État de nature

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En deux mots:
Dans une France coupée en deux, la préfète de la Douvre intérieure a réussi à faire bouger les lignes, au grand dam du baron local qui demande son éviction. Mais dans le petit jeu des ambitions personnelles, des calculs politiciens et des pesanteurs administratives, elle n’a pas dit son dernier mot.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Chronique d’une France immobile

Homme du sérail, Jean-Baptiste de Froment s’est visiblement beaucoup amusé en imaginant la France quasi ingouvernable, coupée en deux par une administration omnipotente et des gouvernés en révolte. Prémonitoire?

Voilà un livre qui tombe à pic, au moment où la France est secouée par l’une de ces convulsions qui vient périodiquement prouver que le corps social est malade. Qu’entre les élites pensantes et le bas-peuple le fossé s’est élargi à un point tel qu’il devient même difficile d’établir un dialogue.
L’uchronie, c’est-à-dire la «réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé», imaginée par Jean-Baptiste de Froment met en scène un pays arc-bouté sur son conservatisme. Il est dirigé par Simone Radjovic, une Présidente de la République française qui entame son troisième septennat. Une longévité qui s’explique par une volonté farouche de ne surtout rien faire, car elle a vite compris que les réformes étaient d’abord un facteur de déstabilisation.
Aussi pratique-t-elle avec un art consommé la tactique des petites touches cosmétiques ainsi que des arrangements tactiques dans de son appareil administratif.
C’est ainsi qu’elle accède à la demande du «gouverneur» Claude, de muter Barbara Vauvert, préfète de la Douvre intérieure, parce qu’elle avait trop bien réussi dans sa mission de redynamiser une région oubliée de la République. D’une part parce qu’elle fait de l’ombre au Président Farejeaux, le baron local et d’autre part parce que ce succès pourrait lui donner des idées, d’autant qu’elle a réussi à prendre langue avec le groupe des opposants le plus virulent. Mené par Arthur Cann, un philosophe-agronome, il entend jeter les bases d’une société nouvelle, œuvrer pour «la réconciliation de la Pensée et de la Terre». Ensemble, ils lancent le projet Gaïapolis, la première cité agricole numérique parfaitement autosuffisante. Sébastien, son remplaçant, aura la charge d’enterrer le projet et de faire miroiter aux administrés tous les avantages d’une fusion de deux départements avec la création de la «Richardouvre».
Bien entendu, les choses ne se passent pas aussi bien que prévu. Claude sent que son heure est venue, Barbara ronge son frein, Arthur s’imagine mener la fronde contre la technocratie surpuissante, soutenue par Mélusine, la «moins raisonnable de toutes ses étudiantes» qui s’est installée chez lui dans l’attente du grand soir.
Sans oublier les Douvriens qui se sentent floués. Bref, il y a dans ce cocktail d’ambitions, d’aspirations, de rivalités, tous les ingrédients d’une tragi-comédie aussi féroce que divertissante.
Il faut dire que l’auteur connaît parfaitement le sujet. Jean-Baptiste de Froment est conseiller d’État, ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy à l’Elysée et conseiller LR de Paris. On notera aussi dans son CV une agrégation de philosophie, et un certain Emmanuel Macron parmi ses anciens camarades de khâgne. Sa plume, d’un classicisme teinté d’ironie vient au service d’une intrigue habilement construite et qu’il faut lire non comme un roman à clé – à l’image de «Première dame» de Caroline Lunoir – mais comme l’analyse lucide et un peu angoissante du poids de l’administration et des technocrates sur les politiques qui auraient des velléités de changement.

État de nature
Jean-Baptiste de Froment
Aux forges de Vulcain
Roman
272 p., 18 €
EAN : 978xxx
Paru le 4 janvier 2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement en «Douvre intérieure» et à Paris.

Quand?
L’action se situe dans un présent qui n’a pas précisément défini.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est l’histoire d’un homme qui veut devenir président. Mais à l’autre bout du pays, une femme a eu exactement la même idée.
Leader charismatique contre technocrate distant. Peuple contre élite. Quand retomberont les cendres, qui sera à la tête du pays? Claude le patricien de l’ancien monde, ou Barbara, la passionaria qui incarne le saut dans l’inconnu pour un pays qui ne se reconnaît plus? Dans cette uchronie originale, qui passe par une France imaginaire pour peindre avec plus de justesse ce qu’est notre pays, Jean-Baptiste de Froment dissèque une nation qui, quand vient le crépuscule, ne sait plus à quel saint ou sainte, Claude ou Barbara, se vouer. S’efforçant, à la manière d’un Saramago, de cerner une réalité fuyante, dessinant, comme Gracq, l’attente d’un événement décisif
dans un lieu-frontière (la Douvre), méditant sur le pouvoir suprême comme Yourcenar dans ses Mémoires d’Hadrien, le jeune romancier retrouve les accents graves et le sens de la tragédie d’Un lion en hiver. Fable qui capture le génie d’un peuple, subversion ironique du roman national, État de nature est un premier roman qui dessine de manière éclatante l’état et la légende de la France.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com
France Culture (Le temps des écrivains – Podcast)
Blog L’avis textuel de Marie M.
Blog de Lisa Giraud Taylor

Incipit (Les premières pages du livre)
«De toutes les provinces dont la réunion forme le royaume de France, celles qui composent le département de la Douvre intérieure sont peut-être les seules dont il n’y ait point d’histoire particulière. Quelques personnes, un peu trop prévenues contre leur pays, d’autres pour lesquelles il n’y a de digne d’attention que ce qui est loin d’elles, cherchent à justifier cet oubli, en prétendant que la Douvre n’a été le théâtre d’aucun événement digne de mémoire, n’a produit aucun personnage marquant et ne montre aucun lien auquel s’attachent des souvenirs historiques. Ce préjugé, dont l’honneur départemental est offensé, a pris naissance, comme la plupart des autres préjugés, dans cet esprit de paresse et d’indifférence, pour lequel il est plus commode et plus expéditif de nier que d’examiner et de rechercher.»
Histoire de la Douvre et du pays de Trêve,
par M. Joulietton, conseiller de préfecture du département de la Douvre intérieure, membre de plusieurs sociétés savantes, 1814.

