Nostra Requiem

ROUBAUDI_nostra-requiem

 RL2020

En deux mots:
Une tempête provoque la mort d’un poulain mort et embourbe des chevaux. L’éleveur envoie son fils Brubeck prévenir son acheteur, l’intendant militaire. Mais ce dernier ne revient pas. Aussi charge-t-il son aîné de le retrouver. L’enquête s’annonce difficile.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

L’éleveur et ses deux fils

Ludovic Roubaudi nous offre avec Nostra Requiem un conte dans lequel la folie des hommes va entraîner l’éclatement d’une famille. Quand à la tempête succède la guerre et la colère.

«Nous élevions des chevaux, une centaine répartie en six troupeaux, que nous vendions au fort de Bardaoul, à trois jours de marche de chez nous.» C’est ainsi qu’Anton, le narrateur, résume sa vie auprès de son père et de son frère. Leur seule distraction étant les histoires que son père sait si bien leur raconter, entretenant aussi de cette manière la mémoire de leur mère disparue. Au fil des pages, quelques indices nous laissent imaginer que nous sommes quelque part en Europe centrale au début du siècle dernier.
Le drame va se jouer un soir de tempête. Alors que tous trois travaillent à assainir un plan d’eau, le temps devient exécrable et va entraîner la mort d’un poulain et l’embourbement des chevaux. Même en unissant leurs efforts, ils ne pourront tous les sauver. Il faut prévenir l’intendant militaire Peck qu’ils ne pourront honorer leur livraison. Brubeck, le plus jeune fils, est chargé de cette mission. Mais après une semaine, il n’est toujours pas de retour. Le père confie alors à Anton, son aîné, le soin de retrouver son frère.
Mais sa bonne volonté et sa candeur devront très vite s’incliner face au piège qui lui est tendu. Lorsqu’on l’invite, il pense que c’est pour l’aider : «Bois, gamin. Bois à la santé de la mère Tapedur, et à celle de ton frère. Je ne voulais pas le froisser, aussi ai-je bu. Ce n’était pas très bon, cela piquait fort. Je dus faire une grimace, car il éclata d’un rire énorme. Décidément tous les hommes rigolaient fort dans cette ville, et je ne comprenais toujours pas pourquoi. J’avais à peine fini mon verre que l’adjudant Illy m’en servit un autre.» Très vite ivre, on le fait signer son enrôlement.
Et voilà comment le bruit et la fureur entrent dans cette famille et la font exploser. «Nous ne savions rien des haines éternelles et des victimes expiatoires, nous flottions avec les autres dans cette colère lancée sur la ville. Et la vague s’est abattue sur le quartier de nos existences.»
Ludovic Roubaudi, un peu comme Jean-Claude Grumberg avec La plus précieuse des marchandises, choisit le conte pour nous dire la folie des hommes. Pour dire la haine face à la beauté, la duplicité face à l’innocence, la cruauté face à l’amour. Mais il parvient toutefois, et ce n’est pas là le moindre de ses tours de force, à conserver cette lueur d’espoir qui fait que le pire n’est jamais sûr.
Au sein de ces troupes qui ne savent pas vraiment pour quoi elle se battent, Anton veut encore croire à la fraternité, veut encore espérer en un monde meilleur. Même réduit à de la chair à canon, il nous dit qu’un autre monde existe.
Face à l’antisémitisme, aux discours belliqueux, aux cris de haine, les belles histoires de son père, puis les siennes, ont aussi le pouvoir d’ouvrir les esprits. Et s’il avait la clé pour sortir du «labyrinthe du fou»?
Merci à Ludovic Roubaudi de nous offrir ce conte profond servi par une plume délicate.

Nostra requiem
Ludovic Roubaudi
Éditions Serge Safran
Roman
192 p., 17,90 €
EAN 9791097594435
Paru le 7/02/2020

Où?
Le roman se déroule quelque part en Europe, vraisemblablement du côté des Balkans.

Quand?
L’action se situe au début du siècle dernier, alors que la Grande Guerre menace.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un éleveur de chevaux aime raconter des histoires à ses deux fils.
Un jour, une tempête les force à abandonner leurs travaux autour d’un étang. Un poulain y perd la vie, plusieurs de leurs chevaux sont embourbés.
Brubeck, le cadet, est chargé de se rendre auprès de l’intendant militaire Peck, leur plus grand acheteur. Au bout de huit jours, inquiet de ne pas voir revenir son jeune frère, Anton part à sa recherche, fait de mauvaises rencontres, se retrouve ivre dans une maison close.
Et le voilà enrôlé dans l’armée, à la veille d’une guerre dont il ignore tout. Grâce à son talent de conteur, hérité de son père, et à l’amitié de Spinoz, il tient le coup et apaise le cœur des soldats. Jusqu’à ce qu’il raconte l’histoire du «labyrinthe du fou»!
L’auteur de Candide ne désavouerait certes pas cet envoûtant conte métaphysique contemporain.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Blog Encres vagabondes (Dominique Baillon-Lalande )
ZAZY 


Conversation confinée avec Ludovic Roubaudi pour Nostra Requiem © Production Natacha Sels

