Une femme de rêve

SYLVAIN_une-femme_de_reve

  RL2020

Prix Claude Chabrol 2020 (roman noir adaptable au cinéma)

En deux mots:
Après une évasion spectaculaire, un dangereux criminel entame une virée sanglante en compagnie de sa fille et d’une femme prise en otage. Traqué par celui qui l’avait mis en prison, et qui reprend du service, il entend régler ses affaires avant de fuir au Brésil.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Cavale sanglante

Dominique Sylvain a imaginé un meurtrier froid et déterminé qui, après avoir réussi une évasion spectaculaire, décide de régler ses comptes. Mais le polar classique va alors voler en éclats.

La scène est glaçante et donne d’emblée le ton. Ici, pas de sentiment, pas de fioritures. Le meurtre est une question de technique, prémédité consciencieusement: «Le projectile 9 mm traverse la boîte crânienne d’une femme et va se ficher dans une carrosserie de voiture. La victime a quarante-deux ans, elle est commandant de police. Son gilet pare-balles ne lui a servi à rien.» Malgré l’arrestation de Karmia, le meurtrier, Schrödinger reste profondément marqué par la vision de sa coéquipière s’effondrant «payant pour tous les autres», pour reprendre les paroles de Karmia, son assassin qui ronge son frein en prison. Et qui va réussir une spectaculaire évasion commanditée par sa fille Nico. Cette dernière va réussir à faire atterrir un hélicoptère au sein de l’établissement pénitentiaire où son père l’attend en compagnie d’Adèle qu’il a pris en otage. Le trio va réussir à déjouer les mailles du filet mis en place pour le retrouver. Il y a pourtant urgence, à en juger par la carrière de ce criminel: «Le gars avait commencé sa carrière dans le style gentleman braqueur; au fil des années, l’ambiance s’était gâtée. Fric, fiesta, défonce, alcool, un mélange létal sur le terreau d’une enfance catastrophique. Le type avait définitivement implosé au milieu des années 2000. Le jour où il avait reçu une balle en pleine poire lors d’une fusillade avec la police. Le début d’une lente descente aux Enfers. Qui s’était soldée par un dernier braquo cataclysmique. Une boucherie.»
Si Nico ne comprend pas trop pourquoi il faut s’encombrer d’un otage, elle a appris à obéir sans discuter. Y compris quand son père décide d’une étape supplémentaire avant de rejoindre Marseille où un bateau les attend pour gagner le Brésil où s’est installée sa mère.
Karmia prend la direction de la Lorraine, car il veut revoir une dernière fois Laurence avec qui il a eu une brève mais intense liaison. Cette dernière vit dans une forêt isolée pour y exister son métier. «Elle était devenue audio-naturaliste. Un mot compliqué pour dire qu’elle enregistrait les sons de la nature.» Des sons qu’elle vendait notamment au cinéma. Elle avait aussi collaboré à plusieurs ouvrages avec le photographe animalier Yannick Schneider avec lequel elle partageait désormais sa vie. Autant dire que l’arrivée de Karmia n’est pas vraiment de nature à la réjouir.
Et alors que l’enquête progresse doucement – Schrödinger ayant repris du service – et que les mailles du filet se resserrent, Adèle essaie de se rapprocher de Nico. Car après l’avoir crue «aussi dérangée que son père», elle s’est rendue compte que «c’était surtout une gamine meurtrie et déboussolée» et qu’elle pourrait peut-être s’en faire une alliée. C’est alors que les événements vont s’emballer. Quand la police arrive sur place, elle découvre un corps dans un champ, une ferme en flammes et des protagonistes qui se sont évaporés. Et ce n’est pas le SDF «au regard ravagé» qui erre par-là qui pourra leur être d’un grand secours.
Dominique Sylvain, qui a plus d’un tour dans son sac, va alors faire exploser le roman noir pour nous entraîner dans une nouvelle dimension, celle de ces liens invisibles qui se tissent entre les esprits, celle de ces expériences qui vont au-delà de l’entendement et qui fascinent autant qu’elles interrogent. Et c’est ce qui donne à ce roman à nul autre pareil cette dose de mystère qui font les grandes œuvres!

Une femme de rêve
Dominique Sylvain
Éditions Viviane Hamy, coll. Chemins nocturnes
Thriller
304 p., 19 €
EAN 9791097417512
Paru le 16/01/2020

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et dans le Parc naturel régional de Lorraine, du côté d’Erickstroff et Marenberg ainsi qu’au Brésil. On y évoque aussi le Montana.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Pas d’erreur, cette fille était de la race des vaincus. Elle ne tenterait rien. En bonne intello, elle se contenterait d’analyser. Et tu en arriveras à la conclusion que mon père n’a aucune raison de te vouloir du mal. Une déduction erronée. Le souci avec lui, c’est qu’il n’a jamais été maître des émotions étranges qui chevauchent dans les méandres de son esprit. Il est comme un demi-dieu, capable du pire comme du meilleur. Un être absurde et merveilleux, dépourvu d’empathie, sans peur, susceptible de se lancer dans des actions inutiles et sacrément périlleuses pour lui et son entourage.»
Après avoir fréquenté Les Infidèles et fait une escale au Japon avec Kabukicho, Dominique Sylvain nous emporte une fois encore dans son univers dangereusement onirique et sensuel. Nouvelles technologies et bitcoins lui offrent mille et une manières de tordre le cou aux codes du roman policier. Une femme de rêve brouille les pistes: au lieu de traquer le coupable, n’est-il pas plus séduisant de rechercher qui est la victime?
«Quelque part c’est insensé, mais ça me plaît ainsi.» Dominique Sylvain

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Libération (Alexandra Schwartzbrod)
France Inter(Le polar sonne toujours deux fois – Michel Abescat)
Blog Quatre sans Quatre
Blog Baz-Art
Blog Fondu au noir (Caroline de Benedetti)
Le blog d’Eirenamg

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Prologue
Vendredi 6 janvier 2017
Le tireur vise sa cible avec son pistolet semi-automatique MAC modèle 1950.
À 14 h 22 mn et 15 s, son doigt appuie sur la détente, et le temps se dilate.
La barrette fait basculer la gâchette qui comprime son ressort. Le chien libé ré pivote vers l’avant, poussé par la bielle sous l’action du ressort de percussion.
Il frappe le talon du percuteur, qui à son tour comprime le ressort, fait saillie dans la cuvette de tir et percute l’amorce. Le bloc culasse abaisse la tête du séparateur qui comprime à son tour le ressort.
Le talon du séparateur touche la barrette qui perd contact avec le talon de la gâchette. L’échappement se produit.
La balle, qui pèse huit grammes, est propulsée vers la cible à une vitesse de trois cent soixante mètres par seconde. L’énergie cinétique déployée à la bouche du canon est de cinq cents joules.
Le projectile 9 mm traverse la boîte crânienne d’une femme et va se ficher dans une carrosserie de voiture. La victime a quarante-deux ans, elle est commandant de police. Son gilet pare-balles ne lui a servi à rien.
L’homme qui a assisté à cette scène ne vit pas dans le même espace-temps que cette balle. Son temps n’est pas amorti. Et son présent prend immédiatement les couleurs d’un cauchemar. Il a vu la femme s’effondrer et le léger nuage rouge jaillir de sa tête.
Il tombe à genoux. Contrairement à sa partenaire, aucune balle n’a traversé son corps. Pourtant, même s’il l’ignore encore, il est blessé . Son cerveau, incapable d’accepter ce qui vient de se produire, est passé en mode protection. Il s’effondre parce que c’est le coût à payer pour sa survie. Comment supporter la réalité lorsqu’elle est devenue inacceptable? En s’écartant d’elle.

