Une bouche sans personne

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Une bouche sans personne
Gilles Marchand
Éditions Aux forges de Vulcain
Roman
282 p., 17 €
EAN : 9782373050134
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, mais aussi à Bordeaux et du côté d’Oradour-sur-Glane.

Quand?
L’action se situe de nos jours, avec des réminiscences jusque dans les années vingt.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un comptable se réfugie la journée dans ses chiffres et la nuit dans un bar où il retrouve depuis dix ans les mêmes amis. Le visage protégé par une écharpe, on ne sait rien de son passé. Pourtant, un soir, il est obligé de se dévoiler. Tous découvrent qu’il a été défiguré. Par qui, par quoi? Il commence à raconter son histoire à ses amis et à quelques habitués présents ce soir-là. Il recommence le soir suivant. Et le soir d’après. Et encore. Chaque fois, les clients du café sont plus nombreux et écoutent son histoire comme s’ils assistaient à un véritable spectacle. Et, lui qui s’accrochait à ses habitudes pour mieux s’oublier, voit ses certitudes se fissurer et son quotidien se dérégler. Il jette un nouveau regard sur sa vie professionnelle et la vie de son immeuble qui semblent tout droit sortis de l’esprit fantasque de ce grand-père qui l’avait jusque-là si bien protégé du traumatisme de son enfance.
Léger et aérien en apparence, ce roman déverrouille sans que l’on y prenne garde les portes de la mémoire. On y trouve les Beatles, la vie étroite d’un comptable enfermé dans son bureau, une jolie serveuse, un tunnel de sacs poubelle, des musiciens tziganes, une correspondance d’outre-tombe, un grand-père rêveur et des souvenirs que l’on chasse mais qui reviennent. Un livre sur l’amitié, sur l’histoire et ce que l’on décide d’en faire. Riche des échos de Vian, Gary ou Pérec, lorgnant vers le réalisme magique, le roman d’un homme qui se souvient et survit – et devient l’incarnation d’une nation qui survit aux traumatismes de l’Histoire.

Ce que j’en pense
****
Il y a des livres que l’on aime déjà pour les auteurs et les musiciens auxquels ils font référence, sortes de madeleines nous dont la vertu première est de nous replonger au moment où ces œuvres ont traversé nos existences. Dans la bibliothèque du narrateur de ce premier roman on trouve ainsi La conscience de Zeno d’Italo Svevo, L’Attrape-cœur de J.D. Salinger, L’Écume des jours de Boris Vian et Gros-Câlin de Romain Gary. Côté bande-son, on pourra (ré)écouter plusieurs albums des Beatles, à commencer par l’album blanc, Michel Polnareff ou encore Pierre Vassiliu.
Un peu de légèreté dans un monde de brutes. Même s’il convient de prendre garde à la douceur des choses. Car derrière les belles histoires se cachent souvent des drames. On va en avoir une nouvelle preuve en suivant le narrateur – qui n’a pas plus de nom que de visage – au comptoir du café où il retrouve depuis près de dix ans ses amis Sam et Thomas, sans oublier Lisa, la patronne de cet endroit magique qu tout le monde aime.
« Bon OK : tu es comptable, tu mesures autour d’un mètre quatre-vingts. Tu aimes les livres, les Beatles et la belote, et tu ne quittes jamais ton écharpe. C’est tout ce qu’on sait!»
Sauf qu’au fil des pages, on va finir par en apprendre davantage, car « on ne peut pas cacher indéfiniment ses cicatrices à sa famille. » Or celles du narrateur sont tout autant physiques que morales. La recette pour surmonter ses malheurs vient du grand-père qui l’a élevé et qui lui a appris à transformer la réalité. « C’est le seul moyen de pouvoir affronter ce qui se cache sous mon écharpe (…) Si je veux me retourner vers mon passé, il va falloir que je me protège de la réalité. S’il faut voir un éléphant qui se dégonfle à Paris, je finirai bien par le trouver. »
Une recette qui fonctionne si bien que le cercle des auditeurs ne cesse de croître et que bientôt des groupes entiers viennent écouter ses histoires extraordinaires. Des oisillons tombés du nid et qu’on essaie de nourrir avec des vers avant que leur cadavre aille à son tour nourrir les vers (La nature est à n’y rien comprendre) à la récolte des nouilles qui, comme le sait Monsieur Panzani, s’effectue dans des carrières, le surréalisme va prendre de plus en plus de place dans un récit où chacun finira par dévoiler ses secrets. Sam présentera les lettres qu’il reçoit de sa mère pourtant décédée depuis quelques temps et Thomas qui s’essaie au roman, va s’entretenir avec les enfants qu’il n’a pas eus…
Gilles Marchand sait joliment mêler le vrai et le faux, le drame et la légèreté, la fantaisie et la construction soignée. À l’image de son narrateur, il nous livre ainsi les clés de son travail et l’explication du titre qu’il a choisi : « La présence de tous ces anonymes me permet de me détacher de ce que je leur raconte. À travers eux, mon histoire devient une histoire. C’est peut-être ce dont j’avais besoin pour avancer. Je ne suis qu’une bouche, une expèce de lien avec un autre temps qui se dépossède de ce qu’il a sur le cœur. Mon histoire leur appartient et se mêle à leurs propres souvenirs. Chacun en fera ce qu’il voudra. » N’hésitez pas à rejoindre le cercle des amateurs de si belles histoires!

