Chanson de la ville silencieuse

ADAM_Chanson_de_la_ville_silencieuse

En deux mots:
Une fille part à la recherche de son père, ancienne vedette de la chanson disparu mystérieusement et que des amis ont peut être croisé à Lisbonne. Une quête mélancolique, un cri du cœur.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

À la recherche du père perdu

Olivier Adam nous offre sans doute l’un de ses plus beaux romans en se mettant dans la peau d’une jeune femme partant à la recherche d’un fantôme : son père.

« Je suis la fille dont la disparition mystérieuse du père fait la une des journaux. Celle dont la mort du père attend d’être prononcée. Celle dont la mort du père sera actée par un jugement. Celle dont le corps du père demeure introuvable. Je suis la fille d’un père sans sépulture, sans cendres à disperser. Celle qui croit voir un fantôme sur une photo floue. Celle dans les rues de Lisbonne, sur les pentes de l’Alfama. Qui guette un chanteur errant, une étoile dépouillée d’elle-même, un ermite qui aurait tout laissé derrière lui. Sa maison, son compte en banque, ses amis, sa fille. Sa vie elle-même. Qui se serait défait d’une peau ancienne, réincarné en mendiant, en musicien vagabond. Un homme qui aurait choisi la dernière adresse de son grand amour. Pour lui chanter à elle, partout éparpillés dans l’air, les chansons qu’il lui dédie. Les offrir à quelques uns, au hasard. Des mots comme glissés à l’oreille. Gratuits. Je suis la fille du Bairro Alto. De la Praça das Flores. Celle qui se confie à son pire ennemi. Qui se hâte vers la gare. La fille dans le train pour les bords de mer. »
Cette fille qui erre dans Lisbonne, la narratrice de ce nouveau petit bijou signé Olivier Adam, veut croire que son père n’est pas mort comme la presse et les autorités judiciaires semblent le croire. Elle préfère imaginer que cette photo floue est bien celle d’Antoine Schaeffer l’ancienne vedette de la chanson qui, après une brillante carrière, additionnée de tous les excès qui le sont inhérents, a choisi une autre vie. Après tout, n’avait-il pas lui-même « qu’il mettait un terme à sa carrière, qu’il ne publierait plus aucun disque, qu’il se retirait et souhaitait qu’on le laisse en paix. » Il ne voulait pas être de ceux qui continuent, même s’ils n’ont plus le feu sacré, qui « composent à côté, écrivent à côté. Ils le savent. C’est derrière eux mais ils s’obstinent. »
Après avoir vécu une enfance très particulière et n’avoir pas vraiment connu ce dernier, elle aimerait simplement le connaître.
En déroulant sa biographie, on se rend compte qu’elle n’a pas vraiment souffert de cette «drôle de vie», comme le chantait Véronique Sanson. « C’était juste ma vie. Et j’ignorais qu’il y en avait d’autres. » Entre les tournée de concerts, les périodes de composition et les fêtes avec la troupe, il y a bien eu quelques promenades dans Paris, quelques virées à la mer et puis l’achat de cette grande maison près d’Aubenas confiée à Paul et Irène, le couple de gardiens qui va, au fil des ans, faire partie de la famille.
L’alcool, la drogue et le sexe, les afters qui n’en finissent plus intriguent et excitent peut-être sa copine Clara, mais elle aspire au contraire à la vie rangée de son amie, à des parents classiques. Sa mère qui « ne se levait plus que pour s’allonger dans son bain, une cigarette aux lèvres, un verre posé sur le rebord de la baignoire. » a depuis longtemps coupé les ponts, pris la fuite en Californie où elle essaie de se faire oublier. Reste donc ce père qui aura joué son rôle le jour où il a choisi de l’inscrire à l’université, de l’installer dans un appartement sur la butte Montmartre, de lui ouvrir les portes d’une petite maison d’édition. Mais qui pour le reste est une énigme, un objet de quête : « Je n’ai jamais bien su qui était mon père. Qui il était au fond. Pour le comprendre, il me faudrait dresser l’anthologie des légendes. Y opérer un tri. Même si je ne suis pas certaine d’en être capable. Sa biographie regorge de faits, d’anecdotes que je ne suis plus à même que quiconque de valider ou d’infirmer. Il me faudrait aussi me fier à ce que j’ai vu, ce que j’ai cru saisir – mais là non plus je ne suis sûre de rien. Et tenter d’assembler tout cela comme autant de points éparpillés, qui une fois reliés laisseraient apparaître une image. Qu’obtiendrais-je alors ? Rien sans doute. Des figures entremêlées. Des lignes contradictoires. Un puzzle impossible à reconstituer. »
Les rues de Lisbonne lui permettront-elles au moins de rassembler quelques pièces ? Guillaume, qu’elle croise avec son appareil photo pourra-t-il l’aider ?
Olivier Adam, qui excelle dans ce registre doux amer nous offre une intrigue habilement tricotée, un suspense qui vous tiendra en haleine jusqu’aux dernières pages, et – sans doute par un heureux hasard – à nous livrer une réflexion d’une actualité brûlante sur l’héritage, sur la transmission. Beau, grave, émouvant.

Chanson de la ville silencieuse
Olivier Adam
Éditions Flammarion
Roman
224 p., 19 €
EAN : 9782081422032
Paru le 3 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule principalement au Portugal, à Lisbonne et Cascais, mais aussi en France, à Paris, Lyon et dans le Sud, à Aix-en-Provence, Valence et Aubenas.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Je suis la fille du chanteur. La fille seule au fond des cafés, qui noircit des carnets, note ce qu’elle ressent pour savoir qu’elle ressent. La fille qui se perd dans les rues de Paris au petit matin. La fille qui baisse les yeux. Je suis la fille dont le père est parti dans la nuit. La fille dont le père a garé sa voiture le long du fleuve. La fille dont le père a été déclaré mort. Celle qui prend un avion sur la foi d’un cliché flou. Celle dans les rues de Lisbonne, sur les pentes de l’Alfama. Qui guette un musicien errant, une étoile dépouillée d’elle-même, un ermite qui aurait tout laissé derrière lui. La fille qui traverse les jardins, que les vivants bouleversent, que les mots des autres comblent, la fille qui ne veut pas disparaître. Qui peu à peu se délivre.

Les critiques
Babelio
Télérama (Michel Abescat)
Radio Télé Suisse Culture (Jean-Marie Félix)
Journal de Montréal (Karine Vilder)
Blog Dealer de lignes 
Blog Bibliza
Blog Les lectures d’Antigone


Olivier Adam est l’invité de Vincent Roux dans l’émission À l’affiche © Production France 24

Les premières pages du livre:
« Tout ici succombe à l’inclinaison. Les tuiles orange coulent en cascades, ruissellent des ruelles, se suspendent aux abords des belvédères, puis replongent vers le fleuve. La ville entière semble s’y glisser peu à peu, se couler dans ses eaux bleu nuit, y sombrer sans fin. Sous la surface opaque, j’imagine des quartiers anciens. Des palais délabrés engloutis par les flots. Enlisés dans les sables.
Je claque la porte de la chambre un peu triste, descends trois étages de bois sombre, murs recouverts de papier peint gondolé, se décollant par endroits, percés d’appliques grésillantes. Derrière le comptoir de la réception, une femme vêtue de noir me sourit. Veille sur sa constellation de clés. Je quitte l’hôtel et débouche dans la lumière acide du printemps. Les escaliers s’effondrent en douceur. Je les dévale sans hâte, les yeux brûlés, aspirée par l’océan lointain, à peine entravée par les allées courbes, enserrées par les façades décrépies où s’effrite un nuancier fané d’azulejos.
Un promontoire me retient. De l’asphalte surgissent des arbres mauves, dévorés de ciel. L’estuaire se déploie en contrebas, lacéré de rubans turquoise, virant au gris aluminium à la faveur d’un nuage. Puis de nouveau la ville s’abandonne.
Plus rien ne s’oppose.
Tout consent à la noyade.
Au hasard d’un lacet, une place en triangle. Ici aussi tout décline. Les pavés irréguliers tentent d’épouser la pente. D’arbres en lampadaires courent des guirlandes de fanions, d’ampoules multicolores. Quelques tables branlantes, cernées de chaises instables, sont jetées là comme au hasard. Une devanture écaillée, surmontée d’un bandeau de bois lézardé signale un café. De la salle sombre, étagères chargées de trophées sportifs astiqués du jour, murs constellés de photographies signées, Cristiano Ronaldo cheveux huilés par le gel, s’échappe une chanson languide. À l’ombre des arbres, des types en sandales, bermudas et tee-shirts, cheveux en pagaille et barbe de six jours, sirotent des rhums arrangés en attendant la fin du monde, sans inquiétude apparente. Je prends place et les imite, me laisse bercer par l’alcool. Les lèvres couvertes de sucre et de vanille, me noie dans la douceur de leur langue, dont je ne saisis rien, pas le moindre mot. Je regarde l’heure. Comme hier la nuit sera longue à venir. Rien ne la presse. Aucun agenda, aucune occupation. »

Extraits:
« Cela fait trois jours que je sillonne ainsi la ville, trois jours que je dérive au hasard en attendant qu’à la brune les restaurants se remplissent. Alors j’arpente les rues confites dans la lumière dorée, le trouble orangé des réverbères, me cogne au flot des touristes, des passants éméchés, seulement guidée par des lambeaux de musique dont je cherche la source, traquant leur origine jusqu’à la prochaine terrasse où s’attablent les dîneurs, le bourdon des conversations ne laissant qu’un mince filet de son au musicien qui joue pour eux, enchaîne deux ou trois morceaux avant de tendre sa casquette pour y cueillir quelques pièces, puis disparaît dans les ruelles, sa guitare à la main, en quête d’une autre place, d’un autre bar. Aux serveurs, aux patrons, aux clients, je montre les photos. La plupart haussent les épaules. De temps en temps un type acquiesce, oui, il l’a déjà vu mais pas ce soir, ni ces derniers jours. Personne n’en sait beaucoup plus. Il arrive de nulle part, armé de son instrument et d’une chaise pliante, s’installe et commence à chanter, les yeux fermés. Des vieilleries en anglais. Parfois en italien ou en portugais. Des chansons en français, aussi. Quand il a fini, il adresse un petit signe au patron, aux gens attablés, sourit doucement aux applaudissements et repart sans un mot. Sans même demander d’argent. »

