La plus précieuse des marchandises

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coup_de_coeur

En deux mots:
Il était une fois un pauvre bûcheron et sa femme. Un jour des hommes construisent une voie ferrée dans leur forêt et un jour un paquet est jeté d’un wagon de marchandises. À compter de ce moment – nous sommes en 1943 –, leurs vies vont être bouleversées.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Le cadeau fait au pauvre bûcheron

C’est sous la forme d’un conte que Jean-Claude Grumberg nous rappelle au devoir de mémoire. Quand on train de marchandises lâche une partie de sa cargaison dans une forêt, c’est l’Histoire qui est en marche.

Comment dire l’indicible, comment raconter l’inhumanité, comment expliquer l’inexplicable? On sait qu’au retour des camps, nombre de victimes de la Shoah ont été confrontées à ce problème, préférant fort souvent le silence au témoignage leur faisant revivre le drame dont ils venaient d’être extirpés. Jean-Claude Grumberg a choisi la forme du conte pour nous rappeler au devoir de mémoire. Un conte très réussi, un conte qui devrait figurer au programme de tous les établissements scolaires.
Tout commence comme dans un grand bois où vivent une bûcheronne et son mari. Alors que lui est réquisitionné pour couper le bois, elle essaie de trouver de quoi manger. L’hiver est rude et il n’est pas rare que le faim s’invite à leur table tant son maigres les provisions qu’elle peut trouver. La grande saignée dans la forêt pour faire passer une voie ferrée apporte un peu de distraction, surtout pour la pauvre bûcheronne qui prend pour habitude de regarder passer le train. Son mari lui a expliqué qu’il s’agissait de convoi de marchandises, aussi espère-t-elle qu’un jour peut-être une partie du chargement tombera du convoi.
Pour l’heure, elle ne récolte que des petits bouts de papier sur lesquels on a griffonné un message qu’elle ne peut déchiffrer, ne sachant ni lire, ni écrire. Et puis un beau jour le miracle a lieu. Dans un tissu brodé d’or un petit paquet est jeté vers elle. Cette «marchandise» est un bébé!
Le lecteur aura compris qu’il s’agit d’un geste désespéré de prisonniers partant vers les camps de la mort et qui confient ainsi l’un de leurs enfants à une inconnue pour le sauver d’une issue mortelle plus que probable. Il va suivre en parallèle la famille arrivant dans ce sinistre endroit où les chambres à gaz fonctionnent déjà à plein régime et la famille de bûcherons essayant de sauver le bébé. Avec dans chaque couple ces mêmes questions et ce même sentiment de culpabilité. « Le père des ex-jumeaux souhaitait mourir, mais tout au fond de lui poussait une petite graine insensée, sauvage, résistant à toutes les horreurs vues et subies, une petite graine qui poussait et qui poussait, lui ordonnant de vivre, ou tout au moins de survivre. Survivre. Cette petite graine d’espoir, indestructible, il s’en moquait, la méprisait, la noyait sous des flots d’amertume, et pourtant elle ne cessait de croître, malgré le présent, malgré le passé, malgré le souvenir de l’acte insensé qui lui avait valu que sa chère et tendre ne lui jette plus un regard, ne lui adresse plus une seule parole avant qu’il ne se quittent sur ce quai de gare sans gare à la descente de ce train des horreurs. » Le bûcheron, après avoir résisté aux suppliques de son épouse, va laisser son épouse tenter de sauver cet enfant, de le nourrir, de le cacher aux yeux des occupants. Mais la nasse se referme sur eux avant qu’ils ne parviennent à fuir.
L’épilogue de ce conte aussi terrible que précieux va vous secouer.
Si, comme le rappelle Raphaëlle Leyris dans Le Monde, Jean-Claude Grumberg est «est l’un des auteurs les plus étudiés dans les écoles, pour ses pièces et livres jeunesse», elle nous rappelle aussi «l’arrestation, sous ses yeux, de son père, Zacharie, emmené à Drancy puis déporté par le convoi 49, parti pour Auschwitz le 2 mars 1943». D’où sans doute la force de ce livre d’orphelin et la transcendance qui s’en dégage. Précipitez-vous toutes affaires cessantes chez votre libraire!

