Un si petit monde

BLONDEL_un_si_petit_monde

En deux mots
Les Coudrier, les Goubert, les Lorrain et les Ferrant sont de retour. Ces familles d’un groupe scolaire de l’Est de la France vont traverser la fin du XXe siècle, accompagner les soubresauts de l’Histoire et sentir un besoin d’émancipation pour vivre pleinement leur vie.

Ma note
★★★ (bien aimé)

Ma chronique

Ceux du groupe scolaire sont de retour

Apportant une suite à La grande escapade, Jean-Philippe blondel retrouve ses personnages pour raconter la fin du XXe siècle. Une chronique douce-amère servie par une plume incisive.

Si les décennies se suivent et ne se ressemblent pas, il y a quelques jalons dans nos vies dont on se souvient avec plus d’acuité. Des moments d’Histoire que Jean-Philippe Blondel met en scène autour d’un microcosme, les enseignants d’un groupe scolaire de province, quelque part à l’est de Paris. Nous avions fait leur connaissance au sortir de mai 68 avec ce vent de liberté qui sera rattrapé par la crise pétrolière dans La grande escapade et nous les retrouvons ici autour de cette année 1989 qui a vu s’écrouler le mur de Berlin, les régimes communistes et bien des illusions. Le sida fait des ravages et la Guerre du golfe viendra mettre un terme aux rêves d’un monde désormais globalisé et apaisé. Une succession d’événements qui vont aussi changer les vies de Philippe Goubert, fraîchement rentré d’une escapade en Amérique du sud et qui envisageait d’y retourner au plus vite pour retrouver la femme avec laquelle il voulait faire sa vie. Un rêve de plus qui s’effondre… Mais il se rattrapera plus tard.
Gérard Lorrain aura-t-il plus de chance, lui qui ne voulait pas laisser «passer ses rêves.» Dans cette chronique douce-amère, c’est peut-être du côté des femmes qu’il faut chercher les initiatives concrètes. Du côté de Janick Lorrain qui ne va pas hésiter à changer de vie… avec Michèle Goubert. Dans cet immeuble où chacun épie l’autre, on comprend combien ces transgressions vont faire le sel des conversations. Les enfants basculent dans l’adolescence et leurs parents voient leurs rêves de jeunesse s’envoler. Au fur et à mesure du récit, leurs petits secrets sont révélés, leurs envies ne se cachent plus, leurs petits arrangements avec la morale éclater au grand jour et semer une joyeuse pagaille, laissant même certains des acteurs ébahis par leur propre audace.
Avec les Coudrier, les Goubert, les Lorrain et les Ferrant, Jean-Philippe Blondel a trouvé les acteurs idéaux de la comédie humaine contemporaine. Tour à tour tendre et vache, fin et drôle, ce roman qui sonde les classes moyennes dans une France où le fossé entre Paris et la province semble devoir se creuser au fil des ans. Car derrière ce microcosme, on trouve aussi une subtile analyse de l’évolution sociologique et politique d’un pays qui se cherche lui aussi.
On se réjouit d’ores et déjà du troisième tome qui est annoncé et qui devrait nous faire basculer dans le XXIe siècle. Et de retrouver les Coudrier, les Goubert, les Lorrain et les Ferrant pour une ultime valse !

Un si petit monde
Jean-Philippe Blondel
Éditions Buchet-Chastel
Roman
256 p., 18 €
EAN 9782283034071
Paru le 4/03/2021

Où?
Le roman se déroule en France, dans une région qui ne doit pas être très éloignée de Troyes où vit l’auteur.

Quand?
L’action se déroule autour de 1989.

Ce qu’en dit l’éditeur
1989: la planète entière, fascinée, suit heure après heure la chute du mur de Berlin ; la peur du SIDA se diffuse ; la mondialisation va devenir la norme… Un avenir meilleur serait-il possible ? La guerre du Golfe va très vite confirmer que le nouveau monde ressemble à l ’ancien.
Pendant que les évènements se précipitent, les habitants du groupe scolaire Denis Diderot redéfinissent leur place dans la société. Janick Lorrain et Michèle Goubert découvrent qu’on peut vivre sans hommes. Philippe Goubert, indécis, va être soudain confronté à la révélation d’une vocation. Geneviève Coudrier semble inamovible, mais c’est le secret qu’elle cache jalousement qui va soudain faire bouger les lignes.
Après La Grande Escapade, Un si petit monde joue avec la confusion des sentiments, l’attirance pour la vie et pour la mort, l’amertume et le plaisir… Le lecteur retrouvera dans ces pages tout ce qui fait le charme délicat des romans de Jean-Philippe Blondel.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
France TV infos (Carine Azzopardi)
Ernestmag (David Médioni)
La Grande parade
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog foggy’s delight
Blog Baz Art