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Extrait
« De ma lèvre inférieure jusqu’au tréfonds de ma chemise, il y a cette empreinte de l’histoire, cette marque indélébile que je m’efforce de recouvrir de mon écharpe afin d’en épargner la vue à ceux qui croisent ma route. Quant au poème, il me hante comme une musique entêtante, ses mots rampent dans mon crâne d’où ils voudraient sortir pour dire leur douleur au monde. Poème et cicatrice font partie de moi au même titre que mes jambes, mes bras ou mes omoplates. Je ne me sens pas tenu de les examiner pour savoir qu’ils existent. J’ai seulement appris à essayer de les oublier.
Voilà pour mon armoire à souvenirs. J’ai pris soin de la cadenasser solidement et, la plupart du temps, cela marche. C’est la seule solution pour rester, à ma manière, assez heureux. Mais les cadenas sont fragiles et il est impossible d’oublier une cicatrice lorsque celle-ci fait office de masque que l’on ne peut retirer. »

A propos de l’auteur
Né en 1976 à Bordeaux, Gilles Marchand est rédacteur pour le Who’s Who et chroniqueur pour le site de polars, k-libre. Si Une bouche sans personne est son premier roman, il a signé en 2011 Dans l’attente d’une réponse favorable, 24 lettres de motivation chez Antidata, où il a aussi été éditeur. Il a également imaginé deux polars postaux pour Zinc Editions (Green Spirit et Les évadés du musée) et coécrit avec Eric Bonnargent, Le roman de Bolano, aux Editions du sonneur en 2015. (Source : Livres Hebdo)

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Je vais m’y mettre

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Je vais m’y mettre
Julien Oiseau
Allary Éditions
Roman
220 p., 17,90 €
EAN : 9782370730961
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, mais aussi à Rungis, Montreuil, Chessy-sur-Marne, Le Mans, Bailleul, Bourg-Saint-Maurice ou encore en Aveyron. La seconde partie du roman nous conduit en Espagne, à Benalmadena, Malaga, Torremolinos.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Fred, la petite quarantaine, surfe sur l’écume des jours. Après des années à enchaîner jobs alimentaires et périodes de chômage, il a renoncé à faire carrière. Il passe désormais ses journées à dormir, manger des Knacki devant les émissions de Sophie Davant et boire des demis au bistrot du coin en attendant l’amour.
Jusqu’au moment où il découvre qu’il arrive en fin de droits, et que ses maigres allocations disparaîtront bientôt. Il n’a plus le choix : il doit s’y mettre. Un emploi salarié ? Il n’en trouvera pas. Mais des ennuis, oui. Fred, par paresse ou naïveté, a une fâcheuse tendance à se laisser glisser dans les embrouilles…
De Paris à Malaga, Je vais m’y mettre nous embarque pour une série d’aventures drolatiques en compagnie d’un personnage aussi attachant que désabusé. Une comédie d’aujourd’hui où, derrière les éclats de rire, se dessine le devenir de la génération précaire.

