L’incandescente

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L’incandescente
Claudie Hunzinger
Éditions Grasset
Roman
306 p., 19,50 €
EAN : 9782246862512
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en France, à Colmar, Dijon, Meursault, Saint-Aubin en Côte d’Or, Quincerot, Montbard, Pommard, Puligny-Montrachet, Musigny, Châtillon-sur-Seine, Is-sur-Tille ainsi que dans les Vosges ou encore à Saint-Pons, à Audresselles, à Mende, à Briançon, Le Mônetier, La Sainte-Feyre, Fontenay, Maxéville, Évreux, Paris et encore en Bretagne, à Rennes ou en Allemagne, à Mannheim et en Forêt-Noire, à Himmelreich et Hirschsprung.

Quand?
L’action se situe principalement durant l’entre-deux-guerres. La Seconde Guerre mondiale et les années qui ont suivi jusqu’à la découverte des lettres qui constituent une grande partie de la trame du récit sont également évoquées.

Ce qu’en dit l’éditeur
Des jeunes filles qui sont des Enfants terribles s’écrivent des lettres d’amour.
« Marcelle était la pire et ma préférée. »
Toutes fuient la mort. La mort les rattrape. Elles y mettent le feu.
Elles sont du côté de la vie. Leur pays est l’adolescence, ce passage de tous les dangers.

Ce que j’en pense
***
Claudie Hunzinger avait commencé son exploration familiale avec Elles vivaient d’espoir (Grasset, 2010) où elle racontait l’histoire de sa mère, d’abord amoureuse d’une jeune fille, Thérèse, puis d’un homme, Marcel. Fort heureusement pour nous, elle n’en avait pas fini avec l’amour fou. Car avant Thérèse, il y a eu Marcelle, qui a précédé Marcel, le père de Claudie. En rangeant des cartons, elle a retrouvé des lettres, des dossiers, des cours de littérature de Marcelle. Des souvenirs fascinants pour l’auteur qui est aussi artiste et qui à la nostalgie de cette époque révolue où on s’envoyait des lettres et où on les gardait. «Peut-être ma civilisation sait-elle en secret que rien ne lui survivra» écrit-elle au moment de repartir en exploration, en cherchant à reconstruire l’histoire de sa mère et des femmes qui l’ont accompagnée tout au long de sa vie.
«Tout avait commencé le premier soir des grandes vacances. Emma avait dix-sept ans, et c’était l’été 1923 à Puligny-Montrachet, un village ancien en Côte-d’Or.» Elle ne sait pas encore que la voisine qui vient de s’installer à quelques mètres de chez elle bouleversera son existence. Très vite, Emma sera «fascinée par Marcelle comme par une joueuse de flûte» et très vite les deux jeunes filles vont devenir inséparables. Après la bac, elles s’inscrivent toutes deux à l’école normale et passeront deux années inoubliables, leur amour étant renforcé par leurs découvertes littéraires et par le talent de leur professeur Suzanne Aymé, la grande sœur de Marcel, qui fut «un professeur d’existence, enseignant la dimension esthétique de la vie, c’est-à-dire affective».
Nommée enseignantes, elles doivent prendre des chemins séparés, mais s’écrivent beaucoup. Et bien. Car Emma a un projet littéraire et Marcelle écrit pour envoûter Emma. «Le temps d’Emma», titre de cette première partie lumineuse et exaltante, se lit aussi comme une ode à la liberté. « La voix de Marcelle me parvenait de si loin, je l’entendais, tout près, comme une injonction à ne jamais suivre les foules qui se rassemblent, à désobéir aux mots d’ordre, à refuser la terrible uniformisation qui s’est abattue sur nous.» Un don pour la rébellion dont la jeune femme aura besoin quand la maladie va la gagner et qu’elle doit partir pour le sanatorium.
Pour Emma et pour Marcelle vient alors le temps de nouvelles rencontres. D’un duo, on passe à un quatuor avec Hélène et Marguerite qui sont également soignées au sanatorium et que Marcelle entend séduire. Les parties suivantes du livre leur sont consacrées. Emma pour sa part croise le chemin de Thérèse, son Antigone. Car les destins tragiques semblent se confondre avec l’humeur d’un pays qui va oublier les années folles pour la montée des périls.
Jusqu’au «Champ des asphodèles», la dernière partie de ce roman tour à tour solaire et lunaire, on comprendra la fascination de l’auteur pour une mère obligée de fuir, de peur de se consumer, se retrouvant avec «ses douleurs. Ses hontes. L’enfer. L’ange exterminateur, amoureux et broyé.»
Après avoir rencontré Marcel dans les Vosges en 1935 – un père dont les différentes facettes restent encore à explorer – Emma s’installe en Alsace alors que le nazisme gagne tous les jours du terrain. Avec ses quatre enfants Manon, Bruno, Claudie et Christel, «Emma s’est réfugiée dans la littérature qui est l’enfance retrouvée». Apprendre le français à Colmar à ce moment-là, c’est encore être libre, insoumise. C’est aussi offrir à sa fille les moyens de nous enchanter, bien des années plus tard avec ce petit bijou de sensualité.

