La louve

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que, pour son premier roman, l’auteur s’inspire d’une affaire qui a longtemps agité le milieu de la gastronomie parisienne, celle du projet de «La Jeune Rue» mené par Cédric Naudon et qui a tourné au fiasco avec mise en examen de son intiateur

2. Parce que le sujet abordé me touche de près. Mes activités professionnelles me permettent en effet de côtoyer régulièrement tous les acteurs de la chaîne agroalimentaire, des producteurs aux grands chefs. Mais, outre cet intérêt professionnel, je crois que le futur de l’agriculture et de notre alimentation doit intéresser chacun d’entre nous.

3. Parce que, comme le souligne l’auteur dans un entretien à Télérama, il entend s’inscrire dans cette lignée d’écrivains tels Aurélien Bellanger qui interrogent notre époque : « A mes yeux, le romancier est aussi un citoyen et, durant certaines périodes, il doit faire entendre une voix libre. L’agriculture et l’alimentation ont aujourd’hui des enjeux majeurs. Quand on voit les investissements colossaux qui sont faits dans la restauration à Paris, c’est indéniablement un lieu de pouvoir intéressant à observer. »

La Louve
Paul-Henry Bizon
Éditions Gallimard
Roman
256 p., 20 €
EAN : 9782072727573
Paru en septembre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Bienvenue à Montfort-sur-Sèvre. Trois mille habitants, sept clochers, deux pensionnats privés. Ce petit bourg de l’ouest de la France ressemble au décor figé d’une boule à neige. Un microcosme vivant au rythme de vieilles habitudes où Camille Vollot exerce le métier de boucher auprès de son frère Romain qui a repris les rênes de l’entreprise familiale.
Pourtant, un matin d’avril, sans que rien ne puisse le laisser présager, le premier drame d’une longue série va ébranler ces confins paisibles de la Vendée et bouleverser la vie de Camille Vollot jusqu’à l’emporter dans un combat idéaliste contre son frère aîné.
Comme dans les textes fondateurs, l’affrontement de deux frères marque la fin d’une époque. Dans nos campagnes, c’est tout un système de production agricole et de surexploitation du sol qui s’écroule, contesté par les nouvelles méthodes d’avant-garde comme l’agroforesterie et la permaculture prônées par les paysans de La Louve. À Paris, c’est l’avènement d’une nouvelle gastronomie et la ruée vers des produits à la mode, sains et authentiques – à n’importe quel prix.
Des temps de changement qui suscitent autant de conflits que d’espoirs fous et ouvrent des brèches béantes à l’avidité d’imposteurs comme Raoul Sarkis qui ne demandent qu’à se servir.

Les critiques
Babelio 
Télérama (Virginie Félix – entretien avec l’auteur)
L’Usine nouvelle (Christophe Bys)
Le blog de Gilles Pudlowski
Ouest-France (Mathieu Marin)
Blog Mes belles lectures 
Alimentation générale (Pierre Hivernat)
Blog La lectrice à l’œuvre (Christine Bini)
Blog Books’njoy

Les premières pages du livre
« À mesure que le train avançait, le monde semblait rétrécir. Paris, les banlieues sur des kilomètres, la Beauce, quelques bosquets piqués dans l’immensité puis les forêts du Perche, Le Mans, bocage, rien, Angers – changement voie E –, la Loire et ses folies, la levée, Chalonnes, Chemillé, bientôt les haies se resserrent de part et d’autre de la voie ferrée, les abattoirs, enfin la voix enregistrée : « Cholet. Terminus de ce train. Veillez à ne rien oublier à votre place. La SNCF et son personnel espèrent que vous avez fait bon voyage. »
À l’ouverture des portes, Camille Vollot, réveillé quelques instants plus tôt par le ralentissement du train, s’étira, regardant d’un œil distrait défiler les autres passagers avant de se décider à descendre. Le ciel était bas, presque immobile, comme souvent au-dessus des Mauges. Une fois devant la petite gare, tirant sur sa cigarette, il laissa le tissu des jours reprendre forme, les couples se retrouver, les parents attraper leurs enfants et s’éparpiller vers les voitures, françaises et grises pour la plupart. Soudain, plus personne. Tout ce ballet s’était joué en un instant, sans effusion, mécaniquement. »

