La femme à la fenêtre

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En deux mots:
Anna Fox vit recluse dans son appartement et assiste, comme dans Fenêtre sur cour d’Hitchcock, à un meurtre dans l’appartement des voisins. Mais faut-il la croire, elle qui mélange les verres de vin aux médicaments et passe son temps à regarder des films noirs?

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Hitchcock revisité

Si vous aimez le cinéma d’Alfred Hitchcock, vous adorerez La femme à la fenêtre, premier thriller de l’Américain A.J. Finn qui nous livre une version machiavélique de Fenêtre sur cour.

C’est ce que l’on peut appeler un début fracassant. Ce premier roman a rapidement été un best-seller dans son pays d’origine, les États-Unis. Traduit dans une quarantaine de pays, il a déjà été vendu à plus de 20000 exemplaires en France. Enfin, A.J. Finn a aussi réussi à Séduire Joe Wright, le réalisateur de Orgueil et Préjugés et Les heures sombres, qui s’est lancé dans l’adaptation de ce roman très hitchcockien.
Et pour cause! Car l’auteur – qui s’appelle en réalité Daniel Mallory – a été éditeur de polars, mais s’est aussi nourri des films noirs que le cinéma d’art et d’essai de son quartier projetait régulièrement et dont on sent l’influence dès la scène d’ouverture.
Nous sommes dans le quartier de Harlem à New York. C’est là que vit Anna Fox. Traumatisée à la suite d’un accident et séparée de son mari et de sa fille, elle souffre d’agoraphobie et passe son temps à boire, regarder des films et à observer ses voisins, comme par exemple Mme Miller, cette ravissante voisine qui trompe son mari avec un artisan et qui est sur le point d’être surprise par le retour inopiné de ce dernier…
En fait, il ne s’agit que d’une mise en bouche. Quelques jours plus tard, elle n’aura qu’à déplacer son appareil photo vers un autre appartement, celui des Russell, pour découvrir une scène autrement plus grave: la femme sympathique et attentionnée qui lui a rendu visite un peu auparavant se fait tuer sous ses yeux! Les amateurs du genre auront reconnu un scénario proche de celui de Fenêtre sur cour. Sauf que l’auteur est assez malin pour brouiller les pistes et nous offrir un petit bijou de manipulations, fausses pistes et rebondissement final, ce dernier venant s’ajouter à un précédent épisode que le lecteur naïf aurait pu prendre comme la clé de ce mystère.
Si l’on se délecte des démêlés d’Anna Fox, c’est parce que tous les codes du genre y sont, mais qu’ils nous sont servis avec autant de malice que dextérité. Ainsi, quand la police débarque pour l’interroger en lui expliquant que Madame Russell est bien vivante et que son fils – qu’elle a également accueilli chez elle – confirme cette version, on en vient vraiment à se demander si elle n’a pas rêvé la scène. Après tout, elle est dépressive, mélange les bouteilles de merlot et les médicaments, et s’abreuve de films noirs au point de pouvoir en citer les dialogues.
Bien entendu, on ne dévoilera rien de plus sur l’intrigue. En revanche, il faut souligner l‘extrême habileté de la construction. Un peu comme les parties d’échecs qu’Anna dispute en ligne, le déplacement d’une pièce du dispositif narratif peut changer bien des choses. La clé, on le sait pourtant, est d’essayer de deviner les intentions de l’adversaire… et de ne pas se laisser distraire.
Ajoutons encore un mot sur l’ambiance. On croirait voir défiler les toiles d’Edward Hopper, un peu comme dans le film Shirley de Gustav Deutsch.


Cette solitude qui sourd, cette curieuse angoisse qui vous étreint, sans oublier cette bizarre impression de voyeurisme que l’artiste cultive par l’angle qu’il choisit pour nous raconter ses mises en scène. Et nous voilà de retour au cinéma !
Dans la droite ligne d’Apparences, de Gillian Flynn (devenu Gone Girl au cinéma) ou de La Fille du train de Paula Hawkins, «La Femme à la fenêtre appartient à ce type de livres singulier qu’il est impossible de lâcher.», comme le souligne Stephen King

La femme à la fenêtre
A.J. Finn
Presses de la Cité
Thriller
traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Maillet
528 p., 21,90 €
EAN : 9782258147218
Paru le 8 février 2018

Où?
Le roman se déroule aux Etats-Unis, plus précisément à New-York dans le quartier de Harlem.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Elle a tout vu, mais faut-il la croire?
Séparée de son mari et de leur fille, Anna vit recluse dans sa maison de Harlem, abreuvée de merlot, de bêtabloquants et de vieux polars en noir et blanc. Quand elle ne joue pas aux échecs sur internet, elle espionne ses voisins. Surtout la famille Russell – un père, une mère et un adorable ado –, qui vient d’emménager en face. Un soir, Anna est témoin d’un crime. Mais comment convaincre la police quand on doute soi-même de sa raison?

Les critiques
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Gérard Collard présente La femme à la fenêtre © Production La Griffe Noire

Les premières pages du livre: 
« Son mari ne va plus tarder. Ce coup-ci, c’est sûr, il va la surprendre.
Il n’y a ni rideaux ni stores au 212, la maison de ville couleur rouille qu’habitaient les Mott, de jeunes mariés, il n’y a encore pas si longtemps jusqu’à ce qu’ils défassent les liens du mariage. Je ne les ai jamais rencontrés, mais de temps à autre je jette un coup d’œil au profil du mari sur Linkedln et à la page Facebook de la femme. Leur liste de mariage est toujours chez Macy’s; si je voulais, je pourrais leur acheter une ménagère.
Bref, comme je le disais, les fenêtres du 212 sont dépourvues de tout ornement. La demeure, située en face de la mienne, semble poser sur moi un regard vide et, alors que je la contemple en retour, je vois la maîtresse de céans guider son artisan vers la chambre d’amis. Qu’a-t-clle de si spécial, cette maison, pour que l’amour y meure à coup sûr?
La femme est ravissante: une vraie rousse, aux yeux vert émeraude et au dos parsemé de minuscules grains de beauté. Beaucoup plus attirante en tout cas que son mari, John Miller, psychothérapeute – oui, il reçoit des couples en difficulté –, et l’un des 436 000 John Miller qu’on peut recenser sur Internet. Ce représentant particulier de l’espèce travaille près de Gramercy Park et n’accepte que les paiements en liquide. D’après l’acte de vente publié en ligne, il aurait payé cette propriété 3,6 millions de dollars. Son cabinet doit bien tourner.
J’en sais à la fois plus et moins sur elle. Il me paraît clair qu’elle ne s’intéresse pas à la décoration intérieure; les Miller ont emménagé il y a déjà huit semaines, pourtant leurs fenêtres sont toujours nues… Pfff! Elle va à son cours de yoga trois fois par semaine, dévale Ies marches avec son tapis magique roulé sous le bras, les jambes gainées d’un legging Lululemon. Et elle doit faire du bénévolat quelque part, car elle sort un peu après onze heures le lundi et le vendredi matin, au moment où je me lève, et revient vers cinq heures ou cinq heures et demie de l’après-midi, quand je me mets devant la télé pour mon film du soir. (Choix d’aujourd’hui: L’homme qui en savait trop, pour la énième fois. Moi, je suis la femme qui en a trop vu.)
J’ai remarqué qu’elle aimait bien boire un verre dans l’après-midi, comme moi. Est-ce qu’elle s’en sert également un le matin, comme moi?
Son âge reste un mystère, même si elle est assurément plus jeune que son psychothérapeute de mari, et sans doute plus jeune que moi (plus souple aussi). Je n’ai aucune idée non plus de son prénom. Je l’ai baptisée Rita, comme Rita Hayworth dans Gilda. «Je ne suis pas le moins du monde intéressée.» J’adore cette réplique.
Intéressée, moi, je le suis. Beaucoup. Pas par son corps – chaque fois que j’aperçois dans le viseur de mon appareil photo la ligne pâle de sa colonne vertébrale, ses omoplates saillantes, pareilles à deux moignons d’ailes ou le soutien-gorge bleu pastel emprisonnant ses seins, je détourne les yeux –, mais par la façon dont elle mène sa vie. Ses vies, plus exactement: elle en a deux de plus que moi.
Son mari a débouché au coin de la rue il y a quelques minutes, peu après midi. Il n’y avait pas longtemps que sa femme avait refermé la porte d’entrée sur elle et l’artisan. Ce retour impromptu relève de l’anomalie: le dimanche, M. Miller revient toujours chez lui à trois heure et quart. Il est réglé comme une horloge.
Pourtant, c’est bien lui qui avance sur le trottoir, soufflant par la bouche, sa mallette se balançant au bout de son bras, son alliance scintillant au soleil. Je zoome sur ses pieds: mocassins couleur sang de bœuf, impeccablement cirés, brillant dans la lumière automnale.
J’oriente le viseur vers sa tête. Mon Nikon D5500, équipé d’une lentille Opteka, ne rate pas grand chose : tignasse grisonnante en bataille, fines lunettes bon marché, îlots de barbe naissante dans le creux de ses joues. Il apporte indéniablement plus de soin à ses chaussures qu’à son apparence.
Retour au 212, où Rita et l’artisan sont en train de se dévêtir en toute hâte. Je pourrais appeler les Renseignements, téléphoner chez elle et la prévenir… Je ne le ferai pas. Observer les autres, c’est comme tourner un documentaire animalier : on ne se mêle pas de la vie des bêtes.
M. Miller n’est peut-être plus qu’à trente secondes de la porte. La bouche de sa femme se pose dans le cou de l’artisan. Son chemisier s’envole.
Encore quatre pas. Cinq, six, sept. Vingt secondes à présent, maximum.
Elle saisit entre ses dents la cravate de son amant. Lui sourit. Ses mains s’activent sur les boutons de la chemise qu’il porte encore, tandis qu’il lui mordille l’oreille.
John Miller saute par-dessus une dalle du trottoir descellée. Quinze secondes.
Je peux presque entendre le bruissement de la cravate qui glisse sur le col de l’artisan, avant que Rita la fasse voltiger dans la chambre.
Dix secondes. Je zoome de nouveau, avec l’impression de sentir l’objectif de l’appareil frémir sous mes doigts. La main de M. Miller s’enfonce dans sa poche, en sort un trousseau de clés. Sept secondes.
Elle défait sa queue-de-cheval, laisse cascader ses cheveux sur ses épaules. »

