Les embruns du fleuve rouge

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En deux mots:
Yannie, une jeune femme asiatique débarque inopinément chez Léon Le Glaouneg, au terme d’un long voyage du Vietnam en Bretagne. Elle transporte avec elle un lourd secret de famille qui va bouleverser le vieux loup de mer et le forcer à reprendre la mer.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

«Celle pour qui meurtrie aujourd’hui nous saignons»

De la pointe bretonne à Haïphong, Élisabeth Larbre a imaginé un premier roman autour d’un secret de famille, des envies de grand large et un drame poignant. La famille Le Glaouneg vous attend…

Tous les généalogistes vous le diront, les familles de marins sont particulièrement difficiles à reconstituer, surtout quand l’appel du large vous entraîne sur plusieurs continents et que la fidélité devient une notion étrangère face aux charmes exotiques. Yvon le Claouneg a pris la mer en 1946. Au sein de la légion étrangère, il part pour l’Indochine. Dans la baie d’Haïphong, il croise le regard de Rong-Sheng et décide de faire un bout de chemin avec elle. De leur union va naître Ha-Sinh qui n’aura guère le loisir de connaître son père qui n’a pu résister à l’appel du large et a abandonné sa famille.
Ha-Sinh va épouser Ru-Su. De cette union va naître Yannie. Élisabeth Larbre a choisi une scène forte pour commencer son premier roman en nous racontant l’arrivée inopinée de Yannie chez Léon Le Glaouneg. Comment la belle jeune fille a-t-elle réussi à gagner le Finistère et pour quelle raison a-t-elle entrepris ce périlleux voyage? C’est ce que Léon va finir par apprendre – et le lecteur avec lui – une fois qu’il aura réussi à apprivoiser sa surprenante visiteuse et que cette dernière trouvera la force de révéler son lourd secret. Car elle est gravement malade, comme Pierrick, le médecin et ami de Léon va rapidement le comprendre.
Et alors qu’en Bretagne on tente de soigner Yannie, les événements se précipitent au Vietnam. En nous proposant des allers-retours entre les deux continents, la romancière entretient le suspense et la tension dramatique.
Deux garçons découvrent le cadavre de Ha-Sinh dans sa boutique. Il s’est tiré une balle dans la tête. Vient alors le temps des questions et des remises en cause. D’autant que l’on apprend que Yannie a laissé une lettre avant de fuir…
En Bretagne, Pierrick meurt sans avoir pu soulager Yannie, si ce n’est du poids de son secret, des abus dont elle a été la victime. Comme un lion en cage, Léon va alors se sentir obligé d’agir, de venger celle dont il ignorait l’existence quelques temps auparavant et qui occupe désormais toutes ses pensées.
Retrouvant la symbolique du yin et du yang, Élisabeth Larbre va opposer le mal et le bien, le crime et l’amour, l’orient et l’occident, la guerre et la paix, le fort et le faible… Des oppositions quelquefois déséquilibrées et à l’issue incertaine…
Au bout de ce récit chargé d’orages et de violence, de rudesse et de folie on pourra trouver l’apaisement dans les vers d’Aragon qui accompagnent Léon durant son voyage. Le yeux de Yannie se confondent alors avec Les yeux d’Elsa – dont l’un des vers sert de titre à cette chronique – et nous touchent au cœur.

Les embruns du fleuve rouge
Élisabeth Larbre
Éditions Carnets Nord
Roman
176 p., 13,50 €
EAN : 9782355362880
Paru le 28 septembre 2018

Où?
Le roman se déroule d’une part en Bretagne, au bord des falaises qui surplombent la mer d’Iroise et d’autre part au Vietnam, à Haïphong.

Quand?
L’action se situe de 1946 à notre époque.

Ce qu’en dit l’éditeur
« “J’ai froid. Très froid”, dit-elle dans un français presque sans accent. Sa voix était lasse, mais néanmoins assurée. Léon, un peu gauche, recula de deux pas, la laissa entrer et referma la porte. Force était de constater que toute la chaleur de la pièce s’en était allée et que cette maudite bouillasse avait, par-dessus le marché, lessivé le plancher sur plus d’un mètre! Les yeux exorbités, rivés tantôt au sol tantôt à la ravissante frimousse de sa visiteuse, Léon vacillait entre fureur et hébétude… Continuer à la dévisager ne changerait malheureusement rien. Il décida d’aller raviver le feu. »
Après avoir beaucoup bourlingué, Léon s’est retiré du monde à la pointe du Finistère. Un soir de tempête, on cogne à sa porte. Il ouvre en grognant – c’est une jeune Asiatique, presqu’inanimée, qui l’appelle par son prénom. Avec Yannie, venue de l’autre bout du monde, Léon découvre l’histoire ténébreuse d’un demi-frère expatrié à Haiphong au Vietnam, d’une descendance, d’un cousinage, d’une autre culture pleine de personnages hauts en couleur, et du lourd silence cachant un affreux secret de famille.
À travers une intrigue pleine de rebondissements, tous les sentiments s’expriment: le mensonge et la violence de Ha-Sinh, le père de Yannie, la honte et la peur de celle-ci, mais aussi l’amour, l’amitié, l’humour. Naît aussi la force d’une attraction irraisonnée, celle de Léon pour ce pays lointain et inconnu…

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Blog Arts-chipels
Blog Missbook 

Les premières pages du livre
« Prologue
Ce temps de chien n’en finissait pas. Léon réajusta ses lunettes, enleva ses vieilles bottes, mit son ciré à capuche et sortit. La porte claqua derrière lui. C’était décidé, il irait l’enterrer à la Vieille croix d’Ar-Men, au pied du grand mimosa et face à la mer. Personne n’allait jamais là-bas. Trop venté, trop dangereux… Le ressac assourdissant qui gronde et semble jaillir de la falaise en aplomb. Ces monceaux d’eau salée qui s’abattent sur les rochers et butent avec violence contre la paroi, léchant et attachant des pans entiers de terre pierreuse avant de rejeter en hoquets moussus des vomissures meubles et brunâtres. Un décor à Vif, mais authentique et pur. Un décor à son image; pour ne pas l’abandonner.
Personne n’en saurait rien. Personne ne l’avait vue à part, bien sûr, ce brave Pierrick qui n’était plus là…
Mieux, personne ne la connaissait.
Mieux encore: ici, elle n’existait pas !

