Un barrage contre l’Atlantique

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En deux mots
Installé à la pointe du cap Ferret, où vit son ami Benoît Bartherotte, Frédéric Beigbeder assiste au combat de Sisyphe de son ami pour sauver cette bande de terre vouée à être engloutie par la mer. C’est avec cet état d’esprit désenchanté que l’écrivain revient sur sa vie au moment où la sagesse prend le pas sur la frivolité.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Face à la mer

À l’heure de jouer avec ses petits-enfants, Frédéric Beigbeder revient sur sa vie, ses amours, ses livres. Pour constater combien l’avenir est incertain. Ce faisant, il nous offre sans doute son livre le plus abouti.

Si les premières pages du nouveau roman du trublion des lettres françaises peuvent dérouter – il s’agit d’un alignement de phrases espacées de deux lignes et sans rapport entre elles pour bien les mettre en valeur – elles sont avant tout une habile manière de présenter son projet et l’endroit dont il parle. Oui, c’est bien l’écrivain devant sa page blanche, angoissé par l’exercice, mais aussi par le dérèglement climatique et la crise sanitaire, qui va tenter de donner une suite à Un roman français en allant chercher dans ses souvenirs. Des souvenirs qu’l convoque mot à mot pour en faire des phrases. Car oui, «une phrase est une phrase est une phrase est une phrase est une phrase». Un exercice sans cesse renouvelé, sans garantie de succès. Un peu comme le combat que mène jour après jour son ami Benoît Bartherotte en tentant de consolider la digue située au bout du Cap Ferret, afin d’empêcher l’Océan de submerger cette bande de terre où s’est installé l’écrivain. «Ce matin encore, plusieurs camions remplis de pierres sont venus déverser leur cargaison devant ma cabane, dans un fracas de tonnerre. Ce qui est beau dans ce combat contre la nature, c’est sa vanité.

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Bartherotte est le Sisyphe gascon. Il préside l’ADPCEF: «l’Association de Défense de la Pointe du Cap Ferret». Chaque jour, il pousse son rocher vers le fond de l’océan. Et le lendemain, il recommence.»
Prenons donc un écrivain, ses angoisses et ce lieu peint par Thierry de Gorostarzu, le «Edward Hopper basque» et dont il avait acheté l’œuvre, et tentons d’en faire une histoire. En commençant par le commencement.
«Je suis né près de Paris en 1965 d’un père chasseur de têtes et d’une mère éditrice de romans d’amour. Vers l’âge de six ans, mes parents ont divorcé et j’ai été élevé par ma mère avec mon grand frère. Pourquoi le divorce est-il un événement si grave? C’est pourtant simple à comprendre: les deux personnes que vous aimez le plus au monde ne s’aiment plus.» À l’heure du bilan, il écrira: «Mon père a été maladroit, blessant, absent, égoïste, et pourtant Je ne cesserai jamais de l’admirer. Ma mère a été aimante, protectrice, présente, altruiste, et quand je la vois, je fais de gros efforts pour ne pas suffoquer.»
Après une scolarité assez rectiligne, dont on retiendra les batailles de marrons dans les jardins du Luxembourg et la découverte de l’amour plus que du sexe, la présence de célébrités – ou en passe de passer à la postérité – à la maison et le besoin de faire la fête, l’aspirant écrivain va finir par trouver un boulot sérieux dans une agence de publicité, comme le souhaitait son père, avant de devenir chroniqueur, notamment pour le défunt magazine Globe.
Avec lucidité, Frédéric Beigbeder comprend qu’il n’a cessé toute sa vie à s’attacher à des hommes plus âgés, «que ce soit mes patrons, ou des mentors, des modèles que je considérais comme des pères de substitution, et qui m’ont servi de guides: Denis Tillinac, Philippe Michel, Bruno Le Moult, Thierry Ardisson, Jean Castel, Jean-Claude Fasquelle, Edmond Kiraz, Jean-Marie Périer, Michel Denisot, Alain Kruger, Jean-Yves Fur, Michel Legrand, Daniel Filipacchi, Albert Cossery, Paul
Nizon.… Benoit Bartherotte. Je suis un enfant qui veut qu’on l’adopte.
Toute ma vie je me suis cherché des maîtres, comme un chien abandonné.» Et aujourd’hui qu’il fait partie de ces êtres plus âgés, qu’il a fondé une famille et n’aime rien tant que de réunir sa tribu, il se rend bien compte du chemin parcouru. Un itinéraire bien loin d’être rectiligne, mais qui a nourri autant l’homme que l’écrivain. Un paradoxe qu’il résume ainsi: «j’ai fui l’embourgeoisement en choisissant une vie d’artiste, critiqué mon milieu d’origine, fréquenté des gauchistes, renié ma famille et mon milieu social, flingué tous mes employeurs (l’agence de publicité, la télévision, la radio) — tout cela pour finir par épouser une Genevoise, vivre à la campagne dans le même village que mes grands-parents, fonder une famille à où mes parents se sont mariés et écrire au Figaro. Je me suis vacciné contre la curiosité.» Mais pas contre la peur du lendemain. C’est donc comme le chante Calogero
Face à la mer
C’est toi qui résistes
qu’il nous livre son livre le plus écrit, le plus abouti. Celui d’un honnête homme.