À propos de l’auteur
Avec son premier roman, l’Américain A. J. Finn a fait une entrée fracassante dans le monde du thriller. Vendu à plus de trente-huit pays en un temps record, La Femme à la fenêtre s’annonce comme le phénomène éditorial de 2018. La Fox est déjà en train de l’adapter pour le grand écran. (Source : Presses de la Cité)

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Crime de guerre en Alsace

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En deux mots:
Un apprenti journaliste enquête sur un double meurtre commis au moment de la libération du village de Katzenthal d’où il est originaire. Peu à peu, il découvre que ce crime de guerre n’en est pas un.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Le résistant, le collabo et la belle alsacienne

Le curé du village et un simple d’esprit sont retrouvés morts à Katzenthal, à la veille de la libération du village par les troupes alliées. Une troublante enquête commence.

Jean-Marie Stoerkel est comme le bon vin, il se bonifie avec le temps qui passe. Son nouveau roman en apporte la preuve éclatante, après Le Tueur à La Coiffe Alsacienne, L’Enfer De Schongauer et L’Espion Alsacien dont on retrouvera du reste la trace ici. Le récit est vif, le suspense bien construit, la documentation solide et les émotions liées à son histoire personnelle entraînent le lecteur à ne plus lâcher cette enquête qui tient tout autant du polar palpitant que d’une quête intime.
Nous sommes à la fin de 1944. Alors que la quasi-totalité du territoire peut s’abandonner aux joies de la victoire sur le régime nazi, la population de la «poche de Colmar» continue de souffrir. Jusqu’en 1945, elle va encore payer un lourd tribut avant de retrouver sa liberté. Le village de Katzenthal sera ainsi presque entièrement détruit. Quand James Monroe, Américain de Chicago et Martin Eschbach, Alsacien d’Ingersheim, entrent dans ce champ de ruines, le silence de mort qui les accueille est bien vite interrompu par une double déflagration. Le temps de se mettre à l’abri un nouveau coup de feu est tiré. De ce qu’il reste de l’église du village émerge alors Roger Schultz, l’adjoint au maire qui a réussi à éliminer l’officier nazi qui venait d’abattre le curé du village et un simple d’esprit qui n’avaient pas voulu évacuer les lieux. Quelques semaines plus tard il sera décoré pour cette action d’éclat dans Colmar en liesse.
Pendant ce temps à Katzenthal on commence à déblayer les décombres, on érige une église-baraque, on tente de panser les plaies. Thomas Sorg, qui avait choisi le maquis puis rejoint l’armée de libération et poursuivi les nazis jusqu’en Allemagne retrouve son village d’enfance, sa mère et … un pistolet Walther. Il ne lui en fallait pas davantage pour s’interroger sur ce qui s’était vraiment passé dans le village, car il semble désormais acquis que Roger Schultz faisait partie de ces hommes sans scrupules qui montraient beaucoup d’entrain dans leur collaboration.
C’est ainsi que, quelques jours avant de hisser les drapeaux tricolores et de mettre les œuvres de Hansi en vitrine de son magasin de vins de Colmar, on le voyait rire de bon cœur et faire des affaires avec les occupants.
Pour Thomas, qui venait de croiser les survivants des camps de la mort et appris la fin tragique de quelques uns de ses concitoyens, on imagine le choc et on comprend son besoin de savoir. Un besoin qui va vite devenir une nécessité, parce qu’il va découvrir que Suzel, la jeune fille dont il est en train de tomber amoureux, n’est autre que la fille de Schultz. Le résistant et la belle Alsacienne ont-ils affaire à un collabo? Thomas va devoir, bon gré mal gré, fréquenter ce notable et essayer de dénouer le vrai du faux.
Un travail de journaliste-enquêteur que l’auteur connaît bien pour avoir durant de longues années rempli les colonnes des faits divers de L’Alsace et découvert, chemin faisant, quelques secrets qui lui ont permis de construire une œuvre déjà riche de quelque quinze livres. J’imagine sa jubilation au moment de se mettre dans la peau de l’apprenti journaliste au Nouveau Rhin Français, l’organe de presse qui décide de donner sa chance à Thomas Sorg dont la plume et l’entregent font merveille, au point de créer des jalousies au sein de la rédaction.
Les entretiens qu’il réalise et les rencontres qu’il fait – de personnages ayant existé et à qui l’auteur rend ainsi hommage – lui permettront de dénouer ce crime de guerre en Alsace.
Quant à nous, amateurs de polars bien ficelés, nous gagnerons bien davantage qu’un agréable moment de lecture. En explorant cette période délicate de l’histoire de l’Alsace, on comprendra qu’il n’y a qu’un pas entre le héros et le traître, que dans de nombreuses familles on a eu des petits secrets à cacher, que l’histoire officielle n’est pas toujours la vraie et que les blessures de l’enfance ne se referment jamais complètement.

Crime de guerre en Alsace
Jean-Marie Stoerkel
Éditions du Bastberg
Coll. «Les Polars»
320 p., 14 €
EAN : 9782358590976
Paru en novembre 2017

Où?
Le roman se déroule principalement en Alsace, à Katzenthal, Colmar et dans les villages environnants, ainsi qu’aux Trois-Epis et à Breisach.

Quand?
L’action se situe fin 1944 et durant les années suivantes.

Ce qu’en dit l’éditeur
28 décembre 1944. Katzenthal, petit village viticole alsacien, vient d’être détruit dans les combats de la poche de Colmar. Deux soldats libérateurs trouvent dans l’église endommagée les corps du vieux curé et de l’idiot du village, assassinés chacun d’une balle dans la tête, et celui d’un capitaine de la Gestapo. L’adjoint au maire et riche négociant en vins Roger Schultz sera décoré pour avoir attaqué à mains nues le gestapiste après ce crime de guerre.
Fin mai 1945. Le jeune soldat Thomas Sorg revient au village après quatre ans passés dans la Résistance à Mulhouse et dans le maquis du Vercors, puis dans la Brigade Alsace-Lorraine d’André Malraux et la Première armée française.
Devenu journaliste au Nouveau Rhin Français à Colmar, il se retrouve devant un dilemme cornélien en découvrant que le père de son amoureuse était un vil collabo.
Sur fond d’illustrations de Hansi, ce thriller historique est aussi un hymne à la Résistance alsacienne, avec des portraits de héros connus et inconnus qui ont réellement existé.

