Quand Dieu apprenait le dessin

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En deux mots:
Pour asseoir son autorité le Doge Justinien envoie ses hommes à Alexandrie pour y dérober les reliques de Saint Marc. Ce qui nous offre une expédition mouvementée, un portrait saisissant des mœurs au IXe siècle et nous permet de découvrir les origines de Venise, la Sérénissime.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Naissance de la Sérénissime

La quête des reliques de Saint Marc permet à Patrick Rambaud de nous offrir un grand roman d’aventures et une belle fresque historique.

C’est dans un autre roman qui connaît actuellement un grand succès que j’ai trouvé le résumé de ce nouvel opus de Patrick Rambaud. Jean d’Ormesson dans Et moi, je vis toujours revient sur la genèse de l’une de ses villes préférées : « Née, dans un paysage ingrat au milieu des marais, d’un afflux de réfugiés chassés d’Aquileia, vous le savez déjà, par les Huns d’Attila, Venise est le triomphe du génie des hommes sur l’hostilité de la nature. Non, je ne vous parlerai pas de la basilique Saint-Marc qui doit son existence et son nom aux reliques de saint Marc l’évangéliste ramenées de Palestine, au risque de leur vie, par des marins vénitiens qui les avaient dissimulées sous de la viande de porc. » Or, c’est précisément à ses marins vénitiens que s’intéresse Patrick Rambaud, à leur malice et à leur intrépidité qui leur permirent de mener à bien leur projet un peu fou.
Mais avant d’en venir à cette belle relation d’un voyage à hauts risques, disons quelques mots d’une œuvre classique qui explique le titre du livre, le Décaméron de Boccace. Dans la sixième nouvelle de la sixième journée, on nous explique que « Dieu a créé les Baronci au moment où il faisait son apprentissage de peintre. Les autres hommes, il les a faits quand il savait déjà peindre. » Nous voici par conséquent revenus à cette époque où Dieu apprenait le dessin, où il tâtonnait encore, où il lui fallait encore affiner ses premières esquisses. Nous voici en 828.
Pour asseoir son pouvoir le Doge Justinien a une idée susceptible de calmer les Romains et les autorités religieuses en leur apportant la preuve qu’ils sont au même niveau de dévotion. Il veut offrir à ses fidèles une relique et confie à ses meilleurs hommes le soin d’aller dérober celle de Saint-Marc en terre impie: « Je vous sais rusés, débrouillez-vous mais rapportez ici la relique de l’évangéliste par tous les moyens! Sous la protection de saint Marc nous pourrons traiter à égalité avec Rome. Et nous fondrons une République de mille ans!»
Avec un amuse-bouche intitulé «La peur», l’auteur nous dresse un état des lieux dans les mœurs de l’époque. On peut les résumer abruptement en disant que le plus fort a toujours raison. Sur les pas des Vénitiens s’aventurant vers Mayence, on ne va pas tarder à s’en rendre compte. Ce sera aussi l’occasion pour ce détachement de faire une démonstration de son habileté à ruser. Une qualité qui va devenir indispensable dans la seconde partie, « Le pouvoir ». On y sent l’auteur des chroniques de Nicolas 1er et de François le Petit, désormais habitué à analyser les intrigues de pouvoir, dans son élément. Avec une jubilation non feinte, il nous détaille les moyens – souvent peu recommandables en terme de justice, de loyauté ou d’équité – mis en œuvre pour régner.
Mais c’est avec la trosième partie, « L’aventure » que je me suis le plus régalé. Dans les ruelles d’Alexandrie, sur la piste de ces reliques convoitées par les deux émissaires, Marino Bon et Rustico, on savoure, on tue, on s’amourache, on s’enivre au point d’oublier sa mission première, ou presque. Mais au bout du compte, on mettra bien la main sur ce que l’on pourra présenter comme les reliques authentiques. À moins que le titre du dernier chapitre, « La légende » ne soit aussi ne mise en garde sur la véracité historique de cette expédition. Mais qu’importe, l’essentiel n’est-il pas de «construire le roman national» comme on a pu l’écrire de l’histoire de France. Dans cette mission là, Patrick Rambaud est inégalable!

Quand Dieu apprenait le dessin
Patrick Rambaud
Éditions Grasset
Roman
288 p., 19 €
EAN: 9782246814863
Paru le 10 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en Italie, à Venise et dans les environs, à Torcello, Mamoniga, Scorpetho, Pavie mais aussi à Constantinople, Alexandrie ainsi que dans les Vosges, en route vers Mayence.

Quand?
L’action se situe au IXe Siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Au début du IXe siècle, « nous étions à l’âge des ténèbres. Le palais des doges n’avait pas encore remplacé la lourde forteresse où s’enfermaient les ducs. Les Vénitiens étaient ce peuple de marchands réfugiés dans les lagunes, pour se protéger des barbares. Ils ne voulaient pas affronter des ennemis mais cherchaient des clients: aux uns, ils vendaient des esclaves, aux autres du poivre ou de la soie. Leur force, c’étaient les bateaux – dans une Europe encore aux mains des évêques et des Papes. »
Venise la récalcitrante excite les convoitises et s’exaspère du pouvoir de Rome. Le 31 janvier 828, le doge de Rialto envoie deux tribuns en mission à Alexandrie pour ramener par tous les moyens la dépouille momifiée de saint Marc… Sous la protection d’un évangéliste de cette renommée, Venise pourra traiter d’égale à égale avec Rome et fonder ainsi une république de mille ans… Le roman d’une époque méconnue, racontée avec brio et ironie par Patrick Rambaud.

Les critiques
Babelio 
Paris-Match (Gilles Martin-Chauffier)
La Revue l’Éléphant (Lola Jordan)
Dans quelle éta-gère (monique Atlan)
Le littéraire.com (Serge Perraud)
Les Échos (Thierry Gandillot)
Blog DOMI C LIRE
Blog The unamed bookshelf 

Patrick Rambaud présente son roman Quand Dieu apprenait le dessin. © Production People Network

Les premières pages du livre 
« Pour Tieu Hong bien sûr,
Pour Henri de Régnier,
Pour mes amis de Venise, pour la petite dame du Rialto qui vend au printemps des artichauts minuscules, pour le fabricant de bottes de San Stefano, pour la patronne de La Rivetta qui m’a dépanné un dimanche soir avec une bouteille de Soave, pour les patrons d’Alla Frasca, près de la maison du Titien, qui réussissent une brandade de morue sans pareille, pour le facteur Cheval de Burano qui a un autographe de Gina Lollobrigida, pour le train qui arrive au matin à Santa Lucia, pour ce vieux monsieur impeccable dans son loden vert qui vient s’asseoir chaque jour à la même heure sur un banc des Zattere et ne regarde nulle part.