Les premières pages du livre
« Retour à la base
Philippe Goubert s’éveille au son du Twist in My Sobriety, de Tanita Tikaram, qui s’échappe du poste de radio dans la cuisine, au rez-de-chaussée. Sous la couette, Philippe frémit. L’automne ne s’est pas fait attendre. Les températures ont chuté à peine septembre commencé. Ce n’est pourtant pas à cause du froid que Philippe frissonne. C’est à la perspective du lendemain. La rentrée des classes. Il ne sait toujours pas s’il a bien fait de passer ce concours de l’Éducation nationale qui l’a bombardé professeur stagiaire d’anglais dans un collège de sa ville natale.
Il a été très surpris des résultats. Il pensait honnêtement avoir raté ses épreuves orales et s’était résigné à rester surveillant une année encore pour retenter le concours. Dépité et désœuvré à la fin des oraux, il était entré dans une agence de voyages et avait demandé le billet le moins cher pour l’Équateur ou pour un pays avoisinant. Il y avait eu une défection sur un charter pour Quito décollant le lendemain. Retour à la toute fin du mois d’août. Philippe avait signé le chèque qui liquidait toutes les économies qu’il avait effectuées dans l’année. Il venait de rendre le studio qu’il louait depuis deux ans. Il se doutait qu’en revenant si tard, il aurait des difficultés à retrouver un logement aussi bon marché, mais il n’en avait cure – ce qu’il souhaitait, c’était partir, quitter la France et les célébrations du bicentenaire de la Révolution. Et puis, surtout, il voulait retrouver Elena. Il était persuadé que leur histoire pouvait renaître de ses cendres.
Philippe avait rencontré Elena l’été précédent, alors qu’il voyageait sac au dos le long de la Cordillère avec ses deux meilleurs amis. Ils avaient grelotté dans la partie péruvienne pendant trois semaines et avaient décidé de passer la frontière pour rejoindre l’Équateur où, disait-on, le temps était plus clément et les plages hospitalières tout au long de l’année. À dix heures du matin, ils descendaient du bus à Cuenca dont ils admirèrent d’emblée l’architecture coloniale, le zocalo, et les ponts enjambant la rivière qui partageait la ville en deux. Ils furent tout aussi impressionnés par le calme qui régnait, comparé aux cités péruviennes qu’ils avaient traversées. Une escale de quelques jours ici leur permettrait sans doute de se remettre de leurs émotions et de recharger leurs accus. Ensuite, ils exploreraient ce pays aux dimensions modestes, puis se rendraient en Colombie où ils se la couleraient douce jusqu’à leur retour prévu quatre semaines plus tard. C’était l’itinéraire envisagé et c’était celui qu’avaient finalement suivi les deux autres, tandis que Philippe prenait racine à Cuenca, après être tombé fou amoureux d’une de ces jeunes filles délurées et métisses qui riaient fort dans les cafés du centre. Elena n’était pas restée insensible au charme du chico francés qui, se disait-elle intérieurement, devait quand même avoir de solides assises financières pour pouvoir ainsi sillonner le monde pendant l’été.
Ils se cherchèrent. Ils se trouvèrent. Elena suivait à l’université locale des études de marketing et de publicité qu’elle terminerait bientôt. Elle était prête à l’accompagner en Europe. Elle déchanta un peu lorsqu’il lui apprit qu’il n’avait pour l’instant pas de métier stable et qu’il vivait dans un tout petit studio. Il promit de passer l’année à préparer son arrivée. Il déménagerait dans un appartement plus grand. Il achèterait une nouvelle voiture. Elle fit la grimace lorsqu’il lui montra des photos de la ville de l’Est où il résidait – le décor semblait bien terne. Il eut alors une idée de génie : il lui expliqua que le mieux, sans doute, serait qu’il revienne ici. Il passerait en France les concours pour devenir directeur de l’Alliance française et demanderait à être muté à Cuenca, qui ne devait pas être la destination la plus prisée. Ils emménageraient ensemble l’été prochain dans la grande bâtisse blanche au jardin luxuriant. Ils se complurent dans le rêve qu’il leur bâtissait. Elle céda. Elle pleura beaucoup à l’aéroport lorsqu’il s’envola, le cœur brisé mais paradoxalement ragaillardi et déterminé, à la fin de la période estivale. Elle cracha par terre en sortant de l’aérogare. Elle connaissait les hommes. Il ne lui écrirait jamais, la tromperait allègrement et oublierait toutes ses promesses. Il était temps de passer à autre chose.
Ignorant tout du revirement de sa conquête, Philippe mit son plan à exécution. Il écrivit scrupuleusement à Elena une lettre par semaine, et fut un peu désappointé de constater qu’elle ne lui répondait guère (« guère » étant ici une litote employée pour atténuer la sécheresse du « pas du tout »). Il avala néanmoins toutes les œuvres du programme et s’entendit déclamer des extraits entiers d’Othello tard le soir dans sa minuscule cuisine. Au printemps, alors que sa belle ne lui avait toujours envoyé aucune missive et était souvent sortie lorsqu’il passait un de ces coups de fil international qui le ruinaient, il se rendit dans une immense salle d’examen pour disserter sur les sujets les plus improbables, et partagea ensuite une cigarette avec ceux qui deviendraient peut-être, sous peu, ses futurs collègues. Une fois les écrits passés, il téléphona à Elena pour lui annoncer son retour probable en Équateur – Alliance ou pas, il viendrait passer à Cuenca les mois d’été. Ce fut elle qui décrocha. Elle lui coupa la parole au bout de quelques secondes et lui annonça qu’elle avait beaucoup réfléchi depuis son départ. Dès début septembre, elle en était arrivée à la conclusion que leur histoire ne marcherait pas et qu’il était temps de briser là. Elle avait cru que, devant son silence épistolaire, il comprendrait le message mais apparemment il fallait lui mettre les points sur les i, ce qu’elle était donc en train de faire. Il était inutile de l’appeler. C’était fini. Basta.
Le choc fut brutal pour Philippe qui alla directement vider son portefeuille dans le bar le plus proche. Il eut envie d’appeler Baptiste Lorrain pour s’épancher, mais il se douta qu’entre la grossesse de sa compagne et son début dans la dentisterie, Baptiste avait d’autres chats à fouetter. Il se rendit également compte à cette occasion qu’il n’avait guère entretenu ses amitiés depuis son retour d’Amérique du Sud et qu’il lui faudrait réparer cet oubli au plus vite, au risque de finir seul et oublié de tous. C’est ce qu’il s’employa à faire tandis que l’année scolaire touchait à sa fin, avec un certain succès d’ailleurs, mais pas suffisamment pour qu’on l’invitât à partager une location balnéaire ou une tente dans un camping surdimensionné. Lorsque Philippe reçut par courrier la confirmation de son admissibilité, il constata avec épouvante qu’il n’avait pas travaillé les thèmes imposés pour les oraux et tâcha de combler cette lacune. En vain, se dit-il, en sortant d’une épreuve particulièrement humiliante qu’il avait débutée en renversant sur les trois membres du jury la cruche d’eau mise à disposition des candidats.
Deux jours après, il débarquait à Cuenca, au beau milieu d’une journée venteuse, déterminé à se battre avec fougue pour qu’Elena retombe dans ses bras. Il prit juste le temps de déposer son sac à dos à l’hôtel Niza avant de se rendre, le cœur battant, à la maison des parents d’Elena. Il n’y trouva que son frère, Pablo, qui lui ouvrit la porte l’air perplexe. Philippe et Pablo avaient passé deux ou trois soirées ensemble l’année précédente et ils s’appréciaient mutuellement. Pablo ne posa aucune question. Il expliqua seulement d’une voix un peu trop douce et avec une élocution un peu trop lente qu’Elena n’habitait plus ici, ni dans ce pays d’ailleurs. Elle s’était envolée pour la Floride deux mois auparavant au bras de celui qui était devenu son mari, à la grande satisfaction de sa mère puisque le dénommé Andreas était le cadet d’une des familles les plus en vue de Cuenca. Il était convenu qu’Elena s’appliquerait à parfaire un anglais déjà très fluide tandis que son bilingue d’époux prendrait sa place parmi l’équipe de direction de Flux Inc. où son père siégeait depuis quelques années. Elle chercherait ensuite un travail à mi-temps dans la mode ou les accessoires de luxe si tel était son désir, en attendant de se consacrer entièrement aux enfants que le couple ne pouvait que concevoir.