Les critiques
Babelio
L’Alsace (Hervé de Chalendar)

Les premières lignes du livre
« J’ai tué Hitler ! »
Adolphe Muller en voulait à Adolf Hitler avant toute chose parce qu’il portait le même prénom que lui. C’était encore une chance que tout le monde l’appelle le Muller Dolfi et qu’il soit né à la fin de 1918, juste après que l’Alsace était redevenue française. S’il était venu au monde seulement un mois plus tôt, l’officier d’état civil du village l’aurait indubitablement écrit à l’allemande, avec un «f», et pas avec le salutaire «phe» qui lui permettait de se démarquer orthographiquement du fou furieux Führer. Il s’accrochait à cette idée même si depuis quatre ans l’administration hitlérienne, qui germanisait à nouveau les noms des lieux et des gens alsaciens, lui remettait un «f» à la place du «phe».
«Pourquoi ?», avait-il demandé la première fois à l’employé de mairie, lequel, pour garder sa place, avait signé comme tous les fonctionnaires une déclaration de fidélité au Reich et au Führer. «Germanisierung! Mais tu es trop débile pour comprendre, mon pauvre Dolfi…», avait répondu le rond-de-cuir. Celui-ci était de ceux qui incarnaient l’obéissance. Dès le premier jour, il avait abandonné sans barguigner son béret franchouillard, respectant scrupuleusement les consignes de regermanisation amplifiées par le maire et surtout l’adjoint nommé Schultz.

À propos de l’auteur
Né en 1947 à Ingersheim dans le Haut-Rhin, Jean-Marie Stoerkel a effectué une carrière de journaliste à L’Alsace à Mulhouse où il était chargé de la rubrique faits divers et justice. Il est l’auteur de quatorze précédents livres – documents, récits et romans policiers – souvent inspirés de ses enquêtes. (Source : Éditions du Bastberg)

Page Wikipédia de l’auteur 

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L’été en poche (20)

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Maestra

En 2 mots
Judith, une mangeuse d’hommes experte sur le marché de l’art va réussir un coup très lucratif pour ses débuts en tant qu’indépendante. Sexe, art et cadavres à la pelle sont les ingrédients de ce thriller bien construit, mais à réserver à un public averti.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Glenn Tavennec (Robert Laffont)
« Cette thématique de la femme fatale, criminelle sans être psychopathe, indépendante sans être féministe, m’a emballé. Tout comme cette façon de tordre les codes du roman noir, de dénoncer le monde des ultra-riches et la grosse machine de blanchiment d’argent qu’est le milieu de l’art. »

Vidéo


A l’occasion du festival Quai du Polar à Lyon, L. S. Hilton présente «Maestra». Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Laure Manceau. © Production Librairie Mollat

L’envers de l’espoir

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L’envers de l’espoir
Mechtild Borrmann
Le Masque
Thriller
traduit de l’allemand par Sylvie Roussel
288 p., 19 €
ISBN: 9782702442456
Paru en avril 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Allemagne et en Ukraine, à Düsseldorf, Kranenburg, Zyfflich situé à quelques kilomètres de la frontière néerlandaise et de la ville de Nimègue et à Kiev, Pripiat, Tchernobyl et aux environs.

Quand?
L’action se situe en 2010 et les mois suivants avec en parallèle la rédaction d’un journal qui retrace l’époque qui a précédé et suivi l’accident à la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986.

Ce qu’en dit l’éditeur
Valentina vit dans la zone interdite de Tchernobyl.Les seuls habitants de cet endroit maudit sont ceux qui n’ont pas d’autre choix ou qui cherchent à se cacher. Cette femme usée par la vie attend désespérément le retour de sa fille dont elle n’a plus de nouvelles depuis des mois. Elle semble avoir disparu, comme beaucoup d’autres étudiantes parties pour l’Allemagne avec une bourse en 2009. Pour combler le vide et garder l’espoir de la retrouver, Valentina consigne dans un cahier, à la lumière de la bougie et dans le froid glacé de l’hiver, l’histoire de sa vie, avant et après la catastrophe.
Dans le même temps, en Allemagne, Matthias Lessmann cache une jeune ukrainienne qu’il a recueillie un matin d’hiver alors qu’elle tentait d’échapper à de mystérieux hommes en 4 X 4 noir. En lui venant ainsi en aide, Lessmann est loin d’imaginer à quel point sa vie va basculer…

Ce que j’en pense
****
J’ai découvert Mechtild Bormann avec ce livre et ai vite compris pourquoi cette romancière a été couronnée pour ses précédents ouvrages par le Prix du meilleur roman policier allemand et le Grand Prix des Lectrices Elle 2015 dans la catégorie polars : elle sait indéniablement attraper son lecteur et le tenir en haleine avec une histoire formidablement bien ancrée dans le réel.
Cette fois, il s’agit de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et de ses conséquences, de la difficile situation géopolitique de l’Ukraine et des espoirs suscités par le changement de régime ainsi que des mafias et des filières de prostitution. Le fait que la plupart des situations évoquées ici soient totalement crédibles, voire authentiques, ne rend le récit que plus intéressant et plus effrayant.
Tout commence en Allemagne, avec l’errance d’une jeune fille court vêtue, alors que l’hiver s’est abattu sur le pays. Paniquée, elle cherche refuge dans l’exploitation agricole de Matthias Lessmann. Le vieil homme se rend vite compte que secourir cette inconnue ne lui apportera que des ennuis, mais son instinct est plus fort que sa raison. S’il se rend très vite compte que des tueurs sont au trousse de la jeune fille et qu’il va falloir se défendre, il ne peut éviter la tentative de suicide de la désespérée. Il se débarrasser de l’un des malfrats – ce qui le liera au destin de sa protégée – réussira à la sauver et à la cacher. À partir de là, Matthias va pouvoir essayer de reconstituer le parcours de Nadia (qui s’appelle en fait Olena). Avec une amie, elle était censée venir en Allemagne pour suivre un semestre à l’université. Mais au lieu de cela, elle s’est retrouvée sous le joug de souteneurs qui les retenaient dans une maison close avant leur transfert aux Pays-Bas.
Pendant ce temps, sa mère essaie d’avoir des nouvelles. Elle continue d’habiter la zone de contamination délimitée à la suite de l’accident nucléaire de Tchernobyl en 1986, lutte contre les taux élevés de radiation, le froid de l’hiver, le manque de moyens et les mensonges de l’administration.
Aussi, en attendant un signe venu d’Allemagne, décide-t-elle de coucher sur le papier la «vraie histoire», de témoigner de ce qui s’est vraiment passé et comment la population a littéralement été sacrifiée. Le lecteur va alors suivre en parallèle les deux récits qui finiront par se rejoindre pour l’épilogue.
D’un côté, Matthias Lessmann va essayer de retrouver Katerina, la compagne de Nadia en visitant les bordels de Nimègue. De l’autre côté Leonid, membre de la milice ukrainienne, mène sa propre enquête et découvre bien vite qu’il serait plus sage de ne pas poser trop de questions. Entre corruption et manque d’organisation, il va vite se retrouver seul et se rendre compte qu’une taupe œuvre au sein de la police. Mais sa soif de comprendre et la promesse qu’il a faite de retrouver les jeunes filles vont le pousser à continuer, quitte à agir sans l’aval de sa hiérarchie, jusqu’à se rendre en Allemagne avec une poignée d’euros.
Des personnages bien campés, autant du côté du bien que du mal, un scénario très travaillé, une construction audacieuse mais dans laquelle on ne se perd à aucun moment font de ce livre l’un des meilleurs polars de l’année. Une fois refermé, je suis persuadé que, comme moi, vous aurez envie de vous précipiter sur les deux autres livres de Mechtild Bormann déjà disponibles Rompre le silence et Le Violonniste.