La peur
Dans l’île de Torcello, en 827, le tribun s’appelle Rustico. Son nom le résume: c’est une âme rude; il sait que la terre est plate et que la nef reconstruite de Santa Maria Asunta doit en marquer le centre. Rustico vit dans la certitude. Quand il regarde un arbre il a un œil de charpentier. Quand il regarde un poisson il a faim. Quand il regarde l’Adriatique il mesure la hauteur des vagues et la force du vent. Quand il voyage il cherche à ne pas se faire tuer. Quand il croise un inconnu il se demande d’où peut venir l’attaque. Au physique il a un nez trop long, des moustaches en crocs, des mains assez larges pour manier une hache, tirer un cordage ou emmaller des pièces d’or. Il sourit peu à cause de ses dents poussées de traviole, parce qu’il a acquis le sens des jolies choses à Constantinople en y étudiant les icônes, la grammaire et la prosodie. Il en a aussi ramené sa femme Kassia, fille de Phocas, un Byzantin riche qui fabrique des fours à pain. Lui-même a hérité de maisons, de cours et de jardins à Torcello. Il possède des forêts en terre ferme, des pâturages près de Mamoniga, quelques vignes à Scorpetho et deux bateaux de commerce ventrus capables de franchir la Méditerranée. Quelquefois il doit quitter son île pour une expédition commerciale.
Aujourd’hui il traverse les Vosges avec une caravane de marchandises précieuses. Dans les taillis, la capuche sur le front et l’œil à demi clos, avec son gilet de fourrure poils en dedans, il ne bronche pas. Il écoute de tout son corps. Sans nerfs. Il serre son javelot. La forêt est épaisse, le vent n’y pénètre pas et les sons s’y étouffent. Même la source qui glisse entre les pierres plates, on ne l’entend pas chanter. Soudain, vers l’ouest, Rustico perçoit un léger piétinement que la mousse engourdit, puis des craquements de brindilles. Les chèvres sauvages ont soif même si elles ont peur, en voici une, deux, plusieurs, inquiètes. La première renifle mais les chasseurs qui guettent ont une odeur rassurante: ils sentent le bouc. Une autre chèvre arrache les feuilles d’un arbuste, alors Rustico lance brutalement son javelot en poussant un cri. La bête se raidit et tombe, le ventre percé, et le sang gicle dans le ruisseau, une pluie de javelots s’abat sur les chèvres sauvages, cloue celle-ci contre un chêne, en fait déraper une autre sur les rochers humides. Les hommes sortent des broussailles et achèvent leur travail au couteau. En égorgeant sa chèvre, qu’il maintient d’une main par les cornes, Rustico reçoit sur le bras un jet de sang chaud. Il plonge maintenant son poignard de chasse dans la panse agitée de spasmes, on entend craquer les côtes sous la lame de fer. Les boyaux sortent. Chacun lave son javelot à même la source et vide les carcasses pour qu’elles soient moins lourdes à emporter jusqu’au camp provisoire. Puis ils s’en vont en tirant leurs chèvres par les pattes, laissant après eux une traînée rouge sur la mousse et les feuilles basses. Déjà les corbeaux se chamaillent en jacassant autour des intestins.
Ces hommes appartiennent tous au duché de Venise et voyagent ainsi depuis trois semaines dans les forêts, les tourbières dangereuses, la pierraille et les taillis serrés qu’ils ouvrent parfois à l’épée. Ils en ont assez de ces montagnes froides. « C’est encore loin, Mayence? » Le guide indigène, qui n’a pas de nez, bredouille en latin approximatif qu’après le monastère de Saint-Gandulf on y arrivera en une semaine si le Rhin est à nouveau navigable. Il n’est pas fiable, ce montagnard. On ne lui a pas coupé le nez pour rien. La nuit dernière on l’a surpris assis sur une peau de brebis fraîchement dépecée, le côté sanglant sous les fesses. Il a dû s’expliquer: le moyen, a-t-il dit, est infaillible pour que les démons sortent de terre. À Mayence, si on y arrive, on va se débarrasser du bonhomme. Pourquoi voulait-il que les démons sortent de terre? Comme s’il n’y en avait pas assez dans ces maudites forêts.
C’est la première fois que des marchands vénitiens s’aventurent si loin vers le nord. Jusqu’à présent ils se contentaient de livrer leur sel et les soieries orientales à Pavie, en remontant le Pô sur leurs barges. Déjà les Syriens et les Grecs n’avaient plus le monopole des épices d’Alexandrie, et les marins de Rustico avaient ramené d’Égypte du poivre, de l’encens, des teintures, des tissus brodés d’or qu’ils espèrent vendre cher aux barbares de Germanie. Ces produits si rares, peu encombrants, on pouvait en bourrer les navires et en tirer des fortunes. »

ExtraitS:
« Les croyances, toutes les espèces de croyances génèrent le désordre. Si tu crois, tu veux persuader ceux qui ne croient pas aux même choses que toi, tu t’imposes, tu légifères, tu ordonnes. Tous nos malheurs viennent de ces conflits lamentables et diaboliques. Ouvre les yeux, regarde autour, souviens-toi de ton périple vers Mayence, souviens-toi de Théodore, des amusements de Soulaymâne que seule retient sa sagesse mais jusqu’à quand? Les religions sont les manufactures où se fabriquent des monstres. Elles provoquent acharnement, délation, haine, meurtre, mépris, interdictions, rigidité, extermination, hécatombes, perversité, illusion, enfantillages…Quelle confusion !
– Arrête de parler, Marino, tu te fatigues en vain. »

« Comme c’est vilain, dit Thodoald.
– Silence ! commande Rustico. Un peu de respect pour le coude de sainte Werentrude que les parents de cette enfant ont mise à la broche !
– Elle n’avait qu’à se convertir à l’islam, dit Thodoald. Elle serait morte de vieillesse.
– Sûrement, mais elle ne serait pas sainte.
– Je sais : il faut choisir… »

À propos de l’auteur
Né à Paris en 1946, Patrick Rambaud est écrivain. On lui doit entre autres, chez Grasset, La Bataille (Grand prix du roman de l’Académie française et prix Goncourt), et une suite de célèbres chroniques sur la présidence de Nicolas 1er et de François le Petit. (Source : Éditions Grasset)

Site Wikipédia de l’auteur

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Mille soleils

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En deux mots:
Wolfgang, Vadim, Simon et Alexandre vont être victime d’un accident de voiture sur les pistes d’Argentine. Un choc terrible qui va faire vaciller leurs certitudes et leur rapport à la vie.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Voyage au bout de l’enfer

Une journée particulière pour quatre hommes, victimes d’un accident sur les routes argentines. Un huis-clos bouleversant.

