Laisse tomber les filles

de_CORTANZE_Laisse_tomber_les_filles

En deux mots:
François, Antoine et Lorenzo sont amoureux de la belle Michèle. Nous sommes en 1963 et la France est en ébullition. Gérard de Cortanze nous propose de suivre le parcours de ces personnages depuis les yéyés jusqu’aux attentats de 2015.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Johnny, France et les autres

Après l’onde de choc provoquée par les décès de Johnny Halliday et France Gall, ce roman permet de revivre l’âge d’or des ces idoles de la chanson.

Quand Gérard de Cortanze s’est mis à l’écriture de ce roman, il ne se doutait sans doute pas combien l’actualité des derniers jours viendrait lui donner une dimension toute particulière. Quelques semaines après le décès et l’hommage national à Johnny Hallyday et quelques jours avant les obsèques de France Gall dont la chanson donne son titre au livre, Laisse tomber les filles vient nous offrir l’occasion de retrouver cette génération qui a émergé dans les années soixante avec Salut les copains. Avide de changement, elle est montée sur les barricades en mai 1968 avant de voir ses rêves s’envoler et, bien des années plus tard, se retrouvera à battre le pavé parisien après les attentats qui ont ensanglanté le pays.
Une chronique portée par quatre personnages, trois garçons et une fille dont nous allons suivre le parcours au fil des années. Lorenzo, Antoine, François et Michèle se retrouvent pour l’événement que l’on peut considérer comme l’acte de naissance des yéyés, ce concert de 1963 à la Nation. Venus de leur banlieue, le fils d’un cadre, celui d’un ouvrier et celui d’un commerçant vont s’enflammer pour cette nouvelle musique autant que pour les beaux yeux de leur amie. Commence alors un combat de coqs pour cette bourgeoise bien plus libre – et égoïste – qu’eux! Le plus cérébral du groupe, Lorenzo, se veut le grand témoin d’un monde qui bascule. Fou de cinéma et coureur de demi-fond, il va noircir les pages de son grand livre pour témoigner du formidable bouillonemment de la société qui « est en train de changer, de bouger lentement, comme un continent qui dérive. Pour Lorenzo, la musique exprime clairement cette dérive, ce décrochement irréversible. Satisfaction est un appel au plaisir immédiat, au rejet des conventions amoureuses traditionnelles. »
Pour François la liberté est synoyme de paradis artificiels. Mais la drogue va finir par l’enchaîner. Entre les deux, Antoine n’a pas le temps de se poser trop de questions. «Il n’a pas le temps libre que donne l’argent. Il milite. Il travaille. Et il écoute Barbara». Le fils d’ouvrier va toutefois aussi voir son jour de gloire arriver. Mais Michèle n’est pas exclusive et, alors que cette page de l’histoire de la France contemporaine s’emballe, l’amour libre n’exclut pas les jalousies et les rivalités.
Racontée d’une plume alerte et sensible, cette histoire d’amour à quatre est surtout l’occasion d’une superbe fresque sociale, de l’utopie soixante-huitarde aux trente glorieuses, puis aux désenchantements des années de crise et d’instabilité jusqu’au grand rassemblement de janvier 2015 à la Place de la République.
Ce roman est en quelque sorte la suite des Zazous (qui sort en livre de poche début février) et qui – sur une trame semblable – nous proposait une grande fresque de la France sous l’Occupation. J’ai beaucoup aimé ce «portrait étincelant d’une jeunesse parisienne qui résiste à la barbarie», pour reprendre les mots de Thierry Voisin dans Télérama.
Autre trouvaille très sympathique des éditeurs et de l’auteur: une bande-son qui comprend quelque 98 titres vient compléter ce roman. Intitulée «Yé Yé», elle nous offre près de quatre heures de musique, allant de Johnny Hallyday à Sylvie Vartan en passant par Françoise Hardy et Claude François, sans oublier ceux qui n’ont pas connu la même notoriété tels Les Cousins, Les Dangers ou encore Les Pingouins. Seule faute de goût : l’absence de France Gall au générique de cette compilation. Mais ce panorama rappelera à la génération des années 60-70 les artistes qui ont baigné leur enfance et permettra au plus jeunes de découvrir ces années pleines d’énergie et de liberté.