GOROSTARZU_face-a_la_mer2Tableau de Thierry de Gorostarzu acheté par Frédéric Beigbeder et qui est reproduit sur le bandeau du livre / Galerie de l’Infante à Saint Jean de Luz

Un barrage contre l’Atlantique
Frédéric Beigbeder
Éditions Grasset
Roman
272 p., 20 €
EAN 9782246826552
Paru le 5/01/2022

Où?
Le roman est situé en France, principalement à la pointe du Cap Ferret, face à la digue Bartherotte. On y évoque aussi Guéthary, Neuilly-sur-Seine, Paris, Saint-Germain-en-Laye, Rambouillet, Senlis, Deauville, sans oublier l’étranger, notamment à Verbier en Suisse, en Italie et en Espagne, mais aussi en Indonésie.

Quand?
L’action se déroule en 2020 et 2021.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Ce livre a été écrit dans un endroit qui devrait être sous l’eau». F. B.
Au hasard d’une galerie de Saint-Jean-de-Luz, Frédéric Beigbeder aperçoit un tableau représentant une cabane, dans une vitrine. Au premier plan, un fauteuil couvert d’un coussin à rayures, devant un bureau d’écrivain avec encrier et carnets, sur une plage curieusement exotique. Cette toile le fait rêver, il l’achète et soudain, il se souvient : la scène représente la pointe du bassin d’Arcachon, le cap Ferret, où vit son ami Benoît Bartherotte. Sans doute fatigué, Frédéric prend cette peinture pour une invitation au voyage. Il va écrire dans cette cabane, sur ce bureau.
Face à l’Atlantique qui à chaque instant gagne du terrain, il voit remonter le temps. Par vagues, les phrases envahissent d’abord l’espace mental et la page, réflexions sur l’écriture, la solitude, la quête inlassable d’un élan artistique aussi fugace que le désir, un shoot, un paysage maritime. Puis des éclats du passé reviennent, s’imposent, tels « un mur pour se protéger du présent ». A la suite d’Un roman français, l’histoire se reconstitue, empreinte d’un puissant charme nostalgique : l’enfance entre deux parents divorcés, la permissivité des années 70, l’adolescence, la fête et les flirts, la rencontre avec Laura Smet, en 2004… Temps révolu. La fête est finie. Pour faire échec à la solitude, reste l’amour. Celui des siens, celui que Bartherotte porte à son cap Ferret. Et Beigbeder, ex dandy parisien devenu l’ermite de Guétary , converti à cette passion pour un lieu, raconte comment Bartherotte, « Hemingway en calbute », s’est lancé dans une bataille folle contre l’inéluctable montée des eaux, déversant envers et contre tous des millions de tonnes de gravats dans la mer. Survivaliste avant la lettre, fou magnifique construisant une digue contre le réchauffement climatique, il réinvente l’utopie et termine le roman en une peinture sublime et impossible, noyée d’eau et de soleil. La foi en la beauté, seule capable de sauver l’humanité.
Une expérience de lecture, unique et bouleversante, aiguisée, impitoyable, poétique, et un chemin du personnel à l’universel.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
goodbook.fr
Actualitté
Le JDD (Alexis Brocas)
La Règle du jeu (Baptiste Rossi)
La Revue des Deux Mondes (Marin de Viry)
Atlantico (Annick Geille)
Les Echos (Adrien Gombaud)
Ernest mag (Jérémie Peltier)
Blog Agathe The Book
Benzine Magazine (Benoît Richard)

Les premières pages du livre
« Je voudrais faire ici un aveu: je suis complotiste.

Je pense que la nature conspire pour éradiquer l’homme.

L’être humain ayant causé trop de dégâts à la surface de la Terre, il est logique qu’elle songe à s’en débarrasser.

Même si nous comprenons pourquoi le monde cherche à nous éliminer, nous n’aurons pas le choix : nous devrons tout de même nous défendre.

La condition humaine est désormais celle d’un parasite qui cherche à survivre dans un environnement hostile.

