Florida

BOURDEAUT_florida  RL_hiver_2021

En deux mots
Elizabeth a sept ans quand sa mère l’inscrit à un concours de mini-miss. Pour l’enfant, c’est le début d’une spirale infernale qui va l’entraîner vers un abîme passant par la boulimie puis le body-building, à la recherche de son corps et de son identité.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Mini-miss, maxi-problèmes

Olivier Bourdeaut, après En attendant Bojangles et Pactum Salis délaisse la vieille Europe pour nous entrainer aux USA avec Florida, l’histoire d’une petite-fille inscrite à un concours de mini-miss. Une réflexion brillante sur l’image du corps et la quête d’identité.

Victime d’être belle. La malédiction d’Elizabeth Vernn commence le jour de son septième anniversaire. Son premier cadeau, ce jour-là, est une robe de princesse. Le second est une participation à un concours de mini-miss. Qu’elle remporte. Elle ne le sait pas encore, mais c’est ce samedi-là que le drame s’est noué, que sa vie a basculé.
Car, à compter de ce premier succès, elle est devenue l’objet à fantasmes de sa mère. Elle va devoir désormais, semaine après semaine, sillonner les routes de Floride pour enchaîner les concours de beauté.
Si elle ne gagne pas, elle souvent sur le podium, laissant sa mère espérer qu’avec un petit effort supplémentaire, elle pourrait y arriver. Mais pour y parvenir, il ne faudra omettre aucun détail: la robe, la coiffure, le maquillage, le sourire. Plus tard viendront s’ajouter d’autres contraintes comme la gymnastique, le dentiste et la manucure.
Il n’aura fallu que quelques mois pour transformer sa mère de «touriste», celle qui inscrivent leur fille pour le plaisir, à amateur, puis d’amateur à professionnel avant de basculer dans une catégorie aussi dramatique que dangereuse, celle des «folles».
Il n’y a dès lors plus de limites: «Si je n’étais pas assez belle pour gagner, il fallait que je devienne plus sexy, plus femme, plus provocante, en clair que je devienne plus excitante. Sur les photos de mon avant-dernier concours, c’est bien simple, je ressemble à une pute, une pute de douze ans. Et sur une de ces photos, ma souteneuse me tient par la main, et elle a de ces yeux, mon Dieu, de ces yeux. Si vous pouviez voir cette image, ça m’éviterait d’écrire tous ces mots.»
La résolution du problème, si l’on peut dire, viendra d’un dérapage sur scène, un événement qui nécessitera un traitement chez un psy et le placement en pension. La belle petite fille va alors se transformer tout à la fois en élève brillante et en boule de graisse. Sa mère ne la reconnaît plus. Elle non plus du reste. Comme souvent en Amérique, c’est sur la route qu’elle va rencontrer la personne qui va à nous la transformer. Un artiste qui entend faire de ce corps une œuvre d’art et réalisant une performance en photographiant jour après jour cette métamorphose. Les galeries d’art et les amateurs se pressant à Art Basel Miami vont apprécier.
Si l’on cherche le point commun avec les précédents romans d’Olivier Bourdeaut, son best-seller En attendant Bojangles (2016) et Pactum salis (2018), on trouvera indéniablement ce grain de folie qui fait basculer une existence. On y ajoutera la rencontre qui change tout. Avec cette fois une réflexion percutante sur la marchandisation des corps, sur la tyrannie de l’image. Ou quand le paraître entend prendre le pas sur l’être.

Florida
Olivier Bourdeaut
Éditions Finitude
Roman
256 p., 19 €
EAN 9782363391469
Paru le 7/01/2021

Où?
Le roman est situé aux États-Unis, principalement en Floride, de Miami à Key West.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Ma mère s’emmerdait, elle m’a transformée en poupée. Elle a joué avec sa poupée pendant quelques années et la poupée en a eu assez. Elle s’est vengée. »

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com 
Europe 1 (Nicolas Carreau – La voix est livre)
A voir A lire (Aline Sirba)
Blog Lily lit
Blog Valmyvoyou lit 
Blog Les lectures d’Antigone 
Blog Sylire 
Blog Les mots de la fin 
Blog Les livres de Joëlle
Blog sur la route de Jostein 


Olivier Bourdeaut est l’invité de l’émission «Sous couverture» animée par Thierry Bellefroid © Production RTBF

