Le corps d’origine

BARRE_le_corps_dorigine  RL_hiver_2021

En deux mots
À 58 ans, Gaëtan Roussel a franchi allègrement toutes les étapes du pouvoir. Il vient de démissionner de son poste de Premier ministre pour se présenter à la Présidence de la République. Mais le favori des sondages doit faire face à un scandale. Après l’assassinat d’un escort-boy marocain, son nom est cité dans une liste laissée par la victime. Pour le représentant des conservateurs et des valeurs familiales, le coup est rude.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Quand tous les coups sont permis

Jean-Luc Barré, dans un roman de politique-fiction, raconte la campagne présidentielle d’un candidat de droite confronté à des accusations déstabilisantes. À un an des présidentielles, ce récit fort bien construit nous appelle à la vigilance.

Le parcours politique de Gaëtan Roussel ne peut que laisser admiratif. Parti de rien, ou presque, il s’est hissé en quelques années, après Sciences-Po et l’ENA, de député à ministre de l’Intérieur, puis de ministre à Premier ministre. Et, à 58 ans, il est en tête des sondages pour succéder à Louis Moulins-Duthilleul, le Président de la République vieillissant, qui ne se représentera pas.
En rassemblant derrière lui les tenants d’une droite dure, il fédère le courant conservateur, majoritaire dans son pays. Au moins jusqu’à présent, son image d’homme public a parfaitement coïncidé avec le portrait qu’il souhaite donner de lui, soucieux des valeurs d’ honnêteté et d’intégrité, de la famille traditionnelle.
Alors que la campagne a pris son envol, il est informé de rumeurs qui enflent à son propos et qui risquent de lui causer beaucoup de torts. Des rumeurs qui vont se concrétiser avec la parution d’un article le mettant en cause suite au décès d’un jeune homosexuel marocain qui aurait laissé son nom sur une lettre listant ses relations.
Accompagné de son journaliste d’investigation, Norbert Pablo, le responsable de cet organe de presse vient du reste l’avertir qu’il dispose d’un cliché les montrant tous deux à une même table, avec d’autres convives. Secoué mais pas abattu, Gaëtan cherche tout à la fois d’où vient la fuite et comment il pourrait éteindre au mieux l’incendie qui couve. Sur les conseils de Sybille Royer, sa responsable de communication, il va choisir le présentateur-vedette du journal du soir pour démentir toutes les allégations, annoncer qu’il porte plainte pour dénonciation calomnieuse et qu’il poursuivra sa campagne sans rien changer au programme. Afin de pousser les contre-feux, il va aussi demander à son épouse, avec laquelle il a passé une sorte de Gentleman agreement, d’apparaître à ses côtés, et rassembler tous ses soutiens. Même le Président de la République, dont il soupçonnait qu’il puisse être à l’origine de la fuite, se fend d’un communiqué en sa faveur. Autant dire que cet épisode est désormais à ranger au rang des péripéties.
Alors qu’il s’apprête à rejoindre sa femme Héloïse en Touraine, Édouard Lessner, son avocat et ami l’informe cependant que de nouvelles attaques sont déclenchées. Les médias évoquent l’éventualité d’une double vie: «Vos liens aussi avec un personnage trouble comme Antoine Jelloul dont la présence à vos côtés, sur la photo, suffit à faire douter de votre morale… disons financière. Le sexe et l’argent, les ingrédients habituels des scandales politiques.» Pour Gaëtan, le jeu devient plus difficile et la double-vie qu’il s’était évertué à parfaitement cloisonner risque désormais de lui exploser en pleine figure. Comme lui a dit un jour le Président «la différence entre un héros et un salaud est parfois ténue. Ça dépend du dénouement.»
Jean-Luc Barré va pour sa part parfaitement réussir celui de son roman, en ajoutant quelques nouveaux épisodes de cette bataille où désormais on ne joue plus à fleurets mouchetés. Devant ce tableau cruel et sans fards du milieu politique, on pourrait sortir horrifié, imaginant l’auteur accréditer l’air de «tous pourris» qui gangrène régulièrement le cercle des élites. On pourrait aussi s’amuser à chercher derrière les protagonistes les visages de François Fillon, d’Edwy Plenel, d’Anne Méaux, de Bernadette Chirac ou encore de Ziad Takieddine. Mais j’y vois pour ma part bien davantage une sorte d’appel à la vigilance. À un an de la prochaine présidentielle, il va falloir trier le bon grain de l’ivraie, ne pas avaler tous les discours sans prendre un peu de recul, ne pas se laisser happer par une rumeur qui se révélera sans fondement quelques semaines plus tard. Si cette promenade dans les arcanes du pouvoir est aussi divertissante que glaçante, elle sert aussi à aiguiser notre regard de citoyen.

Le corps d’origine
Jean-Luc Barré
Éditions Grasset
Roman
256 p., 20 €
EAN 9782246818557
Paru le 14/04/2021

Où?
Le roman est situé en France, principalement à Paris. On y évoque aussi Lucé et la Touraine, Souzy-la-Briche dans l’Essonne et la côte amalfitaine.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Depuis le début de sa carrière politique, Guillaume Roussel a triché sur presque tout: l’argent, le sexe, les idées. Tout est usurpé dans son image publique, à commencer par la rigueur des principes et la fidélité aux valeurs dont il se réclame. Leader d’une droite qui se veut dure et sans concession, Guillaume Roussel s’est doté, au fil du temps, du profil adéquat: défenseur de l’ordre et de la tradition, gestionnaire sourcilleux, époux vertueux, chef de famille exemplaire, catholique de stricte obédience. C’est ainsi qu’il a réussi, porté par une ambition débridée, à accéder aux plus hautes charges de l’État. Élu député à trente-cinq ans, devenu ministre de l’Intérieur à cinquante ans, avant de s’emparer de Matignon quatre ans plus tard. Ce qu’on appelle un parcours sans faute…
A cinquante-huit ans, tout destine Guillaume Roussel à remporter la prochaine élection présidentielle quand il est mis en cause dans l’assassinat d’un prostitué marocain. Son nom est cité, parmi d’autres familiers du jeune homme, dans une lettre révélée après sa mort par un site d’investigation réputé pour ses enquêtes sulfureuses. Toute une partie de sa vie éclate au grand jour. On découvre, outre une bisexualité dont sa femme a toujours feint de ne pas s’apercevoir, sa connivence avec un des pourvoyeurs de fonds des milieux politiques et ses véritables origines idéologiques qu’il a reniées par opportunisme, pour prendre la tête d’un parti de droite, bien qu’issu de la gauche.
Piégé par son cynisme, ses mensonges et ses contradictions, Roussel devient l’homme à abattre pour tous ceux, le président sortant en tête, qui avaient détecté son double jeu. Convaincu de la protection que lui confèrent son « corps d’origine », l’ENA, et le fait de détenir sur les autres des secrets équivalents, il est cerné peu à peu par les révélations sur ses mœurs et ses mauvaises fréquentations. Il crie au coup monté, soupçonne très vite l’Élysée d’en être l’instigateur, mais sans parvenir à conjurer le scandale qui en résulte. Il perd une partie de ses soutiens, sa cote de popularité s’effondre. Impuissant à se défendre contre la calomnie, discrédité par les révélations qui s’accumulent, pris dans un engrenage apparemment sans issue, il se trouve de plus en plus isolé et à la merci de menaces judiciaires qui achèveraient de ruiner sa réputation et ses chances d’accéder à la fonction suprême. Seul un coup de théâtre pourrait lui permettre de se sortir d’affaire…

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com 
France inter (Ilana Moryoussef)
France Info (Patricia Loison)