Vous vous demandez peut-être pourquoi je saute deux lignes entre chaque phrase.

Les blancs qui entourent les phrases leur donnent une majesté, comme le cadre autour d’un tableau.

Noyées dans la masse d’une page noircie, une phrase perd de son attrait.

Mes phrases respecteront la distanciation littéraire.

Isolée sur la page, ma phrase crâne comme un mannequin dans une vitrine.

Nous sommes à bord d’un bateau qui coule, mais ce bateau, c’est la Terre.

L’intuition de Kafka était juste : il n’y a plus de différence entre l’humanité et le cafard.

Il peut arriver que le blanc qui entoure la phrase devienne plus beau que celle-ci : je n’ai pas dit que mon expérience était sans danger.

Chaque phrase doit donner envie de lire la phrase suivante, mais exister aussi de façon autonome.

L’espace blanc entre les phrases ne les isole pas ; il les expose.

Au matin, la menace océanique semble lointaine.

L’art du romancier consiste à camoufler ses scories.

Je choisis délibérément de faire l’inverse.

Je veux fragiliser mes propositions relatives.

Dans Autoportrait, Édouard Levé a imaginé un autre système.

Ses phrases n’avaient pas de liens entre elles ; pourtant l’ensemble de son livre dessinait un homme.

Ce livre recycle son principe de collage discontinu.

La dune du Pyla est un écran de cinéma où le soleil projette son film, dont les nuages sont les acteurs principaux.

Les ombres sur le sable déroulent un scénario de lumière.

« Souvenir » est la bande originale de cette fresque muette.

Pour cesser d’écrire des romans satiriques, il suffit d’écouter Orchestral Manoeuvres in the Dark, pieds nus devant une mer étale.

Je voudrais dénoncer nommément dans ce livre toutes les personnes qui ont comploté à me rendre heureux.

Ma mémoire remonte par bribes désorganisées (ou organisées sans me demander mon avis).

Je ne me souviens que par flashs : mes souvenirs sont stroboscopiques.

Mon passé m’envoie des SMS.

Je sens que je risque de semer mon lecteur en route.

J’ai besoin que mes phrases l’accrochent.

Mes phrases tapinent, aguichent, elles voudraient séduire comme une prostituée dans une vitrine du Red Light District d’Amsterdam.

Une phrase est une phrase est une phrase est une phrase.

Édouard Levé s’est suicidé le 15 octobre 2007 à Paris.

Considérons que chaque phrase notée ici reporte mon suicide d’une journée.

Cette phrase a sauvé ma vie, et la suivante, et la suivante, jusqu’au jour où plus rien ne viendra, et pan.

« Sois pareil à un promontoire contre lequel les flots viennent sans cesse se briser », dit l’empereur Marc Aurèle.

Je décide désormais de m’interdire les citations ; celle de Marc Aurèle sera la seule (avec les exergues).

La citation est une phrase dont on n’est pas propriétaire : une locution de location.

Seul sur sa digue immense, Benoît Bartherotte se tient debout comme Marc Aurèle, face à l’océan, à la pointe du Cap Ferret ; à ses pieds se brisent sans cesse les flots.

Le pape François a dit qu’il fallait construire des ponts plutôt que des murs.

Il a oublié les digues.

Les digues sont des murs marins qui protègent la terre des inondations.

Une digue est aussi un pont qui avance sur l’eau sans atteindre l’autre rive.

Proust contemple sur une digue les jeunes filles en fleurs, qu’il compare à un bouquet de corail.

Bartherotte a bâti une digue pour sauvegarder l’extrémité sud de la presqu’île de Lège-Cap-Ferret, en Gironde.

Cette langue de sable, absurdement mince, prétend séparer le bassin d’Arcachon de l’océan Atlantique.

Comme dit un écrivain bordelais, Guillaume Fedou : « Le Cap Ferret est le clitoris de la France. »

Il faut le visiter souvent, sinon la France est de mauvaise humeur.

Voici une carte pour mieux comprendre la beauté de la situation.

Le Cap Ferret est la langue de plaisir située devant Arcachon.

En face d’elle s’élève la dune de sable du Pyla, la plus haute d’Europe.

Entre la pointe du Cap et la dune du Pyla, à marée basse, apparaît une île exotique, le banc d’Arguin, où se posent les oiseaux en hiver et les bourgeois bohèmes en été.

Benoît chatouille l’extrémité sud de cette pointe depuis quarante ans.

Au niveau du phare, la bande de terre ne mesure qu’un kilomètre de large.

Chez Benoît, la distance entre l’océan et le bassin est de cent mètres, puis cinquante mètres, puis zéro : c’est là qu’il se tient, en plein vent.