Autres critiques
Babelio
L’Alsace (Jacques Lindecker)
Le nouveau blog littéraire de Pierre Ahnne
Blog Mediapart (Colette Lallement-Duchoze)
MyBoox (Présentation vidéo par l’auteur)
Blog Le livre-vie

Les premières pages du livre

A propos de l’auteur
Claudie Hunzinger vit en montagne. Elle est artiste et écrivain. Elle a fabriqué des livres en foin, écrit des pages d’herbe, édifié des bibliothèques en cendres ; elle a publié chez Grasset trois romans, Elles vivaient d’espoir (2010), La survivance (2012) et La langue des oiseaux (2014). (Source : Éditions Grasset)

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Les Prépondérants

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Les Prépondérants
Hédi Kaddour
Gallimard
Roman
464 p., 21 €
ISBN: 9782070149919
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule principalement à Nahbès, ville imaginaire du Maghreb, vraisemblablement en Tunisie. L’équipe de tournage venue de Hollywood retrace des épisodes de Californie, New York, Los Angeles, San Francisco, Atlanta, Boston. Le grand voyage mènera l’équipe en France et en Allemagne avec des étapes à Marseille, Paris, Strasbourg, Cernay et le Vieil-Armand, Ribeauvillé, Mayenburg, Duisbourg, Dortmund, Berlin. Enfin une seconde équipe américaine arrivera via Southampton, Le Havre et Paris

Quand?
L’action se situe au début des années 1920.

Ce qu’en dit l’éditeur
Au printemps 1922, des Américains d’Hollywood viennent tourner un film à Nahbès, une petite ville du Maghreb. Ce choc de modernité avive les conflits entre notables traditionnels, colons français et jeunes nationalistes épris d’indépendance.
Raouf, Rania, Kathryn, Neil, Gabrielle, David, Ganthier et d’autres se trouvent alors pris dans les tourbillons d’un univers à plusieurs langues, plusieurs cultures, plusieurs pouvoirs. Certains d’entre eux font aussi le voyage vers Paris et Berlin, vers de vieux pays qui recommencent à se déchirer sous leurs yeux. Ils tentent tous d’inventer leur vie, s’adaptent ou se révoltent. Il leur arrive de s’aimer.
De la Californie à l’Europe en passant par l’Afrique du Nord, Les Prépondérants nous entraînent dans la grande agitation des années 1920. Les mondes entrent en collision, les êtres s’affrontent, se désirent, se pourchassent, changent. L’écriture alerte et précise d’Hédi Kaddour serre au plus près ces vies et ces destins.

