Ne parle pas aux inconnus

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En deux mots
À 17 ans, Camille rêve de fuir sa famille, de vivre le grand amour avec Eva. Mais cette dernière disparaît subitement. Un choc qui va entraîner la jeune fille sur les routes d’Europe, direction Cracovie.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Ne parle pas aux inconnus
Sandra Reinflet
Éditions JC Lattès
Roman
380 p., 19 €
EAN : 9782709659376
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement à Thionville, en Moselle, puis sur les routes d’Europe jusqu’à Cracovie, passant notamment par Munich, Graz, Maribor, Ptuij, Zagreb, Kutina, Novi Sad, Szeged, Budapest. Porto, Bruxelles et Strasbourg y sont également évoqués.

Quand?
L’action se situe durant les dernières années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Ce devait être une fête, une libération, la fin du lycée et des « ne pas ». Mais Eva ne répond plus et Camille ne répond plus de rien. Depuis que sa Polonaise a disparu, la jeune femme se cogne au silence comme un papillon à une ampoule. Elle décide de prendre la route pour la chercher. Un voyage au cours duquel elle croisera ces étrangers dont ses parents lui disaient de se méfier et qui tous, à leur manière, l’aideront à trouver ce qu’elle ne cherchait pas : elle-même.
Les secrets les mieux gardés ne sont-ils pas les plus en vue ? Les inconnus, parfois, sont ceux dont on croit tout connaître.

Ce que j’en pense
Ce roman d’initiation commence avec ce qu’il est convenu d’appeler un «rite de passage» : l’examen du baccalauréat et la fête qui va tirer un trait sur la scolarité autant que sur l’adolescence. Camille a dix-sept ans et vit à Thionville dans une famille modeste, ses parents travaillent tous deux à Carrefour. Pour essayer d’oublier son triste quotidien cette fête est la bienvenue, même si son amie Eva n’a pas eu sa chance et doit se présenter au rattrapage. Sauf que l’alcool, la drogue et la musique à fond vont faire déraper la soirée. « Le puzzle de la nuit se reforme malgré moi. L’alcool qui diffuse sa chaleur dans les tempes, toi, les murs qui palpitent, ton saut dans le vide, la traversée de la masse, lourde, toi encore, les paumes moites qui me touchent, une salive étrangère dans la bouche, le vertige, puis le noir. » Sans en avoir vraiment conscience, Camille est salie, violée et abandonnée. « Je crois que j’ai voulu ce final. Seule et sale au milieu de cons. Belle illustration de mes années lycée. »
Si elle se résigne à accompagner ses parents au supermarché pour un job d’été, ‘est qu’elle sait pouvoir compter sur son amie polonaise Eva Lisowski «La seule à valoir le coup» et pour laquelle Camille a d’emblée eu le coup de foudre, parce qu’elle ne ressemblait pas aux autres et donnait l’impression de s’en foutre. Sauf qu’Eva disparaît du jour au lendemain.
C’est alors que le roman bascule. Une lettre déposée sur la table de la cuisine commence avec ces mots : « Papa, Maman, je suis désolée. Je ne peux pas travailler cet été ici. Il faut que je parte, c’est une urgence. » Camille a décidé, ans avoir de nouvelles de son amie, d’aller la rejoindre à Cracovie où elle imagine qu’elle s’est rendue. On va la suivre durant sa traversée de l’Europe, au hasard des rencontres, entre inconscience et espoir : « Eva, même si le voyage s’étire, même si je zigzague, que je galère, que je me trompe de chemin ou le rallonge, on se rejoindra, et j’aurai une ascension dans les jambes pour mériter nos retrouvailles. »
C’est dans les Balkans, dans une galère noire, que ses yeux vont se dessiller. L’accueil des chauffeur-routier, de sa famille, les heures passées à chercher sa route, la nuit dans un squat vont l’obliger à reconsidérer sa place, à réviser son jugement un peu trop manichéen sur sa condition. Grâce à Buca, Lasha, Axel et Baz, elle va constater que « la famille c’est l’essentiel. Ils naissant ensemble, ils meurent ensemble, et entre-temps, ils se serrent les coudes. »
Après ces étapes à haut-risque, la voici à Cracovie où une nouvelle déconvenue l’attend : Eva a pris la direction opposée et se trouve au Portugal ! Toutefois, les jours difficiles qu’elle vient de passer l’on aguerrie et elle va trouver auprès de Melike une nouvelle alliée. Elle remplit son cahier orange de dessins, rencontre un éditeur, se projette dans une carrière artistique, imagine l’émotion de ses retrouvailles avec Camille. Quand un nouveau coup de tonnerre vient balayer cet optimisme. Sa mère vient de se faire renverser et se retrouve entre la vie et la mort à l’hôpital. L’urgence dicte son retour.
La nouvelle Camille, plus mûre et plus réaliste, que nous dépeint alors Sandra Reinflet n’est toutefois pas au bout de ses surprises. Elle va découvrir des carnets rédigés par sa mère et va pouvoir réécrire l’histoire familiale. Si cette accumulation de coups de théâtre peut sembler peu crédible à certains, peu importe. Pour un premier roman, l’auteur réussit très bien à ferrer son lecteur, à l’entraîner dans ce road movie chargé d’émotions. Saluons à ce propos le courage de la primo-romancière qui n’a pas hésité à prendre son sac à dos pour partir à la rencontre des autres. Des milliers de kilomètres plus tard, elle va découvrir sa mère et se découvrir elle-même. « Et il a fallu aller loin pour qu’on se rencontre enfin. »