Benoît vit ici depuis sa naissance.

Il résidait dans l’avant-dernière maison, puis il a acheté la dernière maison, qui s’est écroulée ; il l’a reconstruite en même temps qu’il entamait sa digue de protection maritime.

Je lui dis : « Tu as bougé de cent mètres en une vie. »

Il sourit : « Un peu moins. »

Il ajoute : « Je suis resté sur mes racines…

… Je ne vieillis pas, je pousse. »

Sans mémoire, on a besoin d’un point fixe, d’un lieu unique.

Moi aussi, je cherche l’immobilité qui donnera à mes enfants les souvenirs que je n’ai pas.

La discontinuité est une liberté qui égare.

Toute phrase devrait être un silex.

Un silex ne fabrique d’étincelles qu’entrechoqué à un autre silex.

De même, la digue Bartherotte est un empilement de rochers, de poteaux électriques et de traverses de train.

Entre 1985 et 1995, Benoît a déversé un million de tonnes de gravats pour défendre la Pointe.

Tout le monde dort sur la Pointe, sauf moi.

La nuit, je n’écris pas de phrases ; j’écris « Phrases ».

Un autre principe est celui imaginé par Éric Chevillard.

Son « Journal autofictif » est un prodige de phrases déconnectées.

Il est tout de même regrettable d’être précédé par quelqu’un d’aussi doué.

David Foenkinos, dans Charlotte, a tenté un récit biographique qui revenait à la ligne après chaque phrase.

Son but était analogue : rendre la lecture plus intense.

Je pouffe en imaginant la tronche de Chevillard comparé à Foenkinos.

Je ne les rapproche que pour expliquer la situation : beaucoup d’écrivains contemporains ressentent le besoin de séparer leurs phrases.

C’est la faute à Chamfort, qui copiait sur le livre des Proverbes dans la Bible.

Il est crucial de réinventer notre façon d’écrire si nous ne voulons pas que la littérature disparaisse au XXIe siècle.

Non, Twitter, vous n’avez pas le monopole de l’apophtegme ; vous ne l’avez pas.

Lincoln au Bardo de George Saunders intercale des phrases de fantômes dans un cimetière.

Alexandre Labruffe imite les bribes des Cool Memories de Baudrillard : une construction en pointillés, comme ces dessins dont je reliais les points numérotés à l’âge de cinq ans, pour finir par voir apparaître Mickey pilotant un avion.

Les romanciers contemporains ne savent plus comment ressusciter les phrases.

Les phrases se multiplient sur les réseaux digitaux : les romanciers ne doivent pas seulement vaincre la concurrence des autres romanciers, mais aussi celle des emails, des sms, des posts, des alertes, des retweets…

C’est comme s’il y avait une fuite des phrases : elles quittent les livres vers le nuage.

Elles s’envolent du papier réel vers un univers virtuel.

Il faut stopper l’hémorragie.

Écrire ce livre est non seulement un geste de survie, mais une tentative pour restaurer le prestige de la phrase nue.

Même Donald Trump n’a pas suffi à disqualifier les tweets ; il faut porter l’estocade.

Et voilà comment on transforme un recueil de billevesées en manifeste politique.

L’idée est simple : pour sauver les phrases, il faut peut-être sacrifier le roman.

Littérairement, je ne suis pas écolo.

Ce stratagème permet aussi d’augmenter la pagination de ce livre.

Je ne suis pas un escroc : j’annonce la couleur.

J’attends d’écrire la meilleure phrase de ce livre.

Le lecteur est probablement dans le même état que moi : une expectative de plus en plus molle, une démotivation progressive, une impatience polie qui tournera bientôt au haussement d’épaules.

Comme un trompettiste de jazz, je cherche la phrase bleue.

Il n’y a pas un monde d’avant et un monde d’après.

Il existait un monde avant, et aujourd’hui il n’y a plus de monde : en 2020, il n’y a plus rien, ni personne, nulle part.

Le monde se claquemure.

Nous avons été des cigales et maintenant il ne nous reste plus qu’à devenir fourmis – on va ramper, se terrer, se calfeutrer et regretter.

L’être humain a connu des hauts et des bas ;
Il va descendre à présent
À la cave pour longtemps.

Dans la grande cabane Bartherotte, l’armoire à doubles battants est entourée de masques africains.

Dans cette maison en bois inspirée des cabanes d’ostréiculteurs, les commodes XVIIIe contrastent avec les murs de pin.

Les vieux fauteuils sont recouverts de tapis devant la cheminée en pierre, alors que tout le reste est en bois qui craque.