Les premières pages du livre
« Ne trouvez-vous pas cocasse que dans un pays de gagnants, ma malédiction soit d’avoir un jour gagné ? Pas n’importe quel jour, celui de mes sept ans. Ma mère me disait que j’étais très belle et que je n’étais pas trop bête. L’ordre des compliments est important, la forme aussi. J’étais très belle, une affirmation. Je n’étais pas trop bête, une négation. Elle aussi était belle et plutôt intelligente. C’est la raison pour laquelle je ne comprendrai jamais cette journée d’anniversaire ni toutes celles qui ont suivi pendant cinq ans. Enfin si, je comprends maintenant. Je comprends, mais je ne pardonne pas. Je ne pardonnerai jamais.
C’est long cinq ans. Revenons à l’origine. C’est mon anniversaire ! ai-je dû m’écrier avec candeur quand je me suis réveillée. C’est mon anniversaire ! ai-je dû répéter toute la matinée. J’en ai beaucoup parlé, plus que les années précédentes, pour la simple et bonne raison que ma mère m’annonçait une surprise merveilleuse depuis deux semaines. Je ne l’avais jamais vue aussi fière d’elle, j’aurais dû me méfier. On ne connaît pas suffisamment ses parents lorsqu’on a sept ans. Un sourire mystérieux, une voix qui sonnait faux, et surtout une trop grande impatience à l’évocation de cette journée, j’ai même eu peur qu’elle souffle elle-même sur mes bougies et qu’elle avale mon gâteau en une seule bouchée. J’aurais préféré.
Il n’y aura pas d’amies invitées. Je le comprends lorsque maman se présente avec un grand carton blanc rectangulaire. Normalement on ouvre ses cadeaux lorsque tout le monde est là. C’est plus drôle. Si je dois ouvrir mon paquet seule à midi, c’est qu’il n’y aura pas d’amies. Enfin si, ma mère est là. Elle se pense suffisante, elle s’imagine peut-être qu’elle est ma copine, et pourquoi pas la meilleure tant qu’on y est. Ruban rouge, agrafes, papier de soie, je fais tout sauter. C’est une robe, quelle surprise ! Une robe blanche de princesse : perles, dentelles, frous-frous et tralalas, c’est le comble de la joie. Mais pourquoi en faire des tonnes pour une surprise si banale ? Eh bien, parce que la surprise n’est pas là. La robe est la première étape de la surprise. La douche et la brosse à cheveux sont la seconde. Il faut se presser, nous allons être en retard. Elle en tremble au point de m’enfoncer les poils de la brosse dans le cuir chevelu. C’est une belle surprise qui m’humidifie les yeux. Elle est désolée mais il faut vraiment se presser, nous avons rendez-vous avec mon cadeau, ce n’est pas rien.

Une salle polyvalente, une lumière jaune, du carrelage blanc, des fanions multicolores frétillants, nous sommes loin du palais de conte de fées. En parlant de fées, il y en a tout autour de moi. C’est un château moche avec des princesses partout. Les parents sont là, posant des diadèmes, ajustant les ourlets, prenant des photos ; ils sont fiers, souriants, angoissés, je les comprends, c’est quelque chose d’être les parents d’une princesse. Cela ne fait-il pas de vous un roi ou une reine ?
La mienne, de reine, me tend mon numéro. Elle me conseille. Tu dois seulement marcher délicatement vers le trône, enfin l’estrade. Tu dois sourire mais pas trop, recommande-t-elle, c’est tout, c’est simple. Elle semble rassurée depuis qu’elle est arrivée. Elle croit en mes chances. Pour elle je suis plus belle que les autres. Je vais donc les écraser. Voilà ma surprise, mon cadeau, humilier d’autres petites filles. Sur le moment, je ne vois pas les choses comme ça, évidemment. Et ça marche. Je fais quelques pas, quelques sourires, quelques demi-tours et me voilà reine de beauté. C’est assez simple d’être Cendrillon. Pour une surprise, quelle réussite. Mon titre me donne droit à un cadeau, encore un, un coffret de maquillage. J’ai une coupe, une robe et du rouge à lèvres. Un sacré anniversaire. Quelle petite fille ne rêve pas d’être la plus belle des princesses ? Quasiment aucune. Je suis très heureuse, j’ajuste ma couronne, je suis fière de moi, ma mère ne touche plus terre et, pourtant, cette victoire est le début de l’enfer.
J’ai souvent changé d’aspect dans ma vie, mais je n’ai jamais changé de prénom ni de nom. Voilà deux choses stables chez moi, mon prénom et mon nom. Ce sont les seules. Elizabeth Vernn, deux mots qui permettent de faire le lien entre ce que je suis aujourd’hui et ce que j’étais à la naissance. Depuis le jour de mes sept ans, mon corps et moi faisons chambre à part. L’éloignement s’est fait progressivement. Nous nous sommes séparés car pour rester bien dans ma tête, il fallait que le jugement des autres sur ma peau ne me concerne plus.

Après ma victoire, en rentrant à la maison, je m’appartenais encore. C’était l’euphorie. Nous avons dansé dans le salon avec ma mère, sauté partout. Elle m’a couverte de baisers, de compliments, de regards doux. J’étais vraiment la plus belle, pas de doute. Lorsque mon père est rentré, il semblait soulagé de voir que j’avais gagné. Il m’a félicitée, il s’est félicité de la joie qui régnait dans son foyer. Il ne voyait pas souvent son épouse de bonne humeur. Mes parents ne s’entendaient plus vraiment, depuis longtemps. Alors si ce concours de mini-miss couronnait sa fillette et rendait sa femme guillerette, pourquoi s’en priver ?