Ce que j’en pense
***
« Aujourd’hui j’arrête. J’arrête de tout arrêter avant de commencer. Terminé l’oisiveté, le vin qui tache, la sonnerie du réveil à quatorze heures pour pouvoir faire une petite sieste, peinard, en milieu d’aprèm. On appelle ça la maturité, je crois. Cette fois, c’est décidé, je m’y mets. De toute manière, je n’ai plus le choix, mon chômage prendra congé d’ici quelques semaines, après deux années de bons et loyaux services. Je dois m’y mettre. Et vite, tant qu’à faire.» La bonne volonté proclamée dès les premières lignes de ce roman plus cocasse et déjanté qu’un essai sur la misère économique ne va toutefois pas suffire à. Car Fred est devenu un spécialiste de l’oisiveté, un indécrottable j’menfoutiste qui aura bien du mal à se rééduquer en quelques 220 pages.
Il faut dire que si la situation sur le marché de l’emploi n’est guère brillante, bien d’autres facteurs vont se dresser sur la route de l’aspirant travailleur, à commencer par ses expériences passées. Il s’essaiera à la carrière ecclésiastique, sera plongeur dans un restaurant, livreur de chorbas puis chargé de faire des crêpes dans un restaurant savoyard. On ne pourra que compatir le jour où il est licencié pour faute grave, car on ne peut imaginer un avenir durable à une telle fonction. Après tout, vous viendrait-il à l’idée de commander autre chose qu’une raclette, une fondue, voire une tartiflette dans un tel restaurant ? D’autre part, quand on n’a pas travaillé depuis un certain temps, on accepte le premier emploi qui passe…
C’est cette même philosophie qui prévaut lorsqu’il s’agit de rencontrer l’âme sœur. Avec les mêmes déconvenues. Avec Christine, dont il a étudié le profil sur internet, il parviendra tout juste à voler un baiser. Puis viendra Séverine, « l’amour de ma vie de merde». Quant à conclure, c’est une autre histoire. Avec Zoé, il n’aura guère le choix. Elle lui saute littéralement dessus. Sauf qu’il décline l’invitation pressante et se retrouve le bec dans l’eau. Sa vie sociale se réduit alors aux discussions de «vieilles poches au comptoir». Qui peuvent quelquefois offrir de nouvelles perspectives, après un bilan peu glorieux aux crochet du fameux «parapluie social» : « J’avais longtemps vécu avec le RMI, puis le RSA, davantage encore avec les Assedic, ma vie n’était qu’un sigle. Après des falsifications de génie, j’avais même pu, une année, bénéficier du PCH, une aide financière pour les personnes handicapées ou ayant perdu leur autonomie pendant au moins douze mois.»
Après avoir aidé la voisine, rencontré Marlène puis Cerise, le voilà propulsé maquereau et beaucoup plus à l’aise : «En moyenne les filles faisaient deux mille euros par semaine, ce qui me rapportait un peu plus de trois mille par mois. (…) Même si je palpais sévère, je restais avant tout un gars du peuple. Je la jouais sobre.» Mais la bonne fortune ne saurait durer quand on préfère être pauvre que fatigué et ce ce genre d’activité finit aussi par susciter des convoitises. C’est ainsi que Zyed se met en travers de sa route. Que la camionnette qui sert aux passes se retrouve transformée en torche et qu’il va falloir penser à une alternative, à prendre la fuite…
C’est sous le soleil espagnol que ce roman va aller nous conduire vers l’épilogue et nous proposer une réflexion acidulée sur cette génération qui a grandi avec la courbe du chômage. C’est tour à tour drôle et désespéré, joyeux et triste. Alors suivez le conseil donné par du titre…

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Les premières pages du livre

Extrait
« Aujourd’hui j’arrête. J’arrête de tout arrêter avant de commencer. Terminé l’oisiveté, le vin qui tache, la sonnerie du réveil à quatorze heures pour pouvoir faire une petite sieste, peinard, en milieu d’aprèm. On appelle ça la maturité, je crois. Cette fois, c’est décidé, je m’y mets. De toute manière, je n’ai plus le choix, mon chômage prendra congé d’ici quelques semaines, après deux années de bons et loyaux services. Je dois m’y mettre. Et vite, tant qu’à faire. » (p. 10-10)

A propos de l’auteur
Florent Oiseau, 25 ans, a été pompiste, chômeur, barman, plongeur, réceptionniste de nuit, ouvrier dans une usine de pain de mie, crêpier, et couchettiste sur le Paris-Venise. Il est aujourd’hui surveillant dans un lycée de la banlieue parisienne. Je vais m’y mettre est son premier roman. (Source : Allary Éditions)

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