De petites lampes à abat-jour jaunes imprimés de cartes géographiques sont disséminées partout dans le séjour, sur des guéridons où s’empilent les livres de photographies du Ferret et les vieux exemplaires du Chasse-Marée.

D’immenses paniers de rotin sont emplis de pommes de pin pour allumer le feu.

Au-dessus d’un piano Pleyel désaccordé, des gravures anciennes représentent des bateaux qui n’existent plus.

Au mur sont accrochées les photos jaunies d’ancêtres en maillot de bain ;
ils sourient encore
malgré leur mort.

Entre les grandes fenêtres ouvertes sur la mer, Martin Bartherotte a peint des danseuses africaines.

Dans le grand salon on trouve aussi cornes de buffles, poteries de terre cuite, assiettes de porcelaine dessinées, et la maquette d’un paquebot, et un buste d’aristocrate en marbre, des tortues métalliques, un crâne de gorille, des statues zouloues, des troncs d’arbres, une pirogue, une longue-vue, une armoire chinoise, un pouf marocain, une lanterne japonaise, des fusils de chasse, des accessoires de pêche, une paire de jumelles de la Kriegsmarine, et tout ce bric-à-brac sur fond de ressac donne le sentiment d’investir une caverne d’Ali Baba, pleine de trésors à embarquer sur un navire de pirates vers les mers du Sud, ou un grenier archivant le monde des siècles précédents, comme dans la première abbaye bénédictine, à Monte Cassino.

La décoration de la cabane me fait penser à ces capsules temporelles que des fous enterrent dans leur jardin pour sauvegarder quelques bribes de l’humanité après son extinction.

Je dis à Benoît : « Tu as accumulé tant de souvenirs… »

Il répond : « Ce ne sont pas des souvenirs mais de la sédimentation. »

Extraits
« Ce matin encore, plusieurs camions remplis de pierres sont venus déverser leur cargaison devant ma cabane, dans un fracas de tonnerre.
Ce qui est beau dans ce combat contre la nature, c’est sa vanité.
Bartherotte est le Sisyphe gascon.
Il préside l’ADPCEF: «l’Association de Défense de la Pointe du Cap Ferret».
Chaque jour, il pousse son rocher vers le fond de l’océan.
Et le lendemain, il recommence. » p. 40

« Tout est parti d’un tableau dans la vitrine d’une galerie, située à l’entresol de la maison de l’Infante, à Saint-Jean-de-Luz. L’artiste se nommait Thierry de Gorostarzu, le Edward Hopper basque. Un tableau en vitrine représentait un fauteuil Louis XV recouvert d’un coussin à rayures vertes et blanches, sous la tonnelle d’une cabane en bois, devant un bureau d’écrivain, avec un encrier, une plume, des carnets ouverts, trois livres anciens, sur une plage exotique.
Travailler dans des conditions pareilles est le rêve de tout écrivain.
J’avais l’impression de reconnaître cet endroit. » p. 46-47

« En regardant l’océan, je me rends compte que je voudrais écrire une phrase qui soit en quelque sorte comme son reflet miroitant, une phrase paisible et étincelante, qui ne raconte rien d’autre que son propre flot, qui aille et vienne, qui se contente d’exister sous le soleil, une phrase qui serait uniquement liquide, limpide, imposante mais sans prétention, une phrase qui vive, bouge, qui lèche la page comme l’écume sur le sable, une vague confiante et infinie qui avance et recule sur le blanc comme sur un banc de sable, de gauche à droite et recommence, inlassablement, son balancement de lettres, son parallélisme linéaire, son hypnose de mots, une phrase interminable qui fasse tourner la tête de son lecteur d’ouest en est et inversement, tel le spectateur d’un match de tennis à Roland-Garros, une phrase qui ferait tellement d’allers et retours qu’elle donnerait le tournis, une phrase qui obligerait à consulter un kinésithérapeute pour guérir d’un torticolis, et au masseur en blouse verte qui lui demanderait quel sport a pu causer une telle douleur à sa nuque, le blessé serait bien obligé d’en dénoncer le coupable: une phrase, docteur. » p. 52-53

« Mon père a été maladroit, blessant, absent, égoïste, et pourtant Je ne cesserai jamais de l’admirer.
Ma mère a été aimante, protectrice, présente, altruiste, et quand je la vois, je fais de gros efforts pour ne pas suffoquer.
L’âge ingrat dure toute la vie.
Le départ de ma fille aînée m’a brisé le cœur. C’est supposé être naturel, cette horreur?
Je ne veux pas que mes enfants grandissent.
On donne tout à un être et puis il s’en va vivre ailleurs, et on devrait s’en réjouir
Cette Peine infinie, je passe mes jours mes nuits ne pas l’accepter. » p. 109

