Kornelia

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En deux mots:
Le corps parfait et les cheveux blonds de la nageuse est-allemande Kornelia Ender fascinent le narrateur. Voici l’histoire de cette quadruple championne olympique, mêlée aux souvenirs de l’adolescent.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:
Un amour de nageuse

Kornelia Ender a été quadruple championne olympique de natation en 1976 et le fantasme de Vincent Duluc, qui revient sur cette époque particulière.

Après nous avoir rappelé la carrière de George Best, le cinquième Beatles, puis nous avoir remis en mémoire l’épopée des Verts de Saint-Étienne dans Un printemps 76, Vincent Duluc poursuit l’exploration de sa jeunesse en délaissant son cher football pour revenir sur son idole des années soixante-dix, une sirène blonde émergeant de la piscine olympique de Montréal: Kornelia Ender.
Si ce nom ne vous dit rien, après tout qu’importe. Car au-delà de la biographie de la championne, c’est toute une époque et tout un système que l’auteur nous raconte. Grâce à lui, on va éviter le travers de beaucoup de procès portant sur une époque passée, c’est-à-dire porter un jugement avec les yeux d’aujourd’hui sur les dangereuses dérives « d’un pays qui manipulait ses athlètes au nom de la victoire socialiste. »

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Kornelia Ender lors des championnats du monde de Belgrade en août 1973. DR

L’une des meilleures plumes de L’Équipe commmence son récit par la relation du voyage qu’il a effectué à Schornsheim où Kornelia Ender-Grummt est aujourd’hui kinésithérapeute. Dans cette petite ville de Rhénanie-Palatinat, il espère croiser l’ex-championne, lui dire toute son admiration. Mais il craint tout autant la rencontre avec cette sexagénaire qui, selon toute vraisemblance, ne correspondra plus en rien avec l’athlète qui a enflammé son cœur d’adolescent (l’auteur avait quatorze ans lors des J.O. de Montréal. Et renonce finalement à son projet pour ne garder en mémoire que les images du triomphe de la belle allemande.
Nous voici donc au commencement, du côté de Halle, en République démocratique allemande. La fille d’un colonel et d’une infirmière est reprérée par les services de détection mis en place dans tout le pays et commence à accumuler les performances alors qu’elle n’a pas encore douze ans. Aussi est-elle la plus jeune athlète sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Munich en 1972 où elle ne fera pas de la figuration puisqu’elle reviendra de Bavière avec trois médailles d’argent (200 mètres, relais 4 fois 100 mètres et 4 fois 100 mètres quatre nages).
Mais Kornelia frappe l’imagination du narrateur en 1973, lors des premiers Championnats du monde de natation organisés à Belgrade. Ce ne sont pas tant les quatre médaille sd’or qui le subjuguent, mais le maillot de bain de Kornelia qui laisse entrevoir un corps parfaitement sculpté.
Il n’en faut pas davantage pour qu’on poster vienne égayer sa chambre au côté de ceux des footballeurs et pour qu’il se réveille en pleine nuit pour assiter au triomphe de «sa» nageuse à Montréal: l’or au 100m nage libre, au 200m nage libre, au 100m papillon et au 4 x 100m 4 nages. Elle ne devra s’avouer battue que dans le 4 x 100m nage libre, décrochant l’argent derrière les rivales américaines.
En parlant de rivalité, les pages consacrées à Shirley Babashoff, la Californienne qui ne parviendra jamais à battre l’Allemande – sauf en relais – sont édifiantes. Elles montrent la guerre que se livraient alors, au sortir de la Guerre froide, l’est et l’ouest. On comprend très vite qu’il ne s’agit pas de dénoncer un dopage que l’on soupçonne, mais de trouver les moyens de faire encore mieux. En rappelant que Kornelia a davantage été victime que participante de ce système, l’auteur ne tente pas seulement de continuer à vivre son rêve, mais réussit à nous convaincre de la bonne foi de cette étoile filante. Sans «Ostalgie» comme disent les Alllemands qui regrettent la RDA, mais avec les yeux de l’admirateur inconditionnel qu’il fût et demeure.


Ce court film retrace la carrière de Kornelia Ender, depuis ses premiers diplômes jusqu’aux Jeux de Montréal . © Production Sportsreference.com

Kornelia
Vincent Duluc
Éditions Stock
Roman
256 p., 18 €
EAN : 9782234083417
Paru le 28 février 2018

Où?
Le roman se déroule d’abord dans un pays qui n’existe plus, la République démocratique allemande – RDA – à Halle, Leipzig, Berlin-Est, mais aussi dans les villes-hôte des Championnats du monde de natation et des Jeux Olympiques, telles que Belgrade, Munich, Montréal ainsi qu’en France, à Bourg-en-Bresse et Paris.

Quand?
L’action se situe de 1953 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« J’ai retrouvé une photo de Kornelia au fond d’un carton de souvenirs dans le grenier de mes parents. Sur une des fiches cartonnées des héros olympiques, elle sortait de l’eau, ses cheveux blonds plaqués en arrière, parce que les sirènes ne
reviennent pas à la condition terrestre avec une frange qui leur tombe sur les yeux. Elle avait dix-sept ans et à cet âge tout battait la chamade, son coeur d’artichaut et ses ailes musculeuses qui rythmaient le papillon.
Je l’ai cherchée comme on part sur les traces d’un amour de jeunesse, dans l’empreinte d’une époque qui avait sacré sa blondeur blanchie par le chlore, dans les archives d’un régime qui avait tout consigné, même ce qu’elle avait oublié. J’espère que je l’ai trouvée.»

Les critiques
Babelio
Valeurs actuelles (Mickaël Fonton)
France-Inter (Le journal pop de Joy Raffin)
France Bleu (1 livre – Frédérique Le Teurnier)
EPJT (Valentin Jamin)
Blog Lire le sport

Les premières pages du livre:
« J’aimerais beaucoup la croiser mais je ne veux pas la rencontrer. Elle a passé sa jeunesse à être surveillée et écoutée, je me contenterais de la regarder depuis ma timidité. Je préférerais qu’elle reste un mystère, ne pas savoir si elle est Greta Garbo ou Odette Toulemonde. Bien sûr, il reste à déterminer si Garbo a voulu qu’on l’oublie, ou qu’on ne l’oublie pas, après avoir tourné son dernier film à l’âge de trente-six ans, en 1941. Elle sortait emmitouflée, son rire de divine avait cessé de tomber en cascade, ses yeux masqués de verres fumés cachaient leur lumière, et l’on ne pouvait tenir que c’était pour n’être pas reconnue : cette mise en scène même d’une notoriété camouflée la singularisait, entretenait l’ancienne flamme, ce mythe auquel elle se confrontait en glissant à petits pas sur les trottoirs de la Cinquième Avenue, que des reines sans prénom et des femmes sans couronne arpentaient en costume de scène à la tombée du jour sans parvenir à rivaliser avec un souvenir. Dès 1950, à New York, elle avait cessé de paraître en public pour fuir la compagnie des hommes, des femmes aussi, parfois. Kornelia, elle, est restée dans la vie. C’est le monde qui s’est retiré.
Un après-midi d’avril, du soleil des vignes de la Rhénanie-Palatinat aux premiers dégradés sombres des forêts de Bavière, j’ai mis deux heures et quarante ans pour aller de Kornelia Ender à Roland Matthes, dans l’Allemagne qui n’était pas leur pays du temps qu’ils formaient un couple idéal aux yeux de l’époque, et des amoureux. J’ai suivi la route qui éloigne désormais les enfants séparés d’un pays disparu. La RDA aura existé pendant quarante ans, dont trente-sept années de séparation, ce qui épouse à peu près leur vie de couple depuis 1976. Ils se sont éloignés de l’or des piscines olympiques et rapprochés de l’oubli en suivant des vies parallèles qui ne se rejoignaient plus.
J’ai traversé Schornsheim, un village en pente ; sur l’autre colline dévalaient les vignes. Je me suis rangé le long du trottoir opposé, à quelques mètres de l’entrée du cabinet de kinésithérapie de Kornelia, j’ai vu la plaque portant son nom de jeune fille héroïque accolé à celui de son deuxième mari, Kornelia Ender-Grummt, j’ai vu les stores orangés accrochés aux fenêtres, dans l’angle d’une maison de village massive. C’était un après-midi de printemps traversé de douceur immobile. Quand la porte s’est ouverte sur des patients qui laissaient à l’entrée une poussette ou un déambulateur, j’ai vu la salle d’attente et considéré le dernier sas qui me séparait d’elle. J’ai toujours su que je n’irais pas plus loin, que je préférerais deviner, comme les antihéros des films américains observent depuis une voiture garée en retrait un amour de jeunesse dans son jardin sans clôture avec ses enfants et son nouveau mari. Le scénariste organise la scène à l’instant même où l’homme rentre du travail, ce qui sous-tend d’une part que la femme ne travaille pas, ou moins et qu’elle a pu rentrer plus tôt, et d’autre part sème chez le spectateur l’espoir subliminal qu’elle finira par s’ennuyer de ces rituels banlieusards et se retournera un jour, en refermant la porte, vers l’homme de la rue. C’est ainsi qu’ils nous tiennent, par l’ambiguïté entraperçue.
Nous sommes tous revenus sur les lieux d’amours anciennes, en simple pèlerinage, sans rien chercher ni attendre, juste pour revoir l’endroit et se revoir soi-même, en comptant sur le hasard de dix secondes sur une période de vingt ans pour croiser celle ou celui qui passerait dans la rue, irait prendre son courrier sur le palier, taillerait ses roses dans le jardin, glisserait comme une silhouette dans un décor familier, ou comme un fantôme. La seule issue souhaitable de la quête est de demeurer une illusion, parce que le hasard serait un embarras, si difficilement justifiable qu’il faudrait se cacher pour voir sans se montrer, et ainsi éviter exactement ce que l’on faisait semblant de chercher, la rencontre.
Lorsqu’elle advient, par préméditation ou par hasard, il y a peu d’émotion comparable à ce qu’embrasse le premier regard, trente ou quarante ans plus tard. Nous avons du mal à retrouver la trace des femmes, elles suivent les hommes et changent de nom, pour la plupart, brouillant les pistes et suggérant que celles qui ont gardé le leur seraient celles qui ont raté leur vie de famille ou réussi leur divorce. Les hommes qui cherchent à retrouver les femmes sont indifférents au bilan comparé et narcissique des rides et des défaites, indifférents aux ombres : le matin, dans la glace, ils cherchent ce qui change, mais chez elles, quêtent ce qu’il reste, les traces de lumière.
Nous avons croisé dans les rues piétonnes d’anciennes amours que nous n’avons pas reconnues. Nous avons constaté l’érosion sur les visages de nos premiers flirts, mais notre premier regard d’après, une vie plus tard, nous a tiré du côté du déni ou de l’aveuglement, superposant deux époques et deux images au détriment de la vie réelle, de la vie qui a passé. Ce n’est plus le constat qu’il ou elle a changé qui nous prend par surprise, ce sont les stigmates qui créent l’émotion, c’est l’évidence d’une longue vie sans nous qui nous prend par la main et par les sentiments, nous laissant avec un vertige dont on ne sait pas quoi faire.
La conscience du vide, dans lequel les années de l’intervalle se sont engouffrées, s’éprouve un samedi soir d’insomnie en regardant Donna Summer sur YouTube chanter « MacArthur Park » ou « Last Dance » au début des années 2000. Elle a une ride profonde sur le front, qui n’existait pas trente ans plus tôt, là, entre les sourcils, elle a un peu plus d’ampleur dans une magnifique robe blanche, la gorge un peu plus remplie, la voix qui tient moins longtemps les aigus ; lorsque l’on clique sur la version originelle de 1976, elle est d’une beauté parfaite, et sa voix casse à chaque rupture harmonique, et elle danse comme on ensorcelle en arpentant la scène de ses longs compas bottés de cuir. 1976 nous plonge dans une nostalgie attendue, acceptée, peut-être recherchée, mais c’est la Donna crépusculaire qui nous emporte, par ses manières d’accepter d’être regardée pour ce qu’elle était et de nous livrer les traces du combat qu’elle a mené jour après jour pour retenir ce qui était en train de s’en aller, une grâce qui s’éventait comme une poussière d’or par le chas du sablier. »