7h 35. Une journée pas tout à fait comme les autres commence pour Wolfgang, Vadim, Simon et Alexandre. Les quatre hommes se retrouvent pour rejoindre Mendoza où un avion doit les mener jusqu’à Buenos-Aires. Au fil des pages, nous allons découvrir le parcours de chacun d’eux, les liens qu’ils ont noués, leurs projets respectifs. Vadim, chercheur en physique des particules, prend le volant aux côtés d’Alexandre qui a installé les panneaux solaires du centre de recherche. Avec eux voyagent aussi Wolfgang, un astrophysicien, «spécialiste des noyaux actifs des galaxies et des rayons cosmiques» ainsi que Simon, chargé de rédiger un article sur les rayons cosmiques pour le CNRS. « Ils sont partis à 8h 30. Ils avaient 450 kilomètres de route à parcourir, dont 200 km de piste. Ils viennent de passer la borne rouge et blanc qui indique le kilomètre 3456 de la route qui symbolise l’Argentine tout entière, et traverse le pays sur 5224 kilomètres, de l’extrême sud de la Patagonie jusqu’à la provience de Jujuy à la frontière bolivienne: la route 40.»
Rien de particulier à signaler durant la première heure de route, si ce n’est la vitesse de croisière de Vadim, un peu trop rapide pour cette piste empruntée par le Paris-Dakar un mois plus tôt.
À 9h 21, ils croisent une routarde hirsute qui a campé sur le bord de la route et qui leur adresse un petit salut auxquelles nos machos répondent par un nuage de poussière. Mathilde, sur laquelle nous reviendrons, s’en souviendra.
À 9h 23 min 58 s « C’est la fin du voyage. La voiture bondit. Elle sort de la piste, elle pulvérise des cailloux sur le bas-côté et le choc brutal renverse instantanément le Suzuki. Il part en tonneaux. A l’instant qui précède le premier impact, Alexandre essaie de se tenir à la poignée du plafonnier et Wolfgang et Simon sont suspendus, en lévitation au-dessus de leurs sièges, les yeux mirés sur la trajectoire erratique de la voiture. Personne ne prononce le moinde son, pas de houlà, pas d’insulte, pas de putain, pas de merde, pas le temps.
Après le premier choc d’une violence extrême, la voiture se met à tourner sur elle-même dans le sens des aiguilles d’une montre. Elle frappe d’abord sur le côté droit de l’habitacle, du côté d’Alexandre et de Wolfgang. Dans un bruit de tôle froissée, elle cogne cinq, six, sept fois le sol désertique. »
Le roman prend alors une toute autre dimension. À compter du moment où on voit la mort de près, on est un autre homme. Il y a cet instinct de survie, ce besoin de bouger pour voir si la mécanique répond toujours, l’envie de se confier ou encore, la névessité de laisser un message, de donner une image de soi plus juste.
Alexandre, sur son brancard, théorise sur les femmes qui sont passées dans sa vie, sur l’amour «qui existe puisqu’on l’a inventé» et pense à Léna qu’il a rencontré sur la route. Ne se fourvoie-t-il pas avec son besoin maladif d’être aimé ? «Ne pourrait-on pas vivre heureux sans amour, concentré sur ses tâches, libéré des baisers ?»
Wolfgang, quant à lui, n’est pas surpris outre mesure. Cela tient sans dout edu miracle qu’à 58 ans il soit encore en vie, car il a failli perdre la vie à de nombreuses reprises, à commence rpar le jour de sa naissance ! De là vient sans doute aussi son goût pour la rêverie solitaire.
Simon ressemble le plus à l’auteur qui confiera qu’il a aussi été victime d’un accident en Argentine : « Il y a eu un mort, j’étais vraiment à la place à côté du mort et j’ai vraiment marché des kilomètres. »
Parti chercher des secours, il va croiser Mathilda qui, elle, a choisi sa galère. « À 59 ans, un beau jour de novembre, Mathilda n’est pas rentrée chez elle. Elle a laissé deux messages brefs, un à son mari (« ne me cherche pas ») et un à ses enfants (« je vous aime »). Elle a vidé son compte en banque, elle s’est acheté de nouveaux vêtements, elle a pris un billet d’avion pour Anchorage, loué une voiture, vivoté de motel en motel pendant quelques semaines, avant de devenir l’heureuse propriétaire d’un vélo VTL de marque Raleigh avec lequel elle a parcouru du nord au sud, de l’Alaska à l’Argentine, pas loin de 13000 kilomètres. Elle en a bavé. »
La confrontation des parcours respectifs des protagonistes est saisissante. Jusqu’à 22h 10, au terme de cette journée quelques certitudes vont vaciller, quelques itinéraires vont dévier de leur trajectoire.
Si nous sommes ici dans un registre totalement différent des souvenirs d’enfance d’Un parfum d’herbe coupée, on retrouve cette faculté de l’auteur à raconter des histoires, également présente dans Le goût du large. Une jolie performance, surout lorsque l’on sait que parallèlement Nicolas Delesalle s’est beaucoup investi dans le lancement de l’ebdo, en kiosque ce 12 janvier, un «journal d’information, sans pub, indépendant et inspirant» a qui nous souhaitons également bon vent !

Mille soleils
Nicolas Delesalle
Éditions Préludes
Roman
256 p., 15,60 €
EAN: 9782253107873
Paru le 10 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en Argentine, sur la route menant de Malargüe vers Mendoza. On y évoque aussi Paris, Anchrorage, l’Allemagne, Johannesburg, le Pérou, la Bolivie, Venise et Yakoutsk, «la ville la plus froide du monde».

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Ils sont quatre, réunis en Argentine par le travail et des passions communes. Vadim le taiseux aime la physique des particules, et le bel Alexandre a installé des panneaux solaires sur les 1 600 cuves de l’observatoire astronomique de Malargüe. Avec ses yeux clairs, Wolfgang est un astrophysicien rêveur, spécialiste des rayons cosmiques d’ultrahaute énergie. Quant au jeune Simon (qui consulte toujours Clint Eastwood avant de se décider), il doit écrire un article sur ces rayons pour le CNRS. Ils ont quelques heures pour parcourir 200 kilomètres de piste et prendre leur avion à Mendoza. Pourtant, en une seconde, leur existence va basculer.
Que faire quand le drame survient et que, du haut d’un volcan, seul le ciel immense de la pampa vous contemple ?
Avec ce huis clos à ciel ouvert, Nicolas Delesalle signe une histoire d’une intense émotion parcourue de paysages sublimes, d’instants tragiques mais aussi d’humour et de poésie. Un roman envoûtant, qui reste longtemps en tête une fois le livre refermé.

Les critiques
Babelio
Berthine magazine (entretien avec l’auteur)
L’Etudiant autonome
Blog Libellule livresque