Autres critiques
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Extrait
« Il s’assit et dit :
– Va dormir.
– Elle se leva et alla lui chercher une bière :
– Si Bülent vient…
Il la coupa :
– On avisera.
Elle s’appuya contre le réfrigérateur, il but la bière et, quand il la regarda, il prit conscience qu’ils étaient dorénavant liés l’un à l’autre. Non pas alliés, comme ils l’étaient, Vera et lui, mais liés par des chaînes, et il croyait déjà les sentir. Des semaines plus tard, en repensant à ce jour-là, il nota que pas une seule fois il n’avait envisagé d’appeler la police. »

A propos de l’auteur
Mechtild Borrmann est née en 1960. Elle vit à Bielefeld, dans le Rhin inférieur. Après une formation en thérapie par la danse et le théâtre, elle s’est lancée dans la restauration. Elle se consacre désormais à l’écriture. Ses cinq livres publiés en Allemagne ont été salués par la critique. Rompre le silence, son premier roman traduit en français paru aux Éditions du Masque en 2013, a obtenu le prix du meilleur roman policier en Allemagne (Deutscher Krimipreis, 2012). Le Violoniste (Masque, 2014) a reçu le Prix des lectrices de Elle en 2015. (Source : Editions JC Lattès)

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Les nuits de la Saint-Jean

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Les nuits de la Saint-Jean
Viveca Sten
Albin Michel
Thriller
Traduit du suédois par Rémi Casseigne
368 p., 20,90 €
ISBN: 9782226317148
Paru en mai 2015

Version poche parue en mai 2016.

Où?
Le roman se déroule toujours sur une île de l’archipel de Stockholm, Sandhamn, avec ses paisibles villégiatures, sa beauté sauvage, ses voiliers et la plage de Trouville. On y évoque aussi les localités proches, telles que Harö, Korsö, Runmarö, Saltsjöbaden à l’entrée du chenal ou Möja sur une île plus éloignée, ainsi que les routes qui mènent à l’île depuis Bromma, Vasastan, Nacka et Stockholm, en passant par Stavsnäs d’où partent les ferries. Enfin des villes plus lointaines, d’où sont originaires certains protagonistes, sont également mentionnées : Uppsala, Härnösand, Göteborg.

Quand?
L’action se situe de novembre 2006 à mars 2007. Toutefois le récit se double d’une seconde histoire qui débute en 1899 et se poursuivra jusqu’en 1962.

Ce qu’en dit l’éditeur
L’angoisse monte à Sandhamn : une jeune fille a disparu au cours de la nuit. Sous une pluie battante d’automne, l’inspecteur Thomas Andreasson et ses collègues ratissent l’île, en vain : Lina Rosén reste introuvable et l’enquête conclut à une noyade accidentelle.
Quelques mois plus tard, Nora Linde décide de prendre quelques jours de vacances au cœur de l’hiver à Sandhamn avec ses deux petits garçons. Son mari la trompe et elle a besoin du calme de l’île pour réfléchir. Mais, en jouant dans la forêt, Adam et Simon font une macabre découverte : des restes humains enfouis dans un sac sous la neige. Est-il possible que ce soit le cadavre de Lina ? Et quelle est cette ombre, tapie dans la nuit, sous les fenêtres des Rosén ? Pourquoi ?
Malgré l’absence de pistes, Thomas et son amie Nora ont un étrange pressentiment : l’assassin de Lina rôde encore et n’en a pas fini avec sa sinistre mission.
C’est avec cette nouvelle enquête de l’inspecteur Thomas Andreasson et de Nora Linde que Viveca Sten s’est imposée comme la Nº1 des ventes en Suède.

Ce que j’en pense
****
Après La Reine de la Baltique (2013) et Du sang sur la Baltique (2014), voici la troisième traduction française des cinq tomes déjà parus mettant en scène met en scène l’inspecteur Andreasson et l’avocate Nora Linde. On peut rassurer d’emblée les inconditionnels de Viveca Sten, Les Nuits de la Saint-Jean est aussi bon que les précédents. On peut aussi rassurer tous ceux qui ne sont – pas encore – familiers de l’œuvre de la romancière suédoise : ils peuvent découvrir son univers avec ce roman qui peut se lire indépendamment des autres.
C’est avec l’émission de télévision «Avis de recherche», qui fait appel aux téléspectateurs pour essayer de trouver des indices dans des enquêtes irrésolues, que s’ouvre cet épisode. Le présentateur y explique que « Lina Rosén a disparu par une sombre nuit de tempête sur la petite île de Sandhamn, aux confins de l’archipel, qui abrite à peine cent vingt habitants, mais accueille cent mille visiteurs chaque année.»
Une fois posé le décor, il ajoute «La dernière fois que les parents de Lina ont vu leur fille en vie, c’est le vendredi 3 novembre dernier. Elle se rendait chez une amie au sud-est de l’île. Elle serait repartie à vélo pour rentrer chez elle vers dix heures du soir. Après elle disparaît sans laisser de traces. Malgré les recherches de la police, elle n’a jamais été retrouvée.»
En fait, comme souvent dans ce type d’enquête, il faudra attendre une découverte inopinée pour qu’enfin les choses bougent : des enfants, dont ceux de Nora, mettent au jour un morceau du corps de la fillette lors partie de cache-cache.
L’enquête, qui était en sommeil jusque là, peut reprendre. La police scientifique, le légiste et l’équipe de Thomas Andreasson prennent la direction de l’archipel et interrogent les enfants, les voisins et les membres de la famille. Petit à petit de nouveaux éléments se font jour.
Viveca Sten a toutefois choisi de construire son thriller en deux parties. Parallèlement à cette enquête, elle nous raconte l’histoire d’un enfant martyr, rudoyé par son père et qui a même failli mourir de ses mauvais traitements. Gottwald devra s’enfuir de l’île et abandonner Karolina, la jeune fille aux longues nattes brunes qu’il aime ardemment, pour échapper à la folie de son géniteur.
Bien entendu, le deux récits vont finir par se rejoindre. On découvre alors comment la géographie et le climat agissent sur les habitants, combien le poids de la religion luthérienne peut entraîner de dérives, combien la solitude, surtout lorsqu’elle s’accompagne de conditions de travail très difficiles, peut forger des caractères intransigeants et hostiles.
Une histoire comme il ne peut en arriver que dans ces pays du Nord en quelque sorte. Mais une histoire qui vous fera sans aucun doute frissonner de plaisir lorsque vous la lirez.

Autres critiques
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Blog En terre scandinave (avec interview de l’auteur)

Extrait
« Elle regarda à nouveau sa montre. Huit heures moins trois. Elle n’y tenait plus. Elle composa le numéro.
« Allô ? » Une voix endormie répondit à la troisième sonnerie. C’était Hanna.
Marianne s’en voulut aussitôt. Elle l’avait réveillée inutilement.
« Bonjour, c’est Marianne. Désolée de te déranger. Je voulais juste savoir si Lina était chez vous. Elle n’est pas rentrée hier soir et n’a bien sûr pas appelé. Je sais que c’est ridicule, mais je voulais juste vérifier que tout allait bien. »
Silence au bout du fil.
Juste une seconde, mais une seconde de trop.
À nouveau, elle respirait difficilement.
« Lina ? Elle n’est pas ici. Elle est partie vers dix heures hier soir. Elle n’est pas rentrée ? » La voix de Hanna trahissait son étonnement. « Ne quitte pas, je vais vérifier.
– Oui, chuchota Marianne. S’il te plaît. »
Hanna reposa le téléphone et disparut. Marianne serra le combiné si fort que ses doigts lui faisaient mal.
Puis Hanna revint.
« Désolée, dit-elle. C’est bien ce que je pensais. Elle n’est pas là. Louise dit qu’elle est rentrée à vélo après le film. Tu es sûre qu’elle n’est pas dans son lit ?
„Marianne n’arriva pas à répondre. Elle essayait de former des mots, mais sa langue ne lui obéissait pas. Sa vue se brouilla.
Où était sa fille ? » (p. 11-12)

A propos de l’auteur
Viveca Sten vit près de Stockholm avec son mari et leurs trois enfants. Après une brillante carrière juridique, elle s’est lancée dans l’écriture. Sa série, qui met en scène l’inspecteur Andreasson et l’avocate Nora Linde sur l’île de Sandhamn, compte déjà 5 tomes. Succès phénoménal en Suède et dans le monde, la série est publiée dans une quinzaine de pays et vient d’être adaptée en série pour la télévision suédoise.
Comme ses héros, l’auteur possède une vieille maison familiale sur l’île de Sandhamn et y a passé tous les étés de sa jeunesse. (Source : Editions Albin Michel)

Site Wikipédia de l’auteur

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Focus Littérature

La revalorisation des déchets

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La revalorisation des déchets
Sébastien Gendron
Albin Michel
Thriller
384 p., 17 €
ISBN: 9782226314642
Paru en janvier 2015