L’envol
Jeudi 15 mars 2018
Faire croupir ces hommes à deux pas du Paradis. C’était cela, le projet.
Depuis qu’elle avait débuté ses cours à Mauvoiry, cette évidence frappait pour la première fois Adèle Bouchard. Construire cette prison au-delà d’une avenue bordée de jardins, dans une ancienne abbaye calée entre une collégiale néogothique et un prieuré royal ne pouvait être que l’idée d’un sadique. L’effet é tait renforcé par la précocité du printemps. Le ciel turquoise jouait avec un troupeau de nuages nacré s, la brise chahutait des parfums de fleurs, l’air é tait caressant.
Une beauté inaccessible. Surtout pour ceux qui en avaient pris pour cher.
Elle échangea quelques mots avec les gens de l’accueil, leur abandonna son portable et sa carte d’identité , puis franchit le sas à détecteur de métaux. Chaperonnée par un gardien, elle traversa la cour d’honneur sous les sifflets fusant des cellules.
Les détenus la saluaient à leur manière. Et plus par tradition que par conviction. Pas de propos salaces ou d’insultes, elle faisait ce qu’il fallait pour cela; maquillage et dé colleté bannis, chignon serré , manches longues et baskets noires de rigueur.
Vite, le bâtiment abritant le gymnase et les salles de cours, et après cette première frontière franchir les deux portes aux lourds barreaux. Les verrous grincèrent. Salpêtre, désinfectant, relents de cantine, sueur : la chaleur et le manque d’aération amplifiaient les odeurs. Avec sa peinture écaillée et son éclairage aux néons, le lieu faisait penser à Shutter Island de Scorsese. Un décor entre cauchemar et ré alité, un huis clos aux couleurs de l’Enfer. Comme prévu par le règlement, le gardien lui tendit le talkie-walkie afin de donner l’alerte en cas de besoin. Elle ne s’était jamais sentie menacée. Ou alors par leur enthousiasme. Chaque jeudi matin, il s’agissait de tenir trois heures devant son public le plus exigeant. C’était bien le problème avec ces chers taulards. Ils n’étaient pas dispersés dans un amphi, non, ils lui faisaient face, pinailleurs, curieux comme des mômes pour compenser l’ennui des longues journées, prompts à dé border du sujet quand ils trouvaient l’occasion de parler famille, souvenirs, regrets. Selon l’appellation officielle, ils étaient ses «étudiants empêchés». Malgré ses longs allers-retours en métro et RER, elle ne regrettait rien, fière qu’elle é tait de s’inscrire dans une tradition humaniste, son université proposant depuis longtemps aux prisonniers d’Île-de-France la possibilité de poursuivre des études supérieures. Plus leur peine était lourde, plus ils avaient besoin d’elle. En préparant, en dépit de tout, une licence de lettres modernes, ils luttaient pour demeurer vivants. »

Extraits
« Le gars avait commencé sa carrière dans le style gentleman braqueur; au fil des années, l’ambiance s’était gâtée. Fric, fiesta, défonce, alcool, un mélange létal sur le terreau d’une enfance catastrophique. Le type avait définitivement implosé au milieu des années 2000. Le jour où il avait reçu une balle en pleine poire lors d’une fusillade avec la police. Le début d’une lente descente aux Enfers. Qui s’était soldée par un dernier braquo cataclysmique. Une boucherie. Le sang avait coulé. Celui de Séverine, la coéquipière de Schrödinger et son âme sœur. Karmia détestait les policiers comme on déteste Ebola; on prétendait qu’il avait voulu faire payer Séverine pour tous les autres, et qu’il avait sciemment visé la tête. La balle d’un flic lui avait ravagé le portrait, alors il s’était vengé. Une logique de défoncé. » p. 27

« Il n’avait pas fallu longtemps à Nico pour la retrouver. Comme tous ces gens qui ne se méfiaient pas de l’Internet, l’ancienne «chef op» du son avait laissé des traces. Elle était devenue audio-naturaliste. Un mot compliqué pour dire qu’elle enregistrait les sons de la nature. D’après son site, elle bossait pour les musées, faisait des conférences. Et vendait ces sons au cinéma. » p. 76

« Son regard pétillait d’intelligence, et son vocabulaire était plutôt sophistiqué . Un sacré gâchis. Elle aurait pu faire de brillantes études. Adèle reprenait espoir. C’était comme si un minuscule ballon d’hélium s’était mis à gonfler sans prévenir entre ses poumons. C’était à la fois bon et douloureux. Nico était aussi une victime. Peut-être pouvait-elle s’en faire une alliée? » p. 129

« Le corps d’Adèle Bouchard avait été retrouvé dans un champ. La jeune femme s’était brisé la nuque, probablement en tentant de fuir. Laurence Schneider était introuvable, et son mari, actuellement aux États-Unis, n’avait aucune nouvelle. La ferme des Schneider avait été presque entièrement détruite par les flammes. Un incendie volontaire. On avait trouvé des bidons de diesel à moitié calcinés. Le véhicule de Laurence, un 4×4 rouge qu’elle utilisait quotidiennement, avait disparu. La gendarmerie avait utilisé un hélicoptère pour survoler les bois sans succès. Et personne n’évoquait l’existence de la fille de Karmia. Il alla s’asseoir près de l’église et réfléchit. Lui, il avait une trace de cette fille. Elle dormait dans son portable. Karmia était passé à travers les mailles du filet. Mais tout ça n’expliquait pas ce qu’avait fabriqué sa fille en pleine forêt, fusil en main, en compagnie d’un SDF au regard ravagé. » p. 192

À propos de l’auteur
Dominique Sylvain est née le 30 septembre 1957 à Thionville en Lorraine. Elle travaille pendant une douzaine d’années à Paris, d’abord comme journaliste, puis comme responsable de la communication interne et du mécénat chez Usinor. Pendant treize ans, elle a vécu avec sa famille en Asie. Ainsi, Tokyo, où elle a passé dix ans, lui a inspiré son premier roman Baka! (1995). Sœurs de sang et Travestis – réécrit ensuite sous le titre du Roi lézard -, ont été écrits à Singapour. Elle habite actuellement à Paris mais reste très attachée à l’Asie où elle se rend régulièrement. Fan inconditionnelle de Murakami et lectrice insatiable, elle ne cesse de se réinventer avec une grande créativité.
Lauréat de nombreux prix, notamment le Grand Prix des lectrices de Elle en 2005 pour Passage du désir, elle se consacre désormais exclusivement à l’écriture. Ses dix-sept romans ont tous été publiés dans la collection Chemins Nocturnes, aux Éditions Viviane Hamy. (Source: Éditions Viviane Hamy)