Pablo contempla avec commisération la déconfiture de Philippe, dont le visage devint plus blême que blême. Il l’invita à dîner avec des amis dans un nouveau restaurant du centre-ville et lui proposa de le loger gratuitement dans l’appartement de son cousin absent le temps qu’il se remette – à moins qu’il ne veuille repartir vers la France le plus tôt possible.
Philippe resta abasourdi pendant quatre jours pleins. Il se cala dans le canapé bleu et blanc du T3 vide et s’alimenta à peine. Les phrases se succédaient dans son cerveau sans que rien fasse sens. Il en oublia presque qui il était et ce qu’il venait fabriquer là. Le cinquième jour, pourtant, il eut faim. Vraiment faim. Il avala deux petits déjeuners, rangea et nettoya l’antre où il s’était terré, griffonna un mot de remerciement à Pablo en lui promettant de lui rendre la pareille si un jour il venait en France, reprit ses affaires et son itinéraire là où il l’avait arrêté l’année précédente. Il marcha sur le flanc des volcans, visita des marchés typiques, se perdit dans des nuits alcoolisées, descendit sur la côte et s’encanailla à Guayaquil. À un moment donné, il téléphona à André et Michèle et apprit qu’il était finalement admis au concours et qu’il devait prendre son service à la fin du mois d’août, comme tous les stagiaires. Il lui fallait également indiquer des vœux s’il ne voulait pas se retrouver en banlieue parisienne ou au fin fond de la Picardie. Il sentit plusieurs fois l’agacement de sa mère qui finit par lâcher « Mais pourquoi est-ce que c’est toujours aussi compliqué avec toi, à la fin ? Les autres candidats attendent les résultats finaux avant de partir en vacances, non ? Et puis, tu as rendu ton appartement, en plus ! Où vas-tu donc habiter en rentrant, si tu ne reviens pas plus tôt ? »
Chez ses parents.
C’était la seule réponse possible, celle que redoutaient à la fois Michèle, André et Philippe lui-même, et à laquelle ils sont confrontés depuis que ce dernier a foulé de nouveau le sol français, il y a une semaine. Philippe n’est pas encore tout à fait remis du décalage horaire et il s’en sert comme excuse pour éviter le questionnement maternel – Qu’est-ce qui s’est passé, au juste, avec cette jeune latino-américaine, on n’a jamais su en fait ? Est-ce que tu as pris rendez-vous avec les agences immobilières pour des visites ? Est-ce que tu as bien préparé ton sac pour la rentrée, tu as acheté un agenda et un carnet de notes, c’est important, tu sais, le carnet de notes ?
André considère Philippe avec perplexité. Il ne comprend pas ce qu’il fait là, à presque vingt-cinq ans, réfugié chez des géniteurs qui n’attendent que son départ, alors que lui-même, à son âge, volait déjà depuis longtemps de ses propres ailes. André soupire – cela aura donc toujours été difficile avec cet étrange fils qui leur ressemble si peu. Michèle, elle, est ostensiblement agacée. Elle répète qu’elle voudrait se concentrer sur ce qui va être une de ses dernières rentrées. Elle a cinquante-huit ans. Elle pourrait partir à la fin de l’année scolaire, lorsqu’elle aura enfin accompli ses trente-sept années et demie de service effectif, elle qui a embrassé la profession plus tard que ses collègues, mais elle a fait les calculs et elle attend d’avoir cumulé quelques trimestres supplémentaires pour pouvoir vivre plus confortablement, une fois en cessation d’activité. En vérité, Philippe le sait, sa mère s’angoisse. Elle a peur de quitter les enfants, les collègues, cette routine qui a bercé ces dernières décennies. Elle ne s’imagine pas désœuvrée. Elle a besoin de réfléchir à comment elle organisera son temps, mais en même temps elle plante sa tête dans la terre comme les autruches, et refuse d’envisager l’avenir.
Philippe prend un pull dans l’armoire de cette chambre qu’il occupe pour la première fois. Il n’a jamais vécu dans cette maison des années 1930 dont ses parents sont devenus propriétaires quelques années auparavant. Leur déménagement a surpris Philippe, mais Michèle lui a expliqué qu’elle souhaitait prendre les devants. Elle ne pourrait plus bénéficier d’un logement de fonction quand elle ne travaillerait plus et ne voulait pas attendre le dernier moment pour chercher le nid qui abriterait ses vieux jours. Elle avait aussi rappelé qu’André n’avait jamais aimé habiter le groupe scolaire qui, de toute façon, depuis la mort de Lorrain et le départ de Janick et de Baptiste, n’avait plus été le même. Philippe se rappelait que, lorsqu’il était petit, il était question de faire construire un pavillon à côté de la demeure de ses grands-parents maternels, mais ceux-ci ayant passé l’arme à gauche en l’espace de quelques mois, le projet avait été ajourné, puis annulé. Michèle s’était finalement rendu compte que c’était dans ces terres de l’Est qu’elle avait bâti sa vie, et que le Sud-Ouest ne pouvait plus représenter pour elle qu’une sorte de nostalgie permanente.
Philippe plisse les yeux et tente de voir les titres des livres qui s’entassent sur les planches de sa bibliothèque. Il repère deux ou trois Duras, Les Vestiges du jour qu’il a dévoré l’année dernière, les anglaises, Woolf, Mansfield, Austen, du contemporain français et américain, de Modiano à Bret Easton Ellis. Son regard tombe sur deux carnets à couverture noire. Son journal intime. Il a tout empilé en vrac lorsqu’il est revenu s’installer ici – il aurait dû dissimuler ces deux volumes-là. Il aurait surtout dû les jeter depuis très longtemps, mais il n’a jamais pu s’y résoudre. Il se souvient très bien de l’achat du premier carnet, dans cette librairie du centre-ville qui est sur le point de fermer aujourd’hui. C’était peu après le décès du père Lorrain. Quel étrange moment. Il s’était figuré devenir romancier, l’équivalent de tous ces écrivains dans les œuvres desquels il se plongeait jusqu’au cou, au point, parfois, de confondre la réalité et la fiction. Finalement, il n’avait fait que griffonner chaque soir le résumé des non-événements de la journée. Cela avait duré deux ans. Ensuite, la fatigue. Et puis l’envie d’autre chose. De la rencontre. Du désir. Du voyage. De l’ailleurs. Pendant son séjour en Amérique du Sud, il avait bien noirci quelques pages, mais elles n’avaient définitivement aucun intérêt. Il fallait se faire une raison. Il n’avait pas ça dans le sang. Plus tard, peut-être. Oui, plus tard. Quand il aurait réussi à relever la tête et à distinguer un horizon vers lequel cheminer.
Philippe esquisse une grimace devant la glace de la salle de bains avant de prendre son courage à deux mains et de descendre dans cette cuisine où il ne reste rien du petit déjeuner de ses parents – enfin de sa mère, parce que son père est parti très tôt à Paris et ne reviendra pas pendant deux ou trois jours. Michèle est déjà prête à rejoindre sa classe où elle s’affairera jusqu’à l’heure du déjeuner, dûment préparé et placé dans le réfrigérateur la veille. Lorsque Philippe pose sa tasse sur la table et que se forme une auréole, Michèle pince les lèvres, mais ne s’autorise aucune remarque. Pas la peine d’en rajouter. Philippe connaît par cœur la litanie des reproches qu’on peut lui adresser. Il a l’habitude de décevoir ses parents. C’est même le champion du monde du désappointement. Il connaît bien aussi ces vagues d’auto-apitoiement qui le submergent régulièrement. Il en a eu tout son soûl cet été. Normalement, il attend qu’elles recouvrent tout et il se laisse doucement couler. Aujourd’hui, pourtant, non. Une pensée vient d’éclore dans son esprit. Une phrase qui le pousse à sourire alors qu’il descend les escaliers et qu’il se souvient de ses journaux intimes et de ses ambitions passées.
Je suis une page vierge. Les mots chantonnent dans un coin de sa tête. Je suis une page vierge. Aujourd’hui est le premier jour du reste de ta vie. À partir de maintenant, tout est possible.

