La ferme (vue de nuit)

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En deux mots:
Après une séparation de quinze ans, Annie retrouve Étienne. Elle a envie de croire qu’elle peut effacer le passé et recommencer leur histoire. Mais est-il si facile d’oublier le passé? Et les années qui passent changent-elles une personnalité? Un roman qui pose tout en finesse des questions essentielles.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

La ferme (vue de nuit)
Anne-Frédérique Rochat
Éditions Luce Wilquin
Roman
208 p., 20 €
EAN : 9782882535351
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule dans un endroit non précisé, mais que l’on peut imaginer sur les hauteurs de Lausanne ou les contreforts du Jura. Un voyage à Venise y est également évoqué.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
En réalité, la ferme n’avait rien d’une ferme, sauf peut-être l’éloignement, la campagne, le silence. Sous un soleil de plomb, Annie monte un interminable escalier pour aller retrouver l’homme avec qui elle a vécu sa première grande histoire d’amour. Mais est-il seulement possible de reprendre le fil là où il s’est cassé, de passer par-dessus les blessures, d’oublier les rancœurs? Dans la chaleur étouffante de l’été, Annie continue d’avancer, marche après marche, un pied devant l’autre, dans des sandales trop étroites, pour rejoindre cet homme dans sa curieuse maison, faite de grandes baies vitrées et de stores automatiques. Que pensera-t-il en la voyant? La trouvera-t-il vieillie après toutes ces années ? Remarquera-t-il qu’elle n’est plus la même, plus la petite Annie d’autrefois? Et s’il ne la reconnaissait pas?

Ce que j’en pense
Précise comme une montre suisse, Anne-Frédérique Rochat a pris l’habitude de nous livrer un nouveau roman à chaque rentrée. Après Le chant du canari en 2015 et L’autre Edgar en 2016, voici son sixième opus qui démontre une fois encore son grand talent de narratrice. Elle continue d’y explorer les relations de couple, le sens d’une union, la notion de famille, le désir d’enfant.
Le début du roman est marqué par l’arrivée d’une lettre ou plutôt d’un pli contenant un bristol blanc et vierge. Mais pour Annie, la destinataire, il n’y a aucun doute sur l’expéditeur. Car elle reconnaît d’emblée cette écriture sur l’enveloppe comme celle d’Étienne, son amant quitté quinze ans plus tôt. Un homme qu’elle n’a pas oublié et avec lequel elle a vécu quelques années heureuses à La Ferme. La maison qui porte ce nom est en fait une bâtisse à l’architecture moderne avec de grandes baies vitrées donnant sur la forêt. Située sur un promontoire, on y accède par un interminable escalier. On ne va pas tarder à y retrouver Annie pour laquelle ce courrier surprenant n’est rien d’autre qu’un appel à tirer un trait sur le passé et à rejoindre l’homme qui l’a accueillie alors qu’elle était serveuse dans un café et l’a encouragée à reprendre ses études et devenir enseignante. Mais au moment d’accéder au bout, le doute l’assaille : « Et s’il n’était pas seul? Et si elle le dérangeait? Si elle avait mal compris son message, ou plutôt son non-message, sa carte vierge? Elle frissonna, l’air s’était rafraîchi, ce qui n’était pas désagréable, mais ses pieds continuaient de la torturer. Elle songea qu’elle n’aurait peut-être pas dû venir, pas si vite en tout cas, accourir comme un chien-chien fou de joie à l’idée de retrouver son maître: quelle bêtise! Elle aurait mieux fait de rester chez elle, n’avait plus l’âge de jouer à ce genre de jeu; elle était une femme à présent, une femme accomplie qui n’avait pas besoin du regard des autres pour se sentir belle et justifier son existence, elle était forte et indépendante! »
Quand Étienne apparaît, c’est comme si le temps s’était soudain accéléré. En quelques secondes défilent des pans entiers de son existence, de leur rencontre à leur premier rendez-vous, de leur emménagement à La Ferme aux habitudes qui s’installent jusqu’à ce jour où elle avait pris la décision de partir sans se retourner. Mais pour l’heure, les retrouvailles se font presque sans paroles, avec un instinct très animal… « « Annie », susurra-t-il avec émotion.
Il porta ses doigts aux ongles ronds et nacrés à ses lèvres, les huma longuement, les yeux fermés, avant de les embrasser, les goûter. Ça avait commencé, ils s’étaient retrouvés. Pas besoin d’interminables discours, d’explications compliquées, sa carte à lui et sa venue à elle quelques jours après avaient suffi pour exprimer l’essentiel.
Il l’emmena à l’étage, éteignit la lumière, se rappelant qu’elle préférait sans, la guida jusqu’à son lit dans la pénombre. Une même crainte les envahit au moment du déshabillage: que penserait-il/elle de ce corps vieilli de quinze ans?; celui qu’il/ elle avait connu était-il très différent? Ces craintes ne durèrent qu’un instant, très vite la soif et les caresses de l’autre eurent raison de leurs appréhensions. » Si les (bonnes) vieilles habitudes reviennent assez vite et si Annie décide d’emménager à nouveau dans la ferme, on commence à sentir quelques points de crispation. Car si les corps se retrouvent, il n’en est pas forcément de même pour le cœur. C’est du reste la grande force d’Anne-Frédérique Rochat: Il lui suffit d’instiller quelques détails, comme les stores ouverts ou baissés, la préparation du repas ou encore la lumière qui reste allumée, pour nous faire comprendre que le couple n’est pas à l’unisson. D’appréhension en réaction épidermique – au vrai sens du terme – le lecteur découvre les failles et va les voir se creuser. Ainsi présence de plus en plus marquée de Lucien le lama pourrait prêter à rire, si elle n’était pas le signe d’une conception diamétralement opposée de concevoir le rôle de cet animal de compagnie. Pour Étienne, il fait partie intégrante de la famille au point de l’inviter à manger sa salade dans la maison. Pour Annie, il devient un rival. Il va en aller de même des voisins et en particulier d’un petit garçon qui s’invite un soir chez eux. S’il est bien accueilli, il va cependant cristalliser toute la frustration d’Annie et son envie de fonder une vraie famille. Elle se rappelle que c’est lorsqu’elle a annoncé qu’elle était enceinte qu’elle a dû quitter la ferme, Étienne ne se sentant pas capable d’assumer le rôle du père. Quinze ans plus tard, les choses ont-t-elles vraiment changé ? C’est tout l’enjeu de la fin du roman… qui vous réserve une belle surprise !

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Anne-Frédérique Rochat sera présente durant les trois jours du Livre sur les quais à Morges du 1 au 3 septembre 2017.

Autres critiques
Babelio
Le blog de Francis Richard 
Blog Le coin lecture de Nath 

Les premières lignes du livre

Extrait
« C’était censé être une bonne nouvelle!!! éclata-t-elle soudain. Heureux papa, tu n’avais qu’à suivre l’injonction!!! Ce n’est quand même pas très compliqué!!! Tu sais combien de personnes rêvent de ce qui est en train de nous arriver ?!
Annie, dit-il avec un calme déroutant, inquiétant, en détachant chaque syllabe, il n’a jamais été question de ça entre nous, tu le sais bien.
Et alors je fais quoi, maintenant que c’est là ?!
– Dieu merci, à notre époque, on a encore le choix.
– Le choix de quoi ?! ‘
– De revenir en arrière. »
Elle sentait des milliers de larmes se bousculer à l’orée de ses paupières, mais elle ferma le passage, de toutes ses forces, verrouilla la porte.
– Je n’avorterai pas.
– Annie, je ne veux pas d’enfant, je te l’ai toujours dit… »

À propos de l’auteur
La comédienne suisse Anne-Frédérique Rochat, née en 1977 à Vevey, alterne écriture dramatique et narrative depuis quelques années, trouvant un plaisir différent, mais complémentaire, dans l’exercice de ces deux genres littéraires. En 2016, le Prix Littérature de la Fondation Vaudoise pour la Culture a couronné l’ensemble de son œuvre. La ferme (vue de nuit) est son sixième roman. (Source : Éditions Luce Wilquin)

