Rose Royal

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En deux mots:
Rose a la cinquantaine et n’a plus grand chose à attendre de la vie. Elle a été mariée puis divorcée, elle s’est trouvée une profession qui lui permet d’être indépendante. Elle s’offre quelques verres au Royal. Jusqu’à ce jour où elle rencontre Luc et se prend à rêver d’une nouvelle histoire.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Avant que Rose ne s’étiole

Le Prix Goncourt 2018 nous offre un court roman noir qui prouve une fois encore son formidable talent. Le portrait de Rose, quinquagénaire qui rêve d’un nouveau printemps, est aussi lucide que cruel.

Il paraît que pour un Prix Goncourt, il est très difficile de reprendre la plume. Il est vrai qu’après le formidable succès de Leurs enfants après eux, Nicolas Mathieu était très attendu. Avec Rose Royal qui, rappelons-le, n’est que sa troisième œuvre publiée, il se remet doucement en selle, dans un format court, qui par parenthèse permet à IN8, un éditeur régional (basé à Serres-Morlaàs dans les Pyrénées-Atlantiques) de s’offrir une plus grande visibilité.
Rassurons d’emblée tous ceux qui ont aimé ses précédents livres, sa plume est toujours aussi aiguisée, son regard sur la société toujours aussi percutant.
Nous avons cette fois rendez-vous avec Rose dans un café de Nancy. Au Royal elle a pris ses habitudes, s’offrant quelques verres avant de rentrer chez elle, commentant l’actualité avec le patron, croisant la coiffeuse et sa meilleure copine. Bref, elle n’attendait plus grand chose de la vie, même si son physique conservait quelques atouts: «Rose aurait bientôt cinquante piges et elle ne s’en formalisait pas. Elle connaissait ses atouts, sa silhouette qui ne l’avait pas trahie, et puis ses jambes, vraiment belles. Son visage, par contre, ne tenait plus si bien la route.»
En attendant un très hypothétique miracle, elle avait réglé sa vie sur ce rituel qui la mettait à l’abri d’une relation décevante, comme celles que les réseaux sociaux offraient et à laquelle elle s’était quelquefois laisser aller quand la solitude devenait trop pesante. Car après tout, elle ne s’en était pas si mal sortie jusque-là. «Rose s’était mariée à vingt ans. Elle avait eu deux mômes dans la foulée, Bastien et Grégory, et un divorce sans complication majeure.»
L’événement qui va changer son quotidien survient au Royal un soir où le patron a joué les prolongations. En milieu de nuit un homme y trouve refuge avec dans les bras le chien qui vient d’être victime d’un accident. Rose ne le sait pas encore, mais cet homme meurtri est son nouveau compagnon. Ensemble, ils vont faire un bout de chemin, chacun voulant croire à une seconde chance «ne sachant que faire de ce nouvel âge de la maladresse». Après quelques mois, Rose va choisir de quitter son emploi pour seconder Luc et emménager chez lui. Un choix réfléchi? La suite va prouver que non.
Dans une ambiance proche de Aux animaux la guerre, Nicolas Mathieu sait parfaitement installer ces petits détails qui montrent que la mécanique s’enraye, que la belle histoire est un vœu pieux, que peu à peu Rose entre dans «cette escroquerie de la dépendance». Avec un épilogue glaçant que je me garde bien de de dévoiler. En revanche, ce bonbon acidulé est parfait pour nous mettre l’eau à la bouche et faire encore grandir notre impatience de nous plonger dans le prochain grand format de mon compatriote lorrain !

Rose Royal
Nicolas Mathieu
Éditions IN8
Roman
80 p., 8,90 €
EAN 9782362240980
Paru le 27/09/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Nancy. On y évoque aussi une escapade à Evian-les-Bains.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Rose a la cinquantaine, une vie derrière elle, avec ses joies, ses déveines, des gosses, un divorce. Et des mecs qui presque tous lui ont fait mal. Chaque soir, en sortant du boulot, elle se rend au Royal, un bar où elle a ses habitudes. Là, elle boit. De temps en temps, elle y retrouve sa grande copine Marie-Jeanne. Puis, elle rentre chez elle et le lendemain tout recommence. Mais une nuit, Luc débarque au Royal et Rose se laisse prendre une dernière fois à cette farce du grand amour. Sauf qu’elle s’est juré que plus jamais un mec ne lui ferait du mal.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com
Libération (Alexandra Schwartzbrod)
Grazia (Pascaline Potdevin)
France Inter (Le polar sonne toujours deux fois – Michel Abescat)
Blog encore du Noir 
Blog Nyctalopes 