Nicolas Delesalle présente son ouvrage Mille Soleils © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Réveil, douche, serviette, caleçon, jean, tee-shirt, chaussures, lacets, petit déjeuner. Une tartine, un café. Quelques mots échangés du bout des lèvres. Il est trop tôt. L’homme est une esquisse au réveil, un brouillon. Brossage de dents face au miroir. Observation de la mise. Se regarder sans se voir. La valise est prête : trois chemises sales, deux tee-shirts sales, cinq caleçons et paires de chaussettes sales, un jean louche, un pull propre, deux bouteilles de vin argentin, une trousse de toilette, un rasoir mécanique, de la mousse fraîcheur mentholée, une brosse à dents souple, profilée comme la coque d’un voilier de course, un tube de dentifrice, un flacon de parfum, un déodorant, un coupe-ongles. Les draps sont froissés, roulés en boule. Laisser la chambre d’hôtel sans espoir de la revoir. Oublier un livre dans les toilettes. Un dernier regard pour dire mentalement adieu aux objets, le lit deux places en bois sombre, la lampe de chevet à l’abat-jour jaunâtre, le parquet qui craque, le faux tapis persan bon marché, la grande armoire massive en bois de peuplier, le plafond bleu indigo. Sortir. Un couloir, deux bibelots : un vase en laiton et une statuette de femme accroupie et lasse. La porte blanche de la maison est déjà entrouverte. Le chemin est dallé. Les sacs sont lourds. Chargement dans le coffre, en bon ordre. Monter en voiture. S’asseoir confortablement. Étendre ses jambes. Le voyage sera long. Les portières claquent. Une clé s’enfonce dans la fente prévue à cet effet. Compression, essence, étincelle, explosion. Le moteur démarre. Des gens dehors disent au revoir. Ils sourient. Les mains se dandinent de gauche à droite, de droite à gauche. La voiture s’ébroue, tousse comme un fumeur à l’aube, puis trouve sa voix et traverse la ville endormie. Ici ou là, une insomnie éclaire la fenêtre d’une maison basse sans toit. Grande ligne droite, vieil asphalte des années 1960 ou 1970, granuleux, couvert de rustines de bitume plus foncé. De moins en moins de maisons et de lampadaires. Ça y est. La ville est loin derrière, petit éclat qui s’estompe peu à peu. Les phares fendent la nuit en deux blocs d’encre noire. Dans le ciel, les galaxies des Nuages de Magellan ont disparu depuis longtemps. La route tire de longs segments au milieu d’un désert de terre craquelée, de crottin de cheval et de broussailles. Lentement, une lueur pâle et violacée se hisse à l’est, elle gonfle, elle gomme les étoiles une par une, et elle embrase l’horizon. Et puis, après quelques minutes de vide, il se passe quelque chose. La journée change de nature. À partir de cet instant-là, chaque seconde compte, celle d’avant, celle d’après et toutes les autres. »

À propos de l’auteur
Né en 1972, grand reporter à Télérama pendant quinze ans, directeur de l’ouvrage Télérama 60 ans publié aux Arènes, Nicolas Delesalle est l’auteur d’Un parfum d’herbe coupée et du Goût du large. Mille soleils est son troisième roman. Il est à présent rédacteur en chef d’Ebdo. (Source : Éditions Préludes)

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L’été en poche (7)

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Le grand marin

En 2 mots
Lili décide quitter la Provence pour pêcher en Alaska. A bord du Rebel, elle va découvrir des conditions de travail dantesques, un peu d’amour et le goût de l’absolu. Au-delà du récit d’aventure, cette quête ultime est tout simplement un grand roman.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Jérôme Garcin (BibliObs)
« Cette héritière sauvage de Conrad et Melville, qui écrit «J’aurais voulu être un bateau que l’on rend à la mer», a composé, sous sa yourte provençale, un étourdissant et rugissant premier livre dont la prose évoque l’inquiétant mugissement d’une corne de brume. »

Vidéo


Catherine Poulain présente son ouvrage «Le grand marin» © Production librairie Mollat.

L’été en poche (2)

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L’île du Point Némo

En 2 mots
Jean-Marie Blas de Roblès nous livre ici un superbe hommage aux romans d’aventure et de suspense qui ont bercé sa jeunesse en nous permettant de repartir pour une expédition qui convoque tous les maîtres du genre. On se régale à suivre un groupe de personnes originaux sur la trace du voleur du plus gros diamant du monde.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières pages du livre


Les premières pages du livre lues par l’auteur © Production Editions Zulma

L’avis de… Marianne Payot (L’Express)
« C’est un festival, une odyssée au coeur de la fiction, à laquelle le lecteur, dans son éternelle jeunesse, ne peut qu’adhérer s’il accepte de se laisser embarquer dans un futur antérieur de belle facture, non dénué de réflexions sur le pouvoir, la littérature, Internet… »

Vidéo

Rencontre avec Jean-Marie Blas de Roblès pour L’Île du Point Némo © Production Transfuge Magazine.

Soyez imprudents les enfants

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Soyez imprudents les enfants
Véronique Ovaldé
Éditions Flammarion
Roman
352 p., 20 €
EAN : 9782081389441
Paru en août 2016

Où?
Le roman est principalement situé en Espagne dans la région de Bilbao, à Barales, Uburuk, Zumaburga, Izoriaty, Salvatierra, Puerto Carasco, Punte del Rey, Ayotzinapa, mais il va aussi nous entraîner en France, à Paris, Toulouse, Bordeaux, Brest, Saint-Jean-de-Luz ou en Lozère. L’Afrique y est présente, du Congo au Niger en passant par le Gabon, de Brazzaville à Tombouctou, à Birni n’Konni, Dankori, Fort Crampel ou encore Dakar et Alger. Les Amériques sont également présentes avec Barsonetta, «une île clapotant dans la mer des Caraïbes», Pie de la Cuesta sur la Côte Pacifique, mais aussi Miami, New York et Mexico. En Europe, on évoque aussi Berlin, Rome, Londres, Sheffield, Hanovre et Santa Colonna. L’Asie est présente avec Zolotoï en Mandchourie

Quand?
L’action se déroule de 1983 à 1990, mais l’auteur va remonter la généalogie familiale jusqu’au XVIIe siècle et retracer le parcours de ses ancêtres.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Soyez imprudents les enfants », c’est le curieux conseil qu’on a donné à tous les Bartolome lorsqu’ils n’étaient encore que de jeunes rêveurs – et qui explique peut-être qu’ils se soient aventurés à changer le monde.
« Soyez imprudents les enfants », c’est ce qu’aimerait entendre Atanasia, la dernière des Bartolome, qui du haut de ses 13 ans espère ardemment qu’un événement vienne bousculer sa trop tranquille adolescence.
Ce sera la peinture de Roberto Diaz Uribe, découverte un jour de juin au musée de Bilbao. Que veut lui dire ce peintre, qui a disparu un beau jour et que l’on dit retiré sur une île inconnue ? Atanasia va partir à sa recherche, abandonner son pays basque natal et se frotter au monde. Quitte à s’inventer en chemin.
Dans ce singulier roman de formation, Véronique Ovaldé est comme l’Espagne qui lui sert de décor : inspirée, affranchie et désireuse de mettre le monde en mouvement.