Claude aimait se réveiller. Il aimait les retrouvailles de ses forces reconstituées par la nuit avec le monde. Le moment où il reprenait conscience de tout ce qu’il pouvait, et de toutes les occasions que la journée à venir lui donnerait d’en faire, à nouveau, la démonstration.
À l’instant de la sonnerie, il n’était encore personne. Rien qu’une respiration régulière dépourvue d’intelligence. Un imposant conglomérat de chair, repu de lui-même, recouvert d’un tricot de corps et empaqueté dans une grosse couette.
Mais petit à petit, un à un, ses capteurs cérébraux se remettaient en marche, comme se rallument, dans les vaisseaux spatiaux intergalactiques qui se préparent au démarrage, les signaux lumineux sur le vaste tableau de bord.
À mesure qu’ils se réactivaient, la perception de son importance, de la position éminente qu’il occupait dans le pays, se précisait. Une lumière de plus en plus vive éclairait la réalité, de moins en moins contestable, de ses prérogatives et compétences.
C’était délicieux. Il se laissait lentement envahir par la douce rumeur du monde. «Pouvoir de nomination et de révocation», «subventions exceptionnelles», «projets de loi». «Arbitrages interministériels», «coupes et rallonges budgétaires». «Habilitation à procéder par ordonnance», «décrets simples», «ratification», «Départements et territoires d’outremer», «État de catastrophe naturelle», «Monopole de la violence légitime». Les formules du pouvoir sortaient pêle-mêle du tohu-bohu de la nuit, d’abord comme un écho lointain, puis s’ordonnant, s’égrenant dans une récitation intérieure de plus en plus structurée. Et puis, finissant par émerger à travers les concepts, se faisaient jour les visages, obscurs ou illustres, de ses obligés. Tout cela flottait devant lui, dans les limbes de son demi-sommeil. Tout cela prenait forme et solidité. Tout cela était à lui.
À lui. Enfin, presque à lui objecta soudain une petite voix intérieure, en provenance d’une partie plus réveillée de lui-même. Malgré l’heure matinale, elle paraissait décidée à ne pas s’en laisser conter. « Certes », fut obligé de concéder sèchement Claude qui, sous la perfidie de l’attaque, avait ouvert les yeux. « Le sommet est très proche, nuança-t-il, sans quitter la position horizontale. Mais pour être parfaitement exact, il n’est pas encore atteint. Il y a encore, tout là-haut, cette vieille femme qui m’emmerde… »
Raison de plus pour se lever. La seule véritable raison, sans doute: Pour passer sous la douche, chaude, drue, comme une pluie tropicale sur son torse bombé.
Pour boutonner sa chemise bleu horizon et enfiler un costume, aujourd’hui gris sombre, au toucher légèrement duveteux ; la cravate club était fine, anglaise.
Pour prendre son petit-déjeuner, toujours la même chose, du thé et deux tranches de poisson cru.
Pour se brosser les dents.
Pour laisser reposer sa langue, qui picotait un peu, à cause du dentifrice à la menthe ultra-fraîche. Puis pour se brosser les dents une seconde fois.
Pour descendre les escaliers.
Pour monter dans sa voiture, qui fila, sans un bruit dans le matin ensommeillé, direction la Commanderie d’État.
Élégant arc de cercle tracé par les pneus sur le gravier de la cour d’honneur, ouverture de la porte latérale droite par l’huissier, sortie du véhicule.
Il vient d’arriver, monsieur le commandeur.
Qui ça déjà, «il»? se demanda Claude agacé que l’huissier prît toujours cet air de mystère entendu, comme s’il devait savoir, comme si les détails de l’agenda du jour faisaient partie de la culture générale. Ah oui, c’est vrai. Lui, dit-il, avec une moue de dégoût… Il va falloir être aimable. Tout ce qu’il_ voudra, quoi qu’il m’en coûte. Dans la dernière ligne droite, il faut redoubler de générosité, proféra-t-il. Les imbéciles croient que le pouvoir se gagne à force de voler, d’arracher aux autres ce qui leur est dû. C’est au contraire en leur abandonnant le plus possible, surtout lorsqu’ils ne le méritent pas, et en se privant soi-même pour cela, y compris du nécessaire, presque jusqu’à crever de faim, que l’on gravit les échelons. Tout au long du chemin, dans cette forêt obscure, il faut semer petits et gros cadeaux, tel un Petit Poucet qui préparerait son retour triomphal, sous les vivats de tous ceux qui, au bord de la route, ont bénéficié de ses largesses.

Le long des hauts murs de son bureau étaient disposés quatre écrans géants, qui diffusaient chacun, en continu et en plan fixe, l’image d’un cerisier du Japon. Chaque cerisier était différent et provenait d’un parc différent, lui-même situé sur une île différente, parmi les quatre principales de l’archipel. Du nord au sud : Hokkaido, Honshu, Shikoku et Kyushu.
Afin de neutraliser les effets du décalage horaire (il fallait que la lumière de là-bas correspondît à l’heure qu’il était, ici, à Paris), la retransmission des images s’effectuait avec sept heures de retard.
L’installation, inspirée du système des webcams mises en place par les sites de météorologie, qui permettait aux internautes de visualiser le temps qu’il faisait autour d’un point géographique donné (au sommet du Mont blanc, sur la plage de Biscarosse ou même sur le parking d’un supermarché), était souvent attribuée au vidéaste anglo-normand Victor Glambow. Mais ni ce dernier, qui entretenait volontiers le mystère sur la paternité de ses propres
œuvres, ni Claude l’impénétrable n’avaient jamais confirmé cette hypothèse, sans pour autant la réfuter.

Extrait
« En effet. La situation s’y prête. Le reste du pays, ce qu’on appelle «la France», est à l’image de l’antique momie qui prétend encore la présider: elle n’en a tout simplement plus pour très longtemps. L’insondable médiocrité de ses actuels dirigeants en est la cause immédiate et conjoncturelle. Mais il y a une explication plus profonde. La « civilisation », c’est-à-dire cette prétention de l’homme (et en particulier de l’homme français, soulignons-le au passage) à sortir de’ la nature pour se gouverner lui-même, touche à sa fin. »

À propos de l’auteur
Jean-Baptiste de Froment est né en 1977. État de nature est son premier roman. (Source : Éditions Aux forges de Vulcain)

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Tenir jusqu’à l’aube

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En deux mots:
Une mère seule avec un petit enfant essaie de s’en sortir. On va la suivre tout au long de son combat quotidien pour mener de front son travail de graphiste et l’éducation de son fils. Une épreuve exténuante, un constat sans appel.

Ma note:
★★★ (beaucoup aimé)

Ma chronique:

Le dur combat d’une mère célibataire

Un nouveau roman percutant signé Carole Fives. Après Une femme au téléphone, elle nous raconte dans Tenir jusqu’à l’aube le quotidien d’une mère célibataire. Dramatiquement juste, formidablement prenant.