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Bordeaux, Cestas, Saint-Julien-les-Graves, Saint-Macaire, Landiras et dans la région, mais aussi à Paris, Saint-Ouen, Clichy-la-Garenne, Gennevilliers, Pantin et Montreuil avec des escapades à Toulouse, Passa, Saint-Martin-de-Ré et la route vers l’Espagne passant par Dax, Bayonne, Biarritz, San Sebastian et Bilbao ainsi que Barcelone et Sant Galdric.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
DICK LAPELOUSE, grand spécialiste de l’assassinat sur commande et des techniques d’intimidation, diplômé du milieu niçois maintenant dans votre ville.
RÉAGISSEZ !
Il y a un million de façon de tuer une personne, mais un seul homme les connaît toutes.
DICK LAPELOUSE traite vos nuisibles, sans différenciation de sexe, ni d’âge : époux violents, banquiers véreux, maîtres-chanteurs, patrons indélicats, escrocs, maquereaux… les connards en tout genre ruinent votre existence ? N’hésitez plus.
DISCRÉTION ABSOLUE
RESULTATS GARANTIS
TARIFS IMBATTABLES
Après Road Tripes, un polar halluciné et décapant sur les traces de Dick Lapelouse, tueur à gages spécialisé dans le tri sélectif des ordures à prix discount. À la croisée de Donald Westlake, Frédéric Dard et Quentin Tarantino, Sébastien Gendron s’impose en dynamitant les codes du genre. Façon puzzle.

Ce que j’en pense
***
Le roman noir aura trouvé en Sébastien Gendron un créatif, capable de dépoussiérer un genre souvent confiné à un carcan très – voire trop – rigide. C’est ainsi qu’il a inventé un nouvel archétype, découvert dans Le Tri sélectif des ordures, (disponible en Pocket) le tueur à gages low-cost : « Je m’appelle Dick Lapelouse et je suis tueur à gages pour les gens de peu. Ça signifie que pour éliminer les nuisibles des pauvres, j’applique des tarifs largement en deçà de ceux pratiqués pour les nantis. » Voilà pour la présentation au début de livre. Les travaux pratiques vont pouvoir commencer sur la personne de Dominique Osmond, un chef d’entreprise sexagénaire qui a jeté son dévolu sur une assistante de secrétariat de quarante ans sa cadette. Après des allusions et des attouchements, le harcèlement va aller jusqu’au viol puis le viol à répétition. Sonia Van Veckt fait alors appel à Dick Lapelouse, qui règle rapidement son problème. Je vous laisse découvrir les autres contrats qui agrémentent ce roman autant noir que loufoque pour m’attarder un peu sur les personnages secondaires qui constituent l’autre tour de force de l’auteur. Ils sont en effet, chacun à leur manière, formidablement bien campés. Il y d’abord Camille, la secrétaire qu’il a choisi moche et grosse pour servir de rempart à une clientèle quelquefois très impulsive et qu’il partage avec Braun, son psychothérapeute auprès duquel il essaie de donner du sens à ses méfaits et à sa vie en explorant un Œdipe mal réglé. Et Dieu sait s’il en a besoin. Dionne est là pour en témoigner. Cette blonde sculpturale à la voix enchanteresse vient régulièrement lui rendre visite pour le consoler, le réprimander et l’aguicher.
C’est que Dick se pose des questions. Au fur et à mesure de ses missions, ce n’est plus le plaisir du travail accompli qui l’accompagne, mais une douloureuse introspection qui le fait douter de sa mission et, ce qui est bien pire pour lui, du caractère vraiment nuisible de ses victimes. Comme celui de cet ex-franquiste au passé pourtant des plus nauséabonds. Et si toute cette histoire n’était qu’un « putain de conte de fées pour orphelins de la pègre » ?
Si vous voulez le découvrir, vous savez ce qu’il vous reste à faire. Et croyez-moi, vous ne le regretterez pas !

Autres critiques
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Metronews
Blog Cannibales lecteurs
Blog Encore du noir
Blog Action-Suspense
Blog Au cœur de mes lectures et rêveries

Extrait
« c’est sans la moindre difficulté que j’accule cet homme dans l’angle de sa cuisine, sans le moindre problème que je le maîtrise et, lorsque je lui enfile un sac plastique sur la tête, il n’a même pas la force de se défendre.
Déjà époumoné par son footing de galérien, il suffoque moins de deux minutes avant de s’effondrer sur le carrelage. Aucune trace de lutte, pas d’intrusion suspecte dans les lieux, que je quitte à la nuit tombée en retirant mes gants en latex et mes surchaussures en coton.
Sur le chemin du retour, j’appelle Sonia Van Veckt. Elle pleure un peu, avant de murmurer un tout petit merci qu’elle s’en voudra peut-être toute sa vie d’avoir prononcé.
Ou pas.
Je n’en saurai jamais rien.. » (p. 16)

A propos de l’auteur
Né en 1970 à Talence, Sébastien Gendron a passé sa jeunesse dans le Bordelais. Après une licence d’études cinématographiques, il se retrouve tour à tour livreur de pizzas, manœuvre, télévendeur de listes de mariage avant de devenir assistant réalisateur puis réalisateur. En 2008, il publie Le Tri sélectif des ordures, premier opus des aventures de Dick Lapelouse (Pocket 2014), suivi chez Albin Michel en 2013 de Road Tripes. (Source : Editions Albin Michel

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Focus Littérature

Personne ne le saura

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Personne ne le saura
Brigitte Gauthier
Gallimard série noire
Thriller
210 p., 16,50 €
ISBN: 9782070145904
Paru en octobre 2015

Où?
Le roman se déroule principalement à Lyon et environs, à Saint-Clément-sous-Valsonne, Vallériane-les-Bois, Villefrance-sur-Saône, Tarare, Saint-Loup, Les Olmes, Pontcharra-sur-Turdine, Joux, La Salette, Meyzieu, Ecully. Paris et Bagneux sont y est également mentionnés, tout comme Hong Kong, destination future de la narratrice.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
La drogue du viol est un thème à la mode, un sujet de société. Sauf quand le pantin qui tend ses seins et agite son cul, c’est vous, et que soudain, aveugle dans la nuit, vous êtes livrée à bien plus dangereux que des hommes, à votre imagination sans limites. Ils vous droguent. Ils vous violent. Personne ne le saura. Pas même vous d’ailleurs. Aucune preuve. Rien. Presque rien. Mais la vie ne sera plus jamais comme avant. Dans la nuit du Carmin, le club échangiste où l’a emmenée son ami Jules, Anna meurt. Trois heures de l’autre côté des miroirs. En s’éveillant de son coma, elle a tout perdu. Sa mémoire. Amar. L’homme qu’elle aime. L’obscurité demeure mais elle devra mener une enquête pour survivre à ce qu’il y a de pire. Pas ce que l’on vous a fait, ce que l’on vous a peut-être fait.

Ce que j’en pense
***
Imaginez vous réveiller sur un lit d’hôpital sans pouvoir comprendre par quel mystère vous êtes arrivé là. La chose est déjà déstabilisante en soi, mais quand en plus les seuls souvenirs qui vous viennent en mémoire sont ceux d’un ami photographe vous déposant là, venant d’un club échangiste. « J’ai chanté. J’ai fait l’amour avec un homme. Au-delà des cinq premières minutes, je n’ai pas de visuel. »
Et cette certitude : « on m’a droguée, on m’a droguée. »
Petit à petit les pièces vont se mettre en place. Quel rôle à joué l’ami Jules ? Qui est ce Joël qui était aussi présent ? Lui a-t-on vraiment fait absorber la drogue du viol ?
« J’ai bien eu tous les symptômes… perte d’inhibition… somnolence… nausées… Mon cas est celui de milliers d’autres femmes (…) A forte dose ces produits se transforment en armes. Ils peuvent occasionner le coma, la dépression ou la mort. »
Le trou noir fait peu à peu place à quelques flashes, au karaoké, au bar, au sauna du club Le Carmin. D’ami, Jules devient suspect, car il se contredit, livre des versions à la chronologie et aux acteurs changeants.
La certitude se fait petit à petit jour : Anna a été abusée durant ses trois heures de black out. Elle a été droguée et violée.
Dès lors se pose une question qui dépasse les soins hospitaliers et les analyses médicales. Que faire ? Porter plainte, mais contre qui et pourquoi? L’interrogatoire au commissariat est très traumatisant. Car une femme victime de viol dans un club échangiste l’a sans doute cherché. « Une femme violée, c’est une meurtrière en puissance.»
Il faut dés lors mesurer les dangers des paroles et des silences. Pour son entrée dans la série noire, Brigitte Gauthier délaisse les codes du genre. Ici pas d’enquête, pas de policier, pas de procès. Après sa déposition, elle comprend qu’elle n’aura quasiment aucune chance de voir justice rendue. Que ses adversaires, à condition de pouvoir prouver leurs agissements, auront derrière eux bien plus que des arguments de défense : la bien-pensance d’une société qui n’admet pas les vies dites dissolues. Que le crime dont elle a été victime peut se retourner contre elle…
Dans les conte de fées, les victimes s’en sortent, le bien triomphe du mal et quelquefois, les mauvais sont vengés. Seulement voilà, dans le cas présent, il ne s’agit pas d’un conte de fées. Mais si le combat d’Anna pour se reconstruire ne sera pas totalement vain.
Un roman noir à conseiller aussi pour faire évoluer les mentalités sur l’un des crimes les plus odieux et sans doute le plus impuni de nos sociétés dites civilisées.

Autres critiques
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Blog Unwalkers
Blog Action-Suspense

Extrait
« Je me réveille. Il est quinze heures. Jules est là. Il prend soin de moi comme s’il était de la famille. Ça me rassure de ne pas être seule. Il me demande comment je vais. Je fais une petite moue. Il me tend un verre de Doliprane.
« Je ne comprends pas ce qui s’est passé.
— Tu sais bien ce qui s’est passé.
— Non, pas vraiment.
— Tu n’as pas à t’en faire, je ne t’ai jamais lâchée. »
Jules a toujours su me donner l’impression que je n’étais pas seule au monde. Ses paroles m’aident. J’aimerais retrouver mes souvenirs mais je n’ai pas accès à toute une zone… Il y a eu le karaoké, le sauna, le bar et puis…
« Je me suis donnée à un mec… c’est ça ?
— Tu pourrais le reconnaître ?
— Non, enfin… Je ne sais pas. Il s’est penché vers moi.
— C’est venu naturellement. Tu l’avais bien… On peut dire tu… tu le pelotais. »
Je me souvenais d’avoir sucé un mec. Une sensation très ponctuelle. Juste cette douceur un instant dans ma propre douceur. Aucun mouvement, aucun acte, ni durée.
« Et tu faisais quoi ?
— Je te caressais les fesses… Au départ, j’étais côté fesses. » Jules me tend mon yaourt.
« Il t’a caressé les pieds, les jambes et il est remonté tranquillement. Pas de manifestation évidemment de “non”, donc il a continué, il s’est rapproché… » Hypnotisée par ces images qui tournent en boucle dans ma tête, je commence à m’assoupir. Jules parle dans le vide. »

A propos de l’auteur

Brigitte Gauthier a obtenu un Master of Fine Arts en scénario à l’université de Columbia à New York. Aujourd’hui professeur à l’université d’Évry-Val-d’Essonne, elle a hérité de ses recherches sur Harold Pinter et Pina Bausch un fort intérêt pour l’analyse des jeux de pouvoir. Personne ne le saura (Gallimard/Série Noire, 2015) est son premier roman. (Source : Editions Gallimard)
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Je me souviens

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Je me souviens
Martin Michaud
Kennes Editions
Thriller
640 p., 23,49 €
ISBN: 9782875801678
Paru en octobre 2015

Où?
Le roman se déroule au Canada, principalement à Montréal et dans les environs ainsi qu’aux Etats-Unis, notamment à Dallas.

Quand?
L’action se situe principalement en décembre 2011, avec des retours en arrière jusqu’en 1964.

Ce qu’en dit l’éditeur
À Montréal, juste avant Noël, un homme et une femme meurent le cou transpercé par ce qui semble être un instrument de torture sorti tout droit du Moyen Âge. Auparavant, ils ont entendu la voix de Lee Harvey Oswald, l’assassin présumé du président Kennedy.
Un sans-abri se jette du haut d’un édifice de la place d’Armes. Ayant séjourné à plusieurs reprises en psychiatrie, il prétendait avoir participé, avec le FLQ, à l’assassinat de Pierre Laporte. Sur le toit, avant de sauter, il laisse deux portefeuilles, ceux des victimes.
La série de meurtres se poursuit, les cadavres s’empilent…
De retour à la section des crimes majeurs, le sergent-détective Victor Lessard mène l’enquête avec, pour le meilleur et pour le pire, la colorée Jacinthe Taillon.
Je me souviens parle d’identité à bâtir, de mémoire à reconstituer et de soif d’honneur.

Ce que j’en pense
***
Ce thriller est un mille-feuille. Aux trois couches de pâte feuilletée et aux deux couches de crème qui composent cette pièce de pâtisserie, l’auteur a substitué trois enquêtes parallèles et deux époques. Des couches successives qui donnent au lecteur – tout au moins dans un premier temps – bien du fil à retordre afin d’appréhender le tout, sinon justement par une juxtaposition de différents récits. Mais c’est aussi l’intérêt du roman : le lecteur suit Victor Lessard, dont c’est ici la troisième enquête, sans disposer de plus d’éléments que l’enquêteur. Du coup, il doit se poser les mêmes questions, réfléchir aux mêmes moyens, quitte à se fourvoyer.
On commence par une série de cadavres qui n’ont, comme dit, aucun rapport les uns avec les autres tant le mode opératoire et la personnalité des victimes sont différentes. Il y a là un clochard qui est passé par un asile psychiatrique et qui se jette du haut d’un building en laissant à ses pieds deux portefeuilles ; Une femme assassinée de façon barbare, puisqu’on a utilisé une arme de torture pour la faire souffrir. Il s’avèrera plus tard qu’il s’agit d’un procédé de torture utilisé au Moyen-Âge et appelé «la fourche de l’hérétique» ; La troisième victime aura le cou transpercé par une flèche. Des instruments qui continueront à servir encore par la suite. Car Lessard et sa collègue Jacinthe Taillon nagent en plein brouillard. D’autant que les quelques indices recueillis ne font qu’épaissir le mystère. Cette phrase prononcée par Lee Harvey Oswald, l’assassin de John Kennedy « I didn’t shoot anybody, no sir », des références au mouvement de libération du Québec et du programme de lavage de cerveau mis en place par la CIA et intitulé «MK-ULTRA».
Une belle occasion d’appliquer la devise du Québec qui donne son titre au livre : «Je me souviens».
Un élément après l’autre, une histoire soigneusement déroulée – avec tenants et aboutissements – des témoignages qui vont finir par se recouper, un voyage à Dallas et tout devient subitement plus clair.
C’est avec beaucoup de respect que l’on croque ce mille-feuille, pas uniquement par sa taille et son poids respectables, mais c’est aussi avec beaucoup de plaisir.
D’abord par sa langue qu’il est fort agréable de découvrir (la chance de conserver les mots et expressions québécoises donne une vraie saveur exotique à cette pâtisserie), ensuite parce que les personnages sont fort bien campés, avec leurs errances et leurs failles et enfin parce qu’il nous fait découvrir derrière l’intrigue l’histoire et la géographie du Québec et plus particulièrement de la ville de Montréal, parcourue du nord au sud et d’est en ouest.
On ne le conseillera donc pas uniquement au cercle des amateurs de thrillers, mais aussi à tous ceux qui aiment sortir des sentiers battus et ne rechignent pas à s’engager dans les sentiers rafraîchissants des autres littératures francophones.