Page Wikipédia de l’auteur
Site internet de l’auteur

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#unefemmedereve #DominiqueSylvain #editionslianalevi #hcdahlem #roman #livre #lecture #books #blog #littérature #bloglitteraire #livre #roman #lecture #jaimelire #lecturedumoment #lire #bouquin #bouquiner #livresaddict #lectrice #lecteurs #lecteurscom #bouquiner #livresque #auteur #jaimelire #lectureaddict #litterature #instalivre #livrestagram #unLivreunePage #RentréeLittéraire2020 #rentreelitteraire #rentree2020 #RL2020 #litteraturefrancaise #litteraturecontemporaine #polar #thriller #litteraturepoliciere #MardiConseil

Le cercle des hommes

MANOUKIAN_le_cercle_des_hommes
  RL2020  coup_de_coeur

 

En deux mots:
Aux commandes de son avion, un chef d’entreprise est victime d’un accident qui le précipite en pleine jungle amazonienne. Choqué et amnésique, il est pris en charge par la tribu des Yacou qui vit en autarcie, loin de toute civilisation. Au fil des semaines, il va devoir s’adapter à cette nouvelle vie.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Un chef d’entreprise dans la jungle

Avec son nouveau roman Pascal Manoukian nous offre bien plus qu’une fable écologiste. En suivant les pas d’un chef d’entreprise dont l’avion s’écrase au cœur de la forêt amazonienne, il touche à l’essentiel, à la raison de notre présence sur cette terre.

Que ce soit au cinéma, à la télévision ou en littérature, la recette a déjà été souvent utilisée avec succès: la rencontre de deux mondes qui à priori n’ont rien de commun. Si la variante que nous propose ici Pascal Manoukian est également très réussie, c’est que derrière le roman d’aventure se cache une profonde réflexion sur l’écologie au sens large, allant puiser jusqu’aux questions fondamentales, sur le sens même de notre vie sur terre.
Dans la forêt amazonienne vivent encore quelques poignées d’êtres humains totalement isolés de la civilisation. Appelons-les les Yacou. Ils sont à la fois extrêmement forts pour avoir survécu à des conditions extrêmes et très fragiles, car leur territoire est à la merci des «exploiteurs» qui rongent jour après jour la forêt amazonienne pour ses ressources naturelles, son bois, son or ou qui défrichent pour implanter des cultures extensives et rentables à court terme, faisant fi de la biodiversité et des équilibres naturels. Tout l’inverse des Yacou qui, au fil des ans, ont appris à composer avec la nature et à la respecter. Le secret de la longévité de la tribu tient du reste dans ce respect de tous les instants pour leur environnement naturel: «ils veillaient perpétuellement sur son inventaire, remettaient chaque feuille déplacée à sa place, dispersaient la cendre des feux et les restes des repas.» Une discrétion aussi rendue possible par les règles de la communauté qui n’autorisent que des groupes de huit personnes au maximum, hommes, femmes et enfants compris. Ils ont eu l’intelligence de s’adapter au milieu plutôt que de vouloir le détruire. S’ils ne se donnent jamais de rendez-vous, ils se retrouvent toujours. Un cri suffit à se signaler. Leur langage est sommaire, mais primordial. Si pour eux l’argent et tout son vocabulaire n’existe pas, ils ont en revanche une quarantaine de mots pour définir la couleur verte, dans toutes ses teintes.
Au-dessus de leurs têtes, Gabriel est aux commandes de son petit avion. À la tête d’une grande entreprise de prospection minière, il vient de célébrer ses fiançailles avec Marie et est en passe de conclure de juteuses affaires. Seulement voilà, un vol d’oiseaux va brusquement le plonger dans le monde des Yacou. Les volatiles se prennent dans les réacteurs, causant la perte de l’appareil. Gabriel échappe à la mort, mais ni aux blessures physiques, ni aux blessures psychiques. Choqué, il ne se souvient de rien lorsqu’il se réveille. Le Yacou qui le découvre est intrigué par cet être qui lui ressemble un peu, mais dont les différences physiques sont telles qu’il se méfie et le jette dans un enclos avec les cochons.
C’est au milieu des animaux qu’il va devoir survivre, se nourrir, guérir. Au bout de quelques jours de souffrance, il va pouvoir se mettre debout indiquant qu’il n’est pas comme les animaux qu’il côtoie et intriguant les Yacou qui décident de lui laisser sa chance. «Il ne faisait plus partie du monde des porcs, mais il ne faisait pas non plus complètement partie de celui des hommes».
Alors que la mémoire et les forces lui reviennent, il lui faut constamment s’adapter et, avec chaque jour qui passe, apprendre et se perfectionner, contraint à franchir les rites de passage mis au point par sa tribu, gardant désormais dans un coin de sa tête l’idée de pouvoir un jour fuir et retrouver les siens.
Pascal Manoukian, le baroudeur, a dû se régaler en imaginant les épreuves auxquelles Gabriel est confronté, en intégrant aussi dans son récit la situation du pays qui a élu Bolsonaro avec ce chiffre terrifiant – qui est malheureusement tout à fait juste – depuis son arrivée au pouvoir, de juillet 2018 à juillet 2019, la déforestation de la forêt amazonienne a atteint 278%! L’occasion aussi d’un clin d’œil à son précédent roman, Le Paradoxe d’Anderson.
Sans dévoiler l’épilogue de ce formidable roman, disons que les Yacou vont aussi se rendre compte du danger qui les menace. En filigrane, le lecteur comprendra qu’en fait, lui aussi fait partie de ces Yacou, de ce cercle des hommes. Un roman vertigineux et salutaire !

Le cercle des hommes
Pascal Manoukian
Éditions du Seuil
Roman
336 p., 19,50 €
EAN 9782021442403
Paru le 2/01/2020

Où?
Le roman se déroule au Brésil, au cœur de la forêt amazonienne

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
L’Amazonie.
Perdue sous la canopée, une tribu d’Indiens isolés, fragilisés, menacés par les outrages faits à la forêt. Au-dessus de leurs têtes, un homme d’affaires seul et pressé, aux commandes de son avion, survole l’immense cercle formé par la boucle du fleuve délimitant leur territoire.
Une rencontre impossible, entre deux mondes que tout sépare. Et pourtant, le destin va l’organiser.
À la découverte de la « Chose », tombée du ciel, un débat agite la tribu des Yacou: homme ou animal ? C’est en essayant de leur prouver qu’il est humain que l’industriel finira par le devenir.
Le Cercle des Hommes n’est pas seulement un puissant roman d’aventures, d’une richesse foisonnante, c’est aussi un livre grave sur le monde d’aujourd’hui et notre rapport à la nature.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
RTBF (Sous couverture – Thierry Bellefroid)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Mémo Émoi (Geneviève Munier)
Blog Mes échappées livresques 