Extrait
« Cependant que la lumière éclairait encore la blonde Kornelia, de Leipzig, enfin juste à côté, à Halle, l’ombre avait déjà commencé d’envelopper la blonde Shirley, de Los Angeles, enfin juste à côté, à Huntington Beach. Shirley Babashoff avait un sourire californien de beach girl, des taches de rousseur qui en faisaient la fille next door, et, chaque fois qu’elle comptait ses médailles pour s’endormir, trouvait tardivement le sommeil. Elle comptait son or et il en manquait ; Kornelia Ender et la RDA avaient décidé qu’une vie américaine s’écoulerait à l’ombre de ses rêves.
J’ai connu ces filles fantasmées, je les évoquais à voix basse, nous avions sur elles de longues théories qui présupposaient le mystère et, en retour, il leur arrivait de nous demander l’heure. C’était leur manière de n’être jamais banales, leur vernis sacré se serait craquelé dans l’instant si elles s’étaient intéressées à nous… »

À propos de l’auteur
Vincent Duluc est l’auteur chez Stock de deux récits très remarqués et salués par la presse (George Best, le cinquième Beatles et Un printemps 76). Il est le leader de la rubrique football de L’Équipe et intervient régulièrement en tant que consultant sur La chaîne L’Équipe et RTL. (Source : Éditions Stock)

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Ta vie ou la mienne

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En deux mots:
Quand Hamed l’orphelin qui veut être footballeur rencontre Léa, fille de la haute-bourgeoisie, il se rend compte qu’il lui faudra franchir bien des obstacles pour gagner son amour. Mais il ne s’imagine pas le drame qui l’attend.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

L’orphelin et la bourgeoise

Hamed Boutaleb croise le regard de Léa, «gosse de riches». Ce qu’il y lit le pousse vers elle et l’entraîne vers un drame poignant.

Encore un – excellent – premier roman et un nouveau coup de cœur. L’avenir dira si 2018 a marqué l’éclosion d’une nouvelle génération d’auteurs et si Guillaume Para fait partie de l’un d’eux, mais pour l’heure savourons notre plaisir à suivre Hamed Boutaleb, le «héros» de cette sombre et poignante histoire.
Quand s’ouvre le roman, une jeune avocate insiste auprès de son collègue pour plaider une affaire très ordinaire, un braquage. On ne comprendra que bien plus tard pour quelle raison Léa entend à tous prix s’accaparrer ce dossier, car l’auteur change de registre pour nous raconter la vie d’Hamed dont la mère meurt à sa naissance et qui passe ses premières années aux côtés de son frère Faouzi, de sept ans son aîné, et son père alcoolique et violent. Il n’a que huit ans quand son grand frère est victime d’un règlement de compte entre trafiquants de drogue, il n’ena que treize quand son père est emporté par un cancer. L’orphelin est alors recueilli par son oncle Tarek et sa tante Asma. Avec leurs filles, ce couple peut être considéré comme la première «vraie» famille d’Hamed. Dans cet environnement, le garçon se sent à l’aise et peut progresser dans le seul domaine où il excelle: le football. Parmi ses admirateurs, il y a son coéquipier François qui est considéré comme le mouton noir – parce que «gosse de riches» – et qui se fait systématiquement frapper et humilier. Jusqu’au jour où Hamed prend sa défense et découvre «à travers ce garçon ce qu’il y avait de bon à avoir été préservé par la vie; Il se demandait aussi comment ce type, capable de redevenir un enfant lorsque certaines choses l’émerveillaient, avait pu résister, ne jamais baisser les yeux quand il se faisait tabasser par des plus costauds que lui.»
Invité par son nouvel ami, il va aussi faire la connaissance de son père Pierre, lui aussi amateur de football et qui entend l’aider à progresser dans ce sport qui «est la plus importante des choses sans importance» comme le dit le poète uruguyen Eduardo Galeano.
La prochaine grande rencontre dans la vie de l’adolescent s’appelle Léa, merveilleuse et mystérieuse, mais sans doute inaccessible: « Écoute. On ne va pas se mentir: ça ne sert à rien d’essayer, tous les deux. Toi aussi tu me plais, t’es la plus jolie fille de ce putain d’endroit, mais ça ne marchera pas. Tu sais pourquoi? Parce que les «jeunes de banlieue», leur vie pue, et tu t’en rendras compte bien assez tôt. Ça pue la merde dans nos cages d’escalier, nos parents puent la sueur quand ils rentrent du boulot, nos salons puent le désodorisant pour chiottes. Moi-mêrne, je pue la défaite. Tu crois qu’être pauvre, c’est quoi? Être pauvre, ça pue, et ça a un goût, celui du sang dans ma bouche quand mon père me tabassait. Je veux pas te faire pleurer, Léa, mais circule, y a rien à voir. Toi et moi, ça pue le malheur. »
Si le miracle se produit quand même, que Léa et Hamed entendent construire une belle histoire d’amour au-delà des préjugés, c’est que la jeune fille a aussi sa part d’ombre. Elle est victime de viols répétés de son père.
Guillaune Para évite soigneusement tous les clichés sur la lutte des classes pas plus qu’il ne joue à outrance sur la corde sensible. Quand le roman rose vire au drame, on se retrouve avec deux êtres déchirés, emportés par le malheur sans pouvoir surnager.
La violence, qui est la pire des conseillères, finit par engloutir leurs espoirs. Hamed se retrouve en prison où il va faire une nouvelle rencontre décisive, Jean-Louis, son codétenu. La fin du roman est riche en rebondissements et permet à Guillaume Para d’offrir aux lecteurs un joli suspense, riche en émotions, en refermant la boucle ouverte avec le chapitre intitial. Un vrai sens de la construction, un style direct, sans fioritures et une volonté de gratter derrière les apparences pour révéler au mieux la psychologie des personnages font de ce premier roman une vraie réussite. Droit au but!

Ta vie ou la mienne
Guillaume Para
Éditions Anne Carrière
Roman
250 p., 18 €
EAN : 9782843378867
Paru le 9 février 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Sevran, à Boulogne, à Saint-Cloud et à Paris, mais également à Fleury-Mérogis. On y évoque aussi le Maroc, notamment un voyage à Fès.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Hamed Boutaleb naît à Sevran, en Seine-Saint-Denis. Orphelin à l’âge de huit ans, il part vivre chez son oncle et sa tante à Saint-Cloud, commune huppée de l’Ouest parisien. Pour la première fois, une existence sans adversité s’offre à lui. Hamed saisit sa chance et s’épanouit avec une passion: le football. Il brille dans le club de la ville, où il se lie d’amitié avec l’un de ses coéquipiers, François. À seize ans, le jeune homme tombe amoureux de Léa, qui appartient à un autre monde, la haute bourgeoisie. L’amour passionné qui les lie défie leurs différences et la mystérieuse tristesse qui ronge l’adolescente. Hamed touche du doigt le bonheur, mais celui-ci vole en éclats lorsque la jeune fille lui avoue que son père la viole depuis ses douze ans. Une nuit, le père de Léa est blessé au cours d’une agression. Il en restera paralysé. Hamed est rapidement mis en cause avant d’être incarcéré. En prison, où il passera quatre ans, la violence devient sa seule alliée. Par instinct de survie, il refuse de revoir Léa. Lorsqu’elle accouche d’un petit Louis, c’est François qui offre son réconfort à la mère et l’enfant, tandis qu’en détention Hamed sombre dans la haine et la colère. Hamed et Léa se retrouveront, quelques années après. Mais leur amour, toujours présent, suffira-t-il à les réunir?