« J’ai soudain l’impression d’entendre mon père. Que nos voix se confondent. Où vont les chansons qu’il compose depuis quinze ans. Que personne n’écoute. À part lui. La dernière fois qu’il s’est exprimé dans la presse, quelques mois après la sortie de son ultime album, , ce fut pour annoncer qu’il mettait un terme à sa carrière, qu’il ne publierait plus aucun disque, qu’il se retirait et souhaitait qu’on le laisse en paix. Quand un journaliste l’a interrogé sur les raisons qui motivaient cette décision il a esquivé. Je n’y arrive plus voilà tout. C’est derrière moi. Ça s’est égaré quelque part. Ça m’a quitté. Certains continuent. Savent qu’ils ont perdu le fil, l’intensité, la nécessité, l’inspiration ou appelez ça comme vous voudrez. Mais continuent.
Ils composent à côté, écrivent à côté. Ils le savent. C’est derrière eux mais ils s’obstinent. Je ne veux pas être de ceux-là. »

« Trois semaines après mon retour à Paris, après ce court séjour auprès d’eux, Paul et Irène m’ont appelée. On avait retrouvé l’Alfa en bordure du Rhône. Dans le coffre, sur la banquette arrière, ses affaires intactes. Vêtements. Livres. Guitare. Papiers d’identité. Carte bancaire. À la place du mort, un cimetière de bouteilles de whisky vidées, de boîtes de médicaments liquidées. Une paire de bottes gisait abandonnée sur la berge. Et dans la boîte à gants, une sorte de poème. Une chanson inachevée. Qui parlait de se laisser emporter par le fleuve. De reposer en son fond. Et de s’y dissoudre lentement. En dépit des recherches qui ont suivi, on a échoué à retrouver son corps. Une enquête a été diligentée. Aucun élément n’est venu contredire la thèse du suicide. Aucun mouvement bancaire. Aucune trace téléphonique. Aucun nom sur aucune liste de passagers. Aucun signalement crédible. Il y a longtemps maintenant que la presse s’est chargée d’entériner son décès. »

« Je n’ai jamais bien su qui était mon père. Qui il était au fond. Pour le comprendre, il me faudrait dresser l’anthologie des légendes. Y opérer un tri. Même si je ne suis pas certaine d’en être capable. Sa biographie regorge de faits, d’anecdotes que je ne suis plus à même que quiconque de valider ou d’infirmer. Il me faudrait aussi me fier à ce que j’ai vu, ce que j’ai cru saisir – mais là non plus je ne suis sûre de rien. Et tenter d’assembler tout cela comme autant de points éparpillés, qui une fois reliés laisseraient apparaître une image. Qu’obtiendrais-je alors ? Rien sans doute. Des figures entremêlées. Des lignes contradictoires. Un puzzle impossible à reconstituer. »

À propos de l’auteur
Originaire de l’Essonne, Olivier Adam – aujourd’hui âgé de 43 ans – est l’un des écrivains les plus prolifiques et populaires de sa génération. Salué entre autres par la bourse Goncourt de la nouvelle pour le recueil Passer l’hiver, il a signé une quinzaine de livres, et plusieurs d’entre eux ont été adaptés au cinéma – Je vais bien ne t’en fais pas par Philippe Lioret, Des vents contraires par Jalil Lespert… Creusant le sillon d’une littérature à la fois sociale et psychologique, Adam s’interroge dans ses fictions sur les inégalités de classe, la famille, le poids de l’enfance, l’ancrage géographique et la perte de repères. Chanson de la ville silencieuse est son treizième roman. (Source : Éditions Flammarion / magazine Lire)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#chansondelavillesilencieuse #olivieradam #editionsflammarion #hcdahlem #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #unLivreunePage.
#livre #lecture #books #littérature #lire #lectrices #lecteurs #MardiConseil

Publicités

La première nuit

9782709661423-V-02.indd
Logo_premier_roman

En deux mots:
Trois hommes se retrouvent pour dresser le bilan de leurs vies respectives. Milan retrouve Émilien, son père, et Théo, son fils, pour un huis-clos explosif.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Pour le meilleur et pour le père

Unité de lieu et unité de temps : le drame réunissant fils, père et grand-père peut commencer. Sans oublier les coups de théâtre!

Ghislain Loustalot, grand reporter à Paris Match, a choisi un scénario proche du théâtre pour son premier roman. Tout se déroule l’espace d’une nuit dans un studio où vont se réunir Milan, son père Émilien et son fils Théo. Une rencontre aussi imprévue qu’inopportune. Car chacun des protagonistes a des choses à reprocher aux autres, sans doute pour effacer les reproches qu’ils pourraient s’adresser personnellement. Si Milan se retrouve seul, c’est qu’il a une maladie qui ne s’opère pas, il est «totalement inapte au bonheur». Catherine, son épouse, ne le supporte plus et décide le quitter : «Tu vas avoir quarante-cinq ans, tu es encore beau, tu as un métier qui te passionne, des enfants que tu adores et tu gâches tout.»
À ce jeu de massacre participe aussi Émilien qui a oublié qu’un jour, alors que son fils était hospitalisé, il lui avait promis de revenir le lendemain et n’était pas revenu durant «quarante jours de larmes et de cris». Un traumatisme qui aura marqué Milan à vie et qui l’a conduit a renier ce père, à couper les ponts. Pourtant c’est bien lui qui sonne à sa porte muni d’un sac. Il vient de quitter son épouse qui «a fait une crise» et cherche refuge auprès de son fils avec lequel il aimerait «parler un peu».
Si Milan le laisse entrer, c’es tpeu-être parce qu’il culpabilise. Car il se rend compte qu’en quittant sa femme il a aussi quitté ses enfants Théodore, Victoire et Maximilienne. Finis ses beaux rêves de dialogue et de complicité. À moins qu’il ne puisse renouer avec Théo qui s’est lui aussi invité chez son père.
Mais dès les premiers échanges, on se rend compte que les rancunes, les reproches, les griefs de toute sorte prennent largement le pas sur tout dialogue constructif. Aussi, quand tout s’effondre, quand la tension devient forte, il reste l’alcool pour se calmer. Mais il serait illusoire de croire qu’avec quelques verres de whisky les choses vont s’arranger…
Au fur et à mesure que la soirée s’avance, que le taux d’alcoolémie augmente, que les bouteilles de vin prennent le relais des alcools forts, des souvenirs ressurgissent, des vérités jusque là soigneusement enfouies se font jour.
Avec un art consommé du rythme narratif, Ghislain Loustalot fait se frotter et se piquer trois égos. Et s’il suffit d’une étincelle pour mettre le feu, il suffit aussi quelquefois d’un éclair de lucidité, d’une parole sincère pour éteindre l’incendie. Et nous offrir trois histoires pour le prix d’une. Car chacun des protagonistes finira par repartir avec la sienne. Sauf qu’elle sera bien différente de ce qu’il s’imaginait avant ce huis-clos explosif.

La première nuit
Ghislain Loustalot
Éditions JC Lattès
Roman
250 p., 18 €
EAN : 9782709661423
Paru le 10 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
À quarante-cinq ans, Milan est toujours séduisant mais aussi alcoolique, taiseux et destructeur. Son ex-femme a obtenu la garde de leurs trois enfants et sa compagne, Catherine, vient de le quitter.
En ce dimanche soir de découragement dans son appartement blanc immaculé, deux visites surprises vont rebattre les cartes: celle de Théo, son fils, et d’Émilien, son père, tous les deux à la recherche d’un refuge pour la nuit.
La réunion familiale prend alors des allures de poker menteur où se posent les questions dont on craint les réponses, où chacun règle ses comptes et où trois générations d’hommes vont s’affronter, se détruire, et peut-être se sauver.
Une nuit d’alcool, de violences et de larmes, de secrets gardés, d’humour noir et de rancœurs crachées au visage.

