants se divisent sur la stratégie à adopter, faut-il fuir un village aux conditions de vie de plus en plus précaires en montant une expédition très risquée ou organiser la survie en attendant des temps plus cléments, Matthias et son hôte continue à se méfier l’un de l’autre, alternant les phases d’apaisement et les phases conflictuelles.
« J’ai toujours su que tu finirais par céder, recommence Matthias. Si on ne peut pas changer les choses, on finit par changer les mots. Je ne suis pas ton médecin, je ne suis pas ton ami, je ne suis pas ton père, tu m’entends? On passe l’hiver ensemble, on le traverse, puis c’est fini. Je prends soin de toi, on partage tout, mais, dès que je pourrai partir, tu m’oublies. Tu te débrouilles. Moi, je repars en ville. Tu m’entends? Ma femme m’attend. Elle a besoin de moi et j’ai besoin d’elle. C’est ça mon aventure, c’est ça ma vie, je n’ai rien à faire ici, tout ça est un concours de circonstances, un coup du sort, une grossière erreur. »
Dans cet affrontement psychologique, il n’y a guère que Maria, la belle vétérinaire, qui se convertit en infirmière – et bien davantage – pour apaiser le grand blessé. Mais cette dernière finira aussi par choisir la fuite…
Comme la neige, les pensées s’accumulent dans la tête du narrateur. Il va refaire la route qui a conduit à l’accident, nous expliquer qu’après dix ans d’absence il revenait voir son père, le mécanicien du village, mais qu’il arrivera trop tard. Qu’il n’a plus rien à faire là, «mis à part le fait que mes jambes parviennent à peine à me supporter».
Christian Guay-Poliquin a été couronné du Prix du Gouverneur Général au Québec (l’équivalent du Goncourt en France) pour ce roman sur la solitude et la réclusion, à moins que ce ne soit celui de la reconstruction et de la résilience… Le livre idéal pour accompagner les longues soirées d’hiver.

Le poids de la neige
Christian Guay-Poliquin
Éditions de l’Observatoire
Roman
260 p., 19 €
EAN : 9791032902134
Paru le 10 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule dans un endroit qui n’est pas nommé, mais que l’on situera volontiers sau Canada.

Quand?
L’époque n’est pas précisée non plus, mais les indices – accident de voiture, motoneige – laissent à penser que le roman se déroule à notre époque.

Ce qu’en dit l’éditeur
À la suite d’un accident, un homme se retrouve piégé dans un village enseveli sous la neige et coupé du monde par une panne d’électricité. Il est confié à Matthias, un vieillard qui accepte de le soigner en échange de bois, de vivres et, surtout, d’une place dans le convoi qui partira pour la ville au printemps, seule échappatoire.
Dans la véranda d’une maison où se croisent les courants d’air et de rares visiteurs, les deux hommes se retrouvent prisonniers de l’hiver et de leur rude face-à-face.
Cernés par une nature hostile et sublime, soumis aux rumeurs et aux passions qui secouent le village, ils tissent des liens complexes, oscillant entre méfiance, nécessité et entraide.
Alors que les centimètres de neige s’accumulent, tiendront-ils le coup face aux menaces extérieures et aux écueils intimes ?

Les critiques
Babelio
Télérama (Fabienne Pascaud)
Le Soleil (Valérie Lessard / Valérie Gaudreau)
Le Devoir (Christian Desmeules)
Artichaut Magazine (Florence Dancause)
Blog Hop! Sous la couette
La Fabrique culturelle Une superbe présentation vidéo du livre


À l’occasion du festival « Étonnants voyageurs » de Saint Malo, Christian Guay-Poliquin vous présente son ouvrage Le poids de la neige © Production Librairie Mollat


Entretien avec Christian Guay-Poliquin à l’occasion de la rencontre entre l’auteur et les lecteurs de Babelio.com dans les locaux des éditions de L’Observatoire, le 19 janvier 2018. Découvrez les 5 mots choisis par l’auteur pour évoquer son livre Le Poids de la neige.

La première page du livre:
« La neige règne sans partage. Elle domine le paysage, elle écrase les montagnes. Les arbres s’inclinent, ploient vers le sol, courbent l’échine. Il n’y a que les grandes épinettes qui refusent de plier. Elles encaissent, droites et noires. Elles marquent la fin du village, le début de la forêt.
Près de ma fenêtre, des oiseaux vont et viennent, se querellent et picorent. De temps à autre, l’un d’eux observe la tranquillité de la maison d’un oeil inquiet.
Sur le cadre extérieur, une fine branche écorcée a été fixée à l’horizontale, en guise de baromètre. Si elle pointe vers le haut, le temps sera clair et sec; si elle pointe vers le bas, il va neiger. Pour l’instant le temps est incertain, la branche est en plein milieu de sa trajectoire.
Il doit être tard. Le ciel gris est opaque et sans aucune nuance. Le soleil pourrait être n’importe où. Quelques flocons virevoltent dans l’air en s’accrochant à chaque seconde. À une centaine de pas de la maison, dans l’éclaircie, Matthias enfonce une longue perche dans la neige. On dirait le mât d’un bateau. Mais sans voile ni drapeau. »

Extraits:
« Je connais pourtant ce décor par cœur. Je l’observe depuis longtemps. Je ne me souviens plus vraiment de l’été, à cause de la fièvre et des médicaments, mais j’ai vu le lent mouvement du paysage, le ciel gris de l’automne, la lumière rougeoyante des arbres. J’ai vu les fougères se faire mâcher par le givre, les hautes herbes casser à la moindre brise, les premiers flocons se poser sur le sol gelé. J’ai vu les traces laissées par les bêtes qui inspectaient les alentours après la première neige: Depuis, le ciel n’en finit plus d’ensevelir le décor. L’attente domine le paysage. Et tout a été remis au printemps. C’est un décor sans issue. Les montagnes découpent l’horizon, la forêt nous cerne de toute part et la neige crève les yeux.
Regarde mieux, lance Matthias.
J’examine la longue perche que Matthias vient d’installer dans la clairière. Je remarque qu’il l’a minutieusement graduée. C’est une échelle à neige, annonce-t-il triomphalement. Avec la longue-vue, je peux voir que la neige atteint quarante et un centimètres. Je considère la blancheur du décor pendant un instant, puis me laisse choir sur mon lit en fermant les yeux.
Merveilleux, me dis-je. Nous allons désormais pouvoir mesurer notre désarroi. »