« Je suis né près de Paris en 1965 d’un père chasseur de têtes et d’une mère éditrice de romans d’amour. Vers l’âge de six ans, mes parents ont divorcé et j’ai été élevé par ma mère avec mon grand frère. Pourquoi le divorce est-il un événement si grave? C’est pourtant simple à comprendre: les deux personnes que vous aimez le plus au monde ne s’aiment plus. L’amour circule d’une nouvelle façon. » p. 115

« Ma mère a eu plusieurs amants après son divorce (…) Il y a eu un aristocrate fauché, un Hongrois marié qui s’est défenestré, un barbu mort d’un cancer, un playboy de chez Castel. Ces papas successifs, à moi aussi ils ont été arrachés.
Je n’ai cessé toute ma vie de m’attacher à des hommes plus âgés, que ce soit mes patrons, ou des mentors, des modèles que je considérais comme des pères de substitution, et qui m’ont servi de guides: Denis Tillinac, Philippe Michel, Bruno Le Moult, Thierry Ardisson, Jean Castel, Jean-Claude Fasquelle, Edmond Kiraz, Jean-Marie Périer, Michel Denisot, Alain Kruger, Jean-Yves Fur, Michel Legrand, Daniel Filipacchi, Albert Cossery, Paul
Nizon.… Benoit Bartherotte. Je suis un enfant qui veut qu’on l’adopte.
Toute ma vie je me suis cherché des maîtres, comme un chien abandonné. » p. 117

« Mon paradoxe peut être résumé ainsi: j’ai fui l’embourgeoisement en choisissant une vie d’artiste, critiqué mon milieu d’origine, fréquenté des gauchistes, renié ma famille et mon milieu social, flingué tous mes employeurs (l’agence de publicité, la télévision, la radio) — tout cela pour finir par épouser une Genevoise, vivre à la campagne dans le même village que mes grands-parents, fonder une famille à où mes parents se sont mariés et écrire au Figaro.
Je me suis vacciné contre la curiosité.
Mon frère Charles a essayé de se passer de Guéthary.
Lui non plus n’y est pas parvenu: il y a trouvé une maison à son tour.
Passé la cinquantaine, il est compliqué de s’éloigner de ses origines; avant de crever, on a besoin de se réconcilier avec soi. » p. 134

« J’ai appris à reconnaître sittelles, pics-verts, mésanges, tourne-pierres ; les rouges-gorges, c’est plus facile. Je considère les oiseaux comme un message de Dieu ; je n’ai pas vraiment la foi mais ils m’encerclent, me frôlent de leurs ailes, se posent près de moi et me regardent comme s’ils cherchaient à me convaincre. Bientôt un arc-en-ciel couronne la Pointe d’est en ouest comme si j’avais emménagé à l’intérieur d’un juke-box Wurlizer des années 1950. Le soleil d’automne crée un mille-feuilles de roses et de bleus superposés dans le ciel pastel du bout du monde. Benoît est le seul homme que je connaisse qui a créé son propre paradis artificiel. Sa digue est la plus haute d’Europe, se vante-t-il : « quarante mètres !Plus haute que les hollandais ! »Puisqu’il n’y avait pas de falaise au Ferret, Benoît a décidé de créer la sienne : un Étretat sous-marin. La pluie à grosses gouttes espacées gifle les pommettes et mouille la barbe ainsi qu’un chien qui s’ébroue. Les cabanes ont fusionné avec les arbres et les vignes vierges comme dans les contes de fées où les branches entrent par les fenêtres, les troncs grandissent dans le salon et sortent par les toits. Habiter un organisme vivant est le fantasme de tout citadin…et son cauchemar aussi. La terre scintille le matin et sèche le soir. La première lumière est multicolore, ensuite le ciel s’uniformise, il choisit la lueur et s’y tient, mais pendant toute l’aurore, il aura tergiversé entre la parme et le rose, comme mon grand-père, au moment de s’habiller, devant son placard de chemises. Mes enfants mangent toutes ces choses que je mangeais à leur âge et ne peux plus manger aujourd’hui : éclairs au chocolat, Dragibus, Cornetto vanille, chouchous… »C’est quoi, ça » me demande ma fille de cinq ans, en désignant du doigt un capteur de glycémie collé sur mn bras. Je ne peux tout de même pas lui répondre que c’est ma mort en route. Le mot que j’emploie le plus souvent avec mes enfants est « attention ». Attention, tu vas te brûler la main, attention, tu vas faire tomber ton petit frère, attention, tu vas te casser le bras, oups, trop tard. Un dimanche-soir, mon père avait dévalisé avec moi le magasin de magie de la rue des Carmes. J’adorais faire des tours de magie. A neuf ans si l’on m’avait demandé ce que je voulais faire plus tard, j’aurais répondu magicien. Je regardais l’émission de Gérard Majax : « Y a un truc » sur Anne 2 et je j’apprenais à faire disparaître une pièce de un franc, à retrouver un as de pique et à cacher un œuf dans ma manche. Mon père nous a raccompagnés rue Monsieur le Prince. Il restait dans sa voiture et nous étions censés monter chez notre mère et ouvrir la fenêtre pour lui faire signe que nous étions bien arrivés. Je ne comprenais pas bien l’utilité de ce manège. S’il craignait qu’on se perdre dans l’immeuble ou qu’on se fasse kidnapper dans la cour par un voisin pédophile, pourquoi ne nous accompagnait-il pas jusqu’à la porte du troisième étage ? Ce système présentait deux avantages : il lui éviter de se garer et de voir ma mère. Ce soir-là, avec tous nos cadeaux de magiciens, nous sommes rentrés dans l’appartement de maman et avons oublié de faire signe à la fenêtre à papa qui attendait en bas dans la rue. Avec Charles, nous étions bien trop occupés à déballer les coffrets de prestidigitation. Soudain nous avons vu notre père débarquer comme une furie dans l’appartement et reprendre tous ses cadeaux en hurlant : « Sales gosses ! Moi je peux attendre en bas, vous vous en foutez ! Je reprends les cadeaux ! Égoïstes ! Enfants gâtés ! ». Je me souviens encore de notre crise de larmes. Je n’ai plus jamais fait de tour de magie. C’est à ce jour la seule fois où j’ai vu mon père s’énerver ( avec celle où j’ai entaillé avec un couteau à pain le bar en bois de Verbier). C’est ce soir-là que Charles a dit à mon père cette phrase que je n’ai jamais oubliée : « Il faudrait que tu te souviennes que nous ne sommes que des enfants ».