Site Internet de l’auteur 

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Focus Littérature

  RLN2017

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L’été en poche (31)

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Montecristo

En 2 mots
La probabilité de trouver deux billets de cent francs suisses avec le même numéro est quasiment nulle. Quand Jonas Brand entre en leur possession, il ne s’imagine pas ce qui l’attend. Un thriller économique éclairant.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Delphine Peras (L’Express)
« Le romanesque n’est pas en reste dans ce scénario machiavélique: tueur à gages, confrérie secrète, chasse à l’homme, Mata Hari surdouée, des seconds rôles peaufinés. Et, surtout, un antihéros attachant, sentimental, un peu déprimé, affolé mais opiniâtre. »

Vidéo


Martin Suter présente « Montecristo», traduit de l’allemand par Olivier Mannoni. © Production librairie Mollat

L’un l’autre

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En deux mots
Une famille zurichoise rentre de vacances. Tandis que la mère vaque aux occupations ménagères, le père décide de s’en aller. Une fugue qui va se transformer en quête existentielle, en réflexion sur le couple.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

L’un l’autre
Peter Stamm
Christian Bourgois éditeur
Roman
traduit de l’allemand par Pierre Deshusses
176 p., 17 €
ISBN: 9782267029864
Paru en janvier 2017

Où?
Le récit est situé en Suisse, d’abord dans la région zurichoise puis le long d’une randonnée qui va jusqu’à la Muotathal, en passant par Winterthour, Lachen, Frauenfeld. Des vacances en Espagne et Barcelone y sont évoquées ainsi que des séjours en France, Irlandie, Italie et Allemagne.

Quand?
L’action se déroule de nos jours

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est la fin de l’été dans une petite bourgade suisse. Une famille rentre de vacances, elle s’apprête à reprendre le cours d’une existence paisible : Astrid est une mère dévouée, Thomas est un père aimant, Ella et Konrad, élèves de collège, semblent épanouis. Rien ne semble présager la situation à laquelle ils vont se trouver confrontés. Lorsque Astrid se réveille le matin suivant, Thomas est parti. Commence alors une longue errance à travers les montagnes, vers une nouvelle vie.
Le roman de Peter Stamm, qui s’ouvre sur une vie de famille et un retour au quotidien décrit à l’unisson, alterne progressivement les points de vue de Thomas et d’Astrid, comme pour trouver un sens au départ, à la disparition thème majeur de l’œuvre de l’auteur ce, jusqu’à la chute de Thomas dans une crevasse. À la vie à la maison, avec les enfants peu compatissants et un irrépressible désir de revenir en arrière, s’oppose la vie sur les routes, la nature et la volonté de se confronter à son hostilité.
Avec un style dépouillé et sobre, sans jugement de valeur ou de résolution définitive, l’écrivain suisse s’interroge encore une fois sur la notion de couple et de solitude propre à chaque être humain. Qu’est-ce qui lie deux personnes entre elles et jusqu’à quel point ? Quelles sont les limites de notre compréhension de l’autre ?
« Une lecture attentive permet de voir tout le raffinement de la langue. […] Il y a chez Stamm un véritable suspense – et quelque chose qu’il est en même temps impossible d’expliquer par le simple réalisme. » Die Welt
« La façon dont Stamm sait rendre plausible l’insaisissable et décrire les univers affectifs de ses personnages, c’est de la grande littérature. » Buchmarkt

Ce que j’en pense
Il faut se méfier des habitudes, des rituels du quotidien. Ce nouveau roman de l’un des plus brillants défricheurs de l’âme humaine, l’auteur Suisse alémanique Peter Stamm, vient en faire la brillante démonstration. Quand la vie semble aussi bien réglée qu’une montre helvète, il se peut fort bien qu’elle devienne oppressante. Au point de vouloir à tout prix changer les choses. Au retour de leurs vacances en Espagne, Thomas, Astrid et leurs enfants Ella et Konrad retrouvent leur pavillon de la banlieue zurichoise. Pendant que la nuit tombe, on prend un dernier verre autour de la table du jardin en lisant la presse dominicale. Astrid s’occupe de coucher les enfants puis de défaire les valises. Elle va lancer une première machine de linge, rejoindre quelques minutes son mari avant d’aller se coucher à son tour.
À son réveil le lendemain matin, les deux verres sont encore sur la table, l’un est encore à moitié plein. Mais Thomas n’est plus là.
En attendant son retour, on vaque au quotidien. Les enfants vont à l’école, Astrid va faire quelques longueurs à la piscine. Les heures s’écoulent jusqu’au moment où l’inquiétude commence à prendre le dessus, car Thomas ne donne plus de nouvelles.
Le chef de famille a pris la clé des champs. Au lieu de rejoindre sa femme, il a ouvert le portail et cheminé dans les rues, sans autre but que de s’éloigner. Le lecteur va le suivre dans son errance au fil des jours. Une randonnée qui va le conduire bien au-delà du pays, pour reprendre le titre original du livre Weit über das Land.
Car outre le côté introspectif pour l’un et l’autre – sans doute l’aspect essentiel du livre – la fugue de Thomas nous permet de découvrir une partie de la Suisse allant du canton de Zurich à celui du Tessin, en passant notamment par la Suisse centrale et notamment le canton de Schwytz. Outre les vaches et les croix en tout genre, le marcheur sera témoin de l’urbanisation croissante du pays. Il lui faudra aussi lutter avec une météo assez médiocre, la pluie et le froid venant le surprendre.
C’est du reste en obligeant Thomas à se concentrer sur les aspects vitaux de son parcours – où passer la nuit ? Où trouver à manger ? Comment éviter les rencontres désagréables – que Peter Stamm pousse son lecteur à chercher par lui-même quelles peuvent être ses motivations profondes.
Pour Astrid les choses sont à la fois plus simples et plus difficiles. Après quelques jours, elle est contrainte de signaler la disparation de son mari à la police, même si elle préférerait que cela ne se sache pas trop. Comme chaque personne adulte est libre de circuler dans le pays comme elle l’entend, il n’est du reste pas question de lancer une chasse à l’homme. Mais la consultation de son relevé bancaire peut livrer des indices. Du côté de Frauenfeld, il s’est équipé de tout le matériel nécessaire à la randonnée et a retiré de l’argent liquide. Astrid va en avoir confirmation en se rendant sur place, mais ne pourra cependant localiser son mari dont les traces vont se perdre. Avec ses enfants, elle va devoir apprendre à vivre avec l’absence. « Mais soudain elle sut que Thomas ne serait pas là non plus pour le dîner, et demain non plus. Cette idée lui coupa la respiration, il ne s’agissait pas d’inquiétude, elle était prise d’une peur qui la paralysait, comme si elle savait déjà ce qui allait arriver. »
La plume de Peter Stamm est d’abord descriptive, faite de choses vues, de notes prises sur le vif, elle retrace les emplois du temps mais ne porte jamais de jugement. Tout juste s’autorise-t-elle à rendre compte des interrogations, des hypothèses émises par l’un et l’autre. C’est ce style à la fois dépouillé et très précis qui donne toute sa force à cette quête. Après l’histoire de Gillian et Matthias dans Tous les jours sont des nuits, voici une nouvelle version du thème de prédilection de l’auteur, cette relation particulière que forme les couples. Et contrairement à ce que l’on peut imaginer, l’amour y tient aussi cette fois, un rôle majeur.