« J’ai toujours su que tu finirais par céder, recommence Matthias. Si on ne peut pas changer les choses, on finit par changer les mots. Je ne suis pas ton médecin, je ne suis pas ton ami, je ne suis pas ton père, tu m’entends? On passe l’hiver ensemble, on le traverse, puis c’est fini. Je prends soin de toi, on partage tout, mais, dès que je pourrai partir, tu m’oublies. Tu te débrouilles. Moi, je repars en ville. Tu m’entends? Ma femme m’attend. Elle a besoin de moi et j’ai besoin d’elle. C’est ça mon aventure, c’est ça ma vie, je n’ai rien à faire ici, tout ça est un concours de circonstances, un coup du sort, une grossière erreur. »
En disant cela, il avance une pièce sur l’échiquier et m’invite à le défier.
J’ai toujours su que tu finirais par céder. Personne ne peut se taire ainsi. Tout le monde retourne vers la parole un jour ou l’autre. Même toi. Et, bientôt, je te le dis, tu vas aussi t’adresser à moi. Tu vas me parler, même s’il n’y a pas le feu, même si je ne suis pas une jeune vétérinaire. Tu vas me parler, tu m’entends ? Et tu vas jouer aux échecs avec moi. C’est ça qui va arriver. Rien d’autre. Vas-y, c’est à toi de jouer. »

« Dans le coin du salon, il y a les livres que nous avons entassés pour brûler les bibliothèques. Les livres dans lesquels Matthias trouvait ses histoires. Je me penche et saisis quelques bouquins, les premiers qui me tombent sous la main. Je retourne devant le foyer et, sans attendre, je jette un livre sur les braises crépitantes. La couverture prend feu presque immédiatement. Les coins se replient et le carton se cintre dans les flammes. Les premières pages se retroussent. Le livre gondole comme un accordéon. La chaleur est intense, mais rapidement le livre n’est plus qu’une masse informe, orange et noir. On dirait une pierre brûlante et friable. Alors j’en brûle un autre et les flammes reprennent vie de plus belle, vrillent dans la cheminée, et une lumière vive rayonne dans la pièce. Je me déshabille complètement pour profiter de la chaleur des livres et mange quelques betteraves dans le vinaigre prises chez la dame. En regardant les pages se consumer, je me demande où peut bien être rendu Matthias, à l’heure qu’il est. Plus loin que moi, ça ne fait aucun doute. »

À propos de l’auteur
Né au Québec, en 1982, Christian Guay-Poliquin est doctorant en études littéraires. Le Poids de la neige, grand succès au Québec, a été distingué par plusieurs prix prestigieux. (Source : Éditions de L’Observatoire)

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Des nouvelles fraîches chaque semaine

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En deux mots:
Une petite fille et une jeune femmes partent faire leurs courses au supermarché. De rayon en rayon, on va découvrir leurs envies, leurs désirs. Deux histoires et deux épilogues inattendus.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Un supermarché nommé désir
Charlotte Dekoker
Éditions Lamiroy
Nouvelle
50 p., 4 €
EAN : 9782875951014
Paru en novembre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Une enfant, une femme : deux trajectoires dans un centre commercial. Un parcours haletant au cœur de leur imaginaire et de leur sensualité. Le lieu agit comme un révélateur sur les pans les plus radieux et les plus noirs de leurs personnalités. Il exacerbe leur audace. Elles prennent des risques. Seront-elles des proies ou des prédatrices ?

Ce que j’en pense
Il ne faut certes pas avoir lu Proust pour se faire une idée d’un opuscule, mais j’imagine que commencer cette chronique en citant À l’ombre des jeunes filles en fleurs devrait vous plaire. Car Mme Swann est une messagère idéale pour la belle initiative des éditions Lamiroy, sises en Belgique. Lorsqu’elle affirme « Mais c’est si ravissant ce petit opuscule, ce petit tract » elle ne fait qu’anticiper la naissance de ce feuilleton littéraire hebdomadaire.
La collection «Opuscule» se compose en effet de livrets de format 10 x 14 cm comportant chacun une nouvelle de 50 pages ou 5000 mots. Un supermarché nommé désir est le douxième volume à paraître depuis le 1er septembre 2017. Au prix de 4€ (+1€ de frais de port, si l’on choisit la formule d’abonnement proposée en ligne), on peut ainsi trouver chaque semaine une nouvelle nouvelle dans sa boîte aux lettres.
Que l’on soit addict aux livres ou que l’on souhaite s’offrir un petit quart d’heure d’évasion, voire encourager quelqu’un à lire ou encore offrir un cadeau original, on peut toujours trouver une raison d’avaler ces pastilles de littérature, dont la première des vertus est leur diversité. La deuxième, surtout destinée aux esprits curieux, est de nous offrir ainsi l’occasion de découvrir de nouvelles plumes, comme par exemple celle d’Eric Neirynck qui a présidé au lancement de la collection avec L’apostrophe Bukowski qui nous replonge en 1978 lorsque Bernard Pivot recevait l’écrivain américain passablement aviné ou encore celle d’Isabelle Wéry. Actrice, romancière et dramaturge, elle nous propose une leçon de séduction avec Fumer des Gitanes.
Mais je ne pouvais pour ma part pas passer à côté de Un supermarché nommé désir, la nouvelle signée Charlotte Dekoker qui vient de paraître, à la fois parce que je vous avais dit tout le bien qu’il fallait penser de son premier opus, Bière qui coule n’amasse pas mousse, paru l’an passé et parce qu’elle nous entraîne dans les rayons d’un supermarché. Moi qui, dans une autre vie, préside à la communication interne d’un grand groupe de distribution ne pouvait décemment pas ne pas lire l’histoire de cette fille perdue dans le grand magasin et de cette femme qui succombe à celui que Jacques Dutronc appelait dans une même chanson «le dragueur des supermarchés, le Don Juan des ménagères, le chéri des libres-services, l’amoureux des grandes surfaces.»
On va passer du parking à la galerie marchande, du rayon linge de maison à celui des produits frais,  puis aux fruits et légumes, à la boucherie… L’histoire de Mini et de Maxi se construit au fil des achats. Jusqu’au moment où il faut passer à la caisse. Sauf que cette fois, c’est le lecteur qui est payé en retour par une double chute que l’auteur a parfaitement su dissimuler. Bref, je vous promets un petit régal, un bonbon acidulé rose dehors mais bien noir dedans.