Jean-Luc Barré s’entretient avec Julien Rousset à propos de son nouveau roman © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Le soupçon
Ni vu ni connu, Guillaume Roussel a pris l’habitude de tricher sur presque tout depuis le début de sa carrière: l’argent, le sexe, les idées. Il n’en éprouve ni remords ni satisfaction. Tout au plus une certaine hantise, parfois, d’être démasqué. Mais il se rassure vite, conscient de n’être pas un cas isolé dans un univers comme le sien. Il considère même ce double jeu comme une particularité de son époque et l’un des travers de sa caste.
«Nous vivons dans un monde de faussaires», s’est-il exclamé, provocateur comme souvent, lors du dernier dîner de sa promotion, sans qu’aucun de ses voisins de table ne croie bon de se récrier ou de le contredire. On était entre soi et personne n’a semblé se demander à qui il faisait expressément allusion. Les mêmes qui se sont tus ce soir-là, par crainte ou approbation, s’empresseront quelques mois plus tard de voir dans cette formule de connivence un aveu qui n’engageait que lui.
Roussel sait qu’il partage avec nombre de ses condisciples le même « vice de fabrication » : des failles inavouables, des secrets indicibles qui pourraient se révéler compromettants s’ils ne scellaient entre eux, solidarité de corps oblige, une entente d’initiés. Un pacte d’entraide et de silence qui n’a fait que conforter Guillaume Roussel dans le sentiment de sa propre immunité.
Tout est usurpé dans son image publique, à commencer par la rigueur des principes et la fidélité aux valeurs dont il se réclame. Leader d’une droite qui se veut dure et intransigeante, Guillaume Roussel s’est doté, au fil du temps, d’un profil politique poussé jusqu’au stéréotype, allié à un physique adéquat : défenseur de l’ordre et de la tradition, gestionnaire sourcilleux, époux vertueux, chef de famille exemplaire, catholique de stricte obédience, sous l’aspect d’un homme d’allure policée, silhouette élancée, taille mince, visage aux traits virils et réguliers, cheveux bruns coupés court, sourire au charme étudié, voix ferme aux inflexions martiales, l’air d’être tout entier sous contrôle. Rien, si ce n’est le regard toujours un peu de biais, embusqué derrière des lunettes à fines montures, ne manque à cette panoplie sans tache reproduite à profusion sur ses affiches électorales et dans ses promesses de campagne.
Guillaume Roussel a forgé son autorité et sa réputation sur ce personnage d’emprunt, une façon d’être et de penser distincte de sa vraie vie. C’est ainsi qu’il a réussi, porté par une ambition débridée, à accéder aux plus hautes charges de l’État. Énarque, député de Saône-et-Loire à trente-cinq ans, ministre de l’Intérieur à cinquante, chef du gouvernement quatre ans plus tard. Ascension qualifiée d’irrésistible, à défaut d’autre explication, par des médias comme pris de court devant une telle facilité à se jouer des obstacles, une aptitude à séduire et s’imposer par une force de persuasion dont personne n’a jamais paru mettre en doute la sincérité ni soupçonner les faux-semblants. Ce qu’on appelle un parcours sans faute.
Le chef de l’État, Louis Moulins-Duthilleul, ayant dû renoncer, à près de quatre-vingts ans, à briguer un second mandat, on voit en Guillaume Roussel une sorte d’héritier naturel. Nul ne semble mieux placé, en tout cas, pour lui succéder. Roussel a quitté ses fonctions six mois avant l’échéance pour préparer la future campagne présidentielle. À cinquante-huit ans, faute de rival crédible et fort d’un bilan à Matignon jugé satisfaisant dans les sondages d’opinion, il a toutes chances de remporter l’élection. D’autant que sa désignation comme candidat, obtenue à la quasi-unanimité, a pris des allures de sacre lors du congrès de la Droite populaire. Une puissante machine de guerre électorale aussitôt mise en ordre de marche.
L’Élysée lui semble donc tout acquis quand au cours de la première quinzaine de février, à quelques semaines du premier tour fixé au 20 avril, une mauvaise rumeur s’est mise à circuler dans divers milieux parisiens.
À l’origine, un fait divers passé quasi inaperçu dans un premier temps : le meurtre un mois auparavant d’un jeune Marocain nommé Fouad Layannah. Son corps a été retrouvé poignardé au petit matin dans un square proche du boulevard Suchet, un des quartiers résidentiels les mieux préservés de la capitale. Cet assassinat focalise l’attention des médias depuis qu’un site d’information indépendant, baptisé Free Investigation, a révélé, dans les derniers jours de janvier, à la fois l’identité de la victime et les activités qui lui ont valu d’être fiché par les services de police.
Dans cette enquête, publiée à grand fracas, Fouad Layannah est présenté comme un escort-boy « très prisé des dignitaires de Rabat », qui aurait aussi entretenu des relations tarifées avec « certaines personnalités françaises ». Selon des sources officieuses, il aurait été éliminé pour avoir tenté de faire chanter des « clients haut placés ». Les mobiles du crime ne seraient pas seulement liés à la prostitution. D’autres pistes sont envisagées : trafic de drogue, escroquerie, règlement de comptes politique.
C’est un des proches de Guillaume Roussel, l’homme d’affaires franco-libanais Antoine Jelloul, qui l’a alerté le premier, peu avant la parution de l’article. Jelloul lui a téléphoné expressément à ce sujet, un soir vers minuit, depuis Tanger, une de ses escales favorites entre Dakar, Beyrouth et Paris. Il sortait d’un dîner où avait été évoqué, à mots couverts, un scandale sur le point d’éclater. « Diverses célébrités » y seraient impliquées, dont un ancien Premier ministre français. Jelloul, d’ordinaire très bien informé, n’en savait pas davantage sur l’homme politique en question, assurant que son nom n’avait pas été dévoilé. Mais au ton de sa voix, Roussel l’a senti inhabituellement prudent, évasif, comme s’il était tenu au secret. Jelloul et lui sont convenus d’en reparler dès leur prochaine rencontre à Paris.
Les choses se précisent peu après. Guillaume Roussel n’est pas attaqué ouvertement, son nom reste encore cité parmi d’autres sous le manteau. Mais les bruits qu’on lui rapporte de propos tenus en privé par certains de ses « amis » sont sans équivoque. C’est bien lui qui est directement visé. Il lui faut peu de temps pour s’en convaincre : au bout de quelques jours, comme déjà cerné par une meute invisible, il lui semble être pisté, épié, à la merci de regards où il ne lit que méfiance et soupçon. Chaque contact, même fortuit, ravive cette impression diffuse qui ne le quitte plus et pèse sur lui comme une ombre.
Au sein de son équipe rapprochée, personne n’ose aborder le problème. Un silence gêné qui a tout l’air d’une dérobade. L’attitude la plus surprenante est celle de son chef de cabinet, Pierre Servier. Également chargé de la direction de sa campagne, Servier, qui passe pour son homme de confiance, est devenu étrangement muet et absent. Le regard furtif, l’air embarrassé dès que Roussel s’efforce d’engager avec lui un début de conversation. Servier détient-il des renseignements inquiétants qu’il craindrait de lui livrer ? Estime-t-il les chances de son candidat déjà si compromises qu’il s’interroge sur la conduite à tenir ?
Pour tenter d’y voir clair, Roussel l’invite à déjeuner en tête à tête dans le salon privé d’un grand restaurant de Montparnasse, dont ils sont tous les deux familiers. Une pièce capitonnée de velours rouge, protégée par un rideau grenat à l’abri duquel ils ont fomenté, au cours des dernières années, alliances et complots en tous genres.
Ils commandent chacun une sole sèche et une bouteille d’eau minérale. Leur conversation, passé les banalités d’usage, a du mal à s’enclencher, entrecoupée de longs silences, comme s’ils avaient déjà perdu l’habitude de se parler. Roussel, qui mange vite, est près de finir son plat quand Servier, la mastication plus lente, semble s’ingénier à ne jamais terminer le sien. L’échange, entre deux bouchées, se limite à des questions d’intendance. Le candidat les évacue d’un geste de la main sans même feindre de s’y intéresser, alors que Servier s’attache à ne lui épargner aucun détail.
Roussel attend l’issue du repas pour aborder son seul sujet de préoccupation, après avoir espéré en vain que son directeur de cabinet prenne les devants :
— Dites-moi, Servier, vous qui êtes toujours au courant de tout… Savez-vous qui est le «grand homme politique» dont on parle dans les dîners en ville et certaines salles de rédaction? Un «leader en vue qui serait mêlé à cette affaire sordide du boulevard Suchet… On fait allusion à un ancien Premier ministre, mais sans le nommer… Croyez-vous que je sois visé?