Ce que j’en pense
***
La lecture des Prépondérants m’a beaucoup fait penser aux pâtisseries orientales qu’un ami tunisien nous offrait régulièrement. Parfumées, sucrées et si bonnes que nous en mangions jusqu’à l’indigestion. Le roman est de cette veine, à la fois très riche et très addictif, à condition de ne pas avoir peur de l’indigestion. Car le récit fourmille d’histoires centrées sur une tranche bien particulière de l’histoire. Nous sommes au sortir de la Grande Guerre, au moment où se redessine la carte du monde et où s’annoncent d’une part les mouvements de libération et d’autre part les nouveaux cataclysmes.
Ce roman-monde, comme le définit l’auteur, est découpé en trois parties. La première, intitulée «Le choc», est située au début des années 1920. Puis vient «Le grand voyage», qui se déroule de l’hiver 1922 au printemps 1923, et la troisième, titrée «Un an après», nous conduit en juin 1924.
Le choc dont il est question au début du livre, c’est celui que provoque l’arrivée d’une équipe de tournage américaine à Nahbès, cette ville imaginaire d’Afrique du Nord. Jusque là les rôles semblaient bien définis entre les «gentils colonisateurs» venus apporter prospérité et développement, civilisation et sécurité et les «gentils autochtones» prêts à accepter l’aide de ces blancs et à travailler pour eux, voire avec eux. C’est du moins l’opinion dominante au club des «Prépondérants», qui rassemble les plus aisés des colons et les autochtones. Seulement voilà, Hollywood-sur-Nahbès, c’est un peu le chien fou dans le jeu de quilles. Les belles règles établies jusque là vont voler en éclats. Les dollars et les «les rires et les cris trop libres de ces femmes d’outre-Atlantique» vont déstabiliser les Français avant de contaminer les Nord-Africains.
Les grands thèmes que sont le colonialisme et le droit à l’autodétermination, la place de la femme dans la société et notamment dans la société arabe, la montée des périls et la notion de progrès, y compris sur le plan politique son tici incarnés par une galerie de personnages particulièrement bien campés.
La première à entrer en scène est Rania, fille de Si Mabrouk, un grand bourgeois de la capitale. Cultivée, grande lectrice et curieuse de tout, elle entend s’émanciper des traditions séculaires. « Rania s’intéressait beaucoup à ce que faisait Kathryn, elle demandait à Gabrielle s’il était vrai que les Américaines avaient autant d’amants que leurs maris avaient de maîtresses. »
Face à elle, il y a Raouf, également fils de notable, qui va se chercher un avenir dans un nationalisme qui donnerait sa chance à tous. Même si cet engagement est avant tout rhétorique, car il lui faut d’abord conquérir le cœur de la belle actrice Kathryn Bishop. Du côté des progressistes on ajoutera Ganthier, un ancien officier, qui imagine un empire colonial de cent millions d’habitants, mais où chacun aurait les mêmes droits.
Une position qui hérisse la majorité des Prépondérants qui voient d’un très mauvais œil ce souffle de liberté, attachés qu’ils sont au respect des traditions et des valeurs : « Pagnon, Doly, Laganier, une demi-douzaine d’officiers, autant de fonctionnaires, beaucoup de colons, ainsi que des commerçants et artisans. »
La belle idée de l’auteur est de confronter à l’occasion d’un grand voyage – la seconde partie de l’ouvrage – quelques idées développées à Nahbès avec la réalité du terrain. Quand, par exemple, le groupe se rend en Allemagne en passant par l’Alsace et découvre à quoi peut ressembler un territoire dont l’occupant s’est retiré. Mais aussi combien le sentiment de revanche peut se développer auprès d’un peuple qui vit dans la misère et doit s’acquitter de réparations exorbitantes. Une époque charnière qui va annoncer les grands bouleversements à venir.
Rendons enfin à Hédi Kaddour une autre grande qualité, celle d’enrober ses pâtisseries d’un sucre fin, d’observations et d’anecdotes qui viennent enrichir la récit. L’histoire du stock d’huile ou de la chamelle en chaleur ou encore l’anecdote de la machine à écrire sans accents récupérée par l’administration française pour n’en citer que quelques vous amuseront autant que la description des tournages. Un régal !

Autres critiques
Babelio
Jeune Afrique (Jean-Sébastien Josset)
Libération (Frédérique Roussel)
Télérama (Gilles Heuré)
BibliObs (Grégoire Leménager)
L’Express (Alexandre Fillon)
Tribune de Genève (Marianne Grosjean)
Blog Tant qu’il y aura des livres (Ariane)
Site Wikipédia du roman

Extrait
« L’oncle n’avait pas été dupe, elle connaissait ce qu’elle tenait en main, la Lettre sur l’unicité, de Mohammed ‘Abduh, qui passait pour un athée… Il eut un vertige. Il fi t ouvrir les malles de sa nièce, il y trouva des romans égyptiens parlant de libération de la femme… la collection Hachette des grands écrivains, Rousseau, Hugo… et même un Cours de philosophie positive ! Sa nièce voulait en savoir plus que les hommes, ce n’était bon ni pour elle ni pour la famille. Il osa téléphoner à son frère. « C’est trop tard, lui dit Si Mabrouk, tu veux que je l’empêche de lire ? que je la batte ? que je l’enferme ? J’ai voulu avoir une petite fi lle merveilleuse, elle a grandi… Comment va ta femme ? » La conversation avait été longue, elle s’était conclue dans la froideur. L’oncle avait annoncé à sa femme que Rania faisait ses bagages, elle repartait dans la capitale. La tante n’avait rien dit, une femme ça se soumet. Mais son regard avait suffi à désarçonner son mari : le voile de la mort. On ne peut rien contre ce que la mort fait passer dans les yeux des femmes. On les en a toujours menacées, et depuis elle est là, agitant ses plis derrière le moindre de leurs actes de soumission. » (p. 14)