Extrait
« La nouvelle de la mort d’Antoine plongea la population de Montfort-sur-Sèvre dans la plus grande stupeur. Pour ces gens pieux et fatalistes dont les habitudes quotidiennes étaient encore imprégnées d’une austère rigueur, le suicide demeurait un tabou, un acte possible mais lointain.
Par son geste, Antoine Vollot insinuait que leur monde avait bougé d’un cran. Il les obligeait à reconnaître que les structures ancestrales de leur communauté n’étaient peut-être pas aussi éternelles qu’ils le croyaient et qu’ils avaient échoué à transmettre à leur descendance les fondements de cette discipline individuelle – mélange d’aveuglement et de résignation sourde – qui les avait jusqu’alors préservés.
Voilà presque cent ans que ce viaduc traversait la Sèvre nantaise sans que personne jamais ne songe à s’y jeter. Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ? Et si Antoine Vollot, qui n’avait laissé pour testament qu’une simple feuille blanche posée sur son bureau, n’était en fait que le premier de leurs enfants à s’immoler par le vide, que d’autres bientôt suivraient ?
C’est sans doute unies par cette prémonition que des centaines de personnes venues de Montfort et de tous les villages du canton se pressèrent dans la basilique le jour des funérailles, pour se rassurer, pour essayer de se convaincre que, comme depuis si longtemps, les choses allaient finir par ne pas changer. »

À propos de l’auteur
Né en 1979, diplômé de la Sorbonne (lettres modernes) et de l’école Estienne, Paul-Henry Bizon est l’auteur de reportages pour la presse magazine et de livres spécialisés, notamment dans la gastronomie. Passionné d’urbanisme, il s’intéresse depuis plusieurs années aux mutations des écosystèmes urbains et agricoles. La louve est son premier roman. (Source : Éditions Gallimard)

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La ferme du bout du monde

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En deux mots:
Au soir de sa vie, il est temps de solder quelques comptes. Dans la ferme familiale des Cornouailles un secret de famille vieux de quelque soixante-dix ans va resurgir, forçant tous les protagonistes à se pencher sur leur passé. Émotions garanties.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

La ferme du bout du monde
Sarah Vaughan
Éditions Préludes
Roman
traduit de l’anglais par Alice Delarbre
448 p., 16,90 €
EAN : 9782253107866
Paru en avril 2017

Où?
Le roman se déroule en Grande-Bretagne, principalement en Cornouailles, du côté de Skylark, Trecothan, Bathpool, Slipperhill, Rilla Mill, Upton Cross mais aussi en partie à Londres. Des voyages à Istanbul, Barcelone, Reykjavik et Paris sont aussi évoqués.

Quand?
L’action se situe sur deux périodes, dans les années quarante, durant la Seconde Guerre mondiale et en 2014.

Ce qu’en dit l’éditeur
Cornouailles, une ferme isolée au sommet d’une falaise. Battus par les vents de la lande et les embruns, ses murs abritent depuis trois générations une famille… et ses secrets.1939. Will et Alice trouvent refuge auprès de Maggie, la fille du fermier. Ils vivent une enfance protégée des ravages de la guerre. Jusqu’à cet été 1943 qui bouleverse leur destin. Été 2014. La jeune Lucy, trompée par son mari, rejoint la ferme de sa grand-mère Maggie. Mais rien ne l’a préparée à ce qu’elle y découvrira. Deux étés, séparés par un drame inavouable. Peut-on tout réparer soixante-dix ans plus tard ? Après le succès de La Meilleure d’entre nous, Sarah Vaughan revient avec un roman vibrant. Destinées prises dans les tourments de la Seconde Guerre mondiale, enfant disparu, paysages envoûtants de la Cornouailles, La Ferme du bout du monde a tout pour séduire les lecteurs de L’Île des oubliés, d’Une vie entre deux océans et de La Mémoire des embruns.