Dommage, en effet, de s’arrêter en si bon chemin. Un titre de princesse ça se défend, ça s’entretient. Avant de quitter le château moche, maman a raflé tous les formulaires d’inscription et les prospectus de présentation. C’est bien simple, il y a des concours de mini-miss partout et tout le temps. Mais comme je n’étais plus n’importe qui, que je ne pouvais pas m’abaisser à participer à n’importe quoi, la Reine mère a sélectionné une compétition à mon niveau. L’idée me plaisait, pensez donc, j’étais une petite fille anonyme et bien tranquille, une robe, des sourires, une pirouette et me voilà reine de beauté. Pourquoi ne pas recommencer ? J’étais belle, il fallait en profiter. En sortant de l’école nous allions faire les boutiques à la recherche de l’écrin qui me permettrait de briller encore une fois. C’était vraiment sympa. Ma mère me regardait autrement, je me regardais différemment. Notre vie avait changé.
Je n’avais jamais rien gagné auparavant. Je n’avais jamais vraiment cherché à gagner quoi que ce soit d’ailleurs. Je faisais de mon mieux et ça me convenait. J’étais une bonne élève, sage et sérieuse. J’aimais apprendre, me rendre à l’école tous les matins me plaisait. J’avais des copines, la maîtresse m’appréciait, tout allait bien. En fait, je ne me posais pas de questions sur ma condition, mais forcément lorsqu’on devient une princesse tout change. On le dit, on en parle, on ne peut pas faire autrement, on devient un peu populaire, ça a des avantages. Des inconvénients aussi, ça crée des jalousies, des changements de comportement, on ne peut plus faire comme avant. À la sortie de l’école, certaines mères vous dévorent des yeux, d’autres vous ignorent, quelques-unes vous fusillent du regard. Il y en a une qui est venue dire à ma mère tout le mal qu’elle pensait de mon statut de princesse. Quelle idiote, de quoi je me mêle ? ai-je pensé sur le moment. C’est de la jalousie, a conclu ma mère, troublée par les sombres desseins qu’annonçait cette femme pour mon futur. Je repense souvent à elle.

Mais lorsqu’on est sur la rampe de lancement, il est inutile et dangereux de regarder ce qui se passe autour. Il faut regarder devant soi. Et devant nous, c’était trois semaines après ma victoire, une compétition plus élaborée. Il y aurait trois passages et donc trois tenues. Nous avons vécu, ma mère et moi, trois semaines de grâce. Elle me traitait un peu comme son égale, me demandant mon avis, mes envies. Nous regardions des magazines pour observer les poses des mannequins, je les imitais. J’ai réappris à marcher, je me suis entraînée à sourire. Tout ce qu’on fait naturellement, il fallait le faire différemment. Il fallait le faire mieux. Le vendredi soir en sortant de l’école, nous avons répété encore et encore, jusque très tard. C’était la première fois que je me couchais après minuit. Je me souviens d’une immense fatigue et d’une grande satisfaction en allant au lit. Petit à petit la fatigue sera un simple vide et la satisfaction un lointain souvenir.

La compétition se déroulait dans un bled dont j’ai oublié le nom. C’était assez loin, je me souviens, trois ou quatre heures de route. Le château, géant, était aussi moche que le précédent. Toujours du carrelage blanc, des lumières crues, des murs jaunes, des posters de mini-miss scotchés partout mais à hauteur d’enfant, ça m’avait marquée. On n’était pas seulement en compétition avec les fillettes présentes mais avec les championnes d’avant. Les reines du passé nous regardaient dans les yeux avec un air de défi. Essaie d’être aussi belle que moi si tu en es capable, suggéraient les regards pailletés. L’ambiance n’était pas aussi sympathique que la première fois, c’était plus professionnel. Il s’agissait de se qualifier pour avoir accès au prochain concours. Alors forcément, avec un tel enjeu, personne n’était là pour s’amuser, surtout pas les parents qui rappelaient à leur mini-championne l’importance de la mission, l’enjeu, le prix des tenues, la longueur du trajet, les heures de répétition.