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« La forêt s’égouttait encore des larmes de la nuit. Parfois, racontait la légende des Yacou, le Soleil pleurait de se savoir enfermé dans le noir. Peïne ne lui en voulait pas, bientôt il réchaufferait la tribu. L’Indien, au corps sec, strié de centaines de petites cicatrices, droites et régulières, protégea le feu d’une tresse de brindilles et rapprocha les braises. Autour de lui, nus, allongés sur des nattes de feuilles, les corps des siens, serrés les uns contre les autres, pareils aux lames d’un radeau, flottaient encore dans le sommeil. Il les compta. Sept. Son clan entier, sa famille. Leurs poitrines se gonflaient juste assez pour éloigner les charognards. Leurs tignasses sentaient la viande et le manioc sauvage. Il se leva et fit le tour du bivouac, deux abris de palme, sommaires, juste un toit de branches posées sur des bâtons, un feu et au-dessus un petit fumoir. Leurs peaux brûlées de soleil et peintes d’ocre se confondaient avec les racines géantes dressées comme des orgues, les touffes emmêlées de leurs cheveux gris de cendre avec l’épaisse pourriture végétale. Rien ne les trahissait. À côté de leurs couches, les traces d’un gros puma en témoignaient. L’animal s’était reposé à quelques mètres avec son petit, pendant la nuit, sans les voir. Peïne fouilla les déjections : la femelle jeûnait depuis deux jours, sa progéniture boitait et souffrait sans doute de parasites. L’Indien se promit de leur laisser les restes de la pêche avant de lever le camp. Une autre fois peut-être les fauves lui abandonneraient une carcasse pour nourrir les enfants.
Surplombant le campement, des arbres entrelacés de lianes se bousculaient en mikado, prêts à perfuser les premières lueurs du jour. Toujours selon la légende, le sommeil était un filet tendu par les esprits où les Indiens se laissaient attraper pour apaiser leur corps des efforts et des blessures de la journée. Un doux piège, dont il fallait s’arracher avant la fin du noir au risque d’y demeurer prisonnier comme dans une nasse.
À Peïne revenait le devoir de réveiller son clan. Au fond d’un tronc en décomposition il attrapa deux gros vers de palme de la taille d’un pouce, le corps annelé, jaune de gras. Il les excita en les remuant au-dessus des braises, s’agenouilla devant Mue le vieil aveugle et les lui glissa sous les aisselles. Le rire apaisait les tensions chez les Yacou, or la journée promettait d’être lourde. L’aïeul, encore prisonnier du filet, sourit d’abord discrètement du coin des lèvres, puis les vers s’obstinant à creuser sous ses bras pour trouver une sortie il se mit à pouffer, déclenchant une réaction en chaîne, les uns se jetant sur les autres pour leur arracher des gloussements sans fin. Peïne en profita pour se rapprocher de sa femme et lui faire oublier sa mauvaise humeur de la veille. Une bande de singes laineux, réveillés par les cris, imita aussitôt les Indiens, effrayant une nuée d’oiseaux, et bientôt la forêt ne fut plus qu’un immense éclat de rire.
Mue mit fin à la cérémonie des chatouilles et commença la journée. L’aveugle s’éloigna du camp en tâtonnant. Ses yeux ne voyaient plus. Ses doigts si. De longues lianes torturées, des loupes, capables même de distinguer les couleurs. Il lui en manquait trois à la main droite, mais rien n’échappait aux rescapés.
Le vieil Indien saisit une feuille au limbe arrondi et caressa chacune des nervures en suivant leurs hésitations.
Il savait déjà le serpent sur la branche, juste derrière son épaule mais assez loin pour qu’il ne s’en inquiétât pas. Sur le feu humide, les deux vers de palme ne faisaient plus rire personne. Ils grillaient sur le dos, panse tournée vers un gros nuage qu’éventrait déjà un mince éclat de soleil.
Face à l’aveugle, silencieuses, deux femmes nues, les seins griffés par les ronces et les enfants, attendaient son verdict, arc aux pieds, la peau perlée de rosée, le regard souligné du trait rouge et gras de la pulpe d’urucu, une baie sauvage à l’allure de petits oursins dont les Indiens se servaient aussi pour se protéger des insectes et colorer les plats.
Mue mit la feuille dans sa bouche et la mâcha longuement.
Une bande droite et nette rasait sa chevelure grise en son milieu, laissant apparaître une longue cicatrice mal refermée, gonflée d’affreuses boursouflures. À la verticale de son crâne fendu, d’immenses orchidées égrenaient leur pollen dans un rideau de brume, montant de la pourriture du sol pour se déchirer aux premières branches des arbres et disparaître trente mètres plus haut, en fins lambeaux blancs, transperçant la voûte épaisse et échappant par miracle à la forêt, telles des volutes de fumée sans feu.
Depuis qu’on lui avait amputé trois doigts de la main pour le faire parler, le vieil Indien économisait les mots.
– Luisant, se contenta-t-il d’annoncer.
Tout le monde approuva d’un hochement de tête, sauf le Héron, un adolescent aux allures d’échassier, en perpétuel recherche d’équilibre, toujours penché vers l’avant, les deux jambes fendues en un « V » semblable à celui dessiné par la rencontre des eaux caillouteuses de l’Otavella et du Cahuinari, deux rivières entre lesquelles, depuis mille ans, les Yacou cueillaient et chassaient.
L’aveugle régurgita une bouillie verte grumeleuse, s’agenouilla, y mélangea un peu de cendre et, pendant que le Héron expertisait à son tour la feuille arquée d’un palmier-poubelle, enduisit de sa mixture les seins vides d’une jeune mère pour y faire monter le lait. Elle le remercia en prenant sa main entre ses doigts, et le contact devenu trop rare d’une peau douce contre la sienne ravit l’ancien.
Son opinion faite, le grand échalas se redressa sur ses compas.
– Brillant perlé, corrigea-t-il respectueusement.
Peïne, le gardien provisoire de la tribu, coiffé d’un casque de cheveux noirs à l’arrondi parfait cerclant un front curieux, orienta les feuilles d’une fougère géante vers une rafale de lumière qui trouait la tête d’un grand bananier.
Contrairement au vieil aveugle, il pouvait compter des yeux chaque battement d’ailes d’un colibri et le stopper net d’une fléchette en plein cou et en plein vol.
– Moiré, trancha le petit homme trapu, le biceps droit ceint d’une mue de serpent, seul signe distinctif de son rang.
Chez les Yacou, il existait cinquante-sept mots décrivant très précisément chaque nuance de vert, mais aucun pour dire le profit, la science ou le bonheur. Pour une raison simple : le profit n’existait pas, la science tenait déjà tout entière dans la nature et le bonheur, à part une période sombre, dont le vieux Mue gardait, en plus du secret, trois moignons et une méchante cicatrice sur le crâne, se révélait être pour les Indiens et depuis toujours un état permanent, une source intarissable.
Les sept statuèrent finalement sur un vert humide et scintillant, puis firent cercle autour du foyer et régurgitèrent ensemble ce que leurs estomacs n’avaient pas digéré de la veille, grelottant les uns contre les autres, trempés par les gouttes lourdes d’une averse pianotant sans partition précise de feuille en feuille jusqu’au feu toussotant. L’air sentait l’ananas vert et la cendre mouillée. Tout ce que comptait le clan tenait là : Peïne le sage, Mue l’aveugle au crâne fendu, le Héron, fragile et curieux, la Tatouée, la femme de Peïne, au corps entièrement incrusté d’arabesques bleues, le Rebelle, un jeune mâle de vingt ans, le regard noir, toujours sur ses gardes, méfiant comme un jaguar, Solitude, la veuve aux seins vides, Sans Nom, son jeune fils, et Pas d’Âge, le mort, recroquevillé en position fœtale au beau milieu d’une feuille de nénuphar géant, jaune tendre, aux bords parfaitement arrondis, relevés et dentelés comme un moule à tarte.
Les sept devaient choisir maintenant. À l’unanimité ils décidèrent de confier pour un jour encore le destin de la tribu à Peïne et s’entaillèrent symboliquement le bras de la pointe d’un bambou pour marquer d’une cicatrice leur décision commune.
Ainsi commençait chaque jour nouveau entre l’Otavella et le Cahuinari. À peine sortis du filet des esprits, les Yacou rendaient à la terre ce dont ils n’avaient pas besoin, choisissaient le meilleur d’entre eux pour les guider tout au long de la journée et définissaient la couleur du vert afin de décider à quoi ils allaient l’occuper. Peïne regarda le colibri s’envoler et se félicita : humide et scintillant était la couleur idéale pour un enterrement. Ils avaient bien fait de rire avant. »