Une appréciation
Michèle Goubert observe son reflet dans le miroir. Elle n’a aucune tendresse pour ce qu’elle y voit. Le nez trop grand, les rides profondes sur le front, mal dissimulées sous une frange passée de mode, les poches sous les yeux. Il faudrait tout reprendre. Elle a lu dans un magazine, dans la salle d’attente du médecin, que la chirurgie esthétique était en plein essor. Elle a discrètement arraché les pages qui l’intéressaient. Elle s’est renseignée. C’est hors de portée. Du moins ça l’était tant que Philippe dépendait encore de leurs ressources. Avec cette carrière qui s’amorce, il ne devrait plus rien leur réclamer. Enfin.
Les choses auraient été très différentes, se dit-elle en posant le mascara sur ses cils, s’ils avaient eu d’autres enfants. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Des mois. Deux années complètes. Et puis un jour, d’un commun accord, ils avaient abandonné. Philippe resterait fils unique, et ils consacreraient toute leur énergie et tout leur argent à lui paver la route d’un avenir brillantissime. Nul doute qu’il était promis aux hautes sphères du pouvoir. Ils avaient déchanté lorsqu’ils avaient constaté à quel point leur rejeton était maladroit, mais s’étaient rassurés en se répétant ce qu’avait confié le rééducateur, avec un bon sourire : « Vous savez, ce n’est pas si grave, nombre de génies étaient gauchers, et certains d’entre eux étaient terriblement empêtrés dans leurs corps. » André et Michèle – surtout Michèle à vrai dire – modulèrent légèrement la phrase jusqu’à lui permettre d’entrer dans un moule acceptable. De malhabile, Philippe devint différent. Original. Un jeune homme avec un destin.
Alors, au bout du compte, bien sûr, c’était un peu décevant. D’abord, il fallut renoncer aux études scientifiques qui ne correspondaient décidément pas à la tournure d’esprit de ce fils qui ne pourrait pas être le nouvel Einstein. On se rabattit alors sur la filière littéraire, pour laquelle Philippe semblait montrer quelque appétence – surtout pour les langues étrangères, ce qui surprit Michèle et André qui n’avaient, eux, jamais eu d’atomes crochus avec l’anglais ou l’espagnol, et encore moins avec l’allemand, qu’André avait défendu d’apprendre à son fils.
Puisqu’il ne deviendrait pas astrophysicien ou chirurgien, et que la politique ne semblait pas l’intéresser plus que ça, c’était qu’il était né pour être un de ces artistes majeurs qui bouleversent les foules. C’était bien ce qu’avait laissé entendre Charles Florimont, d’ailleurs, lorsqu’il l’avait eu comme élève. Certes, Philippe n’avait probablement pas d’avenir dans les arts plastiques, mais il restait tellement de domaines, l’écriture, la dramaturgie, la réalisation cinématographique, voire la musique, qui sait ? Il se pouvait également qu’il devienne un de ces penseurs qu’on appréciait tant lorsqu’ils passaient chez Bernard Pivot, philosophes à la chemise blanche savamment débraillée, sociologues en veste noire de velours côtelé, essayistes à l’esprit vif et drôle dont on admirait la finesse et le trait.
On l’inscrivit contre son gré dans une classe préparatoire au concours d’Ulm, parce que tout le monde s’accordait à dire que c’était là le passage obligé de ceux qui veulent réellement briller dans les domaines culturels. Son dossier n’avait certes pas été accepté dans ces lycées de la capitale où ce qui comptait avant tout, c’était d’avoir de l’entregent, mais l’établissement où il s’était retrouvé à la rentrée était reconnu et se vantait d’avoir régulièrement des admissibles. André et Michèle ne doutaient pas que Philippe serait le premier admis – celui auquel on fait encore référence des années après. Philippe abandonna au bout d’un trimestre. Il ne se nourrissait presque plus et refusait de se lever pour aller en cours. Il ne reprit des couleurs que lorsqu’il rejoignit les bancs de la faculté.
Au fur et à mesure, Michèle et André abandonnèrent toute ambition pour leur fils, qui n’en manifestait lui-même que peu. L’atmosphère devint pesante. Il fut suggéré à Philippe de subvenir à ses propres besoins, étant donné qu’il ne souhaitait en faire qu’à sa tête et que le but de son existence semblait être de s’envoler aux confins du monde connu et d’y bourlinguer, attifé comme un clochard. À leur grand étonnement, leur fils se prit effectivement en charge et dégota un emploi de surveillant. Il ne sollicita pas leur aide pour vadrouiller en Amérique du Sud. Michèle et André se sentirent libérés d’un poids. Ils avaient accompli leur devoir, au fond, et ce n’était pas leur faute si Philippe n’était pas à la hauteur de leurs espoirs. Ils pouvaient désormais s’en laver les mains et reprendre leurs chemins respectifs. André vivait maintenant la moitié de la semaine à Paris et Michèle était libre de ses mouvements.
Elle avait commencé à profiter de la maison désertée et de son emploi du temps allégé. Aussi le retour, même temporaire, de Philippe au bercail fut-il accueilli avec fraîcheur. Sa rencontre avec Charles Florimont, quelques jours avant la rentrée, se révéla également contrariante – et il y fut question de Philippe, comme par hasard. Elle cherchait un ensemble pour un mariage où elle était invitée. Il venait acheter de la colle à bois et ne comprenait pas pourquoi il éprouvait tant de mal à trouver une place de parking libre. Ils se saluèrent de façon très empruntée. Il se dandina pendant quelques minutes en devisant de la pluie et du beau temps. Ce fut elle qui, comme d’habitude, prit le taureau par les cornes et proposa d’aller prendre un café en terrasse. Elle n’avait plus peur qu’on les remarque, vu qu’il ne s’était presque rien passé, qu’il y avait prescription et que, de toute façon, il n’y avait plus aucune attirance de son côté à elle. Charles babilla sur les vacances qu’il venait de passer, à la redécouverte de la Grèce, avec son épouse. Cette semaine, ajouta-t-il, il était seul car Josée était allée rejoindre leur fille en villégiature en Vendée. Michèle retint un bâillement. Elle se demanda si Charles Florimont était devenu aussi rasoir depuis qu’il était inspecteur ou si c’était déjà le cas avant mais qu’elle ne s’en était pas rendu compte. Cette promotion, Charles l’avait obtenue cinq ans auparavant. Depuis, Michèle et lui ne s’étaient revus que lors de réunions de bassin ou de stages obligatoires.
« Philippe va bien ? »
Ce fut le seul moyen que Charles trouva pour relancer la conversation. Michèle haussa les épaules. Elle expliqua qu’il était sur le point de faire ses premières armes comme enseignant d’anglais. Elle s’agaça lorsque Charles s’exclama : « Professeur ! Mais c’est formidable ! » et qu’il indiqua qu’il aurait adoré que sa propre fille suive ce chemin-là au lieu de se jeter à corps perdu dans le monde de l’entreprise. Michèle ne put s’empêcher d’ajouter que bon, elle attendait quand même mieux de la part de son fils. Pour la première fois en sa présence, Charles s’emporta. Prof, c’était un des derniers emplois qui avait du sens, parce que la transmission, tout de même, c’était ce qu’il y avait de plus important dans l’existence, non ? Elle, Michèle, et lui, Charles, n’étaient-ils pas enseignants tous les deux ? Est-ce que c’était déshonorant ? Est-ce que c’était sans valeur ? Les clients autour d’eux leur jetèrent des coups d’œil inquiets. Michèle écourta l’entrevue et revint chez elle en proie à la plus grande agitation. C’était fini, se jura-t-elle, elle n’adresserait plus la parole à Charles Florimont.
Michèle applique le rouge à lèvres et se recule de quelques centimètres. C’est mieux. Évidemment, le maquillage ne cache pas totalement l’outrage des ans, mais elle est présentable, et les parents d’élèves lui trouveront l’air gai et facétieux. Elle ne cherche plus à séduire. Lorsqu’elle repense à Florimont, elle revoit immédiatement les poils roux qui lui sortent maintenant des oreilles. Une vraie incongruité pour un homme dont le torse, et elle s’en souvient bien, est parfaitement glabre. Comparativement, André s’en sort mieux. Après une alerte cardiaque, il y a quatre ans, il a arrêté de fumer et s’est mis au jogging. Michèle a noté la disparition des bouteilles d’alcool fort qu’il cachait dans le cagibi où il se réfugiait lorsqu’il supervisait les comptes de la section locale du Parti socialiste. »