On peut devenir princesse à trois ans, il faut le savoir. C’était déjà le cas il y a très longtemps dans les vieilles monarchies du Vieux Continent et ça arrive encore au royaume de Floride dans le comté de Miami-Dade. Je l’ai découvert ce jour-là et, pour être sincère, j’ai trouvé ça mignon. Le concours commence par les bébés. C’est bien organisé, leur capacité de concentration est moins forte. Un défilé de mannequins de moins d’un mètre, parfois avec des couches, c’est ravissant. Ils trébuchent, pleurent, sourient, hurlent, éclatent de rire, ils font n’importe quoi. Les bébés n’ont aucune conscience professionnelle. Certains parents le déplorent. La catégorie suivante est plus digne, plus sérieuse, à cinq ans on est grand et plus obéissant. Les chorégraphies sont apprises, plus ou moins appliquées. Je me souviendrai toujours de la numéro trois. Michelle aimait la glace au chocolat, la cuisine mexicaine, adorait écouter de la country avec ses parents et bien sûr voulait un jour devenir Miss America. Peut-être est-ce la cuisine mexicaine, la glace, la démesure de l’objectif final ou tout simplement d’apercevoir son père la filmer et sa mère se ronger les ongles mais la charmante Michelle s’est vidée sur l’estrade. De la merde partout dans ses frous-frous et la musique country qui continuait à brailler. La stupéfaction est telle que personne n’éteint la musique, le spectacle continue et Michelle se sent obligée de remuer les fesses, les bras. Son visage est pourpre, sa robe est marron et elle se dandine en regardant ses parents, le jury. Elle est perdue. Bien entendu tous les enfants rient, certains adultes aussi. Les jurés sont embêtés et la chanson semble ne pas vouloir se terminer. Michelle avait appris une longue chorégraphie, elle s’accroche à ce qui lui reste de souvenirs, un pas en avant, une main sur la hanche et termine par une révérence en pataugeant dans ses excréments. J’ai ri, comme les autres enfants. Ma mère me dit que ça peut arriver, que ce n’est pas grave, elle semble un peu embarrassée. Le président du jury parle dans son micro, vite et fort, il raconte n’importe quoi pour meubler pendant que le père de Michelle nettoie l’estrade. Elle sera deuxième dauphine, il ne faut pas la décourager, elle peut encore devenir Miss America si elle arrive à contrôler son stress et ses sphincters.

C’est au tour de ma catégorie, la scène est encore humide et sent l’eau de javel. Tout va pour le mieux. La concurrence est rude. À trois ans, ce sont les parents qui décident pour leurs enfants. À sept ans, on entre dans la coproduction. Les enfants sont parfois volontaires, en tout cas ils finissent par l’être, on forme une équipe familiale, ça ne plaisante pas, on se concentre. Ma voisine a des faux cils et demande avec sérieux à son père de vérifier plusieurs points sur son costume, un bouton menace de se détacher. Vite maman, du fil, une aiguille, il reste deux minutes. Elle est agacée car sa mère ne va pas assez vite. Cette fille me fait peur. Elle gagne. Je suis deuxième.

Tu te rends compte maman, elle a fait caca partout, dis-je en riant dans la voiture. Elle devait être malade, ça arrive me répond-elle. Puis, avec un peu de sévérité, elle constate que nous n’avons pas assez travaillé. En rentrant à la maison, je me souviens l’avoir entendue dire à mon père, des faux cils sur une gamine de sept ans, non mais t’imagines, certains parents exagèrent. J’aurais des faux cils deux mois plus tard.
« J’aime pas les lundis » a déclaré Brenda Ann Spencer aux flics qui l’ont arrêtée après sept heures de fête foraine sur des cibles humaines. Elle venait de jouer au ball-trap en tirant sur les enfants de l’école qui se trouvaient sous sa fenêtre. Elle a tué le Principal de l’école et le gardien aussi. Je suis née en 1989, dix ans après cette fusillade. Pour Noël, le père de Brenda lui avait offert une carabine 22 long rifle semi-automatique à lunette. Il y a des cadeaux dangereux. La carabine de Brenda a tué deux personnes et blessé une demi-douzaine de gosses. Après la grosse Bertha, la petite Brenda. Ma robe de princesse a fait une victime, mon corps. Les concours de mini-miss ont flingué bien plus de corps que la carabine de Brenda Ann Spencer, une hécatombe silencieuse. Pendant les cinq ans qu’ont duré ces week-ends de concours, je peux affirmer que j’ai adoré les lundis.

Figurez-vous que je n’étais pas si belle que ça, enfin pas assez. Il y avait toujours plus belle que moi. J’avais un physique de deuxième. Je ne suis plus jamais montée sur la première marche du podium, ce qui me rendait un peu triste, du moins au début, et agaçait la Reine mère. Sans que je ne lui aie rien demandé, elle m’avait foutu un shoot de gloriole en intraveineuse. Comme toutes les drogues, je le vérifierai plus tard, il faut continuer pour maintenir l’euphorie, sinon c’est la descente, la tristesse, le dégoût de soi, et celui des autres aussi, si si. Après des mois de défaites, je me suis mise à détester ma mère, les jurés et toutes les concurrentes. Ce n’est pas avec une carabine que j’aurais réglé ça mais avec un lance-flammes. Si mon père m’en avait offert un pour Noël, j’aurais cramé les châteaux moches et tous leurs habitants. J’aurais transformé les princesses en torches, les jurys en feu de joie et ma mère en chandelle, un Colombine enflammé.
Mais au fond de moi je voulais malgré tout y retourner, pour gagner une nouvelle fois. J’ai quand même été volontaire pendant quelques années, j’ai ma part de responsabilité, j’imagine. J’avais une boule dans l’estomac toute la semaine, et je pensais que gagner à nouveau la ferait disparaître. Rien n’est jamais simple avec l’orgueil. Je commençais sérieusement à haïr ma mère mais je voulais encore lui offrir un succès. Je me détestais mais je voulais encore qu’on m’aime. Il faut dire que la première victoire avait été d’une simplicité incroyable. Je crois que j’avais seulement un peu de fard sur les paupières, préparation rudimentaire. On appelle ça la chance du débutant. Mais après la chance, il faut du travail, des efforts et des artifices. Le travail, ce sont des répétitions tous les soirs après les devoirs, ça va. Les efforts, ce sont des restrictions tous les jours sur tout ce qui est bon, ça passe. Les artifices, c’est plus compliqué. Pour moi ça commençait dès le vendredi soir lorsque le coiffeur de ma mère venait m’épiler les sourcils. On enlève les poils sur les sourcils le vendredi soir car il faut laisser le temps aux rougeurs de disparaître et on en met de faux sur les cils le samedi matin pour que ça tienne bien. »

