Et le ciel se refuse à pleurer…

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En deux mots:
Fait divers en Haute-Savoie: une femme est retrouvée morte, fauchée par un sapin. Mais quelquefois les apparences sont trompeuses, surtout lorsque l’on creuse les secrets de famille…

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

« C’est vrai que Germaine elle est cruelle »

Comme l’a chanté Jacques Brel, la personne au cœur du nouveau roman de Gérard Glatt – qui meurt dès la première page – n’est pas une Sainte.

Trois hommes et une femme. Trois hommes réunis pour enterrer Germaine découverte sous un sapin, à quelques mètres de la ferme de montagne située au-dessus de Sallanches en direction du Grand Arvet. Le premier à entrer en scène est son mari. Tronchet a découvert son épouse sous un sapin, apparemment écrasée par le conifère. C’est du moins ce que conclue le docteur Echenoz dépêché sur place.
Edmé, le garçon de ferme, arrive ensuite pour tenter de soulager Tronchet. Cela fait des années qu’il aide à la ferme et fait quasiment partie de la famille. Il est du reste de la même génération qu’Antoine, le troisième homme de cette histoire qui a choisi de «monter» à Paris et qui rejoint père et ami, quasi-frère, pour les obsèques.
Si les émotions affleurent à peine, c’est sans doute à cause de la rudesse du climat et du travail ingrat qu’ils ont à effectuer pour produire le lait et le fromage, mais c’est aussi parce que Germaine avait un caractère aussi difficile que les hivers de Haute-Savoie. C’est peut-être du Québec que vient le portrait le plus juste de cette femme. Là-bas, l’expression «être une germaine» – un jeu de mots créé par la combinaison des verbes gérer et mener – sert à décrire une femme autoritaire et «contrôlante». Au fil des pages, on va découvrir comment elle a jeté le grappin sur Tronchet, comment il a été décidé qu’elle l’épouserait, comment Antoine et Edmé son entrés dans la famile et comment la situation s’est dégradée année après année.
Görard Glatt sait mieux que personne planter le décor de ses romans. Après l’Auvergne et les Monts du Forez dans Retour à Belle Étoile et dans Les Sœurs Ferrandon, voici le décor somptueux et écrasant des Alpes que l’on peut sans conteste compter comme l’un des personnages du livre. Car ici la géographie rencontre l’histoire. Ici, on doit tous les jours compter avec les caprices de la nature, en sachant qu’au mieux on réussira à en tirer de quoi nourrir sa famille.
Une fois de plus, on peut convoquer Jacques Brel: « Ces gens-là ne parlent pas ». Ou alors par bribes…
Quand Antoine retrouve son père, il n’est du reste guère besoin de mots. Ils se connaissant et s’aiment. Leurs souvenirs sont aussi le terreau de l’intrigue que l’auteur tricote patiemment jusqu’au dénouement qui, comme on peut s’en douter, réservera son lot de surprises.
Il n’y a, à mon sens, aucune raison de ranger les romans dits «de terroir» dans une catégorie inférieure. Si vous daignez vous plonger dans celui-ci, vous aurez l’éclatante démonstration que l’inverse est vrai. Ce roman est un grand roman.

Et le ciel se refuse à pleurer…
Gérard Glatt
Presses de la Cité / Terres de France
Roman
349 p., 20 €
EAN : 9782258146716
Paru en janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en France, en Haute-Savoie, à Sallanches et dans les environs. On y évoque aussi Paris et sa banlieue.

Quand?
L’action se situe en 2016, avec quelques retours en arrière.