Léon venait tout juste de retirer la potée de la cheminée quand on frappa à la porte. Qui était l’empêcheur de tourner en rond qui venait le déranger à l’heure de la soupe?
Vivre à terre sans l’ondoiement rythmé et obsédant des risées lui demandait déjà un effort, mais devoir côtoyer cette gent si particulière, qu’il appelait désormais «les terriens», lui était devenu plus insupportable encore. Il avait choisi la pointe de l’Ar Pod-liv pour sa noirceur, son hostile âpreté, pour cet indicible je-ne-sais-quoi qui faisait d’ordinaire rebrousser chemin au plus téméraire des promeneurs.
La mer, le vent et lui. Nul besoin d’autre chose.
Le bout des doigts rougis, il s’empressa de poser la marmite sur la longue table en bois qui meublait, à elle seule, la pièce principale de son vieux penty. Le couvercle s’entrebâilla, laissant échapper un

Extraits
«Mais tous ces absents, chers à leurs cœurs, continuaient à emplir la maison: Yvon, Yannie, Ha-Sinh, trois noms dont l’écho ne cessait de frapper les murs de leur humble demeure et d’agiter leurs consciences…»

«Cette gamine était en âge d’être sa fille. Lui, qui n’avait jamais eu ni femme ni enfant et croyait s’en être préservé, se trouvait à son insu le protecteur de cette jeune femme à la beauté sauvage et à la fragilité désarmante.»

«Léon aurait voulu être des leurs… Il aimait ce pays. Il aimait ces gens. Il y avait tellement longtemps qu’il ne s’était pas senti ainsi à sa place en compagnie des hommes.»

À propos de l’auteur
Élisabeth Larbre habite dans les Côtes-d’Armor. En parallèle d’une carrière de biochimiste, elle a toujours cultivé une passion pour l’art, que ce soit par la pratique de la musique, du théâtre ou de l’écriture. Les Embruns du fleuve Rouge est son premier roman. (Source : Éditions Carnets Nord)

Portrait de l’auteur sur le Blog Femmes Histoire Repères

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Les Tuesdan de Sévignac

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En deux mots:
Premier tome d’une formidable saga bretonne, riche en rebondissements, qui nous permet d’apprendre beaucoup de manière fort distrayante. Derrière les secrets de la famille Tuesdan de Sévignac, près de deux siècles vont défiler.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

La saga de la Côte d’Émeraude

Les Tuesdan de Sévignac ont de nombreux secrets de famille. Une enquête, menée par un antiquaire passionné, va nous les révéler. Un vrai bonheur de lecture.

Ceux qui suivent régulièrement mes chroniques savent que j’aime tout à la fois découvrir de nouvelles plumes – d’où mon soutien aux «68 premières fois» – et mon plonger dans les romans dits de terroir. Car si ces derniers ne bénéficient trop souvent que d’une couverture médiatique locale, leur intérêt dépasse largement le cadre de la région où ils sont ancrés. Jean-Yves Lesné en apporte à nouveau une preuve éclatante avec Les Tuesdan de Sévignac. Une famille qui n’a rien à envier aux Thibault, aux Boussardel, aux Jalna, aux Gens de Mogador ou même aux Rougon-Maquart.
C’est à la faveur d’une expertise demandée par Bérangère, la maîtresse de maison, à un antiquaire de Dol-de-Bretagne que nous pénétrons une première fois dans la vaste demeure des Tuesdan de Sévignac et que, au fil des pages, allons découvrir Les secrets de la Malouinière. Loïc Kermeur ne peut qu’être impressionné par le mobilier et la décoration, mais s’il ressent aussi un malaise diffus. Qui ne va pas tarder se confirmer. Bertrand, le fils, fait claquer les portes. Si son attitude met en émoi Yolande, la cuisinière, cet épisode laisse son père Léo et sa sœur Anne-Marie indifférents. Marcel, le mari de Yolande, l’homme à tout faire de la Malouinière tente de minimiser l’incident, rejoignant ainsi le jugement d’un autre invité, le psychiatre Yves Toscani qui a fort à faire avec tous les névrosés qui prolongent une lignée déjà bien chargée en secrets de famille.
Un secrétaire en bois laqué donné en dédommagement de l’expertise effectuée et d’un inventaire encore à faire va nous permettre d’en savoir plus. En attaquant les travaux de rénovation de ce meuble, l’antiquaire va découvrir un compartiment secret renfermant un carnet signé Richard Tuesdan de Sévignac.
À compter de ce moment, le lecteur est convié à suivre d’une part l’enquête de l’antiquaire à la Malouinière, avide d’en savoir plus sur cette noble famille et d’autre part à prendre connaissance du manuscrit. Petit à petit l’arbre généalogique prend forme et va lever le voile sur une descendance bien mystérieuse.
N’en dévoilons pas trop, de peur de gâcher votre plaisir, amis lecteurs, mais sachez qu’un enfant abandonné, des amours ancillaires et des enfants naturels viendront perturber la belle légende et expliquer par la même occasion quelques troubles psychiatriques et les liens particuliers qui unissent les maîtres et le personnel de maison. Même le nom de famille recèle son pesant de mystère…
Rassurons aussi les amateurs de grand large et d’aventure. Des navires négriers aux cap-horniers, on prendra aussi souvent la mer avec les Tuesdan de Sévignac. Ils connaîtront du reste des fortunes diverses. De Terre-Neuve à Valparaiso, d’autres histoires s’écrivent, d’autres destins se lient, d’autres familles viennent s’imbriquer dans cette somptueuse toile tissée d’une plume élégante par Jean-Yves Lesné.
Et comme la première édition de l’ouvrage date de 2013, il nous permet dans plus attendre de découvrir le tome 2, voire 3 de sa saga, réédités sous une nouvelle couverture. Gageons que, comme moi, vous ne résisterez pas à l’appel de L’impossible héritage et de J’ai tellement de choses à te dire.