Autres critiques
Babelio 
Télérama (Marine Landrot)
BibliObs (Didier Jacob)
Libération (Frédérique Fanchette)
Philomag (Philippe Garnier)
Le Temps (Julien Burri)
En attendant Nadeau (Norbert Czarny)
Les Échos (Ph. C.)
La Croix (Patrick Kéchichian)
Blog Le Nez dans les livres

Extrait
« Thomas se leva et s’engagea sur le petit chemin de gravier qui longeait la maison. Arrivé à l’angle du mur, il hésita un instant avant de se diriger vers le portail du jardin avec un sourire étonné qu’il percevait plus qu’il ne le ressentait. Il souleva le portail en l’ouvrant pour qu’il ne grince pas, comme il le faisait adolescent, quand il rentrait tard d’une fête et ne voulait pas réveiller ses parents. Il avait beau être parfaitement sobre, il avait l’impression d’avancer comme un homme ivre, lentement, vérifiant bien à chaque fois où il posait le pied. Il descendit la rue, passa devant les maisons des voisins qui lui paraissaient de moins en moins familières à mesure qu’il s’éloignait. » (p. 14)

Les premières lignes du livre


Présentation du livre par l’auteur © Production Libraire Mollat

À propos de l’auteur
Peter Stamm est né en 1963 en Suisse. Après des études de commerce, il a étudié l’anglais, la psychologie, la psychopathologie et l’informatique comptable. Il a longuement séjourné à Paris, New York et en Scandinavie. Depuis 1990 il est écrivain, après avoir aussi été journaliste. Il a rédigé une pièce pour la radio, plusieurs pièces pour le théâtre et a collaboré à de nombreux ouvrages. Il a été rédacteur en chef du magazine Entwürfe für Literatur. Il a obtenu en 1998 le Rauriser Literaturpreis pour son premier roman, Agnès. Originaire de Thurgovie, il vit actuellement à Winterthur. (Source : Editions Christian Bourgois / Peter Stamm)

Page Wikipédia de l’auteur 
Site internet de l’auteur (en allemand)

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Prince Sadruddin Aga Khan

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En deux mots
Cette biographie très détaillée vous fera découvrir l’engagement du Prince Sadruddin Aga Khan pour un monde meilleur au sein des Nations Unies pour les réfugiés et les droits de l’homme et au sein de sa Fondation pour la culture et aussi l’environnement. Le portrait d’un homme attachant par l’une de ses plus proches collaboratrices.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Prince Sadruddin Aga Khan
Diane Miserez
Éditions Cabédita
Biographie
408 p., 24 €
EAN : 9782882957788
Paru en mars 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Homme parmi les plus remarquables de notre époque, Aga Khan, né à Paris, a longuement servi les Nations Unies aux plus hauts niveaux. Sa famille fuit la France en mai 1940 et Sadruddin est scolarisé en Suisse. Plus tard, il accomplit des missions pour le HCR et l’UNESCO. Devenu haut- commissaire pour les réfugiés, au moment d’exodes importants en Afrique, Amérique latine et Asie qui nécessitaient de nouvelles approches, il se distingua particulièrement dans sa fonction. Ses dons diplomatiques s’avérèrent indispensables dans les situations critiques. Visionnaire sur l’état du monde et la situation des réfugiés, Sadruddin décrit et prévoit quarante ans plus tôt les exodes de masse actuels. Passionné par la nature, tout comme fortement engagé sur la question de la menace nucléaire, il organisa des colloques internationaux d’importance sur ces sujets. Il mit également sur pied de nombreux projets en faveur des Alpes dans les sept pays de l’Arc alpin. Jusqu’à sa mort, sa préoccupation demeura le sort des populations dans les pays pauvres.
Reconnu comme un grand homme déjà de son vivant, le prince Sadruddin méritait que sa vie consacrée à la protection des hommes, des arts et de la nature soit connue, en anglais et en français. À une époque où les modèles de valeur font défaut, cette personnalité internationale et hors du commun s’offre comme une source d’inspiration pour les jeunes de tous pays et de toutes origines.

Ce que j’en pense
« J’espère que ceux qui n’auront jamais eu la chance de rencontrer cet être humain d’exception apprendront à le découvrir à travers ces pages, et à réaliser à quel point Sadruddin vécut pour améliorer le sort de l’humanité et le monde vivant pour lesquels il fut une bénédiction. » Le souhait de Diana Miserez, qui a fait la connaissance du prince Sadruddin Aga Khan dans les années soixante aux Nations Unies à Genève et l’a côtoyé durant près d’un demi-siècle trouve est réalisé dans ce livre qui fourmille de détails, qui compile une impressionnante somme de documents et qui, au-delà d’un homme, retrace aussi l’évolution des instances internationales durant cette même période. Riche, dense et éclairant, ce livre rend hommage à un homme vraiment hors du commun.
Si j’ai choisi de vous en parler, moi qui ne fait guère d’incursions hors de la fiction sur mon blog, c’est d’une part parce que j’ai également eu la chance de côtoyer le Prince à plusieurs reprises, mais surtout parce que je partage avec l’auteur cette fascination pour « un homme altruiste, d’un fort charisme, brillant, modeste et attachant, doté d’une grande magnanimité, de dignité et de perspicacité, d’un humour contagieux et empreint d’une profonde préoccupation pour l’humanité et notre environnement. »
Un caractère d’autant plus remarquable que cet homme n’a eu dès sa naissance aucun souci à se faire quand à son avenir, puisque né en 1933 à Neuilly-sur-Seine de S. A. Aga Khan III et de la Bégum (la Savoyarde de la famille, née Andrée Joséphine Carron) et descendant d’une lignée de princes perses. Mais l’Histoire autant que ses racines plus que son éducation vont marquer le jeune homme. Après une jeunesse passée en Suisse puis des années d’études à Harvard, il parcourt le monde – notamment en Inde – et s’engage dès les années cinquante auprès des instances internationales. Un engagement qui va le conduire dès 1965 au poste de Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), poste qu’il occupera jusqu’en 1977, avant de rejoindre la Commission des droits de l’homme. Envoyé sur le terrain des conflits en Afghanistan et en Irak, il sera l’un des fervents défenseurs du droit d’ingérence humanitaire.
En relisant quelques-uns de ses discours et ses prises de position de l’époque, on se rend compte a quel point il était visionnaire, combien il anticipait les événements que nous vivons aujourd’hui, mais aussi combien il aura réussi par son entregent à éteindre bien des incendies.
J’en arrive à ma première rencontre avec cet homme passionnant et passionné, notamment d’art et de musique. C’était en 1991, alors que Sadruddin Aga Khan figurait sur la short-list des prétendants à la succession de Javier Pérez de Cuéllar. Il m’avait accordé un long entretien dont je conserve un aujourd’hui encore un vif souvenir… et le regret qu’il n’ait pas été élu.

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Entretien avec le Prince Sadruddin Aga Khan paru dans l’hebdomadaire Coopération en octobre 1991.

Même si cela m’a alors permis de partager un autre engagement avec le Prince, celui pour la nature et la défense de l’environnement à travers sa Fondation de Bellerive et plus précisément «Alp Action». Grand randonneur, il a alors entraîné dans ses pas une poignée de journalistes à la découverte de la flore et de la faune alpine. Outre la conversation a bâtons rompus, nous avons eu la chance d’approcher un gypaète barbu, espèce menacée de disparition et pour laquelle il a défendu la préservation d’un environnement protégé.
Diana Miserez revient également en détail sur cette seconde vie et sur toutes les autres, car il brillait de mille facettes, comme vous le découvrirez dans cet ouvrage.