À propos de l’auteur
BEIGBEDER_Frederic_©DR_SIPAFrédéric Beigbeder © Photo DR – SIPA

Frédéric Beigbeder est auteur de onze romans, dont le célèbre 99 Francs, Windows on the world (Prix Interallié, 2003), Un roman français (prix Renaudot, 2009) et L’Homme qui pleure de rire (2020); réalisateur de L’amour dure trois ans (2011), et de L’Idéal (2016, adaptation par l’auteur de son roman Au secours pardon) ; scénariste de cinq films et documentaires ; critique littéraire au Figaro Magazine et au Masque et la plume. (Source: Éditions Grasset)

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L’été en poche (25)

AUTISSIER_Soudain_seuls_P

Soudain, seuls

En 2 mots
Leur voilier disparaît dans la tempête: comment un couple survivra-t-il sur une île perdue dans l’Atlantique Sud? Car le paroxysme des situations et la violence du conflit intérieur ne pourra laisser personne indifférent. Violent, cruel, somptueux!

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Macha Séry (Le Monde)
« L’écrivaine possède ce style épuré qui sert une intrigue en apparence d’une grande simplicité et le sens de la nuance nécessaire pour formuler l’ambivalence des sentiments. Ainsi parvient-elle, dans ce récit survivaliste, à la fois sobre et précis, à renouveler le mythe rebattu du naufrage et de la robinsonnade. Ce qui n’était pas une mince gageure. »

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Présentation du livre par l’auteur. © Production Tébéo.

Soudain, seuls

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Soudain, seuls
Isabelle Autissier
Stock
Roman
252 p., 18,50 €
ISBN: 9782234077430
Paru en mai 2015

Où?
L’action se déroule principalement au milieu de l’océan Atlantique, par plus de 50° Sud sur l’île australe de Stromness, après avoir navigué sur un voilier venu de Cherbourg, en passant par les Canaries, les Antilles, le Brésil, l’Argentine, la Patagonie. Les souvenirs et la seconde partie se situent également à Stanley, aux Falkland, à Antony, à Paris, dans les Alpes, à Glasgow et sur l’île de Jura.

Quand?
Le roman se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un couple de trentenaires partis faire le tour du monde. Une île déserte, entre la Patagonie et le cap Horn. Une nature rêvée, sauvage, qui vire au cauchemar.
Un homme et une femme amoureux, qui se retrouvent, soudain, seuls.
Leurs nouveaux compagnons : des manchots, des otaries, des éléphants de mer et des rats. Comment lutter contre la faim et l’épuisement ? Et si on survit, comment revenir chez les hommes ?
Un roman où l’on voyage dans des conditions extrêmes, où l’on frissonne pour ces deux Robinson modernes. Une histoire bouleversante..