Extraits
« Au milieu d’un capharnaüm de cartes aériennes, de cigarettes et de dossiers trônait un petit cylindre en titane brossé, rouge mat, une enceinte d’à peine cinq centimètres de hauteur, un cadeau de Marie pour ses cinquante ans, un concentré de technologie, indestructible, étanche, avec un son de chaîne hi-fi, une batterie infatigable, et tout Mozart à l’intérieur.
Il se souvenait du dîner de la veille, du clair-obscur de la suite du Copacabana Palace à la façade en pierre blanche tombant sur la plage comme une falaise de craie, des baisers au goût de caviar, de la fine dentelle des bulles de champagne, de cet incroyable chef japonais venu spécialement de São Paulo leur servir son bœuf wagyu surmonté d’un médaillon de foie gras et parsemé de lamelles de truffe blanche, du meringué de bananes ondulant de cinquante bougies soufflées à la fraîcheur d’une petite brise à l’abri des flamboyants de la terrasse. Elle devait l’attendre, maintenant.
Il sourit en pensant à sa promesse de revenir trois jours plus tard lui faire un enfant. Il ne s’y était tenu avec aucune autre, préférant chaque fois ses affaires à ses histoires d’amour. Une femme par étape de sa carrière, toutes indispensables mais chacune sacrifiée, comme les étages d’une fusée, pour monter toujours plus haut. »

« Quatre générations plus tard, Diego, l’un des arrière-arrière-petits-fils du drapier de Séville, embarquait pour les Amériques, avec cinq cents volontaires, dans l’espoir de venger son ancêtre et d’aller au nom de la France piétiner les plates-bandes espagnoles. Malheureusement, la troupe débarqua au nord du Brésil, côté portugais. Après deux ans à défricher la côte, Diego déserta et s’enfonça dans la forêt avec une bande d’aventuriers venus de São Paolo. La légende dit qu’ils arrivèrent sur les rives d’un lac, quelque part entre le Brésil et la Guyane, dans lequel chaque année un roi indien se baignait nu et ressortait le corps couvert d’or. Nombreux furent ceux qui cherchèrent l’endroit sans jamais le trouver, mais dans le jardin de sa petite échoppe bordelaise, étudiant, bien avant de connaître Marie, il aimait à imaginer son ancêtre remontant les fleuves et les rivières, inventoriant des plantes inconnues aux parfums mille fois plus délicats que les épices de la Judería, racines contre les fièvres hémorragiques, teintures ocre et bleues, gomme pleurant des arbres, toujours accueilli et fêté par des peuples sans nom, heureux d’échanger leurs trésors contre les siens. »

« La veille, le Brésil avait fait un immense bond en arrière en s’offrant un président nostalgique de l’ordre et de la dictature militaire. L’Amazonie et toute l’industrie du pays étaient à vendre. Premiers arrivés, premiers servis, « les meilleures affaires se font à l’ouverture », disait son père, tant pis pour les travailleurs sans terre, l’écosystème, les espèces menacées et les Indiens. Les conquistadors étaient de retour. »

À propos de l’auteur
Photographe, journaliste, réalisateur, Pascal Manoukian a couvert un grand nombre de conflits. Ancien directeur de l’agence CAPA, il se consacre désormais à l’écriture. Il a publié notamment  Le Diable au creux de la main (2013), Les Échoués (2015) et Ce que tient ta main droite t’appartient (2017) et Le Paradoxe d’Anderson. (Source: Éditions du Seuil)

Page Facebook de l’auteur 

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#lecercledeshommes #PascalManoukian #editionsduseuil #hcdahlem #roman #LitteratureFrancaise #unLivreunePage. #livre #lecture #books #blog #littérature #bloglittéraire #lire #livresaddict #lectrices #lecteurs #lecteurscom #bouquiner #livresque #rentreelitteraire #rentree2020 #Bloglitteraire #RL2020 #auteur #book #writer #reading #LitteratureFrancaise #amour #litterature #bookstagram #instalivre #bookoftheday #instabook #booklover #livrestagram #RentréeLittéraire2020 #coupdecoeur #VendrediLecture

Amazonia

DEVILLE_amazonia

 RL_automne-2019

En deux mots:
Un écrivain-voyageur part en voyage le long de l’Amazone avec son fils. Au fil des étapes, il va nous raconter non seulement les méandres de ce fleuve de Belém à Santa Elena, mais aussi nous livrer le fruit de centaines de lectures, retracer l’histoire du continent et ne pas oublier l’actualité. Un roman aussi parcouru de rencontres et de personnages emblématiques.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Géographie et histoires de l’Amazonie

Dans un roman foisonnant et érudit, Patrick Deville raconte ses voyages en Amazonie. Le long des méandres du fleuve, il nous en détaille les histoires et les légendes, tout en se rapprochant de son fils. Embarquez !