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Le père était un homme limpide. Paisible. Il n’imposait jamais ses émotions, sauf lorsqu’il racontait des histoires, et il nous en racontait beaucoup. Chaque soir.
Il y avait celle du dentiste pour éléphants, celle du fou qui conseillait un général, celle du mur sur la rivière, celle du pirate qui cherchait l’espoir, celle du mangeur de pierre.
Alors on voyait son visage s’animer des peurs, des joies, des larmes et des espoirs qu’il racontait, mais on comprenait en le regardant qu’il les jouait.
Une seule d’entre elles faisait naître en lui une émotion incontrôlée : celle de sa rencontre avec notre mère.
Malgré le temps passé, il gardait, entre la chair et l’os, le sentiment d’avoir été vendu.
Il la racontait seulement en hiver car elle était longue et uniquement si nous la lui demandions. Il s’asseyait près du feu et commençait toujours par les mêmes mots.
« Nous étions une famille de paysans. Mon père cultivait des betteraves et du chou. Ma mère s’occupait de trois poules, de notre vache et d’un petit potager qu’elle défendait âprement contre le gel et la sécheresse. Nous mangions peu et si je n’ai pas souvenir d’avoir connu la satiété, je n’ai jamais eu le ventre vide. Jusqu’au jour où la rouille s’est abattue sur nos champs de betteraves. On a vu les feuilles se tacher de petits points rouge-orangé, se dessécher, puis flétrir et mourir. Une semaine plus tard, nous avons dû brûler la moitié de notre champ de choux, attaqué à son tour par ce que mon père appelait la hernie. C’était comme si un géant invisible serrait son poing immense sur les feuilles. Elles se contractaient comme le visage d’une vieille femme sous le soleil, parcheminées et froissées elles mouraient, puis le poing sautait sur un autre chou. Mon père ne disait rien : il arrachait et brûlait. Ma mère ne disait rien : elle nous regardait et pleurait. J’étais le plus petit des cinq enfants. Celui qui travaillait le moins. J’avais dix ans. Un matin, mon père (votre grand-père) me prit par la main et me conduisit à la ville à deux jours de marche. Un peintre de piano qui cherchait un garçon à tout faire était prêt à me prendre pour rien. J’ai pleuré tout le long du chemin. J’avais compris au moment même où nous avions franchi la porte de notre ferme que je partais à jamais.
Aujourd’hui, je regrette mes larmes. Elles ont dû faire souffrir mon père, et il ne le méritait pas… J’appris bien plus tard que pas un de mes frères et sœurs n’avait survécu à la famine.
M. Panchewiack, mon nouveau maître, était un brave homme. S’il oubliait parfois, par distraction, de se nourrir, et par là même de me nourrir à mon tour, il n’oubliait jamais de m’apprendre tout ce qu’il savait. Cet homme était un puits de science. C’est avec lui que j’ai découvert le fonctionnement du monde.
Il était de petite taille, sec, les mains constellées de traces de peinture, les cheveux courts et gris, la barbe longue et blanche et le nez perpétuellement pris d’un rhume chronique qui l’obligeait à une consommation excessive de mouchoirs.
Mon père venait de disparaître au coin de la rue lorsque M. Panchewiack m’adressa la parole pour la première fois.
– Sais-tu compter, petit bonhomme ?
– Non.
– Alors si je te demandais de me donner trois clous, tu ne saurais pas le faire ?
– Je ne sais pas, maître.
– Sais-tu écrire au moins ?
– Non.
– Je suppose que tu ne sais pas lire non plus ?
– Non.
Il se lissa la barbe.
– Au fait, sais-tu jouer du piano ?
Je ne savais pas ce qu’était un piano, aussi je ne répondis rien.
– Réponds à ma question. Sais-tu jouer du piano ?
– Peut-être.
Il se redressa pour tenter de comprendre ma réponse. Puis, après avoir réfléchi quelques secondes, il se pencha à nouveau vers moi.
– As-tu déjà entendu de la musique ?
– Non, maître.
– Eh bien, cela n’a aucune importance. Ici, on ne joue pas, on travaille.
L’atelier de M. Panchewiack se trouvait au rez-de-chaussée d’une maison de bois de trois étages. Il était éclairé en façade par une large fenêtre à petits carreaux poussiéreux qui estompait la lumière et nous évitait les reflets sur la peinture. À l’arrière, une porte à double battant ouvrait sur une cour où nous entreposions nos ceintures de piano.
Au fond de l’atelier, il y avait le grand four de briques réfractaires avec, à sa gauche, une petite colline de charbon. Le jour de mon arrivée, malgré le froid, il ne fonctionnait pas.
Au-dessus de nous, dans de petits gourbis que des femmes bruyantes et débordées briquaient du soir au matin tout en gourmandant leur nombreuse progéniture, vivaient trois familles. Le linge pendait aux fenêtres de la cour et l’habillait certains jours de pétales multicolores pareil à un bouquet abandonné par le vent.
Les hommes, eux, travaillaient comme maçon, menuisier, vannier, chaudronnier, dans les échoppes qui occupaient les rez-de-chaussée de toutes les maisons de la rue… On l’entendait, cette venelle, bruisser du chant des outils et des jurons des – Oui, non, oui, non… tu ne sais rien dire d’autre ?
Je haussais les épaules.
Il me regarda avec un léger sourire et me passa la main dans les cheveux.
– Tu es un bon petit, Anton. Tu verras, je serai un bon maître et tu auras bientôt entre les mains un véritable métier et dans la tête un grand savoir. Mais pour ça, il va te falloir apprendre à poser des questions. Sais-tu poser des questions ?
– Oui, maître.
– Alors, pose-moi une question. Mais attention : je veux une bonne question.
Les enfants ont une conscience instinctive du sérieux et je compris au plus profond de moi que mon avenir avec M. Panchewiack dépendait de la qualité de ma question.
J’ai pris mon temps avant de lui demander :
– Comment fait-on du noir ?
Il m’a regardé avec intérêt avant de se redresser, ne lâchant pas mon regard du sien, puis s’est pris la tête à deux mains.
– Le noir ? Bien sûr, Anton ! Mais lequel ?
À la suite de cette conversation qui dut se produire trois semaines après mon arrivée, j’ai véritablement commencé à travailler avec M. Panchewiack. J’avais jusque-là été cantonné au balayage de l’atelier, à la corvée de bois, à le regarder choisir avec soin ses brosses, ouvrir ses grands pots de métal dans lequel se trouvait la peinture noire et admirer les passes croisées qu’il appliquait sur les ceintures posées devant lui.
Mes débuts furent néanmoins très éloignés de la peinture.
– Tu dois d’abord apprendre à préparer le support.
Je découvris alors l’interminable ponçage du bois. Dans le sens du fil, avec une bourre de coton et de la poudre d’émeri, pendant des heures, brosser du bras et de la main la pièce de bois.
– Tu dois étaler l’ensemble de ton poids sur toute la longueur de la pièce, Anton. Sans à-coup. Glisse lentement, fermement, doucement. Le bois doit être lisse comme la joue d’une jolie fille.
– Je ne connais pas de fille, maître.
– Sers-toi de ton imagination.
J’ai poncé avec plus de rêve et d’amour que n’importe quel artisan du monde et M. Panchewiack m’en félicita.
– Sais-tu pourquoi le noir de la nuit est si profond ?
– Non, maître.
– Parce que Dieu a peint l’obscurité sur la douceur de la nuit.
Je ne comprenais pas toujours les phrases de M. Panchewiack alors je souriais bêtement.
Il soupirait, attrapait une nouvelle planche et me la tendait.
– Au boulot, petit.
J’ai travaillé des semaines durant sur de vieilles planches, usant mes bras, mes forces et ma patience à gommer jusqu’aux imperfections les plus invisibles du bois. M. Panchewiack passait sa tête au-dessus de mon épaule, observait mon travail et pointait du doigt un endroit précis.
– Passe la paume de ta main là. Sens-tu quelque chose ?
Sous ma peau lisse, je sentais quelques grains accrocher.
Alors je reprenais ma bourre de coton, ma poudre d’émeri, et ponçais à nouveau.
Lorsque, enfin, fier et heureux, je lui apportais mon travail en quête de son approbation, il soupirait avec une sorte de résignation négative, puis me tendait une nouvelle planche.
– Recommence.
Le soir, je me couchais épuisé, les bras et les épaules endoloris, les cheveux cotonneux de la poussière blonde du bois, les yeux irrités et le cerveau bouillonnant de colère. Pourquoi me fallait-il toujours recommencer la même tâche, le même mouvement ? Qu’avaient donc mes planches pour ne pas être telles que le maître les voulait ?
C’est la douceur d’une caresse sur le bois tendre et lisse qui me le fit comprendre.
J’avais travaillé plusieurs heures sur une énième planche lorsque, laissant glisser ma paume tout le long du fil parfait du bois, je fus envahi par un immense sentiment de bonheur. Il n’y avait plus ni travail, ni résultat devant moi, simplement la satisfaction d’avoir donné à l’abrupte matière toute la douceur de mon cœur. Je restais ainsi, debout, le regard plongé dans le blond et le miel mêlés du bois, heureux et apaisé, passant et repassant doucement ma main sur cette surface pleine et infinie, sans dire un mot. »

Extraits
« Il y avait un autre éclat de beauté devant lequel je passais de longs moments : la vitrine de la pâtisserie de la place Blanche. Je regardais l’or et le caramel, les nuages fouettés de la crème, le sucre et la pâte légère unis en un paysage de bonheur. L’eau m’en venait à la bouche.
Jamais je n’avais osé imaginer que de telles prouesses d’élégance puissent être le mobilier du palais humain. Comment la gourmandise pouvait-elle être aussi majestueusement inventive?
J’utilisais les quelques pièces glissées dans ma poche par la générosité de M. Panchewiack pour m’offrir des choux gorgés de crème, des babas ruisselants de rhum, des meringues craquantes sous la première bouchée puis suaves et langoureuses comme une chevelure blonde sur une épaule dénudée. »
– Soyez gourmands, mes fils, disait alors notre père en interrompant son récit pour se servir un verre de vin, et vous découvrirez peut-être l’amour. »