Ce que j’en pense
****
Voilà un roman comme je les aime! Une de ces histoires qui vous emmènent là où vous n’imaginiez pas aller, qui vous apprend des tas de choses et qui vous donne à réfléchir. Un roman riche qui prétend nous raconter la vie d’Atanasia Bartolome et va en fait nous faire faire le tour de monde tout en remontant le cours des siècles passés.
« Tout avait commencé quand j’avais treize ans. Avant mes treize ans il n’y avait rien. Seulement la longue attente de l’enfance. Le sommeil et l’ennui dévorés de mauvaises herbes. L’histoire d’Atanasia Bartolome pourrait donc avoir débuté, me disais-je, lors de la grand exposition de 1983 au musée d’Art et du Patrimoine de Bilbao. »
L’émotion que ressent la jeune fille devant un tableau du peintre Roberto Diaz Uribe va en effet conditionner toute sa vie. Comme de nombreux adolescents, elle entend désormais déployer ses ailes, s’affranchir du carcan familial ou des règles trop rigides de la société. Comme de nombreux adolescents, elle va se jeter à fond dans cette nouvelle passion. Comme de nombreux adolescents, elle va se sentir incomprise et faire de chaque remarque, de chaque indignation un moyen de renforcer sa détermination.
La disparition de sa grand-mère, suivie un an plus tard de celle de son père, va d’une part la priver d’une confidente et d’une autorité morale et d’autre part lui offrir une voie royale vers l’émancipation. « Elle avait lu quelque part que 15% des gens ne se remettaient jamais d’un deuil ou d’une rupture. Ce genre de considération permettait à Atanasia de justifier sa ferveur maniaque. Elle se disait qu’il était tout aussi possible que 15% des gens vouent l’entiereté de leur vie à une obsession. »
C’est alors que le roman de formation va se transformer en roman d’aventures. Elle part pour Paris où vit Vladimir Veledine «le plus éminent spécialiste de Roberto Diaz Uribe» et entend bien tout savoir de ce peintre aussi mystérieux que fascinant.
Avec un talent de conteuse qui avait déjà fait merveille dans Ce que je sais de Vera Candida et La grâce des brigands, Véronique Ovaldé va faire de cette quête une exploration de l’histoire familiale dont il serait bien dommage de révéler ici l’issue. Mais bien vite, on va voir se tisser des liens entre les ancêtres d’Atanasia et le parcours de Roberto Diaz Uribe. Entre le guérisseur qui n’hésite pas à rebrousser chemin pour tenter de sauver les malades de la peste, entre le compagnon d’expédition de Savorgnan de Brazza qui va tenter de lutter contre les exactions des colonisateurs, entre l’oncle et le père qui vont chercher à soulever la chape de plomb franquiste.
Une preuve supplémentaire qu’il n’y a pas de hasard, que l’on se construit aussi du parcours de ses ancêtres, qu’il n’y a aussi souvent qu’un pas entre la passion et le drame : « Je suis en train de me faire dévorer par mon obsession, je n’ai pas d’ami(e)s et je ne sais même pas si j’arriverais un jour à recoucher avec un homme après ma première et décevante expérience avec Rodrigo. Je pleurais et il pleuvait. Je dégoulinais. Tout allait mal. Je me laissais un peu aller. Je me suis redit que certaines plaies ouvertes sont comme des friandises. »
À la fois violent et lumineux, ce roman démontre avec brio que l’injonction de la tante de Brazza, la marquise d’Iranda «Soyez imprudents, les garçons» doit être suivie.

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Les premières lignes du roman
« Ce n’est qu’en rentrant hier soir de l’Institut de Barales, tandis que je conduisais lentement, le bras gauche à l’extérieur de la portière afin de goûter au vent chaud qui vient du sud et de l’Afrique, que j’ai pensé à ce qui m’avait amenée précisément ici, dans cette voiture qui remontait la colline. Tout avait commencé quand j’avais treize ans. Avant mes treize ans il n’y avait rien. Seulement la longue attente de l’enfance. Le sommeil et l’ennui dévorés de mauvaises herbes.
L’histoire d’Atanasia Bartolome pourrait donc avoir débuté, me disais-je, lors de la grande exposition de 1983 au musée d’Art et du Patrimoine de Bilbao. Je pourrais écrire que cette exposition avait marqué un tournant, mais ce ne serait pas assez fort puisque juste avant cette exposition tout était immobile et pétrifié, et pour marquer un tournant il eût déjà fallu être en marche. En fait, ma visite à la grande exposition de 1983 avait été la conséquence du désir d’émancipation de mademoiselle Fabregat, mon professeur d’histoire de l’art. J’aimerais pouvoir dire que c’est par elle que tout est arrivé. J’aimerais utiliser cette formule si satisfaisante et si catégorique. Mais c’est simplement que mademoiselle Fabregat, en plus d’avoir des accointances indépendantistes, rêvait d’un monde où personne n’aurait considéré que vous n’aviez plus qu’à rôtir dans les feux de l’enfer si vous aviez ressenti une bouffée de désir – de concupiscence – envers votre voisin de palier. »

A propos de l’auteur
Véronique Ovaldé est née en 1972. Elle a publié huit romans dont, aux éditions Actes Sud, Les hommes en général me plaisent beaucoup et Déloger l’animal (2003, 2005) et, aux éditions de l’Olivier, Et mon coeur transparent (prix France Culture-Télérama 2008), Ce que je sais de Vera Candida (prix Renaudot des lycéens 2009, prix France Télévisions 2009, Grand Prix des lectrices de Elle 2010) et, plus récemment, La Grâce des brigands (2013). (Source : Éditions Flammarion)

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La Soledad

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La Soledad
Natalio Grueso
Presses de la Cité
Roman
Traduit de l’espagnol par Santiago Artozqui
320 p., 19 €
EAN : 9788408127833
Paru en septembre 2016

Ce qu’en dit l’éditeur
Une aventure débordant d’imagination où se rejoignent le désir, la gratitude, la justice et les rêves.
Bruno Labastide est venu s’installer à Venise, dans le quartier de Dorsoduro, au terme d’une vie bien remplie durant laquelle il n’a cessé de voyager. Cela fait bien un an qu’il y réside lorsque, un jour, il voit une jeune Japonaise d’une beauté stupéfiante passer devant le café où il a ses habitudes. C’est le coup de foudre. Mais cette dernière, Keiko, ne lui concédera une nuit d’amour que s’il parvient à l’émouvoir avec un poème ou une histoire… Mais par laquelle commencer ?
Natalio Grueso signe un superbe roman mosaïque aux récits enchâssés et nous entraîne avec poésie aux quatre coins du monde.
« Un roman subtil, délicat et émouvant, qui m’a profondément touché. » Paolo Coelho
« C’est un livre qui se lit avec plaisir, et dont chaque page surprend le lecteur un peu plus que la précédente. » Mario Vargas Llosa

Ce que j’en pense
Ce roman figure dans ma sélection des ouvrages de la rentrée littéraire 2016 à lire. Si je ne l’ai pas encore lu, j’ai apprécié la présentation qui en a été faite ainsi que le thème abordé. C’est pourquoi, je me propose dans un premier temps de publier sur mon blog les informations qui ont déterminé ce choix ainsi que ma revue de presse. Bien entendu, après avoir lu le livre, je vous proposerai ma chronique.

Autres critiques
Babelio 
Booquin
Blog Livrogne.com
Blog Les lectures de Mylène
Blog Les carnets d’Eimelle 
Blog Doc Bird

Les vingt premières pages du livre 

Extrait
« Le jour de son anniversaire, on offrit à Lucas, quatre cents mots. Il dépensa les deux premiers pour remercier sa mère et, avec les quatorze suivants, il écrivit deux vers qu’il dédicaça à la fille dont il était amoureux. Cela faisait déjà quelques mois que la multinationale Pinkerton avait racheté les droits d’utilisation de toutes les langues, de tous les langages parlés et écrits dans le monde, de tous les mots jamais inventés. Depuis, quiconque voulait utiliser une langue, était tenu de verser des droits à M. Pinkerton. C’est pourquoi on parlait de moins en moins. A présent, seuls les riches pouvaient se permettre de dilapider leurs mots en bavardages au cours de fêtes creuses, d’écrire des messages ridicules ou de se servir de la langue pour agresser leurs ennemis. Les poètes écrivaient pour eux, dans la clandestinité, incapables qu’ils étaient de payer le prix des magnifiques adjectifs qu’ils couchaient sur le papier. »

A propos de l’auteur
Ancien administrateur des théâtres municipaux de Madrid, l’Espagnol Natalio Grueso a décidé de se consacrer pleinement à l’écriture après la parution de La Soledad, son premier roman. (Source : Presses de la Cité)

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Tags :
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Le grand marin

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Le grand marin
Catherine Poulain
Éditions de L’Olivier
Roman
384 p., 19 €
ISBN: 9782823608632
Paru en février 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Alaska où la narratrice se rend, quittant Manosque-les-Plateaux, Manosque-les-Couteaux, en passant par New York, le Wyoming, le Nevada, Las Vegas, Seattle avant d’atterrir à Anchorage. Les ports de pêche de Kodiak, Seward et Dutch Harbour sont ses escales suivantes, rêvant d’atteindre Point Barrow.