Les critiques
Babelio
Livreshebdo.fr (Léopoldine Leblanc)
Blog Mes envies de lire 
Blog Psych3deslivres
Blog C’est quoi ce bazar? 
Blog Elle M Lire 

Les premières pages du livre
« Léa laissa vagabonder son esprit. Les propos de Bertrand l’ennuyaient. Elle observait distraitement le désordre sur le bureau de son collègue, lorsque son regard s’arrêta sur l’un des dossiers. Elle lut fébrilement le nom inscrit au feutre noir. Elle vacilla, se dirigea vers la sortie, se retint à la poignée de la porte et, après une pause, se retourna.
– C’est quoi cette affaire?
– Braquage. Le mec est récidiviste.
– Je veux la plaider.
– Tu n’as pas déjà deux cas en cours?
Si, mais je veux plaider celui-là. S’il te plaît.
Bertrand la regarda. Il sentit sa détermination.
– Bien. Si tu y tiens, je te le laisse volontiers.
Une fois dans son bureau, Léa regarda par la fenêtre. Il pleuvait sur la place de Furstenberg. Les feuilles des grands arbres ruisselaient. Une pluie chaude de juin.
À 22 heures, elle prit son sac. Le ciel s’était apaisé. Rue Jacob, où était garée sa voiture, des grappes de gens dînaient en terrasse dans la moiteur parisienne. Elle aurait aimé boire un verre mais décida de rentrer. Les quais de Paris défilèrent derrière les vitres de son Audi noire, puis Boulogne et Saint-Cloud. Arrivée à destination, elle resta quelques minutes encore dans sa voiture. Ne plus penser à rien avant la grande déferlante qu’elle prendrait, de face, pleine gueule.
Tout le monde dormait dans la maison. Elle entra dans la chambre du petit Louis, l’embrassa sur le front, puis alla s’allonger auprès de François et réfléchit quelques instants avant de s’endormir.
Il était revenu.

II

Hamed Boutaleb n’avait jamais vu les yeux de sa mère. Elle était morte lors de sa naissance. Il avait grandi à Sevran, en Seine-Saint-Denis, avec son frère Faouzi, de sept ans son aîné, et son père.
Ce dernier ne les avait pas élevés mais il les avait au moins nourris avec son salaire de vigile dans un supermarché. La vie d’Hamed, au quartier des Beaudottes, c’était un peu l’école mais surtout la rue et le foot. Depuis qu’il avait six ans, il traînait dehors en plein cagnard, sous la pluie ou la neige, pour taper dans le ballon. Lui et ses amis jouaient sur les esplanades de béton, au milieu des tours. Hamed était fasciné par la balle, il aimait l’emmener dans ses courses folles, la garder collée à ses pieds, imiter les gestes techniques qu’il avait vus réalisés par les stars, frapper, marquer au milieu de deux tee-shirts servant de poteaux. Jouer au foot était la plus belle des parenthèses et lui permettait de s’évader loin de Sevran. Loin des camés qu’il avait connus autrefois vivants et amicaux, et qui maintenant sortaient leur couteau devant lui et ses amis – des enfants – pour leur vider les poches. Loin de la violence entre la police ct les jeunes du quartier, de celle des gangs rivaux pour le trafic de drogue. Ces échanges de coups de feu, qu’il avait déjà entendus au loin, avaient fini par transpercer son frère, une nuit glacée de décembre. Hamed avait entendu la sonnerie retentir dans son sommeil, son «vieux» avait ouvert à deux policiers, un homme et une femme. Il avait alors huit ans, et son père ne lui avait rien dit. C’étaient ses amis qui lui avaient appris dans l’après-midi qu’il ne reverrait plus jamais Faouzi. Tombé à quinze ans dans cette guerre du shit, face contre le bitume, de cinq balles dans le ventre, son sang coulant dans le caniveau.
Son père était devenu de plus en plus violent. Il l’assommait de coups de poing et de pied, de coups de ceinture aussi. Ce n’était pourtant pas sa faute à lui si sa mère était morte en le mettant au monde. Ce n’était pas sa faute si son frère n’était plus là. Hamed ne savait pas grand-chose de la vie à cette époque, mais il savait qu’on ne frappe pas un enfant pour des morts dont il n’est pas responsable.
Le problème de son père, c’était l’alcool qu’il ingurgitait pour soigner son chagrin. Ça le rendait fou. Lorsqu’un cancer du foie l’avait emporté, Hamed n’avait pas ressenti de peine devant le trou dans lequel on allait plonger son cercueil. «Tu peux te faire bouffer par les vers maintenant », avait murmuré l’enfant.
Avec son nez cassé et sa petite valise, il était arrivé à l’âge de treize ans à Saint-Cloud chez Tarek, le frère de sa mère. Sa tante Asma lui avait caressé la tête. C’était la première fois qu’un adulte avait un geste de tendresse à son égard. Son oncle était un homme doux. Il était garagiste et Asma travaillait dans la cantine d’une entreprise. Tous deux bossaient dur.
Ils n’étaient pas nés français mais l’étaient devenus. Quant à ses trois cousines, elles avaient tout de suite considéré Hamed comme un frère. »

À propos de l’auteur
Guillaume Para est journaliste politique passé par LCI, BFMTV et D8, passionné de football. Ta vie ou la mienne est son premier roman (Source : Livreshebdo)
Compte Twitter de l’auteur 

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Le champ de bataille

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En deux mots:
Le père, la mère, le garçon, la fille. Une famille comme une autre, sauf que le garçon a 15 ans et que son adolescence est difficile. Qu’il passe son temps à saper le moral de ses parents déjà usés. Jusqu’au jour où…

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

J’ai quinze ans et je vous em…

Pour son second roman, Jérôme Colin s’appuie sur son expérience de père de famille pour raconter l’adolescence. Et mettre du baume au cœur de bien des parents.

S’il existe bien des raisons de choisir un livre, la principale – vous en conviendrez – est l’envie que l’on a d’être emporté par l’histoire. Soit qu’elle vous emmène très loin, vous fait découvrir un monde inconnu, soit qu’elle vous touche parce que vous avez vécu de semblables situations, de pareilles émotions. Jérôme Colin m’a touché au cœur. À tel point que nous avons organisé une séance de lecture collective en famille et à haute voix. Mon épouse a eu ce cri du cœur après le premier chapitre «nous ne sommes pas seuls!», mon fils de quinze ans s’est soudain trouvé tout à fait «vivable» et moi je suis pris pour un psy, capable de réconcilier tout le monde avec cette bibliothérapie!
En parlant de psy, je crois que la meilleure façon de vous faire entrer dans ce roman est de suivre la séance chez la psy du narrateur, père de famille confronté à un adolescent difficile qui use son couple:
« – Alors, comment ça se passe ? m’a-t-elle dit.
– Pas trop mal. C’est la rentrée des classes… Jusqu’ici, tout va bien.
– Très bien ! Et votre femme ?
– Elle me manque.
Elle m’a regardé comme les psys savent le faire. J’ai embrayé. J’avais envie de retrouver notre vie d’avant les enfants. De retrouver la femme dont j’étais tombé amoureux, celle qui laissait traîner ses culottes, qui acceptait de rester au lit toute la journée pour regarder des films, et qui, en passant derrière moi, , caressait doucement mes fesses. Tout avait disparu. Combien de temps reste-t-il pour s’aimer quand vous devez vous réveiller à l’aube, préparer le petit déjeuner, torcher un cul, ramasser du vomi, donner à manger, changer le lange, habiller l’enfant, calmer ses pleurs, le mettre dans la voiture alors que le jour n’est pas encore levé ? L’attacher à ce satané siège-auto. L’emmener chez la gardienne et le lâcher avec une certaine culpabilité pour être à l’heure au travail. Supporter ensuite les demandes infondées et l’autorité abusive d’un patron pendant huit heures. Perdre son temps dans les embouteillages. Reprendre le gamin. Apprendre qu’il a tapé un petit copain chez la gardienne. Rentrer chez soi. Les mettre dans son parc. Payer quelques factures. Donner à manger. Torcher le cul. Faire une lessive. Relever ses e-mails pour ne pas être mal vu au boulot. Donner le biberon. Raconter une histoire. Mettre la lessive au sèche-linge. Repasser. Payer le reste des factures. Et enfin, alors qu’on termine à peine le rangement de la cuisine, aller se coucher. À l’instant où notre tête s’affaisse sur l’oreiller, penser que c’est décidément le plus beau moment du monde. Demander à son conjoint s’il a passé une bonne journée. Tomber de sommeil avant même d’entendre sa réponse. Et se réveiller toutes les trois heures. Combien de temps reste-t-il pour s’aimer dans cette vie là? »
Un long extrait, mais qui résume bien l’état d’esprit du narrateur. Et donne une bonne idée du style de ce roman qui sonde le quotidien avec un sens de l’observation très pointu et un humour dévastateur. Vous allez beaucoup rire à partager les péripéties familiales et sans doute aussi avoir quelque fois la larme à l’œil. Mais n’anticipons pas.
Si avec Léa, la femme de sa vie, «l’indicible a disparu», il imagine que partir pourrait être une solution. Mais il ne part pas de peur d’être seul. Et sans doute pour essayer de se prouver qu’il peut encore sauver cette famille. Mais je vous laisse découvrir l’épisode de reconquête de son épouse préparé avec minutie («Cet anniversaire, c’était notre Everest. Un sommet auquel nous avions souvent rêvé») pour en venir à la pièce de résistance de ce roman lu d’une seule traite, à savoir Paul, le fils rebelle qui nous vaut cette belle définition : « Avoir un adolescent, c’est accepter de savoir perdre son temps. Et avoir de fréquentes envies de meurtre sans jamais passer à l’acte. » Car ce dernier a tous les symptômes de la crise d’adolescence. Il essaie de franchir les limites, il décide que les adultes sont des incapables et qu’ils ne sont sur terre que pour «faire chier», ils transforme sa chambre en foutoir, il s’en prend même à sa petite sœur Élise et, bien entendu, il ne travaille plus à l’école. Ce dernier point offre au père l’occasion de se solidariser avec son fils, car il s’oppose lui aussi cette école du Moyen-Âge et ce proviseur affublé du surnom de Monsieur Mollasson. L’école doit plutôt accueillir, aider et soutenir que rejeter et sanctionner. Mais Paul n’a cure des théories paternelles et poursuit son travail de sape.
Au fur et à mesure que le ton monte, que se mère essaie de recoller les pots cassés, on sent l’ampleur de la tâche, la difficulté à vivre ce psychodrame permanent. On attend le prochain coup plutôt que la rémission.
Jusqu’à ce jour où Bruxelles est à son tout victime d’attentats terroristes. Que la seule chose qui compte alors est de s’assurer que Paul et Élise sont sains et saufs. Que l’amour qu’on porte à ses enfants est au-dessus de leurs crises. Je n’en dirais toutefois pas davantage. S’il est un champ de bataille sur lequel vous devez vous précipiter, c’est bien celui-là! (pour ma part, je cours chercher le premier roman de Jérôme Colin que je n’ai pas encore lu).