Ce qu’en dit l’éditeur
Août 2016, en Haute-Savoie, sous un soleil de plomb, trois hommes se retrouvent à la mort de celle qui a broyé leur vie. Souvenirs et confidences de chacun jaillissent pour faire éclater le secret de la défunte…
Morte et muette à jamais, Germaine, fauchée par un sapin. C’est son mari, Tronchet, qui en fait la macabre découverte ce jour d’août 2016. Le travail harassant de la ferme, le soin constant porté aux bêtes n’auront été finalement que le ciment et le quotidien d’un couple désassorti. Pourquoi cette femme belle, vénéneuse, ne cachant pas son désir pour d’autres hommes, s’est-elle mariée avec cet honnête paysan, qu’elle méprisait? Dans sa solitude et sa peine, car l’homme était amoureux, Tronchet a auprès de lui son grand fils Antoine, revenu de la ville le temps des funérailles, mais aussi Edmé, frère de cœur d’Antoine, toujours fidèle à la besogne, un vrai garçon de ferme. Tous trois forment une chaîne unie, solidaire, délivrée de l’emprise toxique de Germaine, mais pas de leurs tourments, de leur histoire commune, ni de leurs doutes quant aux circonstances étranges de la mort de Germaine.
Il y a aussi ce médaillon doré, que tous ont toujours vu au cou de la défunte, qui renfermait un soi-disant secret… Un secret que l’opaque Germaine n’a jamais voulu dévoiler.

Les critiques
Babelio 
France Bleu (Valérie Rollmann)
Blog Sélectrice 

Les premières pages du livre 
« Le 17 août 2016. Pour le coup, ce n’était pas de la blague, Tronchet faisait vraiment la tronche quand le docteur Echenoz est enfin arrivé. Parce que ça faisait déjà une bonne heure qu’il l’avait appelé, regrettant de n’avoir pu le faire de là où il était, bien au-dessus de la ferme où pâturaient ses vingt vaches, sur le chemin du Grand Arvet, lorsqu’il avait découvert Germaine, sa femme, sous le tronc d’un sapin qui s’était abattu sur elle et l’avait aplatie comme une crêpe. Il était d’autant plus chagrin que, de son côté, pour la dégager de là-dessous, ce qui n’avait pas été une mince affaire, on le comprendra aisément, à cause du branchage, plus épais qu’un roncier, puis la ramener, la portant dans ses bras, il lui avait fallu tout l’après-midi, en exagérant à peine. C’est assez dire que si vraiment on avait pu espérer un instant la sauver, ce qui n’était pas le cas, l’arrivée de l’homme de science, bien trop tardive, n’avait plus d’intérêt que pour constater le décès et délivrer le permis d’inhumer.
Ce 17 août, après l’avoir un tant soit peu arrangée robe et savates, cheveux aussi -, Tronchet avait soulevé Germaine, et, tout en ayant soin d’éviter les ornières du chemin, il avait entrepris de la ramener à la ferme, le regard porté loin devant, jusqu’où, semblait-il, l’horizon se heurtait aux montagnes. Son regard, que pas une larme ne troublait, ne ñxait rien de précis, hormis ce que sa mémoire fidèle à quelques instants de sa vie lui avait alors imposé. Tel ce joyeux rire, le rire d’Antoine, le ñls qu’il avait eu de Germaine, le rire aigrelet, déjà très lointain d’un enfant heureux d’apporter avec lui, comme un trésor entre ses mains, ce que sa maîtresse, un jour, lui avait appris à l’école. Cette phrase que Victor Hugo avait écrite cent quatre vingt-onze années plus tôt, en août 1825 : «La vallée de Sallanches est un théâtre; la vallée de Servoz est un tombeau; la vallée de Chamonix est un temple… », comme lui et Adèle, son épouse, accompagnés de leur petite Léopoldine, alors âgée de un an, voyageaient à travers les Alpes. « La vallée de Sallanches est un théâtre… » Antoine l’avait répétée à ses parents, lors du repas du soir, tandis que sa mère s’occupait à remplir son assiette. Tronchet, en l’écoutant, avait tenté un léger sourire. Ce que Hugo avait écrit était si vrai. »