Servier, qu’il appelle par son seul patronyme et voussoie comme tous ses collaborateurs, lui a proposé ses services dès qu’il l’a vu se lancer en politique avec l’ambition affichée d’être un jour le premier. Il l’a efficacement secondé dans sa conquête d’un parti alors exsangue, ressuscité sous le nom de Droite populaire, dont Roussel, après s’être débarrassé de ses vieux caciques, a pris la présidence sans lésiner sur les moyens de s’imposer. Décrit comme son « âme damnée », Servier se montre alors indispensable dans le contrôle d’un appareil totalement inféodé à son nouveau chef. Et c’est tout naturellement qu’il a accompagné ce dernier, au titre de « conseiller spécial », dans ses fonctions ministérielles place Beauvau, puis à Matignon où son bureau jouxtait le sien. Stratège, organisateur, éminence grise et porte-parole, homme des grandes et petites tâches, Pierre Servier remplit tous les rôles qui lui sont confiés avec autant de zèle que d’efficacité.
Ce haut fonctionnaire aguerri porte sur son visage un flegme, une raideur qui font qu’aucune réaction de surprise ou d’émoi ne s’y manifeste jamais. Sur ses traits, un frémissement de joie se distingue à peine d’un tremblement de colère. Tout se tient et rien ne filtre. D’humeur égale, Servier accueille les pires nouvelles comme les bonnes avec le même détachement. Long et sec, la voix impeccablement posée, le regard d’une froideur d’acier, la tenue d’une neutralité sans faille, costume gris cintré, chemise blanche amidonnée, cravate couleur anthracite, tout chez lui paraît obéir à une maîtrise imparable.
En l’observant de près, Roussel perçoit dans le comportement de Servier une gêne qui ne lui ressemble pas. Une sorte de trouble ou de malaise dans la subite tension qui s’est emparée de ses traits, la manière de se redresser sur son siège, puis de se caler de biais, comme pour trouver la position appropriée.
— Que savez-vous, Servier? Vous avez l’air bien embarrassé, lui fait-il remarquer, la tête penchée vers lui comme pour mieux l’aider à se délivrer d’un aveu encombrant.
— Personne n’ose vous le dire, finit par lui déclarer son second, le ton de nouveau assuré, le buste droit, les mains plaquées sur les accoudoirs du fauteuil. Mais cet homme dont on parle, c’est vous.
La phrase est tombée tel un verdict. Nette et tranchante, comme si la culpabilité de Roussel ne faisait déjà plus aucun doute dans l’esprit de son principal conseiller. Roussel n’est pas vraiment surpris par une annonce qui vient confirmer ce qu’il a appris par ailleurs. Mais il a décelé dans les yeux de Servier une lueur de défiance qui suffisait à trahir ses arrière-pensées. Ce qui l’étonne surtout, c’est d’avoir eu besoin de le pousser dans ses retranchements pour qu’il lui dise enfin la vérité. Servier ne l’a pas prévenu dès qu’il a eu connaissance de la personne ciblée. Il a attendu pour le faire d’y être contraint. Probablement parce qu’il n’a pas cru d’emblée à l’innocence de son patron. Comme s’il était devenu trop proche de lui pour l’imaginer au-dessus de tout soupçon.
Guillaume Roussel a pourtant veillé, de longue date, à instaurer entre eux une stricte séparation des genres. Une ligne qu’il a tout fait pour rendre infranchissable. En vingt ans de collaboration étroite et quasi permanente, il n’a rien laissé voir à Servier du reste de son existence. Il ne l’a pas reçu une seule fois à son domicile, ni convié à l’un de ses anniversaires ou à une fête de famille. Il ne lui a fait aucune confidence sur ses goûts, ses passions, ses amitiés les plus intimes. Ni rien dit de ses nécessités financières, avec ce qu’elles entraînent pour lui d’arrangements parfois risqués. Encore moins des secrets de sa vie amoureuse et des multiples détours qu’ils lui imposent.
Sauf à avoir mené sa propre enquête, ce que Roussel, encore convaincu de sa loyauté, se refuse à envisager, Servier ne peut connaître de sa personnalité et de ses habitudes que leur versant en quelque sorte officiel. Il semble s’en être toujours satisfait, tant son dévouement et sa discrétion lui ont valu en retour une influence aussi enviée que redoutée. Dès lors, quelle raison aurait-il, sous l’effet d’une simple rumeur, de mettre en doute l’intégrité d’un homme aux mœurs et fréquentations qu’il jugeait « irréprochables » ?
— Vous avez compris, j’imagine, qu’il s’agit d’une affaire fabriquée de toutes pièces dans le seul but de m’empêcher d’être candidat, reprend Roussel comme s’il estimait maintenant utile de plaider sa cause ou de se justifier. Je n’ai jamais rencontré ni même entendu parler de ce gigolo marocain assassiné. C’est ignoble de mêler mon nom à tout ça ! Une monstruosité !
Servier opine de la tête en signe d’approbation, mais face à lui Roussel se sent très seul tout à coup. Quelque chose semble s’être subitement rompu dans leur relation, jusque-là si solide qu’elle a surmonté tous les aléas d’un combat politique acharné dont ils ont partagé les succès comme les avantages.
Roussel veut croire à une méprise facile à dissiper, et c’est avec une sorte de soulagement, comme si rien entre eux n’avait changé, qu’il entend son complice des bons et mauvais jours lui recommander d’une voix ferme :
— Vous devez riposter sans tarder!
Dans un premier temps, Roussel a interprété ce conseil comme une incitation à tenir bon, une marque de soutien qui allait de soi. Mais au silence qui suit et à la façon dont Servier se contente de le pousser à se battre sans lui proposer son aide, il comprend qu’une distance réelle s’est établie entre eux. Un éloignement peut-être irréversible dont il lui faut tirer les conséquences au plus vite.
À la fin du déjeuner, Guillaume Roussel, qui se sait désormais en danger, décide de convoquer son état-major de campagne. Il en informe Servier, chargé de le réunir dans l’heure qui suit. Ils conviennent de se retrouver sur place, chacun partant dans son véhicule comme ils sont arrivés.
Roussel, le visage fermé, annonce dès le début de la séance que Servier sera secondé à dater de ce jour par le jeune député-maire d’Ambérieu-en-Bugey, Ludovic Jussieu, en qui il déclare avoir « toute confiance ». La réunion se tient à son QG de la rue de la Convention, dans une salle en sous-sol, aux murs placardés des affiches officielles du candidat. Un silence sans émoi accueille la nouvelle. Autour de la table, personne ne cherche à connaître les motifs de cette brusque révision des rôles. On s’en remet aux ordres du chef qui ne se prêtent à aucune discussion. Assis tout près de lui, Servier, muré dans sa placidité habituelle, se borne à juger ce changement « tout à fait opportun ». Ce n’est pas son genre d’en dire plus. Le même laconisme prévaut chez lui en toutes circonstances. Mais les mots, dont Servier est aussi économe que de ses sentiments, n’ont chez lui jamais rien d’anodin.
Guillaume Roussel a perçu d’instinct la signification de ce simple commentaire, fait pour passer inaperçu. Si Pierre Servier a pris acte de sa mise à l’écart sans manifester la moindre contrariété, c’est qu’il n’ignore rien du cataclysme qui se prépare et dont il entend se prémunir.
Comme si la rupture, de son côté, était aussi consommée, l’ex-Premier ministre lève la séance sans un regard pour son voisin le plus proche. À aucun moment il n’a adressé la parole à Servier ni murmuré un mot à son oreille, la main en cornet, la tête légèrement penchée vers la sienne en signe de connivence. Roussel se retire aussitôt après, prétextant un rendez-vous urgent pour rentrer chez lui, avenue de la Bourdonnais, avec son chauffeur, accompagné par ses gardes du corps dans une voiture suiveuse.
À son arrivée, une fois vérifié qu’aucun photographe ne stationne à proximité, il descend très vite de son véhicule, salue les policiers en faction devant l’entrée de l’immeuble et s’engouffre dans le hall, après avoir demandé à sa protection rapprochée de le laisser seul. Son appartement est situé au dernier étage, en surplomb de l’École militaire et du Champ-de-Mars. Roussel s’étonne presque, sitôt entré, de n’y trouver personne, alors que le maître d’hôtel affecté à son service est en congé pour la semaine et que son épouse a déserté les lieux depuis longtemps.
Héloïse ne réside plus à Paris que de façon épisodique, par devoir vis-à-vis de son mari, les jours où sa présence s’impose à ses côtés. Elle préfère vivre dans leur propriété de Touraine où il la rejoint de rares week-ends. Une situation dont Roussel s’est accommodé jusque-là comme du meilleur compromis pour préserver leur relation conjugale, mais qui lui renvoie à présent l’image d’une existence désordonnée, livrée à tous les vents. La sienne depuis vingt-cinq ans et ses débuts en politique.
Guillaume Roussel a beau s’estimer innocent, ne rien comprendre au rôle qu’on lui attribue dans une affaire de mœurs qui menace de virer au scandale d’État, le mal est fait, d’une certaine manière. Sinon pourquoi, attaqué sur ce terrain, se sentirait-il désarmé par avance ? À la merci de révélations qui, même fausses et diffamatoires, ne manqueront pas de l’atteindre…
Ses ennemis ne s’y sont pas trompés. L’un d’entre eux en particulier, l’initiateur secret de cette campagne encore souterraine. Guillaume Roussel, bien que réduit pour l’heure à des hypothèses ou de simples présomptions, a quelques noms en tête et même une idée assez précise du personnage haut placé qui a le plus intérêt à l’abattre.