Le champ de bataille
Jérôme Colin
Allary Éditions
Roman
210 p., 17,90 €
EAN : 9782370731265
Paru le 22 février 2018

Où?
Le roman se déroule à Bruxelles.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
La crise d’ado… vue du côté des parents.
Le problème avec les enfants, c’est qu’ils grandissent. Un jour, sans prévenir, ils claquent les portes, rapportent de mauvaises notes et ne s’expriment que par onomatopées. Surtout, ils cessent de vous considérer comme un dieu sur terre. Et ça, il faut l’encaisser.
La science explique qu’ils n’y sont pour rien. C’est leur cerveau en formation qui les rend feignants, impulsifs et incapables de ramasser leurs chaussettes. N’empêche. On n’a jamais rien créé de pire que les adolescents du virtuolithique. Voici l’histoire d’un couple sur le point de craquer face aux assauts répétés de leur fils de 15 ans. Qu’ont-ils mal fait ? Rien. Mais la guerre est déclarée. Et ils ne sont pas préparés. L’école les lâche, le père part en vrille, la mère essaie d’éteindre l’incendie.
C’est un roman sur l’amour familial où les sentiments sont à vif, comme sur un champ de bataille.

Les critiques
Babelio
Blog Le coin lecture de Nath
RTBF Le 6-8 (Michel Dufrasne)
Cinétélérevue.be (Charles Julie – entretien avec l’auteur)
Blog B comme bouquiner
Blog The reading bibliophile 
7sur7.be (Deborah Laurent)

Les premières pages du livre:
« Je peux rester ici de longues minutes à regarder mes pieds. La pièce fait deux mètres carrés tout au plus. Pierre bleue au sol et motif fleuri sur les murs. C’est Léa qui a choisi. Confort d’assise optimal, cuvette en céramique, protection anticalcaire, fermeture amortie, mécanisme trois ou six litres pour l’économie d’eau. C’est ma forteresse. Je m’y enferme avec la certitude que personne ne viendra m’y déranger. Laisser les gens déféquer en paix est l’une des dernières règles que l’on respecte encore dans cette maison.
Le pantalon à mi-iambes, je lisais un article sur le Hiram Bingham, train mythique qui traverse le Pérou de Cuzco au Machu Picchu à travers les Andes, lorsque j’entendis le grincement de la porte d’entrée et le pas lourd de mon fils aîné. Je pris le temps de terminer ma lecture et après avoir tiré la chasse, jetai un dernier coup d’œil à la cuvette en céramique. Un réflexe qui me permet de laisser le petit coin dans l’état où j’aimerais le trouver.
Il avait l’air inoffensif, affalé sur le divan, le téléphone portable sur les genoux, la télécommande de la télévision dans une main ct un paquet de chips dans l’autre. Depuis un an, il s’était pourtant méthodiquement appliqué à mettre notre famille à feu et à sang. À l’école, les notes dc comportement s’étaient accumulées et la situation s’était détériorée avec un certain nombre de professeurs. Après Noël, il avait écopé de trois jours dc renvoi pour avoir uriné avec un ami sur la porte de sa classe de religion. Sous la menace d’un programme d’accompagnement personnel, un léger mieux s’était fait sentir dans la dernière ligne droite. Le conseil de classe avait donc finalement accepté de le réinscrire.
Une nouvelle année scolaire débutait, que nous espérions meilleure que la précédente.
Il me dit bonjour sans même lever la tête et souffla lorsque je lui demandai son journal de classe. D’un signe de tête, il me désigna son sac à dos. «Si tu le veux, t’as qu’à le prendre », dit-il en augmentant le volume de la télévision. »

Extrait
« Si mon fils séchait les cours, c’était pour ne pas avoir à subir sa sale gueule, ses pantalons trop courts et son nœud papillon. Décidé cette fois à rédiger une réponse cinglante, j’ai ouvert mon ordinateur et posé mes mains sur le clavier. «Monsieur, mon fils Paul a seize ans. Et je ne peux le condamner de n’être que très peu excité à l’idée de subir deux heures de français et de mathématiques de bon matin. Vous l’avouerez, le programme est peu attirant pour un jeune garçon dont les sens sont littéralement en train d’exploser et qui ne pense qu’à une chose: le rétrécissement à venir de la longueur des jupes des filles avec le printemps qui s’annonce. Ajoutez à cela une heure de géographie pour apprendre le nom des fleuves de l’Asie du Sud et la plantation du riz dans les régions pauvres du Cambodge. Et enfin deux heures de technologie à dessiner très précisément une boîte d’allumettes en trois dimensions avec une perte sèche de deux points si le prof ne voit ne fût-ce qu’un coup de gomme ou s’il a oublié de mettre son nom en majuscules dans la marge. Vous comprendrez dès lors pourquoi mon fils a décidé de ne pas se présenter à l’école ce jour, préférant saisir l’opportunité d’une petite virée en ville avec ses amis.»

À propos de l’auteur
Jérôme Colin est né en 1974. Il est journaliste à la RTBF en Belgique où il anime «Entrez sans frapper» et présente «Hep taxi!». Son premier roman Éviter les péages a paru en 2015 chez Allary Éditions. (Source : Allary Éditions)

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«Les loyautés» – revue de presse


Bel entretien avec Delphine de Vigan à propos des Loyautés «le souffle qu’elle a trouvé pour écrire ce nouveau roman extrêmement nerveux à la construction narrative imparable et son souci d’être toujours dans le vrai, de tendre un miroir à la société.»

 
Voici, pour ceux qui auraient envie d’en savoir davantage sur l’auteur et le roman, une revue de presse qui prouve combien ce roman a réussi, en ce début d’année, à amener la lumière vers lui.
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Les autres critiques:
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La presse
ELLE
Madame Figaro (Tran Huy Minh)
Publik’ART (Delphine de Loriol)
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Moustique.be (Sébastien Ministru)
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Marie France (Valérie Rodrigue)
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Bonus


Delphine de Vigan lit un extrait de Les Loyautés © Production Hachette France

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Les rêveurs

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Logo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman 

En deux mots:
Comment construire sa vie avec une mère vivant dans son propre monde, un père qui se découvre homosexuel et une fratrie très indépendante? Isabelle Carré cherche la réponse dans ce premier roman éclairant.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

La vie et rien d’autre

Pour ses débuts en littérature, Isabelle Carré nous livre un roman d’apprentissage étonnant et détonnant.

Une fois n’est pas coutume, commençons par la dernière page du roman d’Isabelle carré, celle des remerciements, pour noter d’abord qu’elle a participé à l’atelier d’écriture «Marcher sur la queue du tigre» de Philippe Djian. Quand ce dernier explique qu’il n’apprend pas à écrire à ses élèves «mais à éviter les écueils, à gagner du temps et à réfléchir à ce qu’ils font à l’aide d’exercices dont ils doivent respecter l’énoncé. Il n’y a pas de manière d’apprendre à écrire, plutôt une façon d’apprendre à ressentir», on ne peut que constater ici combien elle a pu faire son miel de ces conseils.
En remerciant sa mère, qui «a compris ce qu’elle voulait faire», Isabelle Carré nous livre une seconde clé. Comme elle l’a expliqué au micro de Léa Salamé sur France Inter, elle n’a pas voulu une «vérité vraie», mais raconter des impressions. «Ce sont beaucoup plus des émotions que des faits» expliquera-t-elle en revendiquant sa subjectivité.
Concrètement, cela donne un premier chapitre où la petite fille qu’elle est encore se promène main dans la main avec sa mère jusqu’au moment où cette dernière lâche sa petite menotte. «Ma mère ne me voit pas, elle ne me sauvera d’aucun danger, elle n’est pas vraiment là, elle ne fait que passer, elle est déjà passée. Elle s’en va.» Ne cherchons pas plus loin l’explication du titre du roman. Tous les acteurs de cette tragi-comédie sont des rêveurs. La mère qui vit dans un monde parrallèle, fait plus de dépressions que d’exaltations. Le père qui va se transformer au fil des ans physiquement et mentalement jusqu’à finir par avouer son homosexualité et quitter le domicile pour rejoindre son ami. Et Isabelle qui ne trouve pas sa place dans ce tourbillon et choisit de rêver sa vie plutôt que de l’affronter. C’est ainsi qu’elle choisit, par exemple, de prendre son envol du second étage de son domicile… La dure réalité, la chute qui s’en suit, aura pour conséquence de briser sa carrière de danseuse.
Une autre tentative de suicide, par la prise d’une grande quantité de pilules, l’obligera à séjourner dans un hopitâl psychiatrique. Où elle fera une belle rencontre. Car c’est bien à un roman d’apprentissage que nous avons affaire, à l’étude d’un parcours qui – pour dramatique qu’il soit – a fait d’Isabelle Carré l’actrice «discrète et lumineuse» que l’on connaît.
En explorant ses souvenirs, elle va refuser la narration chronologique pour laisser les fortes impressions dominer, pour essayer d’attrapper ces moments intenses avant qu’il ne soit trop tard : « le temps ne fera que nous en éloigner, à moins d’être un bon rêveur, celui qui se souvient toujours de ses rêves, de rêves si clairs et précis qu’ils permettent de s’y attarder encore, d’entrer à nouveau dans ces pièces de l’enfance, sans autre clé que le désir constant d’y revenir. »
Les parfums et les odeurs, les lieux et les personnes: la romancière nous propose un concentré d’émotions qui par vagues successives vont dessiner le portrait de cette famille très particulière. Dont elle aimerait beaucoup trouver le mode d’emploi. Jusqu’au moment où elle comprend que c’est mission impossible, qu’elle ne changera pas son passé et que ce roman est aussi celui de sa «vraie» vie.
« Puisque tout est vrai, et que les acteurs « font semblant de faire semblant », comme l’écrit Marivaux.»