À propos de l’auteur
Gérard Glatt est né en 1944, à Montgeron, quelques semaines avant la Libération.
Pour étrange que ce soit, ses premiers bonheurs, c’est la maladie qui les lui offre, à l’âge de sept ans, quand une mauvaise pleurésie le cloue au lit des mois et des mois. Il découvre la lecture, et cette collection fameuse du Petit Livre d’Or.
Pendant ses études secondaires à Paris, Gérard Glatt a pour professeurs l’écrivain Jean Markale, spécialiste de la littérature celtique, puis René Khawam, orientaliste renommé et traducteur des Mille et Une Nuits. A la même époque, il rencontre Roger Vrigny – l’année où celui-ci reçoit le prix Femina – et Jacques Brenner, alors éditeur chez Julliard. L’un et l’autre, qui connaissent bien « le besoin d’écrire », l’encouragent à poursuivre ses débuts littéraires: il leur a déjà soumis plusieurs textes.
Quelques années plus tard, après de fastidieuses études de droit, il entre dans l’administration des Finances où il fait connaissance de Pierre Silvain, sans doute l’une des plus fines plumes contemporaines. Pierre Silvain le soutient à son tour. En 1977, son premier roman, Holçarté, est publié chez Calmann-Lévy où il retrouve Roger Vrigny, devenu directeur littéraire. En 1981, aux éditions Hachette, sortent les Contes du Pays Basque, puis il collabore à la revue Europe. Il quitte alors l’administration pour prendre la direction d’un cabinet de conseil en commerce extérieur.
Aujourd’hui, Gérard Glatt s’est retiré pour ne plus se consacrer qu’à l’écriture. Il partage son temps entre la région parisienne et la Bretagne. Auteur d’une dizaine d’ouvrages, il publie aux Presses de la Cité Retour à Belle Etoile et Les Sœurs Ferrandon. (Source : Presses de la Cité)

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Les sœurs Ferrandon

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En deux mots
De retour à Belle étoile, Gérard Glatt déroule les années cinquante et soixante marquées par la rivalité des deux sœurs Ferrandon, la Guerre d’Algérie et ses suites ainsi que les transformations qu’entrainent les Trente Glorieuses. Ce roman touche au corps et au cœur.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Les Sœurs Ferrandon
Gérard Glatt
Presses de la Cité, coll. Terres de France
Roman
496 p., 21 €
EAN : 9782258143395
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement en Auvergne, près des monts du Forez, à Valliergue. Sont également évoquées les localités de Martres-de-Veyre, Saint-Pierre-la-Bourlhonne, Ambert, Thiers, Clermont-Ferrand. Le second point d’ancrage se situe en Algérie, après un Séjour à Cran-Gevrier, Annecy et une traversée Marseille-Alger, notamment en Kabylie, à Tabarourt, Bouzeguène, à Bab Orb, Bad Sulza, Tizi Ouzou. Enfin, une partie des protagonistes se retrouve à Paris.

Quand?
L’action se situe durant la décennie allant de 1955 à 1965.

Ce qu’en dit l’éditeur
Près de vingt ans de la vie de Marguerite et Renée Ferrandon. Le souvenir de la tragédie familiale a lié à jamais, dans le silence, la douleur et l’incompréhension, les deux sœurs que pourtant tout oppose. Une suite indépendante de Retour à Belle Etoile.
Elles ont grandi dans la beauté sereine du domaine Ferrandon, entre landes et prairies, non loin des monts du Forez. A dix ans déjà, Marguerite assurait les tâches ingrates de la ferme familiale quand Renée préférait rester dans le giron de sa grand-mère. Avec sa nature autoritaire, l’aînée reprend, de droit, l’exploitation du domaine ; la cadette suivra son mari et mènera une toute autre vie à Paris.
Elles n’ont rien en commun, les sœurs Ferrandon, si ce n’est le souvenir, depuis ce jour de 1953, du petit frère Paulin sur les berges de la Dore. Une cruelle absence. Un trop lourd secret?
Un secret gardé par Jean Chassaigne, l’homme qui vit dans le cœur des deux sœurs…

Ce que j’en pense
J’avais placé Retour à Belle étoile sous l’égide de Sénèque, «une des plus belles qualités d’une véritable amitié est de comprendre et d’être compris». Avec ce second volume qui peut à la fois se lire comme une suite, mais aussi indépendamment, c’est dans Sophocle que l’on peut trouver la dimension tragique de ce récit. Dans Philoctète, le dramaturge grec écrit «la guerre ne veut pas d’un vaurien; c’est toujours les braves qu’elle choisit!». Dans Œdipe-Roi, il poursuit «Or il n’est peines plus amères que celles que l’on a voulues.» Enfin dans Electre, il nous livre ce qui pourrait être la conclusion de ce fort volume : «Le temps est le dieu qui aplanit tout.»
Nous revoici donc dans cette région des monts du Forez, au moment où l’on panse encore les plaies de la Seconde Guerre mondiale. Car tous les comptes n’ont pas encore été apurés, tous les secrets et toutes les trahisons n’ont pas été dévoilés. L’inimitié entre Marguerite Ferrandon et son voisin Jean Chassaigne date aussi de cette époque, alors que tous deux étaient à l’école primaire, et reste tenace. Pourtant la jeune fille aurait fait un beau parti.
Du coup, c’est sa sœur Renée qui va se rapprocher de son beau voisin. La promesse d’un beau mariage permettra peut-être d’oublier quelques temps un autre drame resté très vif, celui de la perte de Paulin, le jeune frère de Renée et Marguerite qui s’est noyé à quelques encablures du domaine et dont la perte reste très douloureuse… pour Renée qui adulait son petit frère et pour Marguerite, l’aînée, qui trouvait pourtant que ce petit frère lui volait la vedette, n’hésitant jamais à faire une remarque insidieuse, à le brimer.
C’est dans ce contexte que le service des armées va se rappeler au bon souvenir de la famille Chassaigne. Jean est convoqué pour l’Algérie. Alors qu’à Paris les gouvernements se succèdent les uns aux autres, incapables de régler le problème Jean bénéficie d’une première permission. L’occasion de revoir sa famille et son aimée, avant de repartir au feu. Et tandis que René Coty fait appel à De Gaulle pour s’occuper de la question, la situation devient de plus en plus délicate sur le terrain.
À la veille de se seconde permission, Jean est pris dans une embuscade et va prendre une balle. « Une balle rageuse que Jean n’aurait pas plus mérité de recevoir que n’importe quel autre appelé du 27e BCA. Une balle gratuite, comme toutes les balles, assez précise, destinée à tuer, et il s’effondrerait de tout son long, le visage bientôt en sang, englué dans une boue épaisse. »
Un peu de chance dans son malheur viendra du chirurgien chargé d’opérer le jeune homme, qui voit dans les yeux de la victime le visage de son propre fils décédé et choisit de le prendre sous son aile protectrice.
Si Jean avait jusque là imaginé faire sa vie au Domaine, il lui faut réviser ses plans. Aux côtés de Renée, il part pour Clermont-Ferrand, obtient son bac tandis que sa femme obtient un certificat de licence en lettres modernes.
Gérard Glatt, en retraçant le quotidien des familles Chassaigne et Ferrandon, réussit le joli tout de force de nous faire comprendre quelles sont alors les failles qui secouent le pays. Entre une agriculture en mutation, le respect de valeurs ancestrales, le cercle de famille qui reste le creuset sur laquelle on forge son destin d’une part et l’aspiration à la modernité, une migration vers la ville, voire vers la capitale et l’envie de «faire carrière» d’autre part. Entre les manuels et les intellectuels, entre les campagnes et la ville, le fossé va se creuser. Entre incompréhension et jalousie, entre secrets de famille et volonté d’émancipation.
Les Sœurs Ferrandon avec leurs contradictions et leurs destins contraires sont du reste comme les frères Chassaigne les personnages qui incarnent, dans leur corps autant que dans leur cœur, ces courants contradictoires.
Avec beaucoup de sensibilité et un joli sens du romanesque, l’auteur démontre que nous avons tous quelque chose de Belle étoile en nous. C’est pourquoi ce roman nous touche. C’est pourquoi on imagine déjà une trilogie.