Il y a de ces livres qui vous secouent. De ces histoires qui vous remuent. De ces scènes qui vous restent ancrées dans la mémoire. Carole Fives réussit une nouvelle fois à attraper son lecteur dès les premières lignes de ce court et bouleversant roman. Nous sommes à Lyon où nous prenons le pas d’une femme pressée. Après avoir fait manger son fils, l’avoir couché, lui avoir lu une histoire et attendu qu’il s’endorme, elle s’est offert une escapade de quelques minutes. Prendre l’air, croiser des gens, se promener seule: un luxe quasi impossible pour une mère célibataire. Car chaque pas résonne déjà de ce sentiment de culpabilité. Il pourrait arriver quelque chose au bébé. Aussi se dépêche-t-elle de monter les escaliers et n’est vraiment rassurée qu’en constatant que l’enfant dort toujours.
Tout au long du roman, il va en aller de même. Au fil des jours qui passent le poids de sa responsabilité va croître, les moments de liberté se limiter à la portion congrue.
Dans son appartement, qu’elle n’arrive plus à payer, elle doit être attentive chaque minute car son fils a vite fait de transformer la cuisine en champ de bataille, la salle de bain en territoire inondé ou le coin jeu en studio de street art.
Quand elle va à un rendez-vous ou se promène au parc de la Tête d’Or, sa vigilance ne doit pas se relâcher non plus. Il suffit d’un instant d’inattention pour le perdre, pour qu’il s’en prenne à un autre petit garçon ou qu’il chute malencontreusement.
Bien entendu, elle cherche des solutions. Le père de l‘enfant ayant démissionné, elle essaie de trouver une place de crèche. Mais pour l’obtenir elle aurait dû s’inscrire dès la conception de l’enfant. Son grand-père l’accueille quelquefois, mais s’énerve du manque d’éducation de son petit-fils et s’étonne du laisser-faire de sa fille.
Ajoutons encore à ce tableau les rendez-vous avec l’administration qui va briller par son incompétence à régler les problèmes ou, sorte de sommet de l’humiliation, à sa visite chez le pédiatre. Une scène que je vous laisse découvrir par vous-mêmes.
On l’aura compris, le tableau dressé par Carole Fives ressemble à un long chemin de croix, une épreuve qui apparaît de plus en plus insoluble au fil des jours.
Le temps pour se consacrer à son métier de graphiste se réduit comme peau de chagrin, les dettes s’accumulent, pas plus le père que le grand-père n’apportent leur soutien.
Avec beaucoup d’à-propos, Carole Fives choisit d’agrémenter son récit en publiant d’une part des échanges menés sur internet avec des femmes rencontrant les mêmes problèmes et d’autre part des extraits de La chèvre de Monsieur Seguin, l’histoire qu’elle lit à son bout de chou et qui résonne très fort en elle.
L’épilogue de ce drame est aussi subtil que surprenant. Il nous prouve combien Carole Fives s’installe livre après livre, comme une voix originale de la littérature française contemporaine.

Tenir jusqu’à l’aube
Carole Fives
Éditions l’arbalète – Gallimard
Roman
192 p., 17 €
EAN : 9782072797392
Paru le 16 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Lyon. On y évoque aussi des voyages à Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Et l’enfant?
Il dort, il dort.
Que peut-il faire d’autre?»
Une jeune mère célibataire s’occupe de son fils de deux ans. Du matin au soir, sans crèche, sans famille à proximité, sans budget pour une baby-sitter, ils vivent une relation fusionnelle. Pour échapper à l’étouffement, la mère s’autorise à fuguer certaines nuits. À quelques mètres de l’appartement d’abord, puis toujours un peu plus loin, toujours un peu plus tard, à la poursuite d’un semblant de légèreté.
Comme la chèvre de Monsieur Seguin, elle tire sur la corde, mais pour combien de temps encore?
On retrouve, dans ce nouveau livre, l’écriture vive et le regard aiguisé de Carole Fives, fine portraitiste de la famille contemporaine.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Télérama (Christine Ferniot)
Slate.fr (Thomas Messias)
Lyon capitale (Kevin Muscat)
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Lecturissime 
Blog Les livres de Joëlle 
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Loupbouquin 


Carole Fives présente Tenir jusqu’à l’aube. © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Avec quelle confiance l’enfant a avalé ses pâtes, ses légumes. Il a même terminé le yaourt aux fraises, son biberon de lait tiède. Avec ça, il devrait être calé.
Elle lui a lu une histoire, est restée près de lui jusqu’à ce que les petits poings se desserrent et relâchent enfin sa main.
Elle a encore patienté quelques minutes, l’obscurité de la pièce à peine perturbée par le stroboscope de la veilleuse lapin.
La porte d’entrée qu’elle referme avec mille précautions derrière elle.
Dans le hall, l’éclairage automatique se déclenche.
Il y a encore tant de monde dehors.
Un grand vent frais.
Marcher, juste, marcher. À peine le tour du pâté de maisons.
De la musique sort des fenêtres ouvertes d’un appartement, des rythmes de salsa. Elle perçoit des silhouettes. Des voix reprennent en espagnol un refrain qu’elle ne connaît pas. Quelqu’un se penche à la fenêtre, elle accélère.
Elle stoppe net devant la vitrine d’une agence immobilière. Les annonces s’illuminent sur les écrans LCD. Dernier étage avec terrasse, 1100 euros. Triplex ensoleillé, 850. La campagne à la ville, maison+ jardinet, 1200. Idéalement placé, traversant est-ouest, 850. Joli canut, pentes de la Croix-Rousse, 880.
Plus loin un autre appartement, une autre fête. Un son plus rock, plus puissant. Un livreur à scooter l’évite de justesse sur le trottoir, elle bondit et s’excuserait presque.
Une petite bande éméchée traverse la rue, il est vraiment! Il est vraiment phénoménal.
Mais son smartphone vibre déjà dans sa poche. Elle ralentit, savoure ses derniers pas. Le badge sur l’interphone, les escaliers quatre à quatre.
Sixième étage droite.
Elle rouvre la porte, essoufflée.
À l’intérieur, rien n’a bougé.
Dans la petite chambre, le ronflement régulier de l’enfant. Il est encore enrhumé, demain, elle lui fera un lavage de nez, même s’il déteste ça.
C’est bon pour ce soir.
Désormais elle tient ce trésor, elle pourra recommencer. »

Extrait
« Elle tapa avec son poing sur son fax, et lui sortit la liste des pièces à réunir pour monter le dossier. Et il n’y avait pas de temps à perdre, les délais étaient de minimum six mois avant d’envisager une audience devant un juge. Elle lui tapota l’épaule en la poussant vers la sortie, et lui assura que dans cette bataille qui commençait, elle n’était plus seule. En attendant, elle était priée de lui verser un acompte de cinq cents euros, à l’ordre du cabinet. »

À propos de l’auteur
Carole Fives est née le 12 novembre 1971 dans le Pas-de-Calais. Après une licence de philosophie et une maîtrise d’arts plastiques, Carole Fives entre à l’école des beaux-arts de Paris où elle obtient le diplôme national supérieur d’expression plastique (DNSEP). Artiste plasticienne et vidéaste, elle écrit d’abord dans le cadre de performances sonores. Un premier recueil de nouvelles est publié en 2010, Quand nous serons heureux, qui est récompensé par le prix Technikart, présidé cette année-là par Alain Mabanckou. Elle est aussi auteur d’albums et de romans jeunesse notamment à l’École des Loisirs (Zarra, Modèle vivant… ) et chez Hélium. Elle travaille régulièrement avec les dessinatrices Dorothée de Monfreid et Séverine Assous. Après avoir vécu à Lille, elle s’est installée récemment à Lyon. (Source: Wikipédia)

Page Facebook de l’auteur 
Site internet de l’auteur 

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La purge

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En deux mots:
Une année de classe préparatoire dans un lycée de Clermont-Ferrand nous vaut un exercice de style sur le mode d’une dystopie post-apocalyptique. L’occasion de régler quelques comptes avec l’institution.