Les Rêveurs
Isabelle Carré
Éditions Grasset
Roman
304 p., 20 €
EAN : 9782246813842
Paru le 10 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
« On devrait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grâce à un flacon acheté dans un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieuse encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance… » I. C.
Quand l’enfance a pour décor les années 70, tout semble possible. Mais pour cette famille de rêveurs un peu déglinguée, formidablement touchante, le chemin de la liberté est périlleux. Isabelle Carré dit les couleurs acidulées de l’époque, la découverte du monde compliqué des adultes, leurs douloureuses métamorphoses, la force et la fragilité d’une jeune fille que le théâtre va révéler à elle-même. Une rare grâce d’écriture.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Moka Au milieu des livres

Les autres critiques
Babelio 
Marie-Claire (Fabrice Gaignault)
LeJDD.fr
Livreshebdo.fr (Vincy Thomas)
Têtu (Julie Baret)
Libération (Portrait – Caroline de Bodinat)
ELLE (Héléna Villovitch)
Blog C’est quoi ce bazar?


Isabelle Carré présente son premier roman Les rêveurs © Production La Grande librairie

Les premières pages du livre 
« Elle me tient par la main, et pousse en même temps mon frère dans son landau. Nous traversons la rue, nous marchons, personne ne parle. Les voitures roulent et les gens bougent en silence, c’est comme un film muet. Je n’ai pas encore remarqué, je crois, son regard fixe, sa démarche fantomatique, même si je sens qu’elle est loin, ses pensées l’ont encore capturée à des années-lumière, j’ai l’habitude… Oui, mais si loin, ce jour-là, qu’elle ne m’entend pas crier lorsqu’un passant m’arrache à elle…
Elle continue sa route, la tête bien droite, elle avance vers ce point mystérieux qu’elle fixe toujours, elle s’éloigne d’une marche régulière, presque mécanique, elle avance invariablement, sans enthousiasme ni détermination, sa trajectoire se dessine toute seule, elle n’espère rien, elle se déplace simplement vers autre chose, là où elle est censée se rendre, et ce rendez-vous, ce but quel qu’il soit, la laisse indifférente tout autant que ma disparition. Ma panique, mes efforts pour attirer son attention sont inutiles, aucun de mes hurlements ne l’alertera… Elle poursuit sa route, la poussette à la main, sans s’inquiéter de moi. Elle n’a pas senti ma main lui échapper, elle n’était que de l’eau ou du vent dans la sienne. J’ai six ou sept ans, et ce rêve revient de plus en plus souvent. Je sais bien que ce n’est qu’un cauchemar, mais il semble contenir une vérité que je ne saurais ignorer: ma mère ne me voit pas, elle ne me
sauvera d’aucun danger, elle n’est pas vraiment là, elle ne fait que passer, elle est déjà passée. Elle s’en va. »

Extraits
« Mais comment? Comment font les gens? Pourquoi personne n’a encore écrit une vraie «vie: mode d’emploi», ce serait plus qu’utile! Quelque chose de sérieux, pas un énième «livre-bien-être» d’un pseudo-psy dont on voit l’après-midi les chroniques à la télé, les conseils d’un médecin réputé à la recherche d’un complément de retraite, ou ceux d’un sage, adepte du yoga et de la méditation transcendentale… Non. J’aimerais tellement trouver mieux, je cherche des heures dans les librairies. Mon angoisse: passer devant, juste à côté sans le voir, manquer Le livre qu’il me fallait, qui aurait été fait pour moi, lumineux, salutaire, dans lequel j’aurais puisé les conseils d’un ami, enfin obtenu les bonnes réponses. Lorsque je trouve un chapitre qui ressemble à ça, une phrase limpide plus précieuse qu’un bijou, je m’endors avec, sous mon oreiller, près de mes mains, de mon visage, comme si sa substance pouvait m’imprégner pendant la nuit, me transmettre un peu de sa vérité et me protéger de l’obscurité. »

« On devrait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi d’abord qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grâce à un flacon acheté dans une parfumerie ou un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, l’odeur d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieux encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance. »

À propos de l’auteur
Comédienne de théâtre et de cinéma, Isabelle Carré poursuit depuis 1987 une carrière d’anti-star discrète au talent toujours plus reconnu. Les rêveurs est son premier roman. (Source : Éditions Grasset)

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Les loyautés

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rentree-2018

En deux mots:
Hélène est enseignante. Elle va va remarquer que Théo, l’un de ses élèves de 5e, ne va pas bien et va tenter de l’aider. Ce dernier entraîne son camarade Mathis sur un terrain dangeureux alors que leurs parents respectifs démissionnent. Qui aura le dernier mot?

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré))

Ma chronique:
Ivresse et autres bizarreries

Au-delà de l’enfance maltraitée, le nouveau roman de Delphine de Vigan explore un mal du siècle, la difficulté de plus en plus grande de communiquer, de dire les choses.

Alors que l’adaptation cinématographique par Roman Polanski de D’après une histoire vraie est sur les écrans, Delphine de Vigan nous offre un nouveau roman percutant qui explore «les lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps, les valeurs au nom desquelles nous nous tenons droits, les fondements qui nous permettent de résister, les principes illisibles qui nous rongent et nous enferment. Nos ailes et nos carcans.»
Donnant, chapitre après chapitre, la parole aux protagonistes, la romancière construit un récit qu’il est difficile de lâcher tant la tension croît au fil du récit. Hélène ouvre le livre. Prof de SVT au collège, elle a l’intuition que Théo, son élève de 5e, cache un secret. Même si aucune trace de coups n’est visible, elle sait par expérience que tous les coups ne laissent pas forcément de marques, du moins physiques. Car Hélène a enduré les jeux pervers de son père, inventeur d’un principe d’éducation particulier, sorte «roue de la fortune»: à chaque mauvaise réponse aux questions diverses et variées qu’il posait, une gifle.
On serait tenté d’écrire que fort heureusement pour elle, un cancer va emporter son bourreau. Elle a alors 17 ans et se promet de devenir enseignante et de de venir au secours des enfants maltraités.
On suit alors le parcours de Théo qui navigue entre sa mère et son père. Des parents qui préfèrent ne pas voir le malaise de leur fils pour se concentrer sur leurs propres déboires engendrés par la faillite du couple et se satisfont de leur stratégie d’évitement que l’enfant a bien intégré : « Très vite, Théo a appris à jouer le rôle qu’on attendait de lui. Mots délivrés au compte-gouttes, expression neutre, regard blasé. Ne pas donner prise. Des deux côtés de la frontière, le silence s’est imposé comme la meilleure posture, la moins périlleuse. »
Le goût de la liberté aura pour lui celui de la vodka ou du rhum. Entraînant Mathis, son camarade classe, il va trouver une cachette dans l’établissement scolaire où ils pourront ingurgiter des doses de plus en plus fortes d’alcool.
Cécile, la mère de Mathis, s’alarme à son tour. Mais son fils cache son jeu, balaie ses doutes…
Comme l’écrit fort justement Bernard Pivot dans le JDD, le roman « est une plongée passionnante dans les relations compliquées d’un inévitable trio: parents, adolescents, enseignants. » La démission des uns et la duplicité des autres de même que le pouvoir que peuvent exercer les uns sur les autres font que la peur s’immisce dans les relations et brouille les messages. La déloyauté l’emporte sur la loyauté, même si au bout du compte personne n’est vraiment dupe: « C’est étrange, d’ailleurs, cette sensation d’apaisement lorsqu’enfin émerge ce que l’on refusait de voir mais que l’on savait là, enseveli pas très loin, cette sensation de soulagement quand se confirme le pire. »
Comme dans Les heures souterraines les personnes que la vie n’a pas épargnées sont au centre de ce court roman, coupant comme une lame de rasoir et dont je gage que vous serez très impatients de connaître l’issue.

Les Loyautés
Delphine de Vigan
Éditions JC Lattès
Roman
208 p., 17 €
EAN : 9782709661584
Paru le 3 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
« J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas.»
Théo, enfant du divorce, entraîne son ami Mathis sur des terrains dangereux. Hélène, professeur de collège à l’enfance violentée, s’inquiète pour Théo : serait-il en danger dans sa famille ?
Quant à Cécile, la mère de Mathis, elle voit son équilibre familial vaciller, au moment où elle aurait besoin de soutien pour protéger son fils.
Les loyautés sont autant de liens invisibles qui relient et enchaînent ces quatre personnages.