À propos de l’auteur
BLONDEL_Jean-Philippe_©DRJean-Philippe Blondel © Photo DR

Marié, père de deux enfants, professeur d’anglais, Jean-Philippe Blondel vit près de Troyes, en Champagne-Ardenne, où il est né en 1964. Il publie en littérature générale et en littérature jeunesse depuis 2003. (Source: Éditions Buchet-Chastel)

Page Wikipédia de l’auteur

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

100 chroniques de livre

Challenge NetGalley France 2019

Challenge NetGalley France 2018

Badge Critiques à la Une

NetGalley Challenge 2016

Badge Lecteur professionnel

Tags
#unsipetitmonde #JeanPhilippeBlondel #editionsbuchetchastel #hcdahlem #roman #RentréeLittéraire2021 #litteraturefrancaise #litteraturecontemporaine #NetGalleyFrance #MardiConseil #rentréedhiver #rentreelitteraire #rentree2021 #RL2021 #livre #lecture #books #blog #littérature #bloglitteraire #livre #roman #lecture #jaimelire #lecturedumoment #lire #bouquin #bouquiner #livresaddict #lectrice #lecteurs #lecteurscom #bouquiner #livresque #auteur #jaimelire #lectureaddict #litterature #instalivre #livrestagram #unLivreunePage #writer #reading #bookoftheday #instabook #Bookstagram #Book #Bookobsessed #bookshelf #Booklover #Bookaddict

Leurs enfants après eux

MATHIEU_Leurs_enfants_apres_eux

coup_de_coeur

En deux mots:
De 1992 à 1998 une bande de jeunes tout juste sortis de l’adolescence vont tenter de prendre leur place dans la société. Anthony, Clem, Steph, Hacine et les autres ne veulent pas finir comme leurs parents, ne veulent pas crever dans leur vallée lorraine que l’industrie a désertée.

Ma note:
★★★★★ (coup de cœur, livre indispensable)

Prix Blù Jean-Marc Roberts – 2018
La Feuille d’or de la ville de Nancy, prix des Médias France Bleu-France 3-L’Est Républicain 2018

Ma chronique:

Lorraine, cœur d’acier… rouillé

Après Aux animaux la guerre, Nicolas Mathieu revient avec un magnifique roman qui, à travers les portraits d’une bande de jeunes dans une Lorraine désindustrialisée, raconte la France des années 90. Fort, juste, dramatiquement vrai.

Balzac, Hugo, ou encore… Karine Tuil. Il y a dans le second roman de Nicolas Mathieu la faconde de l’auteur de La Comédie humaine, la dimension sociale et politique de l’auteur des Misérables et l’art de dépeindre une époque de la romancière de L’Insouciance. Autant dire que je place Leurs enfants après eux dans le carré la plus précieux de ma bibliothèque, celui des livres «indispensables» dont j’imagine qu’ils pourraient devenir des classiques.
Le roman s’ouvre au bord d’une plage, durant l’été 1992. Anthony s’y prélasse avec quelques copains, essayant de tuer le temps. Au sortir de l’adolescence, son horizon n’est guère enthousiasmant. Dans une Lorraine qui a beau comporter de nombreuses localités se terminant par «ange», c’est plutôt le diable qui semble avoir pris le contrôle du territoire. Après la fin du charbon, c’est la fin de la sidérurgie. La désindustrialisation a déjà fait des ravages. Le chômage a frappé les enfants du baby-boom et s’est étendu comme un cancer aux stigmates visibles dans tout le paysage. Comment s’imaginer un avenir au milieu de friches industrielles, d’usines désaffectées, de commerces ayant définitivement tiré leur rideau de fer? « Le paradis était perdu pour de bon, la révolution n’aurait pas lieu; il ne restait plus qu’à faire du bruit. » Le bruit des motos pétaradantes ou celui de groupes tels que Nirvana ou Queen vont du reste accompagner le lecteur tout au long du roman. L’YZ que son père garde au fond de son garage va servir à Anthony à rejoindre la fête donnée dans une villa à quelques kilomètres de chez lui. Avec son cousin, il va essayer de trouver dans l’alcool, la drogue et le sexe de quoi agrémenter son spleen. Sauf qu’au petit matin, le bilan est loin d’être grandiose. Outre une altercation avec Hacine qui tentait de s’incruster dans cette fête, et une bonne gueule de bois, il constate que la moto a été volée.
Il retourne chez lui la peur au ventre, car il n’a pas demandé l’autorisation à son père et sait combien ce dernier tenait à cette moto, même s’il ne s’en servait plus guère. Hélène, sa mère, redoute tout autant la réaction de son mari et décide de se rendre chez le père de Hacine pour récupérer l’YZ, sans succès. Car cette dernière est en train de brûler au milieu de curieux ébahis.
Si l’on peut parler ici d’acte fondateur, c’est parce que cet événement cristallise toutes les rancœurs, toutes les peurs, tous les drames à venir.
Hacine se fait proprement défoncer par son père, l’immigré forcément accusé de tous les maux. Patrick s’en prend à sa femme Hélène et à Anthony, provoquant l’éclatement de la famille. La vengeance va entraîner la déchéance…
Nicolas Mathieu a découpé son roman en quatre périodes, quatre étés de 1992 à 1998 qui nous permettent, outre le passage de l’adolescence à l’âge adulte d’Anthony, de Hacine, de Clem, de Steph et des autres, de suivre l’actualité politique et l’actualité sportive. De la montée du front national à la Coupe du monde de football, l’auteur montre comment ces événements accompagnent le quotidien et marquent les esprits jusqu’à bousculer quelques existences. Car les drames et les réussites servent aussi de révélateur. À l’aune de cette époque floue et instable, entre la chute du mur de Berlin et celle des Twin Towers, la seule issue raisonnable semble devoir être la fuite.
Disons encore quelques mots du style de Nicolas Mathieu. Il a parfaitement su retrouver le ton, les expressions et le ressenti de ses personnages – il est de la même génération – avec cette dose de violence et de fatalisme qui leur colle à la peau et qui vont faire voler en éclats leurs rêves. Retrouvant l’ambiance de son roman noir, Aux animaux la guerre, Nicolas Mathieu nous livre un constat aussi lucide que douloureux. Et qui résonne d’autant plus fort en moi, car je fais partie de ces Lorrains qui ont choisi de s’exiler sous des cieux plus cléments.

Leurs enfants après eux
Nicolas Mathieu
Éditions Actes Sud
Roman
432 p., 21,80 €
EAN : 9782330108717
Paru le 23 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement dans le Grand-Est, dans des villes de Lorraine que l’auteur recompose, entre Metz et le Luxembourg. On y évoque aussi des voyages en voiture jusqu’à Tétouan au Maroc avec des étapes à Orléans, Poitiers, Tours, Gibraltar, Ceuta où via Villeurbanne, Marseille, Tanger.