Extraits
« Il n’y a pas de limite pour certains parents puisque ce sont leurs enfants qui se farcissent le traitement de leur propre maladie. Je ne pouvais pas m’entraîner pour régler celui de ma mère. Alors elle a tiré sur toutes les manettes en même temps, comme un scientifique détraqué. Si je n’étais pas assez belle pour gagner, il fallait que je devienne plus sexy, plus femme, plus provocante, en clair que je devienne plus excitante. Sur les photos de mon avant-dernier concours, c’est bien simple, je ressemble à une pute, une pute de douze ans. Et sur une de ces photos, ma souteneuse me tient par la main, et elle a de ces yeux, mon Dieu, de ces yeux. Si vous pouviez voir cette image, ça m’éviterait d’écrire tous ces mots. » p. 37

« J’ai grandi et j’ai grossi à toute vitesse. En deux ans et j’ai changé totalement d’apparence, C’est bien simple, entre mon dernier concours de Miss et le début de ma seconde année de pension, je mets au défi quiconque de reconnaître la même personne. C’est impossible. Même moi, je n’y parviens pas. Souvent, le week-end, je regardais les nombreuses photos de la Princesse Kodak que j’avais été, et dans le miroir, la boule de graisse géante que je devenais, et je ne trouvais aucune ressemblance entre ces deux personnes. J’avais le sentiment d’être un ogre, le sentiment que je pouvais rentrer dans la photo et prendre cette petite chose fragile dans ma main comme King Kong avec la blonde. Je mangeais tellement de gras, mon estomac était si plein que j’avais des remontées acides qui rongeaient mes cordes vocales. » p. 67-68

« Quand vous tenez la queue d’un homme dans votre main, vous le tenez tout entier. Vous avez sa vie entre vos doigts, son passé, son présent et son futur, ses fantasmes, sa jouissance et ses souvenirs. Quand vous avez compris ça, vous avez le pouvoir. J’ai été puissante. » p. 74

À propos de l’auteur

Portrait d'Olivier Bourdeaut, Paris, 1er fevrier 2021

Olivier Bourdeaut © Photo Sandine Cellard

Olivier Bourdeaut est né au bord de l’Océan Atlantique en 1980. L’Éducation Nationale, refusant de comprendre ce qu’il voulait apprendre, lui rendit très vite sa liberté. Dès lors, grâce à l’absence lumineuse de télévision chez lui, il put lire beaucoup et rêvasser énormément.
Durant dix ans il travailla dans l’immobilier allant de fiascos en échecs avec un enthousiasme constant. Puis, pendant deux ans, il devint responsable d’une agence d’experts en plomb, responsable d’une assistante plus diplômée que lui et responsable de chasseurs de termites, mais les insectes achevèrent de ronger sa responsabilité. Il fut aussi ouvreur de robinets dans un hôpital, factotum dans une maison d’édition de livres scolaires – un comble – et cueilleur de fleur de sel de Guérande au Croisic, entre autres.
Il a toujours voulu écrire, En attendant Bojangles en sera la première preuve disponible. Suivront Pactum Salis (2018) et Florida (2021). (Source: Éditions Finitude)

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La collectionneuse

VANNOUVONG_la_collectionneuse
  RL_automne-2019

 

En deux mots:
Victoria Lanzman a disparu. Aussitôt son patron engage une détective pour retrouver la spécialiste de l’art contemporain qui s’était vu confier un tableau de Francis Bacon. Commence alors une enquête qui mènera Frédérique, novice en la matière, à écumer les grandes foires pour tenter de résoudre le mystère.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Sur la piste de la collectionneuse

Sous couvert d’une enquête confiée à une détective privée pour retrouver une galeriste qui a disparu sans laisser de traces, Agnès Vannouvong nous entraîne dans les foires d’art contemporain et en décrypte les codes.