France Gall interprète Laisse tomber les filles

Laisse tomber les filles
Gérard de Cortanze
Éditions Albin Michel
Roman
440 p., 22,50 €
EAN : 9782226402141
Paru le 3 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris et banlieue.

Quand?
L’action se déroule de 1963 à 2015.

Ce qu’en dit l’éditeur
Le 22 juin 1963 à Paris, quatre adolescents assistent, place de la Nation, au concert donné à l’occasion du premier anniversaire de Salut les copains. Trois garçons : François, rocker au coeur tendre, tenté par les substances hallucinogènes ; Antoine, fils d’ouvrier qui ne jure que par Jean Ferrat ; Lorenzo, l’intellectuel, fou de cinéma et champion de 800 mètres.
Une fille : Michèle, dont tous trois sont amoureux, fée clochette merveilleuse, pourvoyeuse de rêve et féministe en herbe.
Commencé au coeur des Trente Glorieuses et se clôturant sur la «marche républicaine» du 11 janvier 2015, ce livre pétri d’humanité, virevoltant, joyeux, raconte, au son des guitares et sur des pas de twist, l’histoire de ces baby-boomers devenus soixante-huitards, fougueux, idéalistes, refusant de se résigner au monde tel qu’il est, et convaincus qu’ils pouvaient le rendre meilleur.

Les critiques
Babelio
Radio fidélité Mayenne
Blog de Tilly

Les premières pages du livre
« Les enfants du siècle sont tous un peu fous, vilaines filles, mauvais garçons
Lorenzo est dans l’autobus 138. Il est monté à l’arrêt Moulin-de-Cage. À Gennevilliers. À l’angle du boulevard Camélinat et de l’avenue Gabriel-Péri. Dans douze arrêts, il descendra Porte-de-Clichy. Terminus de la ligne d’autobus 138. Voyageur en costume Regent Street prince-de-galles et chemise de couleur à col blanc, il est debout car, à cette heure – 18 heures environ –, sur cette ligne, il y a beaucoup de passagers, et qui parlent entre eux, évoquant les sujets du moment. L’affaire John Profumo, du nom du ministre britannique de la Guerre, qui aurait livré sur l’oreiller de la call-girl Christine Keeler des secrets d’État. L’ouverture de l’hypermarché Carrefour à Sainte-Geneviève-des-Bois. L’envoi dans l’espace de la première femme cosmonaute, la Russe Valentina Terechkova. Et, bien évidemment, l’élection, dix-huit jours après la mort de Jean XXIII, de Giovanni Battista Montini, l’archevêque de Milan, qui a choisi de monter sur le trône de saint Pierre sous le nom de Paul VI.
Tout au long du trajet, durant lequel il traverse une banlieue ouvrière, où subsistent encore quelques vergers, où pointent vers le ciel de hautes cheminées de briques laissant échapper d’épaisses fumées jaunes, où se dressent les longues barres de béton des HLM, Lorenzo a le temps de penser à la jeunesse qui est la sienne et au monde qui l’entoure. »

Extrait
« La révolution, ce ne sont ni les étudiants, ni les ouvriers, ni les fils de bourgeois, ni les camarades syndiqués qui la font, mais chacun dans sa solitude. Je le sais, cette révolution ne changera rien à la destinée de l’homme, ni à la mienne, ni à la vôtre. Elle n’est qu’un pas de danse, un écart léger, un pas de côté, un frémissement de brise. La fin d’un rêve. »

À propos de l’auteur
Ecrivain, éditeur aux éditions Albin Michel, membre de l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique, Gérard de Cortanze a publié plus de 80 livres, traduits en vingt-cinq langues. Parmi eux, des romans (Les Vice-Rois, prix du roman historique; Cyclone, prix Baie des Anges Ville de Nice; Assam, Prix Renaudot; Banditi; Laura; Indigo, prix Paul Féval; L’An prochain à Grenade, prix Méditerranée; Les amants de Coyoacan…, Zazous, des essais (Jorge Semprun, l’écriture de la vie; Hemingway à Cuba; J.M.G. Le Clézio, le nomade immobile; Pierre Benoit, le romancier paradoxal, prix de l’Académie française), et des récits autobiographiques (Une chambre à Turin, prix Cazes-Lipp; Spaghetti !; Miss Monde; De Gaulle en maillot de bain; Gitane sans filtre…). On lui doit également des livres sur les peintres Zao Wou-ki, Antonio Saura, Richard Texier, et notamment Frida Kahlo, la beauté terrible.
Si l’ensemble de son œuvre, divisée en cycles, a pour thèmes de prédilection ses origines italiennes mêlées – vieille famille aristocratique piémontaise du côté du père, classe ouvrière napolitaine du côté de la mère, une descendante directe de Frère Diable, dit Fra Diavolo – on lui doit aussi plusieurs ouvrages sur l’automobile. Né au sein d’une famille de pilotes de courses il a publié La Légende des 24 heures du Mans, livre pour lequel il a reçu le Prix des écrivains sportifs, ainsi que Les 24 Heures pour les nuls. Il est chroniqueur à Historia et président du Prix Jean Monnet de Littérature européenne. (Source : Éditions Albin Michel)