Autres critiques
Babelio
La Presse (Montréal)
Blog les 2 bouquineuses
Blog Sang d’Encre Polars
Blog De Livre en livres

Extrait 1
« La femme rentra chez elle à 11 h 22.
À toute vitesse, elle abandonna ses bottes sur le tapis de l’entrée, envoya sa tuque et ses mitaines valser sur le canapé et laissa son manteau choir sur le carrelage de la salle de bains.
Elle se soulagea dans l’obscurité en poussant un long soupir.
Appuyant sur l’interrupteur, elle regarda le reflet de son visage dans le miroir, fendu d’un large sourire, les lèvres bleuies par le froid.
Du centre-ville, elle avait marché jusqu’au mont Royal, où elle avait passé des heures à arpenter les sentiers, à admirer les conifères ployant sous le poids de la neige, à observer, en contrebas, la ville en transparence.
En chantonnant, elle se rendit dans la cuisine pour se préparer un thé.
La bouilloire sifflait lorsqu’elle sentit que quelque chose n’allait pas. Elle avait le sentiment qu’un objet ne se trouvait pas à sa place. Son regard scruta d’abord le comptoir encombré, bascula sur l’évier, puis longea la ligne des armoires.
En voyant la date sur le frigo, elle sursauta.
Quand elle avait sorti le lait, cinq minutes auparavant, les chiffres de plastique multicolores aimantés sur la porte du compartiment congélateur ne s’y trouvaient pas.
Elle n’avait pas repensé à l’incident du matin. Mais, à présent, tout son corps, agité de tremblements, sonnait l’alarme.
Derrière elle, une voix la figea, lui faisant dresser les cheveux sur la tête :
– I didn’t shoot anybody, no sir !
Elle se retourna et poussa un cri strident en découvrant la gueule menaçante d’un pistolet.
Les dards fendirent l’air, pénétrèrent la peau. La décharge du Taser la foudroya.
Alors qu’elle tombait vers le sol et que son corps était secoué de convulsions, elle ne put s’empêcher d’être hantée par cette voix, qu’elle avait reconnue sans difficulté.
La voix délicate de l’assassin du président Kennedy.
Celle de Lee Harvey Oswald. »

Extrait 2
« L’ombre avait tendu un bras, puis replié l’autre lentement, vers l’arrière, avant de le détendre. Le trait fendit l’air, son estomac explosa. Avec horreur, il baissa les yeux. Une flèche le transperçait de part en part.
Rivard échappa le sac, qui roula sur le sol. Puis la douleur arriva, fulgurante. Il essaya de s’enfuir entre les stèles, mais tomba à genoux.
Chaussée de skis, l’ombre dévalait la pente.
Rivard hoqueta, voulut aspirer une goulée d’air, recracha un bouillon de sang.
Derrière lui, un hoodie rabattu sur les yeux, l’ombre s’arrêta, puis retira son capuchon.
Rivard se retourna et écarquilla les yeux : ce visage, il le reconnaissait. L’ombre banda son arc de nouveau. Une deuxième flèche passa près de ses oreilles et se perdit dans la neige; un flux d’images déferla devant ses yeux, puis un autre projectile le frappa au plexus.
Les ténèbres l’envahirent. »

A propos de l’auteur
Martin Michaud est né à Québec, en 1970, Martin Michaud a longuement pratiqué le métier d’avocat d’affaires avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Il est également le fondateur d’un groupe de rock indépendant, dont il est parolier, guitariste et chanteur. Ses romans sont d’ailleurs parsemés de références à des morceaux ou artistes qu’il aime. Outre ses activités de romancier, il travaille à la scénarisation de ses œuvres pour la télévision et le cinéma.
Martin a connu un succès fulgurant au Québec avec ses trois premiers polars Il ne faut pas parler dans l’ascenseur, La chorale du diable et Je me souviens, qui lui ont valu de nombreux prix littéraires. Au cœur de ceux-ci, on trouve Victor Lessard, enquêteur tourmenté, rebelle, mais hautement moral du service de police de la Ville de Montréal.
Pour Sous la surface, son dernier thriller unanimement salué par la critique et le public, il a remporté, en compétition avec de nombreux romanciers francophones de renom, le Prix Tenebris 2014.
Reconnu par la critique comme le chef de file des écrivains de romans policiers québécois, il voit son travail comparé à celui des auteurs internationaux Jo Nesbo, Michael Connelly, Fred Vargas, Ian Rankin et Henning Mankell. (Source : Kennes Editions)

Site internet officiel de l’auteur

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Meurtres à la pause-déjeuner

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Meurtres à la pause-déjeuner
Viola Veloce
Liana Levi
Roman
256 p., 18 €
ISBN: 9782867467769
Paru en mai 2015

Où?
Le roman se déroule principalement à Milan et dans la région, à Cesano Boscone, Buccinasco, Lambrate ainsi qu’à Teolo, un village de Vénétie. Le refuge du col San Marco dans le Val Brembana est également évoqué.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est toujours avant le retour des trois cents autres salariés que se termine la pause-déjeuner de Francesca. Cela lui permet d’éviter de rébarbatifs échanges entre collègues. Et aussi de bénéficier en toute quiétude des lavabos. Jusqu’au jour où, brosse à dents à la main, elle aperçoit sous l’indiscrète porte des toilettes deux pieds dans une position peu naturelle. Deux pieds qui appartiennent à son insupportable collègue Marinella, laquelle gît là, une corde autour du cou… Ce n’est que le début d’une longue série de meurtres. Dans ce que les médias surnomment désormais l’Entreprise Homicides il paraît évident que l’assassin rôde toujours. Sermons directoriaux, regards suspicieux, bruits de couloir, mails revendicatifs amènent le syndicat à s’en mêler pour demander une prime de risque. Mais le risque majeur pour Francesca n’est-il pas de mourir étouffée entre une mère qui ne pense qu’à la marier et un papa-poule à l’envahissante sollicitude? Drôle, enlevé et mordant, ce roman, après être devenu un best-seller sur Internet, n’a pas mis longtemps à trouver un éditeur et un producteur de cinéma.

Ce que j’en pense
***

Voilà un polar désopilant qui vous plonge dans le monde des grandes entreprises, vous fait voyager du côté de Milan et vous propose un agréable moment de lecture. Que demander de plus ?
Une intrigue qui tienne la route et un de sociologie qui ne soit pas rébarbative, mais nette en avant quelques travers de nos sociétés contemporaines. Rassurons d’emblée le lecteur un peu rebuté à l’idée de se plonger dans un livre né sur internet et dont le style n’est pas le point fort : tout y est à tel point que même les quelques traits un peu caricaturaux passent sans que l’on se rende vraiment compte de la taille des ficelles.
Mais il est temps de faire la connaissance de Francesca, employée du service Planification et Contrôle d’une grande entreprise milanaise, qui ne va pas tarder à devenir pour les médias « l’entreprise homicide ». Car le cadavre que découvre Francesca dans les toilettes en revenant de sa pause-déjeuner (si vous chercher quelques recettes de cuisine italienne, le roman pourra aussi vous servir) n’est qu’une première victime du service.
Bientôt la psychose s’installe, car un second, puis un troisième meurtre viennent fragiliser l’entreprise ainsi que les relations entre collègues.
Dès lors, on va suivre la façon dont chacun essaie de vivre avec ce drame. Les cadres dirigeants d’un côté, les employés de l’autre. Sans oublier le PDG et les représentants syndicaux.
On s’amuse beaucoup au fil de l’enquête. D’autant que les parents de Francesca essaient de profiter de l’occasion afin de caser leur fille (la mère) ou de la couver encore davantage (le père). La scène du speed-dating est aussi hilarante que, par exemple, celle durant laquelle la police mène les interrogatoires et essaie de comprendre ce que font à longueur de journée les responsables et employés du service Planification et Contrôle.
Bien entendu, on ne dévoilera pas ici la suite des investigations et la résolution de l’énigme. Disons simplement que tous ceux qui, comme moi, ont l’habitude des grandes entreprises, devraient parfaitement «visualiser» ce récit. Du reste, on se réjouit de voir ce que le cinéma pourrait faire de ce roman, puisqu’un producteur est déjà sur les rangs.