Un court résumé (en anglais) de l’action du Prince Sadruddin Aga Khan durant ses douze années à la tête du Haut Comité pour les Réfugiés (1966-1977)

Autres informations et vidéos réalisées à l’0ccasion du lancement du livre aux Nations Unies à Genève

Page Wikipédia consacrée au Prince Sadruddin Aga Khan 

A propos de l’auteur
Diana Miserez, née à Londres, après avoir côtoyé à l’Université des réfugiés de pays de l’Est, fut nommé au HCR (Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés). À Genève comme sur le terrain, elle connut Sadruddin Aga Khan, adjoint puis haut-commissaire. (Source : Éditions Cabédita)

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Hiver à Sokcho

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Hiver à Sokcho
Elisa Shua Dusapin
Éditions Zoé
Roman
144 p., 15,50 €
EAN : 9782889273416
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en Corée du Sud, à Sokcho.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
À Sokcho, petite ville portuaire proche de la Corée du Nord, une jeune Franco-coréenne qui n’est jamais allée en Europe rencontre un auteur de bande dessinée venu chercher l’inspiration depuis sa Normandie natale. C’est l’hiver, le froid ralentit tout, les poissons peuvent être venimeux, les corps douloureux, les malentendus suspendus, et l’encre coule sur le papier, implacable : un lien fragile se noue entre ces deux êtres aux cultures si différentes. Ce roman délicat comme la neige sur l’écume transporte le lecteur dans un univers d’une richesse et d’une originalité rares, à l’atmosphère puissante.

Ce que j’en pense
« Suintant l’hiver et le poisson, Sokcho attendait. Sokcho ne faisait qu’attendre. Les touristes, les bateaux, les hommes, le retour du printemps. » Amis lecteurs, vous voilà prévenus. Si vous ne voulez pas mourir d’ennui, évitez cette station balnéaire de Corée du Sud, surtout en hiver. Et comme il ne s’y passe rien, ce n’est que par la brillante plume d’Elisa Shua Dusapin que ce roman fascine.
Il met en scène la fille d’une coréenne et d’un Français qui a disparu aussi vite qu’il était venu et qui nous raconte sa rencontre avec Yan Kerrand, un auteur de bandes dessinées venu là pour «être au calme» et chercher l’inspiration pour sa prochaine histoire. En phrases courtes, elle dépeint une atmosphère, nous fait humer les odeurs de la cuisine qu’elle prépare pour les rares clients de la pension où elle travaille et celles du port où travaille sa mère, dépeint les paysages pris par la neige et le froid. Et comme son ami s’intéresse plus à sa carrière de mannequin à Séoul qu’à entretenir sa relation, elle va trouver dans l’observation de ce touriste solitaire une occupation qui va, au fur et à mesure, l’intéresser de plus en plus. Si elle trouve l’humour de l’artiste assez inaccessible, il sent bon. Ce «mélange de gingembre et d’encens» l’attire, tout comme son travail. Du reste son petit jeu va vite trouver sa réciproque. Yan l’invite à le guider à la découverte de ce petit très dépaysant. Elle va accepter de l’aider. Ils vont s’observer mutuellement, s’épier tout au long des journées, se chercher et ne jamais vraiment se trouver.
Les dialogues sont à l’aune de leur méfiance réciproque, très succints. Du coup, c’est entre les lignes que se construit le roman, sans pouvoir autant manquer d’intensité. À l’image de cette zone démilitarisée qui coupe la Corée coupée en deux, ils vont se rapprocher sans jamais vraiment pouvoir franchir leurs réserves. On imagine que Kerrand à une vie en Normandie ou qu’il ne veut pas s’encombrer d’une histoire impossible, ayant déjà de la peine à créer son album: « Kerrand a fait couler toute l’encre du pot, la femme a titubé, cherché à crier encore, mais le noir s’est glissé entre ses lèvres jusqu’à ce qu’elle disparaisse. »
On imagine aussi que la jeune fille rêve de quitter Sokcho, mais qu’il est hors de question pour elle de quitter sa mère, sa seule famille. Alors, elle rêve par la littérature, elle rêve à travers les œuvres de Kerrand qu’elle découvre sur internet, elle s’imagine héroïne de bande dessinée…
Ce court roman est une fois de plus une belle découverte, sélectionnée par les fées qui président aux «68 premières fois» et dont on ne dira jamais assez les mérites. Bravo et merci !

68 premières fois
L’insatiable, le blog de Charlotte Milandri
Le blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Blog Les livres de Joëlle 

Autres critiques
Babelio
Tribune de Genève (Marianne Grosjean)
Le Huffington Post (Éric Essono Tsimi)
Cécile’s blog 
Le blog de Francis Richard 
Blog La Rousse Bouquine 
Blog Clara et les mots 
Blog Cannibales lecteurs 

Extrait
« Il est arrivé perdu dans un manteau de laine.
Sa valise à mes pieds, il a retiré son bonnet. Visage occidental. Yeux sombres. Cheveux peignés sur le côté. Son regard m’a traversée sans me voir. L’air ennuyé, il a demandé en anglais s’il pouvait rester quelques jours, le temps de trouver autre chose. Je lui ai donné un formulaire. Il m’a tendu son passeport pour que je le remplisse moi-même. Yan Kerrand, 1968, de Granville. Un Français. Il avait l’air plus jeune sur la photo, le visage moins creux. Je lui ai désigné mon crayon pour qu’il signe, il a sorti une plume de son manteau. Pendant que je l’enregistrais, il a retiré ses gants, les a posés sur le comptoir, a détaillé la poussière, la statuette de chat fixée au-dessus de l’ordinateur. Pour la première fois je ressentais le besoin de me justifier. Je n’étais pas responsable de la décrépitude de cet endroit. J’y travaillais depuis un mois seulement.
Il y avait deux bâtiments. Dans le premier, réception, cuisine, salle commune, deux étages de chambres en enfilade. Couloirs orange et verts, ampoules bleuâtres. Le vieux Park appartenait à cette époque d’après-guerre où les clients s’appâtaient comme les calamars : à coup de guirlandes clignotantes. Quand j’étais aux fourneaux les jours clairs, j’apercevais la plage se dérouler jusqu’aux monts Ulsan gonflés vers le ciel comme des seins de matrone. Le second bâtiment, à quelques ruelles du premier, avait été rénové de façon traditionnelle, sur pilotis, pour faciliter le chauffage au sol et rendre habitables les deux chambres aux parois de papier. Dans la cour intérieure, une fontaine gelée, un châtaigner nu. Aucun guide touristique ne mentionnait l’établissement du vieux Park. On y échouait par hasard après avoir trop bu, ou manqué le dernier bus.
L’ordinateur a planté. Pendant qu’il haletait, j’ai donné au Français les renseignements sur le quotidien de la pension. D’habitude le vieux Park s’en chargeait. Ce jour-là, il était absent. Petit-déjeuner de cinq à dix heures dans la cuisine attenante à la réception, derrière la baie vitrée. Toasts, beurre, confiture, café, thé, jus d’orange et lait offerts. Fruits et yaourts, mille wons à déposer dans le panier sur le grille-pain. Mettre le linge dans la machine au fond du couloir au rez-de-chaussée, je me chargeais de la lessive. Code du wifi : ilovesokcho, tout lié sans majuscules. La supérette ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre, cinquante mètres en bas de la rue. Bus à gauche après la supérette. Réserve naturelle de Seoraksan, à une heure de là, ouverte jusqu’au coucher du soleil. Prévoir de bonnes chaussures à cause de la neige. Sokcho, une destination balnéaire. Qu’il soit prévenu, il n’y avait pas grand-chose à faire en hiver.
Les clients étaient rares à cette période. Un alpiniste japonais et une fille d’à peu près mon âge, échappée de la capitale pour se remettre d’une opération esthétique du visage. Elle était là depuis deux semaines, son petit ami venait de la rejoindre pour dix jours. Je les avais tous logés dans la maison principale. Depuis le décès de la femme de Park l’an passé, la pension fonctionnait au ralenti. Park avait vidé les chambres du premier étage. En comptant la mienne et celle de Park, toutes étaient prises. Le Français dormirait dans l’annexe.
Il faisait nuit. Nous nous sommes engagés dans une ruelle jusqu’à l’échoppe de la mère Kim. Ses boulettes au porc exhalaient un mélange d’ail et d’égouts, dont la bouche régurgitait les effluves trois mètres plus loin. Les plaques de glace craquaient sous notre poids. Néons blafards. Après avoir traversé une deuxième ruelle, nous sommes arrivés au portique.
Kerrand a fait coulisser la porte. Peinture rose, miroir en plastique imitation baroque, bureau, couverture violette. Ses cheveux frôlaient le plafond, il ne pouvait pas faire plus de deux pas du mur au lit. Je lui avais attribué la plus petite chambre pour m’épargner du ménage. La salle de bain commune se trouvait de l’autre côté de la cour mais un auvent parcourait la maison, il pourrait rester au sec. De toute façon, cela ne le dérangeait pas. Il a scruté les imperfections du papier peint, posé sa valise, m’a donné cinq mille wons que j’ai voulus lui rendre. Il a insisté d’un ton las.

En retournant à la réception, j’ai fait un détour par le marché de poissons pour chercher les restes que ma mère me mettait de côté. J’ai traversé les allées jusqu’à l’étal quarante-deux sans prêter attention aux regards levés sur mon passage. Vingt-trois ans après que mon père avait séduit ma mère puis était reparti sans laisser de traces, mon métissage français restait source de commérages.
Ma mère, trop fardée comme toujours, m’a tendu un sac de bébés poulpes :
– On n’a que ça en ce moment. Il te reste de la pâte de piment ?
– Oui.
– Je vais t’en donner.
– Pas la peine, j’en ai encore.
– Pourquoi tu ne l’utilises pas ?
– Je l’utilise !
Dans un bruit de succion, elle a enfilé ses gants de caoutchouc jaune et m’a dévisagée, suspicieuse. J’avais maigri. Le vieux Park ne me laissait pas le temps de manger, elle allait lui parler. J’ai protesté. Depuis que je travaillais j’engloutissais des toasts chaque matin et des litres de café au lait, je n’avais sûrement pas maigri. Le vieux Park avait mis du temps à s’habituer à ma cuisine mais il me laissait maîtresse des repas de la pension.
Les poulpes étaient minuscules. Je pouvais en prendre une dizaine par poignée. Je les ai triés, puis caramélisés avec des échalotes, de la sauce soja, du sucre et de la pâte de piment diluée dans de l’eau. J’ai réduit le gaz pour qu’ils ne s’assèchent pas. Une fois la sauce suffisamment condensée, j’ai ajouté du sésame et la pâte de riz gluant, le tteok, en rondelles de la taille d’un pouce. Je me suis mise à couper des carottes. Dans leur reflet sur la lame, les rainures végétales se confondaient curieusement avec la chair de mes doigts.
Un courant d’air a refroidi la pièce. En me retournant, j’ai vu Kerrand entrer. Il voulait un verre d’eau. Il a bu en observant mon plan de travail comme un tableau qu’on ne comprend pas. Déconcentrée, je me suis entaillé la paume. Le sang a moussé sur les carottes, durci en croûte brunâtre. Kerrand a sorti un mouchoir de sa poche. Il s’est approché pour l’appliquer sur ma plaie.
– Il faut faire attention.
– Je n’ai pas fait exprès.
– Heureusement.
Il a souri, sa main pressée contre la mienne. Je me suis dégagée, mal à l’aise. Il a désigné la poêle.
– C’est pour ce soir ?
– Oui, à dix-neuf heures, dans la salle à côté.
– Il y a du sang.
Constat, dégoût, ironie. Je n’ai pas compris la nature de son ton. Entre-temps, il était ressorti.
Il n’est pas venu manger. »

A propos de l’auteur
Née en 1992 d’un père français et d’une mère sud-coréenne, Elisa Dusapin grandit entre Paris, Séoul et Porrentruy, où elle obtient son baccalauréat en 2011. Diplômée en 2014 de l’Institut littéraire suisse de Bienne (Haute Ecole des Arts de Berne), elle est l’auteur de M’sieur Boniface, un spectacle musical avec Thierry Romanens et le chœur d’enfants Sakaziq’. Elle est mandatée par la Commission Intercantonale des Arts de la Scène pour l’écriture du « Prologue » théâtral, et collabore régulièrement avec le réalisateur Romain Guélat. Dès 2014, elle se produit en tant que comédienne dans la compagnie Sturmfrei dirigée par Maya Bösch. Entre deux voyages en Asie de l’Est, elle poursuit actuellement sa formation avec un Master en Lettres à l’université de Lausanne. Hiver à Sokcho est son premier roman. Il a remporté le Prix Robert Walser 2016. (Source : Éditions Zoé)

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Focus Littérature

Quarante roses

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Quarante roses
Thomas Hürlimann
Verdier
Roman
traduit de l’allemand (Suisse) par Fedora Wesseler
320 p., 18 €
ISBN: 9782864328513
Paru en janvier 2016

Où?
L’action se déroule principalement en Suisse, entre Zoug qui n’est pas nommée, mais dont la topographie, la bord du lac et l’église Saint-Oswald donnent des indices éclairants, ainsi qu’à Berne, nommée la capitale dans le récit.
Gènes, Marseille et l’Afrique sont également des destinations évoquées, tout comme l’isthme de Courlande, Ostende, Biarritz ou encore Bornéo. Durant la Grande Guerre, l’auteur relate des événements survenus à Odessa et en Galicie, «sur la voie entre Przemysl et Tarnow».

Quand?
Le roman traverse le XXe siècle jusqu’à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Nous avons commis une faute, une faute grave, la plus grave : nous avons défié le Temps. Nous avons essayé de retenir son cours. Et à présent, Max, à présent, il nous montre son pouvoir ! »
Ainsi s’adresse, en son for intérieur, Marie Minet à son mari, Max Meier, un politicien suisse en vue dont la carrière a absorbé toute son énergie, la conduisant à renoncer à sa vocation de pianiste pour jouer le rôle de first lady idéale. Chaque année, au cours d’une fête dans un grand hôtel, Max contraint Marie à accepter pour son anniversaire un bouquet de quarante roses, comme si elle avait toujours quarante ans : aussi la comédie devient-elle chaque année un peu plus dérisoire et un peu plus cruelle. À la fin de ce roman, elle atteindra à l’intolérable.
Au cours de cette soirée, c’est toute la vie de Marie qui défile dans sa mémoire, mêlée à la légende de sa famille, une dynastie de grands couturiers juifs originaires d’Europe centrale. Mais laquelle des deux Marie est la vraie ? Celle du miroir, Marie Meier, toujours en représentation, ou la « Marie-Étoile », Marie Minet, qui conserve comme un trésor le souvenir des histoires du passé ?
L’auteur, en grand romancier, laisse chaque lecteur libre de juger.

Ce que j’en pense
****
Quand Marie se réveille, le 29 août, elle peut admirer le paysage qui s’offre sous ses yeux, le lac et les montagnes que la brume estompe encore. Elle peut se réjouir par anticipation, car elle sait qu’en ce jour son mari lui fera livrer quarante roses pour son anniversaire. Un rituel qui s’est installé entre les époux, à la fois pour sceller leur amour et pour flatter Marie, qui aura toujours quarante ans.
Cependant, ces quarante roses sont aussi le symbole du mensonge, de ce besoin de travestir la réalité pour l’adapter à son désir, à son dessein. C’est même devenu une seconde nature pour Max Meier. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, que la neutralité suisse lui aura permis de passer sans encombres, il rêve de mener sa carrière politique jusqu’aux plus hautes fonctions.
Quitte à oublier en route quelques éléments de sa biographie, quitte à construire de toutes pièces une famille modèle.
Thomas Hürlimann aime utiliser des éléments de la biographie familiale dans ses romans. Il n’en va pas autrement ici, où il convoque quelques uns de ses ancêtres. Ce qui lui permet de gratter le vernis tout juste sec d’un tableau par trop idyllique. Pour ce faire, il va se servir de Marie, de sa lassitude à passer ses journées dans un double mensonge de plus en plus pesant.
Elle est l’arrière petite-fille d’un tailleur juif venu de Galicie, région aujourd’hui coincée entre la Pologne et l’Ukraine et qui a longtemps un carrefour de cultures et de religions. Une dynastie familiale qu’elle a gommé d’un coup d’eau bénite, en étant baptisée afin de s’intégrer dans la province catholique. Dans le monde des affaires et de la politique se joue le même petit jeu. L’esprit d’entreprise se doit, surtout dans un microcosme comme celui de la province suisse allemande, de faire des compromis, voire des compromissions pour pouvoir s’épanouir. Quand une carrière politique ne peut se construire sans souci du paraître, de la respectabilité bourgeoise, du souci des alliances et de la bienséance. Quitte à flirter quelquefois avec des idées nauséabondes, telles le fascisme italien dont les échos parviennent jusqu’en Suisse.
Si l’anniversaire de Marie est l’une des scènes marquantes de ce livre, la veillée de Noël est sans aucun doute l’autre grand moment, quand Marie affirme qu’elle croit en Dieu et affiche aux yeux de son frère, prêtre et de son mari député du parti chrétien conservateur et fait de ce moment de paix un moment de guerre ouverte : «Je crois en Dieu. Il me fait même un peu pitié. Aux enfants innocents, il refuse la résurrection [son frère lui a affirmé que les jumeaux qu’elle a perdu à la naissance n’iraient pas au paradis, car non baptisés ], et qu’est ce qu’il en retirera ? Au jugement dernier, les lampes en peau humaine retrouvées à Auschwitz siffleront autour de sa tête.»
Avec autant de poésie que d’ironie, avec autant de belle écriture classique que de mordant, Thomas Hürlimann prouve ici qu’il est l’un des prosateurs de langue allemande les plus doués de sa génération.

Autres critiques
Babelio

Extrait
« Marie était une dame qui avait du style. Jamais elle ne quittait l’étage supérieur sans être légèrement maquillée : elle courut à la salle de bains, tamponna ses joues de rouge, mit un peu de salive dans le mascara et se peignit soigneusement les cils. Dans le miroir, elle aperçut son regard panoramique qui, sortant de son for intérieur, lui donnait une aura mystérieuse. C’était le 29 août, son anniversaire. Marie savait ce qui l’attendait. Quand on sonnerait, elle courrait à la porte, accueillerait le coursier qui apporterait les fleurs et battrait des mains de joie.
À chaque anniversaire, Max lui faisait envoyer quarante roses. » (p. 9)

A propos de l’auteur
Thomas Hürlimann, né en 1950 à Zoug, est l’un des principaux écrivains suisses contemporains. Son œuvre est traduite en vingt et une langues. Quarante roses, paru en 2006, s’inspire de sa propre histoire familiale. (Source : Editions Verdier)

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Focus Littérature

Le printemps des barbares

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Le printemps des barbares
Jonas Lüscher
Autrement
Roman
traduit de l’allemand (Suisse) par Tatjana Marwinski
193 p., 17,50 €
ISBN: 9782746742499
Paru en septembre 2015

Où?
Le roman se déroule principalement en Tunisie, à Sfax, Tunis puis dans un hôtel de luxe situé dans l’oasis de Tchoub. On y évoque aussi Londres, Liverpool et Guernesey, le Cap Nord, Zuffenhausen dans le sud de l’Allemagne et encore Schwäbisch-Hall, Fukuoka, Rome, Santa Fe, Helsinki, Bayreuth et Lucerne.

Quand?
L’action se situe dans un futur plus ou moins proche, selon que l’on accepte l’idée d’une faillite prochaine du système financier.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Il y avait eu des signes avant-coureurs la veille au soir, des barbares mais durant la nuit la situation s’était encore aggravée. Pendant que Preising dormait, l’Angleterre sombrait. »
Amateur de pantalons en velours et de mocassins rutilants, Preising n’a guère l’âme d’un aventurier. Dans un luxueux club au cœur du désert tunisien, le voici contraint de côtoyer une horde de traders londoniens venus célébrer un mariage dans une débauche d’alcool et d’argent. Au lendemain d’une nuit de fête, la panique se propage à la vitesse de l’éclair : la Grande-Bretagne aurait fait faillite. Soudain ruinés, les golden boys perdent toute retenue. Du maître-nageur aux dromadaires, nul n’échappe à leur folie destructrice.
Conte philosophique, roman de la crise économique, comédie de mœurs, Le Printemps des barbares est avant tout une formidable satire de notre époque.

Ce que j’en pense
***
Cette nouvelle voix de la littérature suisse alémanique est incontestablement à suivre. D’abord parce qu’elle aborde un thème qui n’est guère traité par les romanciers, celui que Viviane Forrester appelait il y a une dizaine d’années L’horreur économique et qui n’a sans doute pas cessé depuis de poursuivre sa course folle, ensuite parce qu’il situe son récit en Tunisie, ce qui lui permet de confronter deux univers, deux façons d’appréhender le monde et enfin parce qu’il nous donne l’occasion de constater que depuis les belles paroles des politiques quasiment rien n’a été fait pour éviter l’explosion d’une nouvelle bulle spéculative.
Nous voilà donc conviés à suivre cette explosion sur les pas d’un industriel suisse fortuné venu à la fois superviser ses investissements et profiter du confort d’un luxueux hôtel.
Quand il arrive sur place, il est quasiment contraint de participer à la grande fête qui se prépare, celle qui scellera l’union de Kelly Ibbotson et Marc Rajani Greyling. Le couple séjourne avec famille et amis et collègues, des Cityboys qui entendent profiter pleinement de l’occasion. Ils ne se doutent pas que pendant leurs excès d’alcool, de bonne chère et de sexe, la Grande-Bretagne se retrouve au bord du gouffre. Suite à la chute de la livre sterling et au défaut de paiement en cascade des banques, le Premier ministre britannique est contraint à annoncer la faillite de l’Etat.
Le télescopage de cette nouvelle avec les lendemains de fête à l’hôtel marque incontestablement le point d’orgue du roman. D’un côté on ramasse les bouteilles et les verres cassés dans les massifs de fleurs, on charge le vomi dans une brouette, on repêche un transat dans la piscine et de l’autre on assiste à des scènes de panique et de chaos. Quand, de part et d’autre on se rend compte qu’on est allé trop loin, on sent aussi qu’il sera impossible de revenir en arrière.
Jonas Lüscher sera pour les uns un oiseau de mauvais augure et pour les autres un Cassandre qui, comme le veut la légende, prédit bien l’avenir mais ne sera pas entendu. A tort ? Il ne faut peut-être pas prendre cette histoire trop à la légère.

Autres critiques
Babelio
Le Temps (Suisse)
Libération
Blog Des livres et de l’art

Extrait
« Prodanovic, bien que responsable de l’internement de Preising, n’était nullement son médecin de famille. Prodanovic était cet employé de Preising, jeune autrefois, toujours aussi brillant aujourd’hui, qui avait inventé le circuit CBC Wolfram, une pièce électronique sans laquelle aucune antenne-relais dans le monde ne pouvait remplir ses fonctions, sauvant ainsi de la faillite imminente la société en commandite, spécialisée dans la réception télévisuelle et les antennes terrestres, dont avait hérité Preising, et la catapultant à la pointe du marché pour circuits CBC.
Le père de Preising, qui avait eu le tact de retarder son décès juste assez pour laisser à son fils le temps de terminer des études de gestion – interrompues parce que Preising leur avait préféré une formation de chant d’un an et demi dans une école privée parisienne –, lui légua une usine d’antennes de télévision, avec trente-cinq employés à une époque où le câble avait déjà fait depuis longtemps son entrée dans les foyers. […] Grâce à Prodanovic, Preising était non seulement devenu un industriel fortuné, mais aussi le PDG d’une société forte de mille cinq cents employés avec des succursales sur cinq continents. » (p. 9-10)

A propos de l’auteur
Jonas Lüscher est né en Suisse en 1976. Diplômé de l’Ecole Supérieure de philosophie de Munich, il se consacre aujourd’hui à l’écriture. Le Printemps des barbares, son premier roman, a reçu le prix Franz-Hessel en 2014. (Source : Editions Autrement)

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Montecristo

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Montecristo
Martin Suter
Christian Bourgois
Roman / Thriller économique
traduit de l’allemand par Olivier Mannoni
340 p., 18 €
ISBN: 9782267027679
Paru en août 2015

Où?
L’action est principalement située en Suisse, à Zurich, Bâle, Genève, Berne et dans de plus petites localités telles que Gstaad, Sargans, Serneus, Klosters, Schlieren, Oberfrick et Feldwil dans l’Oberland zurichois avec un épisode en Asie passant par Bangkok, Chiang Mai, Phuket, Kualu Lumpur.

Quand?
Le roman se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Jonas Brand, 38 ans, est un vidéo-reporter zurichois spécialisé dans les émissions télé people. Un jour, il réalise qu’il est en possession de deux coupures de cent francs suisses dotées du même numéro de série – ce qui est théoriquement impossible. Quelque temps après, alors qu’il a pris un train pour rejoindre un événement mondain, L’enquête sur les billets et celle sur le suicide ne vont pas tarder à se croiser. Jonas Brand remonte la piste, rencontre Adam Dillier, responsable de la sécurité de la Coromag, la société chargée d’imprimer les billets de banque suisses. Mais il ignore que celui-ci en réfère aussitôt à William Just, PDG de la plus grande banque du pays : Brand a soulevé une affaire bien plus grosse qu’il ne l’imaginait. Soudain, on vient lui reparler d’un vieux projet de film, un scénario intitulé Montecristo que personne n’a jamais voulu tourner par manque de budget. Un producteur lui annonce qu’il a finalement trouvé le financement pour tourner. Malgré les mises en garde de son ami Max Gantmann, journaliste spécialisé en économie, Jonas part effectuer des repérages en Thaïlande. Sur place, il échappe de peu à un coup monté pour le faire emprisonner à vie.Il parvient néanmoins à rentrer en Suisse et se plonge dans la préparation du film, délaissant un peu son enquête. Mais il est vite rattrapé par la réalité : il apprend que les billets qu’il croyait faux sont bel et bien authentiques. Ce qu’il avait appréhendé était une manipulation de grande ampleur, qui menace de faire péricliter l’ensemble du système bancaire suisse. Que dissimulent ces deux coupures de cent francs à numérotation identique ? Quelles pertes gigantesques la banque qui a émis les billets cherche-t-elle à cacher ? Est-ce elle qui a envoyé Jonas à Bangkok et fait cacher une livre de cocaïne dans sa sacoche ? Qui est ce mystérieux rouquin que Jonas croise de plus en plus souvent au fil des pages ? Quel rôle exact joue Marina, la jeune femme qui le soutient dans ses recherches et semble pourtant avoir d’étranges relations dans ce milieu ? Autant de questions qui forment la trame de Montecristo. Mais, comme à son habitude, Martin Suter nous entraîne bien plus loin. En l’occurrence dans le gouffre du système bancaire suisse et de ses ramifications mondiales, un monde noir, cynique, violent et machiavélique. Le monde zurichois qu’il nous décrit sur le mode du cauchemar, c’est notre univers mental à tous, qui se délite peu à peu. Celui dont un monde nouveau semble, comme dans son roman, s’accommoder peu à peu. Martin Suter a conçu un roman hitchcockien et vertigineux sur le faux semblant, le doute, l’illusion et la manipulation. Ce que nous décrit Suter dans Montecristo, c’est l’univers orwellien des temps modernes : une bulle de savon prête à éclater d’un instant à l’autre, dans laquelle de braves gens font tout pour éviter l’explosion finale aussi longtemps que possible. Jamais Martin Suter n’était allé aussi loin dans l’exploration du cauchemar où nous plonge l’incertitude sur le monde qui nous entoure, mais aussi d’un monde où la fin justifie toutes les morales.

Ce que j’en pense
***

Les écrivains français, contrairement aux anglo-saxons, insèrent rarement en fin d’ouvrage la liste des personnes qu’ils souhaitent remercier. C’est bien dommage, car quelquefois, elle permet de donner un relief tout particulier au roman que l’on vient de lire. C’est le cas de ce nouvel opus du Suisse Martin Suter. Le Directeur de l’Administration des finances de la Confédération, un ancien Conseiller fédéral (qui a rang de ministre en France) ainsi qu’un producteur de cinéma viennent, entre autres, apporter leur crédit à ce thriller économique palpitant.
L’histoire débute alors que le train intercité entre Zurich et Bâle, dans lequel a pris place Jonas Brand, freine brusquement. Le video-reporter free-lance se rendait dans la grande ville rhénane pour un reportage sur une manifestation de bienfaisance. Quand il apprend qu’un passager a tiré le signal d’alarme, après avoir vu un homme se jeter sous les voies, il prend sa caméra à l’épaule et décide de filmer ce qu’il peut, ä vrai dire pas grand-chose.
Quelques jours plus tard, il apprendra qu’un trader, employé dans une grande banque suisse, s’est suicidé. Du coup, il arrivera en retard à la manifestation qu’il était censé couvrir, mais y fera la rencontre de la belle Marina Ruiz, chargée des relations publiques. Comme il est divorcé depuis de longues années et que la demoiselle est également libre, ils ne vont pas tarder à se retrouver dans un même lit.
Quelques jours plus tard le récit prend une toute autre direction. Par hasard, il se rend compte qu’il détient deux billets de cent francs suisses possédant le même numéro de série. Une rapide enquête lui apprend que cela est tout simplement impossible dans un pays qui place la sécurité en matière financière au plus degré et qui, pour la réputation de la place bancaire helvétique, ne peut se permettre le moindre faux pas.
Seulement voilà, à la GCBS, une grande banque de la place, son conseiller lui confirme la véracité des deux coupures. Quand Jonas découvre qu’il a été cambriolé, il n’a plus guère de doutes sur le caractère explosif de sa découverte.
Quand, quelques jours plus tard, il est victime d’une agression il se dit qu’il détient vraiment ce qu’un ami, ex journaliste d’investigation, ne tarde pas ä appeler de la dynamite.
Et qui risque de lui exploser en pleine figure.
La décision la plus sage ne consisterait-elle pas à tout abandonner? D’autant qu’on vient de lui attribuer une somme importante pour financer le film qu’il rêvait depuis de longs mois de monter, une adaptation moderne du Comte de Monte Cristo. Sauf que là encore, il ne tarde pas à se rendre compte que cette manne n’est pas tombée du ciel par hasard.
En nous plongeant dans les arcanes de la haute finance, Martin Sutter nous permet notamment de réfléchir à cette analyse faite par la quasi-totalité des médias en Suisse au moment de la crise de Lehmann Brothers et que l’on résumé par « too big to fail » (trop important pour sombrer). La grande banque dispose-t-elle vraiment d’un pouvoir supérieur au pouvoir politique, peut-elle faire fi des lois? Peut-elle agir au nom d’une sorte d’intérêt supérieur? Et quels rôles exacts jouent les réseaux d’influence dans un pays où quasiment tout le monde se connaît?
Les réponses à ces questions sont assez vertigineuses. Mais je vous laisse vous délecter de l’épilogue de ce roman qui ne réjouira pas uniquement les adeptes de la théorie du complot.

Autres critiques
Babelio
L’Express
Culturebox (Laurence Houot)
Le Temps (Suisse)

Extrait
« — Tu avais besoin d’une dernière bière d’urgence. Je connais ça.
Le garçon arriva et posa son lourd porte-monnaie sur la table.
— Je compte les deux ensemble ?
— Nous nous connaissons depuis trop peu de temps pour ça, dit Jonas.
— Moi je l’aurais bien trouvé, le temps, fit-elle, boudeuse.
Brand chercha six francs dans son porte-monnaie, ne trouva que quelques pièces et un billet de deux cents.
— Désolé, je n’ai rien d’autre.
— Pas de problème, je ferai mes comptes plus vite après le service, répondit le serveur en lui rendant la monnaie.
La femme au verre vide regarda les billets changer de main.
— Il y en a qui ont le temps, d’autres qui ont l’argent.
Jonas ne put s’empêcher de rire. Il désigna le verre de la femme et dit :
— Et un autre. C’était quoi ?
— Un mojito, dit-elle. Mais il faut que tu boives avec moi.
Il attendit qu’on eût rapporté un verre à la femme, trinqua avec elle, but sa dernière gorgée de bière et lui souhaita une bonne nuit.
— Dommage, dit-elle, et elle se mit à regarder autour d’elle pour trouver de la compagnie. »

A propos de l’auteur
Né à Zurich en 1948. Publicitaire à Bâle, Martin Suter multiplie les reportages pour Géo, devient scénariste pour le cinéaste Daniel Schmidt, écrit des comédies pour la télévision. Il vit entre la Suisse, l’Espagne et le Guatemala.
Small world a obtenu le prix du Premier Roman, catégorie « romans étrangers ». Il sera prochainement adapté au cinéma avec Gérard Depardieu et Nathalie Baye. Un ami parfait a été adapté au cinéma en 2006, sous le même titre, par Francis Girod et deux autres de ses romans sont en cours d’adaptation. Martin Suter a également contribué au dernier album de son compatriote le musicien Stefan Eicher, pour qui il a écrit les textes de trois chansons sur Eldorado (2007) et travaillé au projet d’une comédie musicale. (Source : Editions Christian Bourgois)

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Allmen et la disparition de Maria

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Allmen et la disparition de Maria
Martin Suter
Christian Bourgois
Thriller
traduit de l’allemand (Suisse) par Olivier Mannoni
210 p., 15 €
ISBN: 9782267027709
Paru en avril 2015

Où?
L’action est située dans une ville de Suisse que l’on devine être Zurich, dans sa banlieue, avec une dernière petite escapade en Alsace.

Quand?
Le roman est situé de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Après deux enquêtes menées avec succès, le dandy-détective Friedrich von Allmen est passé maître dans l’art de la recherche d’œuvres d’art volées. Toujours secondé par Carlos, son fidèle domestique guatémaltèque, c’est sur les rives d’un lac suisse qu’il est appelé pour retrouver un tableau de Fantin-Latour dérobé à Mme Gutbauer, excentrique milliardaire qui occupe tout l’étage d’un vieil hôtel de luxe. Élisant domicile sur les lieux du délit, Allmen devient partie prenante d’un habile huis-clos au sein duquel Martin Suter combine à la perfection suspense, élégance et ironie.

Ce que j’en pense
***

Dès les premières lignes ce nouvel opus mettant en scène Allmen et son assistant guatémaltèque Carlos – sauf erreur le quatrième de la série –, Martin Suter nous détaille le dernier fait de gloire de son enquêteur préféré, histoire de nous rappeler que, sous des airs nonchalants, il est un remarquable enquêteur. C’est aussi une manière de résumer, à l’intention de ceux qui découvriraient Allmen avec ce livre, les caractéristiques de ce couple bien particulier.
A la tête de Allmen International Inquiries, il s’est spécialisé dans le marché de l’art et vient de retrouver une toile d’Henri Fantin-Latour représentant des dahlias. D’une valeur de trois millions et demi, ce tableau n’existait plus officiellement et pourtant il a pu le restituer à une riche héritière. Ce qui ressemble à la fin d’une enquête marque en fait le début d’une nouvelle enquête riche en rebondissements. Car les malfrats qui avaient le tableau ne l’entendent pas de cette oreille. Employant les grands moyens, ils décident d’enlever Maria Moreno, l‘amie de Carlos et de proposer le marché suivant à Allmen : la femme contre le tableau.
Dès lors s’organise une course contre la montre contre cette bande organisée qui n’hésitera pas à s’en prendre à la belle métisse si son ultimatum n’est pas respecté. Car Allmen n’est plus maître de la situation. Il lui faut d’abord obtenir de la richissime et excentrique veuve qu’elle lui remette le tableau. Il y parviendra, même si ce dernier a subi entre temps une sévère mutilation. Mais bien entendu, il n’est pas au bout de ses peines… et doit aussi gérer Carlos qui tremble pour son aimée et s’en remet à tradition indienne maya et au culte très particulier de Maximón pour pouvoir la retrouver saine et sauve.
Le lecteur se régalera en voyant Allmen se démener entre une pègre qui va l’obliger à oublier quelques instants ses principes pour parvenir à ses fins et une haute bourgeoisie zurichoise tout aussi effrayante. Si ce n’est peut-être pas l’épisode le plus réussi, ce thriller n’en est pas moins très plaisant à lire.

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Un livre, un jour (Olivier Barrot)
Les Echos

Extrait
« Jusque-là, Carlos lui apportait à sept heures un early morning tea au lit, avant de vaquer à ses occupations. Allmen, qui n’était pas un lève-tôt, allait prendre entre dix et onze heures un petit déjeuner tardif au Viennois. Il continuait certes à le faire autant que possible, mais la fondation d’Allmen International Inquiries (« The Art of Tracing Art ») le contraignait parfois à se conformer à un emploi du temps un peu plus régulé. Il lui arrivait même de devoir accepter des rendez-vous le matin, et l’aide de María Moreno lui était alors indispensable pour le petit déjeuner. Ce n’était pas qu’il ne s’en serait pas sorti tout seul, mais ce qu’il avait préparé lui-même ne plaisait jamais à Allmen.
Ce jour-là était l’un de ceux où il n’avait pas de temps pour le Viennois. Il avait déjà un rendez-vous prévu à dix heures quinze.
La veille, une certaine Mme Talfeld avait appelé et demandé un rendez-vous avec « M. von Allmen en personne ». « D’urgence », avait-elle ajouté, si possible dès le lendemain matin.
La présence de María Moreno offrait un autre avantage : outre l’espagnol, elle parlait fort bien l’allemand et l’anglais, c’était une standardiste douée et une hôtesse d’accueil en progression constante. Elle pria Mme Talfeld de patienter un instant, fit comme si elle allait consulter l’agenda d’Allmen et, à sa grande surprise, s’aperçut qu’il avait un moment de libre dans son emploi du temps le lendemain matin. On convint d’un rendez-vous pour dix heures quinze au Schlosshotel. Allmen devrait demander Mme Talfeld à la réception. »

A propos de l’auteur
Martin Suter est né à Zurich en 1948. Après avoir été publicitaire à Bâle, il multiplie les reportages pour Géo, il est devenu scénariste pour le cinéaste Daniel Schmidt et a écrit des comédies pour la télévision. Depuis 1991 il se consacre à l’écriture de romans qui sont devenus de véritables best-sellers. Il vit entre la Suisse, l’Espagne et le Guatemala.
Small World a obtenu le prix du Premier Roman dans la catégorie «romans étrangers». Un ami parfait a été adapté au cinéma en 2006, sous le même titre, par Francis Girod et deux autres de ses romans sont en cours d’adaptation. Martin Suter a également contribué au dernier album de son compatriote le musicien Stefan Eicher, pour qui il a écrit les textes de trois chansons sur Eldorado (2007) et travaillé au projet d’une comédie musicale. Son roman Small World a été adapté au cinéma par Bruno Chiche et est sorti en salles en mars 2011. (Source : Editions Christian Bourgois)

Site Wikipédia de l’auteur

A signaler également la parution dans la collection Points de Allmen et les dahlias et, en cette rentrée littéraire de Montecristo

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