A propos de l’auteur
Hédi Kaddour est un poète et romancier français né à Tunis en 1945.Il est traducteur de l’anglais, l’allemand et l’arabe. Il a enseigné la littérature française et la dramaturgie à l’École normale supérieure de Lyon et l’écriture journalistique au Centre de formation des journalistes (CFJ) puis au Centre de formation des métiers de la presse (CFD).
En 2005 paraît son gros roman d’aventure, Waltenberg (Gallimard), 720 pages, qui plonge dans l’histoire passionnante des hommes et des lettres du XXe siècle.
Ce livre, qui mêle aventure et espionnage, abrite également une trame sentimentale teintée de mélancolie. Il a reçu le Goncourt du premier roman et a été classé «Meilleur roman français de l’année 2005» par le magazine Lire. (Source : Wikipédia)

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La Dynastie des Weber

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La Dynastie des Weber
Geneviève Senger
Calmann Lévy
Roman
816 p., 23,90 €
ISBN: 9782702154670
Paru en mai 2015

Où?
Le roman se déroule principalement en Alsace et plus particulièrement à Mulhouse, berceau de la dynastie Weber. La vallée du textile avec Thann et Wesserling et de façon plus anecdotique Colmar et Strasbourg sont également mentionnées. Le second pôle est situé aux Etats-Unis avec La Nouvelle-Orléans et l’évocation de New York et Boston. Une autre branche de la dynastie est allemande et s’installe à Berlin. On va aussi prendre les eaux à Baden-Baden ou sur l’île de Rügen. Enfin la Suisse joue un rôle de refuge, de villégiature ou de lieu de cure avec Zurich, Küsnacht et Davos. Enfin des membres de la famille passent par Genève, Londres et Queenstown en Irlande, Dinard, Calais et Paris, ou encore dans un dispensaire en Afrique.

Quand?
L’action se situe de 1870 à 1965, soit sur près d’un siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Juillet 1870 en Alsace. Louise Heim, fille d’un industriel du textile, a épousé Lazare Weber, fils de pasteur et brillant polytechnicien, resté follement épris de sa sœur Lucile qui l’a éconduit pour s’enfuir avec un négociant en coton américain.
Animé par la volonté de surpasser les grandes familles alsaciennes ayant fait fortune dans le fil et le tissage, Lazare fonde une filature moderne. Il fait appel à Arthur Ziegler, un ouvrier catholique étrangement lié à sa famille…
Louise, comprenant qu’elle a été sacrifiée à l’ambition de son père, négligée par son mari, décide de prendre sa revanche. Et arrivent de Louisiane les lettres de Lucile…
Ainsi commence la saga des Weber, vieille famille protestante taraudée par les secrets et les non-dits, emportée dans un tourbillon de rivalités, d’amours contrariées et d’ambitions démesurées. De Mulhouse à Berlin, avec un saut dans cette mystérieuse Louisiane où tant d’Alsaciens ont émigré, voici un siècle de péripéties amoureuses, de conquêtes industrielles et de combats syndicaux, de gloire et de défaites, d’illusions perdues et de rêves réalisés…
Journaliste et écrivain, Geneviève Senger est née à Mulhouse. Elle se lance aujourd’hui dans une saga puissante où souffle le vent de l’histoire.