Ma note:
★★ (bon livre. Je ne regrette pas cette lecture)

Ma chronique:

Une classe préparatoire à quoi ?

Tout au long de ce court premier roman Arthur Nesnidal va nous raconter une année de classe préparatoire dans un lycée aujourd’hui totalement détruit. Une fable grinçante sur la faillite d’un système.

Quand on se replongera dans les archives pour tenter de comprendre comment, au début du XXIe siècle, le système s’est délité avant de faillir complètement et d’entraîner conflits et destructions, alors on retrouvera sans doute un épais dossier consacré à l’éducation et à la fabrication des soi-disant élites qui devaient conduire le pays à la réussite. Un chapitre y sera sûrement consacré aux classes préparatoires qui, comme leur nom l’indique, devaient préparer les meilleurs élèves à intégrer les grandes écoles. Peut-être fera-t-il aussi référence à un ouvrage intitulé La purge et qui démontait alors, point par point, ce système défaillant.
Un témoignage édifiant – de l’intérieur – sur les curieux us et coutumes qui présidaient alors dans ce lycée que l’on n’aura guère de peine à situer à Clermont-Ferrand. «Tout, dans cet établissement, dégageait ce délicat fumet de rance et de désuet, de poussière et de moisi, dont nos enseignants se délectaient volontiers, s’extasiant sans retenue sur l’immuabilité réactionnaire des classes préparatoires. Les couloirs vomissaient leur papier peint en lambeaux, le carrelage d’avant-guerre se disloquait à tout-va, et la craie, sur nos tableaux encore noirs, n’en finissait plus d’agoniser en crissements déchirants. »
Après les infrastructures et le cadre de vie proposé aux élèves et aux enseignants, concentrons-nous sur les méthodes. On trouvera particulièrement motivant la haute considération affichée par le corps enseignant pour des élèves «médiocres, mauvais, incultes, vides». Les professeurs ne vont du reste pas manquer une occasion de souligner leurs propos, allant jusqu’à humilier ces cancres qui n’ont pas assimilé toutes les subtilités du latin, du grec ou des mathématiques : « il annonçait tout haut la note qui tombait; puis, sans élever la voix, il faisait des remarques sur les fautes grossières que l’on avait commises, sur les égarements qu’on eût pu éviter, sur tout ce qui faisait de nos humbles travaux d’immondes petits torchons; on aurait dit une hyène rôdant parmi les chats.»
Arthur Nesnidal s’en donne à cœur joie dans ce roman à charge, flinguant à tout va, massacrant avec cruauté, dézinguant sans discernement. C’est ce qui rend son brûlot tout autant jouissif qu’excessif. Car pour lui, il n’y a qu’à jeter le bébé avec l’eau du bain. On le suit volontiers lorsqu’il dénonce la nourriture qui leur est servie ou lorsqu’il met en avant les absurdités de l’administration. On se régale notamment de cette scène ubuesque lorsqu’il vient expliquer à la comptabilité qu’il s’acquittera de sa dette lorsque l’argent de la bourse lui sera versée: « Maintenant que vous savez que je paierai, et quand je le ferai, pourriez-vous arrêter d’envoyer des courriers de rappel ?
– On ne peut pas, c’t’automatique, récita-t-elle d’un ton embarrassé qu’une rage incontrôlée faussait de plus en plus.
Automatique, bien sûr. Comment n‘y avais-je pas songé? Ils avaient certainement inventé pour le soin du service une sorte de rotative à timbrer les enveloppes, et une autre machine plus ingénieuse encore pour reproduire l’écriture manuelle et ses fautes de français. Sans compter le robot à poster, merveille de technique, qui se glissait la nuit pour se faire discret jusques aux boîtes aux lettres les plus proches des bureaux. »
En revanche, le romancier donne avec son livre la preuve que la théorie du formatage des esprits, du modèle unique, peut très bien voler en éclats pour peu que l’on cherche à s’émanciper de ce modèle unique et stérile. Laissant de côté les « plaisirs d’ignorance, de paresse et d’orgueil » il nous offre un exercice de style vivifiant servi par une plume trempée dans l’acide.

La purge
Arthur Nesnidal
Éditions Julliard
Roman
160 p., 16 €
EAN : 9782260032502
Paru le 16 août 2018

Où?
Le roman se déroule à Clermont-Ferrand.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Vous, Mademoiselle, dites-nous ce que vous en pensez, vous qui avez raté votre devoir. » Aucune forteresse ne résiste à cela. Blême, frissonnante, l’expression fissurée par la déflagration, l’estomac enfoncé, l’espérance perdue, elle se faisait violence avec un héroïsme en tous points admirable pour ne pas fondre en larmes ou sombrer sous la table.
Sans complaisance, un étudiant décrit le quotidien d’une année d’hypokhâgne, sacro-sainte filière d’excellence qui prépare au concours d’entrée à l’École normale supérieure. Face au bachotage harassant, au formatage des esprits et aux humiliations répétées de professeurs sadiques, la révolte gronde dans l’esprit du jeune homme…
Féroce et virtuose, La Purge dénonce la machine à broyer les individus qu’est l’éducation élitiste à la française. Avec pour toutes armes la tendresse d’un Prévert et les fulgurances d’un Rimbaud, Arthur Nesnidal y taille en pièces l’académisme rance de ses professeurs et retourne contre l’oppresseur sa prose ciselée. Dans la plus pure tradition du roman d’apprentissage, un manifeste pour la liberté.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Publik’Art (Delphine de Loriol)
Livres Hebdo (Jean-Claude Perrier)
Blog La bibliothèque de Delphine-Olympe


Arthur Nesnidal présente son premier roman La purge © Production éditions Julliard