Les critiques
Babelio
Publik’Art (Bénédicte de Loriol)
Blog Songe d’une nuit d’été 
Blog La Dory qui lit 
Blog Psych3deslivres 
Romanthé blog littéraire décalé
Blog Le Notebook de Gwen

Les premières pages du livre 
« Il neige dans la bouche grande ouverte de Milan mais rien à voir avec les frais souvenirs de l’enfance, petits gants glacés, courses et glissades. Il neige dans sa bouche mais les flocons tombent de ses dents qui se désagrègent, assèchent sa langue et son palais. Toutes ses dents s’effritent au point qu’il les mâche et cette pâte farineuse a un goût de déjà-vu qui l’horrifie. Il voudrait retrouver cette sensation de la neige qui caresse son visage pour la première fois, il y a longtemps, mais il mastique des grumeaux sur ses gencives déjà cicatrisées. Il se retourne, respire la puanteur de sa sueur alcoolisée sur l’oreiller, s’y abandonne. À présent, la neige attaque ses yeux. Chaque paillette étincelante entache sa vision. Il force le regard, les devine tous en haut, amis, amours, enfants, remplissant son dernier rectangle sombre. Alors c’est maintenant ? Et c’est ainsi ? Il pleure sur sa propre mort. La boucle est bouclée. Il retombe au stade primal d’une vie qui n’aura été ni douce ni légère, s’abandonne comme au jour oublié de sa naissance mais quelqu’un l’agrippe et il scrute pour savoir quelle main pourrait l’emporter plus loin encore de ce monde qui tournera sans lui. Il tente de hurler mais il geint. On le secoue encore et le monde redevient ce qu’il était. Sombre d’abord et puis de moins en moins. Il s’extrait du cauchemar parce qu’il la voit de ses yeux vrillés d’émail. Il passe la langue sur ses dents : il n’est ni édenté ni mort, mais il devine que là, tout de suite, il va le regretter, parce qu’il se souvient.
Ils sont rentrés au petit matin. Ils ont dormi dos à dos dans le canapé-lit. Il a voulu la prendre dans ses bras, lui faire l’amour, elle l’a repoussé avec ses pieds. Que s’était-il passé avant ? Que se passe-t-il depuis toujours ? Tant de choses mauvaises. Rien d’autre. Il repasse la langue sur ses dents. Catherine le secoue et il mesure qu’il va devoir affronter la réalité. Tout ce qu’il détruit.
— Ça suffit Milan. Arrête de faire semblant, réveille-toi maintenant.
Il la dévisage dans la pénombre du studio. Elle a mis son manteau bleu ciel, léger comme l’air. Elle a les cheveux mouillés et bouclés de la douche. Elle est belle. Il est trempé de sueur et il a soif.
— Milan, tu m’entends, j’ai bien réfléchi, c’est fini, je m’en vais.
Il ferme les yeux, comme s’il pouvait se sauver, oublier ce qu’il vient de comprendre et que cela le condamne, mais il n’y parvient pas. Il sait que les secondes gagnées n’y feront rien. On ne peut tout repousser indéfiniment. Tout a une fin. Il se lève en se demandant à quel moment elle a réfléchi et pourquoi les femmes réfléchissent toujours seules pendant que les hommes sont encore endormis. Il remarque des traces de vomi blanchâtres sur son épaule. Et un peu de sang. Il titube, replie le canapé sans faire le lit, jette les coussins rouge vif à leur place, tapote vaguement l’ensemble, il s’en fout, il se dégoûte de sa cruauté envers elle qui paie pour tout et pour toutes les autres alors qu’elle ignore même le sens du mot méchanceté. Il replace la table basse transparente devant le canapé. Elle s’assoit sans lâcher sa valise. Il ramasse l’énorme cendrier de verre rouge, le pose le plus doucement possible sur la table basse au lieu de le fracasser contre le mur. Elle a fait sa valise. Elle se tourne vers lui, se fige. Il passe encore la langue sur ses dents, affronte comme il peut son regard doux et sombre.
Milan part dans la cuisine. Un café, capsule noire, serré. Il étanche sa soif au robinet. L’eau est tiède. Il allume une première cigarette avant que le café n’ait fini de couler. La peur lui tord le ventre. Il scrute les quatre pendules au mur, au-dessus de l’évier. Los Angeles, New York, inutiles… Paris : 6 h 30. Tokyo aucun intérêt. Il se retourne, appuie sur l’interrupteur du volet électrique de la cuisine. Le soleil qui tape encore sur les fenêtres de l’immeuble d’en face, lui écarquille les yeux. 18 h 30 donc. Il est en caleçon rose et en T-shirt kaki sur lequel est écrit : « I don’t discriminate, I hate everybody. » Il a envie de vomir. Elle va partir. Il va la perdre.
Il avale son café brûlant, écrase sa cigarette dans la tasse, revient au salon, ne remonte le volet de la baie vitrée qu’à moitié, passe devant Catherine qui fixe le mur d’en face baigné de soleil à moitié. Il ouvre un placard intégré au mur de l’entrée, attrape une chemise blanche suspendue, arrache un jean propre. »

À propos de l’auteur
Ghislain Loustalot, 58 ans, a été rédacteur en chef à VSD puis directeur de la rédaction des magazines Dépêche Mode et Première. Il est actuellement grand reporter à Paris Match. Auteur de Mon grand-père a fait l’Amérique aux éditions Lattès (1994), La première nuit est son premier roman. (Source : Éditions JC Lattès)

Compte Twitter de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

Tags:
#lapremierenuit #ghislainloustalot #editionsjclattes #hcdahlem #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #MardiConseil #NetGalleyFrance

Nage libre

BERGMANN_Nage_libre

En deux mots:
Issa vient de rater son bac et dans sa Zone, les perspectives d’avenir sont proches du néant. Quand il accepte de suivre son ami Élie à la piscine, il ne sait pas encore combien cette décision va être capitale.

Ma note:
★★★ (bien aimé)
Ma chronique:

Dans le grand bain

Quand on a raté son bac, qu’on vit dans un quartier difficile avec une mère célibataire, l’avenir n’est pas rose. Issa réussira-t-il à s’en sortir?

À 25 ans, Boris Bergmann nous offre déjà son quatrième roman. On se souviendra notamment de Viens là que je te tue ma belle, paru en 2007, alors couronné par un prix créé pour l’occasion, le Prix de Flore du Lycéen et de Déserteur paru en 2016. Cette fois le jeune homme s’est mis dans la peau d’un jeune métis prénommé Issa, un héritage du Mali d’où vient Fatumata, sa mère. De son père on ne saura rien d’autre qu’il a fui avant même sa naissance. À la périphérie de Paris, pas la banlieue chaude mais plutôt un «bourrelet tiède», l’horizon se résume aux barres d’immeuble et au désœuvrement. Quand, comme Issa, on ne veut pas sombrer dans la délinquance, il n’y a guère que les petits boulots pour essayer de seconder une mère qui connaît mieux que personne la chanson métro, boulot, dodo. Car Issa vient de rater son bac, sans espoir de rattrappage.
Fort heureusement, il n’est pas seul dans sa galère. Élie, son voisin, lui propose de quitter la Cité du Parc, bât. B, esc. 2, 3e ét., appt. 24C pour une nouvelle expérience: la piscine municipale.
Ce qui semble à priori un loisir comme un autre a tout d’un rite de passage pour Issa. Dans tous les sens du terme, il doit se découvrir, oublier sa pudeur et les interdits que les intégristes entendent lui faire respecter. C’est peu dire qu’il rentre avec appréhension dans l’eau. Mais il va surmonter le traumatisme et apprendre à regarder son corps et celui des autres, notamment celui des femmes. « Il saisit l’importanoe de ce premier pas vers le corps de l‘autre. Il a réussi, sans avoir le choix, à partager un peu de salive, de langue, de dent, de peau. C’est quand même son premier baiser. Sa passion naissante d’adolescent solitaire n’est plus confrontée à son propre vide mais à la passion d’un autre (…) Issa sent pousser en lui la plante commune – désir d’être désirable. » Et la métamorphose est spectaculaire. L’anxieux, le mélancolique, le résigné, l’envieux de son copain extraverti va avancer ses pions. Au fur et à mesure de ses progrès en natation, il va se transformer, tenter de dépasser ses propres limites, mais aussi celles que les ancêtres de Tombouctou veulent lui imposer en jufeant sa pratique sportive impure. Sa situation sociale ne lui fait plus peur, lui qui né « dans le tiroir du bas. Dernière petite tache de pourriture sur la carte de la capitale, en haut à droite. » Il s’enhardit à franchir le prériphérique, à répondre aux attaques des bandes qui hantent la cité, à venir en aide à Élie qui doit subir les coups d’un père violent.
Du coup, il s’inscrit à la formation de maître-nageur sauveteur. Un autre moyen de s’insérer… et d’épater les filles.
« Toutes ses lourdeurs tombent au sol, abandonnées comme de vieux vêtements sales. Profanation des certitudes, des évidences, des lacunes, des pauvretés, des temporalités. Tout chavire, tout se mélange… »
Boris Bergmann sait admirablement rendre compte de cette métamorphose. À l’inverse de Delphine de Vigan qui raconte une descente aux enfers dans Les Loyautés, ce roman d’apprentissage tente d’oublier le malheur et les drames pour nous montrer qu’une autre voie est possible. Mais le combat est rude. Ici, il n’est pas question de lendemains qui chantent, mais de petites victoires, d’une rencontre qui permet d’avancer encore un peu davantage vers l’émancipation. À tel point qu’on aimerait quelquefois pousser Issa, l’aider à faire de plus grands pas. Mais Issa avance à son rythme, mesuré mais déterminé. N’hésitez pas vous aussi à vous lancer dans le grand bain. Vous verrez combien cette Nage libre peut faire du bien.

Nage libre
Boris Bergmann
Éditions Calmann-Lévy
Roman
312 p., 18,90 €
EAN : 9782702161401
Paru le 3 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en région parisienne. Le Mali y est évoqué.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Du haut de son HLM parisien, l’horizon d’Issa se resserre: il vient de rater son bac et n’a pas le moindre projet d’avenir. Par chance, son ami Élie lui propose de le former pour devenir maître-nageur – excellent prétexte pour passer l’été ensemble. Mais Issa garde d’épouvantables souvenirs d’enfance de la piscine.
Il se prête néanmoins au jeu, se faisant violence chaque jour pour dompter le bassin. Sous l’eau, l’enjeu sportif se mue bientôt en un vaste éveil des sens où chaque corps déclenche son désir d’adulte. Plus que le crawl, la conquête de l’autre devient l’obsession d’Issa. Mais la «zone» dans laquelle il vit le laissera-t-elle ainsi s’abandonner? Et, surtout, sera-t-il là pour Élie quand il aura à son tour besoin d’un ami? De son style nerveux et acéré, Boris Bergmann dresse le portrait d’une jeunesse qui se débat pour être libre, signant ici un roman d’une grande sensibilité.