« Que pouvions-nous faire, frêles et innocents enfants amoureux, si ce n’est suivre la course de la foule qui dévalait les rues de la ville en cascade furieuse vers les bas quartiers où nous habitions. Mort aux juifs, mort aux juifs! À ces cris, toutes les fenêtres s’ouvrirent grandes pour porter loin et fort l’appel au meurtre. Et de toutes les portes qui claquaient jaillirent les bourreaux honnêtes et droits en quête de jugement et de peine. Une marée hurlante et fauve, bave aux lèvres et poings serrés, roulait en colère vers la vengeance. Nous ne savions rien des haines éternelles et des victimes expiatoires, nous flottions avec les autres dans cette colère lancée sur la ville. Et la vague s’est abattue sur le quartier de nos existences. J’ai vu les vitrines exploser, les portes fracassées et les hommes, les femmes, les enfants et les vieux engloutis par la foule, et le sang de leurs larmes recouvrir jusqu’aux yeux des quelques justes qui, comme nous, tentaient de ne pas mourir noyés de haine. Combien de temps le drame et la fureur ont-ils ravagé les ruelles boueuses et les ateliers? » p. 39

« Nous élevions des chevaux, une centaine répartie en six troupeaux, que nous vendions au fort de Bardaoul, à trois jours de marche de chez nous. » p. 51

L’adjudant Illy me conduisit à une table vide et me fit asseoir sur une chaise à dossier doré et coussin rouge. De la main, il attira l’attention d’une femme blonde et potelée. D’un signe, il lui ordonna de nous servir à boire sans m’avoir au préalable demandé si j’avais soif. C’était un homme qui aimait décider pour les autres. La jeune femme amena un seau en argent avec une bouteille enfouie au milieu de gros morceaux de glace. L’adjudant Illy me servit immédiatement un verre d’une boisson dorée et pétillante. Bois, gamin. Bois à la santé de la mère Tapedur, et à celle de ton frère. le ne voulais pas le froisser, aussi ai-je bu. Ce n’était pas très bon, cela piquait fort. Je dus faire une grimace, car il éclata d’un rire énorme. Décidément tous les hommes rigolaient fort dans cette ville, et je ne comprenais toujours pas pourquoi. J’avais à peine fini mon verre que l’adjudant Illy m’en servit un autre. P. 75

« – Après y avoir bien réfléchi, je crois que j’ai de la chance d’être juif.
– Tu n’es pas Juif.
– Ça, je le sais, mais les autres le croient, c’est la seule chose qui compte. Le roi est roi parce que tout le monde le croit, alors qu’en réalité il est un homme comme toi et moi. C’est le regard qu’on porte sur toi qui fait ce que tu es.
– Et c’est une chance d’être vu comme un Juif? » p.97

À propos de l’auteur
Ludovic Roubaudi, né en 1963 à Paris, directeur d’une agence de création de contenus, est l’auteur de plusieurs romans publiés au Dilettante : Les Baltringues, Le 18, Les chiens écrasés, Le pourboire du Christ… Suite à Camille et Merveille, ou l’amour n’a pas de cœur, paru en 2016 (Folio, 2019), Nostra Requiem est le deuxième roman de Ludovic Roubaudi à paraître chez Serge Safran éditeur. (Source: Éditions Serge Safran)

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Les petits de Décembre

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  RL_automne-2019

 

En deux mots:
Les jeunes qui jouent au foot sur un terrain vague de la Cité du 11 décembre vont découvrir que deux généraux ont l’intention de préempter leur terrain pour y construire leur villa. Après avoir réussi à les déloger une première fois, ils entrent en résistance et organisent le siège de leur lopin de terre.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

«Résiste, prouve que tu existes»

Dans un roman qui s’appuie sur un fait divers réel, Kaouther Adimi nous entraîne derrière quelques enfants qui aimeraient pouvoir continuer à jouer au foot dans leur quartier et en fait une ode à la liberté.

Les Petits de Décembre, ce sont les enfants qui habitent la Cité du 11 décembre 1960 à Dely Brahim, un quartier d’Alger. Leur fait de gloire, on va très vite le comprendre, est d’avoir fait reculer deux généraux qui ambitionnaient de réquisitionner un terrain vague pour y construire leurs villas.
Nous sommes durant une matinée pluvieuse du mercredi 3 février 2016. C’est là que vers 10 heures du matin une grande voiture noire aux vitres teintées s’arrête. En sortent deux hommes protégés d’un parapluie, le général Saïd (petite taille, avec une moustache bien taillée, portant des lunettes à monture carrée et aux verres fumés) et le général Athmane (immense, avec un crâne dégarni et des sourcils broussailleux, mais rasé de très près). Consultant les plans qu’ils ont amenés, ils imaginent leurs villas de luxe érigées là. Sauf que Youcef et ses copains ne l’entendent pas de cette oreille. Ils défendent leur terrain de football, jettent des pierres et parviennent même à s’emparer du revolver du général Saïd. Les militaires, surpris et décontenancés prennent la fuite.
Mais bien entendu, ce n’est que pour revenir plus forts et bien décidés à ne pas se laisser dicter leur conduite par des gamins. Et c’est là que la plume de Kaouther Adimi fait merveille. La romancière transforme le fait divers (réel) en épopée, en ode à la liberté. Ce carré de terre devient le symbole de la résistance contre l’oppression, les prébendes, les privilèges de la caste au pouvoir, l’arbitraire qui régit le quotidien des Algériens.
Inès, Jamyl, Mahdi et les autres mènent l’insurrection, décident d’occuper le terrain et n’entendent pas renoncer à l’un des derniers espaces dont ils peuvent disposer. Les réseaux sociaux jouant leur rôle d’amplificateur, ils vont très vite gagner et notoriété et contrarier les deux hiérarques et leurs «papiers officiels».
Cette nouvelle version de la lutte du pot de terre contre le pot de fer est joyeuse autant qu’éclairante. On y découvre par exemple que face à l’innocence, voire la naïveté des jeunes, il est fort difficile de lutter. Les moyens de pression habituels qui auraient rapidement fait céder les parents sont ici inefficaces. Pourtant plainte est déposée et dans le secret des cabinets ministériels les tractations et réunions s’enchainent. À l’inverse, la première victoire des gamins va cristalliser tous les combats. Contre la dictature, contre l’oppression des femmes, contre la caste des corrompus.
On parle souvent du pouvoir prémonitoire des écrivains. En voici une formidable illustration. Alors que Kaouther Adimi mettait la dernière main à son roman, une vague de protestation enflammait l’Algérie et allait conduire à la démission de Bouteflika. Ajoutons que quelques semaines plus tard l’équipe nationale remportait la Coupe d’Afrique des nations et entrainait à nouveau le peuple dans la rue, avec à nouveau l’idée que la «vraie Algérie» ne se laisserait plus faire.
Joyeux et ironique, ce roman fait souffler un allègre vent de liberté. Irrésistible!

Les petits de Décembre
Kaouther Adimi
Éditions du Seuil
Roman
256 p., 18 €
EAN 9782021430806
Paru le 14/08/2019

Où?
Le roman se déroule à Dely Brahim, une commune de l’ouest d’Alger.