Quand?
L’action se situe de 1992 à 1998, avec quelques retours en arrière.

Ce qu’en dit l’éditeur
Août 1992. Une vallée perdue quelque part dans l’Est, des hauts-fourneaux qui ne brûlent plus, un lac, un après-midi de canicule. Anthony a quatorze ans, et avec son cousin, pour tuer l’ennui, il décide de voler un canoë et d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté, sur la fameuse plage des culs-nus. Au bout, ce sera pour Anthony le premier amour, le premier été, celui qui décide de toute la suite. Ce sera le drame de la vie qui commence.
Avec ce livre, Nicolas Mathieu écrit le roman d’une vallée, d’une époque, de l’adolescence, le récit politique d’une jeunesse qui doit trouver sa voie dans un monde qui meurt. Quatre étés, quatre moments, de Smells Like Teen Spirit à la Coupe du monde 98, pour raconter des vies à toute vitesse dans cette France de l’entre-deux, des villes moyennes et des zones pavillonnaires, de la cambrousse et des ZAC bétonnées. La France du Picon et de Johnny Hallyday, des fêtes foraines et d’Intervilles, des hommes usés au travail et des amoureuses fanées à vingt ans. Un pays loin des comptoirs de la mondialisation, pris entre la nostalgie et le déclin, la décence et la rage.

« AU DÉPART, ON POURRAIT TENTER CETTE HYPOTHÈSE : un roman, ça s’écrit toujours à la croisée des blessures. Ici, j’en verrais trois, disons les miennes.
D’abord, l’adolescence. J’ai été cet enfant qui finit, qui rêve de sortir avec la plus belle fille du bahut, et veut sa part du gâteau. Et puis la plus belle fille ne veut rien savoir, le monde reste insaisissable, le temps passe et c’est encore le pire. Il y aura des étés, des flirts, les poils qui poussent, la voix qui mue. Ce sera le plus beau de la vie, et le plus cruel aussi. Dans une histoire, j’essaierai de mettre des mots là-dessus, la cicatrice à partir de quoi tout commence.
L’autre plaie, ce serait celle du social et des distances. Quand j’étais petit, on m’a raconté un mensonge, que le monde s’offrait à moi tel quel, équitable, transparent, quand on veut on peut. Mais un jour, peut-être grâce aux livres, le voile s’est déchiré et j’ai commencé à comprendre. Cette leçon des écarts, des legs et des signes distinctifs, cette vérité des places et des hiérarchies, ce sera mon carburant.
Enfin, il y a ce départ. Je suis né dans un monde que j’ai voulu fuir à tout prix. Le monde des fêtes foraines et du Picon, de Johnny Hallyday et des pavillons, le monde des gagne-petit, des hommes crevés au turbin et des amoureuses fanées à vingt-cinq ans. Ce monde, je n’en serai plus jamais vraiment, j’ai réussi mon coup. Et pourtant, je ne peux parler que de lui. Alors j’ai écrit ce roman, parce que je suis cet orphelin volontaire. » N. M.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Télérama (Michel Abescat)
Culturebox (Anne Brigaudeau)
Blog Encore du Noir 
Blog Quatre sans quatre (Accompagné de la playlist du livre)
Blog Les livres de Joëlle 
Blog Mes p’tits lus 
Blog Blablablamia


Nicolas Mathieu parle de son roman Leurs enfants après eux © Production Actes Sud