Présentation de la collection Opuscule dans le «6/8» © RTBF

Les critiques
Blog Lire est un plaisir, journal de chroniqueurs littéraires (Jacques Mercier)
L’Eventail (Corinne Le Brun, entretien avec l’auteur)

Appel aux nouvellistes
S’il vous arrive d’écrire des nouvelles, sachez que les éditions Lamiroy acceptent d’étudier ces dernières en vue de publication. Vous pouvez adresser votre texte, qui doit impérativement comporter +-5000 mots (ce qui représente généralement 10 à 11 pages en fichier Word) par courriel à info@opuscule.be
http://www.lamiroy.be

À propos de l’auteur
Charlotte Dekoker, chroniqueuse humoristique sur La 1ère-RTBF, est aussi écrivain. Elle a publié Bière qui coule n’amasse pas mousse en 2016. On la retrouve également comme animatrice de télévision en France, où elle a vécu une première vie professionnelle en tant que directrice d’une ONG. (Source : Éditions Lamiroy)

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Made in China

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce ce que Jean-Philippe Toussaint fait partie de ces auteurs que j’aime suivre, à la fois pour son éclectisme et pour son écriture. Avec Made in China, il vient une nouvelle fois prouver combien ses romans sont à nuls autres pareils en y racontant les coulisses d’un tournage, en dressant le portrait de son éditeur chinois et en nous proposant une réflexion sur la littérature.

2. Parce que, comme l’explique Philippe Malherbe qui connaît fort bien l’auteur, on retrouve le narrateur au fil des pages « à la fois ballotté par les menus évènements qui sont la marque de chaque séjour, de chaque voyage, dans une culture étrangère, en proie aux quiproquos que sa faible connaissance de la langue chinoise induit inévitablement, parfois dépassé par l’enchaînement des séquences presque muettes qui agitent l’entourage de son producteur et ami, mais sans que, finalement, son flegme bon enfant n’en subisse le contrecoup. »

3. Pour cette citation éclairante: «Je continuais de marcher lentement dans la nuit, et, même si la vie, autour de moi, présentait toujours son caractère tranquille et indéniable, j’avais le sentiment d’évoluer dans un paysage de fiction, comme si j’avais été le personnage d’un roman que j’aurais été en train d’écrire».

 

Made in China
Jean-Philippe Toussaint
Éditions de Minuit
Roman
192 p., 15 €
EAN : 9782707343796
Paru en septembre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Depuis le début des années 2000, j’ai fait de nombreux voyages en Chine, je me suis rendu à Pékin, à Shanghai, à Guangzhou, à Changsha, à Nankin, à Kunming, à Lijiang. Rien n’aurait été possible sans Chen Tong, mon éditeur chinois. La première fois que j’ai rencontré Chen Tong, en 1999, à Bruxelles, je ne savais encore quasiment rien de lui et de ses activités multiples, à la fois éditeur, libraire, artiste, commissaire d’exposition et professeur aux Beaux-Arts. Ce livre est l’évocation de notre amitié et du tournage de mon film The Honey Dress au cœur de la Chine d’aujourd’hui. Mais, même si c’est le réel que je romance, il est indéniable que je romance. J.-P.T.

Les critiques
Babelio 
L’Express (Baptiste Liger et Éric Libiot)
BibliObs (Jérôme Garcin)
Le Carnet et les instants (Pierre Malherbe)
L’Humanité (Jean-Claude Lebrun)
Libération (Philippe Lançon)
Le Monde (Eric Loret)
Diacritik (Patrick Varetz)
Le Littéraire (Jean-Paul Gavard-Perret)

Les premières pages du livre
« Cher Jean-Philippe, est-ce que tu peux me transférer l’horaire de ton vol ? Il faut que je m’organise » m’écrivait Chen Tong quelques jours avant mon arrivée en Chine. Je suis arrivé à Guangzhou le 21 novembre 2014 dans la soirée, et Chen Tong m’attendait à l’aéroport. Je l’aperçus à distance vêtu d’une de ses éternelles chemisettes grises à manches courtes. Il se tenait immobile, les mains derrière le dos, le regard attentif, il se dégageait de sa personnalité un sentiment d’assurance et de calme. Il esquissa un sourire, à peine un sourire, l’encoignure de ses lèvres se souleva, tandis que ses yeux brillaient de complicité contenue. Mais rien de plus, son corps n’avait pas bougé, son visage était resté impassible, grave, placide. Je fis les derniers mètres pour le rejoindre, et on se donna l’accolade, avec précaution, mimant l’accolade plutôt que la donnant vraiment, il me tapa deux ou trois fois doucement dans le dos pour souligner nos retrouvailles. Il s’empara de ma valise et on passa les portes de l’aéroport, et aussitôt je fus assailli par l’odeur de la Chine, cette odeur d’humidité et de poussière, de légumes bouillis et de légère transpiration qui imprègne l’air chaud de la nuit. Nous ne disions rien sous les vastes auvents de verre incurvés de l’aéroport, et nous attendions la voiture qui devait venir nous chercher. »