La plus précieuse des marchandises
Jean-Claude Grumberg
Éditions du Seuil
Un conte
128 p., 12 €
EAN 9782021414196
Paru le 10/01/2019

Où?
Le roman se déroule vraisemblablement en Allemagne ou Pologne. On y évoque aussi la France et ses camps de rétention.

Quand?
L’action se situe de 1942 aux années d’immédiat après-guerre.

Ce qu’en dit l’éditeur
Il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron.
Non non non non, rassurez-vous, ce n’est pas Le Petit Poucet ! Pas du tout. Moi-même, tout comme vous, je déteste cette histoire ridicule. Où et quand a-t-on vu des parents abandonner leurs enfants faute de pouvoir les nourrir? Allons…
Dans ce grand bois donc, régnaient grande faim et grand froid. Surtout en hiver. En été une chaleur accablante s’abattait sur ce bois et chassait le grand froid. La faim, elle, par contre, était constante, surtout en ces temps où sévissait, autour de ce bois, la guerre mondiale.
La guerre mondiale, oui oui oui oui oui.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
France Inter (Le billet de Charline Vanhoenacker)
Actualitté (Florent D.)


Jean-Claude Grumberg répond aux questions de Léa Salamé © Production France Inter

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron.
Non non non non, rassurez-vous, ce n’est pas Le Petit Poucet ! Pas du tout. Moi-même, tout comme vous, je déteste cette histoire ridicule. Où et quand a-t-on vu des parents abandonner leurs enfants faute de pouvoir les nourrir? Allons…
Dans ce grand bois donc, régnaient grande faim et grand froid. Surtout en hiver. En été une chaleur accablante s’abattait sur ce bois et chassait le grand froid. La faim, elle, par contre, était constante, surtout en ces temps où sévissait, autour de ce bois, la guerre mondiale.
La guerre mondiale, oui oui oui oui oui. Pauvre bûcheron, requis à des travaux d’intérêt public – au seul bénéfice des vainqueurs occupant villes, villages, champs et forêts –, c’était donc pauvre bûcheronne qui, de l’aube au crépuscule, arpentait son bois dans l’espoir souvent déçu de pourvoir aux besoins de son maigre foyer.
Fort heureusement – à quelque chose malheur est bon – pauvre bûcheron et pauvre bûcheronne n’avaient pas, eux, d’enfants à nourrir.
Le pauvre bûcheron remerciait le ciel tous les jours de cette grâce. Pauvre bûcheronne s’en lamentait, elle, en secret.
Elle n’avait pas d’enfant à nourrir certes, mais pas non plus d’enfant à chérir. Elle priait donc le ciel, les dieux, le vent, la pluie, les arbres, le soleil même quand ses
rayons perçaient le feuillage illuminant son sous-bois d’une transparence féerique. Elle suppliait ainsi toutes les puissances du ciel et de la nature de bien vouloir lui accorder enfin la grâce de la venue d’un enfant.
Peu à peu, l’âge venant, elle comprit que les puissances célestes, terrestres et féeriques s’étaient toutes liguées avec son bûcheron de mari pour la priver d’enfant.
Elle pria donc désormais pour que cessent au moins le froid et la faim dont elle souffrait du soir au matin, la nuit comme le jour.
Pauvre bûcheron se levait avant l’aube afin de donner tout son temps et toutes ses forces de travail à la construction de bâtiments militaires d’intérêt général et même caporal.
La pauvre bûcheronne, qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il règne cette chaleur suffocante dont je vous ai déjà parlé, cette pauvre bûcheronne donc, arpentait son bois en tous sens, recueillant chaque brindille, chaque débris de bois mort, ramassé et rangé comme un trésor oublié et retrouvé. Elle relevait aussi les rares pièges que son bûcheron de mari posait le matin en se rendant à son labeur.
La pauvre bûcheronne, vous en conviendrez, jouissait de peu de distractions. Elle marchait, la faim au ventre, remuant dans sa tête ses vœux qu’elle ne savait plus désormais comment formuler. Elle se contentait d’implorer le ciel de manger, ne serait-ce qu’un jour, à sa faim.
Le bois, son bois, sa forêt, s’étendait large, touffu, indifférent au froid, à la faim, et depuis le début de cette guerre mondiale, des hommes requis, avec des machines puissantes, avaient percé son bois dans sa longueur afin de poser dans cette tranchée des rails et depuis peu, hiver comme été, un train, un train unique passait et repassait sur cette voie unique.
Pauvre bûcheronne aimait voir passer ce train, son train. Elle le regardait avec fièvre, s’imaginait voyager elle aussi, s’arrachant à cette faim, à ce froid, à cette solitude.
Peu à peu elle régla sa vie, son emploi du temps sur les passages du train. Ce n’était pas un train d’aspect souriant. De simples wagons de bois avec une sorte d’unique lucarne garnie de barreaux dont était orné chacun de ces wagons. Mais comme pauvre bûcheronne n’avait jamais vu d’autres trains, celui-ci lui convenait parfaitement, surtout depuis que son époux, répondant à ses questions, avait déclaré d’un ton péremptoire qu’il s’agissait d’un train de marchandises.
Ce mot « marchandises » acheva de conquérir le cœur et d’enflammer l’imagination de la pauvre bûcheronne. «Marchandises»! Un train de marchandises…
Elle voyait désormais ce train débordant de victuailles, de vêtements, d’objets, elle se voyait parcourir ce train, se servir et se rassasier. Peu à peu l’exaltation fit place à un espoir. Un jour, un jour peut-être, demain, ou le surlendemain, ou n’importe quand, le train aura enfin pitié de sa faim et au passage lui fera l’aumône d’une de ses précieuses marchandises. »