Autres critiques
Babelio
Blog Encres vagabondes (Serge Cabrol)
Blog Les lectures de Martine

Les premières pages du livre

A propos de l’auteur
Gérard Glatt est né en 1944, à Montgeron, quelques semaines avant la Libération.
Pour étrange que ce soit, ses premiers bonheurs, c’est la maladie qui les lui offre, à l’âge de sept ans, quand une mauvaise pleurésie le cloue au lit des mois et des mois. Il découvre la lecture, et cette collection fameuse du Petit Livre d’Or.
Pendant ses études secondaires à Paris, Gérard Glatt a pour professeurs l’écrivain Jean Markale, spécialiste de la littérature celtique, puis René Khawam, orientaliste renommé et traducteur des Mille et Une Nuits. A la même époque, il rencontre Roger Vrigny – l’année où celui-ci reçoit le prix Femina – et Jacques Brenner, alors éditeur chez Julliard. L’un et l’autre, qui connaissent bien « le besoin d’écrire », l’encouragent à poursuivre ses débuts littéraires : il leur a déjà soumis plusieurs textes.
Quelques années plus tard, après de fastidieuses études de droit, il entre dans l’administration des Finances où il fait connaissance de Pierre Silvain, sans doute l’une des plus fines plumes contemporaines. Pierre Silvain le soutient à son tour. En 1977, son premier roman, Holçarté, est publié chez Calmann-Lévy où il retrouve Roger Vrigny, devenu directeur littéraire. En 1981, aux éditions Hachette, sortent les Contes du Pays Basque, puis il collabore à la revue Europe. Il quitte alors l’administration pour prendre la direction d’un cabinet de conseil en commerce extérieur. Aujourd’hui, Gérard Glatt s’est retiré pour ne plus se consacrer qu’à l’écriture. Il partage son temps entre la région parisienne et la Bretagne. Auteur d’une dizaine d’ouvrages, il publie aux Presses de la Cité Retour à Belle Etoile et Les Sœurs Ferrandon.

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Retour à Belle Etoile

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Retour à Belle Etoile
Gérard Glatt
Presses de la Cité
Roman
400 p., 21,00 €
ISBN: 9782258133662
Paru en février 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Valliergue, en Auvergne. Sont également évoquées les localités de Martres-de-Veyre, Billom, Saint-Pierre-la-Bourlhonne, Cunlhat, Courpière, Riom, Thiers, Issoire, Marsac, Ambert, Clermont-Ferrand. En Allemagne Bad Orb et Bad Sulza en Thuringe, sans oublier Molsheim près de Strasbourg, étape vers la liberté.

Quand?
L’action se situe de 1934 au milieu des années 50.

Ce qu’en dit l’éditeur
En 1934, un mariage d’amour scelle l’union de Cécile Rochette, fille de propriétaires terriens prospères, et de Jules. En l’épousant, celui-ci hérite d’un vaste domaine agricole qui désormais portera son nom : le domaine Ferrandon. Tout sourit à Jules : sa famille s’agrandit avec la naissance d’une petite Marguerite, ses amis l’épaulent, le travail ne manque pas. Et lorsqu’il découvre sur ses terres, au lieu dit Belle Etoile, une vieille bâtisse abandonnée, Jules en fait alors un projet de vie : la rénover afin de la léguer plus tard au fils que lui donnera un jour Cécile. Car dans ce coin de nature exceptionnel, niché aux abords du Forez, le ciel est bleu, l’horizon infini, les jours pleins de promesses…
Cinq ans plus tard, la guerre éclate…
Un roman bouleversant sur la transmission, l’espérance et l’amour familial.

Ce que j’en pense
***
Il faut peut être remonter jusqu’à Sénèque pour trouver le fil rouge de ce beau roman, rude et âpre comme les terres de ce «coin d’Auvergne serré entre Forez et Livradois» où Gérard Glatt situe son nouveau roman. Le philosophe grec explique qu’ «une des plus belles qualités d’une véritable amitié est de comprendre et d’être compris». Et de fait, la chronique auvergnate qui commence quelques années avant la Seconde Guerre mondiale, est d’abord une histoire d’amitié avant d’être une histoire de famille.
Certes tout commence avec le mariage de Cécile Rochette, fille de grands propriétaires terriens, avec Jules Ferrandon, paysan volontaire bien décidé à faire prospérer les terres dont il hérite à peine un an après son mariage, le 11 mai 1935. «A seulement vingt-cinq ans, malgré un service militaire accompli dans les règles et propre à vous bâtir un homme, c’était là d’un paquetage bien lourd qu’il s’était vu confier la charge.» Pour le seconder, il a bien son épouse «bien ardente au labeur» et la belle-mère Louise, même si sa relation avec son gendre n’est pas des plus tendres. Cependant, pour faire prospérer de si vastes terres, il faut d’autres bras. Jules fait appel à Guilhaume Besse, dit le Guilh. Grâce à lui le domaine prospérerait «Le Guilh, c’était pour Jules la meilleure des choses qui pût leur arriver. Deux bras de plus, apparus dans l’amitié, comme une belle étoile.»
La Belle Etoile, l’autre « personnage » de ce roman, est une propriété située à l’autre extrémité du domaine, difficile d’accès et que Jules envisage d’aménager et d’offrir à son ami. Un beau projet imaginé quelque neuf mois avant la naissance de Marguerite, leur premier enfant, mais qui va se heurter à la folie des hommes. Jules et Le Guilh sont mobilisés et doivent laisser l’exploitation aux femmes, aux enfants – un second enfant vient de naître en avril 1940 – et aux anciens. L’avenir s’écrit alors à l’aune des informations qui parviennent au village par les journaux, la radio et par les courriers contrôlés par la censure militaire. La débâcle et les échos des combats ne semblent pas trop affecter ce coin perdu de France. Pourtant, comme en 14-18, le facteur sera l’émissaire du malheur : Le Guilh est tué, Jules est fait prisonnier. La chronique de l’exode prend l’allure d’une famille désorientée qui vient demander sa route et un bout de pain, les exactions des Allemands et de la Milice font planer des menaces qui prennent un jour la forme de la visite d’un officier se proposant de réquisitionner la ferme. Déjà quelques maquisards choisissent de résister.
Quant à Jules, accompagné d’Etienne le Bourguignon et d’Auguste le Picard, il choisit de s’évader et réussira à rejoindre sa terre natale.
Mais la situation est tendue et il n’est pas question de se faire à nouveau prendre. Il ne pourra vraiment retrouver les siens qu’à l’issue du conflit et envisager à nouveau, au milieu des malheurs et d’un nouveau drame familial au début des années cinquante, de revenir à son rêve. Au lieu de labourer, semer et récolter, il va se lancer dans l’élevage de vaches Salers. Mais qui remplacera Le Guilh ?
Celui qui comprendra son projet, presque sans avoir à échanger une parole…
Une belle leçon de vie et une leçon d’espoir dans un monde troublé.

Autres critiques
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La Montagne
Blog Encres vagabondes