Extrait
« La mère de Chen Tong était institutrice à la campagne, et Chen Tong la suivait à chaque fois dans les écoles ou collèges où elle enseignait. Le père de Chen Tong était peintre et calligraphe. Dans les années 1950, il travaillait comme photographe dans un journal de Ning Xiang, dans le Hunan, il se servait d’un appareil Dual, un 6 ´ 6, format 120. Une des photos qu’il a prises de la « commune du peuple » de son village a même été reprise par un journal japonais. La Révolution culturelle a ensuite fait zigzaguer le parcours de son père, qui « fut abaissé » jusqu’à ouvrier de laquage, selon l’expression de Chen Tong, puis qui a travaillé comme agent d’achat d’une usine de sprays pour l’agriculture, et enfin au Bureau de l’industrie, où il a pris sa retraite. Pour occuper ses vieux jours, il a loué un atelier pour fabriquer des enseignes et des panneaux publicitaires, qu’il a fini par confier à son disciple, avant de venir habiter chez Chen Tong, à Guangzhou, à l’âge de soixante-dix ans. Il est mort début 2014, le premier jour du Nouvel An chinois, un ou deux mois à peine après mon propre père (nous nous sommes annoncé mutuellement la mort de nos pères par mail dans les premiers mois de 2014). »

À propos de l’auteur
Jean-Philippe Toussaint est né à Bruxelles en 1957. Prix Médicis 2005 pour Fuir. Prix Décembre 2009 pour La Vérité sur Marie. Il a publié une quinzaine de romans et collaboré à quatre longs métrages. (Source : Éditions de Minuit)

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Monarques

RAHMY_monarques

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que j’avais beaucoup aimé Allegra, son précédent roman paru l’an passé.

2. Parce qu’avec Monarques, l’auteur revient sur son enfance marquée par la maladie, mais comme toujours, élargit son propos pour nous parler aussi de son père d’origine égyptienne. Un autre adolescent va bientôt apparaître Herschel Grynszpan, dont le fait d’armes qui l’a rendu célèbre est d’avoir tué un nazi à Paris en 1938.

3. Parce qu’il j’aimerais ainsi rendre hommage à un homme éminemment sympathique, qui s’est investi corps et âme pour la littérature et qui avait encore beaucoup de belles choses à nous faire connaître. Il était atteint de la maladie des os de verre. La nouvelle de son décès, le 1er octobre 2017, m’a bouleversé.

Monarques
Philippe Rahmy
Éditions de la Table Ronde
Roman
208 p., 17 €
EAN : 9782710385332
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
«À l’automne 1983, je quitte ma campagne au pied du Jura, pour suivre des cours à l’école du Louvre. Je découvre Saint-Germain-des-Prés, ses librairies, ses éditeurs, ses cafés, ses cabarets. Mais en Suisse, à la ferme, mon père est malade. J’apprends qu’il est à l’agonie le jour où je croise le nom d’Herschel Grynszpan, un adolescent juif ayant fui l’Allemagne nazie en 1936, et cherché refuge à Paris.
Il m’a fallu trente ans pour raconter son histoire en explorant celle de ma propre famille. J’ai frappé à de nombreuses portes, y compris celles des tombeaux. J’ai voyagé en carriole aux côtés de ma grand-mère, de ma mère et de mes deux oncles fuyant Berlin sous les bombardements alliés. Je me suis embarqué pour Alexandrie en compagnie de mes grands-parents paternels, et j’ai assisté à la naissance de mon père dans une maison blanche au bord du désert. Un père dont j’ai tenu la main sur son lit de mort, avant de découvrir son secret. Herschel a cheminé à mes côtés durant mes périples, autant que j’ai cherché à retrouver sa trace.» Philippe Rahmy.

Les critiques
Babelio 
Le Temps (Julien Burri)
La Cause littéraire (Philippe Leuckx)
Blog Addict culture (Adrien Meignan)
Blog L’Or des livres 

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Philippe Rahmy présente Monarques © Radio Suisse romande, émission Versus-lire.

Les premières pages du livre
Vient le jour où l’enfance prend fin. Cela fait longtemps qu’Herschel Grynszpan m’accompagne. Le projet d’écrire son histoire est né à la mort de mon père.
Une neige fine et sèche tombe sur La Moraine. L’extrémité du Grand-Champ disparaît dans la brume. Il y a une centaine d’années, notre propriété s’étendait jusqu’à la Sarine. Le remaniement a transformé la campagne suisse, découpant et redistribuant les champs, ou les réaf fectant à l’élargissement des réseaux autoroutier et ferroviaire. Plusieurs expropriations ont considérablement réduit notre domaine agricole. Seule la forêt est demeurée intacte. Elle se tient, verte et violette, au pied du Jura, forêt de longue attente, si souvent contemplée par la fenêtre quand j’étais enfant et trop faible pour quitter mon lit. Forêt profonde, impénétrable, terre de personne et terre promise.

Extrait
« Roswitha et Adly avaient été mariés par un pasteur, selon un rite oecuménique élaboré par ma mère, dans une chapelle en plein vignoble. Jamais je n’ai entendu mes parents se plaindre ou se quereller, jamais je n’ai perçu de tristesse chez eux, sauf quand ma mère racontait comment elle avait rompu avec sa famille à cheval sur les traditions pour épouser un Arabe en âge d’être son père, veuf et noir comme le péché. »

À propos de l’auteur
Né à Genève en 1965, Philippe Rahmy est l’auteur de deux recueils de poésie parus aux éditions Cheyne – Mouvement par la fin avec une postface de Jacques Dupin (2005) et Demeure le corps (2007) – et d’un récit publié en 2013 à La Table Ronde, Béton armé, couronné de plusieurs prix littéraires et élu meilleur livre de voyage de l’année par le magazine Lire. En 2016, il publie Allegra, suivi de Monarques à l’occasion de la rentrée littéraire 2017. Philippe Rahmy venait d’obtenir une résidence d’écriture à la Fondation Jan Michalski à Montricher. Agé de 52 ans, il était atteint de la maladie des os de verre. Il est décédé le 1er octobre 2017. (Source: Éditions de La Table Ronde/ Le Temps)

Site Internet de l’auteur 
Page Wikipédia de l’auteur 

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Sauver les meubles

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Logo_premier_romanLogo_68_premieres_fois_2017

En deux mots:
Un photographe chargé du catalogue d’un grand marchand de meubles va trouver un dérivatif en shootant des scènes porno.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Sauver les meubles
Céline Zufferey
Éditions Gallimard
Roman
240 p., 19 €
EAN : 9782072730382
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule vraisemblablement dans la région parisienne.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Photographe aux ambitions artistiques déçues, le narrateur est engagé par une entreprise de meubles pour réaliser des photos de catalogue. Humilié d’être obligé de mettre son talent au service de la consommation de masse, il cherche en vain du répit dans la compagnie de Nathalie, qui pose dans les décors qu’il photographie, ou dans celle d’un autre modèle, une fillette surnommée Miss KitKat, chaperonnée par son horrible mère. Il va se laisser tenter par la voie de la transgression quand un collègue lui proposera de participer au lancement d’un site pornographique à prétentions esthétiques…
Sauver les meubles est un roman de la solitude contemporaine. Le ton caustique du récit, souvent très cru et plein d’humour, décrit notre univers fait de faux-semblants, de clichés, de fantasmes. Dans un tel monde, est-il encore possible d’être libre?

Ce que j’en pense
Dans le monde de la communication, les apparences prennent souvent le pas sur la réalité. D’où l’émergence de communicants chargés de mettre en valeur des personnes, des idées, des objets. Les discours deviennent alors le plus lisse possible de peur de heurter qui que ce soit, les valeurs sont aseptisées et les objets sont «contextualisés», pour utiliser le jargon employé dans ces cabinets-conseil et agences de publicité. Car depuis des années, on vend la promesse de belles soirées entre amis plutôt qu’une table de jardin ou un barbecue, un paradis pour enfants plutôt qu’un lit et une armoire.
Céline Zufferey a choisi de nous montrer l’envers du décor, d’explorer les coulisses de la création du catalogue de l’un des plus grands marchands de meubles. Elle met en scène un photographe qui ne peut vivre de son art, «obligé de passer de l’autre côté pour payer mon studio et la maison de retraite de mon père, dans le camp de la photo fonctionnelle.» et se voit contraint d’accepter cet emploi au sein du département chargé du catalogue, pièce-maîtresse du plan marketing de l’enseigne. Après avoir fait connaissance de «l’équipe formidable» qui l’entoure, le voici à pied d’œuvre. En plein été, Voici venu le moment du catalogue de fin d’année: « L’œil dans le viseur, l’illusion est parfaite, impressionnante: je suis dans le salon d’un chalet, ce chalet se trouve à la montagne, entouré de sapins immenses et de neige épaisse. Je sentirais presque la chaleur des flammes dans la cheminée si j’arrivais à oublier le rugissement de la machine qui crache des flocons.
Je me rappelle les photos placardées sur les bus : des plans larges, bien droits, mettre en avant le produit, valoriser le tapis à poil court, trouver le meilleur profil de la table à cent trente-neuf euros. Je cherche le cadrage qui réveillera chez le badaud la fibre du consommateur. » Si le narrateur est frustré, il se plie pourtant aux règles et va même trouver en Nathalie, l’un des modèles chargés de vendre l’illusion, une alliée. De quoi agrémenter un quotidien très normé.
Parmi les autres employés, Christophe s’ennuie également. Mais a une idée qui pourra leur permettre de se distraire, tout en se faisant un peu d’argent: monter un site pornographique. Rendez-vous est pris avec des acteurs professionnels et très vite les photos du narrateur rencontrent leur public. Vient alors le moment où il faut expliquer à Nathalie la nature de ce second job. Mais de peur de la heurter, notre narrateur va préférer taire ses activités.
Reste l’intuition féminine ou plutôt la perception d’un changement de comportement. Quelque chose se détraque dans ce beau monde aussi artificiel que parfait. Par petites touches, en juxtaposant le travail du catalogue avec celui du studio X, l’auteur nous ouvre les yeux sur la brutale réalité: les règles qui président l’un sont les mêmes qui régissent l’autre univers. On ment, on embellit, on trompe son monde.
Jusqu’à se tromper soi-même?
Un premier roman sans concessions et qui démonter déjà un joli sens du rythme. On y sent la phrase travaillée et le souci constant de ne pas se perdre en fioritures. C’est plutôt réussi!

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)

Les critiques
Babelio 
Le Temps (Eléonore Sulser)
L’Humanité (Alain Nicolas)
Tribune de Genève (Caroline Rieder)
Le blog de Gilles Pudlowski 

Les premières pages du livre
« Les verres à eau, on les range au-dessus de l’évier.
Personne n’a l’idée de les mettre sous les plaques ou sous le four.
La place des verres est en hauteur, proche du point d’eau.
Dans le même placard, on range souvent les tasses.
Quant aux bols, ça dépend des caractères. Certains les placent avec les assiettes, d’autres avec les verres.
Mais on ne met pas les bols avec les casseroles. Ça ne se fait pas. Ça n’a pas été prévu comme ça.
Le rangement est pragmatique, instinctif.
Les cuisines équipées ont une place pour chaque chose.
„Ils me sourient. Je me force.
Non, je ne suis pas heureux d’intégrer cette « super équipe », de faire partie d’une « grande entreprise », de profiter « d’avantages exceptionnels ». Ils prétendent me mettre à l’aise, ils ont déjà oublié mon prénom. Je suis le nouveau, l’étranger : à moi de faire des efforts, de donner envie. J’ai sommeil, besoin d’une clope, envie d’être ailleurs. »

Extrait
« — OK, c’est bon.
Assistant me fait signe d’approcher. J’abandonne mon appareil comme j’ai abandonné la fontaine à eau.
— Bruno, arrête la neige. Et ouvre les fenêtres, on crève de chaud.
Pendant que Stagiaire démonte les murs, Sergueï-le-Styliste époussette le coussin.
Sur l’écran, mes photos brillent de mille LED. Le type, dont je ne me souviens plus de la fonction, examine mes clichés.
— Bien. C’est lisible, efficace.
Ouf.
Aux suivantes : « Perception de confort à travers aiguilles en plastique ».
— Elles sont marrantes.
Il appuie sur l’icône corbeille où elles disparaissent dans un bruit doux de papier froissé.»