«Mains derrière la nuque, on peut imaginer ces milliers de rivières qui, depuis les deux hémisphères, se rejoignent dans le lit du fleuve quelques degrés sous l’équateur comme des milliers d’histoires.» Patrick Deville, au moment d’entamer ce nouveau voyage le long de l’Amazone, nous en livre la clé. Bien davantage qu’un récit de voyage, bien mieux qu’un manuel d’Histoire, il va nous raconter les milliers d’histoires qui ont fait la légende de ce cours d’eau à nul autre pareil.
Se plaçant d’emblée sous l’égide de Blaise Cendrars, l’écrivain-voyageur nous offre sans doute le livre qui colle le mieux à la collection dans laquelle il publie : «Fiction & Cie».
Dans ses pas, nous allons croiser des paysages extraordinaires, une faune et une flore de plus en plus menacées par l’homme, mais surtout découvrir ou redécouvrir une histoire multiséculaire d’où vont émerger quelques figures de proue extravagantes. Commençons par les Conquistadors, qui ont tout de génocidaires, et rappelons que «toute l’histoire de la conquête est celle de traîtres trahis par de plus traîtres qu’eux». Poursuivons avec Brian Sweeney Fitzgerald, plus connu sous le nom de Fitzcarraldo, et dont Werner Herzog dépeindra l’épopée sous les traits de Klaus Kinski. L’auteur reviendra du reste aussi sur l’épopée de ce film ainsi que sur le tournage de Aguirre, la colère de Dieu avec le même réalisateur et le même interprète principal, habité par la folie de son personnage. Et puis il y a les aventuriers, les hommes politiques et les capitaines d’industrie moins connus, les barons du café tels que Paolo Prado, les exploitants du caoutchouc – et des populations locales – les révolutionnaires, les indépendantistes, les chercheurs d’or, les scientifiques. N’oublions pas non plus les pionniers qui se lancent dans la construction de lignes de chemins de fer à travers la jungle où qui envisagent de lancer des câbles téléphoniques sur des milliers de kilomètres et qui, comme l’écrira Claude Lévi-Strauss, seront «victimes des termites et des indiens».
On revivra les épisodes sanglants de la colonisation, la fièvre du caoutchouc avec la grandeur et la décadence de Manaus.
On y croisera aussi le bandit Lampião, devenu héros populaire et la superbe galerie des personnages nés des plumes fécondes des écrivains. Ce qui nous vaudra aussi quelques digressions… et une bibliographie en fin de volume qui est aussi une invitation à poursuivre le voyage. Avec Cendrars, Jules Verne, Montaigne, Melville, Faulkner et Thoreau, sans oublier les sud-américains comme Alvaro Mutis et Vargas Llosa. On pourrait aussi y ajouter Lévi-Strauss et garder une place pour Henri Michaux.
On l’aura compris, il est impossible de réserver ce roman, tant il est à l’image de cette Amazonie, riche, foisonnant, énigmatique. Mais il suffit de se laisser emporter par la plume enlevée de Patrick Deville, pour aller de surprise en découverte et en apprendre beaucoup. Il faudrait encore dire un mot de Pierre, ce fils qui accompagne son père durant ce voyage et qui est lui aussi objet d’étude pour son père qui doit bien constater qu’au fil du temps, il évolue et se modifie. Tout comme cette Amazonie sans doute plus menacée aujourd’hui qu’elle ne l’était hier.

DEVILLE_carte_amazoneAmazonia
Patrick Deville
Éditions du Seuil
Roman
300 p., 19 €
EAN 97820212475034
Paru le 21/08/2019

Où?
L’action se situe de tout au long du fleuve Amazone, de Belém à Santa Elena, en passant par Santarém, le rio Negro, Manaus, Iquitos, Guayaquil. On y passe aussi des Galápagos en Amérique centrale et latine, sans oublier tous les voyages précédents évoqués, à Saint-Malo, Jersey, la Normandie, l’Aubrac et le Quercy, la Belgique, Dunkerque, Bruges, la Hollande, Paimpol et Tréguier, Bréhat, Port-Navalo, Rochefort-sur-Mer, Saint-Palais, le Verdon, Biarritz puis Bilbao, les Asturies, la Cantabrie, la Galice, Chamonix et les Alpes, ou encore le Maroc, avant le retour à Paris.

Quand?
Le roman se déroule de nos jours, avec l’évocation des siècles passés depuis les XIIe et XIIIe siècles.

Ce qu’en dit l’éditeur
Avec Amazonia, Patrick Deville propose un somptueux carnaval littéraire dont le principe est une remontée de l’Amazone et la traversée du sous-continent latino-américain, partant de Belém sur l’Atlantique pour aboutir à Santa Elena sur le Pacifique, en ayant franchi la cordillère des Andes. On découvre Santarém, le río Negro, Manaus, Iquitos, Guayaquil, on finit même aux Galápagos, plausible havre de paix dans un monde devenu à nouveau fou, et qui pousse les feux de son extinction.
Le roman plonge jusqu’aux premières intrusions européennes, dans la quête d’or et de richesses, selon une géographie encore vierge, pleine de légendes et de surprises. Plus tard, les explorateurs établiront des cartes, mettront un peu d’ordre dans le labyrinthe de fleuves et affluents. Des industriels viendront exploiter le caoutchouc, faisant fortune et faillite, le monde va vite. Dans ce paysage luxuriant qui porte à la démesure, certains se forgent un destin : Aguirre, Fitzgerald devenu Fitzcarraldo, Darwin, Humboldt, Bolívar.
Ce voyage entrepris par un père avec son fils de vingt-neuf ans dans l’histoire et le territoire de l’Amazonie est aussi l’occasion d’éprouver le dérèglement du climat et ses conséquences catastrophiques.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Actualitté (Laure Emblesec)
Page des libraires (Joachim Floren, librairie le Matoulu, Melle)
Le Temps (Isabelle Ruf)
Presse Océan


Patrick Deville parle de son roman Amazonia © Production éditions du Seuil

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« père & fils
Une violente averse bousculait le navire, l’eau pénétrait par la jointure des hublots. Nous allumions une petite lampe. Dans la pénombre de la cabine baignée d’air chaud, Pierre à contre-jour emplissait un carnet. J’avais attendu d’être à bord pour lui demander s’il se souvenait de sa découverte, une dizaine d’années plus tôt, de ce vers de Blaise Cendrars, « Gong tam-tam zanzibar bête de la jungle rayons x express bistouri symphonie », fragment de poème qu’il avait intégré à l’un de ses dessins. Il m’avait répondu que, sans doute, à l’époque, je lui avais mis ça sous les yeux.
Son père à lui, Cendrars, son père l’inventeur raté ou spolié, l’homme aux affaires calamiteuses, l’importateur de bière frelatée à Naples, le promoteur ruiné d’un palace fantôme en Égypte, l’auteur du brevet d’un ressort pour fermer les portes, finalement revenu à La Chaux-de-Fonds, lui avait offert un livre de Nerval qui allait décider de sa vie. Il avait encore trouvé dans la bibliothèque paternelle L’Asie russe d’Élisée Reclus et ç’avait été l’invention du Transsibérien. Longtemps après le Brésil, Cendrars avait offert à son fils Rémy La Chute d’un ange de Lamartine.
Le fils était aviateur. C’était la guerre. L’ange avait perdu la vie lors d’un vol d’entraînement.
Il faut se méfier des livres qu’on recommande aux fils : c’est sur une forte recommandation paternelle, une injonction, que j’avais lu enfant Moravagine. Même s’il me semblait étrange, ce livre, j’avais longtemps pensé qu’il était écrit pour moi puisque mon père me l’avait imposé, j’y trouvais le goût des tours du monde, la parenté du fou Moravagine et du fou Taba-Taba, lequel était alors mon camarade dans l’hôpital psychiatrique où nous vivions. Sans doute les scènes érotiques et pornographiques m’avaient échappé.
Pas les Indiens bleus.
Lorsqu’il débarque du Formose en 1924, Cendrars rêve de fortunes brésiliennes. Il est pour ça aussi peu doué que son père. Les chats ne font pas des chiens. Il descend l’échelle de coupée, balaie ces dix dernières années: en 14 il vivait encore à Forges-par-Barbizon. Ce Suisse qui pouvait échapper à la mobilisation, de la guerre se laver les mains, avait lancé un appel afin de réunir « des étrangers amis de la France, qui pendant leur séjour en France ont appris à l’aimer et à la chérir comme une seconde patrie, et sentent le besoin impérieux de lui offrir leurs bras ».
Un an plus tard, un obus lui avait arraché le bras droit et la main avec laquelle il avait écrit cet appel.
Cette main jetée dans la poubelle d’un hôpital de campagne avait tracé les vers des Pâques à New York et de La Prose du Transsibérien. C’est déjà un vieux modernisme, dépassé par le dadaïsme et le surréalisme, démodé, des trains et des paquebots comme affiches des Messageries Maritimes, un ananas et un perroquet en métonymie des Antilles. Il imagine se mettre au roman, depuis des années traîne dans ses malles les projets de L’Or et de Moravagine.
De sa Remington portative, à bord du Formose, il a peu entendu tinter la sonnette en bout de ligne.
Sur le quai, vêtus de blanc, l’attendent Paolo Prado et la petite bande du Movimento Modernista. Il écrira que son mécène était « un homme de la famille d’A.O. Barnabooth, presque aussi riche que le héros de Valery Larbaud, mais beaucoup plus racé, fin, lettré, érudisant », surtout roi du café, riche à millions. Son père à lui était un proche de l’empereur Pedro II. Paolo Prado avait négocié avec Paul Claudel, ambassadeur à Rio, l’entrée en guerre du Brésil auprès des Alliés. Depuis l’armistice, la petite bande vivait souvent en France, skiait dans les Pyrénées.
À Paris, Cendrars leur avait présenté Larbaud et Supervielle, Satie et Debussy. Comme les navigateurs normands avaient au seizième siècle emmené des Indiens du Brésil pour les présenter au roi de France, Paolo Prado avait ramené, tel un ethnologue un trophée, un poète moderniste français au Brésil.