Les premières pages du livre
« Debout sur la berge, Anthony regardait droit devant lui.
À l’aplomb du soleil, les eaux du lac avaient des lourdeurs de pétrole. Par instants, ce velours se froissait au passage d’une carpe ou d’un brochet. Le garçon renifla. L’air était chargé de cette même odeur de vase, de terre plombée de chaleur. Dans son dos déjà large, juillet avait semé des taches de rousseur. Il ne portait rien à part un vieux short de foot et une paire de fausses Ray-Ban. Il faisait une chaleur à crever, mais ça n’expliquait pas tout.
Anthony venait d’avoir quatorze ans. Au goûter, il s’enfilait toute une baguette avec des Vache qui Rit. La nuit, il lui arrivait parfois d’écrire des chansons, ses écouteurs sur les oreilles. Ses parents étaient des cons. À la rentrée, ce serait la troisième.
Le cousin, lui, ne s’en faisait pas. Étendu sur sa serviette, la belle achetée au marché de Calvi, l’année où ils étaient partis en colo, il somnolait à demi. Même allongé, il faisait grand. Tout le monde lui donnait facile vingt-deux ou vingt-trois ans. Le cousin jouait d’ailleurs de cette présomption pour aller dans des endroits où il n’aurait pas dû se trouver. Des bars, des boîtes, des filles.
Anthony tira une clope du paquet glissé dans son short et demanda son avis au cousin, si des fois lui aussi ne trouvait pas qu’on s’emmerdait comme pas permis.
Le cousin ne broncha pas. Sous sa peau, on pouvait suivre le dessin précis des muscles. Par instants, une mouche venait se poser au pli que faisait son aisselle. Sa peau frémissait alors comme celle d’un cheval incommodé par un taon. Anthony aurait bien voulu être comme ça, fin, le buste compartimenté. Chaque soir, il faisait des pompes et des abdos dans sa piaule. Mais ce n’était pas son genre. Il demeurait carré, massif, un steak. Une fois, au bahut, un pion l’avait emmerdé pour une histoire de ballon de foot crevé. Anthony lui avait donné rendez-vous à la sortie. Le pion n’était jamais venu. En plus, les Ray-Ban du cousin étaient des vraies.
Anthony alluma une clope et soupira. Le cousin avait bien ce qu’il voulait. Anthony le tannait depuis des jours pour aller faire un tour du côté de la plage des culs-nus, qu’on avait d’ailleurs baptisée ainsi par excès d’optimisme, parce qu’on n’y voyait guère que des filles topless, et encore. Quoi qu’il en soit, Anthony était complètement obnubilé.
– Allez, on y va.
– Non, grogna le cousin.
– Allez. S’te plaît.
– Pas maintenant. T’as qu’à te baigner.
¬– T’as raison…
Anthony se mit à fixer la flotte de son drôle de regard penché. Une sorte de paresse tenait sa paupière droite mi-close, faussant son visage, lui donnant un air continuellement maussade. Un de ces trucs qui n’allaient pas. Comme cette chaleur où il se trouvait pris, et ce corps étriqué, mal fichu, cette pointure 43 et tous ces boutons qui lui poussaient sur la figure. Se baigner… Il en avait de bonnes, le cousin. Anthony cracha entre ses dents.
Un an plus tôt, le fils Colin s’était noyé. Un 14 juillet, c’était facile de se rappeler. Cette nuit-là, les gens du coin étaient venus en nombre sur les bords du lac et dans les bois pour assister au feu d’artifice. On avait fait des feux de camp, des barbecues. Comme toujours, une bagarre avait éclaté un peu après minuit. Les permissionnaires de la caserne s’en étaient pris aux Arabes de la ZUP, et puis les grosses têtes de Hennicourt s’en étaient mêlées. Finalement, des habitués du camping, plutôt des jeunes, mais aussi quelques pères de famille, des Belges avec une panse et des coups de soleil, s’y étaient mis à leur tour. Le lendemain. on avait retrouvé des papiers gras, du sang sur des bouts de bois, des bouteilles cassées et même un Optimist du club nautique c0incé dans un arbre; c’était pas banal. En revanche, on n’avait pas retrouvé le fils Colin.
Pourtant, ce dernier avait bien passé la soirée au bord du lac. On en était sûr parce qu’il était venu avec ses potes, qui avaient tous témoigné par la suite. Des mômes sans rien de particulier, qui s’appelaient Arnaud, Alexandre ou Sébastien, tout juste bacheliers et même pas le permis. Ils étaient venus là pour assister à la baston traditionnelle, sans intention d’en découdre personnellement. Sauf qu’à un moment, ils avaient été pris dans la mêlée. La suite baignait dans le flou. Plusieurs témoins avaient bien aperçu un garçon qui semblait blessé. On parlait d’un t-shirt plein de sang, et aussi d’une plaie à la gorge, comme une bouche ouverte sur des profondeurs liquides et noires. Dans la confusion, personne n’avait pris sur soi de lui porter secours. Au matin, le lit du fils Colin était vide.
Les jours suivants, le préfet avait organisé une battue dans les bois environnants. tandis que des plongeurs draguaient le lac. Pendant des heures, les badauds avaient observé les allées et venues du Zodiac orange. Les plongeurs basculaient en arrière dans un plouf lointain et puis il fallait attendre, dans un silence de mort.
On disait que la mère Colin était à l’hôpital, sous tranquillisants. On disait aussi qu’elle s’était pendue. Ou qu’on l’avait vue errer dans la rue en chemise de nuit. Le père Colin travaillait à la police municipale. Comme il était chasseur et que tout le monde pensait naturellement que les Arabes avaient fait le coup, on espérait plus ou moins un règlement de compte. Le père, c’était ce type trapu qui restait dans le bateau des pompiers, son crâne dégarni sous un soleil de plomb. Depuis la rive, les gens l’observaient, son immobilité, ce calme insupportable et son crâne qui mûrissait lentement. Pour tout le monde, cette patience avait quelque chose de révoltant. On aurait voulu qu’il fasse quelque chose, qu’il bouge au moins, mette une casquette.
Ce qui avait beaucoup perturbé la population par la suite, ç’avait été ce portrait publié dans le journal. Sur la photo, le fils Colin avait une bonne tête sans grâce, pâle, qui allait bien à une victime, pour tout dire. Ses cheveux frisaient sur les côtés, les yeux étaient marron et il portait un t-shirt rouge. L’article disait qu’il avait décroché son bac avec une mention très bien. Quand on connaissait sa famille, c’était tout de même une prouesse.
Comme quoi, avait fait le père d’Anthony.
Finalement, le corps était resté introuvable et le père Colin avait repris le chemin du boulot sans faire de vagues. Sa femme ne s’était pas pendue ni rien. Elle s’était contenté de prendre des cachets.
En tout cas, Anthony n’avait aucune envie d’aller nager là-dedans. Son mégot émit un petit sifflement en touchant la surface du lac. Il leva les yeux vers le ciel et, ébloui, fronça les sourcils. Ses paupières, l’espace d’un instant, s’équilibrèrent. Le soleil pointait haut, il devait être 15 heures. La clope lui avait laissé un goût désagréable sur la langue. Décidément, le temps ne passait pas. En même temps, la rentrée arrivait à toute vitesse.
– Putain…
– Le cousin se redressa.
– Tu saoules.
– On s’emmerde, sérieux. Tous les jours à rien foutre.
– Bon allez…
Le cousin passa sa serviette sur ses épaules, enfourcha son VTT, il partait.
– Allez, magne-toi. On y va.
– Où ça?
– Magne-toi je te dis.
Anthony fourra sa serviette dans son vieux sac à dos Chevignon, récupéra sa montre dans une basket et se rhabilla en vitesse. Il venait à peine de redresser son BMX que le cousin disparaissait sur le chemin qui faisait le tour du lac.
– Attends-moi, putain!
Depuis l’enfance, Anthony lui collait aux basques. Quand elles étaient plus jeunes, leurs mères aussi avaient été cul et chemise. Les filles Mougel, comme on disait. Longtemps, elles avaient écumé les bals du canton avant de se caser parce que le grand amour. Hélène, la mère d’Anthony, avait choisi un fils Casati. Irène était plus mal tombée encore. Quoi qu’il en soit, les filles Mougel, leurs mecs, les cousins, la belle-famille, c’était le même monde. Il suffisait pour s’en rendre compte de voir le fonctionnement, dans les mariages, aux enterrements, à Noël. »

Extraits
« Dans chaque ville que portait ce monde désindustrialisé et univoque, dans chaque bled déchu, des mômes sans rêves écoutaient maintenant ce groupe de Seattle qui s’appelait Nirvana. Ils se laissaient pousser les cheveux et ils tâchaient de transformer leur vague à l’âme en colère, leur déprime en décibels. Le paradis était perdu pour de bon, la révolution n’aurait pas lieu; il ne restait plus qu’à faire du bruit. Anthony suivait le rythme avec sa tête. Ils étaient trente comme lui. Il y eut un frisson vers la fin et puis ce fut tout. Chacun pouvait rentrer chez soi. »

« Quand elle avait dix-sept ans, c’était déjà la même histoire. Avec sa frangine, elles aimaient bien danser. Elles se tapaient des mecs, séchaient les cours. Elles s’achetaient des soutifs pointus. Elles écoutaient Âge tendre à la radio. Dans le quartier déjà, on disait les salopes, parce qu’elles refusaient la règle du compte-gouttes, celle qui fixe les étapes, la bonne mesure. Hélène avait le plus beau cul d’Heillange. C’est un pouvoir qui vous échoit par hasard et ne se refuse pas. Les garçons ont alors des yeux de veau, ils deviennent sots, prodigues, vous pouvez les choisir, les échelonner, aller de l’un à l’autre. Vous régnez sur leurs désirs imbéciles et dans cette France de la DS et de Sylvie Vartan, où les filles étaient cantonnées aux fiches cuisine et aux rôles de midinette, c’était presque déjà la révolution.
Le plus beau cul d’Heillange. »

À propos de l’auteur
Nicolas Mathieu est né à Épinal en 1978. Après des études d’histoire et de cinéma, il s’installe à Paris où il exerce toutes sortes d’activités instructives et presque toujours mal payées. En 2014, il publie chez Actes Sud Aux animaux la guerre, adapté pour la télévision par Alain Tasma. Aujourd’hui, il vit à Nancy et partage son temps entre l’écriture et le salariat. (Source : Éditions Actes Sud)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#leursenfantsapreseux #nicolasmathieu #editionsactessud
#hcdahlem #roman #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #lire #livresaddict #lectrices #lecteurs #lecteurscom #bouquiner #livresque #explolecteur
#rentreelitteraire #rentree2018 #RL2018 #secondroman #MRL2018 #livrestagram #instalivres #bookstagram #LundiLecture

Ne mets pas de glace sur un cœur vide

besson_ne_mets_pas_de_glace

Ne mets pas de glace sur un cœur vide
Patrick Besson
Éditions Plon
Roman
175 p., 18 €
EAN : 9782259219266
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en banlieue parisienne, à Malakoff, Vanves, Châtillon, Montrouge ainsi que Saint-Maur-des-Fossés et Passy. Un séjour à Cannes, un autre à Dakar et au village de vacances du Cap Skirring et un dernier à Linaria sur l’île de Skyros en Grèce sont également évoqués.