Ce que j’en pense
****

Un vrai coup de cœur ! Voilà sans doute l’un des livres les plus forts qu’il m’a été donné de lire cette année. Le combat pour la survie de Louise et Ludovic offre à Isabelle Autissier à la fois l’occasion de parler de sa passion, la voile, et de s’interroger avec le lecteur sur son comportement en situation extrême.
Le résumé du livre est dramatiquement simple : Un jeune couple décide d’abandonner pour quelques temps leur routine, leur appartement du XVe et leur projet d’enfant, pour se lancer dans une expédition sur les mers du globe. Après avoir traversé l’Atlantique et longé l’Amérique du Sud et la Patagonie, ils prennent la direction du Cap Horn.
En route, ils s’offrent une excursion sur Stromness, aujourd’hui bout de terre abandonné et paradis de la faune locale.
Mais au retour de leur escapade sur l’île interdite, les conditions de mer sont devenues trop mauvaises. Ils décident de se réfugier dans les vieux entrepôts baleiniers pour y passer la nuit. Quand au petit matin la tempête s’est calmée, ils découvrent avec effroi que leur bateau a disparu. Le piège s’est refermé. La lutte pour la survie peut commencer.
Le coup de génie d’Isabelle Autissier consiste à nous montrer l’évolution psychologique de chacun des protagonistes. Car il devient vite évident que Louise et Ludovic ne «fonctionnent» pas de la même manière et que dans une telle situation, les chamailleries se transforment vite en opposition. Le vernis des conventions – on va s’en sortir ensemble – va bien vite s’éroder pour laisser les chairs et les cœurs à vif. Tant que le plan de survie fonctionne, qu’ils allient leurs forces pour trouver des conditions de survie plus ou moins acceptables, on admire leur courage et leur volonté. Mais au fil des jours, alors que les conditions climatiques s’aggravent, que l’arrivée d’éventuels sauveteurs devient de plus en plus improbable et que le régime alimentaire restreint commence à laisser des traces sur les organismes, les options se restreignent jusqu’à cette cruelle question : vaut-t-il mieux mourir à deux ou survivre tout(e) seul(e) ?
Question que chaque lecteur sera appelé à trancher et qui le hantera longtemps après avoir refermé le livre. Car le paroxysme des situations et la violence du conflit intérieur ne pourra laisser personne indifférent.

Autres critiques
Babelio
Paris-Match
RTL (Les livres ont la parole, Bernard Lehut)
BibliObs
Blog Que lire ?
Blog Les lectures du Hibou

Extrait

« L’odeur ne ment pas. Celle de cette nuit lui dicte de fuir, de repousser Ludovic, tout de suite.
Dans les grands moments, pense Louise, l’humain est seul. Devant la vie, la mort, les décisions suprêmes, l’autre ne compte plus. Elle doit l’oublier et juste vivre. C’est son droit le plus absolu, c’est son devoir envers elle-même.
La nuit est toujours aussi noire et calme. Seul couve l’œil rouge du poêle qu’ils n’éteignent jamais. C’est son tour d’y veiller. Ludovic ne va donc pas s’alarmer, dans son sommeil, qu’elle se lève et fourgonne dans la pièce. Elle récupère sa veste et ses chaussures, l’un des couteaux les mieux affûtés, balance une seconde avant de saisir le briquet, puis l’empoche. A tâtons elle attrape le carnet, le stylet, l’encre et une bougie qu’elle allume avant de recharger le feu.
Dans l’atelier, elle griffonne :
« Je pars chercher du secours. Je reviens au plus dans une semaine. »
Elle ne sait plus si cette dernière phrase est vraie, elle voudrait le croire, ou au moins faire semblant.
Elle hésite et ajoute :
« Prends soin de toi, je t’aime. »
A ce moment précis, elle ne l’aime pas. Il lui est même indifférent, mais elle a pitié de lui. Son départ va le dévaster. Elle lâche ce dernier mot comme une aumône. » (p. 129-130)

A propos de l’auteur

Isabelle Autissier est la première femme à avoir accompli un tour du monde à la voile en solitaire. Elle est l’auteur de romans, de contes et d’essais, dont Kerguelen (Grasset, 2006), Seule la mer s’en souviendra (Grasset, 2009),
L’amant de Patagonie (Grasset, 2012), et, avec Erik Orsenna, Salut au Grand Sud (Stock, 2006) ainsi que Passer par le Nord (Paulsen, 2014). Elle préside la fondation WWF France. (Source : Editions Stock)

Site Wikipédia de l’auteur

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