Les critiques
Babelio
ELLE 
Blog Carobookine 
Blog My pretty Books 


Delphine de Vigan lit un extrait de Les Loyautés © Production Hachette France

Les premières pages du livre 
« Ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres – aux morts comme aux vivants –, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d’ordre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de nos mémoires.
Ce sont les lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps, les valeurs au nom desquelles nous nous tenons droits, les fondements qui nous permettent de résister, les principes illisibles qui nous rongent et nous enferment. Nos ailes et nos carcans.
Ce sont les tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves. »

HÉLÈNE
J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon de se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas. Les coups je les ai reçus quand j’étais gosse et les marques je les ai cachées jusqu’au bout, alors à moi, on ne me la fait pas. Je dis le gamin parce que franchement il faut les voir, les garçons, à cet âge-là, avec leurs cheveux fins comme ceux des filles, leur voix de petit poucet, et cette incertitude qui colle à leurs mouvements, il faut les voir s’étonner grands yeux écarquillés, ou se faire engueuler, mains nouées derrière le dos, la lèvre tremblotante, on leur donnerait le bon Dieu sans confession. Pourtant, il n’y a aucun doute, c’est à cet âge-là que ça commence, les vraies conneries. »

À propos de l’auteur
Née en 1966 à Boulogne-Billancourt, Delphine de Vigan se lance à 21 ans dans la vie active, après une formation au Celsa. En 2002, elle est directrice d’études dans un institut de sondage quand elle publie sous pseudonyme (Lou Delvig) son premier livre, Jours sans faim. Des nouvelles et trois romans plus tard – dont No et moi et Les Heures souterraines – l’écrivaine créé l’événement avec Rien ne s’oppose à la nuit, portrait de sa mère bipolaire, suicidée en 2008.
Plus d’un million d’exemplaires vendus. Le succès, fulgurant, fragilise son auteure: qu’écrire après? Comment revenir au roman d’imagination? Ce séisme donnera naissance à D’après une histoire vraie, salué par le prix Renaudot 2015. Les Loyautés confirme que, pour Delphine de Vigan, rien ne s’oppose à la fiction. (Source : Magazine Lire)

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«Ô temps! suspends ton vol»

SABOLO_Bellevue

En deux mots:
Benjamin a douze ans quand Summer, sa sœur, disparaît lors d’un pique-nique au bord du Léman. 25 ans après, il cherche toujours à comprendre ce qui s’est passé.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

«Ô temps! suspends ton vol»

Lors d’un pique-nique au bord du Léman une jeune fille de 19 ans disparaît. Près d’un quart de siècle plus tard son jeune frère se souvient et nous entraîne dans un roman aussi profond que les eaux du lac.

« Où sont les êtres que l’on a perdus? Peut-être vivent-ils dans les limbes, ou à l’intérieur de nous. Ils continuent de se mouvoir à l’intérieur de notre corps, ils inspirent l’air que nous inspirons. Toutes les couches de leur passé sont là, des tuiles posées les unes sur les autres, et leur avenir est là aussi, enroulé sur lui-même, rose et doux comme l’oreille d’un nouveau-né. »
Tout au long de ce beau et mélancolique roman, Benjamin va soulever une par une ces tuiles, ces couches de son passé et nous livrer sa version du drame qui s’est joué un quart de siècle plus tôt. Il avait alors douze ans et sa sœur Summer dix-neuf ans. Un jour d’été, lors d’un pique-nique au bord du Léman, elle disparaît sans laisser de traces. Un drame absolu, mais si difficile à décrire, à vivre.
Le pré-adolescent se situe dans cette période si particulière de sa vie où il est à la recherche de certitudes, de vérités, de points d’ancrage. Mais le lac, omniprésent dans ce récit, ne lui offre que son insondable profondeur, ses horizons changeants, ses eaux mystérieuses, ses brumes envoûtantes. Une masse liquide qui semble avoir imposé sa force tranquille non seulement au jeune garçon, mais à toute la famille dont la première mission semble devoir être ne pas faire de vagues.
Car la bourgeoisie genevoise doit tenir son rang. Le père est avocat et suit les règles et préceptes de ses pairs. Il est resté fidèle aux principes de Zofingue, une société déjà séculaire d’étudiants aux rituels secrets. Il y a du reste fort à parier que plusieurs générations de Wassner figurent dans les archives ce club aux côtés des autres familles patriciennes du bout du lac. Mais à part les quelques soirées qu’il passe avec les membres de ce cercle, on le voit peu. C’est la discrétion qui prévaut dans la villa où sa mère «plus belle et insaissable que les autres mères» semble passer comme une ombre, femme au foyer garante des apparences.
Avec la disparition de sa sœur, c’est non seulement la vie sociale de la famille qui se réduit comme peau de chagrin, mais aussi les copines de Summer, Jill et Alexia, qui ne viennent plus éveiller la curiosité, voire les fantasmes, du jeune homme.
Comme c’était déjà le cas dans Crans-Montana, Monica Sabolo accumule les indices à partir des ambiances, des odeurs, des impressions. Une petite musique presque imperceptible, mais qui ne va pas tarder à cerner le lecteur jusqu’à le rendre hypersensible. C’est alors qu’un petit rien prend des dimensions impressionnantes. « Ce soir-là quelque chose avait bougé dans l’univers, un déplacement minime, mais qui avait modifié profondément notre essence, on aurait dit que nous n’avions plus aucun contrôle de nous-mêmes, nous étions devenus si spontanés que c’en était terrifiant. » Quand il se retourne sur son passé, Benjamin ne peut expliquer ce qui s’est vraiment passé, mais il sent le dérèglement que les différents psys qu’il rencontre ne parviendront pas davantage à saisir : « Quand j’essaie de me souvenir de 1994, 1995, 1996 et 1997, il n’y a qu’un vent glacé qui parcourt mes jambes, il s’insinue jusque dans mon cœur tandis que le docteur Traub me regarde, par-dessus ses lunettes, comme un professeur patient attendrait la réponse d’un adolescent attardé. »
De l’adolescent tourmenté, on passe au jeune homme déstabilisé qui ne peut construire sa vie face à ce vide béant, qui n’arrive pas non plus à bâtir une relation durable avec les filles qui ne sont pas insensibles à ce charme dû à son spleen, à un romantisme tourmenté comme celui de Lamartine
Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !
Seulement voilà, depuis Raphaëllle Billetdoux, on sait qu’il faut prendre garde à la douceur des choses. Monica Sabolo nous en apporte une nouvelle preuve. À force d’observer les tuiles et les retourner, la vérité va finir par s’imiscer, aussi surprenante que déstabilisante. C’est du grand art !

Summer
Monica Sabolo
Éditions JC Lattès
Roman
320 p., 19 €
EAN : 9782709659826
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule à Bellevue, près de Genève

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Summer
Monica Sabolo
Éditions JC Lattès
Roman
320 p., 19 €
EAN : 9782709659826
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Lors d’un pique-nique au bord du lac Léman, Summer, dix-neuf ans, disparaît. Elle laisse une dernière image: celle d’une jeune fille blonde courant dans les fougères, short en jean, longues jambes nues. Disparue dans le vent, dans les arbres, dans l’eau. Ou ailleurs?
Vingt-cinq ans ont passé. Son frère cadet Benjamin est submergé par le souvenir. Summer surgit dans ses rêves, spectrale et gracieuse, et réveille les secrets d’une famille figée dans le silence et les apparences.
Comment vit-on avec les fantômes? Monica Sabolo a écrit un roman puissant, poétique, bouleversant.

Les critiques
Babelio 
Télérama (Nathalie Crom)
Grazia (Philippe Azoury)
Glamour (Erick Griesel)
Blog Au Bordel Culturel 
Blog Les livres de Joëlle
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)


Monica Sabolo présente Summer © Production Hachette littérature

Les premières pages du livre
« Dans mes rêves, il y a toujours le lac. L’été où c’est arrivé, cet été dont rien n’a marqué ma mémoire, ou juste quelques images, comme des photographies nettes et brillantes, pendant ce mois de juillet où nos vies ont changé pour toujours, il faisait si chaud que les poissons remontaient des profondeurs du lac Léman. On se mettait sur la rive, et l’on voyait ces masses sombres à la surface, comme des monstres suffocants, et l’on pouvait imaginer l’intérieur de leur bouche, la chair rose, écœurante.
Selon le docteur Traub, que je vois depuis trois mois et deux semaines, au rythme de deux séances hebdomadaires – trois mois que je regarde son front humide, ses cheveux qui démarrent bien trop haut, il sera chauve dans quoi, trois? quatre ans? – ces poissons qui reviennent dans mes rêves sont peut-être une représentation de moi-même. Mes sensations de suffocation. D’étouffement.
Vingt-quatre ans, et treize jours, que c’est arrivé.
Vingt-quatre ans et treize jours que je ne me souviens de rien, juste quelques flashs, une explosion de blanc et de lumière, et puis, plus rien. »

Extrait
« Et tandis que leurs voix aiguës, aux accents de plus en plus désespérés, appelant ma sœur, j’étais resté là, absent à la scène, et à la vie, tandis que montait en moi la certitude que c’était arrivé, ce moment que j’attendais depuis toujours, l’effondrement de cet édifice de papier que constituaient nos existences. »

À propos de l’auteur
Monica Sabolo est romancière. Ses deux derniers romans Tout cela n’a rien à voir avec moi (Prix de Flore, 2013) et Crans-Montana (Grand prix de la SGDL, 2015) ont reçu un très bel accueil. (Source : Éditions JCLattès)

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Frappe-toi le cœur

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Voici 5 bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que je suis Amélie Nothomb depuis son premier roman, Hygiène de l’assassin. C’était déjà il y a plus d’un quart de siècle !