Quand?
L’action se situe en février 2016 et dans les semaines qui suivent.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est un terrain vague, au milieu d’un lotissement de maisons pour l’essentiel réservées à des militaires. Au fil des ans, les enfants du quartier en ont fait leur fief. Ils y jouent au football, la tête pleine de leurs rêves de gloire. Nous sommes en 2016, à Dely Brahim, une petite commune de l’ouest d’Alger, dans la cité dite du 11-Décembre. La vie est harmonieuse, malgré les jours de pluie qui transforment le terrain en surface boueuse, à peine praticable. Mais tout se dérègle quand deux généraux débarquent un matin, plans de construction à la main. Ils veulent venir s’installer là, dans de belles villas déjà dessinées. La parcelle leur appartient. C’est du moins ce que disent des papiers «officiels».
Avec l’innocence de leurs convictions et la certitude de leurs droits, les enfants s’en prennent directement aux deux généraux, qu’ils molestent. Bientôt, une résistance s’organise, menée par Inès, Jamyl et Mahdi.
Au contraire des parents, craintifs et résignés, cette jeunesse s’insurge et refuse de plier. La tension monte, et la machine du régime se grippe.
A travers l’histoire d’un terrain vague, Kaouther Adimi explore la société algérienne d’aujourd’hui, avec ses duperies, sa corruption, ses abus de pouvoir, mais aussi ses espérances.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com 
L’Orient littéraire (Jabbour Douaihy)
El Watan.com 
France Culture (La grande table culture – Olivia Gesbert)
France Info (Laurence Houot)
Libération Maroc 
Diacritik (Jean-Pierre Castellani)
Blog Sur la route de Jostein 
Le blog de Mimi 


Kaouther Adimi présente Les Petits de Décembre © éditions du Seuil

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Alger en février. Ses bourrasques de vent, sa pluie fine, ses températures qui chutent. La ville se noie et noie avec elle ses habitants. On peine à marcher à cause de la boue. On hésite avant de sortir, on n’est jamais assez couvert. Les bus sont gelés, les portes des salles de classe claquent à cause des fenêtres brisées, les draps étendus sur les terrasses sont imbibés l’eau.
Le ciel aux nuages gris et lourds, gorgés de pluie qui bientôt inondera certaines villes du pays. Les arbres aux branches qui craquent, tant et tant qu’ils effraient les passants. Les oiseaux qu’on n’entend plus. Les enfants rentrent trempés de l’école, leurs petites chaussures maculées de boue.
Dans le centre-ville, les voitures circulent difficilement. Des policiers habillés de bleu ont revêtu des cirés transparents. Ils tentent de mettre un peu d’ordre dans la circulation. Servent-ils réellement à quelque chose? Sont-ils plus utiles qu’un vulgaire feu tricolore? La réponse est sans appel et cent pour cent des Algériens considèrent qu’ils sont bien plus souvent à l’origine de l’atroce circulation qui règne dans la ville blanche que de sa régulation. Les policiers eux-mêmes le savent, ce qui les rend facilement agressifs. Être muté à la circulation est perçu comme une punition, voire une humiliation. Tout petit chef à la moindre contrariété peut imposer à son subalterne d’aller passer plusieurs semaines posté à un rond-point en plein hiver ou sous un soleil de plomb au cœur de l’été.
Un immense bouchon s’est formé à côté du ravin de la femme sauvage. Les automobilistes enragent. Des insultes fusent. On avance millimètre par millimètre. Sur les sièges arrière, les enfants tentent d’apercevoir à travers les vitres embuées cette fameuse femme sauvage qui les fascine. Il paraît qu’au XIXe siècle, elle vivait dans le coin, avec ses deux enfants qu’elle élevait seule depuis le décès de son mari. Un jour où il faisait particulièrement beau, la petite famille alla pique-niquer dans les bois jouxtant Oued Kniss. Les enfants adoraient s’y balader. Ils savaient qu’ils n’avaient pas le droit de s’approcher du ravin très dangereux mais c’étaient des enfants peu obéissants qui aimaient courir et se chamailler. La mère, épuisée, fit une petite sieste sous un arbre. À son réveil, plus d’enfants!
Les voisins, les amis, les gendarmes fouillèrent les environs. À la nuit tombée, on suspendit les recherches. La mère refusa de rentrer chez elle, continua de hurler les prénoms de ses chers petits. Elle devint folle. On ne put jamais la convaincre de quitter la forêt.
On raconte que certains soirs, on peut encore l’apercevoir, aux abords du ravin. Ceux qui l’ont déjà vue jurent qu’elle erre vêtue de haillons dans le quartier du Ruisseau. Il faut bien regarder et ne s’approcher qu’à pas furtifs, car si elle vous aperçoit, ou si elle entend le moindre bruit, elle court se réfugier derrière de touffus buissons.
Les gouttes de pluie qui font la course sur les vitres des voitures brouillent la vue et même en écarquillant les yeux, les enfants n’arrivent pas à distinguer la silhouette de la femme sauvage. Les routes sont un cauchemar. Les klaxons résonnent dans l’indifférence générale. Les voitures circulent difficilement, et les conducteurs, agacés, tendus, fatigués, finissent par rouler sur les trottoirs ou par emprunter les voies de secours.
De temps en temps, un policier utilise son sifflet en faisant de grands gestes avec ses bras, «passez! passez! allez!», ou s’il est mal luné, si la tête du conducteur ou de son passager ne lui revient pas, il fait un seul et bref signe du bras, invitant le malheureux à se garer sur le bas-côté, ce qui crée encore plus d’embouteillages. Débute alors un long marchandage entre le conducteur et le policier qui bien souvent se termine par le retrait du permis de conduire. Si le pauvre diable a un membre de sa famille dans la police, la gendarmerie, l’armée ou qui simplement travaille à la mairie, il peut espérer le récupérer rapidement. Dans le cas contraire, sa vie devient un enfer car il est difficile de se déplacer dans Alger sans voiture.
En ce mois de février 2016, dans tout le pays, on espère qu’il n’y aura pas d’inondations dévastatrices, pas de morts. Que les récoltes ne vont pas finir noyées. La pluie est une bénédiction de Dieu, nul ne l’ignore et tout le monde est d’accord avec cela mais au fil des jours, cette bénédiction se fait de plus en plus longue, lourde et gênante.
Dans certaines régions, la pluie a inondé des villages entiers. Les rues sont jonchées de branches, ferrailles, tôles, déchets. Les bus qui relient habituellement les hameaux isolés aux villes les plus proches sont forcés de stopper leur liaison pour un temps indéterminé, privant les adultes de leur travail et les enfants de leur école. Dans le centre du pays, la télévision a filmé et retransmis des images de voitures emportées par des torrents d’eau et de boue. Les gens se plaignent que l’État n’envoie pas de secours et que si peu de pluie puisse paralyser l’ensemble d’un pays, mais personne n’ose critiquer trop vivement la pluie. Elle est l’œuvre de Dieu.
On a quand même un peu peur. On n’oublie pas qu’en 2001, des inondations ont détruit le quartier de Bab el-Oued, causé près de mille morts et coûté des millions de dinars. Certains corps n’ont jamais été retrouvés et des enfants devenus de jeunes adultes continuent d’espérer que leur mère ou leur père finira par rentrer, même, après autant d’années. »