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Rose sauta du bus et traversa la rue d’une traite, courant presque, sans se soucier de la circulation qui était pourtant dense, et à double sens. Ce jour-là, elle portait une jupe de coton clair et un joli petit haut qui laissait voir ses épaules. Une veste noire pendait en travers de son sac à main, ses talons étaient d’un beau rouge cerise qui piquait l’œil. À distance, il était difficile de lui donner un âge, mais elle conservait une silhouette évidente, une élasticité d’ensemble qui ressemblait encore à de la jeunesse. Ses jambes, surtout, restaient superbes. Sur son passage, le flux automobile fut pris d’une hésitation, une ride dans l’écoulement de 18 heures, et un barbu en Ford Escort klaxonna pour la forme. Mais Rose ne l’entendit pas. Elle poursuivit du même pas rapide, indifférente et vive, glissant ses lunettes de soleil dans son sac au moment où elle poussait la porte du Royal. Dans sa course, elle avait laissé derrière elle un ricochet de talons qui s’éteignit dans la pénombre familière du rade. Elle regarda sa montre. Il était encore tôt. Rose était contente, elle avait soif.
– Salut la compagnie.
– Salut, répondit Fred, le patron.
Tandis qu’il lui servait un demi, Rose déplia le journal du jour. Elle venait là chaque soir, en sortant du boulot, et s’asseyait toujours au bar, croisait haut ses jambes qui étaient sa fierté, et prenait un premier verre, une bière à coup sûr. Elle arrivait en général vers 19 heures. Souvent il faisait nuit, sauf l’été, et Rose éprouvait alors comme un remords.
Le Royal était un rade tout en longueur, aux murs sombres, avec un long comptoir, trois tireuses à bière et de grandes baies vitrées poussiéreuses qui donnaient sur un chinois, une cordonnerie, une supérette. Dans le fond, il y avait un baby et un billard. Le mobilier datait des seventies, du bois et du skaï bleu. Les chiottes étaient sur la droite, plutôt propres, avec des stickers collés dans tous les coins. Il régnait toujours là-dedans une impression de fin de journée. La clientèle pouvait varier, la musique restait du rock.
Dès la première gorgée, Rose sentit quelque chose se dénouer dans sa poitrine. La bière était fraiche, les pages du journal froissées et sous sa semelle gauche, elle pouvait sentir la solidité du métal du repose-pieds. Ces trois sensations lui faisaient déjà un monde, un chez-soi convenable. Elle humecta son doigt pour tourner les pages et Fred lui demanda ce qu’il y avait de neuf.
Bof. Pas grand-chose.
Rose aurait bientôt cinquante piges et elle ne s’en formalisait pas. Elle connaissait ses atouts, sa silhouette qui ne l’avait pas trahie, et puis ses jambes, vraiment belles. Son visage, par contre, ne tenait plus si bien la route. Il n’était ni gras, ni particulièrement creusé, mais le temps y avait laissé sa marque de larmes et de nuits blanches. Des rides compliquaient sa bouche. Et ses cheveux n’avaient plus leur densité d’autrefois, cette abondance sexuelle qui avait fait une partie de son succès. Au moins, sous sa couleur, personne ne pouvait deviner les cheveux blancs.
Elle était parvenue à cet âge difficile où ce qui vous reste de verdeur, d’électricité, semble devoir disparaitre dans le bouillon des jours. Parfois, dans une réunion, ou dans les transports en commun, elle se surprenait à cacher ses mains qu’elle ne reconnaissait pas. Certains soirs, se regardant dans le miroir, elle se disait à partir de demain, je vais faire gaffe. Au Monop, il lui arrivait de claquer des petites fortunes en crèmes et shampoings divers. Des mots comme «tenseurs», «fibres cellulaires», «hématite» ou «collagène» avaient fait leur apparition dans son vocabulaire. Elle s’était inscrite à l’aquagym et se promettait épisodiquement de ne plus boire que de l’eau minérale. Il lui arrivait aussi de suivre des régimes à base de légumineuses, de viandes blanches ou de fruits secs. Mais chaque fois, le sentiment d’à quoi bon l’emportait. Il était déjà tard dans sa vie et ces efforts ne rimaient sans doute pas à grand-chose. »