Ce que j’en pense
Une ferme au bord d’une falaise en Cornouailles. L’endroit a beau être au «bout du monde», il n’en est pas moins le point d’ancrage de la famille Petherick, le lieu où chaque génération a grandi, découvert le monde, amassé ses premiers souvenirs, avant de s’en éloigner au fil des ans. En 2014, l’année choisie par Sarah Vaughan pour situer ce roman, la situation de l’exploitation n’est guère florissante. Aux mauvaises récoltes viennent s’ajouter un matériel vieillissant que l’aménagement d’un gîte pour touristes ne vient pas compenser. Pour Maggie il n’est cependant pas question de suivre le conseil de son fils qui imagine de transformer l’endroit en complexe touristique e ne conserver qu’un corps de ferme pour la famille. Sa petite-fille Lucy, qui est partie pour Londres est du même avis, même si elle se rend compte que d’un point de vue financier, l’affaire pourrait être bien plus intéressante que de se battre pour la survie de l’activité agricole. C’est que pour les deux femmes, l’aspect sentimental prime sur l’aspect financier. Lucy vient se réfugier du côté de Skylark, car vient de découvrir que son mari la trompe et a besoin de faire le point. Maggie est pour sa part férocement attachée à cet endroit, car elle y espère toujours une visite. Celle d’un enfant qu’on lui a arraché des bras.
Avec le sens de la construction dramatique qui avait déjà fait merveille dans La meilleure d’entre nous, Sarah Vaughan va alors alterner les épisodes de 2014 et ceux de 1943. Alors que la Seconde guerre mondiale a posé sa chape de plomb sur l’Angleterre, ce coin de Cornouailles semble préservé, même si les bombardiers survolent régulièrement le ciel. Will et Alice trouvent refuge dans la ferme. Il est beau et tombe immédiatement sous le charme de Maggie. Les jeunes gens, chaperonnés par Alice, vont comprendre qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Avec la fougue et l’insouciance de leur jeunesse, ils vont vivre leur passion en profitant de chaque minute d’intimité, car Will doit rejoindre les troupes combattantes et part pour Londres. Mais à ce déchirement vient s’ajouter un terrible drame. Maggie est enceinte et son enfant est tout sauf bienvenu. À sa naissance, sa mère lui arrache la bébé des mains pour le confier au vétérinaire, avec mission de lui trouver une famille d’accueil. Maggie va alors tenter de joindre Will, de retrouver leur enfant.
La quête va durer soixante-dix ans. Maggie, qui sent qu’elle n’a plus longtemps à vivre, va finir par confier son secret. Alice et Lucy vont tenter de reconstituer le destin de ce garçon. Mais par quel miracle pourraient-elles réussir là où Maggie n’a pas réussi malgré des décennies de recherches et d’efforts ? C’est tout l’enjeu de ce roman superbement bien mené, aux personnages bien campés et qui vous fera passer par de fortes émotions.

Autres critiques
Babelio
Blog Caro–book–ine
Blog Les petites lectures de Scarlett
Blog Histoires du soir
Blog Carnet parisien
La Dory qui lit
Blog Bibliza

Les premières pages du livre

Extrait
« Deux heures plus tard, Lucy troquait la sécurité de l’hôpital où elle travaillait depuis cinq ans contre l’anonymat d’une rue fréquentée de Londres : plus de badge ni de blouse, ses compétences d’infirmière remises en cause, suspendues au verdict d’un médecin du travail. La chaleur de la fin juin, redoublée par les gaz d’échappement, l’étouffait et elle s’est sentie débordée. Elle n’avait plus de métier. Plus de mari. Qui était-elle… et que faisait-elle ici ? »