Frédérique est détective privée, héritière d’une activité familiale centenaire sise dans le quartier des Halles à Paris et désormais dirigée par sa tante Josée. Ses enquêtes se limitent fort souvent à des filatures pour déterminer si mari ou femme est infidèle. Rien de bien passionnant. Alors le jour où on lui confie un gros dossier, elle attaque l’affaire hypermotivée. Pierre Suzanne, important galeriste spécialisé dans l’art contemporain, veut que l’on retrouve Victoria Lanzmann qui a disparu avec une toile de Francis Bacon. «Je vous dis un mot du tableau? L’homme au lavabo, 1976, format 198 × 147, huile sur toile, le personnage central veut disparaître dans le lavabo, il semble coupé de lui-même et du monde, encerclé dans une arène, en fuite, sans identité et en mouvement, sous ses pieds, un trou, les couleurs, jaune, rouge et noir. Cette œuvre parle du monde tel qu’il est, des hommes et de leur folie, je voudrais le revoir. Victoria était fascinée par cette toile. C’était la pièce maîtresse de sa collection.»
VANNOUVONG_homme_lavabo
Les éléments dont dispose Fred sont pourtant assez succincts, car Victoria ne lisse guère derrière elle qu’une liste de capitales liées à l’art contemporain, Bruxelles, Hong Kong, Bâle, Miami accompagnée d’une réputation un peu sulfureuse. Il se mesure qu’elle aimait mélanger art et argent, beauté et sexualité.
Assistée de Georges, le bras droit de Josée à l’agence, voici Fred partie pour une double mission, retrouver la femme et retrouver le tableau. Elle parcourt les salles de vente et les foires d’art contemporain pour recueillir les témoignages de ceux qui ont côtoyé l’extravagante Victoria. Sans parvenir à tracer la collectionneuse, elle voit son portrait psychologique s’affiner: « Elle était un peu folle et se cherchait. Elle était tout ce que je n’aimais pas. Trop aguicheuse. Trop frontale. Trop vulgaire. Elle ne savait pas se tenir. Je pense à sa classe sociale. Sa sexualité débridée, n’en parlons pas. À part le sexe et l’art, rien ne l’intéressait.»
Mais alors comment une telle femme, qui ne passait jamais inaperçue, a-t-elle pu s’éclipser subitement sans laisser de traces? Car à l’instar des gens qu’elle croise, Victoria était curieuse, obsessionnelle et passionnée. Une passion qui pousse, pour peu que l’argent soit là, à bien des folies. Le Chinois rencontré à Hong Kong n’hésite pas, par exemple, à faire réaliser des copies de ses toiles. Fou de Francis Bacon, il semble évident que la toile disparue l’intéresse au plus haut point. Mais pour parvenir à assouvir sa soif inextinguible, a-t-il attenté à la vie de Victoria?
On l’aura compris, Agnès Vannouvong a choisi de nous parler d’art contemporain et de la folie qui règne dans ce milieu sous couvert d’une enquête policière. Pari réussi et excellente introduction à la grande exposition «Bacon en toutes lettres» qui s’ouvre ce 11 septembre au Centre Pompidou.

La collectionneuse
Agnès Vannouvong
Éditions du Mercure de France
Roman
144 p., 15 €
EAN 9782715253476
Paru le 29/08/2019

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris puis dans les villes qui organisent les principales foires d’art contemporain: Bruxelles, Hong Kong, Bâle, Miami. Pattaya et Genève sont d’autres étapes du périple.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Frédérique mate. Elle passe sa vie à ça. Elle contemple les fesses, les jambes, les seins, les peaux, les visages. Elle attrape les regards. Frédérique se rêve en hyperconquérante mais quand les jambes en coton s’approchent de la proie, elle menace de tomber, glisser, s’échouer comme une patelle sur un rocher. Frédérique et les femmes, c’est une série de rendez-vous manqués, une somme de timidité et une suite de regrets.
Détective privée, Frédérique est chargée d’enquêter sur une double disparition: celle de l’énigmatique Victoria, figure people du monde de l’art contemporain et grande collectionneuse ; et celle d’un tableau de Francis Bacon
inestimable, L’homme au lavabo. De galeries en foires d’art internationales, de Paris à Hong Kong, en passant par Bruxelles, Pattaya, Bâle et Miami, Frédérique découvre un monde dont elle ignore tout. Elle qui n’assume guère sa féminité et qui, depuis plus de deux ans, vit dans la chasteté va se trouver confrontée à des créatures de toutes les tentations. Dans cette incroyable quête, Frédérique retrouvera-t-elle aussi le goût du désir? Avec La collectionneuse, Agnès Vannouvong explore les rapports de l’argent et de la beauté, de l’art et de la sexualité.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com