Extraits
« Antoine Jelloul à la réputation, dans les cercles très privés où il évolue, d’un homme d’affaires «coopératif et d’une diligence à toute épreuve», capable du pire, dit-on, quand la situation l’exige. Il opère au cœur d’une nébuleuse d’intérêts politiques et financiers si difficiles à démêler que personne ne s’y est vraiment risqué. Fils d’un banquier de Beyrouth, il a fait fortune dans l’exploitation des minerais africains, pour laquelle il a fondé et dirige une société basée à Dakar. Il est aussi administrateur de la discrète mais toute-puissante Banque française intercontinentale, la BIC, chargée de la gestion des avoirs pétroliers entre la France et l’Afrique. Un établissement qui faciliterait surtout, dit-on, le blanchiment d’argent destiné à alimenter les circuits de financement politique. » p. 47

« L’éventualité d’une double vie… Vos liens aussi avec un personnage trouble comme Antoine Jelloul dont la présence à vos côtés, sur la photo, suffit à faire douter de votre morale… disons financière. Le sexe et l’argent, les ingrédients habituels des scandales politiques. » p. 121

« Héloïse de Chauvel représentait à cet égard le parti idéal. Fille d’un général de cavalerie dont elle était l’unique héritière, richement dotée du côté de sa mère de propriétés dans le Périgord et d’un manoir en Touraine, élevée dans les écoles religieuses les plus prisées, elle offrait tous les gages d’un parfait statut social. Guillaume n’avait pas eu à chercher loin pour la rencontrer: Héloïse assurait à l’Assemblée le secrétariat du groupe des députés de droite lorsqu’il avait remarqué cette grande jeune fille timide à la physionomie un peu austère. Les cheveux coupés court, un visage émacié aux pommettes hautes, un sourire désarmant de crainte ou d’ingénuité, elle parlait du bout des lèvres quand elle consentait, comme malgré elle, à sortir de son silence, On l’entendait à peine et elle semblait n’avoir qu’une hâte, se faire oublier pour retourner à des activités qu’elle menait avec une discrétion de fer. » p. 131

À propos de l’auteur
BARRE_jean-Luc_ ©Jean-Francois_PagaJean-Luc Barré © Photo Jean-François Paga

Écrivain, historien et directeur des Éditions Bouquins, Jean-Luc Barré est l’auteur de plusieurs biographies, dont celle de François Mauriac, d’un récit politique, Ici, c’est Chirac (Fayard, 2019), tiré de ses expériences de mémorialiste auprès de l’ancien président, et d’un premier roman, Pervers, publié chez Grasset en 2018, plongée vertigineuse dans les abîmes de la création littéraire. (Source: Éditions Grasset)

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Francis Rissin

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Sélectionné par les « 68 premières fois »

En deux mots:
Lors de ses recherches, une prof de littérature découvre un ouvrage intitulé «Approche de Francis Rissin» signé Pierre Tarrent et cherche à en savoir davantage sur cet inconnu, sans y parvenir. Qu’à cela ne tienne, Martin Mongin va poursuivre la recherche sous des formes et des genres différents et nous offrir une réflexion sur «l’homme providentiel».

Ma note:
★★ (ouvrage intéressant)

Ma chronique:

Francis Rissin à l’assaut de la France

Martin Mongin signe avec Francis Rissin l’un des ouvrages les plus originaux de cette rentrée. À l’image des affiches portant ce nom et qui vont couvrir tout le pays, il va réussir à imposer ce personnage pourtant très mystérieux.

L’entreprise était aussi audacieuse que risquée: ne pas écrire un roman, mais une sorte de mille-feuilles présentant sous différentes formes l’histoire d’un personnage hors du commun baptisé Francis Rissin. Martin Mongin partait donc avec un a priori des plus favorables pour moi qui aime l’originalité et la création littéraire originale. Mais si j’ai été séduit par l’idée et même fasciné par la manière dont l’auteur joue avec son personnage, entraînant le lecteur dans des voies non balisées, il me faut bien reconnaître que l’enthousiasme suscité par les premiers chapitres a fini par s’éroder sur la fin. Mais revenons au chapitre initial qui nous permet au sens littéral du terme d’approcher Francis Rissin.
Catherine Joule, professeur de littérature à la Sorbonne découvre dans ses recherches bibliographiques un titre énigmatique: Approche de Francis Rissin, signé d’un certain Pierre Tarrent. Si toutes ses recherches pour retrouver un exemplaire de l’ouvrage restent vaines, elle parvient très bien – outre un cours passionnant sur les bibliothèques invisibles – à instiller le doute. Après tout si l’on consacre un ouvrage à cet homme, c’est qu’il doit mériter cet honneur.
On va alors se tourner du côté du polar et nous intéresser à ces «histoires de flics» qui tournent autour de notre homme. Mais leur enquête ne va pas non plus réussir à lever le voile sur Francis Rissin.
Martin Mongin, qui ne manque ni de souffle ni d’imagination va alors convoquer le journal intime, le rapport officiel, l’exposition d’œuvres d’art, les affiches électorales, les témoignages de ceux qui ont côtoyé notre mystérieux héros ou encore le script d’un long métrage qui n’a jamais été réalisé.
À travers ce kaléidoscope, le lecteur devrait finir par voir se dessiner les contours de Francis Rissin. D’autant qu’au fil des pages il apparaît comme celui que le pays attend. Et c’est là que réside la principale qualité de ce roman protéiforme, dans la belle leçon de marketing politique qui s’en dégage. Sur la façon d’imposer un nom, une image, sur l’ascension d’un homme encore inconnu de la population quelques mois auparavant, sur la manipulation des foules, sur ce besoin de figures providentielles, de construire un destin collectif: «Nous ne nous satisfaisions plus de nos vies minuscules, nous voulions bâtir quelque chose de grand et de rare, pour l’avenir. Dans ces moments-là, Dieu lui-même eût été bien en peine de satisfaire nos appétits de titans.»
Le roman aurait à mon sens été plus efficace s’il avait été élagué d’un quart ou même d’un tiers de ses pages. Il aurait gagné en force et en efficacité, comme par exemple avec les 272 pages État de nature de Jean-Baptiste de Froment, un conte politique qui s’inscrit dans la même veine.

Francis Rissin
Martin Mongin
Éditions Tusitala
Premier roman
616 pages, 22 €
ISBN: 9791092159172
Paru le 21/08/2019

Où?
Le roman se déroule un peu partout en France, mais aussi beaucoup à Paris

Quand?
L’action se situe dans un futur plus ou moins proche.

Ce qu’en dit l’éditeur
De mystérieuses affiches bleues apparaissent dans les villes de France, seulement ornées d’un nom en capitales blanches : FRANCIS RISSIN. Qui est-il? Comment ces affiches sont-elles arrivées là? La presse s’interroge, la police enquête, la population s’emballe. Et si Francis Rissin s’apprêtait à prendre le pouvoir, et à devenir le Président qui sauvera la France?
Pour son premier roman, Martin Mongin signe un livre vertigineux. Un roman composé de onze récits enlevés, onze voix qui lorgnent tour à tour vers le roman policier, le fantastique, le journal intime ou encore le thriller politique, au fil d’une enquête paranoïaque sur l’insaisissable Francis Rissin. Avec une maîtrise rare, Martin Mongin tisse sa toile comme un piège qui se referme sur le lecteur, au cœur de cette zone floue où réalité et fiction s’entremêlent.
Autant marqué par l’art de Lovecraft, de Borges ou de Bolaño que par la pensée de La Boétie ou d’Alain Badiou, Francis Rissin est un premier roman inventif et inattendu, au propos profondément politique.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr(Nicole Grundlinger)
Blog Domi C Lire 
Blog La bibliothèque de Delphine-Olympe

Les autres critiques
Babelio
Lecteurs.com
Libération (Mathieu Lindon)
Blog L’Espadon 
Blog Encore du noir 
Blog Journal d’une lectrice

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Catherine Joule, séminaire Textes et intertextes, cours du 3 septembre *** : «Approche centrée sur la personne», université de Paris IV-Sorbonne (enregistrement sonore), collection privée, fac-similé en possession de l’éditeur.

Il y a les livres qui existent, les livres qu’on peut facilement se procurer sur les étals des librairies, chez les bouquinistes ou dans les arrière-salles poussiéreuses des antiquaires de la rue de Sèvres – ces livres qui nous présentent lascivement leur dos coloré sur les étagères des bibliothèques, pour qu’on les caresse du bout des doigts. Il y a les livres qui existent, et les livres qui n’existent pas, les livres qui n’ont jamais été écrits, les livres imaginaires, les livres de romans.
Vous savez que certains auteurs se sont amusés à inventer des ouvrages de toutes pièces, et à les jeter négligemment dans les mains de leurs personnages. Les surréalistes ont abusé de ce procédé, tout comme Pierre Manon, Frédéric Balaire, ou encore François Rabelais, longtemps avant eux, avec son célèbre catalogue de la Bibliothèque de l’Abbaye de Saint-Victor, dans Pantagruel.
Madame Bovary est un livre qui existe. La Barre fixe, de Robert de Passevant (citée par André Gide dans Les Faux-Monnayeurs), on La Chrestomathie du désespoir, de François Merlin (citée par Louis Guilloux dans Le Sang noir), sont des livres qui n’existent pas – des livres dont vous pourrez seulement croiser le nom dans un autre livre, bien réel celui-là. Vous trouverez la liste de ces ouvrages inexistants dans le beau dictionnaire de Stéphane Mahieu, La Bibliothèque invisible, publié il y a quelques années aux éditions du Sandre.
Parmi les livres qui existent, il y a aussi ceux qui ont disparu, les livres dont l’existence est attestée mais dont on n’a jamais retrouvé la trace – ces livres dont les longues listes des doxographes de l’Antiquité nous donnent un minuscule aperçu. Et puis il y a les livres dont nous ne savons rien, les livres dont nous ne savons même pas qu’ils ont été détruits ou perdus. Combien de livres disparus pour un livre qui arrive jusqu’à nous? «Les chercheurs d’or remuent beaucoup de terre, disait Héraclite, et ils ne trouvent pas grand-chose.»
Il y a les livres qui existent et les livres qui n’existent pas; mais entre les deux, il y a encore la place pour certains livres d’un genre intermédiaire, qu’on serait bien en peine de classer dans l’une ou l’autre de ces deux catégories. Des livres qui existent à peine, des livres qui flottent dans les limbes de la thermosphère littéraire et qui se soustraient sans cesse à nos efforts pour les saisir. Des livres ontologiquement indécidables et qui subsistent pourtant à leur façon, comme une promesse, comme un rêve, comme un espoir.
L’Approche de Francis Rissin est un livre de cette catégorie mitoyenne. »

Extrait
« C’est là que nous avons nourri le désir d’une vie pleine et rare, d‘une vie au contact des éléments et des matières, d’une vie en lien avec les forces qui avaient modelé ces plateaux s’étalant au-dessus de nous et qui bouillonnaient encore aux confins de l’univers. Nous ne nous satisfaisions plus de nos vies minuscules, nous voulions bâtir quelque chose de grand et de rare, pour l’avenir. Dans ces moments-là, Dieu lui-même eût été bien en peine de satisfaire nos appétits de titans. »

À propos de l’auteur
Martin Mongin est né en 1979. Il est professeur de philosophie, et passionné de politique. Depuis dix ans, il a signé plusieurs articles (notamment au Monde diplomatique ) et publié divers essais politiques sous des noms d’emprunt. En parallèle, il a toujours écrit de la fiction, imprimant ses ouvrages à quelques dizaines d’exemplaires pour ses proches. (Source : Éditions Tusitala)

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État de nature

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En deux mots:
Dans une France coupée en deux, la préfète de la Douvre intérieure a réussi à faire bouger les lignes, au grand dam du baron local qui demande son éviction. Mais dans le petit jeu des ambitions personnelles, des calculs politiciens et des pesanteurs administratives, elle n’a pas dit son dernier mot.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Chronique d’une France immobile

Homme du sérail, Jean-Baptiste de Froment s’est visiblement beaucoup amusé en imaginant la France quasi ingouvernable, coupée en deux par une administration omnipotente et des gouvernés en révolte. Prémonitoire?

Voilà un livre qui tombe à pic, au moment où la France est secouée par l’une de ces convulsions qui vient périodiquement prouver que le corps social est malade. Qu’entre les élites pensantes et le bas-peuple le fossé s’est élargi à un point tel qu’il devient même difficile d’établir un dialogue.
L’uchronie, c’est-à-dire la «réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé», imaginée par Jean-Baptiste de Froment met en scène un pays arc-bouté sur son conservatisme. Il est dirigé par Simone Radjovic, une Présidente de la République française qui entame son troisième septennat. Une longévité qui s’explique par une volonté farouche de ne surtout rien faire, car elle a vite compris que les réformes étaient d’abord un facteur de déstabilisation.
Aussi pratique-t-elle avec un art consommé la tactique des petites touches cosmétiques ainsi que des arrangements tactiques dans de son appareil administratif.
C’est ainsi qu’elle accède à la demande du «gouverneur» Claude, de muter Barbara Vauvert, préfète de la Douvre intérieure, parce qu’elle avait trop bien réussi dans sa mission de redynamiser une région oubliée de la République. D’une part parce qu’elle fait de l’ombre au Président Farejeaux, le baron local et d’autre part parce que ce succès pourrait lui donner des idées, d’autant qu’elle a réussi à prendre langue avec le groupe des opposants le plus virulent. Mené par Arthur Cann, un philosophe-agronome, il entend jeter les bases d’une société nouvelle, œuvrer pour «la réconciliation de la Pensée et de la Terre». Ensemble, ils lancent le projet Gaïapolis, la première cité agricole numérique parfaitement autosuffisante. Sébastien, son remplaçant, aura la charge d’enterrer le projet et de faire miroiter aux administrés tous les avantages d’une fusion de deux départements avec la création de la «Richardouvre».
Bien entendu, les choses ne se passent pas aussi bien que prévu. Claude sent que son heure est venue, Barbara ronge son frein, Arthur s’imagine mener la fronde contre la technocratie surpuissante, soutenue par Mélusine, la «moins raisonnable de toutes ses étudiantes» qui s’est installée chez lui dans l’attente du grand soir.
Sans oublier les Douvriens qui se sentent floués. Bref, il y a dans ce cocktail d’ambitions, d’aspirations, de rivalités, tous les ingrédients d’une tragi-comédie aussi féroce que divertissante.
Il faut dire que l’auteur connaît parfaitement le sujet. Jean-Baptiste de Froment est conseiller d’État, ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy à l’Elysée et conseiller LR de Paris. On notera aussi dans son CV une agrégation de philosophie, et un certain Emmanuel Macron parmi ses anciens camarades de khâgne. Sa plume, d’un classicisme teinté d’ironie vient au service d’une intrigue habilement construite et qu’il faut lire non comme un roman à clé – à l’image de «Première dame» de Caroline Lunoir – mais comme l’analyse lucide et un peu angoissante du poids de l’administration et des technocrates sur les politiques qui auraient des velléités de changement.

État de nature
Jean-Baptiste de Froment
Aux forges de Vulcain
Roman
272 p., 18 €
EAN : 978xxx
Paru le 4 janvier 2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement en «Douvre intérieure» et à Paris.

Quand?
L’action se situe dans un présent qui n’a pas précisément défini.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est l’histoire d’un homme qui veut devenir président. Mais à l’autre bout du pays, une femme a eu exactement la même idée.
Leader charismatique contre technocrate distant. Peuple contre élite. Quand retomberont les cendres, qui sera à la tête du pays? Claude le patricien de l’ancien monde, ou Barbara, la passionaria qui incarne le saut dans l’inconnu pour un pays qui ne se reconnaît plus? Dans cette uchronie originale, qui passe par une France imaginaire pour peindre avec plus de justesse ce qu’est notre pays, Jean-Baptiste de Froment dissèque une nation qui, quand vient le crépuscule, ne sait plus à quel saint ou sainte, Claude ou Barbara, se vouer. S’efforçant, à la manière d’un Saramago, de cerner une réalité fuyante, dessinant, comme Gracq, l’attente d’un événement décisif
dans un lieu-frontière (la Douvre), méditant sur le pouvoir suprême comme Yourcenar dans ses Mémoires d’Hadrien, le jeune romancier retrouve les accents graves et le sens de la tragédie d’Un lion en hiver. Fable qui capture le génie d’un peuple, subversion ironique du roman national, État de nature est un premier roman qui dessine de manière éclatante l’état et la légende de la France.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com
France Culture (Le temps des écrivains – Podcast)
Blog L’avis textuel de Marie M.
Blog de Lisa Giraud Taylor

Incipit (Les premières pages du livre)
«De toutes les provinces dont la réunion forme le royaume de France, celles qui composent le département de la Douvre intérieure sont peut-être les seules dont il n’y ait point d’histoire particulière. Quelques personnes, un peu trop prévenues contre leur pays, d’autres pour lesquelles il n’y a de digne d’attention que ce qui est loin d’elles, cherchent à justifier cet oubli, en prétendant que la Douvre n’a été le théâtre d’aucun événement digne de mémoire, n’a produit aucun personnage marquant et ne montre aucun lien auquel s’attachent des souvenirs historiques. Ce préjugé, dont l’honneur départemental est offensé, a pris naissance, comme la plupart des autres préjugés, dans cet esprit de paresse et d’indifférence, pour lequel il est plus commode et plus expéditif de nier que d’examiner et de rechercher.»
Histoire de la Douvre et du pays de Trêve,
par M. Joulietton, conseiller de préfecture du département de la Douvre intérieure, membre de plusieurs sociétés savantes, 1814.