Extrait
« Comment ça s’est passé? demanderont les jeunes du quartier qui n’étaient pas présents au moment des faits. Youcef, âgé d’une vingtaine d’années, racontera alors dans les moindres détails la matinée du mercredi 3 février 2016.
C’était à nouveau un jour pluvieux, il était environ 10 heures du matin. Une grande voiture noire aux vitres teintées s’est arrêtée devant le terrain vague de la cité du 11-Décembre à Dely Brahim. La pluie tombait depuis l’aube et formait comme un grillage. Le chauffeur descendit rapidement, deux parapluies ouverts à la main, et les tendit aux occupants qui sortirent du véhicule.
Le premier, le général Saïd, était un homme de petite taille, avec une moustache bien taillée, il portait des lunettes à monture carrée et aux verres fumés. Il avait des cheveux raides, noirs, quoique déjà grisonnants par endroits, coiffés en arrière avec une raie sur le côté. Youcef ajoutera qu’il dégageait quelque chose de froid, de difficile à décrire. Il bredouillera :
– Vous savez, comme quand on voit un serpent, pas un gros, pas un boa ou un truc comme ça, mais un tout petit qui vous fixe d’une telle manière que vous êtes paralysé de peur et que vous avez la chair de poule.
Les autres jeunes présents ce matin-là approuvent vivement de la tête.
– Un homme effrayant, ajoutera un jeune.
Le deuxième, le général Athmane, était immense, avec un crâne dégarni et des sourcils broussailleux. Il était rasé de très près.
C’était le premier militaire sans moustache que Youcef voyait. Il affichait un petit sourire narquois et même au milieu de la bagarre, il continuait de sourire. Youcef terminera sa description en ajoutant que les généraux devaient avoir presque soixante-dix ans, qu’ils étaient dans une sacrée forme malgré leur âge et qu’ils portaient tous les deux un costume sombre et un pardessus en laine noire.
Après leur avoir tendu les parapluies, le chauffeur se remit derrière son volant sans plus bouger. Les deux hommes allèrent sur le terrain. Ils marchèrent dessus, sans se presser, comme s’ils faisaient une balade. Au bout de quelques pas, ils s’arrêtèrent et sortirent des plans de leurs poches. » p. 29-30

À propos de l’auteur
Née en 1986 à Alger, Kaouther Adimi vit et travaille à Paris. Son premier roman, L’envers des autres (Actes Sud, 2011) a obtenu le prix de la Vocation ; le suivant, Des pierres dans ma poche (Seuil, 2016), a bénéficié d’un certain succès critique, tout comme Nos richesses. (Source: Éditions du Seuil)

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La plus précieuse des marchandises

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En deux mots:
Il était une fois un pauvre bûcheron et sa femme. Un jour des hommes construisent une voie ferrée dans leur forêt et un jour un paquet est jeté d’un wagon de marchandises. À compter de ce moment – nous sommes en 1943 –, leurs vies vont être bouleversées.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Le cadeau fait au pauvre bûcheron

C’est sous la forme d’un conte que Jean-Claude Grumberg nous rappelle au devoir de mémoire. Quand on train de marchandises lâche une partie de sa cargaison dans une forêt, c’est l’Histoire qui est en marche.

Comment dire l’indicible, comment raconter l’inhumanité, comment expliquer l’inexplicable? On sait qu’au retour des camps, nombre de victimes de la Shoah ont été confrontées à ce problème, préférant fort souvent le silence au témoignage leur faisant revivre le drame dont ils venaient d’être extirpés. Jean-Claude Grumberg a choisi la forme du conte pour nous rappeler au devoir de mémoire. Un conte très réussi, un conte qui devrait figurer au programme de tous les établissements scolaires.
Tout commence comme dans un grand bois où vivent une bûcheronne et son mari. Alors que lui est réquisitionné pour couper le bois, elle essaie de trouver de quoi manger. L’hiver est rude et il n’est pas rare que le faim s’invite à leur table tant son maigres les provisions qu’elle peut trouver. La grande saignée dans la forêt pour faire passer une voie ferrée apporte un peu de distraction, surtout pour la pauvre bûcheronne qui prend pour habitude de regarder passer le train. Son mari lui a expliqué qu’il s’agissait de convoi de marchandises, aussi espère-t-elle qu’un jour peut-être une partie du chargement tombera du convoi.
Pour l’heure, elle ne récolte que des petits bouts de papier sur lesquels on a griffonné un message qu’elle ne peut déchiffrer, ne sachant ni lire, ni écrire. Et puis un beau jour le miracle a lieu. Dans un tissu brodé d’or un petit paquet est jeté vers elle. Cette «marchandise» est un bébé!
Le lecteur aura compris qu’il s’agit d’un geste désespéré de prisonniers partant vers les camps de la mort et qui confient ainsi l’un de leurs enfants à une inconnue pour le sauver d’une issue mortelle plus que probable. Il va suivre en parallèle la famille arrivant dans ce sinistre endroit où les chambres à gaz fonctionnent déjà à plein régime et la famille de bûcherons essayant de sauver le bébé. Avec dans chaque couple ces mêmes questions et ce même sentiment de culpabilité. « Le père des ex-jumeaux souhaitait mourir, mais tout au fond de lui poussait une petite graine insensée, sauvage, résistant à toutes les horreurs vues et subies, une petite graine qui poussait et qui poussait, lui ordonnant de vivre, ou tout au moins de survivre. Survivre. Cette petite graine d’espoir, indestructible, il s’en moquait, la méprisait, la noyait sous des flots d’amertume, et pourtant elle ne cessait de croître, malgré le présent, malgré le passé, malgré le souvenir de l’acte insensé qui lui avait valu que sa chère et tendre ne lui jette plus un regard, ne lui adresse plus une seule parole avant qu’il ne se quittent sur ce quai de gare sans gare à la descente de ce train des horreurs. » Le bûcheron, après avoir résisté aux suppliques de son épouse, va laisser son épouse tenter de sauver cet enfant, de le nourrir, de le cacher aux yeux des occupants. Mais la nasse se referme sur eux avant qu’ils ne parviennent à fuir.
L’épilogue de ce conte aussi terrible que précieux va vous secouer.
Si, comme le rappelle Raphaëlle Leyris dans Le Monde, Jean-Claude Grumberg est «est l’un des auteurs les plus étudiés dans les écoles, pour ses pièces et livres jeunesse», elle nous rappelle aussi «l’arrestation, sous ses yeux, de son père, Zacharie, emmené à Drancy puis déporté par le convoi 49, parti pour Auschwitz le 2 mars 1943». D’où sans doute la force de ce livre d’orphelin et la transcendance qui s’en dégage. Précipitez-vous toutes affaires cessantes chez votre libraire!

La plus précieuse des marchandises
Jean-Claude Grumberg
Éditions du Seuil
Un conte
128 p., 12 €
EAN 9782021414196
Paru le 10/01/2019

Où?
Le roman se déroule vraisemblablement en Allemagne ou Pologne. On y évoque aussi la France et ses camps de rétention.

Quand?
L’action se situe de 1942 aux années d’immédiat après-guerre.

Ce qu’en dit l’éditeur
Il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron.
Non non non non, rassurez-vous, ce n’est pas Le Petit Poucet ! Pas du tout. Moi-même, tout comme vous, je déteste cette histoire ridicule. Où et quand a-t-on vu des parents abandonner leurs enfants faute de pouvoir les nourrir? Allons…
Dans ce grand bois donc, régnaient grande faim et grand froid. Surtout en hiver. En été une chaleur accablante s’abattait sur ce bois et chassait le grand froid. La faim, elle, par contre, était constante, surtout en ces temps où sévissait, autour de ce bois, la guerre mondiale.
La guerre mondiale, oui oui oui oui oui.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
France Inter (Le billet de Charline Vanhoenacker)
Actualitté (Florent D.)