Autres critiques
Babelio
Paris Match
Le Figaro (Evene)
Blog Quatre sans quatre
Blog Les carnets d’Eimelle http://lecture-spectacle.blogspot.ch/2015/05/meurtres-la-pause-dejeuner-viola-veloce.html
Réseau K-Libre (Laurent Greusard)

Extrait
« Je pose l’étui sur un des lavabos. Je fais sortir du tube un peu de pâte blanche, je m’apprête à mettre la brosse dans ma bouche, et en levant les yeux vers le miroir je vois le reflet de deux pieds abandonnés dépassant sous une des portes de toilettes, qui chez nous comme à Sing Sing ont un jour en haut et en bas. Déconcertée, je me demande ce que ces pieds font là, normalement ils sont rattachés à des jambes en position verticale. Quelque chose ne va pas. Brosse à dents à la main je m’approche.
On dirait les pieds de Marinella Sereni. Je reconnais les escarpins marron qu’elle porte aujourd’hui, assortis comme toujours à une jupe plissée beige et un chemisier
à petites fleurs roses.
Elle pourrait avoir eu un malaise, s’être évanouie… j’ouvre instinctivement la porte. Par terre, le dos sur le carrelage gris et la tête près de la cuvette, c’est bien Sereni.
Elle a les yeux exorbités et un énorme nœud de corde blanche autour du cou.
Dieu du ciel, elle est morte, raide morte !
Un fluide glacial inonde mes veines. Je sens mes mains et ma tête devenir aussi froides que si mon cœur allait s’arrêter, congelé par la peur. Seuls mes yeux fonctionnent encore et je regarde fixement, ahurie, la jupe beige de Marinella, parfaitement tirée sur ses jambes. Elle a les bras sur la poitrine, une main sur l’autre, comme si l’assassin avait remis de l’ordre avant de sortir. Le cadavre de Sereni a l’air déjà prêt à être mis en bière : il ne manque plus que les cierges et les couronnes de fleurs. »

A propos de l’auteur
Viola Veloce travaille réellement dans une grande entreprise à Milan et se cache derrière un pseudonyme. Meurtres à la pause-déjeuner a d’abord connu un grand succès sur Internet avant de très rapidement trouver un éditeur et un producteur souhaitant l’adapter au cinéma. (Source : Editions Liana Levi)

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N’oublier jamais

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N’oublier jamais
Michel Bussi
Presses de la cité
Thriller
500 p., 21,90 €
ISBN: 9782258105546
Paru en mai 2014

Edition poche parue le 7 mai 2015
ISBN : 9782266254571

Où?
Le roman se déroule en France, principalement en Normandie, à Yport, Yvetot, Elbeuf, Bénouville, Grandcamp-Maisy, Lucy, Neufchâtel-en-Bray, Le Havre, Carville-Pot-de-Fer, Vaucottes et à l’île du Large, l’une des deux îles de l’archipel de Saint-Marcouf avec des retours en région parisienne, à Créteil et Courcouronnes, Evry ainsi qu’une évocation de Neufchâtel, dans la banlieue nord de Québec

Quand?
Tout commence en février 2014. Le récit va se développer sur les dix jours qui suivent. A moins que l’histoire ne débute en fait dix ans plus tôt, le 27 août 2004.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Vous croisez au bord d’une falaise une jolie fille ?
Ne lui tendez pas la main !
On pourrait croire que vous l’avez poussée. »
Il court vite, Jamal, très vite. A cause de sa prothèse à la jambe et autres coups du sort, il a un destin à rattraper. A Yport, parti s’entraîner sur la plus haute falaise d’Europe, il a d’abord remarqué l’écharpe, rouge, accrochée à une clôture, puis la femme brune, incroyablement belle, la robe déchirée, le dos face au vide, les yeux rivés aux siens. Ils sont seuls au monde ; Jamal lui tend l’écharpe comme on lance une bouée.
Quelques secondes plus tard, sur les galets glacés de la plage déserte, gît sous les yeux effarés de Jamal le corps inerte de l’inconnue.
A son cou, l’écharpe rouge.
C’est la version de Jamal.
Le croyez-vous ?

Ce que j’en pense
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Une machinerie implacable. De celles qui vous broient sans que vous ne puissiez rien à faire. Jusque dans ses invraisemblances. Voilà la force de ce roman de Michel Bussi, passé en quelques années et quelques livres de jeune romancier à maître incontesté du genre.
Avec N’oublier jamais, il le prouve une nouvelle fois de façon magistrale. Tout commence par une découverte macabre en bord de mer, à trois kilomètres d’Yport, le 13 juillet 2014. A la suite d’un glissement de terrain, on retrouve les os de trois squelettes au milieu des blocs de craie. Cadavres qui laissent la gendarmerie perplexe.
Non loin de ces falaises, Jamal s’entraîne. Le jeune homme court avec une prothèse à la jambe pour réussir un pari fou : être le premier athlète handisport à réussir le Trail du Mont-Blanc. Mais sa préparation va être quelque peu perturbée, parce qu’il assiste impuissant à la mort d’une jeune fille. Quelques secondes auparavant il avait ramassé son écharpe rouge et, dans un geste désespéré, lui a tendu le morceau de tissu juste avant qu’elle ne tombe dans le vide.
Mais pour les enquêteurs la thèse du suicide n’est pas la plus vraisemblable. Car comment expliquer la présence des empreintes de Jamal sur l’écharpe que le cadavre portait autour du cou ?
De témoin, il devient très vite suspect. Et les preuves sont tellement accablantes qu’il n’a guère qu’une issue : prouver lui-même son innocence en tentant de comprendre l’enchaînement des faits. En se plongeant dans les archives, dans la vie de la victime, en recueillant différents témoignages, il va découvrir d’autres meurtres… et réussir à embrouiller un peu plus le lecteur.
Mais tous ces événements, tous ces faits ont une logique – soigneusement dissimulée – mais cependant implacable. Qui va conduire à un dénouement aussi surprenant que dramatique.
Michel Bussi prouve une nouvelle fois son savoir-faire et démontre que l’expression « vous ne lâcherez pas ce livre avant la fin » n’est pas si galvaudée que ça.
La remarque s’applique du reste aussi à Gravé dans le sable que l’on trouve également en livre de poche.

Autres critiques
Babelio
L’Express
France Info (Le livre du jour)
Blog Les lectures de l’Oncle Paul
Blog Mots pour mots

Extrait
« J’ai allumé les phares. La chaussée devant moi se rétrécissait. Dans la pénombre, la ligne blanche au milieu de la route devint rapidement mon seul repère. Un fil d’Ariane qui découpait mon chemin en deux parties égales. Mes yeux se concentraient sur cette ligne, hypnotisés, comme si à force de la fixer j’allais parvenir à scinder ma raison en deux chambres étanches.
La première renonçait. J’avais tout inventé. Aucune fille ne s’était suicidée il y a deux jours. Si cette jeune fille existait, elle était morte étranglée, de mes propres mains. Son visage n’était pas celui d’Océane Avril, j’avais confondu avec celui d’un autre meurtre, dix ans plus tôt, celui de sa sœur. Peut-être même avais-je étranglé également Morgane. J’étais fou, je tuais, j’oubliais, je mélangeais mes victimes. Je ne me souvenais pas non plus de Myrtille Camus, mais si j’avais assassiné Morgane Avril, alors, j’avais violé et tué aussi cette troisième fille.
Le ruban blanc dans la lumière crue des phares se déroulait lentement, jusqu’au vertige.
Je comprenais maintenant ces innocents qui avouent aux flics un crime qu’ils n’ont pas commis, après des nuits de garde à vue, après des heures d’arguments, d’hypothèses et de preuves assénés par l’accusation. Ces innocents qui finissent par croire à la vérité énoncée par d’autres, qui en viennent à douter de leurs propres certitudes, celles qu’ils possédaient en entrant dans le bureau du juge. Un virage serré. Le fil d’albâtre vira en épingle à cheveux. Non! cogna la voix dans mon crâne. Non !
La seconde chambre de ma raison résistait encore. Il existait une clé, une explication logique.
Elle était là, proche.
Il suffisait de se calmer, de réfléchir. De reprendre tous les éléments et de les assembler autrement. Il suffisait de prendre de la hauteur, du recul. De dépasser les apparences. De parler avec quelqu’un qui accepterait de me croire. Mona ?. »

A propos de l’auteur
Professeur de géographie à l’université de Rouen, Michel Bussi est devenu le 5e auteur français le plus lu en 2014 et le 1er auteur français de romans policiers en 2014 (Source GFK / tous formats). Il est l’auteur aux Presses de la Cité de Nymphéas noirs, polar français le plus primé en 2011 (Prix Polar Michel Lebrun, Grand Prix Gustave Flaubert, Prix Polar méditerranéen, Prix des lecteurs du festival Polar de Cognac, Prix Goutte de Sang d’encre de Vienne, 2011…), Un avion sans elle (Prix Maison de la Presse et Prix du Roman populaire, 2012), Ne lâche pas ma main (Prix du roman insulaire, 2013), N’oublier jamais (2014), Gravé dans le sable (2014) et Maman a tort (2015).
Ses ouvrages sont traduits dans 27 pays, les droits de plusieurs d’entre eux ont été vendus pour le cinéma et la télévision. (Source : Editions Presses de la Cité)

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