2. Parce qu’il faut saluer la performance de la romancière à la discipline de fer qui, fidèle à son éditeur, lui propose tous les ans un nouveau roman, sans oublier les dizaines d’autres livres qui dorment dans ses tiroirs.

3. Pour son style, aujourd’hui très maîtrisé, très épuré. Répondant à Baptiste Liger dans Lire, elle explique : « Vous savez, c’est le quatre-vingt septième roman que j’écris et, au fil du temps, j’ai appris qu’il fallait se séparer de tout ce qui n’était pas nécessaire. Dès qu’on voit qu’une scène ou une explication n’est pas indispensable, il faut la supprimer. »

4. Parce qu’elle sait varier son registre et surprendre, roman après roman. L’an passé, elle revisitait le conte de Perrault avec Riquet à la houppe (que j’ai bien aimé), cette fois elle nous invente le sien, celui de la jalousie. Au centre du récit, Diane, dont la mère Marie est jalouse et qui va essayer de se construire, notamment en se trouvant une mère de substitution, l’une de ses professeurs à la fac de médecine.

5. Parce que les critiques, prompts à dénigrer les auteurs populaires, sont quasi unanimes à trouver que Frappe-toi le cœur est l’un de ses meilleurs.

Frappe-toi le cœur
Amélie Nothomb
Éditions Albin Michel
Roman
180 p., 16,90 €
EAN : 9782226399168
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
« Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. » Alfred de Musset

Les critiques
Babelio 
Télérama
Culturebox (Anne Brigaudeau)
ActuaLitté (Nausicaa Dewez)
Libération (Claire Devarrieux)
Blog A l’ombre du noyer 
Blog Cannibales lecteurs
Blog Les petits livres by Smallthings

Les premières pages du livre
« Marie avait 19 ans, son heure était venue. Une existence formidable l’attendait, elle le sentait. Elle étudiait le secrétariat, ce qui ne présageait rien – il fallait bien étudier quelque chose. On était en 1971. « Place aux jeunes », entendait-on partout.
Elle fréquentait les gens de son âge aux soirées de la ville, elle n’en manquait pas une. Il y avait une fête presque chaque soir pour qui connaissait du monde. Après une enfance calme et une adolescence ennuyeuse, la vie commençait. « Désormais, c’est moi qui compte, c’est enfin mon histoire, ce n’est plus celle de mes parents, ni de ma sœur. » Son aînée avait épousé un brave garçon l’été d’avant, elle était déjà mère, Marie l’avait félicitée en pensant : « Fini de rire, ma vieille ! »
Elle trouvait grisant d’attirer les regards, d’être jalousée des autres filles, de danser jusqu’au bout de la nuit, de rentrer chez elle au lever du jour, d’arriver en retard au cours. « Marie, vous avez encore fait la vie, vous », disait à chaque fois le professeur avec une fausse sévérité. Les laiderons qui étaient toujours à l’heure la contemplaient rageusement. Marie éclatait de son rire lumineux ». »

Extrait
« Maman, j’ai tout accepté, j’ai toujours été de ton côté, je t’ai donné raison jusque dans tes injustices les plus flagrantes, j’ai supporté ta jalousie parce que je comprenais que tu attendais davantage de l’existence, j’ai enduré que tu m’en veuilles des compliments des autres et que tu me le fasses payer, j’ai toléré que tu montres ta tendresse à mon frère alors que tu ne m’en as jamais témoigné une miette, mais là, ce que tu fais devant moi, c’est mal. »

À propos de l’auteur
Depuis 1992 et Hygiène de l’assassin, tous les livres d’Amélie Nothomb ont été publiés aux éditions Albin Michel. Elle a reçu, entre autres, le prix Chardonne, le Grand prix du roman de l’Académie française, le prix de Flore, et le Grand prix Jean Giono pour l’ensemble de son œuvre. Ses œuvres sont traduites dans 40 langues, des U.S.A. au Japon. (Source : Éditions Albin Michel)
Site internet de l’auteur 

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Avant que tout se brise

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En deux mots
Megan n’est encore qu’une enfant lorsque qu’elle décide d’intégrer l’équipe américaine de gymnastique. Entraînant toute sa famille dans son sillage, on va la suivre au fil des années, Avant que tout se brise.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Avant que tout se brise
Megan Abbott
Éditions du Masque
Thriller
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch
334 p., 20,90 €
EAN : 9782702446447
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule dans une petite ville des États-Unis.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Elle a les épaules élancées, les hanches étroites et des yeux sombres qui transpirent une détermination presque glaçante. À quinze ans, Devon est le jeune espoir du club de gymnastique Belstars, l’étoile montante sur qui se posent tous les regards, celle qui suscite tour à tour l’admiration et l’envie. Quand on est les parents d’une enfant hors norme, impossible de glisser sur les rails d’une vie ordinaire. C’est du moins ce que pense Katie, la mère de Devon, qui se dévoue corps et âme à la réussite de sa fille, même si cela demande des sacrifices.
Lorsqu’un incident tragique au sein de leur communauté réveille les pires rumeurs et jalousies, Katie flaire le danger s’approcher de sa fille et sort les griffes. Rien ni personne ne doit déconcentrer sa fille ou entraver la route toute tracée pour elle. Mais les rumeurs ne sont pas toujours infondées… et les enfants rarement conscients des montagnes qu’on déplace pour eux. Reste à déterminer quel prix Katie est prête à payer pour voir Devon atteindre le sommet.

Ce que j’en pense
Le monde du sport de haut-niveau n’est guère l’objet de romans. Encore moins de polars, si l’on excepte la série de Harlan Coben qui met en scène l’agent sportif Simon Bolivar. Aussi convient-il de saluer Megan Abbott qui semble creuser ce filon avec autant de talent que d’érudition. Après nous avoir fait découvrir les cheerleaders dans Vilaines Filles, les hockeyeuses sur gazon dans La Fin de l’innocence, puis les hockeyeuses sur glace dans Fièvre, nous voici au sein d’une famille américaine qui va tout sacrifier à la réussite de la carrière leur fille Devon, l’une des meilleures gymnastes du club de BelStars.
Pour avoir vécu l’expérience du sport de haut-niveau et découvert l’importance attribuée à la pratique sportive au sein du système scolaire américain, de l’école à l’université, je crois pouvoir affirmer que le parcours décrit ici tient davantage du reportage, de l’expérience vécue, que d’une fiction. Les notations sur le matériel, sur les entraînements ainsi que sur les atteintes physiques : tout sonne vrai.
Devon est victime d’un accident qui la prive d’une partie de ses orteils. Pour sa rééducation, le médecin l’encourage à pratiquer la gymnastique. À cinq ans à peine, elle met le pied – c’est le cas de le dire ici – dans un univers qui va non seulement la transformer, mais aussi bouleverser la vie de toute sa famille. « Et donc la gymnastique devint le centre, la puissante épine dorsale de toute leur vie. Devon eut cinq, six, sept ans : des milliers d’heures de travail entre la maison et le gymnase pour participer aux compétitions, une demi-douzaine de visites aux urgences pour un orteil cassé, une entorse au genou, un coude déboîté, ou sept points de suture quand elle s’était mordu la langue en tombant des barres asymétriques. Et l’argent dépensé. Les inscriptions à la salle de gym, aux compétitions, l’équipement, les voyages, les adhésions au club de supporters. Eric et Katie avaient cessé de compter, s’habituant peu à peu à l’inflation des relevés de carte de crédit. »
Pour son coach, la «superstar des agrès» peut viser la sélection nationale, voire les Jeux Olympiques. Du coup, son père va tout mettre en œuvre pour atteindre ce but, y compris aménager un trampoline chez lui, pousser les dirigeants du club à transformer le gymnase et offrir les meilleures conditions à «l’élastique humain».
C’est lors des travaux d’aménagement d’une nouvelle fosse de réception que le récit de l’ascension de la jeune gymnaste va prendre un tout tragique. Pour pallier à la défaillance d’un ouvrier tombé malade, le coach va le remplacer par son garçon de piscine, Ryan Beck.
Ce dernier va vite devenir l’attraction des gymnastes, mais aussi de leurs parents, venant tous jeter un œil dans la fosse où le jeune homme fait travailler les muscles de ses longs bras bronzés et donne l’impression de couler des tonnes de béton avec une facilité déconcertante. Alors lorsque l’on apprend que le beau jeune est mort, fauché par une voiture, c’est la consternation. D’autant plus que la police enquête afin de retrouver le chauffard et ne tarde pas à s’intéresser aux relations du jeune homme. Très choqué, le coach cesse d’entraîner. Eric ne comprend pas comment, au moment le plus crucial, sa fille ne bénéficie pas d’un soutien total. Katie cherche quant à elle à comprendre le rôle de Devon dans cette sombre affaire.
Très vite l’ambiance devient irrespirable, car cette crise exacerbe les sentiments, pousse les rancœurs, fait grimper le taux d’adrénaline. Entre les ambitions des uns et les jalousies des autres. Sans oublier les mutations liées à l’adolescence. « Ça fait bizarre, n’est-ce pas, le jour où vous découvrez que vous n’avez pas la moindre idée de ce qui se passe dans la tête de votre enfant ? Un matin, vous vous réveillez et il y a un inconnu dans votre maison. Il ressemble à votre enfant, mais ce n’est pas votre enfant. C’est autre chose, que vous ne connaissez pas. Et il continue à changer. Il n’arrête pas de changer devant vous. »
En fine connaisseuse de l’âme humaine, Megan Abbott fait monter la mayonnaise et nous offre un épilogue aussi violent que noir. Les gymnastes diront qu’il convient de terminer un aussi beau programme par une ultime pirouette…

Autres critiques
Babelio
Télérama (Michel Abescat)
Le JDD
Libération (Sabrina Champenois)
Blog Lettres exprès
Blog Un polar-collectif
Tête de lecture – Webzine littéraire
Le blog du polar
Blog Nyctalopes
Blog Les petits livres by Smallthings
Blog Léa Touch Book