Les Tuesdan de Sévignac
T. 1 Les secrets de la Malouinière
Jean-Yves Lesné
Éditions Coop Breizh
Roman
374 p., 13,90 €
EAN : 9782843468285
Paru en avril 2017

Où?
Le roman se déroule en Bretagne, principalement sur la Côte d’Émeraude, ainsi qu’à Terre-Neuve et au Chili.

Quand?
L’action se situe de 1851 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Quand l’antiquaire Loïc Kermeur se retrouve pour la première fois à la Malouinière, vaste demeure de caractère sur la Côte d’Émeraude, il est loin d’imaginer que sa vie va s’en trouver bouleversée.
Depuis plusieurs générations, cette Malouinière est le théâtre d’un huis-clos familial qui imprègne aujourd’hui encore la vie de ses occupants : les Tuesdan de Sévignac.
L’antiquaire découvre, dans un vieux meuble, des écrits anciens révélant tout un pan, méconnu ou ignoré, de l’histoire cette famille au passé maritime prestigieux, entre Saint-Malo et Valparaíso.
Saga familiale et faits historiques se croisent, se chevauchent, se bousculent ; d’intrigues en révélations, d’énigmes en rebondissements, du début du XIXe siècle à nos jours, des faits mystérieux jalonnent l’existence de l’illustre lignée. Loïc Kermeur parviendra-t-il à démêler ces secrets pour lesquels il se passionne ? Et si certains demeuraient à jamais enfouis ?

Les autres critiques
Babelio 

Les premières pages du livre
« La sonnette retentit. Yolande traversa le vaste hall et ouvrit la lourde porte en chêne massif dont deux épaisses vitres brouillées, dans sa partie supérieure, laissaient filtrer en l’atténuant la lumière du jour. L’homme qui se présentait sur le perron était brocanteur-antiquaire, s’appelait Loïc Kermeur. Il venait pour la première fois en ces lieux.
Yolande, l’employée, le pria de patienter quelques instants. Le visiteur promena son regard le long des murs et jusqu’au plafond qui s’élevait à plus de six mètres. Face à lui un escalier monumental en bois, ce devait être du châtaignier avec une balustrade torsadée, donnait à l’ensemble une impression de démesure. Un lustre massif, impressionnant, composé d’innombrables ampoules aux formes élancées, ressemblant à des flammes, disposées sur trois niveaux, achevait de rendre l’endroit majestueux.
L’attente fut de courte durée. A l’étage, il perçut nettement des éclats de voix suivis d’un claquement de porte, manifestement c’était le signe d’une dispute ou pour le moins d’un désaccord. Loïc Kermeur fit celui qui n’avait rien entendu. Des pas martelaient le plancher juste au-dessus, succédèrent des bruits plus saccadés provenant de l’escalier. Une femme s’avançait vers le visiteur. Son teint cireux, ses joues creusées, ses sourcils finement dessinés, ses cheveux longs, noirs ébène, tirés en arrière formant un chignon savamment posés derrière sa nuque. Elle scruta fixement l’homme qui attendait:
– Bonjour monsieur Kermeur, je suis madame Tuesdan de Sévignac, je vous remercie de vous être déplacé.
– Madame, c’est un plaisir de faire votre connaissance, vous avez une très jolie demeure.
– Voilà, je vous ai demandé de venir car nous possédons des meubles entreposés dans une dépendance tout à côté et j’aimerais que vous y jetiez un œil.
– C’est mon travail d’estimer, d’expertiser le mobilier et tous les objets dont on veut se séparer; dit l’antiquaire.
– Pour l’instant, je ne sais pas encore si nous allons les vendre, je voudrais d’abord en connaître la valeur, répondit son interlocutrice.
Ils se retrouvèrent au milieu de meubles de toutes sortes: commodes, buffets, armoires, chevets, tables, fauteuils, tableaux, guéridons, lits démontés…, le tout recouvert d’une poussière soulignant que des mois, plus sûrement des années s’étaient écoulées depuis le jour où ils avaient été déposés là.
– Ce que vous me demandez va prendre plusieurs jours. Je ne voudrais pas faire ce travail à moitié. C’est impressionnant tout ce que vous possédez dans cette remise. Puis-je vous demander le but précis que vous recherchez, dit l’antiquaire?
– Pour l’instant, en connaître la valeur. Ce sont des biens de famille, de mon côté, entreposés pour les léguer: mais…
Elle s’interrompit net. Monsieur Kermeur supposa que ce silence devait dissimuler une réalité gênante ou douloureuse. »