Ce que j’en pense
****
Dans son nouveau roman, un pavé de plus de 800 pages, Geneviève Senger a choisi de retracer sur près d’un siècle la vie d’une famille d’industriels du textile en Alsace. Disons d’emblée que c’est une belle réussite et que l’on prend beaucoup de plaisir à suivre la dynastie Weber sur près d’un siècle dans l’une des régions de France qui aura sans doute connu le plus de bouleversements depuis 1870. C’est du reste à ce moment que commence le récit, à la veille du mariage de Louise Heim avec Lazare Weber. L’union de la fille d’un industriel du textile avec un ambitieux polytechnicien, n’est pas uniquement un mariage d’intérêt mais une sorte de mariage de substitution. Lazare était en effet amoureux de la sœur de Louise, Lucile. Cette dernière a choisi de fuir à la Nouvelle Orléans avec un Américain, négociant en coton, rompant par la même occasion ses fiançailles et ses liens avec sa famille. Pour ne pas perdre la face, les parents respectifs choisissent d’ « offrir » la sœur de Lucile à l’amoureux transi.
À prendre au pied de la lettre la définition du mot dynastie, « suite de personnes célèbres de la même famille exerçant les mêmes activités » on sent dès ce premier accroc à ce qui pourrait être l‘histoire officielle d’une réussite industrielle que les non-dits et les secrets de famille vont donner matière à de nombreux rebondissements et que dans ce récit les femmes vont jouer un rôle au moins aussi important que les capitaines d’industrie. Quand elles ne sont pas le trait d’union entre les deux mondes, à l’image de la quête du fil d’or qui va pousser Lazare à investir et à engager un ingénieur chimiste pour retrouver la chevelure flamboyante de la belle Lucile. Un fil d’or qui va servir en quelque sorte de fil rouge, si je puis dire. Et comme si les ambitions des uns et les amours des autres ne suffisaient pas à nous offrir un riche terreau romanesque, l’Histoire – celle avec un grand H – va s’en mêler.
En 1871 l’Allemagne annexe la région, amputée du Territoire de Belfort. Entre les partisans du nouveau régime et ceux qui entendent reconquérir la « province perdue », on ne va tarder à trouver de nouveaux motifs de conflit. Pour faire fructifier ses affaires sur la Terre de l’Empire allemand (Reichsland), il faut bien trouver une entente avec le régime. Toutefois, la différence entre compromis et compromission n’est pas toujours très évidente. Et que dire des déchirements qui résulteront du déclenchement de la Grande Guerre. Sur les hauteurs du Hartmannswillerkopf – l’une des crêtes ayant donné lieu à de très durs combats, Geneviève Senger imagine une scène extraordinaire, quand deux soldats de la famille se retrouvent nez à nez au sortir d’une tranchée. Jamais l’expression frères ennemis n’aura aussi bien porté son nom.
Quand l’Alsace réintègre la République française en 1919, il faut écrire une nouvelle page et littéralement tout reconstruire. Sans oublier les nouvelles aspirations du monde ouvrier avec lesquelles il va bien falloir se confronter et qui, là encore, opposeront au sein de la famille les tenants du progrès social et ceux qui préfèrent la ligne dure.
Parfaitement documenté, le récit peut là encore s’appuyer sur les mouvements politiques et sociaux qui ont marqué l’Alsace jusqu’à l’annexion par l’Allemagne nazie. Et nous voilà reparti pour une période troublée, durant laquelle il faudra à nouveau choisir son camp. Pour la dynastie Weber, dont les différentes branches familiales sont installées aux Etats-Unis, en Alsace et en Suisse ainsi qu’Allemagne, on imagine les déchirements et les cas de conscience que l’auteur nous fait partager avec beaucoup de finesse. Entre les lignes on comprend aussi comment se forge le caractère des Alsaciens : leur histoire houleuse leur permet aujourd’hui encore de jouir de certains particularismes locaux.
La dernière partie du livre, toujours à l’image de la période décrite, marque un nouvel élan. On va vers les trente glorieuses et vers l’émancipation de la femme…
J’ajouterai un plaisir égoïste à cette lecture. Mon histoire familiale est également partagée entre la France et l’Allemagne et je suis aujourd’hui installée sur cette colline du Rebberg à Mulhouse où l’auteur a imaginé le berceau de sa dynastie. De ma fenêtre quand reviennent les beaux jours, je peux quasiment humer l’odeur des cosmos qui ont donné leur nom à la propriété des Weber. Aussi, je ne saurai que vous inviter à vous promener dans mon quartier !