Extrait
« S’il est souvent agaçant d’observer son père, de retrouver en lui des travers et des manies qu’on sait en avoir reçus, mais qu’on aurait préféré ne pas, il est fascinant d’observer son fils, ces détails qu’on reconnaît et d’autres inconnus, dans des «façons de penser et des tendances», et ce déséquilibre dans l’observation est source de malentendus au fil du temps, puisque l’un et l’autre évoluent, se modifient, alors que chacun sans doute aimerait être le seul à changer et que l’autre demeure constant. »

À propos de l’auteur
Grand voyageur et esprit cosmopolite, Patrick Deville dirige la Maison des écrivains étrangers et traducteurs (MEET) de Saint-Nazaire et la revue du même nom. Né en 1957, il est l’auteur d’une douzaine de romans dont le très remarqué Peste & Choléra (Seuil 2014). (Source: Éditions du Seuil)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#amazonia #patrickdeville #editionsduseuil #hcdahlem #roman #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #lire #livresaddict #lectrices #lecteurs #lecteurscom #bouquiner #livresque #rentreelitteraire #rentree2019 #RL2019 #RentréeLittéraire2019 #LitteratureFrancaise

la disparition de Josef Mengele

GUEZ_la_disparition_de_josef_mengele

logo_avant_critique

Voici cinq bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que ce roman répond à une exigence, celle de ne pas oublier, de nous rappeler sans cesse à la vigilance dans un monde qui est loin d’avoir éradiqué les vieux démons.

2. Parce qu’il est non seulement saisissant de constater que Josef Mengele a pu échapper à la traque menée par les chasseurs de nazis, mais qu’il est plus stupéfiant encore de comprendre qu’un « quatrième Reich fantôme » s’est développé en Amérique du sud, prêt à poursuivre sa politique, en espérant une troisième guerre mondiale.

3. Parce que cet homme, recréé avec précision grâce à un formidable travail documentaire, reste et demeure un monstre que rien ni personne n’aura pu faire dévier de son idéologie.

4. Parce que, comme l’écrit Philippe Chauché dans La Cause littéraire « Olivier Guez a traversé l’Amérique du Sud sur les traces du bourreau, sur les traces des nazis cachés, ensevelis un temps par les dénis de l’Histoire, vu ces lieux où les corps en fuite se sont dissimulés, lu et relu des témoignages, des récits, des romans – dont l’admirable Face aux ténèbres de William Styron –, il en a tiré un roman d’une folle ambition, suivre pas à pas ce tortionnaire. Un roman déroutant, par sa rage, par sa force évocatrice, par sa rigueur, sa saveur, sa composition, son style, qui nous plonge au cœur des Ténèbres, de nos propres ténèbres. »

5. Parce que Olivier Guez a reçu le prix Renaudot 2017, ce lundi 6 novembre 2017.

La disparition de Josef Mengele
Olivier Guez
Éditions Grasset
Roman
240 p., 18,50 €
EAN : 9782246855873
Paru en septembre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
1949 : Josef Mengele arrive en Argentine.
Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant ?
La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d’opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l’argent et l’ambition. Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

Les critiques
Babelio
Benzine Webzine d’essence culturelle (Delphine Blanchard)
Télérama (Gilles Heuré)
La Croix (Loup Besmond de Senneville)
Le JDD (Marie-Laure Delorme)
La Cause littéraire (Philippe Chauché)
Libération (Alexandra Schwartzbrod)
La règle du jeu (David Samama)
Le blog de Gilles Pudlowski 

Les premières pages du livre
« Le North King fend l’eau boueuse du fleuve. Grimpés sur le pont, ses passagers scrutent l’horizon depuis l’aube et maintenant que les grues des chantiers navals et la ligne rouge des entrepôts du port percent la brume, des Allemands entonnent un chant militaire, des Italiens se signent et des juifs prient, malgré la bruine, des couples s’embrassent, le paquebot arrive à Buenos Aires après trois semaines de traversée. Seul sur le bastingage, Helmut Gregor rumine.
Il espérait qu’une vedette de la police secrète viendrait le chercher et lui éviterait les tracasseries de la douane. À Gênes, où il a embarqué, Gregor a supplié Kurt de lui accorder cette faveur, il s’est présenté comme un scientifique, un généticien de haut vol, et lui a proposé de l’argent (Gregor a beaucoup d’argent) mais le passeur a esquivé en souriant : ce genre de passe-droit est réservé aux très grosses légumes, aux dignitaires de l’ancien régime, rarement à un capitaine de la SS. Il enverra quand même un câble à Buenos Aires, Gregor peut compter sur lui. »

Extrait
« Les plus acharnés croient dur comme fer qu’un quatrième Reich peut revenir en Allemagne. Les autres vivent avec leurs souvenirs, parfois leurs remords, jamais leur culpabilité. »

À propos de l’auteur
Olivier Guez est l’auteur, entre autres, de L’Impossible retour, une histoire des juifs en Allemagne depuis 1945 (Flammarion), Éloge de l’esquive (Grasset) et Les Révolutions de Jacques Koskas (Belfond). Il a reçu en 2016 le prix allemand du meilleur scénario pour le film Fritz Bauer, un héros allemand. (Source : Éditions Grasset)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

Tags:
#ladisparitiondejosefmengele #olivierguez #editionsgrasset #RL2017 #roman #rentreelitteraire #WWII #unLivreunePage. #livre #lecture #books #RLN2017 #MardiConseil #VendrediLecture #littérature #lecture #lire #lectrices #lecteurs

Le vent se lève

avon_le_vent_se_leve

Le vent se lève
Sophie Avon
Éditions du Mercure de France
Roman
176 p., 16,80 €
EAN : 9782715244184
Paru en août 2016

En deux mots
Lili est dans un bateau. Avec son frère Paul, elle va quitter Bordeaux pour le Sénégal puis pour le Brésil. Un périple fait de rencontres et d’introspection, un voyage qui va lui permettre de se découvrir elle-même.