Claude aimait se réveiller. Il aimait les retrouvailles de ses forces reconstituées par la nuit avec le monde. Le moment où il reprenait conscience de tout ce qu’il pouvait, et de toutes les occasions que la journée à venir lui donnerait d’en faire, à nouveau, la démonstration.
À l’instant de la sonnerie, il n’était encore personne. Rien qu’une respiration régulière dépourvue d’intelligence. Un imposant conglomérat de chair, repu de lui-même, recouvert d’un tricot de corps et empaqueté dans une grosse couette.
Mais petit à petit, un à un, ses capteurs cérébraux se remettaient en marche, comme se rallument, dans les vaisseaux spatiaux intergalactiques qui se préparent au démarrage, les signaux lumineux sur le vaste tableau de bord.
À mesure qu’ils se réactivaient, la perception de son importance, de la position éminente qu’il occupait dans le pays, se précisait. Une lumière de plus en plus vive éclairait la réalité, de moins en moins contestable, de ses prérogatives et compétences.
C’était délicieux. Il se laissait lentement envahir par la douce rumeur du monde. «Pouvoir de nomination et de révocation», «subventions exceptionnelles», «projets de loi». «Arbitrages interministériels», «coupes et rallonges budgétaires». «Habilitation à procéder par ordonnance», «décrets simples», «ratification», «Départements et territoires d’outremer», «État de catastrophe naturelle», «Monopole de la violence légitime». Les formules du pouvoir sortaient pêle-mêle du tohu-bohu de la nuit, d’abord comme un écho lointain, puis s’ordonnant, s’égrenant dans une récitation intérieure de plus en plus structurée. Et puis, finissant par émerger à travers les concepts, se faisaient jour les visages, obscurs ou illustres, de ses obligés. Tout cela flottait devant lui, dans les limbes de son demi-sommeil. Tout cela prenait forme et solidité. Tout cela était à lui.
À lui. Enfin, presque à lui objecta soudain une petite voix intérieure, en provenance d’une partie plus réveillée de lui-même. Malgré l’heure matinale, elle paraissait décidée à ne pas s’en laisser conter. « Certes », fut obligé de concéder sèchement Claude qui, sous la perfidie de l’attaque, avait ouvert les yeux. « Le sommet est très proche, nuança-t-il, sans quitter la position horizontale. Mais pour être parfaitement exact, il n’est pas encore atteint. Il y a encore, tout là-haut, cette vieille femme qui m’emmerde… »
Raison de plus pour se lever. La seule véritable raison, sans doute: Pour passer sous la douche, chaude, drue, comme une pluie tropicale sur son torse bombé.
Pour boutonner sa chemise bleu horizon et enfiler un costume, aujourd’hui gris sombre, au toucher légèrement duveteux ; la cravate club était fine, anglaise.
Pour prendre son petit-déjeuner, toujours la même chose, du thé et deux tranches de poisson cru.
Pour se brosser les dents.
Pour laisser reposer sa langue, qui picotait un peu, à cause du dentifrice à la menthe ultra-fraîche. Puis pour se brosser les dents une seconde fois.
Pour descendre les escaliers.
Pour monter dans sa voiture, qui fila, sans un bruit dans le matin ensommeillé, direction la Commanderie d’État.
Élégant arc de cercle tracé par les pneus sur le gravier de la cour d’honneur, ouverture de la porte latérale droite par l’huissier, sortie du véhicule.
Il vient d’arriver, monsieur le commandeur.
Qui ça déjà, «il»? se demanda Claude agacé que l’huissier prît toujours cet air de mystère entendu, comme s’il devait savoir, comme si les détails de l’agenda du jour faisaient partie de la culture générale. Ah oui, c’est vrai. Lui, dit-il, avec une moue de dégoût… Il va falloir être aimable. Tout ce qu’il_ voudra, quoi qu’il m’en coûte. Dans la dernière ligne droite, il faut redoubler de générosité, proféra-t-il. Les imbéciles croient que le pouvoir se gagne à force de voler, d’arracher aux autres ce qui leur est dû. C’est au contraire en leur abandonnant le plus possible, surtout lorsqu’ils ne le méritent pas, et en se privant soi-même pour cela, y compris du nécessaire, presque jusqu’à crever de faim, que l’on gravit les échelons. Tout au long du chemin, dans cette forêt obscure, il faut semer petits et gros cadeaux, tel un Petit Poucet qui préparerait son retour triomphal, sous les vivats de tous ceux qui, au bord de la route, ont bénéficié de ses largesses.

Le long des hauts murs de son bureau étaient disposés quatre écrans géants, qui diffusaient chacun, en continu et en plan fixe, l’image d’un cerisier du Japon. Chaque cerisier était différent et provenait d’un parc différent, lui-même situé sur une île différente, parmi les quatre principales de l’archipel. Du nord au sud : Hokkaido, Honshu, Shikoku et Kyushu.
Afin de neutraliser les effets du décalage horaire (il fallait que la lumière de là-bas correspondît à l’heure qu’il était, ici, à Paris), la retransmission des images s’effectuait avec sept heures de retard.
L’installation, inspirée du système des webcams mises en place par les sites de météorologie, qui permettait aux internautes de visualiser le temps qu’il faisait autour d’un point géographique donné (au sommet du Mont blanc, sur la plage de Biscarosse ou même sur le parking d’un supermarché), était souvent attribuée au vidéaste anglo-normand Victor Glambow. Mais ni ce dernier, qui entretenait volontiers le mystère sur la paternité de ses propres
œuvres, ni Claude l’impénétrable n’avaient jamais confirmé cette hypothèse, sans pour autant la réfuter.

Extrait
« En effet. La situation s’y prête. Le reste du pays, ce qu’on appelle «la France», est à l’image de l’antique momie qui prétend encore la présider: elle n’en a tout simplement plus pour très longtemps. L’insondable médiocrité de ses actuels dirigeants en est la cause immédiate et conjoncturelle. Mais il y a une explication plus profonde. La « civilisation », c’est-à-dire cette prétention de l’homme (et en particulier de l’homme français, soulignons-le au passage) à sortir de’ la nature pour se gouverner lui-même, touche à sa fin. »

À propos de l’auteur
Jean-Baptiste de Froment est né en 1977. État de nature est son premier roman. (Source : Éditions Aux forges de Vulcain)

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Kisanga

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En deux mots:
Une société conjointe sino-française est chargée d’exploiter un fabuleux filon découvert au Kisanga. Entre Carmin, aux pratiques néocoloniales et la Shanxi Mining, qui entend régner en maître en République du Congo tous les coups sont permis.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Minerai, magouilles et affaire d’État

L’auteur de Terminus Belz est de retour avec un thriller haletant qui mêle espionnage, politique et affaires industrielles… et une réflexion très documentée sur l’exploitation de l’Afrique.