Les premières pages du livre
Parmi la multitude des enfers d’ici-bas, je vis, au commencement de ce siècle, tourner l’implacable machine de la grande industrie intellectuelle et vomir à grandes fournées ses séries de troufions de l’esprit et son lot de déchets. On nommait ces chaudrons les classes préparatoires. C’était le temps des gueux, c’était le temps des villes, le temps des miséreux qu’on ne verra jamais plus.
Il faut se figurer l’esprit de ce temps-là. Les murs de nos frontières n’étaient pas encore tombés, et cette contrée s’appelait alors la France, mère patrie de tous ses enfants nés de ses entrailles de terre et de sang. L’Histoire connaît ces envolées que le ciel ne peut ignorer. Les rues de nos bourgades serpentaient bruyamment sous leurs voitures enragées ; à Paris se dressaient Notre-Dame et la tour Eiffel, que la guerre détruisit depuis. La pluie zébrait la grisaille de notre civilisation, martelait le macadam qui chaussait les pas de nos aînés, et les immeubles de béton s’empilaient, sans ordre ni mesure, à la marge des trottoirs qu’investissait chaque aube la foule grouillante de nos ancêtres.
Le centre de la France hébergeait ses montagnes, jetées sans précaution au flanc des Auvergnats. Le massif abritait une fière citadelle. Blanche de brouillard, noire de Volvic, les dieux l’avaient dotée de forts reliefs rocheux, volcans que les Titans prenaient pour barricades pour repousser toujours le bronze des Latins.
Les patrouilles nerveuses y pourfendaient la cohue ; on entendait les cris mêlés aux coups de sifflets. Qu’on veuille s’imaginer cet incroyable flot de ces gens en désordre ; les chemises cravatées frôlaient l’exubérant jogging du sale et vieux clochard ; on marchait droit devant, l’œil sur la montre, vers la gare, le marché, la place de la Victoire, et traversait en hâte les chaussées carrossables au risque presque inconscient de se faire renverser. Au plus haut de la ville enrhumée surgissait la cathédrale gothique, extraite du pavé par les anciens croyants. Les paroissiens l’avaient peu à peu désertée, la science et la finance avaient eu raison d’elle ; nul doute que les troquets étaient mieux fréquentés ; les notables avaient migré sur les bancs des universités, des écoles, des mairies, des marchés ; le fossile chrétien était bien dépassé ; ses heures de gloire enfouies.
Et le clocher sonnait par habitude.
Je me rappelle bien mon entrée dans ce monde. C’était le septembre scolaire ; les feuilles s’agrippaient de leur mieux aux branches des platanes, les écoliers volaient derrière leurs parents, les cartables écrasaient notre jeunesse courbée. Des cohortes d’omnibus se poussaient au coin de chaque école primaire ; la police faisait traverser les petits ; un roulement de voitures déchargeait ses moutards.
Je m’étais, dès l’aurore, jeté hors de mon lit, trop heureux, à vrai dire, d’avoir le privilège d’arriver le premier au seuil de l’instruction. C’est à peine si je pris le temps d’ôter le cintre de ma chemise ; il faut dire qu’à la fois je passais un pantalon et laçais mes chaussures sagement couchées à mes pieds. Quel doigté délicat ! Je farcis mon gosier du petit déjeuner, fis ma toilette en deux ou trois gestes rapides, fus au lycée susdit en quelques enjambées.
Le lycée de nos rêves avait tout du bunker ; il avançait sur nous de tout son bétonnage ; sur son fronton simpliste on lisait son doux nom. Sous l’imposant portail de cette institution se tenait le troupeau des préparationnaires. On parlait, on maugréait ; on bécassait à tout va et de toutes les façons, on se bousculait. Au mur, on avait placardé la liste de nos noms, dans les caractères d’imprimerie les plus petits qui soient, et nous tentions en vain d’écarter ce tas d’hommes pour accéder enfin au tableau de répartition.
Plus tard on s’entassa dans une immense salle ; s’y tenait en faction le comité d’accueil. C’était le peloton des horribles fantômes qu’on percevait à peine du tréfonds de la pièce au travers de ce vague nuage de craie.
« Bienvenue », prétendit une voix par-dessus cette brouille.
Et le silence se fit.
« Bienvenue », reprit le tonnerre de sa voix d’ogre. Et il poursuivit son discours de rentrée. Il y était question de travail, d’ordre, de culture, et du nombre de notre promotion destiné à se réduire de moitié au passage en deuxième année, sans toutefois que nous ayons à nous en inquiéter, car il n’y avait à vrai dire aucune raison que nous ne passions pas pourvu que nous nous en montrions capables. Ne restait, plus en somme, qu’à se mettre au travail.

Extraits:
« L’infirmerie scolaire était pour les élèves la dernière frontière avant le précipice. Y passer, c’était presque mourir; son sinistre dortoir confinait à la morgue; des plaintes de détresse venaient de tous côtés, chétives et déchirantes, les mourants de fatigue s’empilaient à tout va dans des chambres étroites et toujours surchargées. »

« Il annonçait tout haut la note qui tombait; puis, sans élever la voix, il faisait des remarques sur les fautes grossières que l’on avait commises, sur les égarements qu’on eût pu éviter, sur tout ce qui faisait de nos humbles travaux d’immondes petits torchons; on aurait dit une hyène rôdant parmi les chats. »

« C’était un monastère, d’esprit et de structure. On y entrait, innocent enfant de chœur; on en sortait perverti, transi de quelque fanatisme littéraire gâteur de libres pensées. Le génie flétrit sous les coups de l’autorité. »

« Il y a dans la nuit cette paix formidable qui tombe du silence des vies insomniaques. Ce silence ahurit la rumeur des journées ; c’est un silence épais qui confond la tourmente, terrasse les angoisses qui s’y noient sans un cri. C’est un néant rempli de mystère, comble de sérénité, qui couvre le veilleur d’une chaleur anonyme. Tranquille, perdu dans l’immensité d’une nuit bornée de quatre murs, d’un calme que même le grésillement effréné de la mouche conforte, le studieux ne craint pas de s’y voir englouti ; la nuit lui donne la main ; la fatigue patiente pour la prendre à son tour, elle qui conduira notre homme dans sa couche. Les âmes éveillées se subliment un instant, on touche à l’infini, le crâne ne connaît plus ses frontières et l’entendement soudain s’évade et s’éparpille dans le songe éveillé, … »

« La porte des toilettes butait contre la cuvette; on ne pouvait s‘y engouffrer qu’à force d’acrobaties pour les plus souples, qu’en fourrant une jambe dans l’eau pour les autres. Les couloirs étaient étroits, l’oxygène disputé par le surnombre haletant de sa montée; de là-haut, l’œil prenait en entier l’ensemble des constructions. Tout était mal conçu et pensé à moitié, et même pour un bagne, cela était atroce; on avait pris la tourbe pour en faire de la boue; on avait ignoré le savoir de trente siècles; on avait mis l’architecture aux encombrants.
Tout, dans cet établissement, dégageait ce délicat fumet de rance et de désuet, de poussière et de moisi, dont nos enseignants se délectaient volontiers, s’extasiant sans retenue sur l’immuabilité réactionnaire des classes préparatoires. Les couloirs vomissaient leur papier peint en lambeaux, le carrelage d’avant-guerre se disloquait à tout-va, et la craie, sur nos tableaux encore noirs, n’en finissait plus d’agoniser en crissements déchirants. »