Ma note
etoile etoile etoile (beaucoup aimé)

Où?
Le roman se déroule d’abord en France, notamment dans le Verdon, puis à La Rochelle et à Bordeaux, avant de prendre le large jusqu’à la Corogne en passant par San Vicente de la Barquera, Las Palmas, Puerto Rico, le Sénégal (Dakar, Saint-Louis, Kayar) d’où on met le cap vers le Brésil : Recife, Salvador de Bahia, Rio, Vitória, Ilha Dos Pacotes. La dernière étape ira vers la Guyane et Cayenne, tandis que la narratrice rejoint la France par avion, via Madrid. Des vacances en Italie, à Florence, Sienne, San Gimignano sont aussi évoquées, ainsi que l’Algérie.

Quand?
L’action se situe au début des années quatre-vingt.

Ce qu’en dit l’éditeur
Être entouré d’absence produit des sensations d’un autre ordre. Pas une coque à l’horizon, rien que notre embarcation, en plein cœur de l’océan, à des milles et des milles de la côte, nous trois flottant obstinément au milieu de nulle part – mais ce n’est pas nulle part, c’est à nos yeux l’endroit le plus vivant du monde. C’est le noyau pur de nos jeunes vies.
Lili a 20 ans, au début des années quatre-vingt, quand elle embarque avec son frère Paul sur le voilier «Horus». Paul est un marin passionné, mais traverser un océan n’est pas une mince affaire ! De port en port, au gré des escales, dans des conditions parfois rudes, frère et sœur progressent vers les tropiques. Après le golfe de Gascogne, Madère, Les Canaries, le Sénégal, enfin, c’est la traversée de l’Atlantique, puis l’arrivée au Brésil. Là, ils se laissent envahir par un sentiment de plénitude où se mêlent la satisfaction d’être allés au bout d’eux-mêmes et l’excitation de la découverte : Recife, Salvador de Bahia, Rio… Plus au sud, ils jettent l’ancre dans un véritable paradis. Mais le temps est venu pour Lili de rentrer. Elle ignore qu’un autre voyage commence.

Ce que j’en pense
Le proverbe qui nous dit que «les voyages forment la jeunesse» trouve ici une belle illustration. Lili vient d’avoir vingt ans et décide d’accompagner son frère Paul sur son voilier pour une traversée de l’Atlantique. Depuis sa jeunesse, le garçon rêve de ce jour où il pourra concrétiser son rêve. Après avoir dessiné des bateaux et appris à naviguer aux Glénans, il a pu s’acheter un premier voilier, puis un autre, jusqu’au Dufour 34 d’occasion avec lequel il entend rallier l’autre continent.
« C’est un quillard de 1974. Une dizaine de mètres, soixante mètres carrés de voilure, une cabine avant, six couchages, une hauteur sous barrots permettant de se tenir debout et tout ce qui à nos yeux suffit à vivre sous les tropiques.»
Après un faux départ en août et un retour à Bordeaux pour y réparer une avarie, le 5 septembre marque le vrai départ, direction La Corogne, le cap Finisterre puis l’île de Madère.
Pour Lili, ce voyage tient à la fois de la concrétisation d’un grand rêve et d’un déchirement, car elle laisse à terre Vincent: « Il venait d’être nommé professeur dans une grande école et il avait un rendez-vous de première importance concernant sa rentrée. C’est pourquoi il ne faisait pas partie de l’aventure – mais nous étions résolus à nous attendre, lui et moi, nous venions de tomber amoureux. »
La première partie du voyage se fera en compagnie de son amie Faustine, qui choisira de continuer avec un autre équipage au Sénégal. Car, ce sont surtout les rencontres avec les autres navigateurs qui vont rythmer les différentes étapes.
Le couple Lars et Marisa tout d’abord. Alors que le scandinave optimiste est toujours prêt à donner un coup de main, l ne se rend pas compte que le mal de mer de sa compagne risque de l’emporter. Après quelques jours, la panique finit par gagner l’équipage, qui parviendra toutefois à arriver à bon port, non sans avoir testé une recette originale de réhydratation.
«Et puis le Le 27 octobre, à 18 heures, c’est le grand départ.» Benjamin, l’ami de Paul depuis le lycée, a pu négocier cinq semaines de congé pour être de l’aventure.
Le voyage se passe sans encombres, entre la navigation, les repas, la lecture.
« La durée n’est plus la même, elle s’étale de façon inédite. Être entouré d’absence produit des sensations d’un autre ordre. Pas une coque à l’horizon, rien que notre embarcation, en plein cœur de l’océan, à des milles et des milles de la côte, nous trois flottant obstinément au milieu de nulle part – mais ce n’est pas nulle part, c’est à nos yeux l’endroit le plus vivant du monde. C’est le noyau pur de nos jeunes vies.»
Arrivés au Brésil, de Récife à Rio, ce sont de nouvelles rencontres, Christiane et
Gilles puis Pierre, Antoine, Pt’Louis et Katia, qui veulent aller jusqu’au Cap Horn, puis Hector et Geovanna, un couple de Brésiliens qui enseignent le français dans un lycée de Vitória et rêvent d’ailleurs, qui rêvent d’Horus. (Horus est le nom du bateau, «du dieu faucon qui règne sur les airs, dont les yeux sont le soleil et la lune et dont le patronyme signifie  » le Lointain  » ».
Lili croit pour sa part en avoir fini avec l’ailleurs et rentre en France rejoindre Vincent. Même si elle ne sait pas trop dans quel état d’esprit il sera, elle imagine que leur histoire d’amour pourra alors vraiment commencer. Elle retrouve Bordeaux, sa famille, décide de s’installer dans un nouvel appartement avec Vincent, va chercher du travail. Mais un sentiment bizarre, celui de ne pas vraiment être ici à sa place, ne la quitte pas.
Sophie Avon va réussir dans ce court roman, qui se lit facilement, à nous faire ressentir combien ce voyage tient du rite initiatique. À l’image de sa narratrice qui commence plusieurs romans, elle cherche sa voie et finit par la trouver.

Autres critiques
Babelio 
La Croix (Arnaud Schwartz)
Benzinemag.net (Delphine Blanchard)
Sud-Ouest (Olivier Mony)
France 2 (Dans quelle éta-gère)
Blog Booquin 
Blog Les mots de la fin
Blog Un bouquin sinon rien 

Les premières pages du livre 

Extrait
« Jamais pourtant, je n’ai imaginé de ne pas suivre mon frère. Je songe que si nous nous aimons vraiment, Vincent et moi, aucune distance, pas plus que les mois écoulés, ne viendront à bout de nos sentiments. Au fond, j’envisage notre séparation comme une parenthèse. Je n’ai aucune idée de ce qui se joue ni de la façon dont ce périple éclairera ma vie et mes origines. À cette époque, tout me paraissait léger. » (p. 19)

À propos de l’auteur
Sophie Avon est critique de cinéma au journal Sud-Ouest ainsi qu’à l’émission « Le masque et la plume ». Elle est l’auteur de plusieurs romans, notamment Les Amoureux et Dire adieu. (Source : Éditions du Mercure de France)

Site Wikipédia de l’auteur 
Compte Twitter de l’auteur

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags :
#sophieavon #RL2016 #roman #rentreelitteraire #mercuredefrance #leventseleve