À propos de l’auteur
Après des études d’anglais à Oxford, Sarah Vaughan s’est consacrée au journalisme. Elle a travaillé pendant onze ans au Guardian avant de publier La Meilleure d’entre nous, son premier roman. Elle vit près de Cambridge avec son époux et leurs deux jeunes enfants. (Source : Éditions Préludes)

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Sur une majeure partie de la France

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Sur une majeure partie de la France
Franck Courtès
Jean-Claude Lattès
Roman
270 p., 19,00 €
ISBN: 9782709650588
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Seine et Marne, près de Meaux et Chelles, dans de slieux qui ont pour nom Mortcerf, Gisvres, Tancreux, Évril-en-Multien ou Fuvières. Paris est également évoquée.

Quand?
L’action se situe de nos jours, avec l’évocation de souvenirs de l’enfance du narrateur jusqu’à la période contemporaine, sur à peu près trente années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Comment raconter cette impression de dépossession quand je retourne à la campagne ? Une campagne où je n’ai pas grandi mais où j’ai fait grandir en moi, lors des weekends et des vacances, la certitude que la beauté était en péril ?
Inspiré par mes souvenirs, j’ai voulu dérouler les destins parallèles de deux enfants, Quentin et Gary, sur une période de trente années, dans un village situé à moins de 80 kilomètres de Paris, passé du paradis à l’enfer.
Enfant sensible, Quentin aime profondément la nature ; Gary, lui, inquiète déjà par sa sauvagerie et son agressivité. En grandissant, Quentin s’éprend d’une jeune fille nommée Anne ; ils échangent leurs premières étreintes tandis que Gary s’entoure d’un gang, vole, fume et se met à écouler de la drogue fournie par les Marocains de la cité voisine, allant jusqu’à embringuer le jeune frère de Quentin.

Ce que j’en pense
****
Ce roman pourrait être le récit d’un fait divers sordide, l’un de ceux qui font régulièrement la manchette des quotidiens régionaux. Il s’agit en l’occurrence d’un homicide. Emporté par sa soif de violence et de vengeance, un jeune homme tue l’une de ses connaissances, presque un ami.
Mais au-delà de ce règlement de compte, Franck Courtès nous offre une chronique de cette France dite profonde. Une France qui a énormément changé et dont le narrateur, parti vivre à Paris, à la nostalgie.
Au moment où commence le livre, il prend la direction de «sa» campagne avec son épouse et ses enfants. Il a envie de retrouver ce coin de terre où il a passé son enfance et où la nature avait beaucoup à lui offrir : «Ma passion pour cette terre, cette liberté, cette beauté attachait pour toujours mon être au paysage. Car le paysage donne lieu à l’amour.»
Un paysage qui va se modifier à la fois par les bouleversements de l’agriculture et l’usage intensif de pesticides et par la pression démographique qui voit la création de cités à quelques encablures des champs. «Enfant toujours je devinais qu’on voulait en finir avec la campagne. J’en profitais jusqu’à l’épuisement. Chaque action humaine la détruisait un peu plus.»
À ses côtés, il y a Quentin, le fils de Geneviève et Tikiti. Lui aussi aime cette nature, aime faire des découvertes, apprend quasi instinctivement la faune et la flore qui s’y épanouissent.
Une période durant laquelle il partage les jeux avec les enfants du village, mais qui va prendre fin dès que d’autres centres d’intérêt prennent le relais… «À l’adolescence, les bals, les filles et les cafés en ville les attiraient davantage que les chemins ou le marais. J’y ai goûté un peu, aux filles et à l’alcool surtout, avant de me retrancher sur mes terres, c’est-à-dire celle des autres. Les jeunes filles étaient compliquées à aborder pour un garçon immature comme moi. Elles me donnaient l’impression d’avoir une épargne à protéger ; un trésor qu’elles négociaient longuement jusqu’à me rendre malade les fois où j’étais vraiment amoureux.»
Quentin s’amourache d’Anne et finira par la mettre enceinte. Gary, quant à lui, va filer un bien mauvais coton, car «Dans les terres dévitalisées de l’Île-de-France, les graines de violence prenaient bien.»
Après plusieurs renvois de l’école, il avait trouvé comment s’en sortir: «Chaque jour, un garçon d’origine marocaine de la petite cité de Fuvières lui fournissait un haschich bon marché venu du Maroc (…) qui n’en avait presque plus que le nom, tant il était coupé de terre, de henné, de colle, de paraffine, d’acide de batterie, d’huile de moteur, de benzène, de phénols, le tout s’attaquant au foie, aux reins, bouchant les artères, décimant les neurones.» Déjà, on sent le drame sous-jacent. Car si chacun entend faire l’expérience de cette drogue, nombreux sont aussi ceux pour qui l’argent facile est paré de vertus que ne peut avoir la dure vie dans les exploitations agricoles. Par exemple pour Benoît, le jeune frère de Quentin. Aveuglé par des promesses fallacieuses, il va vouloir se lancer dans le trafic et oublier les conseils de son aîné. D’autant que ce dernier est également confronté à un autre problème : son amie Anne est enceinte et entend garder leur enfant.
Avec un vrai sens de la construction, Franck Courtès relève, chapitre après chapitre, l’intensité dramatique. À l’image de ce shit qui circule beaucoup dans la région, histoire de semer l’envie pour récolter le besoin, l’auteur pose un à un les jalons qui vont conduire au drame annoncé.
Un roman dur et âpre, une belle réussite avec une pointe de nostalgie. À moins qu’il ne s’agisse d’une mise en garde contre une société qui perd ses valeurs.