« Maintenant que vous savez que je paierai, et quand je le ferai, pourriez-vous arrêter d’envoyer des courriers de rappel ?
– On ne peut pas, c’t’automatique, récita-t-elle d’un ton embarrassé qu’une rage incontrôlée faussait de plus en plus.
Automatique, bien sûr. Comment n‘y avais-je pas songé? Ils avaient certainement inventé pour le soin du service une sorte de rotative à timbrer les enveloppes, et une autre machine plus ingénieuse encore pour reproduire l’écriture manuelle et ses fautes de français. Sans compter le robot à poster, merveille de technique, qui se glissait la nuit pour se faire discret jusques aux boîtes aux lettres les plus proches des bureaux. Le génial créateur de cette mécanique devait être défunt, car ils ne savaient pas comment l’étalonner; vous supposez combien je créditais l’existence d’un si brillant Einstein de la papeterie. »

À propos de l’auteur
Arthur Nesnidal vit près de Clermont-Ferrand, où il a étudié la philosophie. Depuis 2015, il collabore au journal Siné Mensuel. Il a également séjourné dans la «Jungle» de Calais et écrit un document sur une école pour réfugiés, Les Nouveaux Hussards noirs de la République. Écrivain public bénévole, il fut aussi candidat aux législatives de 2017 pour La France insoumise. La Purge est son premier roman. Il a vingt-deux ans. (Source : Éditions Julliard)

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Les idéaux

FILIPPETTI_Les_ideaux

En deux mots:
Aurélie Filippetti a choisi d’oublier la politique et raconter dans un roman au goût amer combien la confrontation des idéaux à la réalité est usante. Un adieu aux armes sur fond d’amours clandestines entre un homme de droite et une femme de gauche.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Adieu la politique

Aurélie Filippetti revient au roman pour raconter une histoire d’amour entre un homme de droite et une femme de gauche. Entre convictions, combats et désillusions.

Avant d’être ministre de la Culture, Aurélie Filippetti était romancière. Les derniers jours de la classe ouvrière et Un homme dans la poche ont prouvé son talent en la matière. Aussi l’annonce de la parution de son nouveau roman a attisé ma curiosité. Une fois oublié l’aspect secondaire du petit jeu des personnages réels cachés derrière les protagonistes – Frédéric Dupuis affirme dans l’Express avoir identifié Frédéric de Saint-Sernin, ancien secrétaire d’Etat de Jean-Pierre Raffarin comme l’amoureux de la ministre et Marc Ladreit de Lacharrière, le patron de Fimalac derrière «le portrait féroce d’un autre homme, un financier matois et flagorneur, jouant les mécènes culturels pour mieux infiltrer les hautes sphères du pouvoir.» – il faut d’abord lire cet épais roman comme un témoignage, un compte-rendu détaillé et vécu des rouages du pouvoir, car on ne peut dissocier la ministre de la culture de la romancière.
Il y a d’abord ce constat douloureux que derrière l’image – la volonté affichée de la parité – se cachent des années de pratique machiste du pouvoir et cette méfiance des femmes : « on ne les laissait exister qu’ainsi, au service de… de l‘homme, du chef, du leader, de l’enfant, de la société. Elle avait été obligée d’insister et de faire plusieurs fois remarquer que la commission qui traitait des finances, du budget, qui répartissait les subventions, qui enquêtait sur l’exécution des comptes, ne comprenait que 3 femmes sur 70 membres, pour obtenir l’autorisation d’y siéger, à titre exceptionnel pour une nouvelle arrivante. Il était frappant de constater que même dans les plus hautes sphères du pouvoir les femmes étaient ainsi infantilisées, subordonnées, si rarement écoutées avec sérieux. Condamnées à un prétendu altruisme qui les enfermait. Obligées de s’enraciner dans ce que d’autres voulaient bien reconnaître en elles pour s’émanciper. Chaque parole féminine qui disait le plaisir, la gaieté égoïste, l’hédonisme ou la lutte, l’exigence, le courage, la volonté était retournée contre elles. » La scène qui raconte l’arrivée de la toute fraîche nommée ministre de la culture au Festival de Cannes est à ce propos aussi éclairante que consternante.
Il a y ensuite cette histoire d’amour aussi improbable que vraie. L’homme de droite et la militante de gauche se sont reconnus dans leur histoire familiale semblable, leur volonté de rendre à l’école de la République ce qu’elle leur a donné, ce besoin quasi viscéral de s’engager pour relayer la voix des habitants de leur circonscription respective. Ils ont construit leur amour en sachant que leur relation était impossible.
« Ils se l’étaient répété, ou plutôt était-ce elle qui le lui avait signifié, lors du deuxième rendez-vous.
En tirer les conséquences, ne pas parler, ne pas s’appeler, ne pas souffrir.
La clandestinité était forcée, leurs rencontres tapies dans l’obscurité d’après-midi clos. Il arrivait chez elle avec une ponctualité ondoyante. Elle l’attendait avec une impatience inconstante. Entre-temps, il n’y avait rien.
Rien que des rêves ensommeillés et une profusion d’activités en tous sens. Leur vraie vie, à ces deux-là, était ailleurs. » Mais c’est sans doute aussi ce qui entretient leur relation et l’enrichit, l’urgence d’une part et la liberté de leurs échanges d’autre part. On serait même tenté de dire enfin un moment où la confrontation des idées peut avoir lieu tant les blocages, les compromis – pour ne pas dire les compromissions – sont légion. Pourtant la ministre et ses amis proches avaient promis de ne pas abandonner les leurs, compagnons de lutte en Lorraine durement frappés par l’abandon du charbon et de l’acier, sachant pertinemment que «s’ils perdaient de vue cette exigence, ils se perdraient eux-mêmes.» Ce qui a fini par arriver… Même si, avant de rendre les armes, la ministre a voulu trouver dans sa circonscription de quoi se ressourcer et rebondir. Mais au temps des campagnes médiatiques et des réseaux sociaux, on a tôt fait de juger sans même l’esquisse d’un procès à armes égales.
Il faut lire ces pages qui racontent le quotidien, la confrontation avec les fonctionnaires des cabinets ministériels puis celle avec les ouvriers que l’on avait assuré de leur soutien pour comprendre ce qu’est l’usure du pouvoir. Et trouver entre les lignes quelles souffrances peuvent endurer celles et ceux qui entendent ne pas renier leurs idéaux, fut-ce au prix d’une demi-victoire.
En saluant la romancière, on ne peut toutefois s’empêcher de lire entre les lignes le constat d’un grand gâchis. Quand tout le système, les énarques, le Premier ministre et le Président choisissent de renoncer aux promesses – y compris après les attentats – pour un «pragmatisme» qui n’a plus rien à voir avec Les idéaux.