À propos de l’auteur
Céline Zufferey est diplômée de la haute école des Arts de Berne en création littéraire. Sauver les meubles est son premier roman. (Source éditions Gallimard)

Page Facebook de l’auteur 

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  RLN2017

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Frappe-toi le cœur

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Voici 5 bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que je suis Amélie Nothomb depuis son premier roman, Hygiène de l’assassin. C’était déjà il y a plus d’un quart de siècle !

2. Parce qu’il faut saluer la performance de la romancière à la discipline de fer qui, fidèle à son éditeur, lui propose tous les ans un nouveau roman, sans oublier les dizaines d’autres livres qui dorment dans ses tiroirs.

3. Pour son style, aujourd’hui très maîtrisé, très épuré. Répondant à Baptiste Liger dans Lire, elle explique : « Vous savez, c’est le quatre-vingt septième roman que j’écris et, au fil du temps, j’ai appris qu’il fallait se séparer de tout ce qui n’était pas nécessaire. Dès qu’on voit qu’une scène ou une explication n’est pas indispensable, il faut la supprimer. »

4. Parce qu’elle sait varier son registre et surprendre, roman après roman. L’an passé, elle revisitait le conte de Perrault avec Riquet à la houppe (que j’ai bien aimé), cette fois elle nous invente le sien, celui de la jalousie. Au centre du récit, Diane, dont la mère Marie est jalouse et qui va essayer de se construire, notamment en se trouvant une mère de substitution, l’une de ses professeurs à la fac de médecine.

5. Parce que les critiques, prompts à dénigrer les auteurs populaires, sont quasi unanimes à trouver que Frappe-toi le cœur est l’un de ses meilleurs.

Frappe-toi le cœur
Amélie Nothomb
Éditions Albin Michel
Roman
180 p., 16,90 €
EAN : 9782226399168
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
« Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. » Alfred de Musset

Les critiques
Babelio 
Télérama
Culturebox (Anne Brigaudeau)
ActuaLitté (Nausicaa Dewez)
Libération (Claire Devarrieux)
Blog A l’ombre du noyer 
Blog Cannibales lecteurs
Blog Les petits livres by Smallthings

Les premières pages du livre
« Marie avait 19 ans, son heure était venue. Une existence formidable l’attendait, elle le sentait. Elle étudiait le secrétariat, ce qui ne présageait rien – il fallait bien étudier quelque chose. On était en 1971. « Place aux jeunes », entendait-on partout.
Elle fréquentait les gens de son âge aux soirées de la ville, elle n’en manquait pas une. Il y avait une fête presque chaque soir pour qui connaissait du monde. Après une enfance calme et une adolescence ennuyeuse, la vie commençait. « Désormais, c’est moi qui compte, c’est enfin mon histoire, ce n’est plus celle de mes parents, ni de ma sœur. » Son aînée avait épousé un brave garçon l’été d’avant, elle était déjà mère, Marie l’avait félicitée en pensant : « Fini de rire, ma vieille ! »
Elle trouvait grisant d’attirer les regards, d’être jalousée des autres filles, de danser jusqu’au bout de la nuit, de rentrer chez elle au lever du jour, d’arriver en retard au cours. « Marie, vous avez encore fait la vie, vous », disait à chaque fois le professeur avec une fausse sévérité. Les laiderons qui étaient toujours à l’heure la contemplaient rageusement. Marie éclatait de son rire lumineux ». »

Extrait
« Maman, j’ai tout accepté, j’ai toujours été de ton côté, je t’ai donné raison jusque dans tes injustices les plus flagrantes, j’ai supporté ta jalousie parce que je comprenais que tu attendais davantage de l’existence, j’ai enduré que tu m’en veuilles des compliments des autres et que tu me le fasses payer, j’ai toléré que tu montres ta tendresse à mon frère alors que tu ne m’en as jamais témoigné une miette, mais là, ce que tu fais devant moi, c’est mal. »

À propos de l’auteur
Depuis 1992 et Hygiène de l’assassin, tous les livres d’Amélie Nothomb ont été publiés aux éditions Albin Michel. Elle a reçu, entre autres, le prix Chardonne, le Grand prix du roman de l’Académie française, le prix de Flore, et le Grand prix Jean Giono pour l’ensemble de son œuvre. Ses œuvres sont traduites dans 40 langues, des U.S.A. au Japon. (Source : Éditions Albin Michel)
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Mon étincelle

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Voici 5 bonnes raisons de lire ce livre :
1. Parce que Ali Zamir avait fait une entrée remarquée en littérature avec son premier roman Anguille sous roche, qui ne contenait qu’une seule phrase de plus de 300 pages pour raconter la vie d’une jeune fille aux Comores, au moment où elle perd pied et qui a obtenu les Prix Senghor et Nelson-Mandela.

2. Parce que l’auteur nous offre un «pitch» alléchant : « Bien que je n’avais pas entendu maman évoquer la formule populaire « il était une fois », cette histoire résonnait dans ma tête comme un conte de fées : c’est une histoire de deux étudiants qui commence à Madagascar dans la ville de Mahajanga. La ville aux baobabs. Je me rappelle toujours cette histoire à chaque fois que j’affronte une épreuve. C’est l’histoire d’une adolescente de dix-huit ans, timide, réservée, prénommée Douceur et d’un jeune homme courageux de dix-neuf ans, Douleur. Douleur et Douceur s’aimaient éperdument. »

3. Parce qu’il figure dans les quatre finalistes du Prix Méditerranée des Lycéens en compagnie d’excellents auteurs : Alexia Stresi, Ludovic Ninet et Sébastien Spitzer.