Quand?
L’action se situe il y a quelques années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une femme rêvait de partir.
De prendre le large.
Après un long voyage, elle arrive à Kodiak (Alaska). Tout de suite, elle sait : à bord d’un de ces bateaux qui s’en vont pêcher la morue noire, le crabe et le flétan, il y a une place pour elle. Dormir à même le sol, supporter l’humidité permanente et le sel qui ronge la peau, la fatigue, la peur, les blessures…
C’est la découverte d’une existence âpre et rude, un apprentissage effrayant qui se doit de passer par le sang. Et puis, il y a les hommes. À terre, elle partage leur vie, en camarade.
Traîne dans les bars.
En attendant de rembarquer.
C’est alors qu’elle rencontre le Grand Marin.

Ce que j’en pense
****
Déjà couronné par de nombreuses distinctions, Le prix Mac Orlan, le prix Joseph Kessel, le Prix Henri-Queffélec, deux Prix Gens de mer et le Prix Ouest-France Etonnants voyageurs, ce premier roman est étonnant à plus d’un titre.
D’abord parce que Catherine Poulain est sans aucun doute l’un des plus étonnants voyageurs de notre littérature. Sur les raisons qui la poussent à quitter la Provence, elle restera très discrète, comme si un beau jour cela était devenu une évidence de vouloir partir en Alaska, de vouloir atteindre « The Last Frontier »… Elle laisse tout pour se marier avec l’océan. Un avion pour New York, un car Gryhound pour rejoindre d’Est en Ouest Seattle et la voilà à Anchorage.
Ensuite parce que rien ne semble devoir arrêter ce bout de femme. Dans une contrée des plus hostiles, dans un milieu presque uniquement masculin, sur un bateau offrant des conditions de vie plus que rudimentaires et des conditions de travail dantesques, elle va finir par se faire accepter.
Parce qu’elle ne laisse pas la souffrance prendre le dessus, parce qu’elle ne concède pas le moindre terrain à la faim, à la fatigue, au froid. Parce qu’à aucun moment elle ne remet son choix en question.
Mieux même. Quand ses compagnons d’infortune lui racontent leurs misères, les blessures, les naufrages, elle les envie presque. Comme eux, elle veut aller au-delà des limites. Son but – qu’elle n’atteindra pas – serait d’atteindre cette dernière frontière, à Point Barrow, au bout du bout.
En attendant, elle vit sa première expérience à bord : «Nous appâtons, des heures et des heures jusqu’à la nuit très sombre, traçant notre route d’écume, sillage éphémère qui déchire les flots et disparaît presque aussitôt, laissant le grand océan vierge et bleu, puis noir.» Le poisson se fait rare, la tempête menace.
«On tombe sur le banc de morues noires la troisième nuit. La mer ne s’est pas calmée. Simon et moi continuons de perdre l’équilibre, au gros de l’effort, et d’aller nous écraser contre les angles des casiers sous le regard excédé des hommes. On se relève sans un mot, comme pris en faute. Mais ce soir-là on n’en aura pas le temps. La première palangre arrive à bord et c’est une déferlante de poissons qui jaillit à nous en un flot presque ininterrompu. Les hommes hurlent de joie.
Mais Lili ne peut partager cette allégresse. Une vilaine blessure à la main l’oblige à quitter le bateau. Sans vraiment savoir quand elle pourra reprendre la mer, elle cherche à s’occuper, travaille sur le port, repeint les bateaux, répare les outils. L’oisiveté serait la mère des vices, même si elle n’hésite pas à accompagner les marins qui vont peindre la ville en rouge. A-t-on vraiment besoin de lui expliquer que «Ça veut dire aller se cuiter», tant les distractions sont peu nombreuses. La bière et le whisky sont les meilleurs compagnons des marins, quelques uns ont une femme et une maison, d’autres se contentent d’une visite dans un cabaret, voire d’un peu de drogue.
Lili entend rêve de remonter à bord, d’affronter la mer et les flétans. De regarder la mort en face. Malgré les mises en garde. Malgré les témoignages effrayants : «Embarquer, c’est comme épouser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T’as plus de vie, t’as plus rien à toi. (…) Je ne sais pas ce qui fait que l’on veuille tant souffrir, pour rien au fond. Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d’amour aussi, il ajoute à mi-voix, jusqu’à n’en plus pouvoir, jusqu’à haïr le métier, et que malgré tout on en redemande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie à en devenir fou. Qu’on finit par ne plus pouvoir se passer de ça, de cette ivresse, de ce danger, de cette folie oui ! »
Avec Joey, Simon, Dave, Jesse, Jude et les autres, elle va se battre de toutes ses forces. «La mer nous malmène. Nos pieds sont gelés. Debout sur le pont arrière, nous travaillons sans un mot, le cou rentré dans les épaules, les bras plaqués contre le corps. Nos gestes sont mécaniques. Les reins vont et viennent au rythme de la gîte. Le son rauque, lent et répété de la vague…»
Quant au fruit de leurs efforts, il sera en partie ruiné par la perte d’une partie du matériel qu’il faudra rembourser à l’armateur et par une amende salée pour n’avoir pas respecté les quotas. Ce n’est pas encore cette fois qu’elle repartira cousue d’or…
La maigre consolation de cette difficile campagne s’appelle Jude. C’est lui «le grand marin» qui donne le titre à ce roman et qui partagera, le temps de brèves étreintes, la couche de Lili. Jude qui va s’en aller pour les mers du Sud, Jude qui va attendre Lili. Mais cette dernière ne lâche pas son idée fixe, pas plus qu’elle ne veut rendre les armes face à l’adversité. Elle a encore des choses à prouver. Elle veut remonter à bord du Rebel pour ne nouvelle campagne de pêche.
Catherine Poulain réussit le tour de force d’entraîner le lecteur dans ce qui peut sembler une folie. Après l’effroi, c’est une sorte de fascination qui le gagne. Une addiction. A tel point que quand le roman se termine, on éprouve une sorte de manque et on attend avec impatience la suite du périple de Lili.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog Café Littéraire Gourmand (Nadine Jolu)
Blog Les livres de Joëlle
Le blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)