Jean-Claude Grumberg répond aux questions de Léa Salamé © Production France Inter

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron.
Non non non non, rassurez-vous, ce n’est pas Le Petit Poucet ! Pas du tout. Moi-même, tout comme vous, je déteste cette histoire ridicule. Où et quand a-t-on vu des parents abandonner leurs enfants faute de pouvoir les nourrir? Allons…
Dans ce grand bois donc, régnaient grande faim et grand froid. Surtout en hiver. En été une chaleur accablante s’abattait sur ce bois et chassait le grand froid. La faim, elle, par contre, était constante, surtout en ces temps où sévissait, autour de ce bois, la guerre mondiale.
La guerre mondiale, oui oui oui oui oui. Pauvre bûcheron, requis à des travaux d’intérêt public – au seul bénéfice des vainqueurs occupant villes, villages, champs et forêts –, c’était donc pauvre bûcheronne qui, de l’aube au crépuscule, arpentait son bois dans l’espoir souvent déçu de pourvoir aux besoins de son maigre foyer.
Fort heureusement – à quelque chose malheur est bon – pauvre bûcheron et pauvre bûcheronne n’avaient pas, eux, d’enfants à nourrir.
Le pauvre bûcheron remerciait le ciel tous les jours de cette grâce. Pauvre bûcheronne s’en lamentait, elle, en secret.
Elle n’avait pas d’enfant à nourrir certes, mais pas non plus d’enfant à chérir. Elle priait donc le ciel, les dieux, le vent, la pluie, les arbres, le soleil même quand ses
rayons perçaient le feuillage illuminant son sous-bois d’une transparence féerique. Elle suppliait ainsi toutes les puissances du ciel et de la nature de bien vouloir lui accorder enfin la grâce de la venue d’un enfant.
Peu à peu, l’âge venant, elle comprit que les puissances célestes, terrestres et féeriques s’étaient toutes liguées avec son bûcheron de mari pour la priver d’enfant.
Elle pria donc désormais pour que cessent au moins le froid et la faim dont elle souffrait du soir au matin, la nuit comme le jour.
Pauvre bûcheron se levait avant l’aube afin de donner tout son temps et toutes ses forces de travail à la construction de bâtiments militaires d’intérêt général et même caporal.
La pauvre bûcheronne, qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il règne cette chaleur suffocante dont je vous ai déjà parlé, cette pauvre bûcheronne donc, arpentait son bois en tous sens, recueillant chaque brindille, chaque débris de bois mort, ramassé et rangé comme un trésor oublié et retrouvé. Elle relevait aussi les rares pièges que son bûcheron de mari posait le matin en se rendant à son labeur.
La pauvre bûcheronne, vous en conviendrez, jouissait de peu de distractions. Elle marchait, la faim au ventre, remuant dans sa tête ses vœux qu’elle ne savait plus désormais comment formuler. Elle se contentait d’implorer le ciel de manger, ne serait-ce qu’un jour, à sa faim.
Le bois, son bois, sa forêt, s’étendait large, touffu, indifférent au froid, à la faim, et depuis le début de cette guerre mondiale, des hommes requis, avec des machines puissantes, avaient percé son bois dans sa longueur afin de poser dans cette tranchée des rails et depuis peu, hiver comme été, un train, un train unique passait et repassait sur cette voie unique.
Pauvre bûcheronne aimait voir passer ce train, son train. Elle le regardait avec fièvre, s’imaginait voyager elle aussi, s’arrachant à cette faim, à ce froid, à cette solitude.
Peu à peu elle régla sa vie, son emploi du temps sur les passages du train. Ce n’était pas un train d’aspect souriant. De simples wagons de bois avec une sorte d’unique lucarne garnie de barreaux dont était orné chacun de ces wagons. Mais comme pauvre bûcheronne n’avait jamais vu d’autres trains, celui-ci lui convenait parfaitement, surtout depuis que son époux, répondant à ses questions, avait déclaré d’un ton péremptoire qu’il s’agissait d’un train de marchandises.
Ce mot « marchandises » acheva de conquérir le cœur et d’enflammer l’imagination de la pauvre bûcheronne. «Marchandises»! Un train de marchandises…
Elle voyait désormais ce train débordant de victuailles, de vêtements, d’objets, elle se voyait parcourir ce train, se servir et se rassasier. Peu à peu l’exaltation fit place à un espoir. Un jour, un jour peut-être, demain, ou le surlendemain, ou n’importe quand, le train aura enfin pitié de sa faim et au passage lui fera l’aumône d’une de ses précieuses marchandises. »

Extraits
« Dès qu’il découvrit ce wagon de marchandises – wagon à bestiaux vu la paille au sol –, il sut que leur chance était derrière eux. Jusque-là, de Pithiviers à Drancy, ils avaient eu la chance au moins de ne pas être séparés. Ils avaient vu, hélas, tous les autres, les malchanceux, partir les uns après les autres pour on ne sait où, et eux étaient restés ensemble. Ils devaient, pensait-il, cette grâce à la présence de ses jumeaux chéris, Henri et Rose, Hershele et Rouhrele. »

« Le père des ex-jumeaux souhaitait mourir, mais tout au fond de lui poussait une petite graine insensée, sauvage, résistant à toutes les horreurs vues et subies, une petite graine qui poussait et qui poussait, lui ordonnant de vivre, ou tout au moins de survivre. Survivre. Cette petite graine d’espoir, indestructible, il s’en moquait, la méprisait, la noyait sous des flots d’amertume, et pourtant elle ne cessait de croître, malgré le présent, malgré le passé, malgré le souvenir de l’acte insensé qui lui avait valu que sa chère et tendre ne lui jette plus un regard, ne lui adresse plus une seule parole avant qu’il ne se quittent sur ce quai de gare sans gare à la descente de ce train des horreurs. »

À propos de l’auteur
Jean-Claude Grumberg est l’auteur d’une vingtaine de pièces de théâtre, dont Demain une fenêtre sur rue, Rixe, Les Vacances, Amorphe d’ottenburg, Dreyfus, Chez Pierrot, En r’venant d’Expo, L’Atelier, l’Indien sous Babylone, Zone libre, L’Enfant do, Rêver peut-être. Il est aussi l’auteur de Marie des grenouilles, pièce de théâtre pour la jeunesse créée en 2003 par Lisa Wurmser. L’ensemble de son œuvre théâtrale est disponible aux éditions Actes Sud/Papiers qui ont également publié un recueil de ses pièces en un acte aux éditions Babel.
Il a reçu le prix du Syndicat de la critique, le prix de la SACD, et le prix Plaisir du théâtre pour Dreyfus, le prix du Syndicat de la critique, le grand prix de la Ville de Paris et le prix Ibsen et le Molière pour L’Atelier, ainsi que le Molière du meilleur auteur et le prix du théâtre de l’Académie française pour Zone libre et le Grand Prix de la SACD 1999 pour l’ensemble de son œuvre. Rixe, créé en 1968 à Amiens dans une mise en scène de Jean-Pierre Miquel, est présenté en 1971 à la Comédie-Française dans le cadre du cycle Auteurs nouveaux dans une mise en scène de Jean-Paul Roussillon, avant d’être repris en en 1982 au Petit-Odéon. Au même programme figure Les Vacances dans une mise en scène de Jean-Paul Roussillon. Amorphe d’Ottenburg est créé en 1971 au Théâtre National de l’Odéon par les Comédiens-français, dans une mise en scène de Jean-Paul Roussillon et entre au répertoire de la Comédie-française en 2000 dans une mise en scène de Jean-Michel Ribes. Sa dernière pièce L’Enfant do a été créée en 2002 au théâtre Hébertot dans une mise en scène de Jean-Michel Ribes.
Outre l’adaptation de La Nuit tous les chats sont gris (Babel /Actes Sud), qu’il a lui-même adapté pour le théâtre, il a également adapté Le Chat botté de Ludwig Tieck, Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller (Molière de la meilleure adaptation), Les Trois Sœurs d’Anton Tchekhov, et Encore une histoire d’amour de Tom Kempinski (Molière de la meilleure adaptation) et Conversation avec mon père d’Herb Gardner. (Source : Éditions du Seuil)
Site Wikipédia de l’auteur https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Grumberg

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Dankala

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En deux mots:
Dankala, petit pays d’Afrique noire, est secoué par une série de meurtres qui frappent la colonie française. L’enquête menée «à l’africaine» va permettre à l’auteur de brosser un tableau sans concessions des mœurs particulières de ce microcosme d’exilés.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Meurtres mystérieux en Afrique

Pour son premier roman Isabelle Sivan nous entraîne en Afrique où la communauté française est victime de meurtres en série. L’enquête s’annonce délicate.