Au-delà du thriller habilement construit, ce roman est une enquête très fouillée sur la manière dont l’Afrique a été exploitée et en particulier sur la façon dont le Congo a été et continu d’après la proie de prédateurs qui n’ont pour seule éthique que leur tiroir-caisse. Comme le résume un prédicateur en citant le Deutéronomes : « « si tu passes dans la vigne de ton prochain, tu pourras manger du raisin à ton gré, jusqu’à satiété, mais que tu n’en mettras pas dans ton panier. Si tu traverses les moissons de ton prochain, tu pourras arracher des épis avec la main, mais tu ne porteras pas la faucille sur la moisson de ton prochain ». Mais le Blanc, lui, a mis la vigne dans son panier. Et il a porté la faucille sur notre moisson. Il s’appelait Léopold. Son règne a duré cent ans et l’indépendance n’a rien changé. Hier c’était l’ivoire et le caoutchouc, aujourd’hui c’est le cuivre, l’uranium, l’or et les diamants. Et à chaque fois, le sang du ndombe a coulé. Le sang des Balemba, des Bayeke, des Balunda et de beaucoup d’autres. Pour construire Bwana Changa-Changa, l’homme blanc a plongé son frère dans la misère. Il l’a fait dormir par terre, mordre par les serpents. Il l’a fait marcher dans les collines, chercher dans les buissons, soulever les pierres avec ses mains. Puis il l’a volé et ne lui a laissé que la souffrance et les larmes. Alors, un jour l’homme noir a désiré les richesses de la terre et il a chassé l’homme blanc. Il a planté son couteau dans le cœur de son frère. Et le frère de son frère l’a tué à son tour; Et le frère du frère de son frère s’est vengé. Et ce pays a saigné et continuera de saigner pendant des années par la faute du mundele. »
Kisanga est le nouvel enjeu des «saigneurs». Cet exceptionnel filon de minerai est, après d’âpres négociations, confié à la Chine et à la France par les dirigeants politiques congolais. Ils en espèrent un double profit, d’abord éviter la mainmise du seul Empire du milieu sur les infrastructures du pays, à commencer par la puissante Shanxi Mining et d’autre part une saine concurrence qui conduira à une course à la production. Et de fait l’entreprise française Carmin entend démonter qu’en trois mois, elle peut – grâce à une équipe de choc – relever ce défi et, ce faisant, faire grimper la valeur de ses actions jusqu’au ciel des investisseurs qui miseraient sur ce «nouvel eldorado du XXIe siècle.»
Ce pourrait aussi être l’occasion de redorer le blason de l’entreprise qui, lorsqu’elle s’appelait encore CMA s’était fait remarquer par des pratiques aussi illégales que criminelles. Mais avec l’aide des plus hautes autorités de l’État, elle avait réussi à étouffer le scandale. Car l’armée, sous couvert d’humanitaire, avait monté une opération de soutien baptisée «Antioche». Un journaliste qui avait eu vent de ces pratiques s’était mis en tête de rassembler des preuves, mais sans réussir.
Il semblerait toutefois que des photos prouvant le trafic et les exactions des militaires français existent et qu’un groupuscule paramilitaire congolais se soit proposé de les vendre au plus offrant. Si Da Costa n’a pas les moyens que réclament le vendeur, il se dit que l’occasion est trop belle pour faire éclater le scandale.
Voici bientôt rassemblés en RDC tous les protagonistes – officiels et cachés –pour un combat qui s’annonce à hauts risques. Très vite les premières tombent, faisant grimper la tension d’un cran. La vérité finira-t-elle par éclater? Français et Chinois vont-ils s’entendre ou au contraire tenter de tirer la couverture vers eux? Les autorités congolaises laisseront-elles sans réagir s’accumuler les cadavres? Le placement sera-t-il à la hauteur des attentes des investisseurs? Autant de questions qui vont trouver leurs réponses au fil des chapitres suivants, très habilement construits et qui vont apporter leur lot de rebondissements et révélations.
Depuis la trilogie de Marc Dugain, L’Emprise, Quinquennat et Ultime partie, je n’avais rien lu d’aussi solidement documenté et d’aussi prenant. Un roman idéal à mettre dans vos bagages, car s’il laisse un petit goût amer sur les pratiques néo-colonialistes des grandes puissances, il a tout du thriller haletant et confirme le talent de l’auteur de Terminus Belz.

Kisanga
Emmanuel Grand
Éditions Liana Lévi
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par
392 p., 21 €
EAN : 9791034900022
Paru le 15 mars 2018

Où?
Le roman se déroule principalement en République démocratique du Congo, de Lubumbashi à Lutaka, mais la France y est aussi évoquée, notamment Paris et la banlieue comme Montrouge ou Bagneux, ainsi que la Mayenne avec Château-Gontier, Laval ou encore Saint-Germain-le-Fouilloux et le Vaucluse, avec Ménerbes et Cavaillon.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Joli coup pour Carmin. Le fleuron minier français signe un partenariat historique avec la Chine afin d’exploiter un exceptionnel gisement de cuivre au Congo. Annoncé en grande pompe par les gouvernements respectifs, soutenu par les banquiers d’affaires, le projet Kisanga doit être inauguré dans trois mois. Un délai bien trop court pour Olivier Martel, l’ingénieur dépêché sur place pour le piloter, mais en principe suffisant pour les barbouzes chargées de retrouver un dossier secret susceptible de faire capoter toute l’opération s’il tombait entre de mauvaises mains. Celles de Raphaël Da Costa par exemple, un journaliste qui s’est déjà frotté par le passé à Carmin et aux zones grises du pouvoir. Trois mois, le temps d’une course-poursuite haletante au cœur de la savane katangaise et sur les pistes brûlantes du Kivu, pour découvrir ce que dissimule le nom si prometteur de Kisanga. Du suspense, du rythme et un réalisme redoutable irriguent ce thriller implacable sur les nouveaux jeux d’influence en Afrique.

Les critiques
Babelio
Actualitté (Cécile Pellerin)
Page des libraires (Virginie Vallat – Librairie de Paris, Saint-Etienne)

L’Usine Nouvelle (Christophe Bys)
France Culture – émission « Le réveil culturel – Tewfik Hakem)
Blog Quatre sans quatre 
LivresHebdo (Prix Landerneau 2018)
Blog Polarmaniaque
Blog Black Novel 1 


Kisanga, le nouveau roman d’Emmanuel Grand est un condensé de suspense sur les nouveaux jeux d’influence en Afrique. Toute ressemblance avec des faits réels ne serait que pure et fortuite coïncidence… © Production TV5 Monde

Les premières pages du livre: 
« Ménerbes. À quinze kilomètres de Cavaillon.
7 heures. Le seul moment de la journée à peu près supportable en cette saison. Dans quelques heures, le soleil monterait droit dans le ciel, jaune et fier, écrasant de chaleur les sommets du petit Lubéron. Du haut de la falaise de calcite, à l’abri des massifs de chênes verts et de genévriers, on embrassait la vallée d’un seul coup d’œil. Les maisons éparses aux toits de tuiles poudrés, les champs de vigne bien alignés, les collines boisées découvrant de longs flancs crayeux, puis une route au loin, longeant la rivière.
L’homme s’avança vers le vide en prenant garde de ne pas se découvrir. Il régla ses jumelles longue portée. La visibilité était parfaite. De là où il se trouvait, il distinguait les moindres détails de la bastide du xviiie adossée à la montagne. Nichée dans une chênaie au milieu d’un terrain ceinturé d’un mur de pierres sèches, elle était composée de cinq bâtiments de hauteurs et de tailles différentes. À l’est, les façades ocre léchées par les premiers rayons du soleil donnaient sur des jardins en terrasse impeccablement entretenus. Au bout d’une allée bordée de buis et de chèvrefeuille, adossée à un haut mur et une haie d’oliviers, une pelouse aussi verte qu’un green de golf encerclait une imposante piscine rectangulaire.
L’homme regarda sa montre puis recula de quelques pas.
Il avait repéré une voiture, une grosse berline de couleur sombre, arrêtée sur une voie d’accès. Il n’y avait plus qu’à attendre. Quelques minutes, une heure tout au plus. La cible était matinale et pouvait apparaître d’un instant à l’autre. À ce moment précis, il faudrait être prêt. Allongé à ses pieds, un second homme, vêtu lui aussi d’un treillis de camouflage, surveillait les lieux à travers la lunette de sa carabine de précision.
Sa respiration était lente. Une brise légère caressait les feuilles des arbres.
Tapis dans les rochers, les deux guetteurs observaient la bâtisse sans bouger, quand soudain une silhouette apparut sur la terrasse. Le militaire fit le point sur ses jumelles. Un homme aux cheveux blancs, en robe de chambre nid-d’abeilles, tenait un bol de café à la main. Le sniper ajusta la crosse de son arme sur son épaule et resserra son index sur la queue de détente.
Le militaire à la jumelle déploya la paume de sa main gauche comme pour l’empêcher de tirer. Épiant le moindre geste du type en contrebas, il attendit que celui-ci se tourne pour se présenter sous un angle plus favorable. Alors la cible renversa la tête en arrière et vida son bol de café d’un trait. Il l’avait en pleine ligne de mire quand son walkie-talkie se mit à grésiller.
– Allô !
– Oui, mon colonel.
– Ne tirez pas. Je vais sur place. Citroën grise immatriculée CE 371 SL.
– Bien, mon colonel.
– Je suis en civil, veste bleu marine. Interdiction de faire feu sans mon accord. Je vous ferai un signe si ça tourne mal, mais pour le moment, je joue seul.
Le capitaine répercuta l’ordre à son tireur d’élite et vingt minutes plus tard, un nuage de poussière monta du chemin annonçant la Citroën qui termina sa course à l’ombre des cyprès. Le colonel en veste bleue sortit de la voiture, traversa le jardin et frappa à la porte. Le capitaine qui le suivait à la jumelle grogna entre ses dents. Le colonel était entré à l’intérieur et il ne l’avait plus en visuel. La mission venait de se compliquer singulièrement. Le sniper relâcha la pression. »