Autres critiques
Babelio
BibliObs (Jérôme Garcin)
France Inter (L’humeur vagabonde – Kathleen Evin)
Tribune de Genève (Pascale Frey – rencontre avec l’auteur)
20 minutes (Annabelle Laurent)
Magazine NLTO
Blog Sagweste in Librio
Bibliosurf (La revue du web littéraire)

Extrait
« – Mais moi, c’est le Rebel que j’attends. C’est avec ceux qui sont à bord que je veux continuer la pêche.
– La saison finie, ils partiront de toute façon.
– C’est vrai. Alors j’irai à Point Barrow.
– Qu’est-ce tu veux foutre à Point Barrow ?
– C’est le bout. Après y a plus rien. Seulement la mer polaire et la banquise. Le soleil de minuit aussi. Je voudrais bien y aller. M’asseoir au bout, tout en haut du monde. J’imagine toujours que je laisserai pendre mes jambes dans le vide… Je mangerai une glace ou du pop-corn. Je fumerai une cigarette. Je regarderai. Je saurai bien que je ne peux pas aller plus loin parce que la Terre est finie.
– Et après ?
– Après je sauterai. Ou peut-être que je redescendrai pêcher. »

A propos de l’auteur
Catherine Poulain commence à voyager très jeune. Elle a été, au gré de ses voyages, employée dans une conserverie de poissons en Islande et sur les chantiers navals aux U.S.A., travailleuse agricole au Canada, barmaid à Hong-Kong, et a pêché pendant dix ans en Alaska. Elle vit aujourd’hui entre les Alpes de Haute-Provence et le Médoc, où elle est respectivement bergère et ouvrière viticole. Le Grand Marin est son premier roman. (Source: Éditions de L’Olivier)

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Focus Littérature

Un parfum d’herbe coupée

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Un parfum d’herbe coupée
Nicolas Delesalle
Préludes
Roman 288 p., 13,60 €
ISBN: 9782253191117
Paru en janvier 2015

Où?
L’action se situe dans plusieurs lieux en France, notamment Paris, Orléans

Quand?
Le roman retrace l’enfance du narrateur dans les années 70-80 et se poursuit sur 14600 journées, soit une quarantaine d’années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Le jour où mon père a débarqué avec son sourire conquérant et la Renault GTS, j’ai fait la gueule. Mais j’ai ravalé ma grimace comme on cache à ses parents l’odeur de sa première clope. J’ai dit « ouais », j’ai dit « super », la mort dans l’âme, même si j’avais compris que la GTS pour la GTX, c’était déjà le sixième grand renoncement, après la petite souris, les cloches de Pâques, le Père Noël, Mathilde, la p lus jolie fille de la maternelle, et ma carrière de footballeur professionnel. » Par petites touches qui sont autant d’instantanés de vie, Kolia revient sur sa jeunesse et ces moments où l’innocence s’envole peu à peu. Il convoque les figures, les mots, le s paysages qui ont compté : la route des vacances, les filles, Totor le paysan aux cèpes et la maison de famille, des livres, quelques sauterelles, un berger allemand prénommé Raspoutine… Des petits riens qui seront tout. Un premier roman remarquable, plein d’émotion, d’humour, de poésie, de profondeur, où la petite musique singulière de l’enfance ouvre sur une partition universelle.

Ce que j’en pense
****

Alors que la rentrée littéraire de l’automne occupe le devant de la scène médiatique, revenons vers une pépite de la rentrée de janvier. Il serait en effet cruel de laisser ce joli roman tomber dans l’oubli. Disons d’emblée qu’Un parfum d’herbe coupée fait partie de mes coups de cœur de 2015.
Avec un vrai sens de la formule, Nicolas Delesalle retrace le parcours d’un enfant, puis d’un adolescent dans la France des années 80 et nous prouve une fois encore que la nostalgie à e beaux jours devant elle, surtout quand elle s’accompagne des bruits et des odeurs qui marque une époque. Plonger dans ce livre, c’est comme plonger la main dans une boîte à gâteaux, un paquet de confiseries, «les Car-en-sac et Mintho caramels à un franc et les Mistral gagnants» comme le chantait Renaud ou retrouver dans un grenier une boîte à souvenirs, comme celle du fabuleux destin d’Amélie Poulain, et revivre les épisodes qui ont marqué une vie.
Si « Personne n a jamais réussi a photographier cet instant magique et maudit qui fait d’une jeune fille une femme, d’un jeune homme un homme et d’une enfance, un souvenir », il reste « quelques bribes, des instants cristallisés, des secondes, une petite poignée de sable dans la main. »
A suivre Kolia dans sa découverte du monde, on fait son miel de ses instants cristallisés, sur les personnes qui l’ont marqué, sur les livres qu’il a lus (« Ces livres labourèrent la terre dure de mon esprit vide, mais rien n’était encore semé sur les champs désolés balayés par le souffle de l’aventure », les professeurs qui l’ont accompagné (« on ne rend pas assez hommage à eux qui donnent. Monsieur Gayret, un jour de février, me donna un conseil que je n’allais jamais oublier : « Prenez des notes. Si vous lisez sans prendre de notes, vous ne lisez pas ». »), les événements qui l’ont construit, qui l’ont conduit à embrasser la carrière de journaliste et lui ont permis de faire de nouvelles rencontres tout aussi enrichissantes.
Une vie somme toute banale, mais qui devient sous la plume de Nicolas Delesalle une épopée, une aventure exceptionnelle.
Quant au lecteur, entraîné dans le flot de ses propres souvenirs par la grâce de cette plume alerte, il ne peut que souscrire à l’analyse lucide faite ici : « Les adultes font souvent mine de s’étonner du désespoir baroque des adolescents, mais cet étonnement est un leurre, ils n’y croient pas eux-mêmes ; au fond, ils savent très bien à quel point c’est compliqué de se relever quand on tombe de son enfance. »
c’est compliqué, mais c’est si bon !

Autres critiques
Babelio
GQ Magazine
Blog Blablablamia
Blog Sur la route de Jostein
Blog Cultur’elle (Caroline Doudet)
Blog Meelly lit

Extrait
« Le Politburo acceptait le principe d’un retrait des troupes russes d’Afghanistan. Laurent Ruquier commençait sa carrière sur une radio locale au Havre. Jean-Marie Bigard lançait ses premières saillies dans La Classe sur FR3. David Pujadas entrait au Centre de formation des journalistes. Pierre Desproges n’était pas mort. Et moi, je voulais devenir astronaute.
Amadeus se composait un succès sur grand écran, Chris Evert-Lloyd et Navratilova se crêpaient le chignon sur le Central de Roland-Garros. Nicolas Sarkozy avait trente et un ans, Chirac une mémoire, Nadine Morano était déléguée des jeunes RPR en Meurthe-et-Moselle. Et moi, je voulais devenir astronaute.
Les otages enracinaient leur désespoir au Liban. Philippe de Dieuleveult s’était évaporé dans le fleuve Zaïre, le Titanic venait d’être retrouvé 4000 mètres au fond de l’Atlantique Nord, Daniel Balavoine s’était éteint dans les dunes du Sahara, Coluche inventait les Restos du cœur. Et moi, je voulais vraiment devenir astronaute. »

A propos de l’auteur
Né en 1972, grand reporter à Télérama et directeur de l’ouvrage Télérama 60 ans (tome 1 et 2) publié aux Arènes, Nicolas Delesalle est auteur de nouvelles qui lui ont valu le Prix des Lecteurs du livre numérique en 2013. Un parfum d’herbe coupée est son premier roman. (Source : Editions Préludes)

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L’Île du Point Némo

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L’Île du Point Némo
Jean-Marie Blas de Roblès
Roman
Zulma
464 p., 22,50 €
ISBN: 9782843046971
Paru le 22 août 2014

Où?