Extraits
« Dès qu’il découvrit ce wagon de marchandises – wagon à bestiaux vu la paille au sol –, il sut que leur chance était derrière eux. Jusque-là, de Pithiviers à Drancy, ils avaient eu la chance au moins de ne pas être séparés. Ils avaient vu, hélas, tous les autres, les malchanceux, partir les uns après les autres pour on ne sait où, et eux étaient restés ensemble. Ils devaient, pensait-il, cette grâce à la présence de ses jumeaux chéris, Henri et Rose, Hershele et Rouhrele. »

« Le père des ex-jumeaux souhaitait mourir, mais tout au fond de lui poussait une petite graine insensée, sauvage, résistant à toutes les horreurs vues et subies, une petite graine qui poussait et qui poussait, lui ordonnant de vivre, ou tout au moins de survivre. Survivre. Cette petite graine d’espoir, indestructible, il s’en moquait, la méprisait, la noyait sous des flots d’amertume, et pourtant elle ne cessait de croître, malgré le présent, malgré le passé, malgré le souvenir de l’acte insensé qui lui avait valu que sa chère et tendre ne lui jette plus un regard, ne lui adresse plus une seule parole avant qu’il ne se quittent sur ce quai de gare sans gare à la descente de ce train des horreurs. »

À propos de l’auteur
Jean-Claude Grumberg est l’auteur d’une vingtaine de pièces de théâtre, dont Demain une fenêtre sur rue, Rixe, Les Vacances, Amorphe d’ottenburg, Dreyfus, Chez Pierrot, En r’venant d’Expo, L’Atelier, l’Indien sous Babylone, Zone libre, L’Enfant do, Rêver peut-être. Il est aussi l’auteur de Marie des grenouilles, pièce de théâtre pour la jeunesse créée en 2003 par Lisa Wurmser. L’ensemble de son œuvre théâtrale est disponible aux éditions Actes Sud/Papiers qui ont également publié un recueil de ses pièces en un acte aux éditions Babel.
Il a reçu le prix du Syndicat de la critique, le prix de la SACD, et le prix Plaisir du théâtre pour Dreyfus, le prix du Syndicat de la critique, le grand prix de la Ville de Paris et le prix Ibsen et le Molière pour L’Atelier, ainsi que le Molière du meilleur auteur et le prix du théâtre de l’Académie française pour Zone libre et le Grand Prix de la SACD 1999 pour l’ensemble de son œuvre. Rixe, créé en 1968 à Amiens dans une mise en scène de Jean-Pierre Miquel, est présenté en 1971 à la Comédie-Française dans le cadre du cycle Auteurs nouveaux dans une mise en scène de Jean-Paul Roussillon, avant d’être repris en en 1982 au Petit-Odéon. Au même programme figure Les Vacances dans une mise en scène de Jean-Paul Roussillon. Amorphe d’Ottenburg est créé en 1971 au Théâtre National de l’Odéon par les Comédiens-français, dans une mise en scène de Jean-Paul Roussillon et entre au répertoire de la Comédie-française en 2000 dans une mise en scène de Jean-Michel Ribes. Sa dernière pièce L’Enfant do a été créée en 2002 au théâtre Hébertot dans une mise en scène de Jean-Michel Ribes.
Outre l’adaptation de La Nuit tous les chats sont gris (Babel /Actes Sud), qu’il a lui-même adapté pour le théâtre, il a également adapté Le Chat botté de Ludwig Tieck, Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller (Molière de la meilleure adaptation), Les Trois Sœurs d’Anton Tchekhov, et Encore une histoire d’amour de Tom Kempinski (Molière de la meilleure adaptation) et Conversation avec mon père d’Herb Gardner. (Source : Éditions du Seuil)
Site Wikipédia de l’auteur https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Grumberg

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Dankala

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En deux mots:
Dankala, petit pays d’Afrique noire, est secoué par une série de meurtres qui frappent la colonie française. L’enquête menée «à l’africaine» va permettre à l’auteur de brosser un tableau sans concessions des mœurs particulières de ce microcosme d’exilés.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Meurtres mystérieux en Afrique