À propos de l’auteur
Jean-Yves Lesné est breton. Titulaire d’un DEA en Sciences Sociales, il a travaillé plus de trente ans dans le milieu psychiatrique. Il partage aujourd’hui son temps entre sa famille, l’écriture de romans, les voyages aux quatre coins du monde, la musique classique et la marche dans sa campagne bretonne. (Source : Éditions Coop Breizh)

Site internet de l’auteur 
Page Facebook de l’auteur 

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L’été en poche (50)

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Notre vie antérieure

En 2 mots
Nous sommes au début des années 90, au moment où Laure, la narratrice, rencontre Aurélien et Bertier, venus étudier comme elle à Paris. C’est une période à la fois insouciante et studieuse, légère et grave. L’avenir est devant eux…

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Olivier Jarrige (Le Républicain Lorrain)
« À 65 ans, Laure a dix-sept romans derrière elle. Elle entame au début de Notre vie antérieure son dix-huitième et dernier récit. Un pan d’autobiographie où justement, elle s’interroge sur ce qu’elle a écrit, ou plutôt sur ce qu’a été sa vie dans l’écriture. Au ton sobre, au phrasé juste, c’est la plus touchante partie de Notre vie antérieure, celle qui laisse l’empreinte la plus profonde. »

L’été en poche (43)

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L’aménagement du territoire

En 2 mots
Légendes de Bretagne, sociétés secrètes, et luttes de pouvoir vont se greffer sur ce récit très documenté sur les effets de l’aménagement du territoire sur quelques personnages hauts en couleur. Bonne lecture!

Ma note
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Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Christophe Bys (L’Usine nouvelle)
« Aurélien Bellanger prend prétexte de la construction d’une ligne du TGV Ouest pour réfléchir sur la question politique essentielle : la répartition de l’espace entre les hommes. Pour cela, il mêle politique et sciences, créant un univers où se croisent marquis et ingénieurs, hommes d’influence et d’affaires. Un texte parfois ardu où l’auteur confirme qu’il est aussi un styliste. »

Vidéo


Présentation du livre par l’auteur. © Production Librairie Mollat

L’été en poche (42)

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Le bonheur national brut

En 2 mots
Une grande fresque qui s’étend du premier au dernier président socialiste de la Ve République, de François Mitterrand à François Hollande. À travers le portrait de quatre garçons, leur carrière, leurs vie sentimentale et leurs destins croisés, c’est à une superbe chronique que nous invite François Roux.

Ma note
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Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Delphine Peras (L’Express)
« Très documenté, très maîtrisé, porté par un style succulent et un souffle romanesque inouï, Le Bonheur national brut est une réussite totale. »

Vidéo


François Roux vous présente «Le bonheur national brut». © Production Librairie Mollat

L’été en poche (29)

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La blancheur qu’on croyait éternelle

En 2 mots
Lucien et Mathilde habitent le même immeuble, vont se retrouver sans vraiment pouvoir faire connaissance lors de la soirée costumée organisée pour faire connaissance avec les voisins. Ils vont finir par se retrouver et Virginie Carton nous prouver avec un humour léger que la nostalgie est bien ce qu’elle était.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Nathalie Dupuis (ELLE)
« Dans La blancheur qu’on croyait éternelle, le deuxième livre de Virginie Carton, au génial titre emprunté à une chanson d’Alain Souchon, on est embarqués dans l’univers de deux personnages très déconnectés de la réalité, peu adeptes des nouvelles technologies, deux sentimentaux perdus dans un monde plus vraiment sentimental. Ce que j’adore, chez cette auteure, c’est sa manière de mêler le joyeux au mélancolique. Son écriture est ludique et ses mots ont un vrai tempo. »

Vidéo


La lilloise Virginie Carton présente « La Blancheur qu’on croyait éternelle » © Production Grand Lille TV

L’été en poche (23)

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L’emprise

En 2 mots
L’Emprise, qui retrace le combat politique en France au moment de l’élection présidentielle, est le premier volume d’une trilogie. On y suit Philippe Launay dans son combat pour décrocher la fonction suprême. Très vite, Marc Dugain, fait tomber les illusions de ceux qui s’imagineraient encore que seul compte l’intérêt général, que le candidat va s’engager pour son pays…

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Bernard Pivot (Le JDD)
« Le vrai plaisir du livre est dans les portraits des personnages, la description de leurs comportements, de leurs manies, la plongée dans leur psychologie, la restitution de leurs conversations professionnelles et intimes. C’est tenu, rapide, féroce. Même les petits rôles ont de la présence »

Vidéo


Présentation de «L’emprise», roman de Marc Dugain. © Production Gallimard

Rien que la mer

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En deux mots
Le destin d’une femme bascule dans un petit port de Bretagne. Son mari la quitte lâchement. C’est sans doute le même sentiment que son père a dû partager lorsqu’il s’est retrouvé piégé à Mers-el-Kébir quelque soixante années auparavant. Voici la chronique de deux défaites avec la mer pour trait d’union, rien que la mer.

Ma note
etoileetoileetoile(beaucoup aimé)

Rien que la mer
Annick Geille
Éditions de La Grande Ourse
Roman
240 p., 18 €
EAN : 9791091416481
Paru en octobre 2016
Prix Encre marine 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Bretagne, à Sainte-Anne-la-Palud, à Saint-Malo, Quimper, Douarnenez. On y évoque l’Algérie avec la bataille de Mers-El-Kébir et la pointe Sud du continent américain partant vers l’Antarctique.

Quand?
L’action se situe de nos jours ainsi qu’en 1940.

Ce qu’en dit l’éditeur
3 Juillet 1940, baie d’Oran. Vers 18 heures, un déluge de feu s’abat sur la flotte française confinée dans le port de Mers el-Kébir. Quelques minutes d’un combat intense suffisent à ouvrir les portes de l’enfer. Brûlés, noyés, asphyxiés, 1297 marins trouvent la mort ce jour-là.
Seul le Strasbourg, croiseur de bataille commandé par le capitaine de vaisseau Collinet, réussit par une brillante manœuvre à appareiller sans être touché. A son bord, parmi les rescapés du massacre, Francis, radio de bord, Breton comme la plupart. Miraculé, traumatisé par ce qu’il considère comme un assassinat, il n’oublie rien. Pas à pas il reconstruit sa vie.
Quelque 60 ans plus tard, juillet toujours, tiédeur d’un soir d’été dans un petit coin perdu de Bretagne. Au Petit Hôtel du Grand Port, une femme attend son mari ou plutôt non, elle ne l’attend plus. Il est trop tard, il est parti. Ses pensées se succèdent en vrac. Pour ne pas mourir, elle fait front.
Et puis la Mer, porteuse d’Histoire et de Mémoire. La Mer, symbole de ces deux destins liés à tout jamais.
« Un jour, l’ancien marin s’est laissé couler ; j’en fus si éprouvée que j’ai voulu lui bâtir une sépulture par la littérature » A.G.

Ce que j’en pense
Si du côté de Jacques Brel la valse à trois temps peut encore «s’offrir des détours
du côté de l’amour», celle que nous propose Annick Geille est à l’opposé. Ici, rien n’est charmant. Le premier temps de cette valse se déroule en Bretagne sur la terrasse d’un hôtel de bord de mer. Une femme y attend son mari en regardant les personnes qui l’entourent, en laissant vagabonder son esprit sur leurs quelque vingt années de vie commune. Le temps passe et Pierre n’arrive toujours pas. Le maître d’hôtel s’approche alors : «– Madame, croyez que je suis désolé. J’ai un message à vous transmettre. Monsieur ne reviendra pas. Il a réglé la note du dîner, la chambre, ainsi que le petit déjeuner. Il m’a prié de vous avertir du fait qu’il ne reviendra jamais. Il vous exprime ses regrets, et vous souhaite bonne chance. Je suis désolé, madame, une chose pareille ne nous est jamais arrivée et si vous… »
À la brutalité de cette annonce les quelques mots qu’elle trouvera dans leur chambre ne pourront mettre du baume sur son cœur meurtri. Elle part à son tour, va retrouver son père malade.
Le second temps de la valse est tout aussi noir. Refaisant le chemin en marche-arrière, elle retrouve l’histoire familiale et l’épisode qui aura permis à son père de rencontrer sa mère. Nous sommes à quelques encablures de Mers el-Kébir en juillet 1940. La flotte anglaise va torpiller les bâtiments de la marine française, faisant quelque 1300 morts. Parmi les rescapés figure l’équipage du Strasbourg commandé par le capitaine de vaisseau Collinet et notamment Francis, ce père qui ne se remettra jamais vraiment de ce traumatisme, de ces camarades morts à quelques mètres de lui.
Pour sa fille, il est désormais urgent de lui dire combien elle l’aime. Un sentiment qu’elle a eu tant de mal à extérioriser, notamment du fait d’une mère possessive, accaparante. Mais elle arrivera trop tard.
Le troisième temps de la valse est celui d’un possible apaisement. À la violence et à la brutalité, au chagrin et au deuil succèdent maintenant une sorte de chemin vers la liberté. Pour cela, il faut offrir la sépulture dont il rêvait à son père, réaliser son rêve d’évasion. La procession vers Sainte-Anne-la-Palud est bouleversante. Elle ouvre d’autres horizons. La fille du marin a compris qu’elle sera sauvée par la mer. Rien que la mer…
Au-delà de l’hommage à ce père disparu, c’est bien le combat d’une femme qu’Annick Geille nous offre de suivre dans ce roman. Une femme qui va relever la tête. Une femme qui sait qu’une valse n’a pas trois temps, mais mille temps.

Autres critiques
Babelio
L’Express (Marianne Payot)
Viabooks (Olivia Phelip – entretien avec l’auteur)
Franceinfo (Le livre du jour – Philippe Vallet)
Paris Match (Edith Serero)
Blog Muze (Stéphanie Janicot)

Les premières pages du livre

Extrait
« Elle fit le tour du parking, qui était vaste, étudiant chaque véhicule. Rien. Il était vraiment parti. Elle n’en éprouva aucun étonnement, se trouvant juste assez sotte d’avoir pu imaginer qu’il en fût autrement. Le maître d’hôtel devait à présent raconter l’histoire en cuisine. Une séparation dans laquelle il avait joué un rôle. Il avait eu l’air sincèrement désolé. Et même s’il ne l’était pas, même si tous riaient d’elle à présent, car celui qui restait avait toujours l’air idiot, dans le fond, qu’est-ce que cela pouvait bien faire? »

A propos de l’auteur
Annick Geille, écrivain, critique littéraire et journaliste, a été rédactrice en chef de Playboy (la plus jeune rédactrice en chef de France). Elle a écrit de nombreux romans, dont Un amour de Sagan, Pour lui. Elle a obtenu le Prix du Premier Roman pour Portrait d’un amour coupable et le Prix Alfred-Née de l’Académie française pour Une femme amoureuse. Elle siège au Prix Freustié et au Prix du Premier Roman. Rien que la mer est son onzième roman. (Source : Éditions de La Grande Ourse)

Site Wikipédia de l’auteur 
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Sorbonne Plage

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Sorbonne Plage
Édouard Launet
Éditions Stock
Roman
216 p., 18 €
EAN : 9782234079250
Paru en mai 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Bretagne, sur la presqu’île de l’Arcouest, en par Paimpol, l’île d’Ouessant, Pors-Even, l’île de Saint-Riom. Bien entendu, Paris et ses instituts et universités ainsi que les tristement célèbres villes d’Hiroshima et de Nagasaki sont également évoquées, de même que les centres de recherche et lieux d’expérimentation américains comme Alamogordo.

Quand?
L’action se situe au début du XXe siècle, principalement durant les années qui précèdent la seconde Guerre mondiale.

Ce qu’en dit l’éditeur
Au début du siècle dernier, des universitaires parisiens prennent leurs quartiers d’été sur la presqu’île de l’Arcouest, un joli coin de Bretagne. Ils y pêchent, se baignent, naviguent en famille. Le reste de l’année, ils mènent des combats politiques et scientifiques : dreyfusisme, pacifisme, rationalisme, antifascisme…et recherche atomique. Dans le groupe de l’Arcouest, aussi surnommé « Sorbonne Plage », quatre prix Nobel – Marie Curie, Jean Perrin, Frédéric et Irène Joliot-Curie – seront à deux doigts de prouver qu’une énergie formidable peut être extraite de l’infiniment petit pour être mise au service de l’humanité. Les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki feront s’effondrer le rêve de ces idéalistes ainsi que notre foi sans bornes en la science. Tout en nous faisant découvrir cette histoire humaine et scientifique hors norme, Édouard Launet nous raconte aussi celle, plus dramatique, de la bombe atomique, aventure intellectuelle autant que politique.

Ce que j’en pense
***
Qu’advient-il des romans qui paraissent en mai et juin au moment du déferlement de la rentrée littéraire de septembre? Sont-ils condamnés à disparaître sous les piles des livres qui envahissent les librairies à la fin août? Il faut malheureusement répondre par l’affirmative dans la plupart des cas et, par conséquent, condamner ce roman. Pourtant, il ne mérite vraiment pas ce traitement tant il est original.
Car il y a au moins cinq niveaux de lecture possible pour ce roman, un niveau géographique, un niveau «people», un niveau historique, un niveau scientifique et un niveau sociologique.
Le niveau géographique, c’est celui qui nous fait découvrir la presqu’île de l’Arcouest, d’abord depuis la mer. Le narrateur, parti de Paimpol pour rejoindre la Bretagne sud et faire escale à l’île d’Ouessant, doit diriger son voilier entre les rochers, raser le bourg de Pors-Even avant de découvrir ce coin de Bretagne qui va tant plaire aux intellectuels parisiens. À l’occasion de sorties en mer, de baignades ou de promenades, le lecteur est invité à en découvrir les recoins, mais aussi de suivre le développement économique avec la construction des maisons de villégiature et le Développement du tourisme.
On peut considérer l’historien Charles Seignobos comme l’initiateur de ce mouvement. Avec le physiologiste Louis Lapicque, il est en effet à l’origine de ce qui deviendra au fil des ans la communauté scientifique qui donne son titre à l’ouvrage. On y croisera pas moins de quatre Prix Nobel : Pierre et Marie Curie, Frédéric et Irène Joliot-Curie et Jean Perrin. Au fil des ans, il seront rejoint par Emile Borel, Pierre Auger ainsi que par quelques industriels tels que Eugène Schueller, le fondateur de l’Oréal. Quand sa fille Liliane prend des bains de mer, elle peut tester l’ambre solaire et observer ces vacanciers humanistes que la presse va finir par rassembler sous le nom générique de «Fort la science». Car s’il est bien question de vacances, notamment pour les enfants de ces scientifiques, l’endroit se prête aussi aux échanges et à l’élaboration de quelques projets communs comme, par exemple, la création d’outils de formation. Ainsi le CNRS ou du CEA doivent sans doute beaucoup à l’Arcouest.
L’engagement social, l’idée que la science doit être au services des hommes donnera lieu à des débats enflammés – notamment quand il sera question des recherches dans le domaine nucléaire – tout comme l’affaire Dreyfus en faveur duquel une majorité, sinon une unanimité, se dégage très vite.
« Il y avait là l’image la plus achevée de ce que fut le XXe siècle : idéalisme, puis violence, puis désillusion.» Quand des milliers de Japonais meurent des radiations émises par la première bombe atomique, par exemple.
La cohabitation des Bretons avec cette communauté donne aussi quelques pages savoureuses, même s’il faut bien avouer une petite déception avant de refermer ce livre: le souffle romanesque qui aurait pu accompagner cette épopée n’est qu’une petite brise qui ne parvient pas à faire gonfler les voiles d’un récit qui reste un peu encalminé dans sa très solide documentation.

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Extrait 1
« Donc voilà : quel genre de vacanciers étaient ces universitaires et chercheurs qui entendaient associer progrès scientifique et social ? Le granit de la presqu’île garde-t-il les traces poudreuses de leurs ambitions à la manière d’une surface sensible, comme les plaques photographiques laissées par Henri Becquerel dans un tiroir lui révélèrent l’activité des sels d’uranium ? Comment fut accueillie en ces lieux la nouvelle du bombardement atomique du Japon ? Qu’est-ce que, dans le fond, cette matrice bretonne d’un des idéalismes les plus construits a à raconter sur cette issue paradoxale ? Autant que l’histoire des idées, c’est donc l’histoire intime du lieu qu’il fallait fouiller. Pas avec une rigueur d’universitaire mais en flânant car, avant tout, ces grèves et chemins forment un cocon où il fait bon nicher en écoutant le vent. Et puis nous sommes ici au bord de La Manche, chose qui, pour moi, est loin d’être mineure : comme Paul Warfield Tibbets, mais pour des raisons fort différentes, j’ai une passion pour cette mer vive et nerveuse au bord de laquelle la pensée (rare) se dissout dans l’iode et le temps dans la brume (fréquente), ou peut-être l’inverse.
J’ai, depuis, souvent navigué au large de la presqu’île atomique et je sais maintenant que la maison de Liliane Bettencourt n’en est pas la proue mais la poupe – même si, on le verra, sa famille s’est trouvée liée à ce groupe d’humanistes. Les maisons cachées dans les bois, j’en ai visité plusieurs, j’ai rencontré quelques-uns des descendants des familles pionnières, lesquelles en sont aujourd’hui à leur cinquième génération. J’ai pu constater que les rites d’hier se sont perpétués, certaines convictions aussi, en particulier le rationalisme et l’athéisme.
Mais la foi en une science émancipatrice a, elle, franchement vacillé. »

Extrait 2
« La maison Bettencourt est assez laide, massive et défigurée en façade par un pompeux péristyle plus grec que breton. Toutefois, il ne doit pas être désagréable d’y séjourner, puisque ses occupants jouissent d’une vue panoramique sur la baie de Paimpol et l’île de Bréhat, ainsi que d’un jardin s’inclinant en pente douce vers une cale où l’on amarrerait volontiers un petit bateau aux beaux jours. Ce coup d’œil sur la résidence de vacances de Liliane, évidente figure de proue de l’Arcouest, forgea ma première impression de la presqu’île : un coin fortuné mais d’un goût contestable, un pendant breton du lotissement du cap Nègre près du Lavandou, une oasis de privilégiés qui auraient eu la singulière idée de n’aller s’abreuver ni sur la Côte d’Azur ni à Deauville. Trois semaines plus tard, au retour de notre croisière circumbretonne, nous empruntâmes le même chenal, dans l’autre sens bien sûr, et cette fois quelqu’un à bord signala sur la côte la présence d’une « maison de Marie Curie » sans toutefois pouvoir précisément la situer. La physicienne aurait passé des vacances ici. Il paraît même qu’elle y aurait croisé une toute jeune Liliane. Voyez la scène : la découvreuse du radium et la future héritière de l’Ambre solaire en culotte courte (ou ce qui en tenait lieu à l’époque
pour les filles) se saluant au détour d’un sentier, se faisant la bise peut-être. Cette langue de granit était décidément fréquentée par des gens illustres. Au fil du temps, j’ai appris ce que savent beaucoup de gens de la région, et un peu au-delà, à savoir que pendant des dizaines d’années l’Arcouest fut le repaire estival des grands noms français de la physique atomique. Marie Curie donc, mais aussi sa fille Irène et son gendre Frédéric Joliot, nobélisés eux pour la radioactivité artificielle. Mais encore Jean Perrin, « inventeur » de l’atome, et son fils Francis, un des artisans de la bombe atomique française. Et aussi Pierre Auger, autre figure importante de la physique nucléaire, et enfin des chimistes de renom comme Victor Auger, père du précédent, André Debierne, ami et collaborateur de Marie Curie ou encore Georges Urbain. Aussi le lieu mérite-t-il bien le surnom de « presqu’île atomique » que certains lui ont donné. Deux ou trois personnes sont allées jusqu’à m’assurer qu’Albert Einstein lui-même était venu un jour à l’Arcouest saluer son amie Marie Curie, mais il s’agit là d’une pure affabulation. »

A propos de l’auteur
Journaliste, auteur d’essais sur la littérature et sur les sciences, Édouard Launet a publié chez Stock Le Seigneur des îles (2014). (Source : Éditions Stock)

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Voici la belle carte postale de vacances adressée par Edouard Launet et les Editions Stock où l’on reconnaît nombre de ses personnages en sa compagnie. (Editions Stock)

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Focus Littérature

Fortune de mer

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Fortune de mer
Jean-Luc Coatalem
Stock
Roman
176 p., 16 €
ISBN: 9782234079762
Paru en avril 2015

Où?
Le roman se déroule principalement en France. Après un vol de Paris à Ouessant, en passant par Brest, on va découvrir tous les recoins de l’île : Lampaul, Toulalan, Kernic, Calgrac’h et Béninou, Kerandraon, Toull-Auroz, Porz-Biliec à la pointe de Pern ou encore les criques effilées de Penn-Ar-Ru-Meur, les phares de Nividic, de la Jument et celui du Créac’h et l’îlot de Keller. Sont également évoquées aux alentours Molène, Triélen, Quéménès et bien plus loin les villes de Vevey, Stockholm, Rome et Madrid et Tanger.

Quand?
L’action se situe de nos jours, sur une période de trois jours : samedi, dimanche et lundi.

Ce qu’en dit l’éditeur

En Bretagne, il faut se méfier des apparences autant que de la météo. Ainsi, quand dans le petit avion à destination de Ouessant embarquent deux druides, un spécialiste des abeilles et une Espagnole couronnée par un donut de cheveux, tout peut arriver et tout va arriver, et pas de la façon qu’on imagine… Sur place, ils retrouveront une clique d’ornithologues japonais, le sieur Pommereau, qui joue au détective privé, et ce chanteur à succès, Vassili, beau ténébreux venu se mettre au vert après une histoire de moeurs. Dans ce mouchoir de poche qu’est Ouessant, les histoires de chacun vont s’entrecroiser, et les désirs s’affoler. De surcroît, face à la tempête qui gronde, il faudra faire face aux légendes comme celle du poulpe géant. Et au délire de quelques-uns que le grand large a déjà bien secoués…
Avec poésie et fantaisie, Jean-Luc Coatalem signe une sorte de polar métaphysique, où le dérisoire tutoie le drolatique. À lire comme une fable du grand Ouest.

Ce que j’en pense
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Les remerciements qui viennent clore ce court – mais bon – roman donnent une bonne indication de ceux qui l’ont inspiré: l’album Finistériens de Miossec, et notamment la chanson «Une fortune de mer», ainsi que les «scènes de la vie ouessantine» que racontait le Prix Goncourt 1912 André Savignon avec Filles de la pluie.
Car le personnage principal de ce roman n’est pas le narrateur, mais bien l’île d’Ouessant, ce bout de Bretagne balayé par les vents et la pluie, «endroit hors norme, entier et rude. Une pierre brute à la brassée des eaux… ». Ouessant qui sculpte les visages et façonne les âmes « sur ces terres de peu qui ne donnent guère et qui grignotent les marées, où chacun est parent de l’autre, où les parcelles ont la taille d’un mouchoir, où l’Iroise peut tout reprendre d’un coup, et vos vies avec, et le poisson d’abord ».
C’est là, sous une pluie battante, que débarquent Lescop, le narrateur, chargé par la société suédoise «Bee Royal» qui l’emploie de venir superviser les ruches d’abeilles noires de l’île qui produisent un miel exceptionnel. Avec lui, Lucia Parma, une journaliste-photographe mi italienne-mi espagnole et deux druides Le Gaoulec et Per Le Frat, venus célébrer un mariage selon la vieille tradition.
Ils sont accueillis par Pommereau, un ancien journaliste, qui s’est installé sur l’île avec sa femme Agathe. Correspondant du Télégramme, il entend tout savoir et tout connaître. En déposant Lescop et la belle reporter devant la pension de Mme Kermarec, il ne doute toutefois pas que les heures qui vont suivre pourront lui donner de la matière pour la rubrique des faits divers.
Ajoutons, pour compléter le tableau, la présence de Vassili, chanteur ténébreux au sang chaud qui tente d’oublier un chagrin d’amour, «sa» Lorenne étant partie avec un autre sous des cieux plus cléments et, touche exotique, des ornithologues nippons venus immortaliser la faune locale.
Lescop est ravi de voir que les abeilles ont fait du bon travail, ce qui va lui permettre de se concentrer davantage sur la conquête de Lucia. Il lui fait découvrir l’île, ses criques et ses légendes, avant de la serrer d’un peu trop près dans une vieille cabane de goémonniers.
Lucia ne l’entend pas de cette oreille et s’enfuit. On ne la reverra pas de sitôt, mais même Lescop ne s’en doute pas. Vassili chante son blues, les druides se préparent à la cérémonie avec leurs ovates, bardes et novices et les vieilles histoires ressurgissent, comme celle de la pieuvre géante qui emporte les imprudents. Ou encore celle de ce sous-marin russe de 68 m de long qui reposerait non loin des côtes.
En parlant de «polar métaphysique», l’éditeur a bien résumé l’ambiance de roman qui mêle avec bonheur le fait divers et l’étude sociologique, la libido dérangée des uns et les rêves de gloire des autres. Sans oublier l’hommage de l’enfant du pays à ces récits et paysages qui l’ont façonné. Bon vent !

Autres critiques
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Télérama
Marianne
BIBA magazine
Radio Espace 2 (Entre les lignes – Jean-Marie Félix)
France Info (Le livre du jour – Philippe Vallet)
Blog De nécessité vertu

Extrait
« Tout de suite, j’avais été attiré par Lucia Parma, sa coiffure inhabituelle, son maintien un peu raide, ce quelque chose de fragile et de bourdonnant qui se déplaçait avec elle, comme une aura, au point de m’être fait la réflexion que celui qui l’attendrait à Brest devait être un magicien d’un sacré niveau. Pour compléter le tableau, la belle offrait une carnation d’un ocre tendre, comme sucré, et, sous un tee-shirt grège, de petits seins hauts et ronds comme deux oranges – plus tard, je découvrirais qu’un tatouage, un 8 inversé, signe de l’infini, ornait le gauche. Par trois fois, s’étant retournée, son regard flou de myope balaya les rangs de derrière comme si elle cherchait un visage connu. Le sien, semé de quelques grains de brillant, me parut délicieux, aiguisé, irréel. Pour l’heure, anonyme encore parmi les passagers, elle feuilletait les pages du journal régional… » (p. 13)

A propos de l’auteur
Jean-Luc Coatalem, écrivain et rédacteur en chef adjoint au magazine Géo, a publié notamment Je suis dans les mers du Sud (Grasset, 2001), prix des Deux-Magots et prix Bretagne, Le Gouverneur d’Antipodia (Le Dilettante, 2012), prix Nimier, et récemment Nouilles froides à Pyongyang (Grasset, 2013). (Source : Editions Stock)
Site Wikipédia de l’auteur

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