Nos vies

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Voici cinq bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que le livre est né, comme le raconte Marie-Hèlène Lafon « de la poitrine faramineuse de Gordana, rogue et blonde caissière frôlée au début des lointaines années 2000 au Franprix de la rue du rendez-vous, Paris douzième.»

2. Parce qu’en fait le livre est né à partir d’une nouvelle publiée en 2012 et intitulée «Gordona». J’aime bien cette idée de jeter une première histoire sur le papier, puis de constater son potentiel, de la laisser mûrir, puis d’accoucher d’un roman.

3. Parce que, comme l’écrit le magazine Lire – qui publie également un extrait du roman – «Marie-Hélène Lafon est une tisseuse, une gourmande de mots, une tricoteuse de phrases. Elle est cette Jeanne Santoire qui n’oublie rien puis recompose pour nous un microcosme qui commence à la caisse 4 du Franprix avant de s’ouvrir sur le monde entier.»

4. Parce que j’aime cette phrase piochée sur le blog de Zazy : «Les phrases sont longues, ponctuées, comme elle les aime, de virgules et points virgules (plus guère utilisé). L’écriture est riche, inventive. Avec Marie-Hélène Lafon, je prends un bain de mots que les voyelles font mousser, les ponctuations me soutiennent dans ma lévitation au pays de ses rêves.»

5. Parce que j’aurai grand plaisir à rencontrer Marie-Hélène Lafon, qui sera à Mulhouse le 14 novembre, à la librairie 47e Nord à 20h.

Nos vies
Marie-Hélène Lafon
Éditions Buchet-Chastel
Roman
192 p., 15 €
EAN : 9782283029763
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
« J’ai l’œil, je n’oublie à peu près rien, ce que j’ai oublié, je l’invente. J’ai toujours fait ça, comme ça, c’était mon rôle dans la famille, jusqu’à la mort de grand-mère Lucie, la vraie mort, la seconde. Elle ne voulait personne d’autre pour lui raconter, elle disait qu’avec moi elle voyait mieux qu’avant son attaque. »
Le Franprix de la rue du Rendez-Vous, à Paris. Une femme, que l’on devine solitaire, regarde et imagine. Gordana, la caissière. L’homme encore jeune qui s’obstine à venir chaque vendredi matin… Silencieusement elle dévide l’écheveau de ces vies ordinaires. Et remonte le fil de sa propre histoire.
Nos vies est le nouveau roman de Marie-Hélène Lafon. Il aurait pour sujet la ville et ses solitudes.

Les critiques
Babelio
La Croix (Corinne Renou-Nativel)
Culturebox (Laurence Houot – Entretien avec l’auteur)
En attendant Nadeau (Gabrielle Napoli)
Le Temps (Lisbeth Koutchoumoff)
Page des libraires (Betty Duval-Huvert)
Blog Zazymut 
Blog Les livres de Joëlle 
Blog encres vagabondes 
Blog Domi C lire 