Site Wikipédia de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags :
#laissetomberlesfilles #gerarddecortanze #editionsalbinmichel #hcdahlem #rl2018 #roman #rentreelitteraire #rentree2018 #rentreehiver2018 #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #johnnyhalliday #lire #lectrices #lecteurs #francegall #MardiConseil

Publicités

L’amour à trois

POIVRE_DARVOR_O_Lamour_a_trois

L’amour à trois
Olivier Poivre d’Arvor
Grasset
Roman
256 p., 18 €
ISBN: 9782246855699
Paru en août 2015.

Où?
Le roman se déroule principalement en Guyane française, Cayenne et à Maripasoula où se rend le narrateur. Il évoque aussi son enfance à Rouen, Andé et à Louviers ainsi et sa vie professionnelle dans les ambassades de Séoul, Rome, Canton, Budapest, puis à Paris et à La Courneuve.

Quand?
L’action se situe de nos jours, avec l’évocation de souvenirs remontant jusqu’à la fin des années 60.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est en Guyane, de Cayenne à Maripasoula – au pays des orpailleurs et des indiens Wayanas – que Léo entreprend de retrouver la trace de son ami d’adolescence, Frédéric.
Il veut lui annoncer la mort du grand amour qu’ils ont partagé, Hélène, qui fut il y a trente ans leur professeur de philosophie et leur initiatrice érotique.
A la surface de sa brumeuse mémoire ressurgit la géographie dangereuse, belle et imprécise du désir de trois jeunes gens dans les années soixante-dix.
Que s’est-il vraiment passé entre eux trois à l’époque ?
En remontant le cours du fleuve Maroni et celui du temps, Léo caresse la nostalgie de cet âge d’or, ce rêve perdu de la jeunesse baigné de refrains musicaux : fragile, blessé, amnésique, il s’obstine à retrouver la trace de l’homme qui pourra, peut-être, résoudre l’énigme de sa propre existence.