Pour son premier roman Isabelle Sivan nous entraîne en Afrique où la communauté française est victime de meurtres en série. L’enquête s’annonce délicate.

À 62 ans, Jean Richemont retrouve Dankala où il a commencé sa carrière diplomatique. Après être passé par Madagascar, l’Inde, la Chine, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, il a retrouvé Mme Pernaud, sa secrétaire, pour ce qui sera sans doute son dernier poste de Consul.
Le résumé de sa carrière peut se lire sur les murs de son bureau et sur la pile de dossiers qui garnissent son bureau. D’une part des scènes de la vie dankalaise, «des femmes accroupies dans un marché. La silhouette ciselée d’un berger. Un dromadaire sur fond de pierres noires» pour ce qui est de son environnement et de la vie dans cet État que l’on qualifiera d’ex-colonie française, sans davantage de précisions. Et d’autre part, la routine administrative «la prise en charge des nouveaux expatriés. Les présentations, les courbettes et tous les salamalecs qu’il serait obligé de faire pour les accueillir.»
Si le pays peut faire rêver, le quotidien au sein de ce microcosme d’exilés devient vite étouffant. On ne peut quasiment faire un pas sans croiser le colonel Patte, sa femme ou ses quatre fils, le procureur de la République, Mohamed Ibrahim Moussa et sa femme Nadine ou encore la bele Julie Charpentier, directrice du dispensaire, sans oublier le banquier Leguenec qui vient de débarquer avec son épouse. À part les ragots sur les uns et les autres, les écarts alcoolisés de suns, sexuels des autres, voire les deux visant une seule et même personne, on s’ennuie…
Avec autant de cynisme que d’intérêt, on dira que la découverte d’un jeune militaire français assassiné va mettre un peu de piquant dans cette commnauté. Quand, au bout d’un mois deux nouveaux cadavres s’ajoutent à la liste, l’affaire devient «un événement particulier qui remuerait un peu les pierres et les esprits engourdis par l’ennui de ce petit pays».
Et si la métropole continue à faire la sourde oreille, le consul sent que, comme Romain Gary ou Jean-Philippe Rufin, il y a là matière à littérature. Tandis que l’on se perd en conjectures dans les beaux salons de l’ambassade, il s’attelle à son chef d’œuvre.
Pendant ce temps les autorités locales essaient de trouver une piste, les militaires édictent des consignes de prudence et les morts s’additionnent.
Laurent Radiguet «philosophe et éditorialiste du journal Le Monde» se rend à Dankala. Dès lors, l’affaire prend une autre dimension. À l’indifférence polie devant les cadavres qui s’accumulent («personne ne sait rien, personne ne veut savoir») succède un intérêt très particulier, puisque chacun tente de tirer la couverture à lui et d’attirer la «nuée de sauterelles» qui viennent du monde entier pour analyser ce phénomène et donner à Dankala, sinon ses lettres de noblese, au moins une notoriété nouvelle.
Isabelle Sivan réussit à donner à son roman la moiteur de la ville et la vacuité qui caractérise ces néo-colonialistes. On l’imagine se cachée derrière le personnage d’Achille, un mendiant qui est un le spectateur privilégié de ce psychodrame. Avec ses yeux, on prend la dimension très contrastée qui règne dans ce pays. Ici tout est, au vrai sens du terme, noir ou blanc. Européen ou africain, riche ou pauvre, cultivé ou ignorant, dominant ou dominé. Jusqu’à ce que les certitudes commencent à vaciller, et que la vérité commence à déchirer la nuit pour laisser place à un soleil écrasant. «Les anciens disaient qu’à Dankala, la lumière était la mort, cette impossibilité à vivre dont le spierres noires du désert se chargeaient. Et lorsqu’on la sentait s’abattre sur le front, on ne pouvait que les croire».