4. Parce que la plume d’Ali Zamir est à nulle autre pareille. Avez-vous déjà lu une telle description d’un orage : « Mais, tout à coup, le ciel a changé de visage : il est devenu dyscole. Oui. Il avait un visage horriblement renfrogné. Il rougissait comme une fillette qui boudait l’absence de sa poupée dans son lit. Était-il vraiment nécessaire pour lui d’épancher sa bile devant cet audacieux insecte qui fonçait à tout risque dans ses entrailles, avec nous à l’intérieur comme des bandits ? Sur ces entrefaites, on a cru entendre des cordes en fer pleuvoir en fusillant l’appareil. Elles atterrissaient violemment, croyez-moi, comme les rafales d’une mitrailleuse. Des foudres et des tonnerres éclataient sans cesse comme des explosifs qu’on nous jetait dessus pour nous anéantir. »

5. Pour cette critique élogieuse de Baptiste Liger dans Lire: « Ici, tout n’est que beauté littéraire. Tous ces contes entremêlés conjuguent en effet parfaitement humour et émotion, dans une langue sidérante d’inventivité. Étincelant, forcément. »

Ali Zamir sera le 15 septembre à Besançon pour le Festival «Livres dans la boucle»

Mon étincelle
Ali Zamir
Éditions Le Tripode
Roman
280 p., 19 €
EAN : 9782370551368
Paru en septembre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Étincelle est une jeune fille qui se retrouve à bord d’un avion qui relie deux îles de son pays, les Comores. Prise dans les turbulences du vol, et tenaillée entre deux liaisons amoureuses, elle va se remémorer certaines des histoires que lui contait sa mère, à commencer par celle, somptueuse et tragique, qui devait un jour lui donner naissance.
Mon Étincelle remet en scène l’éternel jeu de l’amour et du hasard qui unit les amants. Après Anguille sous roche (Mention spéciale du prix Wepler, Prix Senghor du roman francophone), Ali Zamir confirme avec ce second roman son talent de conteur. Au gré des histoires que vivent des personnages au nom les plus improbables – Étincelle, Douceur, Douleur, Efferalgan, Dafalgan, Vitamine, Calcium – on découvre le monde insulaire, truculent et contrasté d’un écrivain décidément atypique.

Les critiques
Babelio 
LCI (Romain Le Vern – 4 Coups de cœur de la rentrée)

Les premières lignes
« La vie est une curieuse hirondelle coincée dans une vilaine poubelle: c’est là qu’elle palpite et cesse d’être belle. Vous n’avez rien saisi. Je le sens. Je reformule et esquisse la phrase. C’est simple. La vie est un voyage peu ou prou incertain. Un voyage plein de turbulences. Des turbulences associées ou non à des intempéries. Des intempéries impétueuses provoquées par la curiosité et la cruauté humaines.
C’est toujours long, dites-vous. Ce n’est pas de ma faute. C’est la faute au langage. Alors, en un mot, si c’est vraiment possible de le dire en un mot : la vie est un voyage plein de haut-le-cœur provoqués par des secousses mortelles, il faut toujours savoir s’accrocher. Il ne faut surtout pas lâcher prise, sinon on se trouve à la merci du vent ou de la tempête. Et on finit à la poubelle comme un minable déchet. Oui, exactement comme un foutu déchet. J’ignore si c’est un déchet recyclable, biodégradable ou autre. N’importe. J’imagine tout simplement que personne ne voudrait devenir un déchet. Parce qu’un déchet pose toujours problème dans la société : on se dispute entre frères, entre voisins, entre quartiers puis entre villes et ça ne s’arrête pas. »

Extrait
« Avez-vous vu une vie jadis pépère mettre le cœur au bord des lèvres ? Eh bien suivez-moi. Et vous comprendrez ce que je veux dire par là. Vous comprendrez que vous vivez tous un malaise dans la vie. Que chacun porte son bât. Que vous prenez un appareil confortable ou non, vous n’échapperez pas au cœur au bord des lèvres. Tout le monde finit par nager sans eau un jour ou l’autre. L’homme est un insecte curieux qui n’arrête pas de se faire coincer dans une bouteille de liqueur vide. »

À propos de l’auteur
Ali Zamir est né en 1987 à Mutsamudu (Comores). Grâce à l’obtention d’une bourse, il a étudié les lettres modernes à l’Université du Caire (Egypte), où il obtient un master en 2010. C’est en exil dans cette ville qu’il conçoit, entre 2009 et 2010, la première version du roman Anguille sous roche. Il est retourné vivre à Mutsamudu en 2001 et a occupé la fonction de directeur de la Culture et des Affaires associatives de l’île autonome d’Anjouan. Mon étincelle est son second roman. Il vit actuellement à Montpellier. (Source: Livres Hebdo / Le Tripode)

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La ferme (vue de nuit)

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En deux mots:
Après une séparation de quinze ans, Annie retrouve Étienne. Elle a envie de croire qu’elle peut effacer le passé et recommencer leur histoire. Mais est-il si facile d’oublier le passé? Et les années qui passent changent-elles une personnalité? Un roman qui pose tout en finesse des questions essentielles.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

La ferme (vue de nuit)
Anne-Frédérique Rochat
Éditions Luce Wilquin
Roman
208 p., 20 €
EAN : 9782882535351
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule dans un endroit non précisé, mais que l’on peut imaginer sur les hauteurs de Lausanne ou les contreforts du Jura. Un voyage à Venise y est également évoqué.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
En réalité, la ferme n’avait rien d’une ferme, sauf peut-être l’éloignement, la campagne, le silence. Sous un soleil de plomb, Annie monte un interminable escalier pour aller retrouver l’homme avec qui elle a vécu sa première grande histoire d’amour. Mais est-il seulement possible de reprendre le fil là où il s’est cassé, de passer par-dessus les blessures, d’oublier les rancœurs? Dans la chaleur étouffante de l’été, Annie continue d’avancer, marche après marche, un pied devant l’autre, dans des sandales trop étroites, pour rejoindre cet homme dans sa curieuse maison, faite de grandes baies vitrées et de stores automatiques. Que pensera-t-il en la voyant? La trouvera-t-il vieillie après toutes ces années ? Remarquera-t-il qu’elle n’est plus la même, plus la petite Annie d’autrefois? Et s’il ne la reconnaissait pas?