Les idéaux
Aurélie Filippetti
Éditions Fayard
Roman
448 p., 21,50 €
EAN : 9782213709444
Paru le 22 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris, mais aussi en province et notamment en Lorraine. On y évoque aussi une escapade amoureuse en Italie, à sienne, Arezzo, Sansepolcro et des promenades au bord de la Dronne dans le Sud-Ouest de la France.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Rapidement ils ont décidé que l’amour n’était pas fait pour eux.
Se plaire, se désirer, se retrouver en secret, oui. Mais s’aimer ?
Son père à elle est tombé d’un échafaudage ; son père à lui est tombé au champ d’honneur. Elle est hantée par les voix de tous ceux qu’on n’entend jamais, ceux qui peinent, qui travaillent, mais que le dévoiement des mots « mérite » et « réussite » réduira bientôt à « ceux qui ne sont rien ». Lui est habité par l’amour de sa province comme par la certitude de sa légitimité à parler en son nom, à veiller sur elle comme dans les légendes les chevaliers veillaient sur les faibles.
Ils se sont connus à l’Assemblée nationale. Députés tous les deux. Et – forcément – de deux camps opposés. Mais ils n’ont pas pu résister à l’attrait qu’ils avaient l’un pour l’autre.
Ici ce sont moins leurs familles, fussent-elles seulement politiques, Capulet et Montaigu sur les bancs du Palais Bourbon, qui entravent leur relation, que leurs propres convictions. Combien de temps dure l’attirance des corps quand les esprits s’entrechoquent ?
Traversant les affres inévitables liées à leur fonction, ils tirent pourtant de leur liaison clandestine une étrange force, un devoir de tolérance qui les rend plus libres.
Leur rencontre serait-elle le dernier lieu de la politique? D’une confrontation qui ne dégénérerait pas inévitablement en affrontement? Ne partagent-ils pas, au fond, une même conception démodée, en voie de disparition, du service de l’État ? Ou l’amour qu’ils croyaient interdit, sans qu’ils s’en aperçoivent, s’en est-il quand même mêlé?
Dans ce roman d’amour pas comme les autres, captant les regards, les frôlements de corps, les doutes, elle rend à l’exercice de la politique une dimension sensible et humaine, que menacent la froideur des calculs tactiques, du carriérisme et de l’individualisme érigé en vertu.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Actualitté (Nicolas Gary)
BibliObs (Didier Jacob)
Libération (Portrait – Luc Le Vaillant)

Les premières pages du livre
« Partie 1
Dix ans d’attente
Ce qu’ils pouvaient se dire, c’est que c’était une histoire impossible.
Ils se l’étaient répété, ou plutôt était-ce elle qui le lui avait signifié, lors du deuxième rendez-vous.
En tirer les conséquences, ne pas parler, ne pas s’appeler, ne pas souffrir.
La clandestinité était forcée, leurs rencontres tapies dans l’obscurité d’après-midi clos. Il arrivait chez elle avec une ponctualité ondoyante. Elle l’attendait avec une impatience inconstante. Entre-temps, il n’y avait rien.
Rien que des rêves ensommeillés et une profusion d’activités en tous sens. Leur vraie vie, à ces deux-là, était ailleurs.
Il était plus lyrique et elle plus raisonnable. Séparés la plupart du temps par la force des choses, ils se sentaient parfois submergés par la tentation sentimentale. Mais en présence l’un de l’autre, tout s’évanouissait hormis le désir de l’instant.
Il ne présentait aucun des symptômes du cynisme, elle n’avait aucun goût pour la désinvolture. Loin l’un de l’autre, ils voyaient du monde, travaillaient avec acharnement, discutaient sans fin et semblaient se préoccuper du pays. Avec l’âge, ils avaient appris à mieux résister à la courtisanerie. À quarante ans, elle conservait une part de naïveté dont son expérience de dix ans plus longue le prémunissait. Ils pouvaient passer des moments très heureux dans l’oubli total l’un de l’autre, sachant avec certitude que reviendraient le jour et l’heure où ils seraient tous deux seuls l’un contre l’autre.
– J’ai pensé à toi.
Il travaillait avec bonne humeur, entouré de l’affection des siens, dissimulant sous l’autodérision l’arrogance de ceux qui se croient un destin, satisfait d’avoir déjà accompli beaucoup de ce que la vie peut donner. On aurait pu les dire enfants gâtés de la République si une fêlure n’abîmait leur belle assurance. Ils ne s’en parlaient pas, mais le tricolore recouvrait une blessure. Ils savaient s’en montrer reconnaissants, sans se draper dans l’exaltation d’un étendard qui leur tenait simplement chaud, et ça leur suffisait. Elle en éprouvait une gêne légère, presque une pudeur. Ce drapeau n’était pas de naissance pour elle, et elle abhorrait les relents nationalistes auxquels il pouvait donner prétexte, mais, pour les siens, il avait d’abord incarné une conquête, un espoir, et cela forçait le respect. Il représentait le rêve réalisé de la liberté et de l’égalité, et elle avait envie de se battre pour qu’il le reste. Entre le rouge de la lutte et le bleu du droit, elle imaginait les traces de pas, sur la neige immaculée, de ceux qui traversaient les montagnes, à pied, pour parvenir jusqu’ici, les yeux de ceux qui s’entassaient dans des camions sauvages pour affronter la nuit, la peur des embarqués de fortune sur des flottilles de papier. Pour eux, comme pour sa famille, ses parents, ses grands-parents, la page avait d’abord été blanche. Alors il lui serrait le cœur, cet étendard ; elle en connaissait trop le prix, c’était souvent celui du linceul.
Les générations précédentes s’étaient battues pour avoir le privilège de mourir, non pas pour lui, mais pour ce qu’il représentait : l’égalité. Elle continuait de penser que s’il y avait une chose qui définissait son pays, plutôt que ses frontières, c’était une volonté de justice. Elle remerciait ces étrangers dépenaillés et hagards, à bout d’espérances, de continuer à faire vivre par leurs rêves un peu de cet idéal, quand tant d’autres ici même avaient renoncé à lui être fidèles. Si peu d’années séparaient ceux qui étaient dans leurs droits de ceux qui ne l’étaient pas : la raison ne peut se satisfaire d’une telle contingence.
Lui se laissait parfois aller à des épanchements patriotiques : pour lui, la terre, c’était l’origine de tout, le sens de sa présence dans un décorum généalogique que son ironie lui aurait fait trouver ridicule autrement. Il revendiquait la légende des siens, celle de lointains chevaliers chargés de protéger leur peuple, il croyait en la charité et au bien. Il avait la foi. C’était, selon lui, à travers un pays que l’homme se dépassait, transcendait sa condition, rejoignait ses pères et ses frères pour faire résonner le collectif au cœur de l’intime. Les aînés, la lignée étaient là, qui veillaient. Loin des hoquets du moment et des partis pris de circonstance, des soubresauts qui n’inscriraient pas même une éraflure sur le mur de l’histoire, il entendait maintenir un lien avec des valeurs plus hautes, une mystique plus ancienne, un engagement plus profond. Cela justifiait bien des choses, en somme.
C’est qu’elle leur avait beaucoup pris, aussi, la France.
Si l’on cherchait ce qui rendait leur engagement si entier qu’ils ne pouvaient envisager de vivre sans chercher d’une manière ou d’une autre à participer à des combats plus grands qu’eux, il fallait regarder ce qu’ils voulaient dissimuler d’eux-mêmes derrière cette ambition.
Un arrachement originel était leur clef intime. Le sacrifice initial des tombés au champ d’honneur dont ils allaient fleurir les tombes silencieuses. Ils étaient poursuivis par le regret des bonheurs d’enfance décapités.
C’était loin derrière eux, pourtant. Mais alors pourquoi sentaient-ils encore la brûlure de la plaie, et avaient-ils eu besoin de parachever les histoires amputées de ceux qui les avaient précédés, de les poursuivre dans l’illusion que cela leur donnerait accès à une forme de réconciliation avec le monde? »