Dankala
Isabelle Sivan
Éditions Serge Safran
Roman
268 p., 19,90 €
EAN : 9791097594008
Paru le 11 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
Dankala est un petit pays d’Afrique noire écrasé par le soleil, où les ressortissants français, les expatriés, essaient de tuer le temps chacun à leur façon.
Le meurtre isolé d’un soldat français vient soudain perturber cette société blanche et désœuvrée. Et lorsque d’autres meurtres sauvages viennent s’ajouter, ils perturbent la communauté française de la capitale, les discussions s’enflamment, ragots et rumeurs vont bon train, certains cœurs même s’émoustillent.
Richemont, le consul, dégote de la matière pour le roman dont il rêve, les commerçants profitent du tourisme que l’affaire amène, le colonel Patte avance ses hypothèses sur le tueur, tandis que Marie-Claire Richemont, la femme du consul, se trouve de nouveaux amis pour meubler sa solitude…

Les autres critiques
Babelio

Les premières lignes du livre
« Tu ne retrouveras pas ton chemin. Toute la noirceur de l’Afrique lui renvoyait cette phrase, un vent sale sans image. Renaud Girod n’avait pas sa veste, son téléphone sur lui. Ses espadrilles n’étaient pas faites pour marcher. Il avait trop bu, trop fumé. Dam quel sale plan s’était-il fourré? Ses pieds alourdis par l’alcool raclaient le sol. Sa fatigue et autre chose, irrémédiablement, se transformaient en une ritournelle sans espoir. Tu ne retrouveras pas ton chemin. Les baraques en tôle sous l’estompe de la nuit se courbaient pour l’éviter. Il n’osait pas les approcher. ll voyait bien, assis sur le seuil, que des hommes riaient sur son passage, que les femmes secouaient leurs mains autour de leur visage pour le chasser. Tous lui criaient qu’il n’avait pas à être là. Lui, dans ce quartier de Noirs à l’écart du centre-ville, lui Blanc, loin de ceux qui lui ressemblaient. Tu ne retrouveras pas ton chemin. Alors, en retrait dans l’obscurité, de loin, il scrutait les îlots de lumière. Il espérait reconnaître, les yeux plissés, un lieu, la couleur jaune d’un taxi qui le ramènerait à la caserne.
Depuis combien de temps marchait-il? Les doigts serrés, il se frotta le poignet pour sentir le bracelet de sa montre. L’heure était son seul repère: sa trace entre le moment où il avait quitté la boîte de nuit et celui où il atteindrait les premières lueurs du jour. »

Extraits
« Pour la première fois, elle s’engageait sans voiture sur ce chemin. À l’exception du centre-ville, il n’était pas prudent de se déplacer à pied dans les rues de Dankala. Marie-Claire serra son sac contre sa poitrine. Les derniers meurtres qui avaient eu lieu dans le quartier de Belbali n’étaient pas pour la rassurer. Elle suivait l’affaire de loin. Les histoires de politique ne l’intéressaient pas. Mais tout le monde en parlait hier au cocktail de l’ambassade. »