Extrait
« La Bible, continua-t-il sur un ton emphatique, dit que « si tu passes dans la vigne de ton prochain, tu pourras manger du raisin à ton gré, jusqu’à satiété, mais que tu n’en mettras pas dans ton panier. Si tu traverses les moissons de ton prochain, tu pourras arracher des épis avec la main, mais tu ne porteras pas la faucille sur la moisson de ton prochain ». Mais le Blanc, lui, a mis la vigne dans son panier. Et il a porté la faucille sur notre moisson. Il s’appelait Léopold. Son règne a duré cent ans et l’indépendance n’a rien changé. Hier c’était l’ivoire et le caoutchouc, aujourd’hui c’est le cuivre, l’uranium, l’or et les diamants. Et à chaque fois, le sang du ndombe a coulé. Le sang des Balemba, des Bayeke, des Balunda et de beaucoup d’autres. Pour construire Bwana Changa-Changa, l’homme blanc a plongé son frère dans la misère. Il l’a fait dormir par terre, mordre par les serpents. Il l’a fait marcher dans les collines, chercher dans les buissons, soulever les pierres avec ses mains. Puis il l’a volé et ne lui a laissé que la souffrance et les larmes. Alors, un jour l’homme noir a désiré les richesses de la terre et il a chassé l’homme blanc. Il a planté son couteau dans le cœur de son frère. Et le frère de son frère l’a tué à son tour; Et le frère du frère de son frère s’est vengé. Et ce pays a saigné et continuera de saigner pendant des années par la faute du mundele.
L’homme reprit sa respiration.
– Moi, je conduisais des camions. Je n’étais rien. Mais mes yeux ont vu Antioche comme je te vois, comme on voit parfois l’Histoire de son propre pays se construire devant nos yeux.
– Qui s’intéresse à Antioche aujourd’hui?
– Tout le monde. »

À propos de l’auteur
Emmanuel Grand, né à Versailles en 1966, a passé son enfance en Vendée et vit aujourd’hui en région parisienne. Il est l’auteur de deux polars très remarqués: Terminus Belz (prix PolarLens, Tenebris et prix du polar SNCF) et, en 2016, Les salauds devront payer (prix Interpol’Art). (Source : Éditions yyyy)

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Un personnage de roman

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Voici cinq bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que Philippe Besson s’est imposé durant les dernières années comme l’on des meilleurs prosateurs contemporains et que j’ai bien aimé Arrête avec tes mensonges, son dernier roman autobiographique.

2. Parce que, indépendamment de l’orientation politique de chacun, il faut bien reconnaître que l’ascension à la présidence d’Emmanuel Macron a quelle chose de très improbable, ce qui donne une vraie dimension romanesque au récit.

3. Parce que, si le livre ne contient par essence aucune révélation particulière, il n’en est pas moins – à l’instar des ses prédécesseurs Laurent Binet pour François Hollande et Yasmina Reza pour Nicolas Sarkozy, la relation d’une page de notre histoire politique bien plus plaisante à lire que les ouvrages dits sérieux.

4. Parce que, comme le souligne Philippe Alexandre dans sa chronique du magazine Lire d’octobre 2017, on y découvre le rôle joué par l’épouse du président tout au long de cette année électorale. Du coup, on peut imaginer la place qu’elle prend aujourd’hui dans l’entourage du Président. «Il est très attentif et très attentionné avec elle. L’embrasse souvent, écoute son avis en réunion. En déplacement, il cherche sans cesse son regard. Même devenu président, il garde du temps pour elle. Leur relation est très égalitaire. »

5. Parce que on peut y lire en creux la passion d’Emmanuel Macron pour les écrivains et le littérature, lui qui cite par exemple Stendhal, nomme une éditrice au ministère de la culture et accompagnera cette dernière à la Foire du livre de Francfort qui se tient du 11 au 15 octobre.

Un personnage de roman
Philippe Besson
Éditions Julliard
Roman
216 p., 18 €
EAN : 9782260030072
Paru en septembre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
« Je connaissais Emmanuel Macron avant qu’il ne se décide à se lancer dans l’aventure d’une campagne présidentielle. Et quand il m’a exprimé son ambition d’accéder à l’Élysée, j’ai fait comme tout le monde : je n’y ai pas cru.
J’ai pensé : ce n’est tout simplement pas possible.
Pourtant, au fil des mois, au plus près de lui, de son épouse Brigitte et de son cercle rapproché, sur les routes de France comme dans l’intimité des tête-à-tête, j’ai vu cet impossible devenir un improbable, l’improbable devenir plausible, le plausible se transformer en une réalité.
C’est cette épopée et cette consécration que je raconte. Parce qu’elles sont éminemment romanesques et parce que rien ne m’intéresse davantage que les personnages qui s’inventent un destin. »

Les critiques
Babelio 
Culturebox
Marie-Claire (Katia Fache-Cadoret)
Libération (Pierre Steinmetz)
Le Point (source : AFP)
L’internaute (Axelle Choffat)
Le Temps (Richard Werly)
Franceinfo:
La Grande parade (Serge Bressan)


Philippe Besson a suivi Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle. Il raconte son expérience à François Busnel © La Grande librairie

Les premières pages du livre

Extrait
« Et puisque j’évoque un personnage, il est tentant d’aller débusquer un référent littéraire. Qui serait-il? Frédéric Moreau, le jeune provincial monté à la capitale, décrit par Flaubert dans L’Éducation sentimentale? Comme lui, il est confronté aux révolutions d’un monde qui hésite entre plusieurs régimes politiques, mais à l’inverse de lui, il n’aime pas désirer en vain et ses rêves ne le détournent pas de l’action. Adolphe, inventé par Benjamin Constant? Il en a probablement l’intelligence supérieure et le penchant pour une femme plus âgée mais il n’est pas aussi changeant, pas aussi indécis que lui. Eugène de Rastignac, le jeune loup aux dents longues, imaginé par Balzac ? Banquier, comme lui. Libéral, comme lui. Mais il ne me semble pas être prêt à tout pour parvenir à ses fins, pas avoir son cynisme. Julien Sorel, alors, le jeune héros stendhalien, beau et ambitieux? Il en a la fougue romantique, le goût de la séduction, la volonté du combat. Mourra-t-il aussi dignement sur l’échafaud? Fabrice del Dongo (autre figure de Stendhal), au naturel ardent, indépendant et rêveur, qui brave l’autorité du père, devient guerrier et lutte contre l’ordre ancien? Sauf que j’ai du mal à l’imaginer heureux dans l’emprisonnement. Mais qui sait où se niche le bonheur? »

À propos de l’auteur
Philippe Besson est né le 29 janvier 1967. Depuis En l’absence des hommes, son premier roman, couronné par le Prix Emmanuel-Roblès et vendu, toutes éditions confondues, à 80 000 exemplaires, Philippe Besson construit une œuvre d’une cohérence remarquable, au style à la fois sobre et raffiné devenu sa marque singulière. Auteur, entre autres, de L’Arrière-saison (Grand Prix RTL-Lire), Un garçon d’Italie, et La Maison Atlantique, il est devenu un des écrivains incontournables de sa génération. Ses romans sont traduits dans dix-neuf langues.
Son frère, publié en 2001, a été adapté dans la foulée par le réalisateur Patrice Chéreau. Depuis lors, il multiplie les collaborations avec le milieu du cinéma et de la télévision, s’affirmant peu à peu comme un scénariste original et très personnel. Philippe Besson a, entre autres, écrit le scénario de Mourir d’aimer (2009), interprété par Muriel Robin, La Mauvaise rencontre (2010) avec Jeanne Moreau, du Raspoutine de Josée Dayan en tant que coauteur, interprété par Gérard Depardieu, et de Nos retrouvailles (2012) avec Fanny Ardant et Charles Berling.
Un tango en bord de mer, sa première pièce en tant que dramaturge, est jouée à Paris à l’automne 2014 et publiée parallèlement chez Julliard.
Il a également animé sur Paris Première l’émission Paris Dernière de 2010 à 2013. Il avait précédemment participé à l’émission Ça balance à Paris, en tant que chroniqueur et critique littéraire. En 2014, il réalise le documentaire Homos, la haine, diffusé sur France 2. En 2017 il publie Arrête avec tes mensonges, autofiction qui rencontre un immense succès critique et public (plus de 100 000 exemplaires vendus) et remporte le prix Maison de la presse. Quelques mois plus tard, il signe Un personnage de roman, à la fois récit de campagne présidentielle et portrait personnel d’Emmanuel Macron. (Source: Éditions Julliard)

Page Wikipédia de l’auteur 

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