Marie-Hélène Lafon présente Nos vies. © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Elle s’appelle Gordana. Elle est blonde. Blonde âcre, à force de vouloir, les cheveux rêches. Entre les racines noires des cheveux teints, la peau est blanche, pâle, elle luit, et le regard se détourne du crâne de Gordana, comme s’il avait surpris et arraché d’elle, à son insu, une part très intime. Sa bouche est fermée sur ses dents. Elle s’obstine, le buste court et têtu, très légèrement incliné, sa tête menue dans l’axe. On devine des dents puissantes, massives, embusquées derrière les lèvres minces et roses. Le sourire de Gordana éclaterait comme un pétard de 14 Juillet. On ne la voit pas sourire. On imagine. On reste au bord de ce que doit être ailleurs, dans une autre vie, le sourire dégoupillé de Gordana. Et son rire. Un rire de gorge, grave, rauque, presque catastrophique. Un rire acrobatique et très sexuel. Le cou de Gordana est long, crémeux, solide, charnu. Ce cou habité de forces impérieuses la plante dans la vie comme un arbre en terre. Les pulls sommaires de Gordana, encolure ronde ou en V, dégagent son cou, pièce maîtresse d’un corps qui ne manque pas d’atouts canoniques. Les cuisses sont longues, minces, galbées, d’un jet dru. Elles reposent à plat, moulées dans le jean, posées l’une à côté de l’autre, en immuable oblation. Gordana ne croise pas les jambes, la position deviendrait intenable. Elle se tient droite, la blouse, courte rouge gansée de blanc, ouverte sur ces cuisses efficaces. Et que dire des seins. La blouse fermée n’y suffirait pas. Ils abondent. Ils échappent à l’entendement; ni chastes ni turgescents; on ne saurait ni les qualifier, ni les contenir, ni les résumer. Les seins de Gordana ne pardonnent pas, ils dépassent la mesure, franchissent les limites, ne nous épargnent pas, ne nous épargnent rien, ne ménagent personne, heurtent les sensibilités des spectateurs, sèment la zizanie, n’ont aucun respect ni aucune éducation. Ils ne souffrent ni dissidence ni résistance. Ils vous ôtent toute contenance. On se tient devant eux, on voudrait penser aux produits, faire les gestes dans l’ordre, sortir déposer ranger, vider remplir, la carte le code. On s’efforce on se rassemble on s’applique, tous, plus ou moins, femmes et hommes, vieux et jeunes et moyennâgés; mais ça traverse, ça suinte, c’est organique. C’est une lueur tenace et nacrée qui sourdrait à travers les tissus, émanerait, envers et contre tout, de cette chair inouïe, inimaginable et parfaitement tiède, opalescente et suave, dense et moelleuse. On aimerait se recueillir, on fermerait les yeux, on joindrait les mains, on déviderait des litanies éperdues, on humerait des saveurs, des goûts, des grains, des consistances, des fragrances ténues ou lancinantes. On y perdrait son latin et le sens commun. Les seins de Gordana jaillissent, considérables et sûrs, dardés. C’est un dur giron de femme jeune et cuirassée.»

Extrait
« Gordana préférerait les services extrêmes, tôt le matin ou tard le soir, elle ne déjeunerait jamais à la cantine et n’engagerait aucune relation personnelle avec ses collègues, ou le moins possible. Gordana refuse, elle ne commence pas, ou ne recommence pas. La capacité de recommencement des femmes, et des hommes parfois, me terrasse, et m’émeut. C’est là, c’est donné, il suffit de regarder et d’écouter. Les femmes surtout, certaines, comme elles sont vaillantes, comme elles veulent y croire, et paient de leur personne, de tout leur corps qui fabrique les enfants, et les nourrit ; et elles se penchent, vêtent, nouent les écharpes, ajustent les manteaux, consolent vérifient admonestent caressent, ça ne finit pas. Comme elles sont dévorées et y consentent ou n’y consentent pas ou n’y consentent plus mais peuvent encore, font encore, parce qu’il le faut et que quelque chose en elles résiste, continue. C’est chaque jour et au bout des jours ça fait une vie. »

A propos de l’auteur
Née en 1962, Marie-Hélène Lafon est une enfant d’Aurillac et ce n’est pas anecdotique dans une œuvre qui commence avec Le Soir du chien, son premier roman paru en 2001. Professeure agrégée de lettres classiques, elle se partage entre Paris et le Cantal, écrivant des fictions (romans et nouvelles) qui évoquent ce monde paysan où la solitude est une tragédie quotidienne. Tous ses livres, parmi lesquels Liturgie, Les Derniers Indiens, Joseph, sont publiés chez Buchet-Chastel. Elle a obtenu le Goncourt de la nouvelle en 2016 pour son recueil Histoires. (Source : Lire)

Site Wikipédia de l’auteur 

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