« Achille ferma les yeux. La chaleur fondit sur sa peau d’ébène. Depuis le matin, il n’avait pas bronché, accroupi, les bras tendus posés sur les genoux. Ses longs doigts noueux et secs comme du bois mort tricotaient l’air blanc. Il avait choisi un endroit, le bord d’un trottoir, où il savait qu’il ne serait pas dérangé par l’ombre. La fin août était le meilleur moment de l’année pour observer les passants. Le moment où de nouveaux expatriés arrivaient de France. Si roses, si pâles qu’on les voyait briller la nuit comme des lucioles. Cette année, ils n’étaient pas nombreux. Comme souvent les années aux chiffres pairs. Achille aimait les années paires. Elles étaient riches en événements à l’inverse des autres. Tout particulièrement, les millésimes multiples de quatre. 1976, l’indépendance du pays ; 1984, le grand tremblement de terre ; 2008, l’attentat au bistrot du Palmier Oublié. »

À propos de l’auteur
Isabelle Sivan, née à Marseille, a passé plusieurs années de son enfance en Afrique. Elle est aujourd’hui avocate en propriété intellectuelle. Elle a signé sous le nom de Lisa Belvent le scénario de la bande dessinée Le Voyage d’Abel (Les Amaranthes, 2014). Dankala est son premier roman. (Source : Éditions Serge Safran)

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Un loup pour l’homme

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Voici cinq bonnes 5 raisons de lire ce livre:
1. Parce qu’il semble bien que la Guerre d’Algérie soit l’un des thèmes majeurs de cette rentrée avec également L’art de perdre d’Alice Zeniter (Flammarion) et Nos richesses de Kaouther Adimi (le Seuil).

2. Parce qu’Un loup pour l’homme aborde la Guerre d’Algérie d’une manière très originale. Comme le raconte la romancière à L’Express «J’ai voulu écrire à la hauteur d’Antoine, raconte l’auteure. Il sait uniquement ce que les militaires veulent bien lui dire (‘Vous êtes là pour le seul maintien de l’ordre’). Puis, petit à petit, il comprend que lui et ses camarades sont manipulés et qu’il s’agit d’un véritable conflit. » Il est là, le sel de ce roman: Brigitte Giraud réussit à se glisser dans la peau de ces jeunes Français, partagés entre leur conscience, la peur des bombes et l’excitation née de cette émancipation accélérée, loin de la France morne et endormie. »

3. Parce que Brigitte Giraud prend son temps pour peaufiner ses livres, publiant tous les deux ans des romans qui valent le détour tels que Une année étrangère en 2009 (Prix du jury Jean Giono), Pas d’inquiétude en 2011, Avoir un corps en 2013 et Nous serons des héros en 2015.

4. Parce qu’il figure dans la sélection du Prix Goncourt 2017 en compagnie d’autres poids lourds de cette rentrée.

5. Pour cette critique élogieuse de Norbert Czarny: « Ce roman entrelace les morts, les unit, montre ce qui les rassemble dans une même horreur, écrite avec toute la distance que peut donner un présent. Brigitte Giraud est une écrivaine des verbes. Il semble que rien ni personne ne s’arrête jamais. Les temps morts, les moments d’ennui, de réclusion dans le silence et l’attente, ne laissent pas en paix. Seule, peut-être, une virée à Oran et une baignade dans cette mer si apaisante semble arrêter le temps. Mais la trêve est brève. »