Ce que j’en pense
***
Dans «La femme de trente ans» Honoré de Balzac affirme qu’« un premier amour ne se remplace jamais ». Olivier Poivre d’Arvor va en faire une nouvelle démonstration dans son nouvel opus qui tient à la fois du classique roman d’initiation, du récit de voyage et de mémoires incomplètes. Car le narrateur en fait l’aveu dès la première page : il est victime d’amnésie antérograde. Une maladie qui « a cela de bon qu’elle économise bien des tracas. Du jour de l’accident qui l’a provoquée, on ne fabrique plus aucun souvenir. Arrivé a un certain moment de la vie, c’est parfois préférable. »
En prenant l’avion pour la Guyane française, Léo Socrates va pourtant essayer de se souvenir et de comprendre comment il en est arrivé là, tout en étant incapable de faire le lien entre l’enveloppe et la réalité matérielle d’un être. «Comme si le passé était irrévocablement remisé, sans être relié à un quotidien qui semblait s’effacer à mesure qu’il s’écrivait.»
S’il entreprend ce voyage périlleux, c‘est qu’il lui offre sans doute une dernière chance de retrouver son ami Frédéric, perdu de vue depuis de longues années.
Car Léo a choisi une carrière diplomatique durant laquelle il aura beaucoup voyagé avant de terminer sa carrière en tant que responsable des archives diplomatiques sur le site de La Courneuve. C’est à ce titre qu’il est invité par ses collègues ultramarins. Une occasion presque inespérée, même s’il ne sait pas vraiment où s’est installé son ami.
Après les obligations professionnelles, il part dans la forêt amazonienne pour annoncer à Frédéric la mort d’Hélène Sudre, sa prof de philo. Mais surtout son premier amour, leur premier amour. L’annonce de décès parue dans Le Monde «avait tout déclenché, rendu l’atmosphère irrespirable à la maison», même si son épouse Judith avait entendu pour la première parler d’Hélène à ce moment.
Il aurait fallu lui expliquer ce qui s’était passé en juillet 1974, alors que Léo venait d’avoir son bac avec un 19,5/20 en philo. Qu’il le devait en grande partie à sa prof, qu’elle avait accepté de fêter ce succès avec lui et que l’histoire s’était poursuivie dans son lit. L’époque post-soixante-huitarde, l’amour libre et cet air de liberté qui flottait dans l’air.
Hélène couche avec son jeune élève, mais aussi avec un collègue, le fameux Alban Mettel, grand spécialiste de Proust. Elle accepte aussi d’héberger Frédéric avant qu’il ne puisse réaliser son grand rêve et partir à l’autre bout du monde.
On sent presque inéluctable la liaison avec cet autre jeune homme, cet amour à trois. Seulement l’insouciance de ces jours heureux va disparaître quand Hélène annonce qu’elle est enceinte. Mais les jeunes hommes sont-ils prêts à la gravité ? Quel chemin va dès lors prendre leur existence ? Grâce à la construction choisie par Olivier Poivre d’Arvor, on s’engage dans un vrai suspense…
Terminons cette chronique comme nous l’avons commencée, par une citation. Dans «Les caractères» La Bruyère nous rappelle qu’ « on n’aime bien qu’une seule fois, c’est la première ; les amours qui suivent sont moins involontaires. »

Autres critiques
Babelio
Marianne
Paris-Normandie (avec l’évocation des « vrais » souvenirs d’enfance)
La Dépêche (avec interview de l’auteur)
Blog Cultur’elle (Caroline Doudet)
Lady’s Blog

Extrait
« Les mots, quand je me laisse faire, sont comme des miroirs que je pose sur la table, et qu’importe que je les façonne ou qu’ils m’échappent, ils finissent par me renvoyer, sinon une ou des images, à tout le moins des fragments de vérité, des morceaux reflétés dans ce verre épais, sans transparence, sans tain non plus, de cette glace dans laquelle je ne finirai jamais de me regarder. En formulant le mot «contracter», en ayant voulu un instant revenir dessus, pour le remplacer par «nouer», s’agissant des amitiés avec des hommes, un mot qui manifestait pourtant trop en quoi ce nœud était intime et contraignant, je m’aperçois combien le sentiment que j’ai porté à des garçons était fort, depuis ma rencontre avec Frédéric, d’une autre nature certes que celui que j’ai adressé aux femmes de ma vie, mais non moins engageant. »

A propos de l’auteur
Olivier Poivre-D’Arvor, est né à Reims (Marne) le 13 juillet 1958. Titulaire d’un DEA de philosophie, consacré à la « Contemporanéité du temps », il occupe diverses fonctions dans l’édition (conseiller littéraire chez Albin Michel au début des années 1980) et dans la presse (pigiste au Matin de Paris et rédacteur en chef de la revue Tel). Passionné de théâtre, il fonde en 1987 avec Jean-Christophe Barbaud, la compagnie du théâtre du Lion, puis s’engage durant plusieurs années dans diverses missions de diplomatie culturelle. Nommé en 1988 directeur du Centre culturel français d’Alexandrie (Égypte), il est ensuite nommé directeur de l’Institut français de Prague de 1990 à 1994, puis conseiller culturel à l’Ambassade de France à Londres (1994-1998), et devient en 1999, le directeur de l’AFAA (Association française d’action artistique), rebaptisé Cultures France en 2006. Romancier et essayiste, Olivier Poivre d’Arvor est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages publiés principalement aux éditions Gallimard, Grasset et Albin Michel. Membre du conseil d’administration du Théâtre de la Ville à Paris, Olivier Poivre d’Arvor est directeur de France Culture depuis 2010 et commissaire en charge de la programmation culturelle de la Maison de Radio France. (Source : Radio France)

Site Wikipédia de l’auteur

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature