Du côté des Indiens

CARRE_du-cote_des_indiens
  RL2020   Logo_second_roman

En lice pour le Prix littéraire «Le Monde» 2020

En deux mots:
Ziad va fêter ses dix ans et attend un père qui tarde à venir, car il entretient une relation avec Muriel, la voisine du cinquième. Cette ancienne actrice va aussi réussir à amadouer le garçon et lui faire découvrir l’univers du cinéma. Un univers qui l’a brisée, victime d’un abus dont elle n’a pas se remettre.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Les bleus à l’âme de Ziad et Muriel

Avec son second roman, Isabelle Carré confirme son statut de romancière au style délicat et sensible. Dans les pas d’un garçon de dix ans, elle raconte l’univers impitoyable du cinéma avant #metoo.

Après ses talents d’actrice et de comédienne, Isabelle Carré nous avait dévoilé il y a deux ans ses qualités d’écriture en publiant Les rêveurs, un premier roman couronné par le Grand Prix RTL-Lire et le prix des Lecteurs de L’Express-BFMTV. Il mettait en scène une fratrie cherchant son indépendance, entre une mère vivant dans son propre monde et un père qui se découvrait homosexuel.
Si la plume reste toujours aussi délicate, le registre de ce second roman change, à la fois plus distancié et plus proche de sa vie. Nous partageons cette fois le quotidien d’une famille vivant dans un immeuble de Courbevoie. Ziad, qui va fêter ses dix ans, attend son père face à l’ascenseur. Il lui réserve une belle surprise. Son bulletin est bien meilleur qu’en début d’année et c’est empli de fierté qu’il patiente. Déjà les Da Costa et leur chien sont passés, déjà tous les habitants de l’immeuble sont rentrés quand enfin son père arrive. Mais l’ascenseur ne s’arrête pas au deuxième. Il poursuit sa route jusqu’au cinquième. Bertrand en sort et s’engouffre dans l’appartement de Muriel Péan, une belle femme rousse.
Ziad vit désormais avec ce secret, s’étonnant tout à la fois que sa mère ne se doute de rien, et que son père continue d’avoir ce regard triste. La lassitude s’installe, la communication se réduit à la portion congrue. «Je sais, moi, que vos silences peuvent être pires, et parfois encore plus tranchants que des mots.»
Alors Ziad décide d’agir. Il grimpe au cinquième et explique à Muriel que son père ne montera plus et que, s’il le faisait quand même, elle se devait de le renvoyer. Un plan qui aura une conséquence inattendue, puisqu’il va rapprocher Muriel et Ziad qui n’est pas insensible aux charmes de la belle rousse. Se sentant un peu coupable, elle promet à son nouvel ami de l’emmener sur un tournage, de lui faire découvrir l’univers du cinéma. Car Muriel est scripte, après avoir été actrice.
Le récit bascule alors quelques années en arrière, au moment où Muriel rejoint une équipe de tournage en Bretagne. Elle a réussi à s’imposer après un casting et déjà on lui promet une belle carrière. Sauf que le soir de ses 20 ans, François, le réalisateur, l’attire dans sa voiture et l’embrasse de force, la sidérant complètement. Elle subit l’agression et reste tétanisée. En sortant de la voiture, «elle garde une sensation de brûlure sur la joue et autour de la bouche, des cicatrices de sa barbe de trois jours. La nuit est complètement noire à présent, elle distingue à peine l’herbe sous ses pieds. Ce moment de liberté lui donne du courage, elle peut décider des choses, elle n’est pas une poupée qu’on habille et maquille, qu’on coiffe et qu’on embrasse, qu’on ramène le soir, qu’on couche après lui avoir brossé une dernière fois les cheveux en lui souhaitant bonne nuit».
En fait, le calvaire de Muriel ne fait que commencer. Le quinquagénaire sait pertinemment comment manœuvrer pour profiter de la faiblesse psychologique de sa protégée. Elle finira par trouver son salut dans la fuite. Son premier film en tant qu’actrice sera aussi son dernier.
Isabelle Carré a choisi de ne pas laisser Muriel seule avec son histoire et, en racontant tour à tour les trajectoires de Ziad et de ses parents, Anne et Bertrand, elle élargit son propos et parle de drames, de douleurs, de chocs subis par les uns et les autres. Et cherche les moyens de surmonter ces difficultés. Les plus belles pages étant consacrées à ce défi de la reconstruction, même si le chemin vers la lumière peut être très tortueux.
S’il fallait une preuve de plus de son talent de romancière, il serait à chercher dans cette façon de sentir les choses et de les assimiler pour les intégrer au récit. Incapable de répondre à vif aux questions posées par les journalistes au moment de l’affaire Weinstein, l’actrice a imaginé Muriel pour porter sa pierre à l’édifice et se placer du côté des Indiens.
On se réjouit déjà de voir comment elle rendra compte du confinement, une étrange période dont son écriture s’est imprégnée et qui nous vaudra sans doute l’an prochain une troisième œuvre. Le rendez-vous est déjà pris!

Du côté des Indiens
Isabelle Carré
Éditions Grasset
Roman
350 p., 19 €
EAN 9782246820543
Paru le 19/08/2020

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Courbevoie et à Paris. On y évoque aussi Louvroil dans le Nord.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Il s’est trompé, il a appuyé sur la mauvaise touche, pensa aussitôt Ziad. Il ne va pas tarder à redescendre… Il se retint de crier: “Papa, tu fais quoi? Papa! Je suis là, je t’attends…” Pourquoi son père tardait-il à réapparaître? Les courroies élastiques de l’ascenseur s’étirèrent encore un peu, imitant de gigantesques chewing-gums. Puis une porte s’ouvrit là-haut, avec des rires étranges, chargés d’excitation, qu’on étouffait. Il va comprendre son erreur, se répéta Ziad, osant seulement grimper quelques marches, sans parvenir à capter d’autre son que celui des gosses qui jouaient encore dans la cour malgré l’heure tardive, et la voix exaspérée de la gardienne qui criait sur son chat.
Son père s’était volatilisé dans les derniers étages de l’immeuble, et ne semblait pas pressé d’en revenir.»
Ziad, 10 ans, ses parents, Anne et Bertrand, la voisine, Muriel, grandissent, chutent, traversent des tempêtes, s’éloignent pour mieux se retrouver. Comme les Indiens, ils se sont laissé surprendre; comme eux, ils n’ont pas les bonnes armes. Leur imagination saura-t-elle changer le cours des choses? La ronde vertigineuse d’êtres qui cherchent désespérément la lumière, saisie par l’œil sensible et poétique d’Isabelle Carré.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Actualitté (Victor de Sepausy)
Page des Libraires (Valérie Châtelain, Librairie Majuscule-Birmann, Thonon-les-Bains)


Isabelle Carré présente son nouveau roman Du côté des Indiens © Production éditions Grasset


Isabelle Carré présente son second roman Du côté des Indiens © Production Libraires en Auvergne-Rhône-Alpes

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« mar. 1 oct. 2017 à 8:52
Chérie, je suis parti vite.
Mais ce soir, je rentrerai
tôt. On pourra aller voir
Detroit, il passe encore.
Tu dois être réveillée,
Écoute la fin de
l’émission si tu peux…
Le sujet t’intéressera.
Bonnes répétitions.

La radio était trop forte, comme chaque matin. Il la maintenait allumée en permanence. Le silence devait lui faire peur pour qu’il l’allume dès son réveil, à peine posé le pied par terre. Je m’y étais plus ou moins habituée. Certains jours, il m’arrivait même de l’imiter, de la mettre à plein volume, ou de l’écouter toute la nuit pour combattre une insomnie, peu habituée au vide désormais.
Nous habitons une rue minuscule, aucune voiture ne la traverse. La plupart du temps, on croirait vivre en rase campagne plutôt qu’en centre-ville. Sans la musique, les nouvelles, et ces bavardages incessants, la quiétude envahirait l’appartement, nous laissant presque aussi isolés qu’au milieu d’un lac gelé.
De temps en temps, un livreur passe en scooter, et déchire ce silence. Plus rarement, les klaxons se déchaînent lorsqu’une camionnette prend notre ruelle pour une impasse, et décide d’y stationner la matinée entière. Sinon, rien, les talons des femmes qui claquent sur les pavés le samedi soir, et c’est tout. J’ai parfois l’impression d’habiter nulle part, d’être absente moi aussi.
Un rayon de lumière grise traversa la pièce, si faible qu’on aurait pu penser que le soleil venait de se lever, ou qu’il était déjà cinq heures du soir. Je m’installai à la table de la cuisine, sans allumer le plafonnier, préférant laisser au jour une chance de s’éclaircir. Un homme d’une cinquantaine d’années racontait au journaliste la fin de son enfance. Au fil de son récit, je compris que le passage à l’âge adulte constituait le thème principal de l’émission. Pour lui, cela avait été brutal, sans transition. À dix ans, il avait découvert que son père trompait sa mère avec la voisine du dessus. «Tous les soirs, je redoutais que l’ascenseur monte trois étages plus haut, avec mon père dedans…»
L’homme soufflait dans le micro comme s’il avait fourni un gros effort physique, l’émotion l’empêchait d’en dire autant qu’il l’aurait souhaité. Il bégaya un instant, avant d’ajouter deux ou trois détails confus. Puis le journaliste se dépêcha de conclure sur une citation de John Irving. «Notre enfance est toujours volée. Le monde adulte peut endommager le monde de l’enfance à tout moment : pas seulement le corrompre, mais encore nous arracher à lui.»
Le générique de l’émission suivante démarra sous les applaudissements, un divertissement avec des chroniqueurs survoltés. La voix de l’homme ému continuait de résonner dans ma tête. Tandis que s’accomplissait la routine du petit déjeuner, le thé trop infusé, les tartines à surveiller pour éviter qu’elles ne ressortent carbonisées, les tasses sales à glisser dans l’évier… j’imaginais le garçon, du haut de son mètre vingt, fixant la cage d’escalier, et je pouvais voir avec lui son enfance s’envoler dans l’ascenseur. La mienne s’était brisée autrement, mais semblait réapparaître, puisque, d’un seul élan, toutes mes pensées l’avaient suivi dans la cabine étroite. Premier, deuxième, troisième palier… au cinquième étage, je l’avais définitivement rejoint.

L’ascenseur
Installé par terre dans l’entrée avec un manga qu’il parcourait distraitement, Ziad guettait son arrivée. Il crevait d’impatience, sautait des pages. Son genou tressautait malgré lui, entraînant sa jambe et tout son corps dans un mouvement nerveux, répétitif. Sur le chemin du retour, il avait évité de justesse un motard au carrefour. C’était sa faute, en sortant de l’école, il s’était élancé depuis le haut de la rue, profitant de la pente pour gagner en vitesse, imaginant décoller au bout, persuadé que rien ni personne ne l’arrêterait. D’habitude, il s’attardait au moins une heure sur la dalle avec ses camarades. Mais cet après-midi-là, il n’avait même pas pris la peine de les saluer, trop pressé de rentrer chez lui. C’était son anniversaire, et dans son cartable, bien rangé entre deux cahiers, ses dernières évaluations attendaient d’être commentées. Il avait une telle hâte de les lui montrer… Pendant des mois, son père avait insisté pour qu’il s’applique et progresse enfin. Le début d’année avait été décevant, Ziad en convenait lui-même. Heureusement, il avait redressé la barre, et le bulletin qu’il tenait entre ses mains le remplissait d’une confiance nouvelle. Il en avait eu mal au ventre des jours durant, mais aujourd’hui, il en était certain, ses efforts seraient récompensés. Il ne lirait plus la déception dans les yeux de son père.
Un air glacé s’échappait de la porte d’entrée, le sol, sous ses jambes, était froid et humide. Il aurait pu s’asseoir plus confortablement, aller se chercher un coussin, une couverture, mais Ziad refusait de s’éloigner ne serait-ce qu’une seconde, préférant avoir des crampes et les pieds gelés plutôt que courir le risque de ne pas être au rendez-vous…
À tout moment, la porte pouvait s’ouvrir sur eux.
Du deuxième étage où l’appartement familial se trouvait, on entendait les allées et venues des locataires sous le porche, dans la cage d’escalier, et si on tendait l’oreille, on pouvait saisir la sonnerie du code, juste avant que ne résonne le claquement sourd de la porte cochère. Avec le temps, Ziad avait pourtant appris à s’en méfier. Lourde, trop épaisse, mal entretenue, la porte se bloquait souvent et restait grande ouverte sur la cour. D’autres fois, au contraire, comme sous l’effet d’une tempête, poussé par le vent, le battant se refermait d’un coup sec en faisant trembler l’immeuble, peut-être même la rue entière et tout Courbevoie.
L’après-midi s’achevait lentement, Ziad était las de retourner ce grand sablier imaginaire dans sa tête. Il fut soulagé d’entendre les voisins du dessus monter les escaliers en soufflant, signe que ses parents n’allaient pas tarder à rentrer. Monsieur et Madame Da Costa étaient âgés, et bien qu’elle fût en surpoids, ils désertaient l’ascenseur à cause de leur caniche nain claustrophobe. L’ascension était pénible, interminable, mais préférable aux plaintes de l’animal. Ils s’arrêtèrent sur le palier pour faire une pause. Le chien détecta aussitôt la présence du garçon derrière la porte, et colla sa truffe contre le paillasson. Il le respira un moment, semblant apprécier l’odeur de gâteaux au beurre qui s’en dégageait, avant de reprendre, encouragé par ses maîtres, sa laborieuse progression.
Ziad venait de finir son goûter. D’un doigt mouillé, il ramassait les miettes autour de lui, en les comptant. Il les rassembla en ligne droite, puis en cercle, il y en avait dix-sept. Sa mère aussi aimait compter les choses, même si elle s’en défendait. Ils avaient tous deux honte de l’avouer, mais comment s’en passer ? C’était un jeu captivant, le plus sûr moyen de garder son calme. Une petite énumération dans les moments critiques, et on respirait mieux. Au milieu des déceptions, des chocs, il existait une possibilité d’apprivoiser les débordements. L’inattendu n’avait qu’à bien se tenir, lui aussi se contenait, se mesurait, comme le reste. Il suffisait pour s’en convaincre de lire le journal : le moindre crime, les injustices, quelles qu’elles soient, rejoignaient inévitablement de jolies courbes de statistiques ou finissaient bien sagement rangés dans une colonne. En réalité, tout s’additionnait, se maîtrisait, toujours…
Ziad changea encore une fois la disposition des débris sucrés, imaginant que sa mère accompagnait son arithmomanie, répertoriant avec lui les miettes oubliées.
Elle n’allait pas tarder à débarquer, les bras chargés de courses. En général, elle arrivait la première.
Il n’aimait véritablement que certains aspects de sa personnalité, les autres, il aurait préféré ne pas les voir : son orgueil, la façon qu’elle avait de flotter, toujours ailleurs, et cette distance qu’elle leur imposait à tous, sans jamais le reconnaître.
Pour autant, son amour pour elle n’en était pas diminué ; la tendresse qu’il éprouvait pour le côté si généreux, presque timide, de son caractère, était infinie. Il se répétait chaque jour qu’il devenait urgent de lui témoigner sa reconnaissance, son affection. Sa mère vieillissait, et bien qu’elle n’ait pas atteint la cinquantaine, il s’inquiétait de la voir disparaître sans en avoir eu l’occasion. Mais comment s’y prendre? Il ne pouvait s’adresser qu’à son être tout entier, sans rien différencier, et la ferveur de ses sentiments, dès qu’il y pensait, n’était plus aussi grande. Mieux valait donc se taire et lui parler dans sa tête, lui envoyer mentalement d’interminables discours, en espérant que quelque chose d’eux lui parviendrait. Et puis, il collectionnait ses foulards, les tee-shirts emplis de son odeur, qu’il cachait avec délectation sous son oreiller. Cela lui suffisait, lui apportait un réconfort facile, immédiat. Aussi souvent qu’il le souhaitait.
En grandissant, il découvrit qu’elle était malheureuse. Son père rentrait de plus en plus tard, une expression contrariée sur le visage, au point que cette triste figure était devenue son masque ordinaire.
Confusément, lui venait la nostalgie du couple qu’ils avaient formé les toutes premières années. Il se souvenait d’un monde encombré de jeux, de formes géométriques aux couleurs primaires. L’atmosphère était douce et paisible, les journées passaient vite alors… il n’aimait pas les voir s’achever, sauf lorsque sa mère se penchait sur lui, pour lui dire bonsoir : c’était aussi agréable que de se prélasser dans un bain chaud en écoutant des chansons tristes. Chaque soir, il avait l’impression de respirer un air brillant, plein de lumière. Une lumière de fête.
Dix ans… il bomba la poitrine à l’évocation de ce nombre parfait, magique, il allait enfin ajouter un second chiffre à son âge, lui qui les aimait par-dessus tout, appréciait tant leurs jolies symétries.
En le voyant souffler ses bougies, leurs cœurs s’attendriraient à nouveau, et son bulletin ferait le reste ! Il en souriait d’avance.
Il lui sembla que la voix de son père se rapprochait, puis s’éloignait dans la rue, achevant probablement une conversation au téléphone. Bertrand hurlait toujours dans l’oreillette, et adressait plein de reproches à son interlocuteur, paraissant déplorer son absence : pourquoi ne pas l’avoir rejoint, pourquoi ne pas se parler autour d’un bon café ? De toute évidence, personne n’osait lui dire qu’il s’époumonait pour rien ; le temps où plusieurs abonnés se croisaient sur la ligne était révolu. Seul Bertrand, comme atteint de surdité, continuait de crier.
Dans la cuisine, l’horloge venait tout juste de sonner dix-huit heures, Ziad ouvrit la porte, et, tel un groom, se posta sur le palier. C’était inespéré de le voir arriver si tôt, lui qui, depuis une heure déjà, faisait le siège de l’entrée… Bertrand avait fini par raccrocher, et attendait l’ascenseur en insistant sur le bouton d’appel. Il n’y avait que deux étages à monter, mais contrairement aux voisins du dessus, lui n’était affublé d’aucun chien stupide. Fatigué par ses journées pleines de colères téléphoniques, il appréciait que personne n’exigeât de sa part le moindre effort supplémentaire. Quand enfin la cabine arriva dans un bruit de trombone, Bertrand s’y s’engouffra. Ziad l’entendit farfouiller dans sa sacoche, y ranger le portable qui ne captait plus, et chercher ses clés, tout au fond. Du haut des escaliers, il résista de toutes ses forces au désir de lui signaler sa présence : « Papa, ne t’inquiète pas, je t’ouvre ! Je t’attends ! Je te vois à travers le grillage ! » En se penchant, il pouvait observer la cabine approcher, suspendue à ses longs cheveux noirs caoutchouteux. Ziad voulait surprendre son père en ouvrant la porte d’un seul coup. Mais l’ascenseur lui passa sous le nez, et, à sa grande stupéfaction, continua tranquillement son ascension.
Il s’est trompé, il a appuyé sur la mauvaise touche, pensa aussitôt Ziad. Il ne va pas tarder à redescendre… Une fois de plus, il se retint de crier: «Papa, tu fais quoi? Papa! Je suis là, je t’attends…» Les minutes s’écoulaient lentement, comme au Scrabble quand les mots comptent double. Pourquoi son père tardait-il à réapparaître ? Les courroies élastiques de l’appareil s’étirèrent encore un peu, imitant de gigantesques chewing-gums. Puis une porte s’ouvrit là-haut, avec des rires étranges, chargés d’excitation, qu’on étouffait. Il va réaliser son erreur, se répéta Ziad, osant seulement grimper quelques marches, sans parvenir à capter d’autre son que celui des gosses qui jouaient encore dans la cour malgré l’heure tardive, et la voix exaspérée de la gardienne qui gueulait sur son chat.
Mais son père s’était volatilisé dans les derniers étages de l’immeuble, et ne semblait pas pressé d’en revenir. »

Extraits
« Généralement, tous les voisins rentraient plus tôt, excepté celui du premier, qui ne montait que vers deux heures du matin, chantant ou injuriant un adversaire imaginaire, parce qu’il avait trop bu. Il n’était sobre que le dimanche – s’abstenait-il ce jour-là parce que lui aussi croyait en Dieu, ou craignait-il en fin de semaine une remontée exponentielle de sa mélancolie?
Ziad entendait les portes se refermer les unes après les autres.
Et, au moment où il avait cessé d’y croire, l’ascenseur s’envolait de nouveau dans les étages, puis redescendait en grinçant, grave, presque douloureux, comme si la machine épuisée avait du mal à respirer, avant de s’arrêter net, dans un cri métallique. La clé pénétrait dans la serrure. Son père s’était enfin décidé à rentrer. » p. 23-24

« Évidemment, c’était assez déroutant de voir son père séduire une autre femme, même en pensée. Mais Muriel Péan – c’était le nom qu’on pouvait lire sur sa boîte aux lettres – était belle. Et Ziad commençait à devenir réceptif à la beauté des femmes, la chose en lui s’était déclenchée au début du dernier trimestre, et ne cessait de grandir jusqu’à vouloir prendre toute la place.
Il avait, depuis lors, la désagréable impression d’être coupé en deux. Une partie de lui-même demeurait en colère – cette histoire le dégoûtait, le révoltait plus qu’il n’aurait su le dire – tandis qu’une autre prenait plaisir à se détacher du réel, pour mener sa propre vie. En classe, sur son lit, avant de s’endormir, les rêves se déployaient en 3D au-dessus de lui, pour l’emporter au loin… et c’était son tour alors de séduire toutes les femmes, les rousses surtout. C’était à lui, à présent, que s’adressaient leurs caresses, leurs mots d’amour… Il pouvait voir leurs corps, les toucher, il ne se lassait pas de sentir leur souffle, cette musique incomparable était si douce à son oreille… » p. 30

« Elle doit parlementer longuement avec le régisseur pour qu’il accepte de la laisser rentrer à pied, il est si tard. Depuis qu‘elle est sortie de la voiture, chancelante, l’air s’est encore rafraîchi, et sur le chemin elle grelotte. Elle garde une sensation de brûlure sur la joue et autour de la bouche, des cicatrices de sa barbe de trois jours. La nuit est complètement noire à présent, elle distingue à peine l’herbe sous ses pieds. Ce moment de liberté lui donne du courage, elle peut décider des choses, elle n’est pas une poupée qu’on habille et maquille, qu’on coiffe et qu’on embrasse, qu’on ramène le soir, qu’on couche après lui avoir brossé une dernière fois les cheveux en lui souhaitant bonne nuit, « dors bien petite actrice, dors jolie poupée… À demain! Demain, on reviendra te chercher ». » p. 118

À propos de l’auteur

CARRE_Isabelle_©JF_Paga
Isabelle Carré © Photo JF Paga

Isabelle Carré est une actrice de théâtre, de cinéma et de télévision, et écrivaine française née en 1971. Elle obtient le César de la Meilleure Actrice en 2003 pour son rôle dans Se souvenir des belles choses ; et le Molière de la Comédienne à deux reprises, en 1999 pour Mademoiselle Else et en 2004 pour L’Hiver sous la table. Le premier roman d’Isabelle Carré est publié en 2018 aux éditions Grasset. Intitulé Les Rêveurs, ce dernier lui permet d’être la récipiendaire du Grand Prix RTL-Lire et du prix des Lecteurs de L’Express-BFMTV. Son second roman, Du côté des Indiens est paru en août 2020. (Source: Éditions Grasset)

Page Wikipédia de l’auteur

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

100 chroniques de livre

Challenge NetGalley France 2019

Challenge NetGalley France 2018

Badge Critiques à la Une

NetGalley Challenge 2016

Badge Lecteur professionnel

Tags:
#ducotedesindiens #IsabelleCarre #editionsgrasset #hcdahlem #roman #RentréeLittéraire2020 #rentreelitteraire #lundiLecture #rentree2020 #RL2020 #litteraturefrancaise #secondroman #coupdecoeur #NetGalleyFrance #litteraturecontemporaine #livre #lecture #books #blog #littérature #bloglitteraire #livre #roman #lecture #jaimelire #lecturedumoment #lire #bouquin #bouquiner #livresaddict #lectrice #lecteurs #lecteurscom #bouquiner #livresque #auteur #jaimelire #lectureaddict #litterature #instalivre #livrestagram #unLivreunePage #writer #reading #bookoftheday #instabook #Bookstagram #Book #Bookobsessed #bookshelf #Booklover #Bookaddict

Une jeunesse en fuite

LE_GUERN_une_jeunesse_en_fuite

En deux mots:
Le narrateur passe un été en Bretagne, auprès de ses parents, avec sa fille Louise. Il vient consulter les lettres envoyées par son père, médecin militaire, durant la Guerre du golfe pour un roman. L’occasion de se souvenir de ses années d’adolescent.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

En Bretagne, à la pêche aux souvenirs

Après le remarqué Adieu aux espadrilles, Arnaud Le Guern nous revient avec sa plume acidulée pour explorer ses années d’adolescent, à l’époque où son père partait pour la Guerre du Golfe. Avec humour et une bonne dose de nostalgie. Magique!

Il faut certes attendre la page 162 et le rendez-vous du narrateur-écrivain avec son éditeur pour trouver résumé ce livre. Mais cette patience nous apporte une belle récompense puisque Arnaud Le Guern raconte très bien son livre (et m’évite de la faire!): « Le narrateur, de retour en Bretagne avec sa fille, Louise, le temps d’un été près de ses parents, se souvient de la fin de son adolescence. Il a alors quinze, seize ans. Son père, médecin militaire, est parti en Arabie saoudite. L’Irak, dirigé par Saddam Hussein, a envahi le Koweït. La France, à la suite des États-Unis, s’apprête à entrer en guerre. François Mitterrand, président de la République, et Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères, sont à la manœuvre. Début janvier 1991, la guerre est déclarée. Opération Tempête du désert. Le narrateur apprend la nouvelle à la radio. Dans son oreille: les voix des reporters et le bruit des missiles qui zèbrent la nuit orientale. Scud irakien contre Patriot américain. L’angoisse ancrée en lui, le narrateur poursuit sa vie de lycéen, rythmée par les lettres d’Arabie que son père envoie, dans une époque où la légèreté, déjà, n’est plus une affaire sérieuse. Il s’agit, des années plus tard, de raconter un père, retenir les derniers souvenirs d’une jeunesse, les confronter au bel aujourd’hui troublé.»
Voilà pour le scénario. Reste l’essentiel, à savoir un style qui emporte le lecteur dans une farandole de souvenirs. Car la nostalgie habite cette villa du Trez-Hir où il retrouve ses parents en compagnie de sa fille Louise et de Matéa, la copine de cette dernière. Et les drames côtoient la légèreté des vacances balnéaires. En tentant de consoler son père qui vient de perdre sa chienne, il combien son chagrin est immense. Tout remonte en fait à l’époque de cette Guerre du golfe qui a cassé. Il avait quelque chose chez ce médecin militaire peu expansif. Il va alors chercher dans les lettres qu’il envoyait d’Irak pour tenter de comprendre ce qu’il avait zappé à l’époque. Il faut dire qu’il avait alors fort à faire avec les copains, les copines qu’il n’osait pas toucher, du moins au début, le film porno de canal+ qu’il regardait en cachette, et l’équipe de basket où il occupait le poste de pivot.
Et puis il y avait les films et les belles actrices qui le faisait fantasmer, les livres, les chansons. La bande-son de ce roman couvre trois générations, de la discographie paternelle aux chansons qu’écoutent les filles. Il y avait aussi Bernard Pivot et son Bouillon de culture.
Aujourd’hui il est avec sa fille et son amie sur la plage, regarde les femmes en maillot tout en pensant à sa femme Mado restée à Paris.
Il lira les lettres plus tard. Il veut d’abord terminer le roman de Cecil Saint-Laurent qu’il a avec lui, un auteur qui figure dans la liste de ces écrivains disparus qu’il aimerait rééditer. Chassé-croisé entre aujourd’hui et cette époque, ce délicieux roman fleure bon la légèreté en n’oubliant jamais les questions essentielles. Si l’auteur cite François Weyergans et Bernard Frank, j’y vois aussi du Jean d’Ormesson qui, notamment dans ses premiers romans, aspirait aussi à ne rien faire. On s’amuse beaucoup, notamment dans la galerie des premiers flirts, de Catherine «Non, pas tout de suite. Sois patient», à Hélène et Céline, jalouses l’une de l’autre, puis de la rencontre avec Kristen un soir de réveillon, sans oublier les sportives, Roxane la basketteuse et Nathalie la gymnaste. Plus tard viendront les brunes Christelle, Sophie, Caroline et Mado qui partage désormais sa vie.
La lecture d’Une jeunesse en fuite est une excellente manière de bien débuter l’année!

Une jeunesse en fuite
Arnaud Le Guern
Éditions du Rocher
Roman
232 p., 17,90 €
EAN : 9782268101293
Paru le 9 janvier 2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement en Bretagne, à Plougonvelin et Brest, mais aussi à Paris. Le narrateur y évoque aussi les autres étapes de sa vie, sur les bords du Léman, à Lyon, Joigny dans l’Yonne, Rochefort, Metz ou encore Marrakech.

Quand?
L’action se situe des années 80 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
De retour en Bretagne avec sa fille, le temps d’un été chez ses parents, l’auteur se souvient du début des années 90. La guerre du Golfe et le départ de son père, médecin militaire, pour l’Arabie saoudite. Une époque qu’il avait balayée de son esprit. Remplacée par les fiancées éphémères, la griserie des nuits, les écrivains fantaisistes. Relisant les lettres que son père envoyait depuis le Moyen-Orient, il retrouve les traces d’une adolescence perdue. Tout lui revient par petites touches : ses camarades de lycée, la moustache de Saddam Hussein, les actrices et mannequins à la mode, la peur que son père ne revienne pas.
Dans Une jeunesse en fuite, Arnaud Le Guern fait résonner sa musique intime, entre quête du père et éducation sentimentale. Une touchante invitation à la flânerie romanesque.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Mon père a perdu sa chienne: Tess. Comme Nastassja Kinski dans le film de Polanski. Un airedale terrier noir et fauve. Elle avait douze ans. Mon père est touché, coulé. Jusqu’à ce week-end de printemps, je ne l’avais jamais entendu pleurer. C’était bizarre. J’ai beau fouiller mes souvenirs : rien. Il m’a fallu attendre quarante ans pour deviner le grondement de ses sanglots, comme un orage qui couve, avant l’explosion à l’autre bout du sans-fil, fin de la terre, la voix noyée.
Mon père est médecin. Anesthésiste-réanimateur. Longtemps au sein du Service de santé des armées, aujourd’hui au CHU de Brest. Toujours en poste, alors qu’il a l’âge de la retraite. La retraite pour un général : pas au programme. Pire qu’une désertion. Il n’arrive pas à décrocher. Il a essayé ; y retourne en bon soldat. Fidèle à son poste vacant. Il n’y a pas assez de praticiens hospitaliers dans sa spécialité ; on lui demande de dépanner. Juste pour quelques mois. Puis encore quelques mois. Mon père ne refuse jamais. Je le soupçonne de proposer ses services. Son excuse : il coûte moins cher que la jeune génération. Ma réplique : « Tu casses les prix du marché. » Mon père fait mine de s’offusquer. Il n’est pas dupe de ses tours de passe-passe.
Avant que mon père ne prénomme sa chienne Tess, je n’imaginais même pas qu’il puisse connaître Nastassja Kinski. Dommage. Nous aurions pu partager nos souvenirs de l’actrice. Savait-il que Nastassja, tout juste quinze ans, et Roman Polanski s’étaient aimés dans les seventies, autour de l’année de ma naissance ? A-t-il vu les photos de Nastassja prises par Roman et publiées dans Vogue ? Celles parues dans Playboy, circa 1983 ? Je dois avoir un exemplaire vieilli du magazine quelque part. Nastassja en couverture, féline comme jamais. Mon père la préférait-il brune ou blonde, chevelure longue ou coupée au carré ? La pureté du visage de Nastassja. Sa langue entre les lèvres tandis qu’elle s’amuse avec une cuillère en argent. Le compas de ses jambes. Ses seins délicats comme de la chantilly. Nastassja m’égare.
C’est ma mère qui m’a prévenu de la mort de Tess. J’appelle ma mère tous les dimanches. On se donne des nouvelles, sans y toucher. La vie de mes parents au Trez-Hir. Ma sœur, qu’elle a souvent au téléphone. Les livres que j’édite, ceux que j’écris. Ma situation financière. Louise, ma fille. Mado, ma fiancée. Nos deux chats, Pablo et Malcolm. La mère de Louise qui ne se remet pas d’un AVC, clouée au lit ou dans un fauteuil, le bras gauche paralysé. Ma mère avait la voix hésitante, faussement enjouée, jusqu’à ce qu’elle m’annonce la nouvelle :
« Tess n’est plus avec nous. Ton père et moi sommes allés il y a deux jours chez le vétérinaire…
— Vous l’avez fait piquer ?
— Ça devenait invivable pour ton père. Il devait se lever toutes les nuits pour la sortir dans le jardin. Elle souffrait beaucoup, ne parvenait presque plus à se déplacer… Et elle ne voyait plus rien.
— Papa tient le coup ?
— Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il va un peu mieux. Mais il ne veut pas en parler. Il reste silencieux, la tête ailleurs. Je crois qu’il est très malheureux… »
La mort de son père avait-elle immunisé le mien, alors âgé de dix-sept ans, à l’expression de la tristesse ? Il en parle rarement. Il était en pension. Parenthèse de vie fragile. Ai-je déjà vu une photo de mon grand-père inconnu ? Ma mémoire n’en a conservé aucune image. Je sais qu’il était malade, s’en est allé après une longue agonie. Longue agonie : foutaise. Cancer de la gorge et de la bouche. Il fumait et buvait, beaucoup. Sa manière de supporter le stalag, où il avait été prisonnier, puis de l’oublier. Sa manière de s’évader, comme il avait deux fois tenté de le faire pendant la guerre. En quelle année était-il décédé ? 1965 ? 1966 ? Je poserai la question lors de mon prochain séjour au Trez-Hir.
Je ne sais plus si j’ai envoyé un mèle ou un SMS à mon père. En fouillant, j’ai retrouvé : un mèle.
Mon cher père,
Maman vient de m’apprendre la triste nouvelle. Je sais ta peine et, de tout cœur, je la partage. Tess était une belle chienne, dans tous les sens du terme. Il n’y a malheureusement guère de mots pour apaiser ce que tu ressens. Juste laisser le temps, lentement, faire son œuvre, et garder en toi les précieux souvenirs et la joie qu’elle t’a donnée pendant tant d’années.
Je t’embrasse.
Sur l’écran de mon vieux Nokia, en début de soirée : « Papa ». J’ai très rarement mon père au téléphone. Ce n’est pas dans nos habitudes. Il lui arrive de répondre à la place de ma mère. Deux ou trois mots rapidement échangés. « Ton travail se passe bien ? » « L’argent rentre ? » « Tu as pensé à appeler ta sœur ? » « Quand viens-tu nous voir ? » Là, il prend son temps. Je peine à reconnaître sa voix. Il y a des blancs et des creux dans ses phrases atones. Merci, ta mère, Tess, vétérinaire, humanité, douleur. Corde très sensible sur laquelle les sanglots tentent de ne pas choir, jusqu’à ce qu’ils sautent comme un bouchon de champagne éventé, obstruent la gorge de mon père. Tess n’avait pris la place de personne, Tess était un lien affectueux qui nous réunissait, petits et grands, Tess comprenait tout, Tess était un symbole de joie familiale, Tess rassurait et apaisait, Tess rendait heureux. Un râle de deuil qui ne passe pas. Je me suis tu, ne voulant pas interrompre le bruit de son chagrin. Puis les pleurs d’un coup se sont apaisés. Mon père a retrouvé ses mots ; son débit s’est accéléré :
« Depuis mon retour de la guerre du Golfe, je me sens déphasé, incompris parfois. Je me sens seul avec ce que je vis, ce que je ressens.
— La guerre du Golfe ?
— À mon retour, plus rien n’a été pareil. J’ai mal vécu le temps que j’ai passé là-bas. Vous ne l’avez pas perçu. Tout ceci, pour vous, était peu de choses. Moi, je n’étais plus le même. Votre vie s’était poursuivie et j’étais mis de côté. Une distance nous séparait. Mon diabète n’a rien arrangé. La guerre et la maladie m’ont isolé. J’ai eu peur dans le Golfe et j’ai eu peur ensuite, avec la maladie. L’arrivée de Tess m’avait permis de me sentir moins seul. Maintenant, elle n’est plus là… »
La guerre du Golfe. Pendant des années, je n’y avais plus pensé. Le départ de mon père, l’angoisse, le théâtre des opérations : aux oubliettes. Cette période était sortie de mon esprit. Remplacée par les filles à effleurer, les premiers verres, les écrivains que je découvrais chez les bouquinistes. Ensuite : Louise, Mado, ma vie de patachon. Puis la guerre du Golfe avait fait sa réapparition, les derniers mois, alors qu’étaient abattus des journalistes satiriques, les spectateurs d’un concert de rock, des passants ou les fêtards de novembre, qui inventaient des étés indiens en trinquant en terrasse. L’État islamique, à la suite d’Al-Qaïda, était né sur les ruines de l’Irak de Saddam Hussein. Il suffisait de tirer le fil de l’histoire pour comprendre. Humiliation orientale, revenue comme un boomerang vengeur. La guerre du Golfe avait allumé la mèche de Daech et des attentats récents. J’en avais le cœur net. La guerre du Golfe : les derniers souvenirs de ma jeunesse, que je tentais de retenir. »

À propos de l’auteur
Éditeur et écrivain, Arnaud Le Guern vit entre Paris, le Finistère et les rives du lac Léman. Il aime ses chats, Paul Gégauff, les filles de la rue du Douanier-Rousseau et Roger Vadim (liste non exhaustive). Son précédent roman, Adieu aux espadrilles, paru en 2015, a été salué par la critique. (Source: Éditions du Rocher)

Compte Twitter de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#UneJeunesseEnFuite #EditionsDuRocher #ArnaudLeGuern #rentreelitteraire #rentréelittéraire #rentreelitteraire2019 #RL2019 #hcdahlem #roman #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #lire #livresaddict #lectrices #lecteurs #lecteurscom #bouquiner #livresque #MardiConseil

La Femme de dos

MOINE_La-femme-de-dos
Logo_premier_roman

En deux mots:
Une directrice de casting part à la recherche de l’interprète d’un film intitulé La Femme de dos. Elle finira par la trouver du côté de Toulon. Une quête qui aura remué bien des souvenirs et éclairé quelques zones d’ombre.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le casting était presque parfait

Quand une chef monteuse décide de raconter l’histoire d’une responsable de casting, cela nous donne un roman sensible qui montre comment un tournage peut impressionner une jeune fille, combien il est difficile de produire un film et… comment la relation mère-fille peut être compliquée…

Faisant sien le principe qui veut que l’on ne parle bien que de ce que l’on connaît bien, Alice Moine – qui est chef monteuse – a choisi le milieu du cinéma pour son premier roman qui fait suite à un récit intitulé Faits d’hiver paru chez Kero en 2015. C’est à la fois par la construction et par l’angle choisi qu’elle fait preuve d’une belle originalité. Comme dans un film, une première scène brève montre un goéland fondre sur une jeune fille inanimée sur un rocher, avec une plaie ouverte à la jambe.
On n’en saura guère plus pour l’instant, car la scène suivante nous conduit sous la canopée du forum des Halles à Paris où une jeune femme, quittant son bureau pour s’aérer, entraîne son instinct. « Depuis toujours, elle avait la faculté de projeter sur un visage les potentiels d’un passé ou les prémisses d’un avenir. Quand l’un d’entre eux sortait du lot, elle s’efforçait de balayer tous les accessoires et particulièrement l’habit, traîtresse enveloppe. On ne se sape pas comme on respire, encore faut-il savoir ce que l’on dégage et à qui l’on s’adresse. Celle qu’un jour un célèbre producteur avait surnommé l’Œil analysait les dérapages et regardait au travers. Voilà donc à quoi Jane H. passait son temps à l’heure du déjeuner, joignant l’utile à l’agréable puisque cette fantaisie lui avait déjà permis de dénicher une bonne cinquantaine de rôles en vingt ans de pratique. Rendement faible si l’on se rapporte au temps passé, mais que diriez-vous d’un champion sportif qui décrocherait ses médailles entre midi et deux?»
Cette directrice de casting originale est à la recherche de l’interprète principale d’un film intitulé «La femme de dos». Elle va toutefois et contre son gré cesser son repérage car Magda, sa mère, est tombée dans le coma. Elle prend le train en direction du Sud et de la maison de son enfance où l’attend Souad Chad, la fidèle employée. Elle s’imaginait faire un aller-retour, le temps que sa mère, qui es tune guerrière, rouvre les yeux et poursuive sa vie trépidante. Mais elle va devoir très vite déchanter, les médecins n’imaginant pas qu’elle puisse se réveiller ou alors dans un état désespéré. Pour la stimuler, on lui conseille de lui parler…
Ne sachant trop quoi lui dire, elle lui fait la lecture, passant d’une biographie de Gertrude Bell au courrier, avant de tomber sur de vieilles lettres de Tristan, son ex petit ami. C’est ainsi que petit à petit on découvre la jeunesse de Jane, ses débuts dans le cinéma – sa maison a été choisie par André Téchiné pour y tourner Les Innocents – et sa rencontre avec le photographe de plateau qui lui vaudra ses premiers émois et son premier chagrin. Mais son séjour forcé ne la fait pas dévier de son objectif et c’est au péage de l’autoroute qu’elle croise Charline, une employée qu’elle s’imagine pouvoir être La Femme de dos. Sauf que cette fois, le rêve de gloire et l’acceptation enthousiaste qu’elle obtient d’habitude lorsqu’elle propose un rôle va se transformer en un refus cinglant.
Jane n’étant pas du genre à baisser les bras, elle va entreprendre une manœuvre de séduction-persuasion, car elle est persuadée tenir la candidate idéale.
Jouant avec son lecteur, Alice Moine mène dès lors trois récits en parrallèle, celui qui plonge dans sa jeunesse et dans ces épisodes qui l’ont construite – peut-être en l’éloignant de cette mère qui lutte pour la vie sur son lit d’hôpital – celui de sa tentative d’apprivoiser Charline et celui de la production de ce film qui résonne d’une façon très particulière en elle. Ne serait-elle pas au bout du compte cette Femme de dos si mystérieuse? À l’image d’un tricot, les différentes pelotes vont passer par des mailles expertes et finir par nous livrer un joli résultat. Un premier roman riche de promesses.

La Femme de dos
Alice Moine
Serge Safran éditeur
Roman
352 p., 19,90 €
EAN : 9791097594046
Paru le 15 février 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et dans le sud de la France, notamment en Provence, à Toulon et dans les environs.

Quand?
L’action se situe des années 80 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Surnommée l’Œil, Jane est directrice de casting à Paris. Un été, un producteur célèbre lui confie la recherche d’une « perle rare » pour le film La Femme de dos de Telo Ruedigger, un artiste dont les œuvres défraient la chronique. Au même moment, Jane est appelée dans le sud de la France au chevet de sa mère dans le coma.
Vingt-huit ans auparavant, Les Vignettes, maison d’enfance de Jane, servait de décor au film Les Innocents d’André Téchiné. Jane découvrait le monde du cinéma et l’amour avec Tristan, photographe de plateau, disparu en ne laissant comme trace qu’une photo d’elle marchant de dos sur une digue. La similitude avec le style de Telo Ruedigger la trouble.
Lors d’un repérage près de Toulon, elle croit reconnaître en Charline, jeune employée de péage d’autoroute, la «perle rare»…

Les critiques
Babelio
Blog ZAZY
Radio B (émission Café littéraire)

Les premières pages du livre
« Il faut toujours se méfier du Goéland leucophée. C’est un oiseau féroce prêt à tout pour arracher les restes d’une charogne. De son bec jaune tacheté de rouge, il se nourrit d’œufs et de jeunes puffins allant jusqu’à dévorer les proies qu’il n’a pas chassées en s’adjugeant les meilleurs territoires. Déchetterie, lagune, cap isolé, tout y passe.
Un soleil de plomb inondait la pointe. Le goéland tournoyait au-dessus des rochers à la recherche de son déjeuner. De son œil perçant, il avisa quelque chose qui émergeait du maquis et piqua droit dessus. Avant d’attaquer, il hésita pourtant. La forme était humaine, et Dieu sait s’il se méfiait dc ces créatures-là. Il se posa non loin sur une zone pelée. Des vêtements déchirés jaillissait un bout de chair. L’odeur du sang séché affola ses sens. Oubliant ses principes, le goéland s’approcha si près qu’il n’eut plus qu’à tendre le cou pour plonger son bec dans la plaie. L’attaque fut brève, trois coups plantés dans la jambe aussi raide qu’un tronc. Le goût du sang l’enivra et il récidiva jusqu’à ce que la jeune fille se redresse enfin, menaçant d’une pierre son manteau argenté. Dans un cri terrifiant, l’oiseau prit son envol loin de la furie, cheveux courts, teint livide et membres ensanglantés, à qui sans le savoir il venait de redonner vie. »

Extraits
« À l’orée du gigantesque escalator, Jane recherchait le monde entier. De son visage impassible qui ne souriait jamais, elle suivait des yeux quelques-uns des huit cent mille voyageurs qui convergeaient ici chaque jour, et imaginait leurs histoires. Ici-même, elle s’oubliait. Elle passait sa main dans les mèches blondes décolorées de sa coupe à la garçonne, ses doigts frôlant les racines brunes savamment maîtrisées. Ici, ses angoisses lui foutaient la paix. Elle se sentait rassurée par le mouvement de la foule, ne pensant à rien ni personne, du moins le croyait-elle. »

« Si Jane n’avait aucune idée de ce que pouvaient contenir ces lettres, elle savait que les mots couchés là étaient ceux du jeune homme dont elle s’était amouraché vingt-huit ans plus tôt. Et tandis que le poème électro-pop incantatoire répétait en boucle Chercher le garçon / Trouver son nom, Jane se mit à décrypter la lettre comme on voyage dans le temps. »

 

À propos de l’auteur
Alice Moine est chef monteuse pour la publicité et le cinéma. Née à Toulon en 1971, elle se dirige vers le montage pour le plaisir de raconter des histoires. Elle a publié un recueil, Faits d’hiver, chez Kero, en 2015. La femme de dos est son premier roman. (Source: Serge Safran éditeur)

Site internet de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#lafemmededos #alicemoine #sergesafran #hcdahlem #sergesafranediteur #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #MardiConseil

Les rêveurs

CARRE_Les_reveurs

Logo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman 

En deux mots:
Comment construire sa vie avec une mère vivant dans son propre monde, un père qui se découvre homosexuel et une fratrie très indépendante? Isabelle Carré cherche la réponse dans ce premier roman éclairant.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

La vie et rien d’autre

Pour ses débuts en littérature, Isabelle Carré nous livre un roman d’apprentissage étonnant et détonnant.

Une fois n’est pas coutume, commençons par la dernière page du roman d’Isabelle carré, celle des remerciements, pour noter d’abord qu’elle a participé à l’atelier d’écriture «Marcher sur la queue du tigre» de Philippe Djian. Quand ce dernier explique qu’il n’apprend pas à écrire à ses élèves «mais à éviter les écueils, à gagner du temps et à réfléchir à ce qu’ils font à l’aide d’exercices dont ils doivent respecter l’énoncé. Il n’y a pas de manière d’apprendre à écrire, plutôt une façon d’apprendre à ressentir», on ne peut que constater ici combien elle a pu faire son miel de ces conseils.
En remerciant sa mère, qui «a compris ce qu’elle voulait faire», Isabelle Carré nous livre une seconde clé. Comme elle l’a expliqué au micro de Léa Salamé sur France Inter, elle n’a pas voulu une «vérité vraie», mais raconter des impressions. «Ce sont beaucoup plus des émotions que des faits» expliquera-t-elle en revendiquant sa subjectivité.
Concrètement, cela donne un premier chapitre où la petite fille qu’elle est encore se promène main dans la main avec sa mère jusqu’au moment où cette dernière lâche sa petite menotte. «Ma mère ne me voit pas, elle ne me sauvera d’aucun danger, elle n’est pas vraiment là, elle ne fait que passer, elle est déjà passée. Elle s’en va.» Ne cherchons pas plus loin l’explication du titre du roman. Tous les acteurs de cette tragi-comédie sont des rêveurs. La mère qui vit dans un monde parrallèle, fait plus de dépressions que d’exaltations. Le père qui va se transformer au fil des ans physiquement et mentalement jusqu’à finir par avouer son homosexualité et quitter le domicile pour rejoindre son ami. Et Isabelle qui ne trouve pas sa place dans ce tourbillon et choisit de rêver sa vie plutôt que de l’affronter. C’est ainsi qu’elle choisit, par exemple, de prendre son envol du second étage de son domicile… La dure réalité, la chute qui s’en suit, aura pour conséquence de briser sa carrière de danseuse.
Une autre tentative de suicide, par la prise d’une grande quantité de pilules, l’obligera à séjourner dans un hopitâl psychiatrique. Où elle fera une belle rencontre. Car c’est bien à un roman d’apprentissage que nous avons affaire, à l’étude d’un parcours qui – pour dramatique qu’il soit – a fait d’Isabelle Carré l’actrice «discrète et lumineuse» que l’on connaît.
En explorant ses souvenirs, elle va refuser la narration chronologique pour laisser les fortes impressions dominer, pour essayer d’attrapper ces moments intenses avant qu’il ne soit trop tard : « le temps ne fera que nous en éloigner, à moins d’être un bon rêveur, celui qui se souvient toujours de ses rêves, de rêves si clairs et précis qu’ils permettent de s’y attarder encore, d’entrer à nouveau dans ces pièces de l’enfance, sans autre clé que le désir constant d’y revenir. »
Les parfums et les odeurs, les lieux et les personnes: la romancière nous propose un concentré d’émotions qui par vagues successives vont dessiner le portrait de cette famille très particulière. Dont elle aimerait beaucoup trouver le mode d’emploi. Jusqu’au moment où elle comprend que c’est mission impossible, qu’elle ne changera pas son passé et que ce roman est aussi celui de sa «vraie» vie.
« Puisque tout est vrai, et que les acteurs « font semblant de faire semblant », comme l’écrit Marivaux.»

Les Rêveurs
Isabelle Carré
Éditions Grasset
Roman
304 p., 20 €
EAN : 9782246813842
Paru le 10 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
« On devrait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grâce à un flacon acheté dans un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieuse encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance… » I. C.
Quand l’enfance a pour décor les années 70, tout semble possible. Mais pour cette famille de rêveurs un peu déglinguée, formidablement touchante, le chemin de la liberté est périlleux. Isabelle Carré dit les couleurs acidulées de l’époque, la découverte du monde compliqué des adultes, leurs douloureuses métamorphoses, la force et la fragilité d’une jeune fille que le théâtre va révéler à elle-même. Une rare grâce d’écriture.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Moka Au milieu des livres

Les autres critiques
Babelio 
Marie-Claire (Fabrice Gaignault)
LeJDD.fr
Livreshebdo.fr (Vincy Thomas)
Têtu (Julie Baret)
Libération (Portrait – Caroline de Bodinat)
ELLE (Héléna Villovitch)
Blog C’est quoi ce bazar?


Isabelle Carré présente son premier roman Les rêveurs © Production La Grande librairie

Les premières pages du livre 
« Elle me tient par la main, et pousse en même temps mon frère dans son landau. Nous traversons la rue, nous marchons, personne ne parle. Les voitures roulent et les gens bougent en silence, c’est comme un film muet. Je n’ai pas encore remarqué, je crois, son regard fixe, sa démarche fantomatique, même si je sens qu’elle est loin, ses pensées l’ont encore capturée à des années-lumière, j’ai l’habitude… Oui, mais si loin, ce jour-là, qu’elle ne m’entend pas crier lorsqu’un passant m’arrache à elle…
Elle continue sa route, la tête bien droite, elle avance vers ce point mystérieux qu’elle fixe toujours, elle s’éloigne d’une marche régulière, presque mécanique, elle avance invariablement, sans enthousiasme ni détermination, sa trajectoire se dessine toute seule, elle n’espère rien, elle se déplace simplement vers autre chose, là où elle est censée se rendre, et ce rendez-vous, ce but quel qu’il soit, la laisse indifférente tout autant que ma disparition. Ma panique, mes efforts pour attirer son attention sont inutiles, aucun de mes hurlements ne l’alertera… Elle poursuit sa route, la poussette à la main, sans s’inquiéter de moi. Elle n’a pas senti ma main lui échapper, elle n’était que de l’eau ou du vent dans la sienne. J’ai six ou sept ans, et ce rêve revient de plus en plus souvent. Je sais bien que ce n’est qu’un cauchemar, mais il semble contenir une vérité que je ne saurais ignorer: ma mère ne me voit pas, elle ne me
sauvera d’aucun danger, elle n’est pas vraiment là, elle ne fait que passer, elle est déjà passée. Elle s’en va. »

Extraits
« Mais comment? Comment font les gens? Pourquoi personne n’a encore écrit une vraie «vie: mode d’emploi», ce serait plus qu’utile! Quelque chose de sérieux, pas un énième «livre-bien-être» d’un pseudo-psy dont on voit l’après-midi les chroniques à la télé, les conseils d’un médecin réputé à la recherche d’un complément de retraite, ou ceux d’un sage, adepte du yoga et de la méditation transcendentale… Non. J’aimerais tellement trouver mieux, je cherche des heures dans les librairies. Mon angoisse: passer devant, juste à côté sans le voir, manquer Le livre qu’il me fallait, qui aurait été fait pour moi, lumineux, salutaire, dans lequel j’aurais puisé les conseils d’un ami, enfin obtenu les bonnes réponses. Lorsque je trouve un chapitre qui ressemble à ça, une phrase limpide plus précieuse qu’un bijou, je m’endors avec, sous mon oreiller, près de mes mains, de mon visage, comme si sa substance pouvait m’imprégner pendant la nuit, me transmettre un peu de sa vérité et me protéger de l’obscurité. »

« On devrait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi d’abord qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grâce à un flacon acheté dans une parfumerie ou un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, l’odeur d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieux encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance. »

À propos de l’auteur
Comédienne de théâtre et de cinéma, Isabelle Carré poursuit depuis 1987 une carrière d’anti-star discrète au talent toujours plus reconnu. Les rêveurs est son premier roman. (Source : Éditions Grasset)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

Tags:
#lesreveurs #isabellecarre #editionsgrasset #hcdahlem #68premieresfois #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #MardiConseil #NetgalleyFrance

Mademoiselle, à la folie!

LECOSSE_mademoiselle_a_la_folie

Logo_68_premieres_fois_2017 Logo_premier_roman

En deux mots:
Catherine est une grande comédienne qui vit assistée de Mina, sa confidente et de Jean, son amant. Tous deux vont constater que la raison de Mademoiselle commence à vaciller…

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Mademoiselle, à la folie !
Pascale Lécosse
Éditions de la Martinière
Roman
128 p., 14 €
EAN : 9782732484532
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, principalement sur l’île Saint-Louis à Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
— Qu’est-ce que j’ai, Mina ?
— Demande-moi plutôt ce que tu n’as pas.
— Je veux dire, qu’est-ce qui cloche chez moi ?
— Je n’ai rien remarqué.
— Si, dis-moi. Pourquoi est-ce que je n’ai envie de rien ?
— Sans doute, parce que tu as tout.
— Certains jours, je confonds les visages, pourquoi ?
— Parce que tout le monde se ressemble.
Catherine danse au sommet de sa vie. Fantasque et admirée, elle a embrassé les acteurs les plus séduisants, joué dans les plus grands films. Elle aime les autres éperdument et distraitement. Jean, son amant éternel, ministre dûment marié. Mina, son assistante, sa confidente, sa meilleure amie. Mina qui ne lui passe rien, Mina qui lui permet tout.
Pourtant, un jour, les coupes de champagne à onze heures du matin, les coups de tête irrésistibles : même Catherine n’y comprend plus rien. Tout va trop vite, tout s’embrouille. Mina fera tout pour protéger Catherine de la maladie qui ne dit pas son nom.
Car Mademoiselle veut jouer son rôle jusqu’au bout. Un peu, beaucoup, à la folie.

Ce que j’en pense
La formule peut sembler éculée, mais ce court roman se lit effectivement dune traite, car le lecteur est d’emblée emporté par le ton du récit, confié à cette «Mademoiselle» dont la carrière au théâtre et au cinéma a été éblouissante. On peut, par exemple, imaginer Catherine Delcour sous les traits de Danielle Darrieux dont la carrière fut également très riche, tant au cinéma qu’au théâtre. Pour le reste, Pascale Lécosse imagine sa diva vivant sur l’île Saint-Louis avec Mina, son assistante et confidente et ayant une liaison avec Jean, un homme politique qui lui offre à la fois son affection et sa liberté. La vie passe, le trio se croise et s’épie, tour à tour joyeux, lucide, tendre, puis jaloux, voire cruel.
Si pour Catherine il n’est pas question de quitter la scène, les petits oublis et les pannes de mémoire se multiplient. On sent alors petit à petit sa vie filer vers cet inexorable drame annoncé dès le titre du livre…
L’auteur mène de main de maître ce bel exercice qui ne fait jamais basculer le récit dans un drame sordide. On pourra même lui reprocher de s’être arrêtée trop tôt et de ne n’avoir semé que de petits cailloux ici et là, le long d’un parcours insouciant qui va mener vers une fin redoutée.
Oui, il faut prendre garde à la douceur des choses!

68 premières fois
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle Guinard)
Blog Mémo émoi
Le blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Blog Livres et vous (Anne-Marie Gabriel)
Aline Raynaud (sur Babelio)
Blog Carole Accroche Livres 
Blog Les couleurs de la vie (Anne Leloup)
Blog PatiVore
Blog La marmotte à lunettes (Claire Sejournet)
Blog Romanthé (Sarah Dupouy)
Blog Anne Mon petit chapitre
Blog Zazymut 

Les autres critiques
Babelio 
L’Humanité (Gérald Rossi)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)


Pascale Lécosse présente Mademoiselle, à la folie! © Production ed. de la Martinière

Les premières pages du livre
« Je m’appelle Catherine, Catherine Delcour. J’aurai quarante-huit ans dans quelques mois, je suis plus vieille que ma mère ne l’était quand elle s’est tuée dans un accident de la route – elle venait d’avoir quarante ans. J’habite un grand appartement sur l’île Saint-Louis, où je vis depuis… Depuis je ne sais plus quand. J’ai aussi une maison à la campagne, mais c’est à Paris que j’aime être, dans mon quartier, où les touristes ne me connaissent pas et où les commerçants restent discrets. Quand je désire quelque chose ou quelqu’un, il m’arrive, pour l’obtenir, d’implorer un dieu que j’oublie aussitôt après. Je ne crois pas au destin, ce que je veux, je le prends. J’ai depuis toujours le goût de l’effort, du travail, sans lesquels le talent ne suffit pas. L’échec me fait horreur et je suis loin de penser, comme certains, que c’est un mal nécessaire. C’est un mal, point. Que je me suis efforcée d’éviter tout au long de ma vie. Je n’ai pas peur du temps qui passe mais du temps perdu. Quant à la maladie, le meilleur remède que j’ai trouvé pour la combattre, c’est de rester en bonne santé. Je ne me ressers jamais d’un plat, j’ai renoncé au fromage, au pain, et je finis rarement mon verre de vin. Je fais du sport, raisonnablement, je travaille ma respiration et ma mémoire. Je fais l’amour régulièrement et bien. Je dors huit heures d’affilée, quel que soit le fuseau horaire qui m’abrite. Je ne fume pas, je ne me drogue pas, je bois du champagne chaque jour. Je canalise mes énergies vers ce et ceux qui m’élèvent, je fuis la médiocrité. Mon fonds de commerce, c’est moi et j’en prends le plus grand soin. »

Extrait
« J’adore l’effervescence des tournages, et tout l’argent que je gagne n’a rien à voir avec ça. J’ouvre mon carnet, je note que demain, 8 septembre, une journaliste que je connais viendra à seize heures. Elle est très agréable, très professionnelle, elle travaille pour un magazine féminin, un hebdomadaire… Elle s’appelle… Je referme mon carnet.
Mina saura.
Elle se souvient de tout. »

À propos de l’auteur
Après avoir travaillé dans la publicité et écrit pour le théâtre Pascale Lécosse publie Mademoiselle, à la folie! son premier roman.

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#mademoisellealafolie #pascalelecosse #editionsdelamartiniere #hcdahlem #68premieresfois #RL2017 #roman #rentreelitteraire #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lecture #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #MardiConseil

Là où tu iras j’irai

VAREILLE_La_ou_tu_iras_jirai

En deux mots
Quand Isabelle part en Italie pour jouer les baby-sitter dans une riche famille, elle connaît le rôle qu’elle doit jouer : séduire le maître de maison. Mais, à l’image de sa vie, elle devra se rendre compte que si le scénario est écrit, les surprises ne manquent pas. Ou comment, de catastrophe en catastrophe, on en arrive à un roman pétillant d’optimisme.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Là où tu iras j’irai
Marie Vareille
Éditions Mazarine
Roman
378 p., 17,90 €
EAN : 9782863744284
Paru en mars 2017

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris puis en Italie, sur les bords du Lac de Côme.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Isabelle a 32 ans, un chihuahua nain prénommé Woody-Allen et une carrière d’actrice comparable à celle du Titanic : prometteuse en théorie, catastrophique en pratique.
Le jour où elle refuse la demande en mariage de l’homme qu’elle aime, sous prétexte qu’elle ne veut pas d’enfant, elle se retrouve à la rue, avec pour toute fortune vingt-quatre euros sur son compte en banque. Elle est alors forcée d’accepter le seul travail qu’on lui propose : utiliser ses talents de comédienne pour séduire Jan Kozlowski, un jeune veuf sur le point de se remarier.
La voilà donc partie en Italie, dans la maison de vacances de la richissime et déjantée famille Kozlowski. Seule ombre aux deux semaines de dolce vita qui se profilent : pour exécuter en toute discrétion sa mission « séduction », Isabelle devra jouer le rôle de l’irréprochable nanny anglaise de Nicolas, 8 ans, qui n’a pas prononcé un seul mot depuis la mort de sa mère cinq ans plus tôt. Isabelle est bien loin d’imaginer à quel point cette rencontre improbable avec ce petit garçon blessé par la vie va bouleverser sa vision du monde.
Une comédie pétillante, pleine d’humour et d’émotions.

Ce que j’en pense
Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, j’ai lu du Chick-lit sans le savoir. Pour ceux qui comme moi n’ont pas encore les codes de ce genre, Marie Vareille a choisi d’expliquer ce genre littéraire sur le blog créé pour la circonstance. Le chick-lit est donc «un sous-genre de la comédie romantique. Littéralement « écriture de poulette » en anglais, elle désigne un courant littéraire visant un public féminin. L’expression apparaît dans les années 1990, on la définit alors comme « fiction post-féministe », « féminisme nouvelle vague ». Les romans chick-lit mettent en scène des héroïnes de tous les jours, souvent âgées plus ou moins d’une trentaine d’années, des filles comme vous et moi qui se débattent désespérément dans un quotidien cruel semé d’embûches pour trouver leur vraie vocation et le Prince Charmant, généralement en buvant des Mojitos avec leurs copines et en courant de catastrophe amoureuse en cataclysme professionnel. »
Voici donc une pétillante illustration de ce concept, dans la lignée de glorieux précurseurs, tels que Le Journal de Bridget Jones.
Le roman s’ouvre sur une scène de rupture originale, puisqu’elle va être provoquée par trop d’amour. Quentin veut épouser Isabelle et fonder une famille, mais Isabelle a trop peur de s’engager et préfère fuir, même s’il ne lui reste que quelques euros, sa carrière – prometteuse – d’actrice n’ayant jamais vraiment décollé.
Aussi n’a-t-elle guère le choix quand on lui propose de prouver son talent en endossant le rôle d’une baby-sitter chargé de séduire Jan Kozlowski, le célèbre réalisateur qui, après des essais prometteurs, lui a refusé un rôle dans l’un de ses films. La vengeance étant un plat qui se mange froid, elle part pour les bords du Lac de Côme dans une splendide villa. Le cadre idyllique ne va cependant pas lui assurer un séjour de tout repos, car Adriana, Zoé et Nicolas entendent bien pourrir la vie de leur nouvelle gardienne. Et dans cette famille pas vraiment unie, ce n’est pas Valentina, grand-mère et sorte de gouvernante en chef, qui va lui faciliter la tâche. Il est vrai qu’elle a des raisons de se méfier de cette soi-disant diplômée de la meilleure école de nannys anglaise.
Marie Vareille se régale – et nous régale – en imaginant la succession des épisodes de ce séjour où chacun des acteurs va tenter de jouer sa partition, provoquant une joyeuse cacophonie. C’est drôle et riche de rebondissements, quitte à laisser la crédibilité de l’ensemble un peu de côté. Mais on pardonne volontiers ce petit défaut à l’auteur qui compense les invraisemblances par une belle énergie qui nous emporte vers une fin que l’on sait heureuse et que l’on finit par espérer tant on s’est attaché aux personnages qui, au fil des pages, ont pris de la densité et sont devenus des compagnons de plus en plus attachants.
Un roman gai, qui n’a sans doute pas d’autre prétention que de vous faire passer un bon moment, de vous divertir et de vous redonner le moral. Mission parfaitement accomplie!

Autres critiques
Babelio
ELLE
Le blog d’eirenamg
Blog Mille et une frasques
Blog Chez Clarabel

Les premières pages du livre


Bande-Annonce du roman feel-good « Là où tu iras, j’irai » de Marie Vareille.

Extrait
« Quentin ? Des enfants ? Il avait évoqué le sujet à quelques reprises, mais jamais Isabelle n’avait pensé qu’il était sérieux. Mal à l’aise, elle tira de nouveau sur le joint.
– On n’en est pas là de toute façon.
– Ça fait combien de temps que vous êtes ensemble ? Cinq ans ?
– Mais non… Ça fait… (Isabelle calcula sur ses doigts.) Ah oui, cinq ans, réalisa-t-elle, surprise.
– Crois-moi, c’est le genre de conversation qu’il vaut mieux avoir maintenant que dans trois ans.
– Mais tu crois vraiment qu’il en veut ? On vient d’acheter un chien…
Alexandre ouvrit un Twix et ne put s’empêcher de rire en voyant la tête ébahie de son amie.
– Mais enfin, Isabelle, tout le monde veut des enfants.
Par la fenêtre, Isabelle observa longuement Quentin et, sans prévenir, comme un rhume au mois d’août, la culpabilité la prit à la gorge.
– Non, pas moi, murmura-t-elle. »

A propos de l’auteur
Âgée de 31 ans, Marie Vareille a eu son premier coup de foudre à six ans et demi, le jour où elle a lu un roman pour la première fois. Diplômée en management de l’ESCP-Europe et de l’université de Cornell aux Etats-Unis, elle n’a pas pour autant oublié son amour des histoires et travaille quotidiennement à accomplir sa vraie vocation : rêveuse professionnelle. Écrivain un brin geek et accro à son smartphone, elle fait aussi de la communication sur le web.
Elle est l’auteur de deux comédies romantiques, Ma vie, mon ex et autres calamités (City Editions, 2014) et Je peux très bien me passer de toi (Charleston, 2015) qui a obtenu le prix Confidentielles et d’un roman jeunesse, Elia, la passeuse d’âmes (Pocket Jeunesse, 2016), couronné par le Prix du meilleur roman jeunesse du Parisien. Là où tu iras j’irai est son quatrième roman. (Source : Éditions Mazarine/ Amazon)

Site internet de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)
//ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?ServiceVersion=20070822&OneJS=1&Operation=GetAdHtml&MarketPlace=FR&source=ac&ref=qf_sp_asin_til&ad_type=product_link&tracking_id=macolledelivr-21&marketplace=amazon&region=FR&placement=2863744283&asins=2863744283&linkId=a2734899b68f2a0238431b7b89070b80&show_border=true&link_opens_in_new_window=false&price_color=333333&title_color=0066c0&bg_color=ffffff

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Tags:
#laoutuirasjirai #marievareille #editionsmazarine #RL2017 #roman #rentreelitteraire #unLivreunePage. #livre #lecture #books