Ce que j’en pense
Précise comme une montre suisse, Anne-Frédérique Rochat a pris l’habitude de nous livrer un nouveau roman à chaque rentrée. Après Le chant du canari en 2015 et L’autre Edgar en 2016, voici son sixième opus qui démontre une fois encore son grand talent de narratrice. Elle continue d’y explorer les relations de couple, le sens d’une union, la notion de famille, le désir d’enfant.
Le début du roman est marqué par l’arrivée d’une lettre ou plutôt d’un pli contenant un bristol blanc et vierge. Mais pour Annie, la destinataire, il n’y a aucun doute sur l’expéditeur. Car elle reconnaît d’emblée cette écriture sur l’enveloppe comme celle d’Étienne, son amant quitté quinze ans plus tôt. Un homme qu’elle n’a pas oublié et avec lequel elle a vécu quelques années heureuses à La Ferme. La maison qui porte ce nom est en fait une bâtisse à l’architecture moderne avec de grandes baies vitrées donnant sur la forêt. Située sur un promontoire, on y accède par un interminable escalier. On ne va pas tarder à y retrouver Annie pour laquelle ce courrier surprenant n’est rien d’autre qu’un appel à tirer un trait sur le passé et à rejoindre l’homme qui l’a accueillie alors qu’elle était serveuse dans un café et l’a encouragée à reprendre ses études et devenir enseignante. Mais au moment d’accéder au bout, le doute l’assaille : « Et s’il n’était pas seul? Et si elle le dérangeait? Si elle avait mal compris son message, ou plutôt son non-message, sa carte vierge? Elle frissonna, l’air s’était rafraîchi, ce qui n’était pas désagréable, mais ses pieds continuaient de la torturer. Elle songea qu’elle n’aurait peut-être pas dû venir, pas si vite en tout cas, accourir comme un chien-chien fou de joie à l’idée de retrouver son maître: quelle bêtise! Elle aurait mieux fait de rester chez elle, n’avait plus l’âge de jouer à ce genre de jeu; elle était une femme à présent, une femme accomplie qui n’avait pas besoin du regard des autres pour se sentir belle et justifier son existence, elle était forte et indépendante! »
Quand Étienne apparaît, c’est comme si le temps s’était soudain accéléré. En quelques secondes défilent des pans entiers de son existence, de leur rencontre à leur premier rendez-vous, de leur emménagement à La Ferme aux habitudes qui s’installent jusqu’à ce jour où elle avait pris la décision de partir sans se retourner. Mais pour l’heure, les retrouvailles se font presque sans paroles, avec un instinct très animal… « « Annie », susurra-t-il avec émotion.
Il porta ses doigts aux ongles ronds et nacrés à ses lèvres, les huma longuement, les yeux fermés, avant de les embrasser, les goûter. Ça avait commencé, ils s’étaient retrouvés. Pas besoin d’interminables discours, d’explications compliquées, sa carte à lui et sa venue à elle quelques jours après avaient suffi pour exprimer l’essentiel.
Il l’emmena à l’étage, éteignit la lumière, se rappelant qu’elle préférait sans, la guida jusqu’à son lit dans la pénombre. Une même crainte les envahit au moment du déshabillage: que penserait-il/elle de ce corps vieilli de quinze ans?; celui qu’il/ elle avait connu était-il très différent? Ces craintes ne durèrent qu’un instant, très vite la soif et les caresses de l’autre eurent raison de leurs appréhensions. » Si les (bonnes) vieilles habitudes reviennent assez vite et si Annie décide d’emménager à nouveau dans la ferme, on commence à sentir quelques points de crispation. Car si les corps se retrouvent, il n’en est pas forcément de même pour le cœur. C’est du reste la grande force d’Anne-Frédérique Rochat: Il lui suffit d’instiller quelques détails, comme les stores ouverts ou baissés, la préparation du repas ou encore la lumière qui reste allumée, pour nous faire comprendre que le couple n’est pas à l’unisson. D’appréhension en réaction épidermique – au vrai sens du terme – le lecteur découvre les failles et va les voir se creuser. Ainsi présence de plus en plus marquée de Lucien le lama pourrait prêter à rire, si elle n’était pas le signe d’une conception diamétralement opposée de concevoir le rôle de cet animal de compagnie. Pour Étienne, il fait partie intégrante de la famille au point de l’inviter à manger sa salade dans la maison. Pour Annie, il devient un rival. Il va en aller de même des voisins et en particulier d’un petit garçon qui s’invite un soir chez eux. S’il est bien accueilli, il va cependant cristalliser toute la frustration d’Annie et son envie de fonder une vraie famille. Elle se rappelle que c’est lorsqu’elle a annoncé qu’elle était enceinte qu’elle a dû quitter la ferme, Étienne ne se sentant pas capable d’assumer le rôle du père. Quinze ans plus tard, les choses ont-t-elles vraiment changé ? C’est tout l’enjeu de la fin du roman… qui vous réserve une belle surprise !

Livre_sur_les_quais_2017

Anne-Frédérique Rochat sera présente durant les trois jours du Livre sur les quais à Morges du 1 au 3 septembre 2017.

Autres critiques
Babelio
Le blog de Francis Richard 
Blog Le coin lecture de Nath 

Les premières lignes du livre

Extrait
« C’était censé être une bonne nouvelle!!! éclata-t-elle soudain. Heureux papa, tu n’avais qu’à suivre l’injonction!!! Ce n’est quand même pas très compliqué!!! Tu sais combien de personnes rêvent de ce qui est en train de nous arriver ?!
Annie, dit-il avec un calme déroutant, inquiétant, en détachant chaque syllabe, il n’a jamais été question de ça entre nous, tu le sais bien.
Et alors je fais quoi, maintenant que c’est là ?!
– Dieu merci, à notre époque, on a encore le choix.
– Le choix de quoi ?! ‘
– De revenir en arrière. »
Elle sentait des milliers de larmes se bousculer à l’orée de ses paupières, mais elle ferma le passage, de toutes ses forces, verrouilla la porte.
– Je n’avorterai pas.
– Annie, je ne veux pas d’enfant, je te l’ai toujours dit… »

À propos de l’auteur
La comédienne suisse Anne-Frédérique Rochat, née en 1977 à Vevey, alterne écriture dramatique et narrative depuis quelques années, trouvant un plaisir différent, mais complémentaire, dans l’exercice de ces deux genres littéraires. En 2016, le Prix Littérature de la Fondation Vaudoise pour la Culture a couronné l’ensemble de son œuvre. La ferme (vue de nuit) est son sixième roman. (Source : Éditions Luce Wilquin)

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