À propos de l’auteur
Né en 1978 dans un milieu populaire, Nicolas Mathieu grandit dans les Vosges. Son premier roman, un roman noir qui évoque la fermeture d’une usine, Aux animaux la guerre, sort en 2014 (Actes sud), et reçoit 4 prix (Erckmann-Chatrian, Goéland masqué, Mystère de la critique, Transfuge du polar). Il reçoit le Prix Goncourt en 2018 pour son second livre Leurs enfants après eux. (Source: Éditions IN8)

Page Wikipédia de l’auteur 

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Briser la glace

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Briser la glace
Julien Blanc-Gras
Éditions Paulsen
Récit de voyage
184 p., 19,50 €
EAN : 9782352211730
Paru en septembre 2016

En deux mots
« Un périple sur un voilier à travers les icebergs. Un narrateur incapable de naviguer. Un portrait tragicomique du Groenland. » C’est ainsi que Julien Blanc-Gras résume, avec beaucoup d’à-propos, ce joli récit de voyage.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Où?
Le roman se déroule au Groenland, allant de Kangerlussuaq à Nuuk, puis à Ilulissat et dans la baie de Disko, à Rodebay, Qeqertaq, Aasiaat et Kitsissarsuit.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Voilà, j’arrive dans un pays où les vaches se déguisent en chèvres, où l’on vend des flingues à la supérette, où l’on prend l’avion avec des guêtres. Un panneau indique Paris à 4 h 25 et le pôle Nord à 3 h 15. » Le ton est donné.
Une immersion polaire tout en finesse par un écrivain-voyageur au ton unique.
Ni aventurier, ni ethnologue, ni sportif, ce «Touriste» faussement candide relate un périple au Groenland où l’on croise des chasseurs de baleine et des aurores boréales, des pêcheurs énervés et des dealers fanfarons, des doux rêveurs et surtout des icebergs. Beaucoup d’icebergs.
En ville, devant les glaciers ou sur les flots, les rencontres incongrues et les panoramas grandioses invitent à la réflexion. Le Groenland est une des destinations les plus prisées des français, et en même temps une des plus mystérieuses. Julien Blanc-Gras est sans conteste un guide remarquable: il nous livre ici une vision de ce pays à la fois pleine d’humour, de sensibilité, et de connaissance.