Autres critiques
Babelio
Blog A bride abattue
Blog L’Homme qui lit
Blog de Michel Collart

Extrait
« Autour, à l’horizon, c’était l’agriculture, les champs de blé, de maïs, les prés à vaches noires à motifs blancs. Et puis encore des forêts ; la campagne française.
Une campagne féerique six semaines par an. Une semaine l’hiver, quand le silence faisant ses premiers pas, la neige dessinait en noir et blanc des paysages immaculés, à l’allure médiévale, dans lesquels les chiens en courant traçaient des lignes sombres.
Et environ cinq au début de l’été, quand la terre frémissait, lorsque surgissait des recoins, du fond des jardins, des bords de route, une végétation foisonnante et menaçante, plongeant les chemins dans la pénombre, les bouchant comme un mauvais cholestérol. Car ici, c’était le règne de l’ortie, de la ronce, des mauvaises herbes en tout genre, fraîches comme des salades, en couronnes, en cascades, en explosions. Une sauvagerie verte qui semblait un mystère tant elle renaissait de rien, comme installée en quelques nuits par un jardinier ivre. Les liserons blancs paraient d’une robe princière la plus vulgaire des broussailles. Dans la plaine et dans le vent, derrière la forêt, des blés verts accrochaient le soleil.
Les mois restants, la campagne n’était que brume et boue, des temps de craie, un soleil pâle, roulé dans la farine, une humidité à vous glacer le cou, à vous faire rentrer la tête dans les épaules, les poings dans les poches, les angines à répétition. À l’horizon, les dents des grandes roues de tracteurs mordaient la terre chocolat de l’automne. »

A propos de l’auteur
Franck Courtès fut photographe pendant vingt ans. Vingt années de voyages autour du monde, de rencontres (des Daft Punk à Michel Legrand, de Franck Ribery à Patrick Modiano) dans lesquelles il puise pour raconter. Il est l’auteur d’un recueil de nouvelles très remarqué, Autorisation de pratiquer la course à pied (Prix de la Société des Gens de Lettres 2013), et d’un roman, Toute ressemblance avec le père (2014). (Source : Editions JC Lattès)

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