À 62 ans, Jean Richemont retrouve Dankala où il a commencé sa carrière diplomatique. Après être passé par Madagascar, l’Inde, la Chine, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, il a retrouvé Mme Pernaud, sa secrétaire, pour ce qui sera sans doute son dernier poste de Consul.
Le résumé de sa carrière peut se lire sur les murs de son bureau et sur la pile de dossiers qui garnissent son bureau. D’une part des scènes de la vie dankalaise, «des femmes accroupies dans un marché. La silhouette ciselée d’un berger. Un dromadaire sur fond de pierres noires» pour ce qui est de son environnement et de la vie dans cet État que l’on qualifiera d’ex-colonie française, sans davantage de précisions. Et d’autre part, la routine administrative «la prise en charge des nouveaux expatriés. Les présentations, les courbettes et tous les salamalecs qu’il serait obligé de faire pour les accueillir.»
Si le pays peut faire rêver, le quotidien au sein de ce microcosme d’exilés devient vite étouffant. On ne peut quasiment faire un pas sans croiser le colonel Patte, sa femme ou ses quatre fils, le procureur de la République, Mohamed Ibrahim Moussa et sa femme Nadine ou encore la bele Julie Charpentier, directrice du dispensaire, sans oublier le banquier Leguenec qui vient de débarquer avec son épouse. À part les ragots sur les uns et les autres, les écarts alcoolisés de suns, sexuels des autres, voire les deux visant une seule et même personne, on s’ennuie…
Avec autant de cynisme que d’intérêt, on dira que la découverte d’un jeune militaire français assassiné va mettre un peu de piquant dans cette commnauté. Quand, au bout d’un mois deux nouveaux cadavres s’ajoutent à la liste, l’affaire devient «un événement particulier qui remuerait un peu les pierres et les esprits engourdis par l’ennui de ce petit pays».
Et si la métropole continue à faire la sourde oreille, le consul sent que, comme Romain Gary ou Jean-Philippe Rufin, il y a là matière à littérature. Tandis que l’on se perd en conjectures dans les beaux salons de l’ambassade, il s’attelle à son chef d’œuvre.
Pendant ce temps les autorités locales essaient de trouver une piste, les militaires édictent des consignes de prudence et les morts s’additionnent.
Laurent Radiguet «philosophe et éditorialiste du journal Le Monde» se rend à Dankala. Dès lors, l’affaire prend une autre dimension. À l’indifférence polie devant les cadavres qui s’accumulent («personne ne sait rien, personne ne veut savoir») succède un intérêt très particulier, puisque chacun tente de tirer la couverture à lui et d’attirer la «nuée de sauterelles» qui viennent du monde entier pour analyser ce phénomène et donner à Dankala, sinon ses lettres de noblese, au moins une notoriété nouvelle.
Isabelle Sivan réussit à donner à son roman la moiteur de la ville et la vacuité qui caractérise ces néo-colonialistes. On l’imagine se cachée derrière le personnage d’Achille, un mendiant qui est un le spectateur privilégié de ce psychodrame. Avec ses yeux, on prend la dimension très contrastée qui règne dans ce pays. Ici tout est, au vrai sens du terme, noir ou blanc. Européen ou africain, riche ou pauvre, cultivé ou ignorant, dominant ou dominé. Jusqu’à ce que les certitudes commencent à vaciller, et que la vérité commence à déchirer la nuit pour laisser place à un soleil écrasant. «Les anciens disaient qu’à Dankala, la lumière était la mort, cette impossibilité à vivre dont le spierres noires du désert se chargeaient. Et lorsqu’on la sentait s’abattre sur le front, on ne pouvait que les croire».

Dankala
Isabelle Sivan
Éditions Serge Safran
Roman
268 p., 19,90 €
EAN : 9791097594008
Paru le 11 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
Dankala est un petit pays d’Afrique noire écrasé par le soleil, où les ressortissants français, les expatriés, essaient de tuer le temps chacun à leur façon.
Le meurtre isolé d’un soldat français vient soudain perturber cette société blanche et désœuvrée. Et lorsque d’autres meurtres sauvages viennent s’ajouter, ils perturbent la communauté française de la capitale, les discussions s’enflamment, ragots et rumeurs vont bon train, certains cœurs même s’émoustillent.
Richemont, le consul, dégote de la matière pour le roman dont il rêve, les commerçants profitent du tourisme que l’affaire amène, le colonel Patte avance ses hypothèses sur le tueur, tandis que Marie-Claire Richemont, la femme du consul, se trouve de nouveaux amis pour meubler sa solitude…

Les autres critiques
Babelio

Les premières lignes du livre
« Tu ne retrouveras pas ton chemin. Toute la noirceur de l’Afrique lui renvoyait cette phrase, un vent sale sans image. Renaud Girod n’avait pas sa veste, son téléphone sur lui. Ses espadrilles n’étaient pas faites pour marcher. Il avait trop bu, trop fumé. Dam quel sale plan s’était-il fourré? Ses pieds alourdis par l’alcool raclaient le sol. Sa fatigue et autre chose, irrémédiablement, se transformaient en une ritournelle sans espoir. Tu ne retrouveras pas ton chemin. Les baraques en tôle sous l’estompe de la nuit se courbaient pour l’éviter. Il n’osait pas les approcher. ll voyait bien, assis sur le seuil, que des hommes riaient sur son passage, que les femmes secouaient leurs mains autour de leur visage pour le chasser. Tous lui criaient qu’il n’avait pas à être là. Lui, dans ce quartier de Noirs à l’écart du centre-ville, lui Blanc, loin de ceux qui lui ressemblaient. Tu ne retrouveras pas ton chemin. Alors, en retrait dans l’obscurité, de loin, il scrutait les îlots de lumière. Il espérait reconnaître, les yeux plissés, un lieu, la couleur jaune d’un taxi qui le ramènerait à la caserne.
Depuis combien de temps marchait-il? Les doigts serrés, il se frotta le poignet pour sentir le bracelet de sa montre. L’heure était son seul repère: sa trace entre le moment où il avait quitté la boîte de nuit et celui où il atteindrait les premières lueurs du jour. »

Extraits
« Pour la première fois, elle s’engageait sans voiture sur ce chemin. À l’exception du centre-ville, il n’était pas prudent de se déplacer à pied dans les rues de Dankala. Marie-Claire serra son sac contre sa poitrine. Les derniers meurtres qui avaient eu lieu dans le quartier de Belbali n’étaient pas pour la rassurer. Elle suivait l’affaire de loin. Les histoires de politique ne l’intéressaient pas. Mais tout le monde en parlait hier au cocktail de l’ambassade. »