Ce que j’en pense
Je me souviens avoir passé de très belles vacances au Groenland.
Je me souviens que ma première réflexion, après avoir posé le pays à Kangerlussuaq, aura été de traduire le nom du pays en français et compris que ce «pays vert» était en effet très verdoyant.
Je me souviens avoir été frappé par le beauté des paysages, par la majesté des icebergs, par l’hospitalité des habitants.
Je me souviens du choc des cultures entre ce peuple de chasseurs et de pêcheurs et leurs HLM, leurs antennes satellite et leurs gros 4×4.
Je me souviens aussi des baleines, des chiens de traîneau, des bœufs musqués et de l’absence d’ours.
Autant d’images que j’ai retrouvées à la lecture du récit de voyage de Julien Blanc-Gras. Pour une première incursion dans les pays du Nord, sa verve et sa curiosité font merveille. Durant un mois, il aura parcouru le pays de Nuuk, la capitale au petit village de Kitsissarsuit dans la baie de Disko.
Je partage sa fascination pour cette terre « brune, austère, dépourvue d’arbres dignes de ce nom. Simplement des arbustes aplatis par le vent, des buissons, des mousses et des lichens. » et son approche des pays qu’il traverse, mélange de notations prises sur le vif, d’une solide documentation et d’un humour qui entraîne le lecteur à ne plus lâcher ce délicieux guide.
Avec un sens de la formule qui fait mouche, il nous fait comprendre comment ce pays grand comme quatre fois la France, mais peuplé de moins de 60000 habitants, aura plus changé dans les dernières années que durant les siècles précédents : « Prenez un pêcheur dans un village au mode de vie traditionnel. Transplantez-le dans une cage à lapin pour en faire un chômeur urbain pourvu d’une télévision. Multipliez par quelques milliers. Récoltez les conséquences sociales et la réputation dégradée qui va avec. »
J’admire aussi la technique qu’il a élaborée pour mieux découvrir cette « gentille bourgade avec son port, ses artères bien tracées, son unique cinéma, ses fonctionnaires qui sortent du bureau pour faire un tour à la galerie marchande avant de rentrer dans leur maison colorée en saluant leur voisin. » Cette méthode pour apprivoiser l’âme du lieu est simple, même si elle n’a pas sans risque : « Je sors de l’aéroport et je file au bistrot. Je l’ai éprouvée de Bakou à Valparaiso et je n’ai jamais été déçu, il en ressort toujours quelque chose, un premier écrémage des passions locales, une piste à suivre, parfois des amitiés. J’entre dans le premier établissement qui croise ma route et j’en ressors vite car il n’est peuplé que de grands blonds – je n’ai rien contre les grands blonds, mais ce ne sont pas eux que je cherche aujourd’hui. Je traverse la rue et pousse la porte du Max, qui présente l’avantage d’accueillir une clientèle plus typique. C’est un pub. Boiseries, fléchettes et écran géant diffusant un match de handball allemand. Kiel a trois buts de retard à la mi-temps. On se canarde au comptoir avec jovialité et tristesse, comme dans tous les bars du monde où l’on vient chercher un peu de détente en engourdissant son cerveau. Un couple de quinquagénaires attablés s’enlace avec tendresse. Un trio féminin joue à papier-caillou-ciseaux en enquillant les shots sur le comptoir.
Le patron me souhaite la bienvenue, puis un pilier tente d’engager la conversation. Très bien, je suis venu pour ça. Nous n’avons hélas que peu de mots en commun. Le groenlandais, idiome officiel, n’a pas de racine indo-européenne. Comme toutes les langues de la famille eskimo-aléoute, elle est polysynthétique et ergative. Je ne comprenais pas exactement ce que cela voulait dire avant de m’être documenté, et après m’être documenté, je ne comprends toujours pas. »
Maintenant que vous avez compris à la fois la méthode et le style de l’auteur, je gage que vous n’aurez de cesse à la suivre dans ses pérégrinations qui vont vous réserver de belles surprises. Quelques coups de chaleur plus tard – avouez que la chose n’est pas évidente sous ces latitudes – une vraie réflexion in situ sur le réchauffement climatique et l’opportunité qu’il peut représenter ainsi que sur le destin de ces habitants – qui restent pour l’instant sous administration danoise – vous aurez tout à la fois appris des tas de choses aussi utiles que futiles, mais vous aurez surtout passé un bon moment de lecture. Un plaisir qu’il serait dommage de ne pas s’offrir.

Autres critiques
Babelio
La Croix (Jean-Claude Raspiengeas)
Paris Match (Philibert Humm)
Le Bien Public (Françoise Monnet)
24 Heures (David Moginier)
Blog Encres & Calames
Café Powell 


Présentation du livre par l’auteur à Chamonix. Production tvmountain.com, octobre 2016.

Extrait

A propos de l’auteur
Julien Blanc-Gras est né en 1976 autour du 44ème parallèle nord. Depuis, il traverse les latitudes pour rendre compte de ce qui rapproche les êtres humains des quatre coins du monde. Il est l’auteur de six romans, d’un essai, d’une BD et de dizaines de reportages pour la presse. En 2006, il est lauréat du « Prix du Premier Roman de Chambéry » pour Gringoland, périple latino-américain déjanté. Sont ensuite parus Comment devenir un dieu vivant, 2008 ; Touriste, 2011 ; Paradis (avant liquidation), 2013 ; In utero, 2015 (tous aux éditions Au diable Vauvert). Il est aussi co-auteur de Géorama avec Vincent Brocvielle (Robert Laffont, 2014) et de l’adaptation BD de Touriste avec Mademoiselle Caroline (Delcourt, 2015). (Source : Éditions Paulsen)

Site Wikipédia de l’auteur 

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