L’action se situe un peu partout dans le monde, mais elle emmène le lecteur principalement de France, dans le Périgord en Ecosse, puis à bord du transsibérien, en Australie et enfin vers l’île du Point-Némo.

Quand?
Si on en croit les moyens utilisés, on peut situer l’action dans un futur proche

Ce qu’en dit l’éditeur
Roman d’aventures total, tourbillonnaire, conquérant, véritable machinerie de l’imaginaire où s’entrecroisent et se percutent tous les codes romanesques, la littérature populaire, entre passé historique et projection dans le futur, nos hantises programmées et nos rêves d’échappées irrépressibles.
Martial Canterel, richissime opiomane, se laisse interrompre dans sa reconstitution de la fameuse bataille de Gaugamèles par son vieil ami Holmes (John Shylock…). Un fabuleux diamant, l’Anankè, a été dérobé à Lady MacRae, tandis que trois pieds droits chaussés de baskets de marque Anankè échouaient sur les côtes écossaises, tout près de son château… Voilà donc Holmes, son majordome et l’aristocratique dandy, bientôt flanqués de Lady MacRae et de sa fille Verity, emportés – pour commencer – dans le Transsibérien à la poursuite de l’insaisissable Enjambeur Nô.
Par une mise en abyme jubilatoire, cette intrigue rebondissante vient s’inscrire dans les aléas d’une fabrique de cigares du Périgord noir où, comme aux Caraïbes, se perpétue la tradition de la lecture, à voix haute, des aventures de Jean Valjean ou de Monte-Cristo. Bientôt reprise par Monsieur Wang, voyeur high-tech, et fondateur de B@bil Books, une usine de montage de liseuses électroniques…
Avec une ironie abrasive, ce roman-tsunami emporte toutes les constructions réalistes habituelles et ouvre d’extraordinaires horizons de fiction. Cette folle équipée romanesque est aussi la plus piquante réflexion sur l’art littéraire, doublée d’une critique radicale des idéologies et de la gouvernance anonyme, tentaculaire, qui nous aliène jusque dans notre intimité.

Ce que j’en pense
****

« Si l’on y réfléchit un peu, tout livre est l’anagramme d’un autre. Peut être même de plusieurs. Il n’appartient qu’au lexique d’être celui de tous les autres. C’est ce qui a guidé notre choix. » Voilà un quelque sorte le credo de Jean-Marie Blas de Roblès. Il nous livre ici un superbe hommage aux romans d’aventure et de suspense qui ont bercé sa jeunesse en nous permettant de repartir pour une expédition qui convoque tous les maîtres du genre. On se régale à suivre un groupe aussi disparate que celui du voyage autour du monde sur la trace d’un assassin et de voleur de haut-vol, celui de plus gros diamant du monde.
Tout au long de ce grand Barnum imaginé par l’auteur, on pourra croiser des personnages et des situations qui rappelleront entre autres Conan Doyle, Dumas, Defoe, Melville, Verne ou encore Swift. Comme l’auteur le souligne lui-même, parlant du Conte de Monte-Cristo : « cette conjonction n’a rien à voir avec le hasard ; cet homme est une bibliothèque vivante, un lecteur qui doit à certains livres choisis d’être resté debout. (…) C’est cela le vrai trésor, la source de vie que l’abbé Faria va transmettre à Edmond Dantès, oralement, jour après jour, pendant des années… »
Le plaisir que l’on prend sur les pas de notre groupe hétéroclite jusqu’à cet île du Point-Nemo, « le joli nom donné par les scientifiques au « pôle maritime d’inaccessibilité », l’endroit de l’océan le plus éloigné de toute terre émergée. » n’est pas étranger à ces clins d’œil qui parsèment le récit. Mais il tient aussi au style plein d’inventivité et de brio qui mêle de courts télégrammes qui témoignent de l’absurdité du quotidien à un second récit, sorte de fable de la mondialisation, qui fait du Périgord le lieu de production de liseuses électroniques supposées offrir le meilleur de la littérature …
Voilà un roman à conseiller à tous ceux qui ont envie d’un peu d’évasion en cette période difficile. Même si, au détour d’une phrase, ils songeront peut-être à l’équipe de Charlie Hebdo : « Le jour où vous comprendrez qu’il vaut mieux mourir en essayant de changer le monde, plutôt que de vieillir en le regardant agoniser, vous me rejoindrez ».

Autres critiques
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L’Express
Le Point
L’Humanité

Citations

« C’est étrange la manière dont l’imagination fonctionne, et comme elle s’apparente au rêve. On prend un bec par ici, une patte par là, un plumage, des écailles luisantes, et une machine en nous les recompose pour en faire une créature nouvelle, un collage monstrueux de bribes, de choses vues, de lectures oubliées, de peurs enfantines, qui reviennent, s’agglomérèrent la nuit pour former des îles, des continents noirs. De l’aléatoire programmé, du factice. Strictement rien qui ne naisse d’un recyclage, d’une laisse de mer sur la grève.
Nous sommes agis par des marées que nous ne maîtrisons pas, mais de temps à autre il en advient un bois flotté dont l’énigme semble avoir la puissance de modifier le monde. »

« — Vingt dieux ! dit-il, fronçant les sourcils. L’Enjambeur Nô !
— Oui, confirma Grimod. C’est sa marque.
— Mais de qui parlez-vous ? demanda Clawdia.
— Du plus sinistre des assassins, fit Holmes avec une voix de basse. Nul n’a jamais aperçu son visage, mais il n’y a pas un crime crapuleux, pas une faillite, pas une escroquerie défrayant la chronique, sans que son nom ne soit prononcé à un moment ou un autre. – Ou plutôt son surnom, reprit Canterel, car on ne connait pas son identité. Les ares fois où il a été aperçu, on l’a vu enjamber sa victime, s’immobiliser au-dessus d’elle dans une pose maniérée, comme un acteur de théâtre nô, puis fourrager son entrejambe pour en arracher les poils pubiens. Il décore de ces trophées affreux les lieux où il séjourne. Dans la seule cache qu’il n’ait pas eu le temps de déménager avant de disparaître, la police a retrouvé aussi des masques confectionnés à partir de visages humains…
— Et, Dieu me pardonne, continua Holmes, un exemplaire du Tarot comme grammaire du monde relié en peau de seins ! »

A propos de l’auteur
Né en 1954, il est l’auteur, chez Zulma, du monumental Là où les tigres sont chez eux (Prix du Roman Fnac, Prix Giono et Prix Médicis 2008). (Source : Editions Zulma)
Site Wikipédia de l’auteur

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