68 premières fois
Le blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
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Autres critiques
Babelio 
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Aufeminin.com 
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Blog Echappées de Saxaoul 

Les premières pages du livre 

Extrait
Lecture musicale (Vidéo)
« J’entends ta basse. Son rythme en moi. Le concert continue.
Un liquide chaud m’emplit la gorge. Je tousse et recrache. J’en ai plein les mains. Soudain, quelque chose me pénètre. D’un coup. Crac. Un doigt ou un sexe à l’intérieur. Je sens mais n’ai pas mal. Laisser faire, lâcher prise. Flotter, m’abandonner à qui veut.
J’espère que tu me vois et que t’es jalouse à crever.
Ils sont combien autour de moi ? Deux ? Dix ? N’importe. Je ferme les yeux. Mon heure de gloire est arrivée. Regarde bien ça, ma Polonaise. Moi aussi je suis populaire. »

A propos de l’auteur
Née en 1981, Sandra Reinflet est inventeuse d’histoires vraies. Après trois ouvrages photos-texte, Ne parle pas aux inconnus est son premier roman. (Source : Éditions JC Lattès)

Site Internet de l’auteur 
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L’heure bleue

VASSEUR_lheure_bleue

L’heure bleue
Elsa Vasseur
Robert Laffont
Roman
252 p., 18,50 €
ISBN: 2221192621
Paru en mai 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Grèce, à Athènes, Rafina, sur l’île d’Andros, d’Agapos, de Dolos, ainsi qu’à Paris, Limoges, Fontenay-sous-Bois, Alfortville, Saint-Espère, Saint-Malo ou encore à Édimbourg On y évoque aussi les villes de Buenos-Aires, Madrid, Stockholm, Le Caire, Zurich, New York, Londres, Tokyo et Milan.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Quand une île paradisiaque devient le théâtre d’un drame à huis clos…
Zoé, dix-sept ans, accepte l’invitation de Lise, une camarade de terminale qui lui propose de passer l’été en Grèce pour s’occuper de son jeune neveu. Elle se retrouve sur l’île privée de Dolos, plongée dans l’intimité de la flamboyante famille Stein ou règnent les non-dits et les faux-semblants.
Dans la somptueuse villa qui domine la mer, Zoé peine à saisir les clés de l’univers lisse et clinquant de ce monde qui n’est pas le sien. Que s’est-il passé avec la précédente baby-sitter pour qu’elle refuse de garder l’enfant pendant les vacances ? Et de quoi souffre Rose, la splendide sœur de Lise qui crée un malaise à chacune de ses apparitions ? Adam, son mari, semble l’ignorer totalement et ne pas être non plus à sa place au sein de sa belle-famille.
Prise dans le chassé-croisé des tensions et des manipulations qui s’exacerbent dans la chaleur estivale, Zoé va vivre une épopée intime qui ressuscitera les fantômes de son passé et la fera entrer sans ménagements dans l’âge adulte.
Un suspense psychologique d’une grande finesse pour un premier roman solaire.

Ce que j’en pense
***
Lise, qui n’a pas vraiment d’atomes crochus avec sa camarade de classe Zoé, jette cependant son dévolu sur la jeune fille au moment de choisir une baby-sitter chargée de surveiller, Ben, son neveu dans la superbe villa construite sur l’île grecque de Dolos qui accueille la famille durant l’été.
Lise n’est pas très emballée, mais quand elle apprend que sa belle-mère sera présente aux côtés de son père à Limoges, elle préfère le vol vers l’inconnu et l’exotisme à un nouvel été auprès de sa grand-mère.
Aussi bien au cinéma qu’en littérature, la confrontation de deux univers ou de deux caractères opposés a fait ses preuves. Et il n’en ira pas autrement ici : « Lise était de ceux qui existent plus haut et plus fort que les autres et ne doutent jamais d’eux-mêmes, convaincu que leur destin facile est le produit de leur seul mérite, et non le fruit aléatoire d’une loterie à la fois génétique, économique et sociale. Zoé, elle, était de ceux qui s’excusent d’exister et assistent à la vie comme à une représentation de théâtre, se cantonnent au rôle de doublure, de souffleur ou d’éclairagiste.»
Elsa Vasseur a parfaitement su recréer l’ambiance délétère de ce huis-clos où chacun des protagonistes est subitement confronté à un passé douloureux, une relation difficile, des choix déstabilisants. Leur hôte, Joseph Stein, galeriste de renom, songe à passer la main. Rose, la sœur de Lise, présente tous les signes d’une profonde dépression. Adam, son mari artiste-peintre – qui profite de l’entregent de son beau-père – remet en question sa carrière et son couple. Zoé vit, quant à elle, avec le traumatisme de la perte d’un petit frère. Un cocktail détonnant qui va finir par exploser dans un final en apothéose.
Très agréable à lire et non dénué de charme, ce roman mérite le détour.

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Les livres de Joëlle 
Les Jardins d’Hélène
Blog Les livres de Claire 
Blog Les lectures d’Antigone 
Le Blog d’Eirenamg

Autres critiques
Babelio 

Les 25 premières pages du livre 

Extrait
« Joseph Stein, démarche athlétique et visage émacié d’intellectuel, venait d’entrer, en chemise couleur crème et pantalon beige. Il embrassa Lise avec effusion. Zoé lui tendit une main timide, mais Joseph l’ignora et planta un baiser sonore sur ses joues. Elle se rappela avec stupeur qu’elle avait face à elle l’une des cinquante plus grosses fortunes de France.
Quelques mois plus tôt, elle avait visionné un reportage télévisé qui lui était consacré, intitulé L’Esthète millionnaire. Joseph Stein y était présenté comme un homme d’affaires atypique. Propriétaire de six galeries d’art, implantées à Paris, Zurich, New York, Londres, Tokyo, et Milan, il avait hérité son goût des belles choses et une précision maniaque de son père, un antiquaire hongrois spécialiste en orfèvrerie. En revanche, sa rage de vivre lui venait indirectement de sa mère, une Juive polonaise rescapée du camp de Treblinka.
Zoé peinait à croire que cet homme fraîchement septuagénaire, dont le regard vibrait d’intelligence derrière ses lunettes à monture d’écailles, gagnait en quelques jours ce que son banquier de père n’aurait pas assez d’une vie pour économiser. »

A propos de l’auteur
Elsa Vasseur a 26 ans. Elle a publié un recueil de nouvelles, Le Goût du lait au chocolat, aux éditions Anne Carrière en 2008. Après un master à Sciences Po Paris, elle poursuit ses études à la Sorbonne. À l’avenir, elle souhaiterait pouvoir concilier une carrière d’auteur et de scénariste. L’heure bleue est son premier roman. (Source : Editions Robert Laffont)

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