Autres critiques
Babelio
Blog Tête de lecture
Blog Sur mes brizées
Blog Les Lectures de Martine

Extrait
« Dans le rêve qu’elle venait de faire, Louise ne se mariait pas ; Lucile était revenue et elles s’enfuyaient toutes les deux, main dans la main.
Mais la réalité était tout autre. Aujourd’hui, elle épouserait un homme pour qui elle n’éprouvait aucun sentiment. « C’est la vie, lui avait dit sa mère. Moi aussi je me suis mariée avec celui que mon père avait choisi pour moi. Toutes les jeunes filles passent par là. Quelquefois, elles finissent par aimer leur époux. »
Lucile avait trouvé elle-même l’homme de sa vie. Elle s’était enfuie avec lui, sans demander la permission à personne. Mais Lucile avait toujours été différente. Elle prenait toute la place près de leur père sur le canapé de velours, sans chercher à savoir s’il en restait pour sa sœur qu’elle laissait seule avec la tante Adèle et ses sermons de vieille fille. La belle Lucile que tout le monde admirait… C’était elle qui aurait dû être à sa place. Mais Lucile avait écouté son cœur et avait jeté la honte sur toute la famille. Maintenant c’était à la cadette de réparer sa faute et d’épouser l’homme que leur père, M. Heim, avait choisi. Pour lui, peu importait que ce soit son aînée ou sa cadette qui épouse Lazare Weber pourvu qu’il ait un gendre pour faire prospérer sa chère manufacture. Pour la convaincre, il lui avait promis qu’elle deviendrait une grande dame, riche et respectée de tous. Mais d’amour, il n’avait pas parlé. » (p. 17-18)

A propos de l’auteur
Née à Mulhouse, au cours d’un été brûlant, j’ai découvert à mon entrée à l’école primaire Nessel ( une antique bâtisse aux odeurs de bois et d’encre qui fut démolie quelques années plus tard ) que les mots écrits pouvaient se déchiffrer : l’univers enfin prenait sens. Ce n’était plus un chaos incompréhensible. Quelque part, dans le silence des livres, existaient des éléments capables de l’ordonner. L’enfant que j’étais en fut éblouie. Cet émerveillement est toujours en moi. Je n’ai jamais cessé de lire, de chercher, de comprendre. D’écrire. Des romans. Pour raconter des histoires, simplement. Pour donner à voir, à sentir, à vibrer. Pour consoler, aussi. Pour essayer de comprendre, toujours.
Je vis à Strasbourg, ville d’art et d’histoire, cœur de l’Alsace et aussi cœur de l’Europe. Je travaille également pour un journal local. Mais tout cela n’est qu’apparence : en réalité, j’habite les mots. (Source : Site internet de l’auteur)

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Le Détective : Dix enquêtes de Simon Rose

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Le Détective : Dix enquêtes de Simon Rose

Max Genève
Le Verger éditeur
Nouvelles policières
173 p., 9 €
ISBN: 2845741766
Paru en janvier 2015

Où?
Les dix récits sont situés en France, à Paris et en banlieue, en Alsace, à Biarritz en au Pays Basque, en Périgord ou encore en Normandie, à Cabourg.

Quand?
L’action est située de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur

Détective désabusé, Simon Rose vit chez sa mère, consulte régulièrement son psy et conduit une Coccinelle capricieuse, quoique décapotable, baptisée Béatrice.
Sept romans racontent ses exploits, dont l’inquiétante Autopsie d’un biographe (Zulma) et le diabolique Tueur du cinq du mois (Gallimard, Série Noire).
Les dix enquêtes réunies ici nous entraînent de Paris à Biarritz, de l’Alsace en Rouergue, de l’univers de la chasse au monde feutré des gens d’église. Rose se voit enterré vivant, redécouvre Mona Lisa, élucide le meurtre d’un écrivain, s’adonne à l’art de la filature, démasque le filou sous le capitaine d’industrie… Au flair du fin limier, il joint l’humour d’un homme qui «persiste à culbuter les tabous», comme le notait Jérôme Garcin à propos de l’auteur.