Les critiques
Babelio
Blog Lire au lit

Les premières pages du livre
« Son nom manque à l’appel.
Il a beau chercher – c’est facile, il est le plus grand, presque deux mètres, comme un arbre mûr, il les dépasse tous –, il a beau scruter la liste qu’une main a punaisée au tableau ; il ne trouve pas. Il ne se trouve pas.
Il est plus grand que les autres et pourtant il se tient courbé, le dos brisé. Il cherche, hume, flaire, parcourt la liste mille fois parcourue… Ah. Enfin. ISSA. C’est son nom.
Son nom est là. En capitales. Mais, comme s’il n’existait pas, il n’y a rien à côté, rien pour le soutenir. Du vide, du blanc. Pas le moindre résultat positif. Pas la moyenne. Pas même la case « rattrapage » qu’on aurait cochée en dernier recours. Ça y est. C’est officiel. Il a raté son bac.
Il s’extirpe de la cohue, mélasse frétillante de corps indifférenciés. Laisse son nom dans l’oubli. Laisse son nom tomber là. Issa croise tous ces visages qu’il connaît et qui le méprisent. Il aimerait les mépriser en retour, ce serait juste – dent pour dent, vengeance de canines, colère de molaires –, mais il ne sait pas faire ça. Il ne sait pas être juste. Il ploie un peu plus, il prolonge sa brisure vers le bas.
Il voudrait se rayer de la liste, tracer un trait à la règle sur ce patronyme imposé, ces lettres noires qui le confectionnent, lui donnent vie, l’habitent à plein-temps, lui inculquent un son et une histoire – brisés, eux aussi.
Il aimerait voir Élie, entendre sa voix. La sentir, sa voix, car les voix ont une odeur et une couleur rien qu’à elles. Élie, ami unique. Que fait-il ? Où est-il ? Il doit chercher son nom, lui aussi. Il doit chercher.
Chercher Issa ? Peut-être. Mais Issa en doute.
Issa… C’est pas beaucoup, son nom. On le cerne facilement. Ça tient en quelques lettres. Prononcé à haute voix, c’est moins qu’un souffle.
Issa : nom-prophète, nom savant, nom taille haute et destin qui va avec. À-valoir de grandeur, ça ne suffit pas pour y croire. Sa mère l’a appelé Issa en hommage au nom que porte Jésus dans le Coran. Et parce qu’un vieux parent mort au pays et réputé pour sa sagesse s’appelait aussi Issa. Nom-histoire, mais pas la sienne.
C’est un nom trop grand pour lui. Pas à sa taille.
Issa : héritage du Mali. Le pays de sa mère, Fatumata. Et de son géniteur, père inconnu, parti bien avant, qui n’a rien voulu connaître, surtout pas le reconnaître.
Issa pense à ce pays d’origine, comme on dit, mais qu’il n’a jamais vu, jamais foulé. Né à Paris dans le XIXe arrondissement. Depuis, Issa n’a pas bougé.
Enfin il aperçoit Élie.
Il entend la rumeur qui l’entoure : Élie aussi a raté, Élie aussi a échoué. Mais Élie s’en fiche, lui. Il porte haut le sourire hardi, tord ses lèvres rouges jusqu’à l’excès, pour leur montrer que ça ne l’atteint pas, avec sa noble violence, il est insaisissable.
Issa aimerait s’approcher. Mais Élie est avec les Autres.
Tous ceux qui ont raté ont spontanément convergé vers son rire et son insolence car ils les rassurent. Ils s’y associent, s’y abritent. C’est de l’ombre, un rocher, une cachette, un espace libre – l’insolence des Autres. Issa ne peut pas, lui, en être, en faire partie. Il n’a pas le droit.
Alors il rentre. Il laisse son nom. Son nom a fait défaut. »

À propos de l’auteur
Dès l’adolescence, Boris Bergmann impressionne avec son premier roman, Viens là que je te tue ma belle, couronné en 2007 d’un prix de Flore des lycéens créé pour lui. Phénomène d’édition tant par sa jeunesse que par son talent, il est très remarqué en 2016 avec Déserteur, encensé par la presse, finaliste du prix Wepler et du prix de Flore et lauréat du prix du Touquet. Nage libre est son deuxième roman à paraître chez Calmann-Lévy. Boris Bergmann vit actuellement à Rome, où il a été sélectionné par la prestigieuse Villa Médicis pour une année de résidence. (Source : Éditions Calmann-Lévy)

Site Wikipédia de l’auteur

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

Tags:
#nagelibre #borisbergmann #editionscalmannlevy #hcdahlem #68premieresfois #RL2018 #roman #rentreelitteraire #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #primoroman #lecture #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #MardiConseil #NetGalleyFrance

Pactum Salis

BOURDEAUT_pactum-salisLogo_second_roman

En deux mots:
La rencontre improbable entre un paludier et un agent immobilier va provoquer des étincelles, remettre en cause quelques certitudes et bouleverser l’existence de deux durs à cuire.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

A fluctibus opes

Après le succès phénoménal de En attendant Bojangles, on attendait Olivier Bourdeaut. En changeant totalement d‘univers, il gagne le pari du second roman.

Une histoire d’hommes. Tel pourrait être le résumé le plus succinct du second roman d’Olivier Bourdeaut. Il a choisi l’univers très particulier des marais salants et le caractère bien trempé d’un paludier pour digérer le succès de En attendant Bojangles, son demi-million d’exemplaires, ses trente traductions et son adaptation en BD et au théâtre. Un choix judicieux à mon sens, car il est difficile de comparer les deux romans. On est ici beaucoup plus proche des comédies cinématographiques comme L’Emmerdeur ou Les compères qui ont prouvé combien l’idée de faire se rencontrer deux personnes venant d’horizons totalement différents pouvait être judicieuse.
Voici donc Jean occupé à récolter le sel de ses marais dans un cadre somptueux, entre Batz-sur-mer et Le Croisic, au bord de la presqu’île de Guérande. Nous sommes au mois d’août, au moment le plus crucial, celui qui décide si une année a été bonne ou non. Mais cette fois, les éléments semblent favorables, comme il l’explique lui-même : « ça fonctionne avec du vent comme pour les bateaux, du soleil comme pour les vignes, des efforts comme avec les femmes, de la patience comme avec les enfants et de la chance comme pour la vie… C’est une bonne saison cette année, nous avons de la chance. »
Cela dit, la fleur de sel se mérite et il ne faut pas ménager sa peine pour trouver l’or blanc. Alors quand au petit matin, il découvre une porsche sur sa palude, un ivrogne endormi sur une bâche après avoir uriné sur la pyramide de sel, son sang ne fait qu’un tour. Il s’empare de sa pelle et s’en va régler son compte à cet homme. «Le tranchant d’acier s’arrêta net à cinq centimètres de la carrosserie. Non, finalement. Son inconscient avait décidé pour lui qu’il ne méritait ni la prison, ni de verser des dommages et intérêts faramineux pour cet homme. L’inconnu dormait toujours, indifférent au procès fulgurant qui venait de le condamner à la décapitation.» Il choisit de le recouvrir d’une bâche et de la laisser mariner dans son jus.
À son réveil Michel ne comprend pas ce qu’il fait là, quel est l’importance de son forfait, mais il sent bien qu’il a failli mourir. Aux invectives de l’un répond l’incompréhension de l’autre. Et avant que les choses ne s’enveniment davantage, il lui faut promettre de dégager son bolide avant la fin du jour.
Après quelques opérations immobilières fructueuses à Nantes, Michel entend conquérir Paris et se constituer un joli magot. Pour l’heure, il passe ses vacances dans un palace et noie sa solitude dans l‘alcool. Au fil du récit, on va comprendre que Jean a suivi l’itinéraire inverse, a quitté Paris pour retrouver de vraies valeurs et une activité qui l’épanouit même si elle lui permet tout juste de joindre les deux bouts. Sans doute n’imaginait-il pas qu’il serait appelé à changer de locution latine. Après avoir fait sien A fluctibus opes (La richesse vient de la mer), il trouvera au bout de quelques rebondissements le sens de Amicitia pactum salis (l’amitié est un pacte de sel). Car Michel va devenir l’employé saisonnier de Jean.
Pour poursuivre la métaphore cinématographique – on imagine du reste fort bien la belle adaptation possible de ce roman – on ajoutera deux rôles secondaires : celui d’un certain Henri, inventeur et seul représentant du «Dédé» le débauché de droite. Il est en quelque sorte le grand frère ou le père spirituel de Jean. «Leur état civil affichait seize ans d’écart, mais le gouffre qui les séparait se mesurait en siècles. La passerelle était jetée, l’histoire pouvait commencer.»
L’adjudant Jules Kédic connaîtra lui aussi son heure de gloire. Jusque là spécialisé dans l’élucidation des vols de bicyclettes, il va se retrouver brutalement face à un cadavre à moitié enfoui dans le marais salant.
Habile réflexion sur le sens de la vie, sur le rôle du statut social, sur la solitude du célibataire au mois d’août, Pactum Salis est aussi une très agréable plongée dans les tréfonds de l’âme humaine où un pacte peut très vite être remplacé par un autre. N’en déplaise aux critiques qui font la fine bouche, dans doute plus par mode et plus pour se mettre eux-mêmes en avant que par honnêteté intellectuelle, ce second roman est également très réussi.

Pactum Salis
Olivier Bourdeaut
Éditions Finitude
Roman
256 p., 18,50 €
EAN : 9782363390905
Paru en janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Batz-sur-Mer et dans les environs ainsi qu’à Nantes et Paris

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Très improbable, cette amitié entre un paludier misanthrope, ex-Parisien installé près de Guérande, et un agent immobilier ambitieux, prêt à tout pour «réussir». Le premier mène une vie quasi monacale, déconnecté avec bonheur de toute technologie, tandis que le second gare avec fierté sa Porsche devant les boîtes de nuit.
Liés à la fois par une promesse absurde et par une fascination réciproque, ils vont passer une semaine à tenter de s‘apprivoiser, au cœur des marais salants.