« Achille ferma les yeux. La chaleur fondit sur sa peau d’ébène. Depuis le matin, il n’avait pas bronché, accroupi, les bras tendus posés sur les genoux. Ses longs doigts noueux et secs comme du bois mort tricotaient l’air blanc. Il avait choisi un endroit, le bord d’un trottoir, où il savait qu’il ne serait pas dérangé par l’ombre. La fin août était le meilleur moment de l’année pour observer les passants. Le moment où de nouveaux expatriés arrivaient de France. Si roses, si pâles qu’on les voyait briller la nuit comme des lucioles. Cette année, ils n’étaient pas nombreux. Comme souvent les années aux chiffres pairs. Achille aimait les années paires. Elles étaient riches en événements à l’inverse des autres. Tout particulièrement, les millésimes multiples de quatre. 1976, l’indépendance du pays ; 1984, le grand tremblement de terre ; 2008, l’attentat au bistrot du Palmier Oublié. »

À propos de l’auteur
Isabelle Sivan, née à Marseille, a passé plusieurs années de son enfance en Afrique. Elle est aujourd’hui avocate en propriété intellectuelle. Elle a signé sous le nom de Lisa Belvent le scénario de la bande dessinée Le Voyage d’Abel (Les Amaranthes, 2014). Dankala est son premier roman. (Source : Éditions Serge Safran)

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Un loup pour l’homme

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Voici cinq bonnes 5 raisons de lire ce livre:
1. Parce qu’il semble bien que la Guerre d’Algérie soit l’un des thèmes majeurs de cette rentrée avec également L’art de perdre d’Alice Zeniter (Flammarion) et Nos richesses de Kaouther Adimi (le Seuil).

2. Parce qu’Un loup pour l’homme aborde la Guerre d’Algérie d’une manière très originale. Comme le raconte la romancière à L’Express «J’ai voulu écrire à la hauteur d’Antoine, raconte l’auteure. Il sait uniquement ce que les militaires veulent bien lui dire (‘Vous êtes là pour le seul maintien de l’ordre’). Puis, petit à petit, il comprend que lui et ses camarades sont manipulés et qu’il s’agit d’un véritable conflit. » Il est là, le sel de ce roman: Brigitte Giraud réussit à se glisser dans la peau de ces jeunes Français, partagés entre leur conscience, la peur des bombes et l’excitation née de cette émancipation accélérée, loin de la France morne et endormie. »

3. Parce que Brigitte Giraud prend son temps pour peaufiner ses livres, publiant tous les deux ans des romans qui valent le détour tels que Une année étrangère en 2009 (Prix du jury Jean Giono), Pas d’inquiétude en 2011, Avoir un corps en 2013 et Nous serons des héros en 2015.

4. Parce qu’il figure dans la sélection du Prix Goncourt 2017 en compagnie d’autres poids lourds de cette rentrée.

5. Pour cette critique élogieuse de Norbert Czarny: « Ce roman entrelace les morts, les unit, montre ce qui les rassemble dans une même horreur, écrite avec toute la distance que peut donner un présent. Brigitte Giraud est une écrivaine des verbes. Il semble que rien ni personne ne s’arrête jamais. Les temps morts, les moments d’ennui, de réclusion dans le silence et l’attente, ne laissent pas en paix. Seule, peut-être, une virée à Oran et une baignade dans cette mer si apaisante semble arrêter le temps. Mais la trêve est brève. »

Un loup pour l’homme
Brigitte Giraud
Éditions Flammarion
Roman
250 p., 19 €
EAN : 9782081389168
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Printemps 1960.
Antoine est appelé pour l’Algérie au moment où Lila, sa toute jeune femme, est enceinte. Il demande à ne pas tenir une arme et se retrouve infirmier à l’hôpital militaire de Sidi-Bel-Abbès. Ce conflit, c’est à travers les récits que lui confient jour après jour les « soldats en pyjama » qu’il en mesure la férocité. Et puis il y a Oscar, amputé d’une jambe et enfermé dans un mutisme têtu, qui l’aimante étrangement. Avec lui, Antoine découvre la véritable raison d’être de sa présence ici : « prendre soin ». Rien ne saura le détourner de ce jeune caporal, qu’il va aider à tout réapprendre et dont il faudra entendre l’aveu. Pas même Lila, venue le rejoindre.
Dans ce roman tout à la fois épique et sensible, Brigitte Giraud raconte la guerre à hauteur d’un « appelé », Antoine, miroir intime d’une génération embarquée dans une histoire qui n’était pas la sienne. Ce faisant, c’est aussi la foi en la fraternité et le désir de sauver les hommes qu’elle met en scène.

Brigitte Giraud sera présente
– Au Livre sur la Place, à Nancy du 8 au 10 septembre
– À la deuxième édition du Forum Fnac Livres se déroulera du 15 au 17 septembre, dans la Halle des Blancs Manteaux à Paris
– Au Festival « Les Correspondances », du 22 au 24 septembre, à Manosque

Les critiques
Babelio
En attendant Nadeau (Norbert Czarny)
Blog Baz’Art 
Blog La page déchirée

Les premières pages du livre
« Mars 1960
Le médecin parcourt la lettre que lui tend Lila et considère les analyses de sang. Il reste distant, inaccessible derrière ses verres épais. Puis il demande pourquoi cette décision. C’est abrupt et tranchant. Lila fait un début de phrase bancal, celui qu’elle
a préparé durant tout le voyage. Le médecin ne voit aucune raison d’interrompre la grossesse. Elle est en parfaite santé, elle est jeune. Il fait celui qui ne veut pas comprendre. Lila répète que son mari est appelé pour l’Algérie. Mais le médecin ne regarde pas Antoine, cela est déconcertant. Il ne s’adresse qu’à la future mère comme si elle était la seule concernée, comme si Antoine n’était qu’un accompagnateur. Il n’est pas dans le tempérament d’Antoine de prendre une parole qui ne lui est pas donnée, alors il demeure silencieux, presque honteux. Il ne vient pas au secours de Lila et on peut parier qu’elle lui en voudra. »

Extrait
« Antoine espère que Sidi-Bel-Abbès n’est pas trop loin de la mer, il en est encore à avoir des désirs de vacancier, il n’a pas vraiment admis qu’il servirait l’armée, et que la mer il ne la verra plus de la même façon. On ne leur a pas dit, ils comprendront d’eux-mêmes, ce n’est pas compliqué d’interpréter les signes. Il aimerait juste envoyer des cartes postales à ses parents. Il ne se rappelle pas leur avoir jamais écrit, excepté pendant l’évacuation de l’année 1944 depuis ses montagnes à vaches. La paysanne chez qui il logeait lisait son courrier, alors il avait inventé une existence fictive, où tout allait bien. À huit ans, il avait déjà une double vie. Alors à vingt-trois, il
peut tout se permettre, il sait cela d’instinct. Antoine a dans la tête le visage de Lila et sa silhouette plantée sur le quai du départ. Il fait des débuts de lettre, il cherche le ton avec lequel il racontera son arrivée. Tout est allé trop vite. Il voudrait inventer une mesure entre l’accablement et l’excitation. Il aimerait trouver les mots pour dire la traversée, mais il aimerait du beau pour Lila, garder le beau ou l’idée qu’il s’en fait. Il ne sait pas encore qu’on peut écrire des lettres avec de la sidération et même de l’effroi. Il n’en est pas encore là. »

À propos de l’auteur
Brigitte Giraud est née à Sidi-Bel-Abbès. Elle est l’auteure de nombreux romans traduits dans une douzaine de langues et largement récompensés, tels que À présent (Stock, 2001, mention spéciale du prix Wepler), L’amour est très surestimé (Stock, 2007, Bourse Goncourt de la nouvelle 2007) et Une année étrangère (Stock, 2009, prix Jean Giono). Un loup pour l’homme, paru en août 2017, est son neuvième roman. (Source : Éditions Flammarion)

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