Ce que j’en pense
***

Parmi les perles que nous proposent quelquefois de petits éditeurs, il y a cette collection baptisée «les enquêtes rhénanes» qui compte aujourd’hui une vingtaine de titres. Comme son nom l’indique, elle nous propose de découvrir l’Alsace sur des trames policières. Si ce recueil de Max Genève fait un peu exception à la règle, c’est que seules deux des enquêtes de son détective, Simon Rose, se déroulent en Alsace. En revanche l’auteur est né à Mulhouse et s’offre ici une jolie récréation, en faisant une infidélité à Serge Safran, l’éditeur qui publie ses romans depuis de longues années.
Le Détective rassemble donc dix enquêtes de Simon Rose. Un moyen idéal pour ceux qui ne connaissent – pas encore – le personnage de découvrir cet homme grand, svelte, au physique avenant qui parcourt le monde avec un air «d’aimable idiot» au volant d’une Volkswagen décapotable et, quand il ne dort pas, recherche à détricoter les affaires qu’on lui propose.
Il ne s’agit pas à proprement parler d’enquêtes à la Sherlock Holmes, d’indices qui parsèment le récit, mais bien plutôt d’études psychologiques, de portraits de personnes qui, pour une raison bien particulière, décident de passer à l’acte. Avec cette distance que l’on peut appeler humour, Simon Rose serait presque déçu d’avoir confondu les assassins, de résoudre une affaire, car il n’aime vraiment que chercher, sonder, approfondir. Sur ses pas, on découvre un portrait des mœurs de l’époque. A suivre…

Autres critiques

Babelio

Extrait
« L’affaire a duré des mois et des mois (peut-on seulement parler d’affaire ?), l’enquête une petite semaine. Un jour Simon Rose trouve un message sur son répondeur. Une dame, voix charmante, léger accent allemand, demande à le rencontrer. Il la rappelle à son hôtel. Elle ne peut pas en dire plus au téléphone. Rendez-vous est pris.
Le lendemain, peu avant midi, une jolie femme d’une cinquantaine d’années, vêtue avec élégance, franchit la porte de l’agence 2007. Elle prend place en face du détective, commence à s’expliquer et fond en larmes. Une fois calmée, elle dit s’appeler Nicole Bechstein, oui, comme les pianos, mais ça n’a rien à voir. Elle hasbite en Suisse, à Bâle précisément, son mari est architecte, mais ce n’est pas de lui qu’il d’agit.
Son frère Vincent, un garçon de trente-huit ans qui vivait seul à Paris, s’est tué à moto.
– C’est triste en effet, dit Rose, sincèrement affligé. Acceptez mes condoléances. Comment cela est-il arrivé ?
– La semaine dernière, dans la nuit de lundi à mardi, à quatre heures du matin, il roulait sur le périphérique. Pas de brouillard, route sèche, trafic quasi nul. Il aurait perdu le contrôle de sa moto, une Aprila 900, et serait allé s’écraser à cent quatre vingt kilomètres à l’heure contre un pilier de pont.
– Le conditionnel intrigue le détective. » (p. 103-104)

A propos de l’auteur
Entré en littérature en 1980, Max Genève a publié des essais polémiques, plusieurs recueils de nouvelles et vingt-cinq romans. (Source : Editions Le Verger)

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L’enfer de Schongauer

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L’enfer de Schongauer
Jean-Marie Stoerkel
Editions du Bastberg
Polar
292 p., 14 €
ISBN: 9782358590600
Paru en mars 2015

Où?
L’action se déroule en France, Allemagne et Suisse et plus précisément à Strasbourg, Mulhouse, Colmar, Fribourg-en Brisgau et Bâle. Des épisodes sont également situés dans de hauts-lieux touristiques alsaciens tels que Ungersheim, le Haut-Koenigsbourg, l’abbaye de Murbach, Neuf- et Vieux-Brisach ou encore Le Mont-Saint-Odile.

Quand?
Le récit se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Quel lien mystérieux relie Martin Schongauer, le génial peintre et graveur colmarien qui a été copié notamment par Michel-Ange, et un terrifiant tueur en série qui sévit en Alsace ?
Cet assassin abat une touriste devant la cathédrale de Strasbourg. Il poursuit son itinéraire criminel sur le carreau de l’ancienne mine Rodolphe, près de l’Écomusée d’Alsace, puis entre la Volerie des Aigles et le château du Haut-Koenigsbourg, avant de tuer un prêtre à Ingersheim, une écrivaine-éditrice à Strasbourg, un vieux politicien au mur païen du mont Sainte-Odile, un avocat général à Colmar, un artiste peintre à Waldighoffen…
Qu’a donc à voir dans cette effrayante odyssée le séduisant professeur de l’université de Fribourg-en-Brisgau Volker Grass ? Est-ce seulement un hasard s’il écrit un livre sur Martin Schongauer, avec l’aide de son ancienne étudiante alsacienne Annabelle Kleinpeter, qu’il entraîne aussi dans une romance sadomasochiste ?
Ce suspense palpitant tient le lecteur en haleine jusqu’à l’explosion finale, au milieu de l’extraordinaire confrontation, dans l’église des Dominicains à Colmar, entre La Vierge au buisson de roses et le retable d’Issenheim.

Ce que j’en pense
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Le nouveau polar de l’ancien spécialiste des faits divers du quotidien régional L’Alsace est sans doute le moyen le plus agréable de découvrir les hauts lieux touristiques de la région et l’histoire de l’un de ses artistes le plus célèbre, mais aussi le plus mystérieux : Martin Schongauer. Attardons-nous quelques instants sur cet homme qui donne son titre à l’ouvrage. Né entre 1445 et 1450 à Colmar, décédé le 2 février 1491 à Vieux-Brisach, il fut très apprécié puisqu’au XVIe siècle, Vasari, un historien de l’art, rapporte que Michel-Ange conservait un exemplaire de l’une de ses œuvres, La Tentation de Saint-Antoine, dans son atelier florentin. Si c’est principalement à Colmar que l’on peut découvrir ses pièces maîtresse telles que La Vierge au buisson de roses, retable sur bois de 1473, il sera aussi beaucoup question dans le livre des fresques du Jugement dernier, découvertes en 1885 lors de la rénovation de l’église saint Etienne de Vieux-Brisach. Si la plus grande peinture à fresque de Moyen Age au nord des Alpes est aujourd’hui malheureusement très dégradée par des couches successives de blanchissement, elle n’en demeure pas moins remarquable par sa facture et sa puissance évocatrice.
Volker, professeur à l’Albert-Ludwigs-Universität de Fribourg-en-Brisgau, en est un grand spécialiste. En parfait pédagogue, il n’aura aucun mal à persuader l’une de ses étudiantes, Annabelle, de l’aider dans ses recherches en vue de publier un ouvrage sur «Hübsch Martin» (le beau Martin) et de devenir sa maîtresse.
Mais vous m’objecterez que le suspense promis est bien loin de ces considérations… N’ayez crainte, si je puis dire, car un tueur en série vient perturber Volker et Annabelle en signant chacun de ses meurtres par une reproduction du peintre médiéval avec cette inscription laissée sur ou à proximité des cadavres : «Ceci est une œuvre de Martin Schongauer».
C’est sur le parvis de la cathédrale de Strasbourg qu’il commet son premier forfait, bientôt suivi par une demi-douzaine d’autres homicides. Non loin de l’écomusée de Haute-Alsace, à Ungersheim, il connaîtra un semi-échec en ne réussissant pas à brûler le véhicule dans lequel il avait séquestré un jeune couple.
La police et la presse locale sont sur les dents, mais leur enquête s’annonce difficile. D’autant que le meurtrier décide de s’attaquer désormais à des personnalités : après un curé, ce sont une éditrice, un homme politique et un avocat général qui y passent.
L’occasion pour l’auteur de revenir sur quelques faits divers, mais aussi de placer assez subtilement quelques messages à des amis et de nous faire découvrir quelques bonnes adresses au fil des besoins de l’enquête.
On ne dévoilera pas le dénouement, mais on saluera la belle érudition et l’humour de ce polar aux cinquante nuances d’Alsace.

Autres critiques
Babelio

Extrait
« Mais maintenant, il lui fallait marquer encore plus fort les esprits. Il ne devait plus se satisfaire de choisir uniquement les endroits de ses crimes et d’y tuer la première proie repérée. Le jeu devenait trop facile. Prendre une victime au hasard devenait indigne de lui. Sa notoriété lui requérait de faire toujours mieux. Il rêvait de voir et d’entendre les médias dire à son propos qu’il commettait des crimes comme aucun autre tueur en série ne l’avait encore jamais fait avant lui. Il devait devenir comme un peintre »

A propos de l’auteur
Jean-Marie Stoerkel est né à Ingersheim, dans le Haut-Rhin. Il a effectué une carrière de journaliste à L’Alsace à Mulhouse, où il était chargé de la rubrique faits divers et justice. Il est l’auteur de onze précédents livres – documents, récits et romans policiers – souvent inspirés de ses enquêtes. (Source : Éditions du Bastberg)

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