Quand?
L’action se situe de 1989 à 1993.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans la banlieue parisienne de Malakoff, Vincent Lagarde séduit les femmes les plus belles malgré son cœur malade et son physique ingrat. Lorsqu’il épouse la sublime Karima, tout le monde cherche la faille…
Malakoff, juillet 1989 : au Café du Carrefour, boulevard Gabriel-Péri, Vincent et Philippe commentent avec ironie le défilé extravagant qui a eu lieu sur les Champs Elysées pour fêter le deux centième anniversaire de la Révolution Française. Vincent, malade du cœur qui attend une greffe, et Philippe, professeur de lettres passionné de vélo et de sexe, sont des voisins qui deviendront des amis, puis des rivaux et enfin des ennemis. À cause d’une belle et brillante veuve algérienne, ils vivront l’aventure la plus singulière et la plus troublante de leur existence.
Au travers de cette tragi-comédie à suspens dont le déroulement surprendra les lecteurs, Patrick Besson (Lettre à un ami perdu, Dara, Les Braban, Mais le fleuve tuera l’homme blanc, Come baby) fait revivre la France de la fin du siècle dernier, continent presque déjà disparu.

Ce que j’en pense
***
Une fois n’est pas coutume, commençons par le – très joli – titre. Cette phrase a été prononcée par Tchekhov avant de mourir. Alors qu’on essayait de le soulager en posant de la glace sur sa poitrine, il eut cette formule : «On ne met pas de glace sur un cœur vide». Le narrateur, ancien professeur à la retraite, se souvient l’avoir lue dans La Vie de Tchekhov d’Irène Némirovsky (Albin Michel, 1946).
Comme tout bon titre, ce dernier est polysémique. Il s’applique à Vincent Lagarde qui est atteint d’une malformation cardiaque et attend une greffe pour ce «cœur vide», mais également à son absence d’amour, car si son passe-temps favori consiste à séduire les plus jolies filles, son cœur reste vide.
Son voisin Philippe – le narrateur – ne comprend pas comment il parvient à ses fins, mais profite largement de la situation. Professeur de lettres à la retraite depuis peu, ce spécialiste de Corneille va occuper son temps dans une ville de banlieue dont «Les rues vides ondulaient en douceur sous le ciel lourd d’ennui» en couchant avec les compagnes successives de Vincent. Ce qui, somme toute, est plus facile que d’écrire un livre : « Dans les librairies où j’erre depuis quarante ans à la recherche de mon premier roman non paru car pas commencé, je trouve, y compris dans les œuvres de fiction, des recettes pour aimer et être aimé, aider et être aidé, comprendre et être compris. »
Le roman commence en 1989 avec Vanessa qui est infirmière et découvre avec Philippe la sensualité d’un voyage sur son cadre de vélo. Car l’ami du cardiaque est un sportif athée : «Il m’arrive de prier le ciel, mais uniquement quand il s’agit de femmes. Ou de vélo. Seigneur, aide-moi à gravir cette côte.»
Une qualité non négligeable, car elle va permettre à Vanessa de constater qu’elle peut faire l’amour «sans y aller mollo». Ce qui va assez vite lui ouvrir d’autres perspectives, notamment dans l’hôpital où elle travaille et où elle entrevoit un avenir plus radieux.
Son départ ne laissera toutefois pas un immense vide, car très vite Sonia viendra réchauffer la place vacante. Après avoir fait l’expérience d’un mari par trop volage, cette belle coiffeuse antillaise va chercher le calme et la fidélité auprès de Vincent qui ne peut « vivre seul pour une raison à la fois médicale et métaphysique : n’étant personne, s’il ne vivait pas avec quelqu’un, il ne vivait pas et donc mourait. »
Sonia est aussi tout à fait au goût de son copain de bistrot. Après avoir refait le monde et commenté l’actualité souvent la plus futile, le deux centième anniversaire de la Révolution française, la querelle entre Inès de la Fressange et Lagerfeld, les débuts très bruyants de Monica Seles sur un court de tennis, il profite des absences du voisin du dessous pour accueillir la sublime trentenaire. Sans chercher à savoir si ce dernier est au courant de son petit manège. Après tout, il aurait pu se douter qu’«un célibataire sportif pas pédé, c’est un danger pour tous les couples, surtout s’il est connu pour coucher avec les femmes mariées.» Avant et après les galipettes avec Sonia, Philippe va assister à la visite de Mandela à Paris et regarder le 724e et dernier numéro d’Apostrophes.
Si ce roman tourne autour des femmes et de la relation entre Vincent et Philippe, il est d’abord et avant tout le reflet d’une époque. Avec un sens inné de la formule, Patrick Besson nous replonge dans cette époque où internet et le téléphone portable n’existaient pas. Du coup, on se rend compte combien cette époque – que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître – est à des années-lumière d’aujourd’hui. Une époque où l’on apprenait à jouer du piano debout, juste avant que Michel Berger ne meure, une époque où «beaucoup de professeurs étaient barbus. Maintenant, c’est tout le monde.»
Une époque aussi où les femmes ne portaient plis comme prénom Catherine ou Brigitte, mais se terminaient en « A ». Vanessa, Sonia, Aminata et la splendide Karima qui va débouler dans la vie de Vincent et Philippe. C’est à cette agent immobilier que l’auteur va offrir de dénouer le drame qui sourd. En dévoilant son secret, qu’un lecteur attentif n’aura guère de peine à deviner, elle viendra clore ce joli récit aussi nostalgique que riche d’aphorismes, aussi drôle que poétique.
Dépêchez-vous de le lire, car «c’est toujours difficile de causer avec quelqu’un qui n’a pas lu les mêmes livres que vous : on doit s’adapter à son langage car il ne pourra jamais s’exprimer dans le vôtre.»

Autres critiques
Babelio 
Le Figaro (Mohammed Aissaoui)
Le Point (Christian Giudicelli)
Blog L’écran à la page 
Courrier Picard (Philipe Lacoche)
Salon littéraire (Annick Geille)

Extrait
« Le lendemain de sa rencontre avec Karima – c’était un samedi –, Vincent attendit onze heures du matin pour rappeler au domicile de l’inconnue de Pablo-Neruda. Répondeur. On a oublié ces grosses machines que les jolies filles laissaient branchées en permanence. C’est avec elles qu’elles ont commencé à torturer les hommes un peu mieux qu’avant. Vincent ne laissa pas de message, certain que pour un motif mystérieux, la femme s’était moquée de lui. » (p. 00-00)

A propos de l’auteur
Patrick Besson, depuis plus de quatre décennies, construit une œuvre diverse et multiforme, parmi laquelle il faut citer Dara (grand prix du roman de l’Académie française en 1985) et Les Braban (Prix Renaudot en 1995). Il poursuit par ailleurs une carrière de journaliste et de polémiste engagé, à la verve parfois meurtrière mais toujours pleine d’humour et de tendresse humaine. (Source : Éditions Stock & Plon)

Site Wikipédia de l’auteur

Commandez le livre en ligne (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#RL2016 #nemetspasdeglacesuruncoeurvide #editionsplon #rentreelitteraire #patrickbesson #roman