Les premières lignes du roman
« Le domaine n’était devenu domaine Ferrandon que peu après le mariage de Jules avec Cécile. Auparavant, on parlait du domaine Rochette, Cécile étant la fille unique de Louise et Ferdinand Rochette. C’était même plutôt de l’exploitation agricole Rochette qu’il était question, l’idée de domaine renvoyant davantage à la viticulture. En tout cas, qu’il s’agît d’un domaine ou d’une exploitation, la superficie était là, et bien là ! L’habitude voulait d’ailleurs qu’en montrant du doigt, le bras bien tendu, un enclos trop éloigné pour qu’on s’y rende ou une lande, voire une corne de bois le long d’une sente ou d’une jachère, on les désignât simplement par ces mots, parfois rehaussés de convoitise ou de dépit : «Cette terre que vous voyez là-bas, elle appartient aux Rochette, et cette lande également, dont ils ne tireront plus rien à présent, si abandonnée qu’elle a été…» Parce que le voisinage n’était pas toujours tendre avec eux. La raison en était que certains s’étaient souvent demandé, du vivant du père de Cécile, quelle frénésie avait bien pu le pousser, au fil du temps, à acquérir toutes ces parcelles de terre, ou de bois, ou de rien du tout, vu qu’il avait même acheté des ruines, des toitures écroulées, des murs effondrés, un peu comme on ramasse tout ce qui traîne, y compris les mégots, de crainte que d’autres n’y trouvent un attrait. «Ce n’est pas du raisonnable, tout ça ! concluait-on alors en s’accompagnant d’un haussement d’épaules. Non, c’est pas du raisonnable, que je vous dis…» Il n’empêche, lorsque Jules et Cécile s’étaient unis pour la vie, l’exploitation Rochette était bel et bien la plus vaste et la plus prospère du canton, peut-être même de tous les cantons environnants. Et ce que Jules avait apporté avec lui, en fait pas grand-chose, mais du pas désagréable malgré tout, ces bouts de vigne que les Ferrandon tenaient depuis la création du monde sans plus se souvenir comment ils avaient pu tomber dans leur sacoche, ce rubis rose pâle, baptisé corent, l’un des cinq crus d’appellation côtes d’Auvergne et le seul vrai gris de la région, avait achevé de décontenancer les habitants de Valliergue, le village le plus proche de la ferme. On rejoignait ce village éloigné de trois kilomètres en empruntant le chemin vicinal n° 2 jusqu’à la première intersection, puis en bifurquant sur la droite. Dans l’autre sens, du village vers la ferme, il suffisait de prendre la route qui fait face à la mairie, une départementale, puis de la suivre jusqu’à ce même chemin. On marchait alors sur cinq cents mètres, et bientôt, au cœur d’une clairière, on voyait surgir devant soi des corps de bâtiments, mafflus comme des remparts de citadelle : la ferme. Impossible de se tromper ! » (p. 11-13)

A propos de l’auteur
Gérard Glatt est né en 1944, à Montgeron, quelques semaines avant la Libération.
Pour étrange que ce soit, ses premiers bonheurs, c’est la maladie qui les lui offre, à l’âge de sept ans, quand une mauvaise pleurésie le cloue au lit des mois et des mois. Il découvre la lecture, et cette collection fameuse du Petit Livre d’Or.
Pendant ses études secondaires à Paris, Gérard Glatt a pour professeurs l’écrivain Jean Markale, spécialiste de la littérature celtique, puis René Khawam, orientaliste renommé et traducteur des Mille et Une Nuits. A la même époque, il rencontre Roger Vrigny – l’année où celui-ci reçoit le prix Femina – et Jacques Brenner, alors éditeur chez Julliard. L’un et l’autre, qui connaissent bien « le besoin d’écrire », l’encouragent à poursuivre ses débuts littéraires : il leur a déjà soumis plusieurs textes.
Quelques années plus tard, après de fastidieuses études de droit, il entre dans l’administration des Finances où il fait connaissance de Pierre Silvain, sans doute l’une des plus fines plumes contemporaines. Pierre Silvain le soutient à son tour. En 1977, son premier roman, Holçarté, est publié chez Calmann-Lévy où il retrouve Roger Vrigny, devenu directeur littéraire. En 1981, aux éditions Hachette, sortent les Contes du Pays Basque, puis il collabore à la revue Europe. Il quitte alors l’administration pour prendre la direction d’un cabinet de conseil en commerce extérieur.
Aujourd’hui, Gérard Glatt s’est retiré pour ne plus se consacrer qu’à l’écriture. Il partage son temps entre la région parisienne et la Bretagne. Auteur d’une dizaine d’ouvrages, il publie Retour à Belle Etoile aux Presses de la Cité. (Source : Presses de la Cité)

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