Les premières pages du livre

Extrait
« Ce fut d’abord un travail constant, éreintant, plus de séances d’entraînement de cinq heures, plus de déplacements, d’innombrables doigts tordus, des paumes entaillées, et deux vieilles voitures fatiguées, avec des hernies sur les pneus et des portières enfoncées, les relevés de carte bancaire qui s’allongeaient, un abonnement au gymnase qui coûtait presque aussi cher qu’un de leurs deux crédits hypothécaires.
Mais ça arriva. Au printemps, Devon atteignit le Niveau 10. Parmi quatre-vingt-seize autres seulement dans tout l’État.
« Impossible de prédire jusqu’où nous pouvons aller maintenant », dit Coach T. en regardant Devon exécuter sauts et pirouettes.
Quelques mois plus tard, sous le soleil torride d’Orlando, après avoir terminé sixième à la poutre et aux barres lors des championnats nationaux du Niveau 10 Junior, elle fut classée première de tous les Niveau 10 de leur État.
« Le plus beau jour de notre vie », dit Devon, et tout le monde rit de ce « nous », sauf que c’était la vérité, non ?
« Une étoile est née », annonça Coach T. en se balançant sur ses talons, rayonnant et brandissant cette photo éblouissante de Devon parue dans le journal local : stoïque et majestueuse dans son justaucorps blanc comme neige, avec ses yeux sombres, les yeux d’Eric. À côté, il y avait cette super interview de Coach T., et le lendemain BelStars fut envahi de nouvelles recrues, les caisses débordaient. »

A propos de l’auteur
Megan Abbott est l’auteur de huit romans, parmi lesquels Fièvre (2015), Vilaines filles (2013) et La Fin de l’innocence (2012), et elle a obtenu plusieurs récompenses dont le prestigieux prix Edgar Allan Poe. Elle est docteur en littératures anglaise et américaine de l’université de New York et a également écrit pour des nombreuses publications telles que le New York Times, le Wall Street Journal, et le Guardian. Megan Abbott vit à New York. (Source : Éditions du Masque)

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Mon ciel et ma terre

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En deux mots
Dans ce premier roman, autobiographique, l’actrice Aure Atika rend hommage à sa mère. Celle qui était son ciel et sa terre était aussi instable que fantasque, rongée par la drogue et par une société qu’elle ne comprend pas. Mais la force de l’amour est comme un torrent purificateur.

Ma note
etoileetoileetoile(beaucoup aimé)

Mon ciel et ma terre
Aure Atika
Éditions Fayard
Roman
208 p., 18 €
EAN : 9782213687100
Paru en février 2017

Où?
Le roman se déroule à Paris «rue de Verneuil, pas loin de chez Gainsbourg», à Faidherbe-Chaligny, à Bonnieux dans le Lubéron, à Semur-en-Auxois. On y retrace aussi des voyages à Amsterdam, à Saint-Tropez, à Deauville, à Formentera, à Avignon, en Israël, en Autriche, au lac Balaton, à Casablanca, à Bangkok.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« J’ai aimé ma mère, follement. Je l’ai cajolée, protégée. Je lui chantais des comptines de couleur, bleue, ou rose selon l’humeur, pour la rassurer. Je l’épaulais lors de ses chagrins d’amour, j’assistais, déboussolée, à ses crises de manque. J’étais parfois la mère de ma mère… Pourtant, je l’admirais plus que quiconque, je ne l’aurais à aucun moment échangé contre une autre. Maman, elle n’avait pas peur de se bagarrer avec ses pieds et ses mains, ni de claquer la porte aux nez de ses amants. Maman, elle partait en pleine nuit faire la fête, elle m’emmenait dans des dîners de grands en plein Saint-Germain des Prés, à la Coupole ou au Flore, alors que nous vivions dans de petits appartements faits de bric et de broc. Ma mère était bohème. Elle était mon ciel et ma terre. Elle était mon Ode. Tout un poème. »

Ce que j’en pense
« Aujourd’hui, tout de suite, j’en ai besoin. J’ai besoin de savoir que je viens de là et que ce chaos, ces imprévus, ces éclats sont toujours possibles. J’ai besoin de la faire vivre. Sans cela, je ne peux pas survivre ni continuer. » On sent le besoin quasi viscéral que l’auteur a eu d’écrire, de nous livrer ce portrait de femme des années 80, de rendre hommage à sa mère.
Dès les premières lignes, on comprendra toutefois que leur relation sera compliquée, que l’harmonie et la chaleur d’un foyer sera réservée aux autres. À ces familles où le père travaille, ou la mère s’occupe du ménage et s’appelle Nicole, Martine ou Odette. Chez elle, il n’y a plus de père, sinon des hommes qui ne font que passer. Chez elle Odette a cédé la place à Ode. Ode qui s’affranchit des règles, Ode qui ne dispose pas d’un manuel d’éducation, Ode… à la liberté : « Je la sens pleine d’un autre monde auquel je ne suis pas conviée, de rencontres, de rires, d’expériences… Je touche son nez, sa joue, sa bouche, mais ce n’est qu’une enveloppe vide. Elle est là sans être là. » On comprend la petite fille qui souffre face à cette béance, qui panique lorsqu’une absence se prolonge, qui s’accroche à tous les moments de complicité qu’elle peut arracher à cette mère qui brûle sa jeunesse.
Tous les épisodes qui rythment leur vie, et que Aure Atika raconte avec le regard de l’enfant qu’elle était, dressent le portrait de cette France post mai 68, quand on s’imaginait un monde sans entraves. Ode fréquente les milieux du cinéma, s’imagine photographe, part en reportage ne laissant sa fille dans une ferme du Lubéron. Elle y passera une année avec Babette, une Allemande qui lui fait prendre des douches froides, essaiera de remplir un pot de pièces d’un franc, sa récompense quand elle ne fait pas pipi au lit et cherchera durant des heures les chèvres dont elle avait la garde, avant de constater qu’elles sont rentrées toutes seules à l’étable. Ode revient et repart et face à ce maelstrom sa fille ne sait trop que faire. Chez sa copine Florence, elle se rend compte combien sa vie est éloignée de ce qu’on peut alors appeler la norme. Avec un père très présent, par exemple. Le contraste devient alors saisissant, brutal. Il ne faut que quelques lignes à Aure Atika pour éliminer le sien.
« Mon père, je l’ai revu encore trois fois. Cela aurait pu être quatre, mais, la dernière fois que cela a été possible, je n’ai pas voulu. Quand ils ont découvert son corps, les gendarmes m’ont dit qu’il était mort depuis au moins trois semaines. Je n’avais pas eu envie de voir un cadavre tout violet et bouffi. »
Vivre, c’est alors combler le vide. Quand Ode part en Inde dans un ashram pour trouver « une autre manière de penser le monde » et qu’elle reviendra avec une étagère dans laquelle elle cache un kilo d’opium («Ça va nous faire vivre un an»), on constate que c’est sa fille qui devient de plus en plus responsable. «Je lui en veux d’être aussi faible. Elle ne sert à rien. Elle me ment, elle se ment. » Sans doute est-ce à ce moment que naît l’envie de remettre de la vérité dans ce tourbillon, quitte à se faire des bleus à l’âme. Car elle veut réussir là-même où Ode a baissé les bras : « Le manuscrit des amants de ma mère est dans un coffre. Ce qui me tord déjà la bouche à l’idée de soulever le couvercle, c’est de prédire ce qui me sautera à la gueule : sa vaine quête sentimentale, son incapacité à mener ce projet d’écriture jusqu’au bout. Tout son échec. »
Et toute la réussite de sa fille qui a grandi si vite. « Comme une petite fille prend soin de sa poupée ou de sa petite sœur, je prenais soin de ma mère. » Là où d’autres auraient choisi l’amertume et la vengeance, Aure Atika choisit de combattre avec l’amour. Peu importe dans quel sens il est donné.
Si bien qu’à l’heure du bilan, de la séparation définitive, c’est ce sentiment qui demeure. Indicible, fort, bouleversant. « Elle m’a donné ce qu’elle est. Je me suis construite avec ce qu’elle m’a montré. »

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Domi C Lire
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)

Autres critiques
Babelio
France Inter (L’Amuse-bouche – Clara Dupond Monod)
onlalu.com (Interview avec Pascale Frey)
Le JDD (Ludovic Perrin)
Marie Claire (Marie Clergeot – entretien avec l’auteur)
Gala (Mathieu Bonis)
Actualité juive (Carole Binder – entretien avec l’auteur)

Les premières lignes

Extrait
« Je veux que tout soit comme avant, qu’elle soit contre moi, mais personne ne traverse le petit bout de cour que je peux observer du haut de mes quatre ans. Je ne vois que la pierre des pavés et un arbuste sans feuilles perdu dans un gros pot près de l’entrée sombre de l’escalier B. Je reste seule, sans réponse. L’arbuste ne frémit même pas devant ma détresse.
Mon petit corps a déployé toute son énergie, je suis épuisée d’avoir pleuré et hurlé ce qui m’a semblé être des heures. Ma volonté seule ne suffit pas, mon échec me revient en pleine face. Pas un mouvement de rideaux pour me signifier que je suis entendue, pas une voix en retour. Je me sens minuscule. Compacte et si dense de désespoir, je suis comme un bloc en sanglots. Elle n’est pas là, je ne peux plus penser, plus jouer, plus vivre. Je suis finie. »

A propos de l’auteur
Aure Atika est comédienne, scénariste et réalisatrice. Elle oscille entre films d’auteur (Jacques Audiard, Abdellatif Kechiche, ou Stéphane Brizé) et productions grand public (La Vérité si je mens, ou OSS 117). Mon ciel et ma terre est son premier roman. (Source : Éditions Fayard)

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