INCIPIT (Les premières pages du livre)
Les lumières s’allument dans l’immeuble d’en face, l’onde blanche électrise les étages, une traînée de poudre dans un écrin de béton et de tiges en acier. Elle observe le bâtiment des années soixante-dix, l’assemblage de montants et de traverses, l’architecture fonctionnelle. Assise dans sa bagnole qui ressemble à une boîte de conserve, Frédérique s’étire et grimace de douleur. Elle tire sur le cendrier qui se renverse sur ses genoux. La détective oublie la poussière de tabac, observe le ballet lointain de deux militaires armés, le béret rouge, l’uniforme kaki, l’oreille collée au talkie-walkie, l’œil qui balaie la rue. Frédérique est en planque depuis trois heures vingt-sept. Elle ne discerne aucun mouvement derrière les fenêtres, pas de silhouette ni de lumière. Il ne se passera rien ce soir. Elle démarre et rentre chez elle. La Fiat Uno file dans la nuit. La privée traverse la ville, ralentit devant chez Duluc. Une fenêtre éclairée attire son attention. Rue du Louvre, l’enseigne des années cinquante clignote vertement dans Paris endormie. Elle a rendez-vous dans quelques heures à l’Agence, il faut qu’elle dorme un peu. Elle se gare à l’arrache sur le trottoir en bas de chez elle, érafle légèrement la voiture sur le mur gris. À la tombée du jour, le stationnement résidentiel devient un mirage. Elle fait un calcul rapide, réveil à sept heures trente-cinq, douche éclair, café serré, elle devra partir à huit heures grand max. Elle active l’application Stop Pervenches. Grâce au réseau communautaire qui géolocalise les agents contractuels, voilà plusieurs mois qu’elle ne va plus à la fourrière de Balard où elle donnait, dégoûtée, un chèque à l’employé collé derrière la vitre plexi. La nuit l’embrasse et le chat la réveille à six heures cinquante-deux. C’est pas vrai, siffle Frédérique, j’ai oublié d’acheter tes croquettes Eddy, ce sera filet de maquereau au naturel.
Le chat miaule, satisfait. Elle fouille dans les tiroirs de la cuisine, la vaisselle s’amoncelle dans l’évier. Plus de produit nettoyant, des restes de nourriture collés au fond des casseroles, les pizzas encartonnées. Elle se prend les pieds dans les packs Volvic, un volcan s’éteint, un être s’éveille. Frédérique ouvre la boîte. Eddy se faufile entre ses jambes, comment ça va gros pépère, t’es content hein, tu vas bouffer, y a que ça qui t’intéresse, bouffer et dormir, hein ?
Elle avale un café brûlant, enfile sa veste, se cogne contre le portemanteau et claque la porte. Le chat miaule comme un ténor italien.