Les critiques
Babelio
Culturebox (Laurence Houot)
Le Parisien week-end (entretien avec l’auteur)
Froggy’s Delight (Jean-Louis Zuccolini)
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog Bricabook
Blog Lettres it be 
Blog Romanthé

Pactum Salis, le roman de la confirmation pour Olivier Bourdeaut © Grand Soir 3

Les premières pages du livre 
« Au dix-septième jour, l’action mêlée d’un ciel vierge de nuage et d’un vent d’est, chaud, constant, puissant, remplissait méthodiquement l’angle des œillets. Bientôt ceux-ci seraient entièrement pleins, recouverts d’une pellicule cristallisée rose, légèrement rose. Déjà, bousculée par le vent, la poussière grise des ladures commençait, par traînées arquées, à souiller les nappes fragiles, cette dentelle naturelle que des siècles d’ouvrages laborieux, patients, forcément patients, avaient façonnée, afin que ce jour-là, au dix-septième, tout se passe comme c’était en train de se passer.
Alentour, une euphorie consciencieuse doublée d’un sentiment d’urgence animait les marais de Batz-sur-Mer.
Dix-sept jours venteux, ensoleillés, bouillants et secs, avaient usé et brûlé les corps, réjoui les esprits. Après un mois de juin gris, pluvieux, un mois de juillet capricieux et désespérant, août offrait à ces marais ce pour quoi ils avaient été faits. S’activant autour des miroirs d’eau, cette galerie des glaces horizontale, paludiers et saisonniers alternent leur cueillette, faite de gestes amples et précis, avec une course trortée et périlleuse pour mener leur brouette le long de ces minces couloirs de vase sèche et gercée. Si certains rêveurs inconscients s’autorisent un coup d’oeil pour observer les essaims d’oiseaux survolant les plans d’eau ou leurs reflets glacés dans les étiers, les autres savent bien qu’au dix-septième jour une deuxième récolte est possible, probable. Ils ne regardent ni les oiseaux, ni leurs voisins, ils avaient eu juillet et juin pour cela. Ils auraient le reste de l’année pour lever la tête.

Au dix-septième jour, une parcelle de vingt-quatre œillets ne faisait l’objet d’aucune attention. Au bout de l’impasse du marais au Roy, les marais qu’un talus pelé séparait du traict du Croisic avaient fait leur part de travail et attendaient que l’Homme honore la sienne. Mais l’Homme ne venait pas et le blanc rosi se couvrait de gris, le trésor s’encrassait. Au loin, les cloches du Croisic annonçaient dixbuit heures, six tintements lourds, chutant du clocher, roulant comme une escouade du temps qui presse sur le miel, cette langue sableuse désertée chaque jour par l’océan pour devenir une prairie d’algues lézardée de filets d’eau argentés, de monticules de sable humides et scintillants par endroits, secs et dorés pour les plus élevés. »

Extraits
« Avec une vivacité folle et des gestes précis, il ramenait le gros sel vers lui. Il s’étonnait d’être aussi efficace. Le meurtre qu’il avait presque commis, ou plus justement sa non exécution, lui donnait une énergie quasi surhumaine. Tandis qu’il évacuait sa tension par le travail de force, il prenait le temps entre chaque mouvement de regarder autour de lui. Il regardait le calme plus qu’il ne l’écoutait. Ce calme fait de plans d’eau lisses dépourvus de ridules malgré le vent puissant et chaud. Le vent haut. Le calme et sa géométrie paisible. Le calme de ces longues herbes inclinées, brouillonnes et emmêlées, qui dansaient silencieusement sur le remblais. Le calme de ces vols d’oiseaux au battement d’ailes muets. Jamais il n’avait trouvé ses marais aussi paisibles, aussi beaux. Puis, il lançait son las, ramenait en mouvements circulaires des ourlets de cristaux rosés qui se gonflaient et s’étoffaient en se rapprochant du bord. Il laissait derrière lui ces monticules de gros sel sécher et blanchir et s’attaquait méthodiquement à l’œillet suivant. Et ainsi de suite. Il accomplit ce matin-là avec plaisir, plus que d’habitude si tant est que ce soit possible, le travail qu’il s’était choisi. La première lotie achevée, il regarda sa montre. Non seulement il avait rattrapé son premier retard, ce retard traditionnel, ce retard rebelle qu’il mettait en scène pour en être son seul acteur et spectateur, mais il avait aussi comblé le second retard. L’imprévu de l’inconnu. » (p. 47)

« – Vous avez raison Henri…
– Les vieux cons ont souvent raison!
Avant d’ouvrir la porte, il se posta devant le miroirtéléviseur et, en grimaçant, lança d’un air grave: « Bonsoir… La France a peur! La France connaît la panique depuis qu’elle a appris que l’affreux Henri partait rôder dans Paris, accompagné de son concierge garni d’ennui! Tremblez vermicelles de tabourets, tremblez jeunes pucelles, remplissez l’écuelle des loups-garous ! » avant d’enchaîner avec des hurlements sibériens.
En descendant les escaliers, tandis qu’Henri sautillait en sifflotant, Jean se félicita d’avoir tapé à sa porte. Leur état civil affichait seize ans d’écart, mais le gouffre qui les séparait se mesurait en siècles. La passerelle était jetée, l’histoire pouvait commencer. » (p. 75)

« puisqu’il faut bien nommer les phénomènes socioculturels, les bourgeois-bohème viennent de faire une entrée fracassante dans la faune déjà pléthorique des espèces émergentes. Les Bobos, comme il faut les appeler, seraient l’émanation du confort bourgeois étendu sur des principes généreux et progressistes. N’étant plus bourgeois depuis longtemps et vivant ma bohème bien malgré moi, ne reconnaissant souvent au progrès que sa capacité à semer le trouble sur la voie publique, je ne peux prétendre à la carte de membre. J’en suis désolé, car tout cela m’a l’air bien sympathique et confortable mais apparemment les conditions d’entrée semblent trop exigeantes pour moi. Il faut une beauté d’âme dont mon cerveau rabougri paraît fort dépourvu… et pas seulement quand la bise fut venue. J’ai donc créé ma petite famille dont je suis le père et le seul membre, je ne fais rien d’ailleurs pour que la famille s’élargisse, ma paternité ne verse pas dans le prosélytisme. Je suis un père de famille Sterile. Un gourou sans secte, ni adeptes. Pour offrir aux Bobos un voisin de palier au paillasson cratté et poussiéreux, j’ai inventé le Dédé: le débauché de droite.
– Donc vous êtes le seul Dédé sur Terre? Je suis vraiment verni de vous avoir déniché en train de moisir au fond d’un grenier! s’exclama Jean un peu moqueur. » (p.91)

À propos de l’auteur
Olivier Bourdeaut est né au bord de l’Océan Atlantique en 1980. L’Education Nationale, refusant de comprendre ce qu’il voulait apprendre, lui rendit très vite sa liberté. Dès lors, grâce à l’absence lumineuse de télévision chez lui, il put lire beaucoup et rêvasser énormément.
Durant dix ans il travailla dans l’immobilier allant de fiascos en échecs avec un enthousiasme constant. Puis, pendant deux ans, il devint responsable d’une agence d’experts en plomb, responsable d’une assistante plus diplômée que lui et responsable de chasseurs de termites, mais les insectes achevèrent de ronger sa responsabilité. Il fut aussi ouvreur de robinets dans un hôpital, factotum dans une maison d’édition de livres scolaires – un comble – et cueilleur de fleur de sel de Guérande au Croisic, entre autres.
Il a toujours voulu écrire, En attendant Bojangles en est la première preuve disponible. Pactum Salis la seconde. (Source : Éditions Finitude)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#pactumsalis #olivierbourdeaut #editionsfinitude #hcdahlem #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #lire #lectrices #lecteurs #MardiConseil

«Les loyautés» – revue de presse


Bel entretien avec Delphine de Vigan à propos des Loyautés «le souffle qu’elle a trouvé pour écrire ce nouveau roman extrêmement nerveux à la construction narrative imparable et son souci d’être toujours dans le vrai, de tendre un miroir à la société.»

 
Voici, pour ceux qui auraient envie d’en savoir davantage sur l’auteur et le roman, une revue de presse qui prouve combien ce roman a réussi, en ce début d’année, à amener la lumière vers lui.
Ma collection de livres

Les autres critiques:
Babelio

La presse
ELLE
Madame Figaro (Tran Huy Minh)
Publik’ART (Delphine de Loriol)
Le Temps (Eléonore sulser)
Marie-Claire (Fabrice Gaignault)
Moustique.be (Sébastien Ministru)
France Culture (L’invité des matins)
Télérama (Nathalie Crom)
Radio Classique (Olivier Bellamy)
Les Echos (Thierry Gandillot)
Marie France (Valérie Rodrigue)
Famille Chrétienne (Olivia de Fournas)
Atlantico

Les blogs
Carobookine
Blog My pretty Books
Blog Les petits livres by smallthings
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Marie lit en pyjama
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Songe d’une nuit d’été, webzine au féminin
Blog C’est quoi ce bazar
Blog Le boudoir de Nath
Blog Histoires d’en lire
Blog Anything is possible
Blog Les livres de George
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)

Bonus


Delphine de Vigan lit un extrait de Les Loyautés © Production Hachette France

Page Wikipédia de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

Tags:
#lesloyautes #delphinedevigan #editionsjclattes #hcdahlem #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #lire #lectrices #lecteurs

Les loyautés

de_VIGAN_Les_loyautes

rentree-2018

En deux mots:
Hélène est enseignante. Elle va va remarquer que Théo, l’un de ses élèves de 5e, ne va pas bien et va tenter de l’aider. Ce dernier entraîne son camarade Mathis sur un terrain dangeureux alors que leurs parents respectifs démissionnent. Qui aura le dernier mot?

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré))

Ma chronique:
Ivresse et autres bizarreries

Au-delà de l’enfance maltraitée, le nouveau roman de Delphine de Vigan explore un mal du siècle, la difficulté de plus en plus grande de communiquer, de dire les choses.

Alors que l’adaptation cinématographique par Roman Polanski de D’après une histoire vraie est sur les écrans, Delphine de Vigan nous offre un nouveau roman percutant qui explore «les lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps, les valeurs au nom desquelles nous nous tenons droits, les fondements qui nous permettent de résister, les principes illisibles qui nous rongent et nous enferment. Nos ailes et nos carcans.»
Donnant, chapitre après chapitre, la parole aux protagonistes, la romancière construit un récit qu’il est difficile de lâcher tant la tension croît au fil du récit. Hélène ouvre le livre. Prof de SVT au collège, elle a l’intuition que Théo, son élève de 5e, cache un secret. Même si aucune trace de coups n’est visible, elle sait par expérience que tous les coups ne laissent pas forcément de marques, du moins physiques. Car Hélène a enduré les jeux pervers de son père, inventeur d’un principe d’éducation particulier, sorte «roue de la fortune»: à chaque mauvaise réponse aux questions diverses et variées qu’il posait, une gifle.
On serait tenté d’écrire que fort heureusement pour elle, un cancer va emporter son bourreau. Elle a alors 17 ans et se promet de devenir enseignante et de de venir au secours des enfants maltraités.
On suit alors le parcours de Théo qui navigue entre sa mère et son père. Des parents qui préfèrent ne pas voir le malaise de leur fils pour se concentrer sur leurs propres déboires engendrés par la faillite du couple et se satisfont de leur stratégie d’évitement que l’enfant a bien intégré : « Très vite, Théo a appris à jouer le rôle qu’on attendait de lui. Mots délivrés au compte-gouttes, expression neutre, regard blasé. Ne pas donner prise. Des deux côtés de la frontière, le silence s’est imposé comme la meilleure posture, la moins périlleuse. »
Le goût de la liberté aura pour lui celui de la vodka ou du rhum. Entraînant Mathis, son camarade classe, il va trouver une cachette dans l’établissement scolaire où ils pourront ingurgiter des doses de plus en plus fortes d’alcool.
Cécile, la mère de Mathis, s’alarme à son tour. Mais son fils cache son jeu, balaie ses doutes…
Comme l’écrit fort justement Bernard Pivot dans le JDD, le roman « est une plongée passionnante dans les relations compliquées d’un inévitable trio: parents, adolescents, enseignants. » La démission des uns et la duplicité des autres de même que le pouvoir que peuvent exercer les uns sur les autres font que la peur s’immisce dans les relations et brouille les messages. La déloyauté l’emporte sur la loyauté, même si au bout du compte personne n’est vraiment dupe: « C’est étrange, d’ailleurs, cette sensation d’apaisement lorsqu’enfin émerge ce que l’on refusait de voir mais que l’on savait là, enseveli pas très loin, cette sensation de soulagement quand se confirme le pire. »
Comme dans Les heures souterraines les personnes que la vie n’a pas épargnées sont au centre de ce court roman, coupant comme une lame de rasoir et dont je gage que vous serez très impatients de connaître l’issue.

Les Loyautés
Delphine de Vigan
Éditions JC Lattès
Roman
208 p., 17 €
EAN : 9782709661584
Paru le 3 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
« J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas.»
Théo, enfant du divorce, entraîne son ami Mathis sur des terrains dangereux. Hélène, professeur de collège à l’enfance violentée, s’inquiète pour Théo : serait-il en danger dans sa famille ?
Quant à Cécile, la mère de Mathis, elle voit son équilibre familial vaciller, au moment où elle aurait besoin de soutien pour protéger son fils.
Les loyautés sont autant de liens invisibles qui relient et enchaînent ces quatre personnages.

Les critiques
Babelio
ELLE 
Blog Carobookine 
Blog My pretty Books 


Delphine de Vigan lit un extrait de Les Loyautés © Production Hachette France

Les premières pages du livre 
« Ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres – aux morts comme aux vivants –, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d’ordre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de nos mémoires.
Ce sont les lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps, les valeurs au nom desquelles nous nous tenons droits, les fondements qui nous permettent de résister, les principes illisibles qui nous rongent et nous enferment. Nos ailes et nos carcans.
Ce sont les tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves. »

HÉLÈNE
J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon de se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas. Les coups je les ai reçus quand j’étais gosse et les marques je les ai cachées jusqu’au bout, alors à moi, on ne me la fait pas. Je dis le gamin parce que franchement il faut les voir, les garçons, à cet âge-là, avec leurs cheveux fins comme ceux des filles, leur voix de petit poucet, et cette incertitude qui colle à leurs mouvements, il faut les voir s’étonner grands yeux écarquillés, ou se faire engueuler, mains nouées derrière le dos, la lèvre tremblotante, on leur donnerait le bon Dieu sans confession. Pourtant, il n’y a aucun doute, c’est à cet âge-là que ça commence, les vraies conneries. »

À propos de l’auteur
Née en 1966 à Boulogne-Billancourt, Delphine de Vigan se lance à 21 ans dans la vie active, après une formation au Celsa. En 2002, elle est directrice d’études dans un institut de sondage quand elle publie sous pseudonyme (Lou Delvig) son premier livre, Jours sans faim. Des nouvelles et trois romans plus tard – dont No et moi et Les Heures souterraines – l’écrivaine créé l’événement avec Rien ne s’oppose à la nuit, portrait de sa mère bipolaire, suicidée en 2008.
Plus d’un million d’exemplaires vendus. Le succès, fulgurant, fragilise son auteure: qu’écrire après? Comment revenir au roman d’imagination? Ce séisme donnera naissance à D’après une histoire vraie, salué par le prix Renaudot 2015. Les Loyautés confirme que, pour Delphine de Vigan, rien ne s’oppose à la fiction. (Source : Magazine Lire)

Page Wikipédia de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

Tags:
#lesloyautes #delphinedevigan #editionsjclattes #hcdahlem #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #lire #lectrices #lecteurs #MardiConseil

Faux départ

MESSINA_Faux_depart
Logo_68_premieres_fois_2017 Logo_premier_roman

En deux mots:
Aurélie la Grenobloise voit la vie d’un œil désenchanté, broyé par un système qui ne lui offre guère de perspectives. Elle part tenter sa chance à Paris où elle va découvrir le concept de «travailleur pauvre». Un premier roman choc !

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Faux départ
Marion Messina
Éditions Le Dilettante
Roman
224 p., 17 €
EAN : 9782842639044
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, à Grenoble puis à Paris et en banlieue.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Ma foi, qu’est-ce donc que la vie, la vie qu’on vit? D’expérience, elle a la douceur d’un airbag en béton et la suavité d’un démaquillant à la soude, la vie ne serait-elle qu’une épaisse couche d’amertume sur le rassis d’une tartine de déception? Pas moins, pas plus? C’est en tout cas la démonstration que nous livre Marion Messina, l’Emmanuel Bove de ces temps, dans Faux départ, son premier roman. À ma gauche, Aurélie, à ma droite Alejandro! Entre la Grenobloise de toute petite extraction qui crève la bulle d’ennui dans une fac facultative, souffre-douleur d’un corps en plein malaise, et le Colombien expatrié, ça s’aime un temps mais ça casse vite. D’aller de Paris en banlieue et de banlieue à Paris, d’œuvrer comme hôtesse d’accueil, de manger triste, coucher cheap et vivre en rase-motte, rencontrer Franck puis Benjamin ne change que peu de choses à l’affaire. Renouer avec Alejandro ne modifie guère la donne: l’amour fou, la vie inimitable, le frisson nouveau sont toujours à portée de corps, mais jamais atteints. Toujours en phase d’approche, jamais d’alunissage. Marion Messina décrit cette frustration au quotidien avec une rigueur d’entomologiste. Que voulez-vous, la vie fait un drôle de bruit au démarrage. Jamais on ne passe la seconde. Faux départ, telle est la règle.

Ce que j’en pense
Attention danger ! Les optimistes invétérés, les croyants aux lendemains qui chantent passez votre chemin. Le premier roman de Marion Messina risque de vous plomber durablement. Ici, la chronique est amère, la vie difficile et l’avenir très sombre. Nous allons suivre Aurélie durant ses années post-bac. Celles que l’on se plaît à décrire comme les plus belles de la vie.
Mais il suffit de placer le projecteur sur les bancs de la fac de Grenoble pour constater que la plupart des étudiants ne sont pas là par vocation, ni même pour se construire un avenir, mais parce que la voie universitaire semble être, après le baccalauréat, le meilleur moyen d’entretenir l’illusion d’une brillante carrière. Le poids des statistiques montre à lui seul le carnage qui s’annonce. Tout comme Aurélie qui ne comprend pas vraiment les cours qui lui dispensés et ne va tarder à s’en dispenser, la majorité de ses congénères rejoindra les rangs de pôle emploi avant d’avoir décroché un diplôme. Constat brutal et pourtant lucide sur la misère étudiante, ce roman est aussi la chronique du délittement des relations sociales.
Pas plus qu’on ne peut croire au plein emploi, on ne peut croire au grand amour. Le sexe est d’abord un pis-aller, un dérivatif. Avec Alejandro, étudiant colombien débarqué par hasard en Isère, Aurélie aurait pourtant voulu y croire. Mais de galère en incertitudes et au bout d’une série d’échecs, elle choisit de tenter sa chance à Paris.
Dans la ville lumière, elle trouvera certes un premier emploi d’hôtesse d’accueil, mais surtout tous les problèmes inhérents à son statut précaire. Travailleuse pauvre obligée de quémander un toit, elle «se sentait connectée à tous les balayeurs, soudeurs, employés du bâtiment, dames pipi, chauffeurs de bus, distributeurs de journaux gratuits qui travaillaient déià quand elle se réveillait. Son tailleur mettait de la distance entre elle et eux, il aurait été difficile de leur expliquer que de nombreux smicards pouvaient travailler endimanchés; si les ouvriers et assimilés n’y voyaient que du feu, les principaux concernés voyaient très bien la différence dans la qualité de l’accoutrement.» Marion Messina fait tomber le masque et nous offre avec ce tableau détaillé un réquisitoire puissant contre ce système qui broie ceux que les politiciens appelent les «forces vives de la nation». Dur, dur !

68 premières fois
Blog Mémo émoi 
Blog Les couleurs de la vie 
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)

Les autres critiques
Babelio
Marianne (Benoît Duteurtre)
L’Express (David Foenkinos)
Lelittéraire.com
20 minutes 
Blog Causeur.fr (Jean-Paul Brighelli)

Les premières pages du livre 
« Alejandro s’était réveillé avec la bouche sèche et la mi-molle des matins maussades. Il s’était étiré péniblement, la paume dorée de ses mains fines avait touché la poutre qui traversait l’unique pièce de son appartement. Il avait faim, le frigo acheté chez les Compagnons d’Emmaüs dégageait une odeur âcre de pâtes aux lardons. Il avait remis le même caleçon que depuis trois jours, enfilé un pull trop fin pour supporter les hivers grenoblois et regardé la liste de ses téléchargements. Il observa d’un œil torve et d’une main agitée la sodomie d’une quadragénaire en porte-jarretelles et talons aiguilles, sortit s’acheter un kebab avec un ticket-resto et rentra dans son dix-huit mètres carrés poussiéreux. Il était déjà 17 heures, c’était un samedi pluvieux et froid de décembre. Il ne travaillait pas les week-ends. La prochaine beuverie chez ses amis compatriotes ne commencerait pas avant 21 heures. Il se roula un joint et s’allongea. »

Extrait
« Aurélie était à Paris depuis un peu plus de deux mois, elle avait validé sa période d’essai et pouvait se lancer dans la recherche périlleuse d’un logement. Elle avait été hôtesse dans un prestigieux cabinet d’avocats du VIIIe arrondissement, dans une centrale d’appels pour une chaîne de la grande distribution à Rungis, dans un musée très réputé, dans divers sièges sociaux, dans les locaux d’une société de production audiovisuelle. Elle avait traversé toute la petite couronne en bus, transilien et métro. Certains déplacements prenaient quatre heures aller-retour, ce temps de transport n’était jamais rémunéré. Elle avait fondu, il avait fallu changer deux fois de tailleur. Elle se nourrissait mal, irrégulièrement, de carottes râpées en boîte plastique et sandwiches au poulet recomposé ou au surimi. Elle avait promis à sa mère d’effectuer une prise de sang afin de détecter une éventuelle anémie. Le laboratoire d’analyses était ouvert sur ses horaires de travail, la secrétaire médicale aurait demandé une ordonnance. Elle n’avait pas de médecin traitant à Paris, pas effectué
les démarches administratives auprès de la CPAM.
Pour cela, elle aurait dû aller dans un cybercafé afin d’imprimer le courrier. Cela lui aurait coûté une journée. »

À propos de l’auteur
Banlieusarde sans accent, ni pyromane, ni victime, élevée par des ouvriers bibliophiles et fins gourmets, Marion Messina était prédestinée à ne satisfaire aucun cliché. Persuadée qu’une carrière de diplomate l’attend, elle rêve d’Oxford depuis son lycée technique de zone «sensible», tuant ses après-midi à feuilleter des catalogues de voyagiste entre deux cours de bharatanatyam. Las, ni l’ONU ni les théâtres de Madras ne se décident à exploiter son talent. Elle devient pigiste, étudiante en science politique et finit par valider un BTS agricole. (Source : Éditions Le Dilettante)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#fauxdepart #marionmessina #editionsledilettante #hcdahlem #68premieresfois #RL2017 #roman #rentreelitteraire #unLivreunePage. #livre #lecture #books #RLN2017 #littérature #primoroman #lecture #lire #lectrices #lecteurs #premierroman #VendrediLecture

La fille du van

NINET_La_fille_du_van

coup_de_coeur  Logo_premier_roman  68_premieres_fois_logo

En deux mots:
Sonja a vécu l’horreur en Afghanistan et tente de soigner un stress post-traumatique en parcourant les plages du Sud. C’est là qu’elle rencontre Pierre, ancien champion olympique qui essaie de surmonter la dépression post-gloire médiatique. Deux malheurs qui s’unissent peuvent-ils conduire au bonheur?

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

La fille du van
Ludovic Ninet
Serge Safran éditeur
Roman
208 p., 17,90 €
EAN : 9791090175716
Paru en août 2017
Sélectionné pour le Prix Hors-concours 2017

Où?
Le roman se déroule en France, principalement dans le Sud entre Mèze, Sète et Balaruc-les-Bains, sur les bords de l’étang de Thau.

Quand?
L’action se situe il y a quelques années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sonja, jeune femme à la chevelure rousse, fuit son passé militaire en Afghanistan et lutte contre ses cauchemars. Elle se déplace et dort dans un van. Tout en enchaînant des petits boulots, elle erre dans le sud de la France.
Échouée à Mèze, dans l’Hérault, elle rencontre Pierre, ancien champion olympique de saut à la perche, homme aux rêves brisés. Puis se lie d’amitié avec Sabine qui la fait embaucher dans un supermarché, et Abbes, fils de harki au casier judiciaire bien rempli.
Entre Mèze, Sète et Balaruc-les-Bains, sur les bords de l’étang de Thau, tous les quatre vont tenter, chacun et ensemble, de s’inventer de nouveaux horizons, un nouvel avenir.

Ce que j’en pense

Coup d’essai, coup de maître. Pour son premier roman Ludovic Ninet aura réussi à aller au plus profond de l’intime, à fouiller ces zones de la conscience qui construisent – ou détruisent – une personne sans pour autant donner avoir recours à un quelconque jargon, sans jamais s’ériger en donneur de leçons. Au cœur de ce roman, on retrouve deux personnes cabossées par la vie. La fille du van d’abord. Au volant de son van, Sonja tente d’oublier les images qui la hantent, celles de cette embuscade en Afghanistan qui a coûté la vie à ses collègues. De retour en France, elle n’a pas pu retrouver une vie «normale» auprès de son mari et de son enfant et a préféré fuir pour les préserver de ses accès de violence, des syndromes d’angoisse, de sa dépression. Ce stress post-traumatique, que Karine Tuil avait également exploré dans son roman L’insouciance, fait aujourd’hui des ravages dans le monde entier. En exagérant à peine, on pourrait même dire que plus la guerre est sophistiquée, plus les armes sont bourrées d’électronique et plus les dégâts psychiques sont importants. Pour Sonja les médicaments et l’alcool apportent pendant quelques temps un soulagement. « Elle ouvre la deuxième canette, la vide et puis s’endort, abrutie. Une fusillade la réveille. Elle sursaute, ça tire, ça canarde, elle cille pour émerger et déjà sa bouche colle, c’est la nuit, Sonja, comme toujours les insurgés attaquent la nuit. Elle cherche les balles traçantes mais n’en voit aucune, craint les impacts de roquettes, retient son souffle, d’où tirent-ils, les ordures? Nouvelle rafale. Elle plaque les mains sur ses oreilles, va pour s’allonger sur la banquette ou, mieux, se blottir contre les pédales. Mais elle entend des rires. Pas des cris, des rires, des rires d’enfant. Elle se redresse, risque un regard circulaire. Jamais les enfants ne riaient pendant que ça tirait. Il ne pleut plus. Elle reconnaît l’étang de Thau. Elle aperçoit, au bord de l’eau, un groupe de jeunes adolescents qui font exploser des pétards. On est samedi soir.
Quelle conne. »
Le traumatisme est toujours là. La cavale est partie pour durer, mais son pécule diminue à vue d’œil. Il va lui falloir trouver un emploi, ne serait-ce que pour pouvoir acheter un poulet grillé. Car pour l’heure, il ne lui reste que quelques pièces.
Sauf que Pierre, le vendeur ambulant des poulets, a déjà repéré Sonja. Ce mélange de beauté sauvage et de détresse ne le laisse pas indifférent.
Quand vient son tour et qu’elle demande ce qu’elle peu avoir avec son pécule, Pierre lui répond qu’elle peut prendre ce qu’elle veut.
« Elle a l’air de le prendre pour un fou.
– Ce que vous voulez, répète Pierre. Je vous assure.
Derrière lui, les poulets rôtissent en tournoyant. Les voitures, coffre rempli, vont, viennent sur le parking dans le bruit humide des pneus dans les flaques, les clients semblent subjugués par les volailles ruisselantes. Pierre sourit pour marquer sa bienveillance. Mais la honte a envahi le beau visage. La fille se planque derrière ses longs cheveux, renifle, regarde par terre, puis les autres clients, gênée, revient à Pierre.
– Vous inquiétez pas, insiste-t-il.
Et il lui tend un poulet entier, dans son sac en papier. Elle l’accepte. Un sourire qui ne dure pas la transforme, elle murmure un merci appuyé. La poupée de porcelaine est maquillée de taches de rousseur et n’a pas l’accent du coin.
Elle s’éloigne.
Pierre la suivrait bien. Mais il y a les clients, et la raison. La recette à assurer, le stock, la marge, tu ferais mieux de lui courir après, Pierre, alors cours, qu’attends-tu, cours.
Il ne court pas. » Parce qu’il pense qu’elle est trop jeune pour lui, trop bien pour lui. Parce ce que lui aussi a un passé qui l’encombre, même s’il est glorieux. Il a été champion olympique de saut à la perche et se retrouve désormais à tenter de joindre les deux bouts en vendant des poulets grillés.
Les amateurs d’athlétisme savent que les champions olympiques ne sont pas légion et que le premier à être monté sur la plus haute marche du podium dans cette discipline a été Pierre Quinon en 1984 à Los Angeles. Ludovic Ninet a été sensible à son histoire et lui rend en quelque sorte hommage en s’inspirant de son destin tragique. Car sans vouloir dévoiler la fin du roman, on comprend que des blessures et un manque de performances ont peu à peu éloigné Pierre des pistes jusqu’à retomber dans l’anonymat et dans la dépression.
À ce stade de ma critique, il me faut avouer que j’ai connu Pierre Quinon, que je l’ai croisé à plusieurs reprises. Quand ma carrière d’athlète de haut-niveau s’est achevée, la sienne démarrait. J’imagine qu’aujourd’hui les choses ont changé, mais à l’époque les athlètes étaient vraiment amateurs et devaient faire de nombreux sacrifices pour progresser. Un exemple pour replacer les choses dans leur contexte. Les structures sport-études que nous avons fréquenté tous deux permettaient de bénéficier d’horaires aménagés et de bonnes conditions d’entrainement. Mais après le bac, rien n’était prévu. Il fallait alors une sacrée force de caractère pour continuer, pour réussir. Et le jour où les performances ne sont plus là, la Fédération vous oublie.
Mais peut-être que la rencontre de deux malheurs peut faire un bonheur. Au milieux des tourments Pierre et Sonja sont des bouées de sauvetage l’un pour l’autre. Quand ils finissent par se retrouver, ils sortent la tête de l’eau. Avec son ami Abbes, un fils de Harki qui a également beaucoup souffert de cette destinée familiale, il vont trouver un travail à Sonja, tenter de se remettre sur de bons rails. Ils vont même jusqu’à échafauder des plans d’avenir. Rêvent de ce jour où le van cédera la place à un voilier pour partir au large, à l’aventure.
« — Un jour, finit-il par répondre, Abbes m’a dit, tu sais, Pierre, j’ai fait beaucoup de conneries et j’ai payé ma dette. Mais le meilleur m’attend. C’est ce que j’aime chez lui. Il croit au futur.
— Et vous, Pierre, vous y croyez ?
— Au futur? Avant, peut-être, oui. Maintenant…
Il pourrait dire à nouveau, si, depuis que tu es là, mais il craint de la faire fuir, et cette soudaine dépendance à elle dont il devient esclave un peu plus chaque jour, merde, Pierre, tu es ravagé, il suffit qu’elle disparaisse et… Alors il s’abstient – l’optimisme est une sale maladie… »
Ludovic Ninet: un nom à retenir et à mettre à la suite des découvertes de Serge Safran qui a un don incontestable à dénicher les nouveaux talents.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)

Autres critiques
Babelio 
livreshebdo.fr (Pauline Leduc)
20 Minutes 
Tafmag (Romane Ricard)
lecteurs.com (Amélie Bigot)
Vaux livres (Max Buvry)
Ecribouille.net 
Blog Lectures féériques 

Les premières pages du livre

Extrait
« Cette cavale a commencé un jour. Le pécule a fondu.
Elle ne sait plus pourquoi elle tient. Mais elle tient.
Elle croyait s’éloigner de son passé, ses pas l’ont ramenée sur les berges de son enfance.
Ici, aujourd’hui, un type au regard pur l’a nourrie. Elle revoit ce sourire timide, les joues roses. Ses yeux. Deux billes bleues. »

À propos de l’auteur
Ludovic Ninet est né à Paris en 1976. Il a exercé le métier de journaliste pendant quinze ans, notamment dans la presse sportive, il devient ensuite formateur au CFPJ ou à l’ESJ-Pro. Il vit aujourd’hui en Vendée. La Fille du van est son premier roman. (Source : livreshebdo.fr / Serge Safran éditeur)
Compte Twitter de l’auteur
Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

  RLN2017

Tags:
#ludovicninet #littérature #lecture #lectrices #lecteurs #lire #rentréelittéraire #EditionsSergeSafran #primoroman #68premieresfois #RL2017 #roman #rentreelitteraire #thriller #unLivreunePage. #livre #lecture #books

La femme nue

STANCANELLI_La_femme_nue

En deux mots:
Une femme trompée va essayer de faire payer son mari et ses maîtresses. Une soif de vengeance qui passe par un harcèlement continuel, y compris sur les réseaux sociaux. Mais est-ce la bonne recette pour se reconstruire ?

Ma note: ★★★ (bien aimé)

La femme nue
Elena Stancanelli
Éditions Stock
Roman
traduit de l’italien par Dominique Vittoz
216 p., 19 €
EAN : 9782234082557
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule principalement à Rome et en proche banlieue

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
La vie d’Anna vole en éclats quand Davide la quitte. Incapable d’accepter la séparation, elle pirate son compte Facebook, suit ses moindres mouvements à l’aide de son portable, et scrute de façon obsessionnelle ses échanges avec sa nouvelle conquête. Très vite, Anna ne dort plus et maigrit de façon alarmante. Prise au piège dans ce vertige virtuel de suppositions et de fantasmes, elle décide d’élaborer un scénario implacable pour humilier sa rivale…
Dans une langue alerte et caustique, la narratrice dévoile ses comportements les moins avouables et célèbre la renaissance du corps.

Ce que j’en pense
Dans La Chair de Rosa Montero une femme qui commence à sentir le poids des ans entend ne pas renoncer à son pouvoir de séduction et veut continuer, coûte que coûte, à faire «fonctionner » son corps. Elena Stancanelli explore ici une variante plus jeune, mais tout autant obsessionnelle.
Les deux romans ont cette autre similitude: ils commencent tous deux par une rupture. Lorsque Davide oublie de raccrocher son téléphone, Anna va brutalement se rendre compte de son infortune. Elle entend en effet celui qui partage sa vie se vanter de son charme, de ses conquêtes et de ses relations sexuelles. Face à un tableau de chasse aussi impressionnant, on comprend la rage d’Anna et son désir de se venger de ses rivales, à commencer par la principale d’entre elles qui sera affublée du surnom «Chien».
Pour oublier son corps «blessé mortifié, violé, utilisé, puni», il lui faut tout décortiquer de la vie de sa rivale, la suivre chez elle, à son travail, sur les réseaux sociaux et lui faire rendre gorge. Mais il lui faut tout autant essayer de masquer sa dépression en ayant recours à tous les expédients: nourriture, pilules, alcool, drogue et sexe. Autant de solutions qui n’en sont pas et qui vont au contraire l’entraîner dans un jeu pervers plutôt que de lui permettre de se reconstruire. La plaie reste béante.
Elena Stancanelli ne cache rien de cette quête douloureuse, de cette brûlure. Son style est à l’image du traumatisme : dur, cru, sec. Avec cette interrogation qui sourd tout au long du livre: existe-t-il une issue à ce genre de drame, surtout lorsqu’il est vécu d’abord comme un échec personnel ? L’espoir peut-il trouver un point d’ancrage dans ce naufrage ? Je vous laisse le découvrir dans cette nouvelle exploration de la nature humaine et de ses tourments.

Autres critiques
Babelio
Blog Chaise longue et bouquins 
Blog Parenthèse de caractère(s)
Blog Les Jardins d’Hélène 

Les premières pages du livre

Extrait
« Je pense qu’il ne se doutait de rien. Avant tout parce que, comme toi, il n’avait pas la moindre idée de ce que je manigançais. Et même quand il découvrait quelque chose, il ne pouvait pas imaginer qu’il ne s’agissait que de la partie émergée d’un iceberg de mesquinerie. Personne ne l’aurait pu, lui moins que quiconque.
Davide ne m’a jamais vraiment comprise, et réciproquement, en vertu de quoi les cinq années de notre histoire ont été certes chaotiques, mais amusantes. Comme je te le disais, nous n’étions pas de ces couples éclairés qui se parlent et trouvent des solutions. Même dans les périodes où ça marchait bien entre nous. Nous ne partagions aucun centre d’intérêt. Si peu de choses nous réunissaient que je ne saurais même pas dire lesquelles. Si nous avions répondu à un questionnaire sur les affinités dans le couple, nous serions arrivés bons derniers.
On vivait une histoire d’amour, point barre, sans grands discours, sans projets. »

À propos de l’auteur
Née à Florence en 1965, Elena Stancanelli a reçu le prix Giuseppe Berto en 1999 pour son premier roman, Benzina (Mille et une nuits, 1998). Auteur de nombreux romans et recueils de nouvelles, elle rédige régulièrement des chroniques pour La Repubblica. La femme nue a été finaliste du prix Strega, du prix Ninfa Galate et du prix Caccuri. (Source: Éditions Stock)
Compte Twitter de l’auteur (en italien)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Tags:
#lafemmenue #elenastancanelli #editionsstock #italie #RL2017 #roman #rentreelitteraire #jalousie #unLivreunePage. #livre #lecture #books

L’été en poche (7)

POULAIN_le-grand-marin_P

Le grand marin

En 2 mots
Lili décide quitter la Provence pour pêcher en Alaska. A bord du Rebel, elle va découvrir des conditions de travail dantesques, un peu d’amour et le goût de l’absolu. Au-delà du récit d’aventure, cette quête ultime est tout simplement un grand roman.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Jérôme Garcin (BibliObs)
« Cette héritière sauvage de Conrad et Melville, qui écrit «J’aurais voulu être un bateau que l’on rend à la mer», a composé, sous sa yourte provençale, un étourdissant et rugissant premier livre dont la prose évoque l’inquiétant mugissement d’une corne de brume. »

Vidéo


Catherine Poulain présente son ouvrage «Le grand marin» © Production librairie Mollat.