Extraits

« Elles étaient condamnées à s’engloutir dans les fonctions -affaires sociales, éducatives, santé -qui les ramenaient sans cesse à In relation à l‘autre; on ne les laissait exister qu’ainsi, au service de… de l‘homme, du chef, du leader, de l’enfant, de la société. Elle avait été obligée d’insister et de faire plusieurs fois remarquer que la commission qui traitait des finances, du budget, qui répartissait les subventions, qui enquêtait sur l’exécution des comptes, ne comprenait que 3 femmes sur 70 membres, pour obtenir l’autorisation d’y siéger, à titre exceptionnel pour une nouvelle arrivante. Il était frappant de constater que même dans les plus hautes sphères du pouvoir les femmes étaient ainsi infantilisées, subordonnées, si rarement écoutées avec sérieux. Condamnées à un prétendu altruisme qui les enfermait. Obligées de s’enraciner dans ce que d’autres voulaient bien reconnaître en elles pour s’émanciper. Chaque parole féminine qui disait le plaisir, la gaieté égoïste, l’hédonisme ou la lutte, l’exigence, le courage, la volonté était retournée contre elles. Elles, condamnées à aimer, à donner, à ne pas profiter, à ne jouir que dans le sacrifice et dans l’oubli d’elles-mêmes, ou au contraire dans l’image de leur frivolité sans cesse exhibée. Leurs révoltes finissaient par les étouffer comme un boa. »

« Ce qu’ils pouvaient se dire, c’est que c’était une histoire impossible.
Ils se l’étaient répété, ou plutôt était-ce elle qui le lui avait signifié, lors du deuxième rendez-vous.
En tirer les conséquences, ne pas parler, ne pas s’appeler, ne pas souffrir.
La clandestinité était forcée, leurs rencontres tapies dans l’obscurité d’après-midi clos. Il arrivait chez elle avec une ponctualité ondoyante. Elle l’attendait avec une impatience inconstante. Entre-temps, il n’y avait rien.
Rien que des rêves ensommeillés et une profusion d’activités en tous sens. Leur vraie vie, à ces deux-là, était ailleurs.
Il était plus lyrique et elle plus raisonnable. Séparés la plupart du temps par la force des choses, ils se sentaient parfois submergés par la tentation sentimentale. Mais en présence l’un de l’autre, tout s’évanouissait hormis le désir de l’instant.
Il ne présentait aucun des symptômes du cynisme, elle n’avait aucun goût pour la désinvolture. Loin l’un de l’autre, ils voyaient du monde, travaillaient avec acharnement, discutaient sans fin et semblaient se préoccuper du pays. Avec l’âge, ils avaient appris à mieux résister à la courtisanerie. À quarante ans, elle conservait une part de naïveté dont son expérience de dix ans plus longue le prémunissait. Ils pouvaient passer des moments très heureux dans l’oubli total l’un de l’autre, sachant avec certitude que reviendraient le jour et l’heure où ils seraient tous deux seuls l’un contre l’autre.
Il ne présentait aucun des symptômes du cynisme, elle n’avait aucun goût pour la désinvolture. Loin l’un de l’autre, ils voyaient du monde, travaillaient avec acharnement, discutaient sans fin et semblaient se préoccuper du pays. Avec l’âge, ils avaient appris à mieux résister à la courtisanerie. À quarante ans, elle conservait une part de naïveté dont son expérience de dix ans plus longue le prémunissait. Ils pouvaient passer des moments très heureux dans l’oubli total l’un de l’autre, sachant avec certitude que reviendraient le jour et l’heure où ils seraient tous deux seuls l’un contre l’autre. »

« Ses grands-parents à elle étaient arrivés en France dans les exils de la misère. Paysan, bracciante, journalier, son grand-père avait trimé sur les échafaudages des grands barrages avant que l’un d’entre eux ne s’écroule, entraîné par l’effondrement d’une grue. La nationalité des morts faisant visiblement une différence, il n’y eut pas d’indemnités pour son accident du travail. Son père était mort d’une maladie professionnelle liée à l’incurie des directeurs d’usine quant à l’air qu’ils faisaient respirer à leurs ouvriers. Comme souvent ne restent que les mères, il lui resta la sienne. Elle éleva ses filles pour qu’elles obtiennent ce dont elle avait été privée, un diplôme et l’indépendance. Elle était sans indulgence pour le dilettantisme scolaire, un luxe de gosses de riches, et exigeait de ses enfants un effort de chaque instant. Elle vivait dans la hantise que ses filles se fassent prendre trop vite au piège du mariage, dans la terreur qu’elles lui sacrifient leurs études, leurs carrières possibles. Pour échapper à la fatalité d’un destin écrit d’avance, elle voyait une issue et une seule : la promesse qu’elle pouvait lire au fronton de la façade de l’école, où elle les accompagnait le matin. La devise républicaine les accueillait avec une solennité austère, sans phrase ni verbe, juste trois principes inséparables, d’une dureté révolutionnaire qui ne souffrirait aucune contestation. Ces mots s’adressaient à elle, offraient l’assurance d’une justice, quelque part, ce quelque part étant là, entre les murs de ces salles de classe. Il n’y avait pas à attendre de paradis lointain pour compenser les souffrances endurées ici-bas. Il suffisait de serrer la main des enfants très fort, de les pousser en avant, et de les laisser marcher seuls, hésitants, jusqu’à la porte de l’école. Ensuite, tout irait bien. On travaillerait le soir à la maison, on ne ferait pas de bruit, la table serait débarrassée pour laisser place aux cahiers : elle éteindrait la télé et se mettrait dans un coin pour lire les livres choisis pour elle par l’aînée. »

À propos de l’auteur
Romancière (Les derniers jours de la classe ouvrière, Stock, 2003 ; Un homme dans la poche, Stock, 2006), Aurélie Filippetti a été députée et ministre de la Culture. (Source : Éditions Fayard)

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