Frédérique et sa tante ont choisi, soi-disant, un métier d’homme. Chez Duluc, on travaille en famille dans le quartier des Halles depuis presque cent ans. Josée a succédé à son père dans les années soixante-dix. Elle a vu la lente transformation du quartier. Les quincailleries et les poissonneries ferment pour laisser place aux boutiques et bars à cocktails. Il n’est pas rare de boire un canon et fumer un clope sous une vieille enseigne de boulangerie. Frédérique passe rue Lescot, le nouveau jardin donne une ampleur à l’église Saint-Eustache et à la Bourse de Commerce. Son regard grandit vers le ciel. La Canopée de verre et de lame est devenue le ventre métallique de Paris. Elle compose le code, 1977a, monte les trois étages. La directrice de l’Agence regarde sa nièce, la chemise ouverte sous le perfecto, le visage pâle, les cernes, la mèche rebelle, les bracelets ethniques enroulés au poignet. Hello ma chérie, on dirait que la nuit a été courte, tu as planqué tard ? Frédérique fait tomber un sachet de thé et manque de se brûler avec la bouilloire. Ça n’a rien donné ma tante, je n’ai pas une seule photo du client avec sa maîtresse. Ils sont entrés dans le parking et je ne les ai pas vus sortir.
Josée allume un cigarillo, entrouvre la fenêtre. La rue de Rivoli s’engouffre dans le bureau où tremble la figurine de Tintin en imper. On l’aura la prochaine fois. T’inquiète, Fred, on va le coincer. Elle regarde du coin de l’œil sa nièce qui vient de casser une tasse. Frédérique sent bien qu’elle est un peu brute. Depuis toujours, elle manque de tact et ça ne s’apprend pas à l’école. Sa tante s’en inquiète un peu. Elle peut la former, certes, mais pas la transformer.
Dix heures zéro une, Josée reçoit un client, la cinquantaine élégante plantée dans un costume bleu nuit, une grosse montre qui dit les gros moyens. D’une voix sûre, le galeriste Pierre Suzanne expose la situation. Josée prend des notes, la mission est délicate. Un tableau volé et pas n’importe lequel. Une disparition alarmante. On a perdu la trace de la célèbre collectionneuse Victoria Lanzman ainsi qu’un tableau d’une grande valeur. Oui, il s’agit bien des Lanzman, la fortune des assurances, la plus haute tour à La Défense, oui c’est eux. Le double mystère est entier, et l’enquête de police n’a rien donné. Pierre Suzanne exprime sa grande inquiétude, et pour le tableau qui lui appartenait, et pour la femme qui est une grande amie, une très grande amie. Peu de temps avant sa disparition, Victoria a fait l’acquisition d’une toile de Francis Bacon. Josée lève les yeux de ses notes. Elle sait que la cote de l’artiste britannique atteint des millions. Sans nouvelles de Victoria, Pierre Suzanne a alerté la police. Les éléments de l’enquête ont révélé une porte fracturée, des bris de verre, un tableau absent. Le galeriste explique d’une voix étranglée qu’une information judiciaire a été ouverte et classée sans suite. Il ne parvient pas à dissimuler son émotion au moment de dire que la disparition remonte à plusieurs mois. Chaque année en France, cinquante mille personnes s’évanouissent dans la nature, un quart des cas sont jugés inquiétants, les autres sont retrouvés la plupart du temps. Aux yeux de la loi, une personne majeure a le droit de partir, changer de vie et même ne pas entrer en contact avec ses proches lorsqu’elle est retrouvée. Mais la situation est différente. Victoria Lanzman ne s’est pas volatilisée comme ces milliers de gens. Il n’y croit pas, avec Victoria ils sont proches, très proches, ils s’appellent tous les jours, vous comprenez c’est une femme qui a la beauté, l’intelligence, la fortune, la naissance, c’est inconcevable.
Il ne fait pas confiance à la police. On sait que son téléphone n’a pas été activé depuis longtemps. Aucun mouvement bancaire, aucun signe de vie, il a des raisons d’être inquiet, très inquiet. Le galeriste murmure, accablé, quant à l’OCBC, vous savez, l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels, eh bien, même l’instance spécialisée dans le vol, le recel d’art et de contrefaçon s’est montrée impuissante. Après l’ouverture de l’enquête par la police nationale, Interpol a répertorié la pièce sur sa liste des œuvres volées. Pierre Suzanne a consulté leur site qui met en ligne une exposition virtuelle des pièces recherchées dans le monde entier.
D’une voix gravée à la fumée de gitane, Josée rassure son nouveau client, la disparition de tableaux nécessite une enquête longue, complexe, souvent menée à un niveau international ; pour les personnes portées disparues, c’est le contraire, tous les jours passés sont des ennemis. En grande professionnelle, elle explique la démarche de l’Agence, mon équipe fera tout pour résoudre cette double enquête, monsieur Suzanne.
Elle lui tend un bloc-notes, merci de m’indiquer le nom des amis et le contact de la famille. Une dernière chose, savez-vous si Victoria a eu des conflits ? Dans ce genre d’investigation, les proches sont souvent impliqués.
Le galeriste déplie une feuille où apparaissent les villes où Victoria se rend régulièrement. Une liste de capitales liées à l’art contemporain, Bruxelles, Hong Kong, Bâle, Miami. Il sort un chéquier, l’argent n’est pas un problème, j’ai les moyens, je veux qu’on la retrouve vite, vivante. Je vous dis un mot du tableau ? L’homme au lavabo, 1976, format 198 × 147, huile sur toile, le personnage central veut disparaître dans le lavabo, il semble coupé de lui-même et du monde, encerclé dans une arène, en fuite, sans identité et en mouvement, sous ses pieds, un trou, les couleurs, jaune, rouge et noir. Cette œuvre parle du monde tel qu’il est, des hommes et de leur folie, je voudrais le revoir. Victoria était fascinée par cette toile. C’était la pièce maîtresse de sa collection. »

Extrait
« Elle était un peu folle et se cherchait. Elle était tout ce que je n’aimais pas. Trop aguicheuse. Trop frontale. Trop vulgaire. Elle ne savait pas se tenir. Je pense à sa classe sociale. Sa sexualité débridée, n’en parlons pas. À part le sexe et l’art, rien ne l’intéressait. Bien sûr, je connais un certain nombre d’anecdotes.
Alex fait mention d’un club a Paris, Cris et chuchotements, Victoria était une habituée. Le week-end qui précéda sa disparition, on l’a vue danser et s’éclipser dans l’arrière-salle. Entourée de types. Il y a beaucoup de clients, des habitués, des curieux, tous milieux confondus. Des femmes et des hommes célibataires, mariés, des acteurs, des producteurs et même des politiques. Je connais très bien ce lieu, j’y suis allé avec Victoria. Elle ne passait jamais inaperçue, imaginez, une femme sublime qui portait une valise de torture et de plaisir. Elle fouettait, tapait, claquait, buvait, et rentrait dormir tranquillement. »

À propos de l’auteur
Agnès Vannouvong est née en 1977. Elle enseigne les Gender studies à l’Université de Genève. Elle est l’auteur de quatre romans au Mercure de France, Après l’amour (Folio), Gabrielle, Dans la jungle et La collectionneuse, qui explore les rapports de l’argent et de la beauté, de l’art et de la sexualité. (Source: Éditions du Mercure de France)

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