Un loup pour l’homme
Brigitte Giraud
Éditions Flammarion
Roman
250 p., 19 €
EAN : 9782081389168
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Printemps 1960.
Antoine est appelé pour l’Algérie au moment où Lila, sa toute jeune femme, est enceinte. Il demande à ne pas tenir une arme et se retrouve infirmier à l’hôpital militaire de Sidi-Bel-Abbès. Ce conflit, c’est à travers les récits que lui confient jour après jour les « soldats en pyjama » qu’il en mesure la férocité. Et puis il y a Oscar, amputé d’une jambe et enfermé dans un mutisme têtu, qui l’aimante étrangement. Avec lui, Antoine découvre la véritable raison d’être de sa présence ici : « prendre soin ». Rien ne saura le détourner de ce jeune caporal, qu’il va aider à tout réapprendre et dont il faudra entendre l’aveu. Pas même Lila, venue le rejoindre.
Dans ce roman tout à la fois épique et sensible, Brigitte Giraud raconte la guerre à hauteur d’un « appelé », Antoine, miroir intime d’une génération embarquée dans une histoire qui n’était pas la sienne. Ce faisant, c’est aussi la foi en la fraternité et le désir de sauver les hommes qu’elle met en scène.

Brigitte Giraud sera présente
– Au Livre sur la Place, à Nancy du 8 au 10 septembre
– À la deuxième édition du Forum Fnac Livres se déroulera du 15 au 17 septembre, dans la Halle des Blancs Manteaux à Paris
– Au Festival « Les Correspondances », du 22 au 24 septembre, à Manosque

Les critiques
Babelio
En attendant Nadeau (Norbert Czarny)
Blog Baz’Art 
Blog La page déchirée

Les premières pages du livre
« Mars 1960
Le médecin parcourt la lettre que lui tend Lila et considère les analyses de sang. Il reste distant, inaccessible derrière ses verres épais. Puis il demande pourquoi cette décision. C’est abrupt et tranchant. Lila fait un début de phrase bancal, celui qu’elle
a préparé durant tout le voyage. Le médecin ne voit aucune raison d’interrompre la grossesse. Elle est en parfaite santé, elle est jeune. Il fait celui qui ne veut pas comprendre. Lila répète que son mari est appelé pour l’Algérie. Mais le médecin ne regarde pas Antoine, cela est déconcertant. Il ne s’adresse qu’à la future mère comme si elle était la seule concernée, comme si Antoine n’était qu’un accompagnateur. Il n’est pas dans le tempérament d’Antoine de prendre une parole qui ne lui est pas donnée, alors il demeure silencieux, presque honteux. Il ne vient pas au secours de Lila et on peut parier qu’elle lui en voudra. »

Extrait
« Antoine espère que Sidi-Bel-Abbès n’est pas trop loin de la mer, il en est encore à avoir des désirs de vacancier, il n’a pas vraiment admis qu’il servirait l’armée, et que la mer il ne la verra plus de la même façon. On ne leur a pas dit, ils comprendront d’eux-mêmes, ce n’est pas compliqué d’interpréter les signes. Il aimerait juste envoyer des cartes postales à ses parents. Il ne se rappelle pas leur avoir jamais écrit, excepté pendant l’évacuation de l’année 1944 depuis ses montagnes à vaches. La paysanne chez qui il logeait lisait son courrier, alors il avait inventé une existence fictive, où tout allait bien. À huit ans, il avait déjà une double vie. Alors à vingt-trois, il
peut tout se permettre, il sait cela d’instinct. Antoine a dans la tête le visage de Lila et sa silhouette plantée sur le quai du départ. Il fait des débuts de lettre, il cherche le ton avec lequel il racontera son arrivée. Tout est allé trop vite. Il voudrait inventer une mesure entre l’accablement et l’excitation. Il aimerait trouver les mots pour dire la traversée, mais il aimerait du beau pour Lila, garder le beau ou l’idée qu’il s’en fait. Il ne sait pas encore qu’on peut écrire des lettres avec de la sidération et même de l’effroi. Il n’en est pas encore là. »

À propos de l’auteur
Brigitte Giraud est née à Sidi-Bel-Abbès. Elle est l’auteure de nombreux romans traduits dans une douzaine de langues et largement récompensés, tels que À présent (Stock, 2001, mention spéciale du prix Wepler), L’amour est très surestimé (Stock, 2007, Bourse Goncourt de la nouvelle 2007) et Une année étrangère (Stock, 2009, prix Jean Giono). Un loup pour l’homme, paru en août 2017, est son neuvième roman. (Source : Éditions Flammarion)

Site Wikipédia de l’auteur 

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